

|
 |
 |
| |
Opinion |
 |
|

|
Opinion
: Faut-il
une seule loi pour
tous les puits de pétrole ?
Par
Enoch
Djondang
Article
paru le 24 Mars 2005 sur Ialtchad Presse |
|
Faut-il
une seule loi pour tous les puits de pétrole ?
Je ne voudrai pas me prononcer sur la polémique
soulevée dans la nouvelle « affaire Dobian », entre le
gouvernement et les adh. Car
c’est de bonne guerre et c’est plutôt un indice de la dynamique de
notre jeune démocratie. En effet, chacun des deux camps tente de tenir
son rôle, même joué maladroitement. Dobian ne devrait pas oublier la
constance de la traîtrise de certaines de ses anciennes amitiés
militantes à en découdre avec lui ! Mais le problème qui nous
intéresse est celui de l’extension de la loi 001 à tous les puits de
pétrole qui seront exploités au Tchad.
Le gouvernement de M. Déby a eu le mérite d’initier la fameuse loi
001 sur la gestion des revenus du pétrole des trois puits actuellement
en exploitation. Malgré les insuffisances de cette loi, le gouvernement
pourrait avoir raison de cette limitation. Il faut avoir l’honnêteté
de se rappeler la chronologie des évènements liés à l’exploitation
du pétrole de Doba. Le processus de négociation et de management du
projet a été graduel et tout le monde y avait été comme dans une
nouvelle école. Les pétroliers et leurs sous-traitants (qui ne sont
pas des enfants de cœur), la Banque Mondiale qui y joue presque son
honneur, le gouvernement et la société civile, chacun a appris à
tenir compte de l’avis des autres. La grosse difficulté pour le
gouvernement, c’est sa politique de communication défaillante :
il doit souvent rattraper sa négligence envers l’opinion publique par
des mises au point encore plus nuisibles parce que faits sous l’effet
de la panique et de la pression. Sinon, dans une certaine mesure, la
position de mutisme du gouvernement est compréhensible : conscient
d’avoir mal négocié ce dossier, le gouvernement fait de la loi 001
un levier correctif qui lui a permis d’obtenir vaille que vaille le
financement du pipeline par des ressources non appropriées de la Banque
Mondiale.
Mais ce que le gouvernement ne veut pas clairement dire, c’est que
cette loi n’est plus avantageuse quand il doit s’agir d’autres
puits pétroliers à exploiter. Nous allons relever quelques points
d’achoppement :
1)
Le grand défaut de la loi 001 est celui d’avoir mis ensemble
canevas de gestion transparente et clés de répartition des revenus pétroliers.
En effet, si nous sommes tous d’accord que les revenus pétroliers
devraient être gérés dans la transparence, il n’était pas prudent
d’inclure dans la même loi une clé de répartition arbitraire des
dits revenus. La définition des secteurs prioritaires qui devraient
recevoir 80% des revenus pour la réduction de la pauvreté est trop
contraignante pour n’importe quel gouvernement qui voudrait se donner
les moyens d’une bonne gouvernance politique et économique.
2)
Pour mieux comprendre la difficulté, le cas du
FACIL est assez éloquent : la gestion des 5% accordés à la région
productrice est étroitement liée à la réalisation d’une bonne décentralisation
administrative. Or, la politique de décentralisation en cours n’est
pas dans les priorités de la loi 001. Le FACIL se trouve donc compromis
pour longtemps dans sa mise en œuvre à cause de cette lacune de la loi
001.
3)
Bien des secteurs pourraient demain devenir
prioritaires : le gouvernement pourrait valablement décider de
consacrer une triennale budgétaire pour régler définitivement le
problème de l’Armée par exemple (réorganisation des corps, équipement,
casernement, formation, etc.), un chantier gigantesque attendu par tout
le monde. Alors que dans le même temps, l’Administration territoriale
aurait besoin de ressources adéquates pour son redressement total et sa
modernisation comme préalable à la bonne gouvernance et au développement.
Il ne faudrait donc pas s’enfermer dans les contraintes d’une loi
qui a déjà fixé les quotas de répartition.
4)
La loi 001 voudrait épargner 10% des revenus pour
les générations futures. En réalité, les Tchadiens ne maîtriseront
pas facilement la gestion de cette épargne. C’est de l’argent
public qui fera le bonheur des banquiers, alors que la notion de
« générations futures » mérite d’être sérieusement débattue
dans tous ses contours et non pas comme une vérité intangible collée
à une loi votée à une époque donnée. Nous croyons sincèrement que
le Tchad ne peut continuer de se contenter du statut de pays producteur,
attendant que la Citybank lui verse chaque fois l’aumône. En tant que
nationaliste, nous disons tout haut que le Tchad doit dès à présent
se préparer à être actionnaire dans tous les consortiums qui vont
exploiter ses gisements pétroliers. Il y a d’énormes avantages pour
notre pays à entrer un jour dans le cercle de la grande magouille,
c’est à dire des actionnaires de notre pétrole. Il ne faut jamais
perdre de vue le fait historique que le pétrole a été la cause du
renversement des régimes précédents et de la guerre civile !
Pour devenir un jour les maîtres de nos richesses nationales, donc de
notre destin, nous devons développer dès maintenant des visions
futuristes pour notre pays que d’être toujours à la traîne,
gouvernement et société civile, des courants venus de l’extérieur.
5)
Que devrait être le contenu d’une loi sur la
gestion des revenus pétroliers ? Elle devrait être limitée aux
principes et aux mécanismes de la gestion transparente. Tout ce qui relève
des opportunités économiques et des choix conjoncturels devraient être
renvoyé aux décrets pris en Conseil des ministres, après de larges
consultations d’usage bien sûr. En d’autres termes, pour tous les
gisements pétroliers, il ne devrait y avoir qu’une seule loi, comme
le réclame la société civile. Mais pour la répartition des revenus
d’un nouveau gisement, le gouvernement devrait être en mesure de décider
de leur affectation selon les priorités officiellement retenues, à
commencer par la Stratégie nationale de réduction de la pauvreté (SNRP),
celle de la Bonne Gouvernance (SNBG) et d’autres. Cela est plus
conforme à la logique des budgets-programmes qui vont désormais
composer la Loi des finances votée par les députés. Ainsi par
exemple, s’il a été décidé la construction de 40.000 logements
sociaux en trois ans, le gouvernement pourrait affecter une partie des
revenus du puits X de Bongor ou Y de Kyabé à ce programme de réduction
de la pauvreté par décret pris en conseil des ministres. Cela relève
de ses prérogatives et n’empêchera pas que le processus de gestion
soit transparent et suive les mêmes procédures de contrôle instaurées.
6)
Pour mieux se faire comprendre, prenons
l’exemple de la Fonction Publique : une seule loi régit tous les
fonctionnaires et agents de l’Etat ; cependant il y a des statuts
particuliers légitimement revendiqués par des corps de métiers. En
tant que citoyen averti, je n’accepterai pas que ma région subisse un
jour les mêmes désagréments dus aux carences de la loi 001 que Dobian
dénonce chez lui. Alors le système mérite d’être revu pour une
plus grande capacité d’adaptation aux situations dans l’intérêt
des populations et du Tchad.
7)
Par ailleurs, l’autre polémique soulevée il y
a quelques mois par Dobian concernant le prix du baril de pétrole
tchadien par rapport à la hausse des cours mondiaux, plaide aussi en
faveur d’une plus grande prudence dans la rapidité du gouvernement à
signer des conventions et à les faire ratifier deux semaines plus tard
par le Parlement, pour le regretter et pleurnicher plus tard. Rien ne
sert de courir ! Avec le pipeline et les trois puits actuels, nous
sommes devenus attirants : ce n’est plus la peine de se comporter
toujours comme des éternels « allaoro » devant les premiers
venus. Nous devons prendre le temps de bien cerner les problèmes,
surtout avoir des ambitions claires, de l’amour et un projet de société
cohérent pour notre pays. Il n’y aura pas de bonheur et d’épargne
réelle en faveur des « générations futures » si nous
continuons à évoluer dans la brumeuse de nos mauvaises habitudes de
gouvernance.
Avec cet éclairage,
nous souhaitons recentrer les débats sur les véritables questions de
fond non encore soulevées et dépasser les querelle rituelles entre les
institutions politiques et la société civile. Peut-être sommes-nous
mal informés par rapport aux cercles d’initiés sur ce dossier ?
Cependant, en tant que citoyen, vivement que nous puissions être
compris dans la clameur des passions actuelles !
Enoch Djondang
|