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  Opinion 

Opinion : « Témoignage d’un journaliste
 contraint à l’exil par sa majesté Deby »

Par Allahïssem MIANGAR

       Article paru le 24 Mai 2005 sur Ialtchad Presse


«Témoignage d’un journaliste contraint
 à l’exil par sa majesté Deby »

Hé oui!
Depuis déjà moult soleils et lunes, réduit à une âme morne et taciturne sous le joug du système  de sa majesté deby, mais criblé au cœur par l’obscurité et l’obscurantisme activés par ce système composé de pyromanes et mythomanes; ce système qui s’est accaparé la lourde mission de la gestion de notre cher pays, je suis contraint de sortir de mon anonymat comme d’ailleurs, nombre de ceux ayant ressenti l’impérieuse nécessité d’opter et d’agir pour la marche vers la libération de ce peuple tant marginalisé, sombrant dans un désespoir sans fond. Et ce, il faut le reconnaître avec ovation, via la noble initiative axée sur le courage et le sacrifice des jeunes transcendant toutes formes de barrières, offrant ainsi ce sacré auspice à savoir ialtchad qui vient agrandir et stimuler le sens de cette lutte commune.

 

En effet, pour ce qui est mien, je fus rédacteur au journal ‘’Le Miroir’’ et, animateur producteur et reporter à la Radio FM Liberté de N’Djamena. Et personnellement, je représente un des témoins d’une des injustices du système debyen, puisque contraint à l’exil il y a déjà huit mois sous de graves menaces de mort perpétrées par l’ANS, sous l’ordre bien sûr des tout puissants. Ce, pour avoir questionné  l’artiste musicien ivoirien Tiken Jah Fakoly  qui, à travers son dévoilement, avait mis à nu les travers du régime en place. Et que, la diffusion (le 05juin dernier)de ladite interview sur les ondes de la chaîne au sein de laquelle je faisais office, avait été jugé d’ ’appel à la révolte’’ par les hautes autorités de N’Djamena, et précisément par le ‘sacré Balais Rouge’, qu’avais-je écris, ‘Palais Rose’.

Mais de grâce, en toute sincérité et honnêteté, en mon âme et conscience, ce n’est cette présente personnelle situation qui se veut l’optique de cette révolte, bien loin de là, mais sans doute, il faut le dire, un brin supplémentaire provocant le déclic.
Sinon, comment s’offrir le luxe de fermer les yeux sur les atrocités innommables à répétition qui s’activent et se décuplent à tout temps sous nos cieux ? Comment oser s’offrir le courage de se taire quand on se rend compte qu’une minorité composée d’un cercle d’ethnie et de copains; un cercle de plaisantins, lie le destin de tout un peuple à son sort, le plongeant ainsi dans un abîme sans fond ? Comment s’armer d’ardeur de consentir le fait que chaque jour que Dieu fait, des cœurs d’hommes, de femmes et d’enfants cessent de battre innocemment dans leur thorax ? Comment encore se rendre compte sans sourciller et sans s’alarmer, quand on nationalise une armée ethnique ; on pille à volonté les deniers publics ou de surcroît, quand, hissé au pic de toutes les facettes de l’ignorance, l’on se croit au-dessus de la loi et des autres ?
Toutes ces interrogations qui ne sont malheureusement que la partie émergée de l’iceberg, ne cessent, à l’instant où vous décryptiez ces lignes, de s’entrechoquer et s’annuler sans issue dans les têtes de tant de personnes et certainement les vôtres aussi.

Figurons-nous qu’après bientôt quinze (15) années de règne arbitraire et totalitaire, le Tchad, non seulement n’a pu avancer d’un iota, mais aussi et surtout l’on ne fait que le sombrer et l’embourber sans relâche : de l’économie à l’éducation, de la culture à la santé, de l’armée aux droits humains, tous les secteurs sont minés. Et pour causes, même le dernier des néophytes le sait. Et oui ! Car ce pays a connu et connaît le malheur d’être géré à répétition par des clubs d’individus habillés et habités de la boulimie de cumuler et d’accumuler ; piller et torpiller ; d’user et d’abuser du peuple sans conscience aucune. Oui, il faut le dire ! dirigé par un clan constituant un pouvoir arbitraire d’apparence héréditaire ; un pouvoir ne dessinant que l’apparence de la compétence ; dirigé par un troupeau de marionnettes aisément manipulable et ‘’téléguidable’’ par l’occident ; un clic de personnes bouillant d’impatience de se servir que de servir son peuple, clouant le pays à genoux et constituant ainsi la cause de notre misère. Bon Dieu du ciel ! Où va le monde du Tchad? Vu que:

De un : l’économie reste criminalisée en ce sens que Deby et son troupeau mettent à volonté mains et bouches dans les ressources de l’Etat et aussi, ne payent ni taxes ni factures. Du côté de l ‘agriculture, véritable mamelle de cette filière, tout perdure et reste anarchiquement dans l’archaïsme. De surcroît, depuis que d’autres pays se battent becs et ongles en dépit de la chute vertigineuse de du prix de coton sur le marché mondial, le nôtre, se plait et se dissout dissout aisement dans le noir de l'obscurité. Et, l’or noir qui, pour sa part faisait dessiner et multiplier toute une montagne de rêves pour certains, d’illusions pour d’autres, d’allusions pour d’autres encore, s’affiche se morfondre dans l’irrationnel : de prime abord, le projet a été très mal négocié par ceux-là qui ne comprennent rien pour rien et qui par la suite, plaisante en présentant un simulacre de pardon auprès de la population tchadienne. Ensuite, le bonus a servi jusque là, incompréhensible- ment à d’achats d’énormes armes de guerres que celles de paix. En fin, depuis déjà plusieurs mois que la manne a commencé par jaillir, sa gestion est clanique et donc tachetée d’incompatibilité et d’incompétence.

De deux : du côté de l’armée, quitte à se demander desquels se moquent t-on ? voyons voire !  Quel est donc ce pays de la planète terre dont le nombre d'officiers s'apprète à doubler celui des soldats? De surcroit, ce qui éboullante davantage le coeur, est que quand on réalise qu’un chef d’Etat se rend compte après presque quinze (15) années de règne que l’armée n’est qu’en fait clanique et non nationale. Et qu’il faudrait à présent chercher voies et moyens pour la nationaliser. Godness ! Que nous préserve l’avenir de tels arriérés dans ce simulacre de prise de conscience. Et s’il faudrait attendre chaque quinze ans pour se rendre compte d’un handicape aussi mordant, qu’on a soit-même taillé et animé, en la présence de son âme et conscience, à quel animal du fond de brousse ou à quel phénomène de la nature ressemblerait le pauvre Tchad de demain ? …. !

De trois : pour l’univers des droits de l’Homme, il n’y a qu’à tenir la tête par les deux mains et pleurer toutes les larmes de son corps. Sinon, loin d’être un secret pour personne, non seulement le peuple se trouve prisé tel un poussin dans les serres d’un charognard mais aussi, reçoit incessamment  une coulée de fonte en fusion sur le crâne : chaque jour que Dieu fait, se passent et repassent des scènes obscènes, macabres et cruelles, bafouant l’intégrité et la dignité des pauvres gouvernés. Et comme si cela ne suffisait pas, les médias sont diabolisés, muselés et baillonnés, sans perdre de vue les opposants qu’on ne cesse d’enlever, de torturer ou encore d’assassiner. Tout ça, souvenez-vous, au nom du sacré ‘’je vous ai apporté ni l’or ni argent, mais la liberté’’.

De quatre : parlant de la santé, on revoit les clichés des milliers de personnes qu’on aurait du ou pu sauver la vie et qui malheureusement, en perdent faute de manque de structures et de personnels qualifiés pour ce faire. Des agents sanitaires déjà trop mal payés perçoivent leur salaire de misère qu’à compte-gouttes. Les centres hospitaliers requis presque absents et les quelques rares tournent avec les moyens très dérisoires. Pour ne pas aller loin, quel est encore ce pays de la terre qui, à plein pied du troisième millénaire, compte trois (3 ) médecins pour 100.000 habitants, un (1 ) lit pour 1.190 personnes et, tenez-vous bien! un seul anesthésiste pour les plus de 7.000.000 de vies qui y vivent? A chacun sa lecture et son appréciation !

De cinq : le volet éducation et formation qui en fait s’affiche incontestablement producteur des futures cadres d’une nation, subit quand à elle une sèche paralysie : les enseignants sont soumis à des conditions inhumaines et donc ne peuvent peser plus que leur poids. Aussi, il faut relever la pléthore d’élèves dans les classes, sans perdre de vue le manque de suivi et, celui des matériels didactiques avec toute leur panoplie d’inconvénients qui se bousculent auteurs, facteurs et acteurs  de ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui, à juste titre, le passage de la baisse de niveau au manque de niveau. Et donc quitte à se demander avec larmes aux yeux bien sûr, qui sont ceux qui  feront le Tchad de demain dans ce monde qui se dessine de plus en plus complexe ?

De six enfin : tout ce qu’on pourrait traiter de véritables richesses naturelles ; ce que nous avons le plus en commun, à savoir nos valeurs culturelles qui en fait sculptent notre identité, demeurent amorphes et mornes. Nos arts et cultures, riches et variés qu’ils soient, qui à travers lesquels le Tchad doit sa promotion vers le reste du monde, ne mérite, croyez-moi, même pas une place dans les oubliettes de sa majesté Deby et ses acolytes. Sinon, comment imaginer que des artistes talentueux qui ont prouvé de quoi ils sont capables  ne soient pas encouragés et laissés aujourd’hui se morfondre et s’éteindre dans une telle obscurité ? Le cas de Dounia Dann PEUR explicite le mieux ce latent sommeil, ce sommeil sans réveil de nos dirigeants vers la chose artistique et culturelle.  Et si aujourd’hui certains jeunes comme Kaarkaassonn, Beral Mbaïkoubou, Kaltouma Nadjina, ceux du groupe H’sao, Ottentic et pourquoi pas ceux constituant ialtchad, parviennent via leurs œuvres et leur personnes à faire retentir le nom de notre pays tant cloîtré et méconnu, n’est-ce pas pour une somme positive de promotion, honneur et bonheur ?  Et n’en est-il pas de même avec les aînés tels Koulsy lamko, Noky Djedanem, Nimrod, Japhet Ndoram, Mahamat Saleh Haroun et j’en passe?
De tout ce qui précède, vu la persistance dans la pertinence des atrocités, acerbités et absurdités de ce régime, ce serait malhonnête de dire que de dire que le Tchad va seulement mal. Sinon, même sans avoir un œil de trop, l’on peut se rendre compte que l’acte de ceux-là qui foutent du bordel à ce pays, ceux-là qui ne possèdent que l’apparence de la compétence, n’est qu’une panoplie de graves bêtises, de mauvaises gestions, de vole et viol, d’arrogance et d’ignorance.
Et pour ce, tant que le peuple tchadien ne sera à même de faire une lecture objective du mécanisme de ce système ; tant qu’il n’y a pas une prise de conscience, surtout collective et simultanée qu’il faut transcender toutes formes de barrières et ainsi s’unir les uns les autres comme les parties d’un jeu de puzzle reconstitué et donc restera dans sa mordante passivité face à ces pyromanes et mythomanes, plus rien ne changera. Qu'on se le dise en toute honétété et sincérité que personne, personne ne viendra changer le Tchad à notre place car, tout le monde a de problème chez lui.

Allahïssem MIANGAR
Un citoyen exilé dans un coin du monde
Courriel : culturals@yahoo.fr


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