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Chronique |
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Chronique
culturelle
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Les
sanglots de l’Ennedi (1)
»
Par
Sidimi
Djiddi Ali Sougoudi
Article
paru le 07 septembre 2005 sur Ialtchad Presse
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Les
sanglots de l’Ennedi (1)
»
Par
Sidimi
Djiddi Ali Sougoudi
A-
une terre, des hommes, des animaux et des plantes.
L’homme sent toujours la chaleur de ce qu’il
aime. Vers où orienter son affection si ce n’est vers son terroir ?
Comment ne pas percevoir les sanglots de sa terre natale lorsque
les méandres d’un destin tragiques s’unissent en bregma et portent
des coups aussi fatales que compromettants ?
L’Ennedi (c’est d’elle que je veux parler), éternel paysage,
bombait son bréchet en sorbet de grège et embrassait tous les peuples
par son sol avenant, riche d’eau, de pâturages et de gibiers. Des
hommes persécutés par d’autres hommes, des familles acculées par
l’histoire, des communautés en quête de ciel bienveillant, tels des
oiseaux migrateurs qui faisaient une ultime halte, trouvèrent en Ennedi
une terre de refuge. Depuis plus de trois milles ans l’Ennedi
accordait l’asile et le gîte à tout martyrisé qui cherchait
protection. Hérodote, l’historien grec et natif d’Halicarnasse
(vers 484 avant J.-C.) de passage pour la Cyrénaïque et côtoyant les
plateaux en grés de l’Ennedi, baptisa les peuplades qui y habitaient
« les Ethiopiens
troglodytes. » Extrême méfiance de la survie obligeait, ces tribus
faisaient le vide devant tous les aléas de l’histoire, dans leur
agilité des biques. Depuis la visite de l’historien grec, des peuples
sont venus de tous les horizons pour peupler les coins les plus retranchés,
les vallées les plus foisonnantes de gibiers, les pâturages les plus
accueillantes et les points les plus aquifères. La montagne leur
servait de forteresse, de bouclier et de refuge dans le cas de moindre
alerte!
Le climat, jaloux de l’hospitalité de ce
terroir, décida d’instaurer sa dictature d’assèchement et les
terres humides se vidèrent de
leur vitalité, s’essorant comme des peaux de chagrin. Les hommes se
rendirent compte que la terre, en cet endroit-là, ne voulait plus les
contenir. Des grands exodes vers le Sud se présentèrent comme une nécessité.
Les hommes hommes poussèrent alors leurs vaches aux cornes en rapières
pour descendre vers le Bhar-el-ghazel pour fonder le royaume mythique du
Kanem. Tous ne furent pas partis et les uns s’obstinèrent à braver
la sécheresse et à jurer fidélité à leur matrice. Des hommes sont
certes restés, mais aussi les animaux et les plantes dont la présence
contrastante continue de subjuguer l’esprit des hommes et des
sciences.
De nos jours, parmi ces dévoués parmi les dévoués,
se trouvent les crocodilus niloticus, proches congénères du crocodile
du Nil et retranchés dans les gorges du Guelta d’Archy. Ces sauriens,
sobriété impose, réduisent leur physiologie et leur anatomie pour
parer à la rudesse de la terre ennedienne devenue radine. Maîtres
incontestés des eaux intarissables du Guelta, les seuls sauriens rescapés
de tout le Sahara perpétuent leur existence par un pacte avec le dieu
de la survie. Ils hébètent les visiteurs par leur présence insolite
et inattendue. Majestueux, ils communiquent leur hospitalité en cédant
les berges et les bans d’Archy par une apnée discrète dans les
profondeurs de leur biotope.
Les damans, grassouillets ruminants, se jettent du haut des acacias au
signal de leur factionnaire en poste et regagnent leurs terriers creusés
dans l’âme des montagnes. Après le passage du passant qui passe son
chemin, objet de leur précipitation vers les abris, ces sortes de
suricates de l’Ennedi répondent à l’appel des bourgeons et
feuilles des acacias et savonniers.
Le mouflon à machette scrute l’horizon du haut d’un piémont avant
de regagner la vallée et dévorer les gousses d’arbres généreux.
Les fouettes-queues,
localement appelés dounedoune et scientifiquement l’uromastyx
dispar dispar, nuques collées aux parois des rochers, résistent
aux efforts des bergers qui raffolent leur chair douce et savoureuse.
Quand le soleil bascule de son zénith et ses rayons portent la chasuble
de la clémence, ces lézards de palmiers se lancent en quête d’une
nourriture frugale. Leurs ébats amoureux se bercent aux roucoulements
des colombes bleues qui, elles-mêmes, vivent leurs amours, gésiers
remplis des graines sauvages providentielles.
L’oiseau lourd ou l’outarde ou localement kourouloukou,
chair susceptible de réveiller la virilité évanescente d’un prince
du Golfe, accorde peu d’attention à sa sécurité précaire et déambule
de gommier en gommier, en glanage des gommes arabiques qu’elle avale
avec appétit.
Les lycaons, carnassiers voraces, rebelles et faussant compagnie au
chien qui a accepté son adoption par l’homme, vivent en meutes
solidaires depuis la nuit du temps et défient l’homme de l’Ennedi
en s’attaquant à tout animal domestique loin des pâtres.
L’hyène dans sa robe rayée, son train bas et son garrot haut, jette
mufle en l’air, avant d’engager nuitamment un assaut meurtrier dans
une bergerie mal gardée. Ses crocs de plusieurs tonnes se serrent sur
sa proie qu’elle emporte vers sa tanière, semant les bergers qui se
lancent à ses trousses.
Le chacal, bruyant par ses glapissements nocturnes, a vainement tenté
d’avertir les chevriers de l’arrivée inamicale de sa lointaine
parente, l’hyène, à qui il emboîte les pas avec prudence. Profitant
du tohu-bohu occasionné par la visite de la dame hyène, le malicieux
chacal s’approche à son tour de l’enclos des cabris et s’empare
d’un agneau qu’il l’étouffe entre ses crocs effilés.
Bien qu’en mutation régressive, la terre de
l’Ennedi reste encore un havre d’une flore variée : de l’anodin
et commun Caletropus procera ou sanou à l’Acacia
aegytiaca et autre Cornulaca monocantha, en passant par l’Acacia
scorpioïde ou téréli, l’Acacia seyal ou Edzri,
l’Aristida plumosa ou maly, l’Acacia radiana
ou téhi, Hyphaena thebaïca ou palmier-doum, Panicum
turgidum ou guin-chi, Salvadora persica ou ouyou,
Boscia augustifolia ou arkinn, Acacia laeta ou touhou-i,
Phoenix daeta ou timi (palmier dattier) etc… Une mystérieuse
plante subsiste encore dans la gorge rocheuse humide de Bachikélé et
ses congénères se trouvent à trois mille kilomètres, au Cameroun.
Cette présence insolite laisse inextinguible et inoxydable la mémoire
de l’Ennedi à sauvegarder ses vieilles relations hospitalières. Une
mémoire taillée dans le roc et gravée sur le papyrus des temps
pharaoniques.
Dés les premières pluies d’une saison peu grippe-sou, la vie végétale
ressurgit et chaque plante donne sa dîme à l’homme et aux animaux.
Les plus démunis des arbres servent aussi à quelque chose, par exemple
servir de support à une niche ou à un nid d’oiseau.
Cette narration qui apparaît de prime abord comme
une éloquence à la nature est loin d'être l'objet de mon opinion. En
effet des drames qu'a connus l'Ennedi seront relatés dans un second
article qui sera intitulé: les sanglots de l'Ennedi (2)
(à suivre donc!)
Sidimi
Djiddi Ali Sougoudi
sidimi@caramail.com
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