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Il n’y a qu’au Tchad où tuer est un plaisir et
donne lieu à des exclamations ! Achever son adversaire qui n’est
autre que son frère contradicteur, voilà à quoi l’on joue depuis
plus de trois décennies. Tel est aujourd’hui le diable qui empêche
le pays d’évoluer, combattons-le ! Alors on prend les armes et on
tue. Qui ? Des gens qui n’ont rien à voir avec ce diable désigné,
sinon qui ont commis le crime de croire qu’ils font leur boulot de
soldat ou de maquisard au service d’un va-t’en-guerre. Des chefs
de famille qui laisseront des veuves et des orphelins dans la
souffrance et l’indifférence générale de la société. Des jeunes
gens qui auront perdu le cap d’une réussite honnête dans la vie :
drogués, transformés en violeurs et en tortionnaires voire en
brigands permanents. Des régions déchirées et vidées de leurs
habitants. Des blessures entre communautés qui ne cicatriseront
pas. Tout sauf la « libération » annoncée.
Pourquoi continue-t-on d’ignorer et de
mépriser la valeur d’une vie humaine dans notre pays ? Chaque
groupe qui arrive au pouvoir, avec la bénédiction des Blancs,
croit être supérieur aux autres et passe le clair de son temps à
créer les conditions de futurs génocides. Les groupes se sont
entredéchirés sans jamais résoudre un seul des problèmes
quotidiens de sous-développement, de pauvreté et d’ignorance qui
nous ravagent tous. Aujourd’hui, on ne peut affirmer que le clan
au pouvoir s’en est sorti à bon compte de toutes ces aventures de
répression depuis une quinzaine d’année de pouvoir. Aucun des
clans précédemment au pouvoir ne l’a réussi non plus ! Aucun clan
qui viendrait au pouvoir par cette même règle de la guerre
fratricide ne réussira également. Même s’il faut que le monde
isole pendant Cent ans les Tchadiens, pour permettre aux deux cent
ethnies de faire la rotation au pouvoir, dans les même conditions
que nous connaissons déjà, avant dix ans, le pays aura disparu de
la carte politique de la planète.
Car les expériences que nous vivons
actuellement sont les dernières de ce genre, en terme
d’anachronisme. Il ne sera plus possible qu’en une seule
génération, en une trentaine d’années, on se soit permis tant de
barbarie et que le pays puisse encore exister ! Les ressources
humaines gaspillées dans les combats fratricides et les massacres
d’une part, et la misère croissante et la maladie de l’autre, ne
pourront se reconstituer que dans un demi-siècle plus tard. Entre
temps, faute de bras valides et de cerveaux encore lucides, la
vulnérabilité du pays sera trop grande et risquerait de provoquer
l’invasion et l’annexion pure et simple du territoire par
n’importe quel pays voisin ou puissance étrangère.
Prenons seulement la comparaison
démographique entre nous et trois de ces pays : le Soudan avec
plus de 20 millions d’habitants, le Nigeria avec plus de 100
millions et le Cameroun avec plus de 12 millions, tous des pays
bien organisés et à peu près bien gérés. Si, avec une superficie
de 1.284.000 km² et 8 millions seulement d’habitants (dont 52% de
moins de 15 ans), le Tchad devenait un danger permanent de
déstabilisation avec ses guerres interminables, son insécurité
permanente et sa désorganisation, la communauté internationale
fermerait bien les yeux si un jour, sous n’importe quel prétexte,
un voisin décide de s’emparer du Tchad pour y remettre de l’ordre
et le civiliser. Parce que des pays qui n’avancent jamais comme le
Tchad et qui refusent le progrès dans tous les sens, il y en a de
moins en moins. Et personne ne me dira que, en ce moment-là, des
populations qui auront cumulé tant de haines et de rancunes, et
qui n’auront plus grand-chose en commun, pourraient s’unir pour
défendre un pays qui n’existerait que sur le papier ? Avec
une armée de « colonels » qui pratiquent encore la guerre
archaïque et clanique très meurtrière, notre pays devient une
proie facile, malheureusement pour les marchands d’armes et les
négriers modernes des affaires.
Réfléchissons bien où nous allons à cette
allure et ce qui nous attend, au lieu de continuer à chercher le
diable du jour, comme nous le faisons depuis 40 ans pour notre
plus grand malheur. Est-ce que nous nous rendons compte de
l’ampleur du capital humain qui se détruit, rien que pour quelques
privilèges injustes que personne ne reconnaîtra et que d’autres
combattront à leur tour ? Des familles entières ont été
militarisées autour de l’idée de se protéger (avec leurs biens mal
acquis) contre les autres, alors que nulle part au monde cette
formule ne s’est bien terminée ? L’illusion de supériorité
guerrière entretenue dans certaines ethnies tchadiennes les
conduira à terme à leur perte et à leur extermination. Il faut
arrêter cela tout de suite, s’il vous plait ! Car si les
« chefs de guerre » et autres « colonels » n’ont aucun égard pour
la vie des membres de leurs familles qu’ils sacrifient dans ces
causes perdues, nous avons le devoir de les avertir des
conséquences à long terme de leurs aventures. Quand les Blancs qui
les trompent les auraient suffisamment exploités, ils se
retrouveront un jour abandonnés de tous, haïs et errants sans
patrie, pire que les Harki d’Algérie, pour n’avoir pas compris
plus tôt la valeur de la Justice, de la Paix et l’Egalité entre
fils d’un même pays. Ne croyez surtout pas, pour certains,
que ceux qui s’opposent à cette guéguerre seraient des lâches ou
des peureux ? Si l’on devait entrer dans l’histoire de chacun de
nos groupes d’origine, l’on se rendra compte qu’il y a encore
beaucoup de capacité guerrière insoupçonnée par rapport au déjà vu
actuel, mais que les populations ont déjà dépassé ce stade
primitif qui consisterait à vivre quasi-exclusivement des
conflits, de la violence et de la rapine. Un retour forcé au Moyen
âge n’est plus à l’ordre du jour pour ces populations.
Gouvernement ou rebellions, cessez de nous
faire pleurer avec vos bilans macabres de Tchadiens tués ou
« entièrement anéantis », car chacun d’eux a été porté par une
femme pendant des mois dans le ventre et au dos. Et ces femmes,
qu’elles soient Goranes, Zaghawas, Arabes, Tamas, Saras ou autres,
devraient-elles aussi applaudir la mort atroce et quasi-inutile de
leurs rejetons dans vos interminables luttes pour le pouvoir?
Quelle gloire, quel progrès pour le Tchad que ses fils massacrés
par eux-mêmes pour de la sottise ? D’ailleurs, j’accuse l’attitude
laxiste des femmes intellectuelles et de l’élite féminine
tchadienne qui, au lieu d’organiser des protestations massives et
publiques contre la guéguerre barbare, s’agitent pour des postes,
comme les hommes qui ne cessent d’échouer face à leurs
responsabilités et à leur conscience citoyenne, pour des miettes !
Un jour, quand il faudra faire la lumière
sur toutes les gestions, combien actuellement loyalistes ou
rebelles, échapperaient au châtiment d’une bonne justice ?
Qu’aviez-vous fait de votre pays depuis trente ans de barbarie,
d’arrogance, de violence et de mépris de l’autre, et combien de
temps voudriez-vous encore que ça dure ? Vous êtes dans la
mauvaise voie et les générations futures vous implorent de cesser
immédiatement avec ces dérives guerrières et anti-républicaines
d’un autre âge, pour leur laisser au moins la chance de vivre leur
ère sous d’autres valeurs, dans un pays viable et en conformité
avec les progrès de l’humanité pacifiste. Sinon, l’histoire vous
vomira de la manière la plus méprisante qui soit.
Enoch DJONDANG
enochdjo@yahoo.fr
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