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Au
Tchad sous le régime actuel du président Idriss Deby Itno, la
classe politique au pouvoir semble n’avoir pas de volonté
politique sérieuse pour restaurer la paix et la stabilité dans le
pays. Les Tchadiens le savent bien car, toutes les élections
organisées n’ont pas été libres et transparentes, moins encore
démocratiques. Les institutions étatiques mises en place et
souvent presentées à l’opinion publique nationale et
internationale, ne servent que le Chef de l’Etat, son cercle
politique immédiat et ses proches. L’absence d’une démocratie
acceptable, le non respect des droits et libertés, la
militarisation excessive, la mauvaise gestion et la corruption,
entraînent de facto l’inégalité et la misère sociale dans le pays,
et plongent les populations à vivre constamment dans l’insécurité
générale, la terreur et la désolation. Le recours de certains
Opposants politiques à la force armée, est la conséquence
immédiate résultant du refus de l’instauration d’un environnement
politique normal basé sur des confrontations politiques et
pacifiques, conditions nécessaires pour une paix réelle et un
développement durable au Tchad.
Les activités des partis politiques devenues inutiles ou du moins
tombées en désuétude, laissent la place à la prolifération de la
rébellion armée. Toute négociation politique pour une
réconciliation nationale véritable est transformée en théâtre de
folklores médiatisés. Les Accords de paix n’aboutissent pas à un
consensus national fiable. La réconciliation est perçue par le
pouvoir comme une récupération des opposants ou une allégeance au
régime en place, parfois en échange des sommes importantes,
abusivement soutirés du Trésor public, alors que les
fonctionnaires et Agents de l’Etat ne perçoivent pas à temps leur
salaire. Dès qu’un Accord de paix est conclu, les signataires et
anciens opposants sont négligés, oubliés et parfois même humiliés.
S’ils contestent et exigent l’application desdits Accords conclus,
soit ils sont arrêtés, soit ils disparaissent dans des
conditions parfois mystérieuses. Et aucune investigation ou
instruction des autorités judiciaires sur leur disparition n’est
faite.
Le principal Accord important obtenu était lors de la Conférence
Nationale Souveraine. Mais son application a été torpillée par les
dirigeants au pouvoir, leurs partisans politiques et autres partis
alliés de la mouvance présidentielle. Ainsi, les Accords
politiques à caractère global obtenus à la CNS, ou dans un cadre
restreint et séparé, avec certaines Organisations
politico-militaires ou des partis politiques légaux, n’ont jamais
été respectés, ni appliqués. Malgré cela, des Tchadiens de la
Diaspora retournent au pays pour participer à son développement
économique et social. Mais grandement déçus de nos réalités
anachroniques, ils quittent aussitôt le pays pour vivre à
l’extérieur, même s’ils ne sont pas des opposants politiques.
D’autres, choqués des pratiques arbitraires quotidiennes, optent
pour la lutte armée et rejoignent le maquis. Ces derniers temps,
des affrontements armés se succèdent d’une région à une autre, des
blessés graves et des morts tragiques se multiplient. Et le
président Deby persiste à vouloir anéantir la rébellion armée par
la force. Cela pourrait être possible mais pas sūre, car depuis
les années 1965 la rébellion armée n’a jamais été éradiquée par la
force, même avec l’appui des forces étrangères.
Nous avons toujours proposé le dialogue et la négociation pour le
règlement de nos conflits, car au Tchad personne ne peut éteindre
le feu par le feu. Pour le pouvoir ou la rébellion, le recours aux
armes peut être une dissuasion, mais pas une solution à un
différend politique. Les conséquences des affrontements armées
sont énormes et destructives pour le Tchad. Dépassé par l’ampleur
de la rébellion armée et du conflit avec le Soudan, le président
Deby cherche la médiation des pays amis et de la Communauté
internationale. Tout en persistant dans son refus de négocier avec
ses Opposants armés, il lance des appels à la réconciliation
nationale, mais aussi pour l’envoi des Casques bleus de l’ONU dans
la sous région, afin d’éviter que ces conflits et affrontements se
généralisent et emportent son régime.
Malgré ses déclarations contradictoires par rapport à ses actes,
certains politiques Tchadiens avertis lui proposent une rencontre
globale, pour trouver un consensus réel, pouvant épargner les
populations civiles de souffrances perpétuelles. D’autres nouveaux
amateurs et arrivistes qui persistent à faire leur entrée dans le
girond des politicards, se tiraillent naïvement et proposent aussi
des Conférences de paix, sans savoir réellement comment le
préparer et y parvenir. Inconscients de leur inexpérience
politique, ils perdent de vue qu’on ne résout pas les conflits du
Tchad par la dialectique théorique et surréaliste. Qu’elle soit
<inclusive ou exclusive>, l’essentiel n’est pas là, mais plutôt
dans l’acceptation même du principe de la tenue de cette rencontre
par les principaux acteurs concernés. L’adoption d’un consensus
conduisant à un Accord crédible, l’application et le respect des
décisions à prendre viendront en seconde phase. Le président Deby
a lancé le 29 Décembre 2006 à Kyabé, un appel de paix et de
réconciliation nationale. Cet appel est-il sincère ou c’est pour
la propagande politique. Et où en est-on dans l’Opposition ?
Présentement, aucun consensus clair n’apparaît au sein des
organisations politico militaires, ni entre les partis politiques
de l’intérieur ou de l’extérieur, moins encore au sein des membres
du COPORT, et pas non plus au sein de la Diaspora tchadienne des
Etats-Unis, du Canada ou de l’Afrique de l’Ouest, et dans d’autres
régions du monde…
L’accord politique global si accord il y a, ne sera viable que si
les dirigeants au pouvoir et de l’Opposition armée, écartent leur
vision traditionnelle et clanique de l’Etat, se retrouvent, se
décident d’associer des formations politiques sérieuses et des
personnes ressources, pour réfléchir sereinement ensemble sur des
questions politiques de fonds liées à la survie même de la nation
tchadienne et enfin de proposer des solutions consensuelles
acceptables pour tous, et dans l’intérêt de nos populations
meurtries. Et pour sa crédibilité personnelle et celle du pays, le
président Deby doit nommer des cadres de grande envergure pour
assumer des hautes fonctions dans l’Administration tchadienne.
L’amateurisme et le tourisme administratif de ses parents, alliés
ou protégés politiques, ne sert pas son régime, ni notre
Administration, et ne fait que ternir l’image du Tchad par rapport
aux autres Etats du continent qui avancent positivement.
Les conflits et affrontements armés, tout comme la mauvaise
gouvernance ont toujours bloqué le Tchad à se développer. Ainsi,
un cessez le feu est certes nécessaire, mais cela arrangerait-il
le gouvernement au pouvoir qui profite de la guerre pour piller le
trésor public et certaines Organisations politico-militaires, qui
persistent à s’accrocher aussi longtemps sur leur logique de
guerre, pour satisfaire leurs intérêts occultes sur le dos du
peuple tchadien.
Il serait donc utile de s’entendre pour décider d’un Cessez-le-feu
sur l’ensemble du territoire, suivi d’une Amnistie générale.
Aussi, les pourparlers doivent déboucher sur l’adoption d’une
période réaliste de Transition, pouvant permettre une préparation
sérieuse des prochaines élections. Or, avec l’absence d’une réelle
Armée nationale tchadienne, qui doit assurer le respect de l’ordre
public et garantir à chaque citoyen la sécurité et le droit de
voter librement, il n’est pas possible d’organiser des élections
sereines et crédibles dans l’immédiat. Des élections sont certes
nécessaires pour déterminer l’audience politique du pouvoir et de
l’Opposition, mais l’insécurité générale dans le pays ne le
permet pas. Il n’est donc pas réaliste politiquement d’envisager
des élections avant la fin du mandat actuel du président Deby Itno,
même si cela est obtenu de manière contestée. Mais les élections
législatives doivent précédées les présidentielles.
En attendant de réfléchir et voir comment ces élections devraient
se tenir, certains pensent déjà au recours à des Forces
extérieures. Mais au Tchad, les dirigeants au pouvoir,
l’Opposition politique et même la rébellion armée, tous subissent
les pratiques néo-coloniales des Forces étrangères stationnées
dans notre pays. Il n’est donc pas question de soumettre encore
aujourd’hui le Tchad à un système qui se rapprocherait du
Protectorat. Notre salut viendrait peut-être des Forces
multinationales des Nations Unies, avec des contingents provenant
effectivement de plusieurs Etats. Encore faut-il bien négocier et
préparer l’arrivée de ces Forces onusiennes au Tchad, afin de
faire bénéficier à notre pays, des retombées non seulement
politiques et sécuritaires, mais aussi économiques et financières.
Le président Hassan El Béchir refuse le déploiement des forces de
l’ONU au Darfour, alors que le président Idriss Deby Itno le
réclame depuis un certain temps. L’assistance sécuritaire des
milliers de réfugiés soudanais et des civiles tchadiens déplacés
est certes louable pour sauver des vies humaines, mais à quel prix
et dans quelles conditions, le Tchad doit accepter cela et pour
quel nombre des Casques bleus ? Le Secrétaire Général de l’ONU
Monsieur Ban Ki Moon propose de déployer un effectif de six à onze
mille hommes au Tchad et en République Centrafricaine. Notre pays
accepte certes de coopérer avec les Nations Unies, mais les
Conseillers politiques du Secrétaire Général, doivent être au
moins objectifs, car le Darfour est au Soudan mais pas au Tchad.
Même s’il y a réticence des autorités soudanaises, ce n’est pas au
Tchad et à la Centrafrique d’absorber le maximum des Casques bleu
de l’ONU au Darfour.
Bien que plongé dans ses stratégies militaires, nous conseillons
au président Deby beaucoup de réserve et de suggérer plus tôt
l’envoi des Forces de sécurité civile pour la protection des camps
des réfugiés. Les Nations Unies payent très bien et il y a
toujours des Etats qui veulent trouver du boulot à leurs
contingents, mais cela ne doit pas se faire sur le dos du Tchad.
C’est aussi une forme de protection des nos intérêts.
Si le Chef de l’Etat tchadien avait démontré dès son arrivée au
pouvoir en 1990, sa volonté politique de restaurer la paix, par la
négociation et le dialogue, la bonne gouvernance et la
restructuration de notre Armée nationale, aujourd’hui il y aurait
la stabilité au Tchad et nos forces de sécurité seront en mesure
de faire face aux incursions des milices Djan-Djaouites. Mais tel
n’est pas le cas, c’est pourquoi les rebellions tchadiennes se
prolifèrent, les milices soudanaises entrent aisément dans nos
territoires, et l’insécurité empêche nos populations civiles à
vivre en paix. Alors dans ces conditions, quelle assistance
humanitaire les réfugiés et les populations civiles déplacées
pourront-ils en bénéficier ? Comment les Agences humanitaires
peuvent-ils assumer leur mission ?
Si l’ONU déploie ses Casques bleus aux frontières
Tchad-Soudan-Centrafrique, il serait indiqué de s’inspirer du
récent exemple de la République Démocratique du Congo, et
solliciter le moment venu, l’assistance des Forces onusiennes pour
sécuriser le déroulement des élections au Tchad. Mais en attendant
que des conditions acceptables soient réunies pour avoir une vie
politique sereine, il est utile d’avoir une période de Transition,
conduite par un Gouvernement de consensus, qui sera constitué
après une large consultation politique. Dans ce gouvernement,
seront représentés les principaux acteurs politiques ou leurs
représentants, ainsi que des hautes personnalités indépendantes
tchadiennes.
Ce gouvernement doit être dirigé par un Premier Ministre, issu
d’un large consensus politique. De même, les opposants au régime
de N’Djamena, doivent concéder au Président Deby de continuer son
mandat en cours, quelque soient les conditions de tenue des
dernières élections présidentielles de 2006. La participation au
Gouvernement de consensus ne doit pas être un obstacle à tout
Tchadien qui souhaiterait se présenter aux élections dans
l’avenir. Notre démocratie serait encore de façade, si on exclut
certains citoyens de participer aux prochaines compétitions
électorales.
Quant au conflit du Darfour, bien que ses répercussions touchent
directement le Tchad et ses populations civiles, cela est d’abord
et reste un conflit interne relevant de la responsabilité des
autorités du Soudan. Le règlement de cette crise devenue
régionale, doit être laissé à l’Union Africaine et aux Nations
Unies. Le Tchad doit régler ses problèmes internes indépendamment
du conflit du Darfour, tout en respectant les droits et libertés
de ses citoyens, mais aussi les principes universels du Droit
international. Au cas où notre pays est agressé par des forces
extérieures, aucun Tchadien n’accepterait que notre souveraineté
soit bafouée.
New York, le 26 Février 2007
Hassane Mayo Abakaka
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