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Opinion 

Opinion: « Juin 1992 - Juin 2005 : Treize
années de lutte »

Par Dr. Bichara Idriss Haggar

Article paru le 27 juin 2005 - Ialtchad Presse -


« Juin 1992 - Juin 2005 : Treize années de lutte »
Par Dr. Bichara Idriss Haggar

Voici, il y a treize ans jour pour jour qu’un groupe des Tchadiens écœurés par la confiscation clanique de l’Etat, les assassinats politiques, le blocage du processus démocratique et la dérive dictatoriale de l’homme de Bamina, se révoltent et défient le régime de Deby. À cette époque, peu des Tchadiens prenaient au sérieux cette insurrection dont la majorité des auteurs sont issus du même groupe ethnique que le président de la République. Comme il est rare qu’en Afrique, les membres de la tribu du président se rebellent ouvertement. Au contraire, la tendance est en général à l’unisson sinon au silence complice. C’est pourquoi, d’aucuns diront de ce défi que c’est une simple manifestation d’humeur ; d’autres de qualifier d’une affaire «Zaghawo-Zaghawéenne» qu’il ne fallait pas prendre au sérieux, voire même un piège tendu aux autres compatriotes. Gare à celui qui s’aventurera avec ces «gens» puisqu’ils finiront par s’entendre entre eux ; enfin à Deby de renchérir, les événements de juin 1992 sont une affaire purement familiale et que par conséquent, l’État ne doit pas s’y mêler. Dès lors, jusqu’en 1994 pour cacher la vérité sur cette contestation, le dossier CNR est resté du domaine réservé du Palais rose. Heureusement que l’histoire a montré que cette révolte n’est pas une simple manifestation des mauvaises humeurs, mais un mouvement profondément préparé avec conviction et sincérité en vue de poser publiquement les vrais problèmes de fond : sous le verni de la démocratie, le président Deby a instauré une véritable dictature clanique, un pillage systématique des deniers publics, le bradage des ressources nationales...
       Il est donc du devoir de tout Tchadien épris de paix, de liberté et de justice de se soulever contre ce régime et de lutter pour l’avènement d’un État de droit où tous les citoyens sans exception vivront en paix, en harmonie et bénéficieront de la même justice.
C’est dans ce contexte que le Conseil National de Redressement du Tchad (CNR) est né en juin 1992 au moment où des nombreux Tchadiens croyaient mordicus aux belles paroles combien mensongères et empoisonnantes de Deby. Bien qu’au début, le noyau de la révolte soit formé des membres de l’ethnie Zaghawa, l’idée de renverser le régime était indiscutablement partagée et approuvée par bien des officiers de l’armée et des personnalités politiques issues de différents partis politiques tant de l’opposition que de la majorité présidentielle.
       Le CNR est donc un mouvement national qui regroupe les Tchadiens de toutes les couches sociales sans tenir compte des considérations ethniques, régionales et religieuses en vue de redresser la situation chaotique et d’y apporter un changement politique profond en jetant les bases solides d’un État de droit et d’une véritable démocratie. Bref, le nouveau Tchad que préconise le CNR ne doit plus être le pays du crime organisé, de l’insécurité, de l'impunité, de la corruption, du pillage systématique, de la gabegie, de la médiocratie, de l’exclusion mais un pays de droit, de paix, de liberté, de justice, de la démocratie et du travail honnête dans lequel tous les hommes ont les mêmes droits et les mêmes devoirs.
       Il faut reconnaître que les treize années de lutte n’ont pas été de tout repos. Le mouvement a traversé bien de dures épreuves et connu des hauts et des bas. En effet, tout au long de ce parcours parsemé d’embûches, le CNR a dû faire face à des multiples adversités, à relever des défis, à déjouer des complots, à subir les affres de la prison, de l’exil, des traques des agents de l’ANS et ceux des pays alliés à Deby…. à connaître des liquidations physiques de ses dirigeants (le colonel Abbas Koty, Bichara Digui, les commandants Adam Açyl, Yacoub Aldaris, Abakar Hadjar, Souleymane Nourène, Koché Fouzari…) et de privations de toute sorte. Le CNR a dû aussi surmonter à son sein des défections, des trahisons, des achats de conscience, des ralliements, des campagnes mensongères orchestrées par le pouvoir auprès des Tchadiens, du groupe Zaghawa et auprès des pays étrangers (France, Libye, Soudan, USA…).
       Au niveau de l’opposition, notre mouvement a également géré non sans difficulté la méfiance et la suspicion souvent infondées et subjectives de certains opposants qui se trompent souvent d’adversaire et sèment la confusion dans l’esprit des compatriotes par leur manque de clarté et de précision dans la caractérisation et la désignation de l’ennemi principal à combattre. Cette attitude affecte négativement la recherche de l’unité du mouvement tchadien en lutte et retarde la constitution d’un front uni de l’opposition, faisant ainsi la part belle au régime du MPS.
       En dépit des obstacles rencontrés, le CNR contribue à affaiblir efficacement le régime de démission nationale par des luttes multiformes, des analyses politiques pertinentes et des prises de position sans ambiguïté dans les rencontres et forums aussi bien nationaux qu’internationaux (Conférence de Franceville en janvier 1996 et son rôle dans la coordination des mouvements politico-militaires…). Mieux encore, le CNR continue de mener une campagne active de démobilisation auprès des jeunes Zaghawa, une campagne qui empêche Deby de réaliser son rêve, celui de reconstituer la puissante armée du MPS des années 1990…
En réalité, le CNR joue un rôle non négligeable dans la recherche des solutions durables au drame tchadien et dans l’affaiblissement de l’armée du MPS.
       Certes, le mouvement a connu plus de défaites que des victoires, mais l’idée d’abandonner la lutte et de se rallier au régime en place ne nous effleura jamais l’esprit. Notre détermination à poursuivre la lutte jusqu’à la victoire finale demeure intacte. Le CNR reste plus que jamais persuadé qu’il n’y aura pas de paix, ni de stabilité, ni d’alternance politique par la voie des urnes au Tchad tant et aussi longtemps que Deby sera au pouvoir. Et nous ne le dirons jamais assez, que les Tchadiens ne se fassent pas d’illusions : croire à une quelconque cohabitation avec le président actuel relève d’une naïveté politique puisque l’homme de Bamina ne changera jamais. Les nombreuses expériences de gouvernement de coalition vécues atrocement par les Tchadiens en sont des exemples éloquents. C’est pourquoi, pour nous et d’ailleurs pour tout patriote tchadien, combattre le régime dictatorial et clanique imposé à notre peuple de l’extérieur, constitue un devoir national et une exigence morale.
Aussi, la lutte continue sans relâche et nos priorités à venir seront entre autres de:
• développer et intensifier la lutte multiforme contre le régime du MPS en conjuguant les efforts avec les autres oppositions poursuivant les mêmes buts en vue de combattre efficacement la dictature ;
• travailler sans relâche au renforcement du CNR en expliquant et clarifiant davantage les objectifs politiques auprès des Tchadiens et pays amis afin de faire mieux connaître le mouvement;
• militer réellement pour la tenue d’une Conférence de Paix, de Réconciliation et de Renouveau du Tchad regroupant tous les acteurs de la vie politique sans exclusion en vue de sceller un Pacte national historique qui doit marquer une rupture, une distinction nette entre le passé et l'avenir, et une date à partir de laquelle aucun crime politique ou économique, aucune violation des Droits de l’homme ne pourront rester impunis quel que puisse être leur auteur; un Pacte national dans lequel seront consignés les grands principes d’une République indivisible, souveraine, laïque, tolérante, pacifique et solidaire, fondée sur les valeurs de paix, de justice, d’égalité de tous les hommes devant la loi, de démocratie et de coexistence pacifique entre toutes les communautés ;
• renforcer l’unité de l’opposition et l’amener à focaliser toute son énergie et son action sur l’ennemi principal : le régime dictatorial et clanique de N’djamena et ses acolytes au lieu de faire des amalgames susceptibles de consolider l’ennemi. Il est important de préciser ici que Deby ne représente pas les musulmans parce qu’il est nordiste, ni les Zaghawa parce qu’il est Béri. Il n’est autre qu’un dictateur brut, favorisé par les circonstances du temps, qui essaie désespéramment de se maintenir au pouvoir par des moyens illégaux. Contrairement à un mythe répandu chez certains compatriotes désespérés sur la puissance de Deby, la pérennisation de la dictature actuelle ne s’explique nullement par son «invincibilité», mais plutôt par la désunion et le manque de réalisme de l’opposition dans son ensemble. Le moment n’est-il pas venu de trouver un consensus réaliste et objectif entre tous les fils sans exclusion, qui puisse vaincre la dictature, réconcilier les Tchadiens et instaurer la paix et l’État de droit ? Une telle alternative nous semble être salutaire et constitue le talon d’Achille de l’occupant du Palais rose.

Enfin, l’opposition doit d’abord et avant compter sur ses propres forces au lieu d’attendre que les pays dits « amis » notamment la France de Chirac, qui soutiennent aveuglement Deby contre la volonté populaire, fassent volte-face en jetant l’anathème sur leur protégé. Un tel miracle nous parait peu probable dans la mesure où le patron de N’djamena n’hésite pas une seconde à vider le pays de ses ressources ne serait-ce que pour maintenir ses relations.
       Aussi, le CNR renouvelle son appel à tous les Tchadiens épris de paix, de liberté et de justice de mettre de côté leurs préjugés ainsi que leurs querelles stériles en vue de conjuguer nos efforts pour combattre résolument la dictature clanique.

Dr. Bichara Idriss Haggar
Président du CNR

 


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