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  Opinion 

Opinion : 
« Et si la CEMAC ne dépendait que de nous… »
Par Djimé Adoum

Article paru le 22 mars 2006, Ialtchad Presse


« Et si la CEMAC ne dépendait que de nous…»
Par Djimé Adoum


Ce « nous », c’est les populations de la zone CEMAC comprenant surtout le Gabon, le Congo Brazzaville, le Cameroun, le Tchad et la République centrafricaine. C’est nous, hommes, femmes, et jeunes qui avons de la peine à joindre les deux bouts. C’est nous dans nos villages, dans le monde rural sans infrastructure routière, sanitaire, scolaire. C’est nous pour qui des sommes faramineuses ont été empruntées et gaspillées sans amélioration de vie aucune.  Suivez le reste dans ce document.

Le choix de cette zone n’est pas fortuit et il l’est pour deux raisons essentielles : le degré de haine que ces dirigeants affichent à l’égard de leurs pays et leurs concitoyens et la dilapidation des ressources naturelles avec son corollaire de corruption.

Le degré de haine réside dans le fait qu’à l’exception du Président Bozizé de la République Centrafricaine , les autres quatre présidents sont à la commande de leurs états pendant de très longues périodes.  Le Gabonais Omar Bongo Ondimba est au pouvoir depuis 1967 et totalise plus de 38 ans de règne.  Il vient de briguer un autre mandat pour encore 7 ans.  Le Camerounais Biya n’est pas très éloigné du temps record accumulé par son aîné Bongo. Biya est à la tête du Cameroun depuis 24 ans et ne s’en presse pas de quitter le pouvoir.  Sassou-Nguesso accumule 19 ans de pouvoir et fait du Congo sa véritable vache à lait. Le Président Idriss Deby Itno suit de très près ses voisins avec 16 ans de pouvoir et cherche à s’éterniser à l’instar des autres. Bozizé vient juste d’être mis au pouvoir par son parrain de N’Djaména et si l’expérience de la sous région est un gage, il ne manquera pas de s’installer dans le fauteuil impérial pour toute sa vie. D’ailleurs il y a déjà eu un précédent en Centrafrique et Bozizé saura en profiter au moment opportun.

Pays

Cameroun

Gabon

Chad

Congo-Brazzaville

Rep Centrafricanie

Président

Biya

Bongo

Deby

Sassou-Nguesso

Bozize

Au pouvoir depuis

24 ans

38 ans

16 ans

19 ans

3 ans

Superficie (km2)

475400

267700

1284000

342000

623000

Population (million)

16.1

1.3

8.3

3.8

3.9

Dette extérieure ($ milliards)

5.1

3.9

891.7 million

8.4

1.7

Routes bitumées (%) (2000)

--

9.9

--

--

--

Index de corruption

2.2

2.2

1.7

2.3

--

Note :  Ce tableau est construit à partir des données de la Banque mondiale (World Development Indicators 2004 from Development Gateway)

Selon Transparency International, les pays dont leur index de corruption est moins de 5.5 sont de plus corrompus comparés aux pays qui sont au-delà du seuil de 5.5.  Les indices de corruption dans le tableau ci-dessus en disent plus.  A moins que nous nous trompons d’analyse, les indicateurs de performance en termes politiques et socio-économiques de la zone CEMAC ne sont pas de nature à porter secours à l’état de délabrement des pays respectifs.

D’abord tous les présidents de la zone CEMAC s’éternisent au pouvoir et n’arrivent pas à faire le minimum d’efforts requis pour développer leur pays.  Remarquons que tous ces pays ont une très faible population par rapport aux ressources naturelles : le Gabon, le Congo Brazzaville et le Cameroun recèlent de ressources naturelles abondantes en bois et pétrole ; le Tchad en pétrole et élevage, diamant et bois pour la Centrafrique.

En observant le tableau ci-dessus, il ressort qu’en plus du revenu non moins important de ces pays généré par les richesses, la dette extérieure est aussi très élevée et varie de US$891 million pour le Tchad, à US$8.4 milliards pour le Congo Brazzaville.

En matière de réalisations et surtout dans le secteur routier, seul le Gabon a osé rapporté avoir bitumé 9.9 pourcent de ses routes.  Les autres pays ne sont même pas fichus de compiler les données dans ce secteur qui est plus primordial pour la circulation aussi bien des personnes que des biens.  Les inamovibles leaders se comportent comme si le secteur routier n’a jamais été cité comme l’une des conditions sine qua none pour le développement d’un pays.

L’endettement de ces pays dépasse l’entendement et les réalisations dans les autres secteurs tels que la santé, l’éducation, les outils de la communication et de l’information laissent aussi beaucoup à désirer.  Les dettes, comme compilées dans le tableau auraient suffit largement à résoudre une grande partie des besoins fondamentaux de la population.  Si cela ne dépendait que de nous, cette dette n’aurait pu être accumulée mais aurait servi à moderniser les états.  Considérons le cas du Gabon : une dette extérieure de US$3.9 milliards pour une population de 1.3 million d’habitants.  Faites un petit calcul et vous nous en direz la suite.  Ce qui fait encore plus mal c’est le fait que les populations deviennent de plus en plus marginalisées.  Elles ne disposent d’aucun pouvoir de décision et de pression.  Les élections sont truquées et les résultats sont manipulés à toutes fins utiles pour satisfaire l’insatiabilité des dinosaures.

La misère avec laquelle les pays de la CEMAC sont gérés a été longuement traitée sur tchadnews.info (lire l’article pour plus de détails).  La corruption généralisée  coûte US$150 milliards par an pour les pays africains, surtout dans les industries du pétrole et extractives selon le BBC Website.  Cette situation est décriée tout récemment par le Président Obasanjo.  Il joint les autres poids lourds qui luttent contre la corruption tels que l’Honorable Alpha Oumar Konare, Président de l’Union africaine, le SG des Nations unies Kofi Annan, Paul Wolfowitz, Président de la Banque mondiale et Hillary Benn, ministre britannique du développement international.

Heureusement qu’en plus des cris des populations qui sont restées jusqu’ici inouïes, d’autres voix s’élèvent pour manifester leur dédain aux pratiques mafieuses de dilapidation.

C’est peut-être finalement le cas d’un réveil massif pour forcer la communauté internationale à minimiser les sales pratiques pour redonner espoir aux générations désabusées de la zone CEMAC.  Que Bongo, Sassou, Deby Itno, Biya et Bozize en prennent bonne note !

Djimé Adoum


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