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Opinion |
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Opinion
: Code
musulman de la famille:
L’UCMT
VEUT SACRALISER
SA FUITE DE
RESPONSABILITES
Par
Timothée
Donangmaye
Article
paru le 03 Mars 2005 |
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Code
musulman de la famille:
L’UCMT
VEUT SACRALISER
SA FUITE DE
RESPONSABILITES
Rien ne
nous révèle autant au monde que les combats que nous choisissons de
livrer. Dans tous les coins du Tchad, des voix s’élèvent
aujourd’hui pour dénoncer les agissements des responsables
administratifs et militaires qui n’en font qu’à leur tête. Au Sud,
nombre de gens portent encore le deuil de leurs parents massacrés à
l’arme de guerre par des compatriotes éleveurs ou commerçants
originaires du Nord. L’ensemble des Tchadiens s’interrogent sur ce
qui nous attend au-delà du référendum de mars prochain.
Et
c’est ce moment que choisit l’Union des cadres musulmans du Tchad
(UCMT) pour brandir ses revendications d’un autre âge. Avant
d’aller plus loin, quelqu’un peut-il me dire à quand remonte la
dernière prise de position de l’UCMT en faveur des droits humains au
Tchad? De quand date la dernière dénonciation, par cette organisation,
de ces coups d’Etat réels ou imaginaires, et dont on a si peur des
auteurs qu’on n’a pas osé les identifier publiquement jusqu’ici ?
Je ne me souviens pas du dernier appel de cette organisation à une
meilleure gestion des ressources nationales. Acquis à la cause du
prince, les militants de l’UCMT se gardent bien de faire des vagues de
ce côté.
Khadija
Marfouk pensait sûrement à de pareilles gens que
lorsqu’elle écrivait : « Fuir sa responsabilité
par le silence des lâches, devenir sourd aux cris des opprimés sous
les fouets des oppresseurs, devenir aveugle devant le sang des innocents
versé injustement. S’évader pour ne pas témoigner, trouver mille et
une excuse pour s’éloigner : le travail, la famille ou une prière
qui ne s’achève jamais… » [I] Et c’est pour masquer
cette scandaleuse fuite de responsabilités que l’UCMT et ses
militants relancent le débat sur le code de la famille, avec pour
unique argument que le projet de code « FNUAP » de la
famille… ne leur plaît pas et viole la loi islamique.
Dans son
dernier communiqué, l’UCMT s’insurge ainsi contre « la
mise en chantier d’un projet de code pénal interdisant le mariage
avant l’âge de la majorité fixé à 18 ans et en s’attaquant sans
raison au droit de la succession musulman. »
Estimant qu’on « se livre à un dénigrement en
invoquant la scolarisation des filles pour condamner leur mariage »
cette organisation avertit qu’elle « s’opposera à tout
projet tendant à imposer, arbitrairement et par la ruse, des lois sans
fondement. »
Comme à
leur habitude, les commanditaires de cette association jouent
les victimes d’un système socio-politique hérité des
traditions judéo-chrétiennes. Ils usent du chantage religieux pour empêcher
tout débat, au sein de la communauté musulmane, sur ce dossier. Toute
critique à leur égard est présentée comme une hostilité à l’égard
de l’Islam et des musulmans ; un chantage auquel très peu
d’intellectuels tchadiens – musulmans ou autres – sont en mesure
de faire face de nos jours.
Traiter
les chefs de file l’UCMT de « fondamentalistes » ou
« d’islamistes » est un doux compliment à leurs oreilles,
d’autant plus que cela leur épargne la tache de nous démontrer en
quoi leur vision de l’Islam répond réellement aux principales
exigences du Coran et de la Sunna.[II].
Ces mêmes individus sont prêts à vous dire – lorsque cela leur
convient – que l’Islam (sunnite) n’a pas de clergé et que la
religion est une affaire directe entre l’Homme et Dieu. En clair,
chaque musulman agit selon sa conscience. D’où vient-il alors que
l’UCMT, avec la bénédiction du Haut conseil des affaires islamiques,
s’arroge des responsabilités religieuses qui excèdent celles du
pape? Cette situation est d’autant plus dangereuse que les leaders de
cette organisation ne sont pas des lumières en matière d’interprétation
des textes religieux.
Le tout
n’est pas de connaître par cœur ces textes; encore faut-il avoir
l’aptitude à les resituer dans leur contexte socio-historique
d’origine. Il faut aussi et surtout avoir le courage s’interroger
sur leur pertinence pour notre société moderne. « Puisqu’il
y a eu des différences, et en plus des différences vitales, entre les
différents interprètes et commentateurs, il ne peut être question
qu’une interprétation particulière soit imposée à tous les gens
d’une époque, et encore moins aux générations ultérieures»[III]
note si judicieusement Asghar Ali Engineer.
Prenons
le cas de l’âge légal de mariage de la jeune fille que l’on
voudrait fixer à 18 ans et
qui chagrine tant l’UCMT. Dans le temps, lorsque la femme était
uniquement destinée à tenir la maison et à procréer, on la mariait
très rapidement, c’est-à-dire, pour de nombreuses traditions, dès
qu’elle avait passé le cap des 12 ans. Mais de nos jours, les filles
sont des citoyennes à part entière, ayant droit à l’éducation et
à la formation professionnelle. Serait-ce juste ou même rentable
d’abréger leur éducation au nom du mariage ? A ce que je sache,
ce ne sont pas tous les musulmans qui veulent marier leurs filles
adolescentes. A preuve, de plus en plus de nos compatriotes musulmanes
poursuivent des études supérieures.
Par
ailleurs, les recherches médicales modernes ont démontré, chiffres à
l’appui, les nombreux dangers du mariage précoce des filles. Il y a
un an ou deux, une petite Sénégalaise envoyée en mariage était décédée
des suites d’hémorragie suite aux rapports avec un mari assez âgé
pour être son père. Autre chose : dans les traditions où les
filles sont mariées dès l’adolescence – femmes-trophée qui
font la fierté du mari ! -- les
hommes deviennent très exigeants. Pour eux, une femme de 25 ans est une
vielle fille. Ainsi, en mai 2002, Wafâ Abd Al-Latif Al-al Shaykh, présidente
de la section d’éducation islamique en Arabie saoudite révélait que
1,5 millions de Saoudiennes avaient dépassé l’âge du mariage[IV].
Devinez le sort qui attend ces femmes, victimes de traditions prétendument
religieuses !
Dans de telles sociétés, la femme n’est pas différente
d’une chemise ou d’une moto qu’on change dès qu’elle est passée
de mode. Ainsi, divers journaux ont récemment fait état du cas du
Saoudien Saleh
al-Sayeri, 64 ans, qui, à force de vouloir toujours de jeunes épouses,
en était à sa 58e femme, ;58 femmes, dont il ne se souvient plus tellement. Cette situation es facilité
par une législation islamique qui donne toute la latitude à l’homme
de divorcer sans trop de salamalecks ! C’est sûrement là une
perspective très alléchante pour l’UCMT et ses militants ! Nos
filles et sœurs musulmanes ne méritent-elles pas mieux ?
Cette
association fait état d’attaques non fondées sur le droit de la
succession musulman. Or, nous savons que ce droit,
très influencé par les traditions patriarcales de la péninsule
arabique, est défavorable
aux femmes. C’est pourquoi, au Maroc par exemple, la loi sur la réforme
du code de la famille (Moudawana) vise spécifiquement à « consacrer
l’égalité juridique entre l’homme et la femme. »
Et cette loi marocaine fait passer l’âge minimum du mariage de
15 à 18 ans pour la femme et… l’homme[v].
L’UCMT prétendra-t-il que les Marocains et leur roi sont moins
musulmans que les Tchadien ?
Cette
tradition invoquée par nos « cadres musulmans »
peut avoir des incidences bien au-delà de la communauté
musulmane. Un exemple bien simple que l’UCMT fait semblant d’ignorer :
le problème des enfants nés hors-mariage et qui, selon la tradition
musulmane, n’ont pas droit à l’héritage de leur géniteur. En plus
d’être injuste et illégale, cette pratique renforce
l’irresponsabilité de certains individus qui vont « pondre »
des enfants hors de leur foyer sans les reconnaître. A ce propos,
quelqu’un m’a raconté une horrible histoire qui a connu une fin
tragique. Un haut responsable musulman qui avait conçu une fille
hors-mariage l’avait, par la suite, légalement reconnue. Cependant à
son décès, sa famille rejeta catégoriquement la fille et la déshérita
au nom de la tradition. Humiliée et dévastée, cette dernière se
suicidera, plongeant sa famille maternelle dans une grande tristesse.
Cela s’est passé, il n’y a pas si longtemps, à N’Djamena.
Evidemment,
l’UCMT n’a pas poussé la réflexion jusqu’à ce niveau. Ses
militants préfèrent le sombre voile de l’obscurantisme religieux,
garant du statu quo dans notre pays. Il leur permet d’une part, de
dormir tranquille, et d’autre part, de rassurer « en haut
lieu » qu’ils tiennent toujours le bas-peuple dans le
Septentrion, et que tout va bien dans notre pays. L’Islam, le vrai,
invite les dirigeants de toutes les religions à se donner la main pour
promouvoir le bien et la concorde. Les motivations de l’UCMT sont
strictement politiques et il est dommage qu’aucun compatriote musulman
n’ait eu, jusqu’ici, le courage de confronter ouvertement cette
association sur ce terrain !
Timothée
Donangmaye
[I]
“Al-Hour, l’Homme Libre”
texte publié sur le site SaphirNet.Info, décembre 2003.
[II]
Recueil des actes et paroles du prophète Mahomet.
[III]
“A propos de la méthodologie d’interprétation du Coran”
texte tiré du site
“études-musulmanes.com”en juin 2003.
[IV]
Site internet “Chronologie
de l’Arabie Saoudite.2002”
[V]
Site Internet “Le Portail des Ong du Moyen-Orient”
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