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Opinion |
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Opinion
: Code
musulman de la famille:
REACTION
TARDIVE DU PRESIDENT DEBY
Par
Timothée
Donangmaye
Article
paru le 17 Mars 2005 |
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Code
musulman de la famille:
REACTION
TARDIVE DU PRESIDENT DEBY
Je présume que de
nombreux compatriotes ont applaudi le discours prononcé par le président
Idriss Déby à l’occasion du 8 mars, journée internationale de la
Femme. Ils ont sûrement apprécié sa promesse de faire adopter dans
les meilleurs délais, par l’Assemblée nationale, le projet de code
de la famille. Si l’on s’en tient à ce discours, le président Déby,
qui est lui-même musulman, rejette implicitement le projet de code
musulman de la famille élaboré par l’Union des cadres
musulmans du Tchad (UCMT.) « Le code de la famille, nous l'avons
tiré de la Constitution. Et, cette constitution a été votée par tous
les Tchadiens,» avait-il, en effet, martelé.
Cependant, j’estime que la sortie du chef
de l’État sur cette question vient
avec du retard. Car cela fait au moins un siècle – et j'exagère à
peine ! – que l'UCMT et ses militants empoisonnent l'atmosphère
nationale avec leur projet de code musulman de la famille !
Certains de leurs leaders ont même menacé de soumettre leur
document à un référendum où il passerait comme une lettre à
la poste, les musulmans étant, selon eux, majoritaires.
Malgré tout, nous avons eu comme
l’impression que le sujet ne préoccupait pas nos dirigeants.
Les seules prises de
position gouvernementales avant celle du président de la République --
à ma connaissance tout au moins ! --
ont été celles de deux femmes... méridionales de surcroît:
Mesdames Agnès Alafi et Fatimé Kimto. Or, nous savons que c’est dans
la partie septentrionale du pays que les jeunes Tchadiennes accusent un
grand retard dans le domaine scolaire. Un code musulman qui les
sortirait de l’école dès 14 ans pour les marier ne ferait
qu’aggraver cette situation. Pourtant, on ne dirait pas que le sort de
ces jeunes filles préoccupe réellement au Nord.
Je suis, par ailleurs,
déçu par le « timing » de la mise au point présidentielle
concernant le code de la famille. Celle-ci avait sa place dans le
discours présidentiel de Gounou Gaya (décembre 2004) sur la réconciliation
nationale. Lorsque le président avait, à cette occasion, parlé de
l’édification d'un « Tchad laïc » c'était le
lieu de rappeler à l'ordre ces musulmans égarés de l'UCMT qui, avec
l'appui des Oulémas et en violation de nos lois, tentent d’imposer
un code musulman de la famille. Leur rejet du projet national de
code de la famille n’a fait que renforcer l’incompréhension entre
musulmans et non-musulmans au Tchad.
Les filles et les
femmes ont toujours été victimes de toutes sortes d’injustices chez
nous. Mais en ce qui concerne le code musulman de la famille, elles
n’allaient être que les victimes collatérales d’un sombre dessein :
celui de politiser et d’instrumentaliser l’Islam aux fins de pérenniser
au Tchad un pouvoir nordiste et musulman. Il s’agissait pour l’UCMT
de mesurer sa capacité de mobilisation des nordistes autour d’un thème
religieux comme le code musulman de la famille. Par leur silence, nos frères
nordistes et musulmans ont conforté l’UCMT dans sa conviction que le
musulman soutient toujours le musulman, même si ce dernier nage
visiblement dans une mer d’erreurs et l’ignorance.
« Moi, je dis que le code de la
famille, c'est pour rendre la justice»
avait déclaré le président Déby le 8 mars. En attendant jusqu’au 8 mars pour dénoncer –
obliquement d’ailleurs ! -- le projet de code musulman, le chef
de l’Etat en a fait un « problème de femme »
uniquement. Il a, du coup, diminué la portée de sa déclaration.
Je ne vois honnêtement pas comment les Tchadiennes peuvent,
aujourd’hui, « conquérir leur place au sein de la société »
sans le concours des hommes qui tiennent tous les leviers du pouvoir!
C’est à ces hommes, notamment ceux de l’UCMT, qu’il
fallait rappeler leurs responsabilités vis-à-vis de la Femme
tchadienne.
Le président Déby
aurait dû directement apostropher les militants de l'UCMT et, en tant
que musulman, dénoncer la condition faite à la femme et la jeune fille
musulmane au Tchad ; condition que l’UCMT veut perpétuer.
J’estime que le président doit spécifiquement interpeller
la communauté musulmane tchadienne pour lui expliquer la nécessité
de protéger nos mères et nos femmes, d’éduquer nos filles et nos sœurs.
Certes, les musulmans ne sont pas les seuls Tchadiens à marier leurs
filles à 14 ans, mais c’est au sein de cette communauté qu’on
trouve ceux qui veulent justifier cette pratique par la religion. Et
c’est cette bombe qu’il faut désamorcer.
Ouvrons une parenthèse
pour nous demander ce qu’il serait advenu si un projet code de la
famille avait été plutôt
proposé par des cadres chrétiens par exemple. Nous aurions vu une véritable
levée de boucliers du gouvernement.
Lorsque nos évêques avaient seulement offert de financer la formation
-- par des agents du gouvernement -- de formateurs d'observateurs électoraux,
le ministre de l’Intérieur ne s’était pas fait prier pour dénoncer
cette « ingérence » dans les affaires de l'Etat. Par
contre, pour le code, musulman, nos dirigeants ont tourné 7 fois la
langue avant de parler. Au Tchad, toujours deux poids,
deux mesures.
L’histoire récente
de notre pays regorge d’ailleurs de nombreux exemples où nos
dirigeants ont choisi de regarder ailleurs quand les fauteurs de
troubles se trouvaient être des musulmans ou des nordistes. Ainsi, à
Moundou par exemple, « une série d’actes de vandalisme et de
provocations ont été perpétrés par des individus, visant les intérêts
des autochtones. Le 21 juin 1993, une manifestation de commerçants
nordistes de confession musulmane s’est soldée par le saccage par
ceux-ci de la librairie évangélique et la profanation de la cathédrale
de la ville. En décembre 2001, des « inconnus » ont détruit la
statue de Bambé, considéré par certains comme étant le fondateur de
la ville.
(…) En novembre et décembre
2002, plusieurs maisons d’habitations des autochtones ont été
incendiées à des heures tardives par des « inconnus. »
(…) le 6 juillet 2003, un conflit entre deux individus a dégénéré
en bagarres généralisées où plus de cinq personnes ont trouvé la
mort et neuf autres blessées, selon les sources officielles. Des biens
publics et privés ont été saccagés[i]. »
Ces derniers temps, des responsables gouvernementaux se sont
rendus dans la région méridionale pour tenter faire la lumière sur de
sanglants conflits, mais pas un seul n’a eu le courage de reconnaître
par exemple que c’est toujours les nos frères nordistes qui font
usage d’armes de guerre contre leurs compatriotes autochtones, c’est
toujours les premiers qui se livrent aux actes de provocation.
C’est un scénario
similaire – moins les Kalashs ! – que nous vivons actuellement
avec la décision de l’UCMT de proposer son propre code de la famille
quand bien même nos lois ne prévoient pas cette possibilité ! Ce
n’est d’ailleurs pas la première instance de violation de la loi au
nom de préceptes religieux.. Ainsi, il existe, dans diverses villes
tchadiennes de véritables « centres de dressage » créés
par des musulmans intégristes où « des femmes et
enfants jugés récalcitrants, sont enchaînés, enfermés et battus par
leur famille » comme le rapporte l’agence Syfia dans sa livraison du 27 janvier 2005. Selon cette même
agence, personne au gouvernement n’ose intervenir parce qu’il
s’agit de « musulmans. »
Comme on peut le
constater, le discours du président Déby n’a touché que le bout de
l’iceberg ! Mais nos compatriotes non-membres de l’UCMT l’ont
probablement applaudi à tout rompre. Et le chef de l’État doit, en
toute logique, penser les avoir persuadés de son engagement pour la laïcité
et l'égalité de tous les Tchadiens. Cependant, nous ne saurions nous
contenter d'une simple déclaration alors que la cheville ouvrière du
projet de code musulman si dangereux pour les filles et femmes
musulmanes se trouve être Mahamat Hissein, le Secrétaire général du
MPS et premier-vice président
de l'Assemblée Nationale !
Dans tout pays sérieux,
lorsque le Secrétaire général d’un parti au pouvoir s’oppose de
manière aussi radicale à une initiative majeure du gouvernement --
comme c'est le cas actuellement du projet national de code de la famille
– il doit suivre sa conscience et démissionner; ou alors on se doit
de le « démissionner ! » Qu'un régime maintienne une
telle personne aux commandes de son parti et à l'Assemblée
nationale, cela nous montre que ce régime mène une autre
politique en sous-main et que le grand discours sur la promotion de la
femme n'est que de la poudre aux yeux ! Dans ce cas, il faudra nous
expliquer qu’elle est cette mystérieuse « raison d’État »
qui s’accommode de contradictions aussi flagrantes !
Je me demande d'ailleurs
comment les femmes militantes du MPS interprètent le maintien de
Mahamat Hissein au poste de Secrétaire général du parti après sa
grande campagne contre le code de la famille et pour le code musulman! Vont-elles prendre au mot le président Déby et se « mettre au
diapason » pour demander des explications aux leaders de leur
parti ou alors vont-elles agir en « femmes traditionnelles »
et donner raison à l’UCMT et à son code oppresseur de la Femme ? A moins que leurs
voix ne comptent tout simplement pas au sein de leur propre parti !
[i]
“Tchad et culture” No 231 de novembre 2004
Timothée
Donangmaye
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