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commencé au sein de la classe puis s’est généralisée dans la
cour du lycée Félix Eboué. Les gendarmes qui assuraient la protection de la radio-tchad en face
de dit lycée sont intervenus juste pour séparer les batailleurs
en tirant en l’air. Les soldats du CCFAN chargés de la
protection du premier ministre Hissein Habré à Sabangali ( non
loin de la radio-tchad ) ont
pris d’assaut le lieu sous prétexte de venir en aide à leurs
militants agressés. C’est ainsi que des tirs nourris ont été
entendus au sein du lycée pendant un temps puis les combats se
sont intensifiés dans plusieurs endroits de la capitale
tchadienne d’une part entre les FAN et les FAT et d’autres
part entre les paisibles citoyens.
D’une simple jacquerie le Tchad entrait ainsi dans une
guerre civile qui durera deux ans. Après une trêve qui a permis
à qui des sudistes ou des nordistes de trouver refuge dans le
quartier où les siens sont majoritaires, les massacres ont
commencé à N’Djaména.
Sur le plan militaire, les FAT au nombre de 3500 hommes à N’Djaména
ont été tenus en échec par les FAN pour plusieurs raisons :
-
Les FAN recevaient de l’aide du détachement
de l’armée française basée à N’Djaména.
-
L’Ambassadeur de France au Tchad conseillait
au général Malloum Président de
la République
, la modération dans cette guerre.
-
L’Armée Nationale Tchadienne ( ANT ) s’est
désagrégée. Chaque soldat a choisi son camp.
-
Le chef d’Etat major des armées, à l’époque
le Colonel Nguemourou n’était pas associé aux travaux préparatoires
de cette guerre, a refusé de donner l’ordre aux militaires
d’entrer en guerre aux côtés de la gendarmerie dirigé par
à l’époque par Colonel Kamougué qui était la seule unité
de l’ANT à se battre contre les FAN.
Le 14 février, Nguemourou a donné sa démission de l’Etat-major
des armées. Il a été remplacé aussitôt par le général Negué
Djogo. Vu les divergence qui opposaient les frères sara et les
Mbaï depuis le coup d’Etat du 13 avril 1975, le Général Djogo
( qui est sara ) a adopté une position peu mitigée vis-à-vis de
Kamougué.
Magré tout, Kamougué et ses troupes avaient une parfait maîtrise
de la situation.
La
France
a imposé un cessez-le-feu entre les deux
forces en présence. Cette interruption de combat a permis d’une
part à l’armée française d’acheminer le reste des soldats
du CCFAN d’Abéché à N’Djaména et d’autre part aux autres
tendances du PROLINAT d’arriver dans la capitale afin
d’apporter leurs aides à Hisseine Habré. Opération certes, réussie,
sauf le CDR de Ahmat Acyl a refusé son aide à Habré. Cette trêve
a aussi permis aux cadres et officiers sudistes de s’unir autour
de Kamougué pour défendre les intérêts des sudistes. Ils ont
formé le” comité de Défence”et ils tenaient les quartiers
sud de N’Djaména où les sudistes sont majoritaires. Les autres
tendances du PROLINAT tenaient aussi les quartiers nord de la
capitale. Mais à la fin du mois, les combats ont repris de plus
belle.
Vu la résistance que la gendarmerie a opposée aux forces
du PROLINAT,
la France
,
la Libye
et le Nigeria soucieux de cette tragédie ont privilégié la voie
diplomatique. C’est ainsi qu’une série de conférences
s’est ouverte au Nigeria afin de réconcilier les belligérants.
La première, baptisée Kano
1 a
eu lieu du 10 au 14 mars 1979 à Kano. Après une longue négociation
entre quatre tendances militaires présentes, on est parvenu à un
accord.
Selon les clauses de cet accord, le dernier point a été appliqué
à l’immédiat. Le Général Malloum Président de
la République
et Habré Premier ministre ont effectivement démissionné de leur
fonction. Le Nigeria a accordé l’asile politique au Général
Malloum. Un gouvernement d’Union National de Tradition ( GUNT )
a été formé.
Goukouni est devenu le Président provisoire du Tchad. Kamougué
qui s’est imposé à la tête des FAT est exclu de ce
gouvernement. Cependant le non respect des autres clauses de cet
accord a entraîné au lendemain de sa signature la reprise des
combats à N’Djaména entre les factions armées. C’est ainsi
que la deuxième conférence dénommée Kano 2
a réuni les protagonistes tchadiens du 3 au 11 avril 1979
à kano. Onze tendances politico-militaires étaient présentes. Goukouni
a été démis de ses fonctions du Président de
la République.
Lol Mahamat Choua ( actuel président de RDP ) est devenu le Président
du GUNT et le général Negué Djogo le vice-président, juste
pour équilibrer les choses. Goukouni a occupé le poste de
ministre de l’interieur et Habré celui de la défence.
Avec l’envoi effectif des forces armées nigeriannes à N’Djaména
après des violents combats entre les belligérants, Kamougué a
obtempéré à l’une des clauses de Kano1 qui prévoyait le
retrait de toutes les fractions armées de N’Djaména. ( au
moins
80 km
de la capitale ). Certaines sources affirment qu’il a été
vaincu, d’autres soutiennent que c’était une stratégie pour
lui permettre de s’organiser. C’est ainsi que le 15 avril
1979, Kamougué a quitté N’Djaména pour Moundou avec ses
troupes. Derrière ce retrait se cachait aussi son plan de
partition du Tchad.
Pendant que les tentatives de réconciliation sont menées
sur le plan diplomatique, le carnage est organisé sur presque
l’ensemble du territoire national. A N’Djaména, en trois
semaines de combat,
la Croix-Rouge
a dénombré 4000 à 5000 morts (militaires comme civils).
Le retraite des FAT de N’Djaména a occasionné le départ des
sudistes de la capitale tchadienne. Au même moment de leur départ,
les nordistes et les forces du PROLINAT qui avaient le contrôle
effectif de la capitale ont organisé très rapidement le pillage
systématique de leurs biens et la poursuite de ceux qui se
trouvaient dans les environ. Les sudistes qui ont pu atteindre
leur région natale en ont fait exactement comme ce qui se passait
à N’Djaména. D’ailleurs, Thierry Lemoine avance un chiffre
de 1000 nordistes tués dans les deux logones et le moyen-chari.
Quant aux drames des sudistes dans la zone septentrionale à notre
connaissance, aucun document n’en fait mention, mais Alain Focca
lors d’une émission radio-diffusée ( RFI ) archives
d’Afrique du 16 août 1997 reconnaît que 350 officiers et
sous-officiers des FAT, tous prisonniers de guerre à Faya-Largeau
ont été abattus nuitamment. De même après la chute d’Abéché,
tous les prisonniers de guerre et les civils sudistes qui s’y
trouvaient ont été décimés.
Cette guerre avait effectivement pris une dimension nord/sud et
musulmans/chrétiens dans certaines régions. Mais sur le plan
politique, cette façon de voir a été balayée d’un revers de
main; car Ahmat Acyl leader du CDR qui est arabe, nordiste et
musulman a préféré soutenir Koumougué qui est sudiste et chrétien.
Beaucoup de cadres sudistes tels que Ousman Gam, l’un des
cerveaux des opérations des FAN du 12 février 1979, le capitaine
Gouara Lassou à l’époque et le docteur Gali Ngotté ont préféré
quant à eux de s’allier aux autres Forces du PROLINAT à
dominance nordistes.
Dans sa retraite de Moundou, Kamougué s’est autoproclamé président
du sud. Ayant appris que Kamougué et les cadres du sud
s’organisaient en Etat, le gouvernement de N’Djaména qui
considérait le sud comme une rébellion a décidé d’envoyer
des troupes au sud du pays pour étendre l’autorité de l’Etat.
Dans l’enphorie et le délire de la victoire, les forces du
PROLINAT avaient la certitude que Kamougué était vaincu et
qu’il fallait le poursuivre jusqu’à sa retraite de Moundou. C’était l’occasion en or pour certains éléments
du PROLINAT victimes depuis tant d’années des injustices des
sudistes d’aller leur régler leurs comptes. Après un moment de
négociation avec les cadres du sud en rébellion le ministre de
l’interieur Goukouni Weddei n’a pas hésité à brandir des
menaces en ces termes: ”au cas où ils persisteraient ( dans
leur refus ), je crois qu’ils ne pourront pas résister,
qu’ils seront tous cramés et les survivants le regretteront”.
Goukouni a oublié que Kamougué disposait d’une bonne
partie des éléments de FAT avec des armements nécessaires. En
plus de cela, Ahmat Acyl a opéré un rapprochement auprès de ce
dernier. Ils ont uni leurs forces pour faire face aux forces du
PROLINAT. Ils recevaient l’aide nécessaire de
la Libye
pour leurs actions. Au lendemain de cette déclaration de presse
de ministre de l’intérieur, les principales tendances armées
du PROLINAT qui ont formé le Front d’Action commune dénommé (
FAC ) ont convoyé leurs soldats dans la zone méridionale,
principalement dans le Mayo-kebbi sous la direction de Mbang Madi.
Le
7 mai 1979, la ville de Bongor est conquise. De Bongor ils ont
lancé l’offensive vers l’ouest du Mayo-kebbi, la principale
cible était Pala. Chose faite, de là ils s’assuraient qu’ils
pourront facilement atteindre Moundou. Etant
des soldats mal formés, les Forces du FAC cambriolaient tout sur
leur passage et se comportaient dans cet esprit de haine comme des
véritables colons.
La déclaration de Goukouni et la manière de faire des
forces du FAC, MPLT, FAP, FAN… ) ont tiré certains cadres
sudistes de leur léthargie. C’est ainsi que le 10 mai 1979 le
Comité Permanent, organe dirigeant le sud composé de dix membre
a été formé dont Kamougué s’est imposé à la fois comme
chef politique et chef militaire. Pendant
ce temps, le gouvernement de N’Djaména renforcait la position
de ses troupes à Bongor et à Pala par avion. Le 20 ami 1979, la
grande offensive fut lancée contre Moundou par trois colonnes.
Vers cette même date, les FAT qui s’étaient déjà
suffisamment organisées étaient eux aussi en route pour la
reconquête de N’Djaména. C’est ainsi que le 21 et le 30 mai
1979, elles ont été tué cramé d’une part à Eré et
d’autre part à Pala les soldats du FAC. C’était donc la fin
de l’aventure des forces du FAC dans la zone méridionale. Elles
ont replié jusqu’à N’Djaména laissant ainsi toute la zone méridionale
entre les mains de Kamougué.
Face à cette situation, une troixième conférance dénommée Lagos
1 a
reunie les frères en guerre à Lagos au Nigeria du 26 au 27
septembre 1979. ce fut encore un échec car les intérêts de
la France
, du Nigeria et de
la Libye
divergeaient. Sur le terrain, le Tchad était partagé entre
huit ( 8 ) tendances armées plus quelque partis politiques à
N’Djaména.
1-Forces Armées Tchadiennes ( FAT ) de Kamougué opérait
dans les deux logones, Mayo-Kebbi, Moyen-chari, et Tandjilé.
2-Conseil de Commandement des Forces Armées du Nord ( CCFAN )
de Hisseine Habré contrôlait totalement le Batha, Biltine et
le Ouaddai.
3- Forces Armées Populaires ( FAP ) de Goukouni Weddei se trouvait
dans le BET et le Kanem.
4- Conseil Démocratique Révolutionnaire ( CDR ) de Ahmat Acyl
oppérait dans la moitié de batha, chari-baguirmi et le guéra.
5- 1ère Armée ou Front populaire de Liberation du Tchad ( FPLT
) de Mahamat Abba seid se baladait entre le salamat, le guéra
jusqu’à Bokoro dans le chari-baguirmi.
6- PROLINAT Volcan de Abdoulaye Adoum Dana,
est dans la moitié du chari-baguirmi.
7- Mouvement Populaire de Liberation du Tchad ( MPLT ) de
Aboubakar Abdermane se touvait dans le Lac.
8- Forces Armées de l’Ouest ( FAO ) ou 3ème Armée de Moussa
Medela se trouvait également dans la moitié du lac.
9- PROLINAT –Originaire de docteur Abba sidick politiquement
se trouvait à N’Djaména tout comme PROLINAT-Fondamental de
Hadjero Senoussi et Union Nationale pour
la Démocratie
( UND ) de Facho Balam.
Chacun gérait et administrait sa zone à sa manière. Les
tractations politiques étaient constantes afin d’amener les
tchadiens à reprendre leur vie communautaire d’avant 1979.
C’est pourquoi la dernière tentative a été la deuxième conférence
de Lagos dénommée Lagos 2 tenue le 11 novembre 1979 au nigeria.
L’une des clauses importantes de cette conférence est la désignation
de Goukouni comme président du GUNT et Kamougué comme vice-président.
Mais le GUNT sera vite confronté à d’énormes difficultés à
cause de:
- sa division en onze tendances sur des bases ethniques, régionales
et tribales.
- Hisseine Habré dont de devenir le Président
du Tchad était un rêve ne se lassait de brandir des ménances au
sein du GUNT.
-
la France
et les Etats-unis n’appréciaient pas tellement la politique de
Goukouni.
- l’attachement de Goukouni à
la Libye
sapait sa politique nationale et internationale.
Profitant de toutes ses difficultés, l’instigateur Habré a déclenché
la deuxième bataille de N’Djaména le 21 mars 1980. les
premiers combats opposaient les FAP et les FAN. Après une
concertation, les autres tendances armées ont décidé de
s’allier aux côtés de Goukouni même Acyl et Kamougué qui étaient
tous contre Goukouni.
En ce temps là, les principaux leaders qui disposaient des
troupes sur le terrain étaient: Kamougué 11000 hommes, Goukouni
9000 hommes, Habré 11000 hommes et Ahmat Acyl 3500 hommes ( parmi
lesquels beaucoup n’ont pas des armes à la main ).
Nul ne doute que l’armée francaise basée à N’Djaména n’a
manqué d’apporter son soutien à Habré. Face à tout ce qui se
tramait entre Habré,
la France
et les Etats-Unis, le GUNT à son tour a signé un accord de coopération
militaire avec
la Libye
précisément le 5 juin 1980. Au terme de cet accord,
la Libye
est entré officiellement en guerre aux côtés de GUNT le 18
novembre 1980, avec au moins 2500 hommes, 200 chars de combats et
des avions de chasse de marque Tupolev 22 ont été mobilisés par
le Guide de
la Révolution Libyenne.
C’est ce qui a permis aux principales forces unies
autour de Goukouni de serrer l’étau pour briser la résistance
de CCFAN. Alors,
10000 obus ont déversés sur la position des FAN et partout dans
la ville de N’Djaména en trois jours de combats.
Cela a contraint Habré et ses soldats à quitter la capitale
tchadienne le 15 décembre 1080 pour se refuger à Haramkolé à
la frontière soudanaise.
Pendant neuf mois de combat, la population N’Djaménoise
venait de vivre encore un des moment les plus difficiles de son
histoire.
La Croix-Rouge
a dénombré au moins 1000 à 1500 morts pendant cette guerre.
Mais il faut le dire ce chiffre est loin de la vérité.
Ainsi se présente d’une manière générale la
situation que notre pays le Tchad a connu de 1979 à 1980. Après
la défaite de Habré de la capitale, tous les tchadiens croyaient
que le Tchad avait désormais rompu avec la guerre. Cependant, cet
espoir sera vite déçu car le pouvoir d’arrêter ou de faire la
guerre nous semble que ne dépend pas trop des tchadiens eux-mêmes,
il y a toujours la main étrangère. C’est ainsi qu’en
janvier 1982, les Americains, Francais, et OUA actuel UA ont réarmé
Habré qui, en six mois de combat a renversé le GUNT…
Le 7 juin 1982, il s’est emparé du pouvoir. Beaucoup
d’auteurs s’acharnent à dire que ce fut la fin de la guerre
civile au Tchad. A notre humble connaissance, c’est une fin théorique
car s’est après 1982 que commencera la véritable guerre civile
qui n’a jamais dit son nom au Tchad. La preuve en est que
jusqu’aujourd’hui la guerre continue au Tchad.
Le 7 juin 1982, Habré s’est installé au pouvoir. Son objectif
est enfin atteint. Pendant huit ans, l’homme fort de CCFAN règnera
en Dieu sur le Tchad avec son parti unique UNIR.
Mais le 1ère décembre 1990, il est détrôné par son ex-chef
d’Etat-major aux Armées, le colonel Idriss Déby.
Pour que le Tchad n’offre plus jamais au monde du 21ème
cette triste réalité d’un pays soumis à l’arbitraire de ses
gouvernants, il faut que l’homme politique à qui incombe le
destin de ce pays sache que, ”être homme politique, c’est
exercer le pouvoir selon les règles et la science qui font que
l’on est tour à tour gouvernant et gouverné”
Il faut que le dialogue soit l’arme du politique car la véritable
paix ne s’instaurera au Tchad que par des tchadiens eux-mêmes
et sous la base de leurs rencontres autour des débats francs pour
se pardonner réciproquement et regarder tous vers l’avenir.
Gaya
– Ple Seïd
bitkine2002@yahoo.fr
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