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  Opinion 

Opinion : 
« La guerre actuelle du Tchad : une absurdité »
Par Abia Maal

Article paru le 18 décembre 2006, Ialtchad Presse


« La guerre actuelle du Tchad : une absurdité. »
Par Abia Maal

       La question qui se pose est celle de la justification de cette guerre : d’après les groupes armés, le postulat posé est le suivant : il n’y a pas d’autre manière de faire partir le président Deby que l’usage de la force. Mais ils oublient que cette logique peut être reproduite à l’infini. C’est pourquoi, la raison militaire prônée par ces belliqueux est une absurdité et comme telle, doit être refusée. Il s’agit d’un jeu à somme nulle. Car il y aura toujours un gagnant et un perdant. Pour moi, tout candidat au trône tchadien doit être inspiré par le bien- être des Tchadiens ; or ceux-ci ont déjà assez payé pour cette grosse bêtise de laquelle ils croyaient être  délivrés. Désormais, ils souhaitent participer démocratiquement à la gestion de la République et tirer profit eux aussi de notre pétrole. Les aspirations de tout Tchadien  ne pourraient être satisfaites qu’à la faveur d’un pouvoir élu pour mettre en œuvre une politique basée sur la satisfaction de l’intérêt général.
Essayons de développer cette notion de l’intérêt général.
Nous savons que tous les gouvernements qui se sont succédés au Tchad depuis le coup d’état du 13 avril 1975 ont progressivement délaissé cette notion, au point de la confondre avec l’enrichissement personnel dans la gestion du bien public. Cette tendance s’est aggravée dès lors que, des individus, par centaines, habitant  de surcroît les quartiers huppés de la capitale tchadienne, ont commencé tout bonnement à « fêter  leurs millions, voire milliards ».  Comme par hasard ces individus, sous prétexte qu’ils appartiennent à au groupe ethnique au pouvoir ou  assimilé à celui-ci, pouvaient s’enrichir au détriment de l’Etat. Après  tout, (disent-ils) n’ont-ils pas amené au trône tel ou tel président ? Aussi, l’esprit revanchard qui habitait ces maquisards ne devait-il pas les conduire au pillage du denier public ? Ils pensent que la chose publique « chokol ana hakouma » appartient à tout le monde. Oui c’est vrai. Mais seulement, le tout  le monde dont il s’git s’appelle le peuple  tchadien en tant qu’entité nationale et non pas un groupe d’individus véreux et parvenus, sans scrupule et sans respect et ne sachant parler que le langage de la violence.
Les membres de l’actuelle rébellion, de loin ou de près sont ces individus qui se sont servis sans vergogne des biens publics pour s’enrichir. Et, comme si le pouvoir économique ne suffisait pas, ils essayent à présent de conquérir son volant politique de façon violente. De qui se moque-t-on ? Qui est donc le dindon de cette farce ? Je vous le donne en mille : le peuple tchadien, cette entité abstraite et muette, au nom de laquelle ils justifient leur guerre !
Comme le disait Tonton David, ce jeune chanteur Réunionnais dans une de ses chansons, « je suis sûr qu’on nous prend pour des cons, j’en suis certain ». Que les Tchadiens ne se laissent pas duper par ces opportunistes, au discours fallacieux et qui, pas plus tard qu’hier, ont largement bercé dans le système politique actuel, en connaissent la culture les contours qu’ils ont eux-mêmes largement dessinés.
S’ils veulent le pouvoir, qu’ils apprennent déjà à respecter cette notion qu’est l’intérêt général, sans lequel la gestion de la chose publique (le pouvoir politique) devient une absurdité.
Il ne suffit pas d’être un gradé de l’armée pour prétendre gouverner un pays. Il ne suffit pas non plus d’avoir tel ou tel diplôme, d’avoir fréquenté les coulisses de la présidence pour être un bon dirigeant politique. Encore faut-il que l’on fasse ses preuves en se présentant devant le peuple pour avoir une légitimité.
Inutile de rajouter que la présidence de la République tchadienne n’est pas une chasse gardée. Il appartient au peuple tchadien qui, lui seul doit décider qui est susceptible de le gouverner harmonieusement et paisiblement.
Pour que le peuple cesse d’être le dindon de la farce, il doit dire non aux opportunistes de tout bord, armés ou non, dont l’unique préoccupation se limite à la satisfaction de leurs intérêts personnels en pillant les biens publics, détruisent et tuent des parents à Adré et à Biltine, allant jusqu’à s’allier avec les diables du Darfour soudanais pour parvenir à leur fin.

Par ailleurs, il ne faudrait pas non plus que le Président Deby limite sa politique à répondre ponctuellement au problème posé par la rébellion. Le statu quo ne suffit plus. Loin s’en faut.
Il doit se dire que le pouvoir n’est pas une fin en soi mais juste une mission, un cadre permettant à l’homme politique de poursuivre des objectifs d’intérêt général, c’est-à-dire la satisfaction collective, non exclusive des besoins du peuple, en lui fournissant divers services publics. L’efficacité de l’homme politique se mesure à l’aune de la satisfaction de l’intérêt général.
Pour satisfaire cet intérêt général, il faut assurer la bonne gouvernance économique et politique. Cela passe forcément par une large ouverture politique et une transparence dans les élections démocratiques. Or les ces éléments semblent connaître un balbutiement  notoire depuis décembre 90, où le président Deby a affirmé avoir « apporté la démocratie aux Tchadiens ».
Il est bien vrai que le peuple tchadien qui a tant souffert des guerres avait dans les années 90, besoin de la stabilité politique. De ce point de vue, le premier mandat de président Deby fut salvateur.
En revanche, le deuxième mandat, fut sans doute un de trop, même s’il pouvait être encore perçu comme nécessaire, tant les ténors politiques sudistes dussent s’imprégner de la culture démocratique eux aussi, eu égard au règne du régime précédent. Par ailleurs, la démocratie étant un processus autant qu’un apprentissage, il fallait un certain temps : un brassage multiethnique et multiconfessionnel était nécessaire aux partis politiques pour asseoir leur notoriété nationale et internationale. En outre, il fallait cultiver un certain charisme à défaut de l’avoir de façon innée, prédéterminée pour l’exercice du pouvoir, même si ce n’est pas le seul critère.
Aujourd’hui, la plupart des leaders politiques du Sud comme du Nord ont acquis sans conteste cette dimension, en plus de leurs compétences et savoir-faire politiques. Il est donc grand temps qu’ils aspirent légitimement et démocratiquement au pouvoir, celui que seul, leur peuple tchadien leur confie pour la défense de l’intérêt national. Cette analyse exclut catégoriquement toute autre forme de conquête du pouvoir politique au Tchad, car coûteuse à tous égards.
C’est l’on pousse l’analyse à son terme, la constitution du Tchad ne devait pas être relookée.
C’est la raison pour laquelle sa modification a soulevé un tolet général  et fut condamnée par l’opposition dans son ensemble.
Pour elle, ainsi que pour la plupart des observateurs, il s’agissait d’une manœuvre de bas étage destinée maintenir au pouvoir le régime actuel. C’est un mauvais coup porté par le MPS à la démocratie.
C’est sans doute la raison du mécontentement de la classe politique qui s’estime à juste titre lésée dans sa course pour la conquête du pouvoir suprême. Quoi de normal, car après tout l’objectif de l’homme politique n’est-il pas d’être élu ?
Pour les frères armés, la solution  est tout simplement militaire : par les armes le Président est rentré dans N’djaména, par les armes il doit N’djaména ! Quelle triste et tragique équation ?
Pauvre Tchad. C’est à croire tu ne dois ton existence, voire ta survie qu’à des combats fratricides violents.
Mais alors à quoi tu peux  bien servir sans ta population ? Qui donc peut te mettre en valeur si ce ne sont tous tes enfants ?
Ces questions si simples dans leur conception m’amène comme l’a fait mon frère Gaya PLE Seïd à souligner in fine les points suivants :

 -
  
associer toutes les parties en présence au débat démocratique, seul à même de dégager un
    consensus politique dans l’intérêt national ;

 -
  
le Président Deby peut être amené, au nom de l’intérêt supérieur de la Nation, à redistribuer de
    nouvelles cartes en prenant des initiatives fortes sans pour autant compromettre sa légitimité de
    chef de l’Etat. Une des solutions de sortie de crise ne serait-elle  pas de revenir sur la réhabilitation
    de la constitution ? Si telle est la volonté du peuple, et si cela peut amener les rebelles à déposer
    les armes, alors, pourquoi pas ?
 
-  Les Tchadiens doivent montrer une certaine maturité politique pour faire une autre publicité qui vante
    les mérites du Tchad, plutôt que celle qui décourage l’investissement direct étranger au Tchad (IDE).
 
-  Il n’y a aucune revanche des uns à prendre sur les autres de manière à éviter les jeux à somme nulle (gagnants-perdants). Ces genres de jeu ont à maintes reprises, conduit le Tchad à des situations inefficaces, dans la mesure où les acteurs (les protagonistes ici) n’arrivaient pas à se coordonner autour d’un idéal commun : l’intérêt général du peuple tchadien notamment.
Aujourd’hui le pays essaie de se frayer un chemin lui permettant de défendre sa respectabilité au plan international. Nous devons tous être mobilisés pour y contribuer de façon constructive et non  le contraire. C’est la raison pour laquelle je rejette la solution guerrière qui est pour moi, la pire des sottises. Nous devons rompre avec ce modèle trop coûteux à tous points de vue, pour nous tourner vers le modèle alternatif incarné par les urnes.

Abia Maal
France.

 


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