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Opinion 

Opinion: « Idriss Déby ou l’art d’enseigner
 la démocratie dans un océan d’hypocrisie !
»

Par Daniel BEKOUTOU
Article paru le 24 janvier 2005
- Ialtchad Presse -


« Idriss Déby ou l’art d’enseigner la 
démocratie dans un océan d’hypocrisie !
»

On est saisi d’un profond malaise à entendre la péroraison du président la République du Tchad, M. Idriss Déby, les 18 et 19 janvier sur les ondes de RFI. C’est à croire que le président tchadien voulait démontrer quelque chose à l’opinion. Quoi ? Sans doute son «excellent» état de santé. Le ton martial, mâtiné d’une singulière arrogance pour asséner sèchement à ses compatriotes : « je ne ferai pas de cadeau...». De quel cadeau parle t-il? Idriss Déby n’a jamais fait de cadeau aux Tchadiens. Peut-être celui empoisonné qui, depuis quatorze ans, décime les compatriotes ou à défaut les pousse vers l’immigration. Ils partent donc à juste raison. Et on ne le dira jamais assez, ce président a conduit le Tchad dans un tsunami social indicible. Résultat : le désespoir est aujourd’hui la richesse la mieux partagée et l’Homme tchadien a perdu foi en son pays. Lorsqu’une écrasante majorité de ses concitoyens en arrivent à partager le sentiment d’être apatrides chez eux ou de ne plus faire vibrer cette fibre nationaliste, le chef de l’Etat devrait voir son ego flétri au regard de sa responsabilité. L’élégance politique - plutôt la décence - aurait voulu de s’interroger sur ce mal-vivre tchadien au lieu de plastronner dans les médias avec un tel mépris.

« Le Tchad est un pays démocratique » affirme sans gêne M. Déby, « la majorité gouverne et l’opposition s’oppose ». De tels propos peuvent aussi bien prêter à sourire qu’à s’indigner quand on observe les pratiques politiques actuelles de notre pays. Elles sont complètement aux antipodes de la bonne gouvernance démocratique. L’un des principes de la démocratie évoquée par Déby exige le respect de ses mandants à travers les élus du peuple. Que nenni ! Sans concertation préalable avec les députés, y compris ceux de son parti, le MPS, Idriss Déby a annoncé à Paris, à la surprise de tous les Tchadiens, le referendum pour le mois de mars. Ceci pour avoir l’onction de ses parrains de l’Elysée. La confiance est donc de mise. Mais pourquoi alors M. Déby se détourne des structures sanitaires françaises au profit de l’hôpital américain de Neuilly où il a effectué son scanner il y a environ dix jours ?

Toujours à propos de l’interview de RFI, pour exprimer les choses trivialement, à la question du journaliste concernant la nécessité de dialoguer avec les opposants pour améliorer le système électoral, les nerfs du président ont lâché. Qu’y a-t-il d’anormal de désigner les membres de la Commission électorale nationale indépendante sur une base consensuelle ? Qu’y a-t-il de préjudiciable au MPS d’admettre une refonte transparente du fichier électoral basé sur un recensement techniquement fiable et politiquement accepté par tous les acteurs ? Ce qui aurait l’avantage de nous épargner des consultations nationales entachées d’irrégularités.

Aux yeux du citoyen tchadien, de telles interrogations légitimes ne trouvent pas de réponses. D’où l’absence d’engouement pour le recensement électoral en cours dans notre pays. Le désintérêt des populations pour les élections est en passe de devenir une tare irrémédiable pour le Tchad. Dans le même temps, M. le président, sous des airs de donneur de leçons, nous parle des vertus de la démocratie. A vrai dire, par leur caractère grotesque, les formules stéréotypées et usées de Déby ne sont d’aucun effet dans un pays où le chef de l’Etat a laissé s’installer la chienlit politique et institutionnelle. Mais, à tout le moins, ces incantations ont le mérite de révéler un homme dans l’océan de ses hypocrisies. « Puisque la question de la présidence à vie n’est pas d’actualité », M. Idriss Déby ne sera pas candidat à sa succession en 2006. De même, Brahim, fils de son père et conseiller à la présidence, n’est pas le dauphin putatif en raison du fait qu’il n’y a pas de dynastie au Tchad. A l’évidence, tout ceci est faux.

Et nul besoin de cette théâtralisation médiatique pour nous servir des contrevérités.  Les Tchadiens ne sont pas idiots. Malgré les dénégations de façade sur l’idée de rempiler, le décryptage des propos de Déby nous renseigne davantage sur ce que tout le monde sait déjà : « je suis seul détenteur de la clef du pouvoir pour un long bail». Cette obsession du leader du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) à conserver coûte que coûte le pouvoir après 2006 ne souffre d’aucune ambiguïté ; ce  qui explique l’acharnement à la modification constitutionnelle. Des verrous sautent dans la loi fondamentale pour écarter le président de l’Assemblée nationale (le terne Ouaïdou Guelenkdoussia) en cas de vacances de pouvoir et placer Moussa Faki sur orbite pour pérenniser le pouvoir des Zaghawas. Paradoxalement, le général au pouvoir veut nous faire croire à l’innocence de cet acte politique majeur : Non!

Pour finir, le cercle du Palais rose pourrait présenter les interviews d’Idriss Déby comme une belle opération de communication pour démentir les informations persistantes sur son fragile état de santé (colopathie, cyrrhose du foie, etc.). En réalité, cet enchaînement d’entretiens a crée un effet de saturation qui a desservi le président dans sa quête perpétuelle d’une image policée de l’homme saint. A vouloir à tout prix «naturaliser le réel», nous enseigne Andreas Keinz, on tombe dans la manipulation. Une manipulation qui ne peut plus prospérer longtemps : « le roi est nu » écrivait C. Boibouvier. Et le mutisme des Tchadiens face à l’outrecuidance du régime d’Idriss Déby est loin d’être un signe de faiblesse. Comme l’éruption du Pichinchia, ce peuple d’opprimés déversera un jour des vagues de feu sur ses bourreaux car «dès qu’un citoyen comprend qu’il est contraire à sa dignité d’homme d’obéir à des lois injustes, aucune tyrannie ne peut l’asservir » prévient Ghandi.

Par Daniel Bekoutou
Citoyen tchadien


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