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Le pouvoir d’Etat est devenu une
marchandise à vil prix que n’importe qui peut prétendre de s’en
approprier au Tchad. Et le prix à payer c’est d’appartenir à
une ethnie d’un certain standing social pour conclure ce marché
avec tous les marchands d’illusions à travers le monde. C’est
cette illusion d’accès facile au pouvoir qui occasionne la
course effrénée à la rébellion chez les chasseurs de pouvoir
dans ce pays. Les raisons avancées par les uns et les autres
pour entrer en rébellion sont parfois dépourvues de toute
moralité et conscience nationale et frisent l’entendement des
Tchadiens eux-mêmes. Il y a ici un problème de prise de
conscience nationale dans les guerres perlées pour le changement
de pouvoir au Tchad. Et ce problème est créé par l’ethnitisation
et la géopolitisation de la lutte pour la réappropriation de la
Souveraineté Nationale.
Toute lutte doit se faire à la
base, dit-on. Mais chez les Tchadiens, la base politique de
lutte nationale est réduite banalement à la personne du chef de
parti/de guerre, à la famille, au clan, à l’ethnie, à la région,
voire à un clique d’amis tout simplement. Là encore, la
préparation à la relève s’avère une mission casse-tête pour la
majorité des « leaders tchadiens » en question.
Car ces derniers préfèrent toujours manquer à leur
devoir national que de former plus jeunes qu’eux de peur d’être
d’emblée écarté de la mangeoire nationale. Ainsi, le Tchad se
retrouve avec d’éternels chefs de guerre et de partis qui ne
font que jouer des vieilleries politiques à fond ethnique pour
être appeler à servir la Nation. En fait, là, ils finissent
parfois par ne pas émouvoir le Grand Sultan National de Djabal
Ngatto, Idriss Deby Itno.
Pour changer un tant soit peu
les mentalités autour de la lutte démocratique ou armée pour la
prise du pouvoir d’Etat au Tchad, il faut dépolitiser
l’utilisation des noms d’ethnies pour se prévaloir de la cause
nationale de libération. Les politico-militaires doivent surtout
élever le niveau du débat actuel par des comportements
nationalistes sur le terrain afin de lever tout doute qui plane
actuellement sur le véritable mobile de leur lutte armée en
dispersion. Et s’il faut favoriser ou encourager la lutte armée
pour la prise du pouvoir au Tchad, tous les Tchadiens doivent
veiller à ce qu’aucune ethnie n’acquiert la direction ou en
fasse une propriété privée. C’est-à-dire que la lutte armée
actuelle doit être la résultante des aspirations légitimes du
peuple tchadien et doit jouer le rôle de prolongement des luttes
sociales, syndicales, démocratiques, économiques, politiques,
voire de droits de l’homme pour la réappropriation de la
Souveraineté tchadienne. Je ne dis pas qu’il faut un « chef
désethnitisé » pour accomplir ce rêve tchadien ! Mais simplement
de quelqu’un d’une certaine probité morale pour requérir la
légitimité de tout le monde. Et il y en a des milliers parmi les
Tchadiens.
Les bonnes
initiatives ne manquent pas au Tchad, entend-on souvent.
Cependant, il y a un problème criard de suivi chez les Tchadiens
dans toute entreprise politique. Par exemple, les efforts
fournis par les premiers mordus de la démocratie tchadienne
autour des thèmes de grands débats nationaux (Constitution,
Bilinguisme, Décentralisation, Fédération, Religion/Etat,
Identité Nationale etc.) pendant et après la Conférence
Nationale Souveraine de 1993 pour ramener la paix et mieux
orienter l’avenir sociopolitique du Tchad sont tombés en
disgrâce aujourd’hui. Cela est dû aux résidus culturels de
débats « à mains armées » et surtout au leurre, par la
majorité des Tchadiens, de la victoire facile de l’opposition
armée sur le régime de N’djamena. Dans la foulée, le langage des
armes a primé sur cette belle approche de changement en
douceur envisagé par ces pionniers politiques de la
démocratie tchadienne. De nos jours, intellectuels tchadiens et
anciens témoins de ces forums se taisent parce que dépassés par
les événements. Et la majorité de journaux tchadiens en ligne en
font le cadet de leur souci dans leur exhortation au dialogue
national entre frêres-ennemis tchadiens.
Pour beaucoup, la lutte pour
asseoir la démocratie et l’expression plurielle des opinions au
Tchad est un domaine réservé aux seuls bidasses tchadiens. C’est
à dire ceux qui détruisent chaque année le pays sous prétexte de
cause d’injustice à réparer par les bouts de canons. Alors qu’à
proprement parler, ils se rivalisent de galons, postes et/ou
parrains plutôt que de penser à construire ce pays. Dans cette
impasse politique, c’est toujours des colonels et généraux
sortis de nulle part qui rallient des badeaux et mineurs à leur
supercherie politiquement ethnicisée pour chercher à arracher le
pouvoir d’Etat afin de s’enrichir au détriment d’une communauté
qu’ils croient défendre au Tchad. Comme quoi, pour les
dissidents tchadiens au régime d’Idriss Deby, la guerre devient
un raccourci pour s’enrichir et enrichir son ethnie ou son clan
qu’un moyen de revendication politique. Pour ce faire, les
journaux tchadiens en ligne ont un travail de taille à faire :
impliquer, informer et éduquer les Tchadiens pour qu’il y ait un
véritable changement de mentalité vis à vis de ses résidus
culturels qui poussent à l’incurie guerrière chez les
rebelles/dissidents tchadiens. Il est avant tout du devoir des
média tchadiens de dénoncer et de déconstruire l’attitude
récupérateur des politico-militaires qui utilisent le nom de
leur ethnie comme étendard de la cause nationale pour accéder
au pouvoir.
La pléthore
et le morcellement au jour le jour de mouvements armés au sein
de la rébellion tchadienne qui combat le régime de N’djamena
créent de la confusion dans l’esprit de beaucoup de Tchadiens.
Ces tendances armées causent de sérieuses inquiétudes dans
certaines couches de la population tchadienne. Alors que les
mouvements armés croient représenter ces couches, ces dernières,
elles, n’ont qu’une idée vague de la lutte armée/résistance
nationale prônée par ces mouvements en leurs noms. Pis le
Gouvernement de N’djamena voit parfois ces chefs de tendances à
travers le prisme de leur appartenance ethnique, et non
nationale, pour mieux réprimer ceux des Tchadiens qui s’agitent
à croire naïvement qu’un de leurs va bientôt s’accaparer du
pouvoir d’Etat pour les soulager de la misère noire. Et
l’arrestation de certains dignitaires goranes et arabes, voire
d’un sous clan Zaghawa récemment à N’djamena en est un exemple
palpable. Ainsi, comme toujours, rebelles et Gouvernement
politisent l’appartenance ethnique comme moyen de rallier des
sympathisants ou comme argument pour réprimer certains Tchadiens
lors d’une tentative de prise de pouvoir par les armes dans ce
pays.
C’est
pourquoi disais-je précédemment que c’est aux Tchadiens épris de
paix de défendre l’idée que la lutte de « libération nationale »
ou du régime d’Idriss Deby ne passe pas par l’installation d’une
ethnie, d’un clan ou d’un clique de mafiosi de l’Etat, mais par
une réorganisation de la conscience nationale orientée vers la
satisfaction des besoins exprimés par ces ethnies exploitées.
Pour cela, la récente déclaration du nouveau Premier Ministre d’Idriss
Deby à l’endroit de l’opposition armée du Tchad est pertinente ;
quoiqu’ elle ne semble pas requérir l’agrément de nos chefs de
guerre connue sous le vocable de politico-militaires.
L’ancien
rebelle devenu nouveau PM est-il également déçu du manque de
sérieux dans les rangs des politico-militaires dans l’optique
d’imposer le changement à coups de canons? Ou bien veut-il les
convaincre ou les conseiller à s’unir pour mieux être
représentatifs du peuple tchadien à l’échelle nationale, vu
leurs déboires accumulés au fil des ans à cause des
considérations ethniques dans leurs rangs face à la machine de
guerre du président Idriss Deby ? Peut-être pense-t-il
encourager les politico-militaires à choisir une autre
alternative que la guerre? Du moins, culturellement parlant, il
y a une dichotomie dans la perception du devoir politique
national au Tchad entre ceux qui prennent le pouvoir par les
armes et ceux qui les croient sur parole et veulent les aider à
faire aboutir la paix dans le pays. Comme il n’y plus de parole
donnée chez les militaires, méfions-nous de ces rebelles qui
promettent un beau temps après le départ d’Idriss Deby. Car la
promesse de gérer politiquement le pays par les uns et les
autres dépend de la manière dont ils arrivent le plus souvent au
pouvoir à N’djamena, comme le soulignait déjà Deby, il y a
quelques années, à l’un de ses nombreux Premiers Ministres:
« sur une Toyota bourrées de soldats» ou « dans un avion
d’Air France ». C’est ce double-jeu des maquisards qui a oté
l’idéal politique d’Idriss Deby de « ni or, ni argent, mais
la démocratie » de toute sa substance de conciliation du
départ.
Il est
connu aujourd’hui que ces faiseurs de guerre se laissent
embourber et éblouir devant de piètres victoires à cause de
gueguères de revendications ethniques autour du pouvoir d’Etat.
Car le plus souvent, même à un pas de la victoire, ces prétendus
libérateurs du peuple tchadien s’arrêtent en plein combat pour
régler d’abord leurs différends ethniques autour du pouvoir d’Etat
par Puissances Etrangères interposées. Il est clair que les
chefs rebelles tchadiens sont beaucoup plus obnubilés à prendre
le pouvoir au nom de leur ethnie que de se sacrifier pour une
cause nationale pour le pays. Pour ce faire, le Tchad ne sera
pas sauver par ces usurpateurs s’ils continuent à politiser leur
appartenance ethnique au détriment de la cause nationale à
laquelle ils prétendent toujours prendre les armes. Dans le
contexte actuel, disons que la prise du pouvoir par les armes ne
peut se réaliser que si les rebelles/politico-militaires
tchadiens acceptent de dépolitiser l’ethnitisation de la lutte
nationale en s’unissant pour rallier le peuple tchadien à cette
cause. Mais jusqu'à là, le sentiment d’unité des forces hostiles
au régime d’Idriss Deby est trop mince. Il est impératif que les
politico-militaires ou les demandeurs du dialogue national
harmonisent les mobiles politiques ou agendas de leur « lutte
nationale » avant toute concertation de cette envergure.
Car si c’est Idriss Deby qui ne
sait pas gérer politiquement le Tchad, ne faut-il pas s’unir
tous en tant que mouvements armés pour lui imposer un bon plan
de gestion ? Pourquoi y a-t-il souvent d’éclatement au sein des
mouvements armés ? C’est naturel dans tout groupe humain, me
dira-t-on ! Mais c’est à se demander si leur seul objectif
est-il véritablement de faire partir Deby et sauver le Tchad?
Tout compte fait, affirmons qu’en qualité d’anciens amis,
collaborateurs, compagnons d’arme, co-régionnaires et
religionnaires, parents et alliés tout court du président Idriss
Deby, la majorité de nos chefs de guerre et/ou de mouvements
armés pensent ethniquement leur lutte tout en agissant
militairement contre le pouvoir de N’djamena !! Car comment
arriver à convaincre les Tchadiens que les Mahamat Nouri,
Erdimi, Koulamallah, Albissati, Tollimi et compagnie n’agissent
pas sous ces considérations ethniques? Sont-ils véritablement
beaucoup plus enclins à sauver le Tchad que d’occuper le
strapontin de Deby pour connaître les mêmes critiques et
pressions ?
Mis à part ces enjeux ethniques
chez les rebelles qui gangrènent la société tchadienne, le
problème de l’organisation d’un dialogue national ne se pose
pas. Il faut plutôt créer les conditions d’un vrai dialogue
national à travers de vrais thèmes qui doivent être débattus
sans passion et parti pris afin de mettre le doigt sur le mal
tchadien. Cela mérite avant tout une prise de conscience
nationale chez les Tchadiens en général et chez les fléaux
politiques que sont les chefs de guerre en particulier. Car
l’indifférence des Tchadiens de tout bord vis à vis de la chose
politique crée cette aliénation politique dont nous sommes tous
incapables d’y remédier par une lutte cohérente (armée,
démocratique ou intellectuelle etc.) tant à l’intérieur
qu’à l’extérieur du pays pour apporter le changement voulu.
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