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Aussi longtemps que le peuple tchadien dans son
ensemble ne se ressaisit pas, le Tchad restera misérable, divisé,
déchiré, haché, entrecoupé et saignera à blanc jusqu’à la dernière
goutte du sang!
De
l’extrême Sud de notre pays, jusqu’aux confins lointains du
Tibesti, de l’extrême Est, zone régulièrement en proie aux
déchirures, jusqu’aux frontières de l’Ouest du Tchad. C’est
toujours le même constat désolant: c’est la pauvreté noire qui
accable tout un peuple qui marche sur une terre d’or qui désole,
ce sont en effet, les conditions extrêmes dans lesquelles vivent
au quotidien les masses populaires tchadiennes laissées pour
compte qui sautent aux yeux! Ce sont les diverses maladies qui
asphyxient les plus vulnérables de notre nation qui indignent!
C’est l’ignorance conjuguée avec l’inconscience qui sévit! Ce sont
les incessantes guerres funèbres qui exterminent. Ce sont les
conflits intercommunautaires qui endeuillent. Ainsi, les
quotidiens des tchadiennes et des tchadiens n’ont donc cessé de
rimer, malheureusement, qu’avec des nouvelles macabres et des
tensions persistantes, des dérives dramatiques et des opérations
machiavéliques, des liquidations physiques et des détentions
politiques, des crimes économiques et des injustices diaboliques,
des combats fratricides et des répressions liberticides, des chaos
promis et des assassinats commis…
Pourquoi tout a juré de ne pas marcher dans ce bout de terre que
l’on nomme le Tchad ? Tentative de réponse : quelques raisons
dominantes et majeures entre autres :
I.
Manque manifeste d’une élite politique
réformatrice, soucieuse, patriotique et porteuse d’un projet réellement
national pouvant faire adhère l’ensemble des tchadiennes et des
tchadiens
II.
Résignation de masses populaires tchadiennes
et fatalisme phénoménal à l’échec entraînant restriction de
l’espace d’une minimale créativité et de l’entreprise populaire
salvatrice
III.
Démission à proprement dit, tangible et
continuelle des masses populaires tchadiennes quant à l’advenir même du
Tchad à cours, moyen et long terme
IV.
Manque notoire d’éducation civique élémentaire
voire minimale quant aux notions de l’intérêt commun suprême tchadien, de
l’amour de la patrie, de la solidarité nationale, de la
consommation citoyenne, de la propreté publique, de la santé
humaine et environnementale et éducation au développement durable
au quotidien, condition sine qua non pour envisager le bien être
des générations tchadiennes montantes.
V.
Absence manifeste
d’un minimum de sentiment commun d’apparence à une seule nation
ayant une seule destinée commune réellement partagée par tous
comme toutes.
VI.
La perpétuation au centre suprême des décisions,
depuis l’aube de l’indépendance, de la même génération dirigeante,
dépourvue des nobles sentiments patriotiques qui, a véritablement
mis le Tchad à genoux et a manifestement saigné l’ensemble du
peuple tchadien à blanc!
VII.
L’ingérence des mains mercenaires étrangères
constantes, notamment françaises, soudanaises et libyennes au cœur de
l’appareil décisionnel de l’Etat et dans les affaires capitales et
décisives tchadiennes
VIII.
Expansion à grande échelle
de la culture de la force au détriment de la force de la culture
respectueuse des lois, règles et principes élémentaires.
IX.
La marginalisation continuelle et injustifiée
de la gigantesque force féminine tchadienne aux grés des mœurs
néfastes séculaires qui entravent sérieusement tout épanouissement
et émancipation desdites forces considérables.
X.
Le désengagement
total de la jeunesse tchadienne contemporaine, de la vie
économique, associative, syndicale, sociale et politique
XI.
Expansion phénoménale du favoritisme
inconditionnel, de l’impunité révoltante, de la corruption phénoménale, de
la mauvaise gestion persistante et la pratique folle de la
géopolitique aveugle, au détriment de la promotion du travail bien
fait, de la justice sociale, du mérite populaire et de la
récompense de l’effort salvateur consenti.
XII.
Absence d’un minimum contrôle
– «comment avez vous obtenu ceci et cela ?» - une minimale
d’autorité de l’Etat sur les comptes occultes, détournements des
fonds au sein la masse fonctionnaire tchadienne, au grand plaisir
de celles et ceux qui ont toujours considéré, quelque part
intimement, que la république n’est qu’une généreuse poule aux
œufs d’or, au service des couches privilégiées de tout poil.
XIII.
Mauvaise exploitation des ressources humaines
tchadiennes: favorisation irrationnelle du personnel étranger expatrié au
Tchad, au grande dame du personnel tchadien qualifié à bagages
égaux voire meilleurs qui, s’est vu malheureusement, attribuer les
bancs et la misère. Idem pour le ressources naturelles: mauvaise
gestion des ressources agricoles, minières, animales!
Et la convalescence ? Comment sortir de ce cycle infernal des
malheurs de toutes les couleurs et en cascades qui s’abattent sur
le Tchad depuis des décennies?
Les politico-militaires ?
Au risque réel que je me trompe littéralement, la guérison miracle
ne viendra pas, à mon humble avis, de politico-militaires, ni aux
travers de renversement d’actuel régime, ni aux travers d’un forum
national organisé par les élites tchadiennes en rébellion, ni même
aux travers d’un dialogue inclusif, ni d’ailleurs aux travers d’un
gouvernement de transition qui serait concocté par des hommes
armés venus aux bords de Toyota!
Je m’explique: il est un secret de polichinelle que, les
structures des groupes rebelles actuellement en lutte, sont
quasiment toutes ou presque fondées sur des bases exclusives,
égoïstes et considérations purement et simplement ethniques,
sinon, tout au mieux, régionales ou religieuses. Aucune ne peut
donc, par conséquent, prétendre d’être porteuse, pour l’heure
actuelle, d’un projet réformateur réellement national, pouvant
faire adhérer un nombre important des tchadiennes et des tchadiens
aude-la de leurs communautés éthiques ou régionales respectives.
C’est combien dommage et terriblement déplorable! Vous aurez
certainement imaginé, que si les choses demeurent toujours comme
telles aujourd’hui, une fois le régime est reversé, ces groupes
rebelles et les multiples mainmises étrangères, se livreront
immanquablement, au cœurs de la capitale tchadienne, à une lutte
assurément diabolique à la somalienne, motivée par des intérêts
communautaires, régionales ou religieux et les sages seront
certainement très peu à ce stade hautement crucial! Je veux bien
croire les bonnes attentions affichées ça et là, notamment celles
de Monsieur Nourri qui vient de déclarer sur RFI qu’il rendra le
pourvoir au peuple, une fois le régime renversé. Mais je me
réserve le droit du doute!
Donc, que ce soit, aux travers du renversement du régime actuel,
aux travers d’un forum national élargi et inclusif, quelle que
soit la formule miraculeuse que les politico-militaires ont pu
concocter, il y a toujours un risque monumental à considérer
permanemment, que la solution miraculeuse imaginée à l’Est du
Tchad, vire au vinaigre une fois mise à l’épreuve à N’djamena.
L’actuelle crise de leadership persistante qui frappe l’ensemble
des groupes rebelles est un signe de très mauvais augure. Rester
donc à espérer sincèrement qu’ils dépassent rapidement les limites
égoïstes communautaires, régionales, éthiques et religieuses et
les considérations personnelles, autrement, ils risquent
réellement d’emmener à N’djamena le pire de chaos que nous
n’aurions jamais imaginé.
L’opposition dite « légale et démocratique» ?
Dans un pays normal, c’est à elle qu’incombe le rôle conducteur
qui mobilise les masses populaires face aux diverses dérives et
divers méfaits des régimes. Mais le Tchad est malheureusement tout
ce que vous voulez sauf un pays normal ! Donc, cette autre
opposition démocratique, la nôtre, celle en état d’anesthésie et
ivresse avancées est, a mon sens, simplement indigne de notre
grande nation! Dépassée par les réalités des époques subversives
et étant elle-même sérieusement atteinte des gravissimes maladies,
on ne saurait, malheureusement en aucun cas, attendre d’elle
ombre de guérison! Elle a complètement d’ailleurs perdu sa raison
initiale d’être et elle ne reflète aujourd’hui qu’une image aussi
misérable qu’ignoble. Cette classe aux affaires depuis la nuit du
temps est composée essentiellement des politicards impudiques,
sans paroles données, ni convictions respectées, ni principes
élémentaires, que des minables démagogues en mal de publicité et
de sensations fortes et incapables de mobiliser, ne seraient ce
que leurs foyers respectifs. Ces soit disant dirigeants doivent
être intégralement remplacés par les forces vives émergeantes de
notre nation, pour le bien du Tchad contemporain et futur.
Et le peuple source de la guérison ?
Relever le Tchad qui est aujourd’hui à genoux, n’est guère une
affaire simplissime qui, peut se faire du jour au lendemain, il
n’en demeure pas mois qu’il ne saura se faire, concrètement, sans
l’implication active du peuple tchadien dans son ensemble, autour
d’un projet réformateur précis, tchado-tchadien et accepté par
tous comme toutes. En effet, tant et aussi longtemps que le peuple
tchadien dans son ensemble ne se ressaisit pas, le Tchad restera
misérable, divisé, déchiré, haché, entrecoupé et saignera à blanc
jusqu’à la dernière goutte du sang! Les politico-militaires ont
beau écrasé l’armada de Deby et renverser le régime,
l’intelligentsia a beau plaidé pour un forum inclusif. Je reste
absolument persuadé que toute solution miracle concoctée sans
tenir réellement compte de la profondeur de la crise tchadienne
est vouée à l’échec. La profondeur de la crise tchadienne se situe
aujourd’hui au cœur du peuple tchadien dont la rupture avec
l’élite politique tchadienne est totale. La profondeur de la crise
tchadienne, c’est l’indifférence affichée par les masses
populaires tchadiennes quant à l’advenir même du pays.
La profondeur de la crise tchadienne, c’est également le fatalisme
à l’échec qui prévaut partout au Tchad. La profondeur de la crise
tchadienne, c’est la soumission perpétuelle du peuple tchadien
dont la dignité est littéralement piétinée. La profondeur de la
crise tchadienne, c’est la résignation de la jeunesse tchadienne
abandonnée à la croisée des chemins. La profondeur de la crise
tchadienne, c’est la complexe dangereuse de la supériorité
ethnique qui habite certains tchadiens. Idem pour la complexe
ignoble de l’infériorité ethnique qui réside chez certains
tchadiens. La profondeur de la crise tchadienne, c’est l’absence
même d’un semblant de sentiment d’appartenir, à une identité
commune, une terre commune, un projet commun comme toute nation
normale. La profondeur de la crise tchadienne, c’est la pratique
de la géopolitique aveugle en place et lieu du mérité qui veut
mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut.
Il faut donc prime abord, commencer par guérir les mentalités
tchadiennes prisonnières des mécanismes néfastes inculqués par la
colonisation française et transmis de génération en génération !
Ce n’est malheureusement ni moyennant un forum national inclusif
soit-il, ni le reversement du régime Deby, ni l’organisation des
élections libres et transparents que, les élites tchadiennes vont
guérir les mentalités tchadiennes prisonnières d’automatismes
néfastes inculqués par la colonisation française et transmis de
génération en génération, certainement pas. C’est beaucoup plus
compliqué, car il va s’agir de libérer d’abord nos têtes, rompre
avec certaines de nos coutumes néfastes séculaires. Cela ne peut
se réaliser sans le concours du peuple tchadien dans son ensemble.
Cela ne possible qu’aux travers d’un projet bouleversant de taille
qui se investie dans le temps et la durée. Un titanesque projet
réformateur porté par la jeunesse florissante tchadienne. Un
projet réellement national qui viendrait du fond du peuple
tchadien, dans lequel, les ruraux comme les mondains,
l’intelligentsia comme la diaspora, la jeunesse comme les
retraités, chaque tchadienne comme chaque tchadien, du nourrisson
qui vient de naître à l’instant, allant jusqu à la personne la
plus âgée du Tchad, devrait prendre toute sa place et jouer tout
son rôle.
Hassan Abdelkerim Bouyebri
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Contact: bouyebri@gmail.com
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