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Il y a jusqu’aujourd’hui une prise de position politique mitigée
parmi la classe politique tchadienne concernant l’assassinat
de Ibni Oumar. Pour certains, la « disparition » de Ibni Oumar
est un tremplin pour atterrir au Gouvernement et arracher sa
part du gâteau. Pour d’autres, c’est un événement politique de
taille qui doit servir de leitmotiv pour ressouder l’opposition
tchadienne en général autour de l’idéal politique qu’épousait
Ibni Oumar, et exposer les bévues du régime Deby pour exiger son
départ. Cependant, seul le courage politique manque à ces deux
groupes de politiciens tchadiens. Ainsi, le Gouvernement en
place semble bien gagner du terrain et du temps en entretenant
le flou autour des résultats et publication de son enquête. Par
conséquent, les chefs de guerre, « leaders politiques »,
défenseurs de droits humains tchadiens et leurs sponsors
étrangers ont tous le dos au mur face à l’ombrage qu’ils font
autour de l’assassinat (disons-le !) d’Ibni Oumar Mahamat Saleh.
C’est vrai que Yorongar, à sa sortie de prison, a embelli,
exagéré et voire ressassé les choses à certains moments de ses
récits pour étayer ses propos ; mais cette façon de faire ne
décrédibilise pas du tout la candeur de sa pensée et prise de
position politique contre certains faits et crimes politiques
sous le règne de Deby. C’est plutôt un manque à gagner pour
certains Tchadiens de qualifier cela de simples « yorotéries »
(dires de Yorongar) pour s’attendre à d’autres révélations
sans suite. C’est du cynisme que de voir seulement des
« yorotéries » dans tout ce que ce leader politique tchadien
consent comme sacrifice personnel pour défendre les sans voix
Tchadiens à certains moments durs de leur vie ou de la politique
tchadienne.
En
effet, pendant l’enlèvement du Professeur Ibni Oumar Mahamat
Saleh, nombres de voix se sont élevées au-delà du Tchad pour
demander que lumière soit faite sur les circonstances de sa
« disparition ». Malgré les revendications pour cette enquête,
aucun homme politique tchadien ne s’est associé à l’équipe
d’enquête à la solde du Gouvernement. Pis, aucun homme politique
tchadien n’a pris une position pour qu’un minimum de critères et
d’exigences soit satisfait avant le démarrage de l’enquête. Et
comme toujours, seul l’Etat tchadien, à travers la voix du
Président Idriss Deby, s’est engagé – en tant que juge et parti-
à mener cette enquête pour élucider les circonstances de son
propre forfait (l’enlèvement et l’assassinat d’Ibni Oumar
Mahamat Saleh à N’djamena en février 2008).
Devant ces faits, peut-on imputer uniquement la responsabilité
de ce flou savamment orchestré par tous au seul Deby ? Quelle
certitude les Tchadiens attendent-ils du résultat de cette
enquête pour se prononcer publiquement sur l’assassinat de ce
leader? Quelle position politique vont-ils adopter afin de
forcer la main de la justice tchadienne et/ou internationale à
inculper certains des auteurs connus et/ou nommément cités dans
le cadre de ce forfait commandité par Idriss Deby? Et que dire
de l’inculpation des français éclaireurs d’Idriss Deby télé
informés depuis le Quai Dorsey en passant par le Commandement de
l’Opération Epervier basé au Tchad? Peut-on dire que la carence
de leadership, de vision politique et du manque de sérieux dans
la communauté politique tchadienne tant à l’intérieur qu’à
l’extérieur du pays favorise-t-elle-même les comportements
criminels du Président Idriss Deby comme seul justicier au
Tchad ?
L’indifférence, l’inaction et l’hypocrisie sont devenues une
culture encrée dans les mœurs des communautés tchadiennes. Comme
l’écrivait Thomas Jefferson, « La tyrannie ne gagne du terrain
que quand les individus de bonne conscience se taisent ». Alors,
les fuites en avant et abominations politiques connues sous le
régime d’Idriss Deby semblent être légitimées par les opposants
et/ou leaders politiques à travers leur duplicité, copinage et
surtout silence complice qui ne font pas avancer la lutte
politique pour le changement. Et, aujourd’hui, on ne peut plus
compter sur l’élite politique actuelle pour transformer les
choses dans ce pays. Bref, c’est marrant que des citoyens d’un
pays n’arrivent pas à communier et se tournent souvent vers
l’extérieur pour invoquer leur salut !
L’attitude moribonde de la majorité des Tchadiens face aux
terreurs, liquidations politiques et physiques téléguidées par
Idriss Deby contre certains patriotes laisse présager un avenir
macabre dans ce pays. Comme quoi, tous les innombrables
rébellions, Coups d’Etat, révolutions de Palais et tentatives de
renversement par les armes contre le régime d’Idriss Deby ne
répondent qu’à un seul principe:demander/quémander un poste
politique ou se positionner politiquement pour ne pas être
oublié au prochain remaniement et/ou renversement du
Gouvernement. Et cela se traduit le plus souvent par l’absence
totale d’une prise de position politique ferme de la part de
l’élite politique tchadienne pour contraindre le régime
d’Idriss Deby Itno à changer de ligne de conduite et transformer
toute situation politique défavorable ou nuisible en un acte
politique de conciliation.
Alors, c’est lamentable qu’après 18 ans de « Démocratie
Consensuelle et Participative » à fond de rebellions à « main
armée » sous ce régime tant décrié de Deby, Monsieur
Yorongar Le-Moiban, président du Parti FAR, soit le seul parmi
« l’élite politique tchadienne » actuelle à se dresser contre
les agissements de Deby pour éclairer un tant soit peu l’opinion
nationale et internationale de se qui se passe réellement au
pays. Yorongar a certes ses défauts que je ne peux cautionner
ici. Mais le hic est que la communauté politique tchadienne dans
son ensemble n’arrive pas toujours à prendre position ou à
s’entendre sur un minimum de principe pour coincer IdrissDeby
par rapport à ses crimes de sang afin de remettre le pays sur
les rails de la paix et du développement moderne.
Aujourd’hui, le Président Idriss Deby et ses éclaireurs du Quai
Dorsay semblent bernés l’ensemble de la population tchadienne et
surtout la classe politique tchadienne à travers une enquête
gouvernementale verrouillé et bâclé sur le sort de Ibni Oumar.
Mais c’est ici l’occasion de reconnaître et valider les
déclarations et propos de Yorongar, après sa sortie miraculée
des prisons de Deby et de l’ANS. Les révélations, à chaud, de
Yorongar sont considérés jusqu’à là par ses détracteurs comme
des simples « yorotéries » et non une prise de position
politique. Tout compte fait, Yorongar a une mémoire d’éléphant
quant à l’enregistrement des faits et à la véracité des récits
de ses expériences de prison pendant tout le mois de février
2008. Et jusqu’à preuve du contraire, les « yorotéries »
sur l’assassinat politique d’Ibni Oumar par Deby et compagnie
restent comme seules révélations plausibles pour le moment
malgré la myriade de versions.
En
fait, il y a mille et une versions de
l’enlèvement-disparition-mort-assassinat de Ibni Oumar. Mais
heureusement, les versions convergent vers la thèse de
l’assassinat politique plutôt que de la « disparition »
de l’un des chefs de partis politiques tchadiens le plus
pacifique de notre époque. Maintenant que les Associations de
Droits Humains viennent de nous présenter des torchons de
rapports (en attendant celui du Gouvernement en question), le
crédit de la fermeté politique au Tchad revient en toute honneur
au président du FAR, Yorongar Le-Moiban, pour avoir pris le
courage de dire tout haut ce que certains Tchadiens bien
informés cachaient ou disaient tout bas.
A sa
sortie de prison, Yorongar a déjà annoncé Ibni mort (assassiné)
“à moins d’un miracle”, dit-il sans ambages aux
journalistes qui attendaient ce scoop. Et depuis lors, Yorongar
persiste à nous amener à croire qu’Ibni est mort (assassiné)
depuis la nuit du 5 au 6 février 2008. Mais personne ne
veut adhérer à sa thèse ! Ensuite, malgré les sorties
médiatiques de Yorongar pour ôter ce doute, beaucoup continuent
à croire que le Gouvernement tchadien va nous faire une surprise
comme c’était le cas de la réapparition de Lol Mahamat Choi et
Yorongar lui même.
En
quoi le silence (complice) et honteux de Lol Mahamat Choi
honore-t-il les Tchadiens ou la mémoire de son compagnon de
lutte politique qu’il a vu « disparaître » ? Le silence face à
ce qui opprime est-il signe de nouveau leadership politique au
Tchad ? Il n’y a pas de rumeurs au Tchad, dit-on ! Mais dans ce
cas précis, les rumeurs ne courent plus ! Alors, de tous les
Tchadiens épris de justice et de la recherche de vérité sur la
« disparition » du Professeur Ibni Oumar, Yorongar en est le
plus dévoué et le plus explicit sur les circonstances de sa
mort-assassinat.
Ce
qui est plus intéressant, Monsieur Bérémadji Félix du site
Tchadactuel semble avoir ravi la vedette en soutenant les
propos de Yorongar à travers d’autres sources plus crédibles que
les récits des expériences de prison de Yorongar. Pour Bérémadji,
“ Il faut parler de la personne d’Ibni, désormais au
passé….” ! Mais comment ??? « Deby a assassiné Ibni.
Seuls nos subconscients refusent d'accepter la réalité. Yorongar
qui l’a bien vu dans un état lamentable, l'a dit clairement,
mais on refuse de le croire. Pourtant, comme l’a si bien
rapporté Yorongar, les trois étaient bien au même endroit à un
moment donné» (Source : Tchadactuel.com), poursuit-il !
Alors, des deux versions l’une et au peuple tchadien de choisir
sa vérité!!!
Pour
établir les responsabilités, Bérémadji et Yorongar ont nommément
cité les auteurs et/ou complices de ce forfait à la debyenne.
Mais les Associations tchadiennes de Droits de l’Homme préfèrent
faire fi de ses indices dans leurs enquêtes. Aussi, pourquoi les
leaders politiques et chefs de factions mis en accusation par
Deby pendant le Coup continuent-ils à attendre les résultats de
l’enquête du Gouvernement pour se faire une opinion et prendre
une position politique ferme contre les fuites en avant du
pouvoir de N’djamena? Comment veulent-ils que justice soit
rendue à la famille Ibni quand leur silence tue par deux fois?
Et qu’en est-il du mouvement rebelle RFC des frères Erdimi mis
en accusation dans ce forfait ?
Pour ceux qui savent lire, il y a bel et bien
recoupement d’informations dans les récits de Yorongar et les
écrits de Bérémadji, voire de Mahamat Hissein etc.: Ibni
n’est plus! Cela donne de la force à la thèse de la mort par
assassinat d’Ibni Oumar plutôt que sa mort par disparition.
L’article de Mahamat Hissein (Crime et Châtiments) renforce
mieux les récits de Yorongar. «Le décès
d’Ibni Oumar a été constaté par le médecin français Daniel
GOUTTE qui a établi un rapport au Chef de l’opération Épervier,
avec copie à l’ambassadeur de France à N’Djaména qui a
immédiatement informé Paris (le Quai d’Orsay et l’Élysée).
Le corps de Ibni Oumar a été
présenté à Deby Itno qui a donné l’ordre pour qu’on l’enterre”,
écrit-il (Source:
Lyadish.over-blog.com). Tout
compte fait, apprécions les propos et articles de ces messieurs
comme tels s’ils croient aider à rétablir la vérité. Tout ce qui
viendra après ne serait que du positionnement politique sans
prise de position politique chez l’élite politique tchadienne.
Laounodji M. Monza
laoumonzal@yahoo.fr
Washington, DC
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