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  Opinion 

Opinion : Assassinat d’Ibni Oumar:
Valider les « Yorotéries » contre les Positionnements Politiques de l’Elite Tchadienne
Par Laounodji M. Monza

Article paru
le 19 aout 2008, Ialtchad Presse


« Encore du ridicule juridictionnel au Tchad ! » 
Par Laounodji M. Monza


Il y a jusqu’aujourd’hui une prise de position politique mitigée parmi la classe politique tchadienne concernant l’assassinat de Ibni Oumar. Pour certains, la « disparition » de Ibni Oumar est un tremplin pour atterrir au Gouvernement et arracher sa part du gâteau. Pour d’autres, c’est un événement politique de taille qui doit servir de leitmotiv pour ressouder l’opposition tchadienne en général autour de l’idéal politique qu’épousait Ibni Oumar, et exposer les bévues du régime Deby pour exiger son départ. Cependant, seul le courage politique manque à ces deux groupes de politiciens tchadiens. Ainsi, le Gouvernement en place semble bien gagner du terrain et du temps en entretenant le flou autour des résultats et publication de son enquête. Par conséquent, les chefs de guerre, « leaders politiques », défenseurs de droits humains tchadiens et leurs sponsors étrangers ont tous le dos au mur face à l’ombrage qu’ils font autour de l’assassinat (disons-le !) d’Ibni Oumar Mahamat Saleh.

C’est vrai que Yorongar, à sa sortie de prison, a embelli, exagéré et voire ressassé les choses à certains moments de ses récits pour étayer ses propos ; mais cette façon de faire ne décrédibilise pas du tout la candeur de sa pensée et prise de position politique contre certains faits et crimes politiques sous le règne de Deby. C’est plutôt un manque à gagner pour certains Tchadiens de qualifier cela de simples « yorotéries » (dires de Yorongar) pour s’attendre à d’autres révélations sans suite. C’est du cynisme que de voir seulement des « yorotéries » dans tout ce que ce leader politique tchadien consent comme sacrifice personnel pour défendre les sans voix Tchadiens à certains moments durs de leur vie ou de la politique tchadienne.

En effet, pendant l’enlèvement du Professeur Ibni Oumar Mahamat Saleh, nombres de voix se sont élevées au-delà du Tchad pour demander que lumière soit faite sur les circonstances de sa « disparition ». Malgré les revendications pour cette enquête, aucun homme politique tchadien ne s’est associé à l’équipe d’enquête à la solde du Gouvernement. Pis, aucun homme politique tchadien n’a pris une position pour qu’un minimum de critères et d’exigences soit satisfait avant le démarrage de l’enquête. Et comme toujours, seul l’Etat tchadien, à travers la voix du Président Idriss Deby, s’est engagé – en tant que juge et parti- à mener cette enquête pour élucider les circonstances de son propre forfait (l’enlèvement et l’assassinat d’Ibni Oumar Mahamat Saleh à N’djamena en février 2008).

Devant ces faits, peut-on imputer uniquement la responsabilité de ce flou savamment orchestré par tous au seul Deby ? Quelle certitude les Tchadiens attendent-ils du résultat de cette enquête pour se prononcer publiquement sur l’assassinat de ce leader? Quelle position politique vont-ils adopter afin de forcer la main de la justice tchadienne et/ou internationale à inculper certains des auteurs connus et/ou nommément cités dans le cadre de ce forfait commandité par Idriss Deby? Et que dire de l’inculpation des français éclaireurs d’Idriss Deby télé informés depuis le Quai Dorsey en passant par le Commandement de l’Opération Epervier basé au Tchad? Peut-on dire que la carence de leadership, de vision politique et du manque de sérieux dans la communauté politique tchadienne tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays favorise-t-elle-même les comportements criminels du Président Idriss Deby comme seul justicier au Tchad ?

L’indifférence, l’inaction et l’hypocrisie sont devenues une culture encrée dans les mœurs des communautés tchadiennes. Comme l’écrivait Thomas Jefferson, « La tyrannie ne gagne du terrain que quand les individus de bonne conscience se taisent ». Alors, les fuites en avant et abominations politiques connues sous le régime d’Idriss Deby semblent être légitimées par les opposants et/ou leaders politiques à travers leur duplicité, copinage et surtout silence complice qui ne font pas avancer la lutte politique pour le changement. Et, aujourd’hui, on ne peut plus compter sur l’élite politique actuelle pour transformer  les choses dans ce pays. Bref, c’est marrant que des citoyens d’un pays n’arrivent pas à communier et se tournent souvent vers l’extérieur pour invoquer leur salut !

L’attitude moribonde de la majorité des Tchadiens face aux terreurs, liquidations politiques et physiques téléguidées par Idriss Deby contre certains patriotes laisse présager un avenir macabre dans ce pays. Comme quoi, tous les innombrables rébellions, Coups d’Etat, révolutions de Palais et tentatives de renversement par les armes contre le régime d’Idriss Deby ne répondent qu’à un seul principe:demander/quémander un poste politique ou se positionner politiquement pour ne pas être oublié au prochain remaniement et/ou renversement du Gouvernement. Et cela se traduit le plus souvent par l’absence totale d’une prise de position politique ferme de la part de l’élite  politique tchadienne pour contraindre le régime d’Idriss Deby Itno à changer de ligne de conduite et transformer toute situation politique défavorable ou nuisible en un acte politique de conciliation.

Alors, c’est lamentable qu’après 18 ans de « Démocratie Consensuelle et Participative » à fond de rebellions à « main armée » sous ce régime tant décrié de Deby, Monsieur Yorongar Le-Moiban, président du Parti FAR, soit le seul parmi « l’élite politique tchadienne » actuelle à se dresser contre les agissements de Deby pour éclairer un tant soit peu l’opinion nationale et internationale de se qui se passe réellement au pays. Yorongar a certes ses défauts que je ne peux cautionner ici. Mais le hic est que la communauté politique tchadienne dans son ensemble n’arrive pas toujours à prendre position ou à  s’entendre sur un minimum de principe pour coincer IdrissDeby par rapport à ses crimes de sang afin de remettre le pays sur les rails de la paix et du développement moderne.

Aujourd’hui, le Président Idriss Deby et ses éclaireurs du Quai Dorsay semblent bernés l’ensemble de la population tchadienne et surtout la classe politique tchadienne à travers une enquête gouvernementale verrouillé et bâclé sur le sort de Ibni Oumar. Mais c’est  ici l’occasion de reconnaître et valider les déclarations et propos de Yorongar, après sa sortie miraculée des prisons de Deby et de l’ANS. Les révélations, à chaud, de Yorongar sont considérés jusqu’à là par ses détracteurs comme des simples « yorotéries » et non une prise de position politique. Tout compte fait, Yorongar a une mémoire d’éléphant quant à l’enregistrement des faits et à la véracité des récits de ses expériences de prison pendant tout le mois de février 2008. Et jusqu’à preuve du contraire, les « yorotéries » sur l’assassinat politique d’Ibni Oumar par Deby et compagnie restent comme seules révélations plausibles pour le moment malgré la myriade de versions.

En fait, il y a mille et une versions de l’enlèvement-disparition-mort-assassinat de Ibni Oumar. Mais heureusement, les versions convergent vers la thèse de l’assassinat politique plutôt que de la « disparition » de l’un des chefs de partis politiques tchadiens le plus pacifique de notre époque. Maintenant que les Associations de Droits Humains viennent de nous présenter des torchons de rapports (en attendant celui du Gouvernement en question), le crédit de la fermeté politique au Tchad revient en toute honneur au président du FAR, Yorongar Le-Moiban, pour avoir pris le courage de dire tout haut ce que certains Tchadiens bien informés cachaient ou disaient tout bas.

A sa sortie de prison, Yorongar a déjà annoncé Ibni mort (assassiné) “à moins d’un miracle”, dit-il sans ambages aux journalistes qui attendaient ce scoop. Et depuis lors, Yorongar persiste à nous amener à croire qu’Ibni est mort (assassiné) depuis la nuit du 5 au 6 février 2008. Mais personne ne veut adhérer à sa thèse ! Ensuite, malgré les sorties médiatiques de Yorongar pour ôter ce doute, beaucoup continuent à croire que le Gouvernement tchadien va nous faire une surprise comme c’était le cas de la réapparition de Lol Mahamat Choi et Yorongar lui même.

En quoi le silence (complice) et honteux de Lol Mahamat Choi honore-t-il les Tchadiens ou la mémoire de son compagnon de lutte politique qu’il a vu « disparaître » ? Le silence face à ce qui opprime est-il signe de nouveau leadership politique au Tchad ? Il n’y a pas de rumeurs au Tchad, dit-on ! Mais dans ce cas précis, les rumeurs ne courent plus ! Alors, de tous les Tchadiens épris de justice et de la recherche de vérité sur la « disparition » du Professeur Ibni Oumar, Yorongar en est le plus dévoué et le plus explicit sur les circonstances de sa mort-assassinat.

Ce qui est plus intéressant, Monsieur Bérémadji Félix du site Tchadactuel semble avoir ravi la vedette en soutenant les propos de Yorongar à travers d’autres sources plus crédibles que les récits des expériences de prison de Yorongar. Pour Bérémadji, Il faut parler de la personne d’Ibni, désormais au passé….” ! Mais comment ??? « Deby a assassiné Ibni. Seuls nos subconscients refusent d'accepter la réalité. Yorongar qui l’a bien vu dans un état lamentable, l'a dit clairement, mais on refuse de le croire. Pourtant, comme l’a si bien rapporté Yorongar, les trois étaient bien au même endroit à un moment donné» (Source : Tchadactuel.com), poursuit-il ! Alors, des deux versions l’une et au peuple tchadien de choisir sa vérité!!!

Pour établir les responsabilités, Bérémadji et Yorongar ont nommément cité les auteurs et/ou complices de ce forfait à la debyenne. Mais les Associations tchadiennes de Droits de l’Homme préfèrent faire fi de ses indices dans leurs enquêtes. Aussi, pourquoi les leaders politiques et chefs de factions mis en accusation par Deby pendant le Coup continuent-ils à attendre les résultats de l’enquête du Gouvernement pour se faire une opinion et prendre une position politique ferme contre les fuites en avant du pouvoir de N’djamena? Comment veulent-ils que justice soit rendue à la famille Ibni quand leur silence tue par deux fois? Et qu’en est-il du mouvement rebelle RFC des frères Erdimi mis en accusation dans ce forfait ?

Pour ceux qui savent lire, il y a bel et bien recoupement d’informations dans les récits de Yorongar et les écrits de Bérémadji, voire de Mahamat Hissein etc.: Ibni n’est plus! Cela donne de la force à la thèse de la mort par assassinat d’Ibni Oumar plutôt que sa mort par disparition. L’article de Mahamat Hissein (Crime et Châtiments) renforce mieux les récits de Yorongar. «Le décès d’Ibni Oumar a été constaté par le médecin français Daniel GOUTTE qui a établi un rapport au Chef de l’opération Épervier, avec copie à l’ambassadeur de France à N’Djaména qui a immédiatement informé Paris (le Quai d’Orsay et l’Élysée). Le corps de Ibni Oumar a été présenté à Deby Itno qui a donné l’ordre pour qu’on l’enterre”, écrit-il (Source: Lyadish.over-blog.com). Tout compte fait, apprécions les propos et articles de ces messieurs comme tels s’ils croient aider à rétablir la vérité. Tout ce qui viendra après ne serait que du positionnement politique sans prise de position politique chez l’élite politique tchadienne.

Laounodji M. Monza
laoumonzal@yahoo.fr
Washington, DC

 


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