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  Opinion 

Opinion : « EST-CE VRAIMENT LES TCHADIENS QUI GOUVERNENT LE TCHAD ? »
Par Par Daïbé MABISSO
Article paru le 28 août 2005 sur Ialtchad Presse


« EST-CE VRAIMENT LES TCHADIENS QUI GOUVERNENT LE TCHAD ? »
Par Daïbé MABISSO

   « Un petit monstre pénètre le robinet central d’un village et boit l’eau, puis petit à petit, le monstre grandit, grossit et remplit le château d’eau. Le robinet central ne produit plus d’eau ; les villageois meurent de soif… « Un petit génie » va vers la source d’eau, pénètre dans le robinet à son tour et tue le monstre pour libérer les villageois de la soif ».
   En 1990, le peuple a cru être délivré de la dictature de Hissein Habré. C’est-à-dire l’enfer, la misère, la torture, les exécutions extrajudiciaires…Avec l’entrée triomphale de la rébellion du M.P.S, le peuple a cru enfin respirer l’air de la liberté, de la justice… Le M.P.S avait permis au peuple tchadien d’espérer des changements politiques, économiques et sociaux : ce fut l’ère de la Démocratie !

I/ La Conférence nationale souveraine.

   A la veille du 15 Janvier 1993, aux quatre coins du Tchad, c’était le même refrain qu’on pouvait entendre : « cette conférence nous permettra de nous dire les quatre vérités ; les auteurs du 12 Février pourront rendre compte au peuple tchadien ; le peuple allait enfin enterrer ses haches de guerre pour qu’ensemble nous collaborions pour l’unité Nationale… ». C’était un moment d’espoir pour le peuple, un moment tant attendu pour la réconciliation nationale…
   Chose bizarre, les participants à cette conférence n’ont pas pu se dire les vérités que les Tchadiens attendaient nuit et jour sur leurs petits postes radio, devant leurs petits écrans de télévision. Ces hommes se sont réunis pour voiler les yeux du peuple, pour que nous ne voyions pas la vérité. C’est aussi , eux qui ont élaboré le projet de la constitution de 1996. Ils n’ont fait que recopier le style constitutionnel français, c’est à dire que ce projet ne cadre pas avec la réalité tchadienne. Déby ne pouvait laisser n’importe qui faire partie de ceux qui ont élaboré cette loi fondamentale : il a choisi ses exécuteurs et leur a confié la tâche de le maintenir au pouvoir par tous les moyens.

II/ 1996 : Année du « bluff électoral ».

   Déby est l’homme politique qui a vraiment su faire son jeu. La règle d’or de son jeu politique c’est l’argent, les fausses promesses et la gâchette.
   Avec son argent, il se maintient au pouvoir. Il a appauvri toute l’opposition politique, l’intélligencia tchadienne. Cette dernière a perdu la notion de dignité. Pour se maintenir à la magistrature suprême, Déby leurs offre des enveloppes, de belles maisons, de grosses cylindrées… ils n’y résistent pas et deviennent inconscients des énormités qu’ils commettent.
   Ils font désormais partie des pions du jeu politique de Déby. Les règles du jeu sont : trucages des élections, mascarades et hold-up électoraux, modification des dispositions constitutionnelles, préparation de la succession de Déby ; autrement dit préparation d’une monarchie et d’une dynastie au Tchad. Qui sont ces hommes ?
   Il existe quatre catégories des personnages qui ne dorment pas pour permettre à Déby de briguer la présidence à vie :

  • Les spécialistes en organisation de trucages électoraux : ils sont de la région productrice de l’or noir. Depuis l’organisation des élections au Tchad, ce sont eux qui ont occupé les plus hautes fonctions de la Commission des Elections Nationales Indépendantes (C.E.N.I)

  • Les législateurs de Déby : ce sont les intellectuels tchadiens. Ils constituent une force permettant la pérennisation de Déby. Ils oppriment la voix du peuple. Ces intellectuels ont mis leur intelligence au profit du matériel. Avec eux l’Homme a perdu sa valeur d’être. Ils oublient que c’est ce dernier qui produit : à cause de l’argent, on a vu beaucoup de personnes livrer leurs parents, leurs villages, voire leur pays. Ces intellectuels usurpateurs de la souveraineté du peuple sont de la région sucrière du Tchad.

  • Les hommes de terrain de Déby : ceux-là cherchent à convaincre la base. Comme celle-ci n’a plus confiance en Déby, les hommes de terrain procèdent autrement pour être crédibles aux yeux de son excellence : ils usent de la force, du mensonge, de la corruption, de l’intimidation pour que les urnes soient bourrées du bulletin du M.P.S. Ces hommes sont dans chaque région. Autrement dit, on les trouve dans les 18 régions du Tchad.

  •  Enfin, il y a les « hommes du blé » : ce sont les commerçants, les entrepreneurs, les hommes d’affaires… Ils ont rendu la vie très chère au Tchad. Ils ont transformé notre société en jungle, où il n’y a plus le respect de la vie humaine (on ôte la vie d’une personne aussi facile que celle d’un coq). Ils donnent du fric pour qu’on creuse notre tombe.

Le M.P.S est un parti qui se maintient par la force et le peuple continue à faire semblant d’aller mieux et de pouvoir un jour renverser ce régime pour instaurer la paix, la justice et l’égalité au Tchad.
   Dans tout ça, il n’y a que les pauvres qui payent la pots cassés. Ils n’ont ni logement, ni nourriture, ni possibilité de se soigner (beaucoup sont morts du paludisme, d’un simple rhume, des conditions climatiques), ni le moyen d’envoyer les enfants dans les bonnes écoles etc. Il arrive des fois que les pères de famille n’ont même pas la pièce d’argent pour acheter des galettes aux plus petits. En même temps d’autres jettent plus que les galettes aux chiens voire, dans les ordures.
   Cette masse démunie est exposée aux dangers, elle ne vit pas, ni ne survie mais mène une vie de sursis. Car on la confond avec des animaux qu’on peut écraser sur le chemin et passer.
   Au Tchad, le pouvoir public se résume à un groupe d’amis ou à un petit nombre  d’individus qu’on peut qualifier à «l’ association des malfaiteurs » ou encore à de couards.
   Le pays s’est endetté auprès des organisations internationales ; ces dettes devaient résoudre les problèmes dont souffrent les Tchadiens : chômage, pauvreté, injustice, maladies, conflits, insécurité alimentaire et éducative…
   Mais force est de constater que Déby et ses amis ont dilapidé ce pactole. Ils ont préféré acheté des armes, des voitures…
   Voici que plus de deux ans que la Banque mondiale dans son programme de lutte contre la pauvreté a octroyé une bonification aux fonctionnaires tchadiens des secteurs prioritaires, à savoir : les enseignants, les agents sanitaires, les agents de sécurité… Au lieu de remettre à César ce qui lui appartient, Déby n’a trouvé rien de s’acheté des bombardiers pour renforcer son pouvoir et mater les opposants politiques. Voilà qu’il a réussi à diviser pour mieux régner. Il est devenu « incontournable » et « insupportable ».
   Il est devenu ce petit monstre qui a grandi et est devenu dangereux. Voilà qu’il prépare un futur remplaçant. Comme vous le savez, « le petit serpent est plus dangereux, voire plus venimeux que le grand».
   Faisons très attention à cette machine que le MPS est en train de vouloir mettre sur place ; nous sommes convaincus qu’ils veulent ruiner, détruire notre cher pays. Maintenant, cherchons plutôt à écarter ces monstres de la nation de la gestion de notre vie, de notre patrimoine.

III/ La part de l’opposition dans la gabegie politique au Tchad

Est-ce qu’il y a vraiment une opposition politique au Tchad ? L’opposition joue-t-elle vraiment son rôle sur la scène politique tchadienne? Où bien est-elle là pour animer la scène politique au profit du M.P.S ?

Quand nous réfléchissons à la position et au rôle de l’opposition tchadienne, beaucoup des questions nous viennent à la tête, tout simplement parce que cette opposition n’a jamais fait pression jusqu’à avoir gain de cause.

L’opposition tchadienne est impatiente et elle ne veut pas « galérer », elle est prête à abandonner la lutte pour se faire du pognon. C’est ainsi que beaucoup de Tchadiens se demandent, qui pourrait gouverner le Tchad parmi les opposants politiques ?

Quant on prend le président du F.A.R Yorongar Ngarledji le moïban, on trouve que c’est du bluff, parce qu’ au moment  où le MPS devait modifier la constitution du 31 Mars 1996, le 26 Mai 2004, il a laissé le peuple seul face à une situation qui devait tourner la page politique au Tchad. Il est allé aux Etats-Unis soi disant pour négocier une amnistie pour le Président de la République. Entre temps le peuple est en train de se battre contre les usurpateurs de son titre qui veulent modifier la loi fondamentale tchadienne.

Les autres membres de l’opposition, à savoir Saleh Kebzabo de l’UNDR , Lol Mahamat Choua  du RDP, Kamougué Wadal Adelkader de l’URD ; Alingué Jean Bahoyeu de l’UDR etc. ne peuvent pas aujourd’hui demander au peuple tchadien de leur faire encore confiance. Ils ont servi avec Déby, ils ont bouffé pendant que le peuple mourrait de faim, ils ont vécu dans le « beurre » pendant que le peuple souffrait de l’injustice, de l’insécurité, de la gabegie. Ils ont vécu dans  « l’eldorado » pendant que le peuple se cherchait sous le soleil ardent de midi, pendant que le peuple se cherchait et cherche encore dans les champs de coton, d’arachide, de mil, de manioc… sur le chemin de l’école etc. Ceux-là ne peuvent plus demander au peuple d’être avec eux. Une telle demande serait une insulte voire, une mépris à l’égard du peuple tchadien.

Le peuple peut aussi mener une lutte politique sans leader politique, il peut conquérir le pouvoir et le confier à celui qu’il juge capable de l’assurer.

A chaque période électorale, tout ce que l’opposition connaît, c’est l’appel au boycott. Après les élections c’est de publier plusieurs communiqués de presse condamnant le déroulement du scrutin ou bien appeler la population à une opération ville morte.
   Nous devrons apprendre à dire non à ces méthodes qui n’ont jamais résolu le problème électoral au Tchad. Il faut que l’opposition passe à l’acte et le peuple soit prêt à agir pour que l’ordre règne et qu’il soit respecté. Quand en 2001, Yorongar avait demandé au peuple de sortir et de l’aider à « aller chercher sa victoire là où elle est cachée », le peuple était au rendez-vous : et c’est pendant cette manifestation qu’est tombé le martyr de la démocratie  Brahim Selgué.

IV/ Idriss Déby vers un troisième mandat

   C’est le souhait des hobereaux, des couards, des « profito-situationnistes »  de la nation, des mendiants de la république et des voleurs de l’Etat.
   Le peuple demeure passif face à des décisions d’usurpation de sa souveraineté. Le peuple doit se mobiliser pour que les monstres de la République cessent de détruire ce pays qui est un patrimoine commun à tous les tchadiens. Le peuple ne doit plus continuer à compter sur un groupe d’hommes. Il doit lui-même prendre son destin en main et faire face à la représentation du Président Déby en 2006 à la magistrature suprême.
   Rien n’est impossible à la volonté du peuple, il n’y a que lui qui peut dire non à la représentation de Déby.
   Le MPS ne doit pas aujourd’hui s’inquiéter parce qu’il pense avoir instrumentalisé tout un peuple. Le peuple tchadien a été chosifié, il a perdu sa valeur dans le processus de la démocratie enclenchée au Tchad en décembre 1990.
Le peuple doit jouer son rôle pour l’instauration d’une véritable justice et la sécurité au Tchad. Il doit user de la révolution pour instaurer un véritable Etat de droit et de démocratie.
   Les tchadiens ont peur de la révolution, alors que les révolutions ont servi seulement à un petit groupe d’hommes qui n’avait aucune ambition et conviction politique. C’est pour cette raison que ces derniers ont conduit le pays comme si c’était des étrangers qui le faisait pour les autres.

V/ Nul ne doit abuser de la volonté du peuple !

   Le peuple est souverain. En démocratie, il n’y a que le peuple qui peut imposer une décision à ses représentants.
   Le peuple tchadien n’a jamais permis ses « soit disant   représentants » de modifier la constitution pour permettre à Déby de briguer un autre mandat puis préparer son dauphin.
   La preuve est que le 26 Mai 2004, est une date que le peuple tchadien ne pourra jamais l’oublier. Il y a eu plusieurs mouvements de contestations à ce projet qui consiste à voler le pouvoir du peuple. Mais ils se sont entêtés à le faire !

VI/ La voix du peuple est ballonnée.

Le peuple ne doit pas laisser les démagogues l’intimider. La presse est un élément fondamental de la démocratie. Cette dernière a pour principes la liberté d’expression, la liberté de circuler, la liberté d’opinion, la liberté de se réunir en association, le multipartisme…
   Pourquoi arrêter les hommes de la presse du moment où ils disent la vérité, dans la mesure où ils dénoncent les atrocités que subit le peuple tchadien, dans la mesure où ces derniers font leur travail…
Ne nous laissons pas manipuler par les personnes qui protègent leurs intérêts et non l’intérêt de la nation.
   Il faut que le Président Idriss Déby laisse les journalistes exercer leur métier en toute liberté et dans quiétude.
Le peuple ne doit pas rester indifférent aux arrestations des journalistes, qui sont la voix des sans voix.

VII/ Seule la révolution peut nous libérer de cette situation difficile

On a l’habitude de dire que « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit ». Autrement dit, on ne peut pas prôner une révolution avec une jeunesse corrompue, une jeunesse irresponsable, une jeunesse qui n’aime pas sa patrie. Alors quel rôle joue-t-elle ?
   Nous devrons être révolutionnaires, pour que le Tchad soit une nation digne de son nom, un Etat de droit et de démocratie.
   Après tout ces moments de cauchemars que nous avons vécu, nous ne devons pas rendre la monnaie. A titre d’exemple, les sudistes ne doivent pas en vouloir aux nordistes parce qu’ils ont eu à les massacrer pendant les évènements de 1979. Ces derniers ne devraient pas marginaliser ni discriminer la victoire du Front de Libération National (FROLINA). Le Tchad n’a vécu que des moments de vengeances au lieu de ceux de la réconciliation. Les jeunes doivent et devront comprendre qu’en politique, nous devons chercher à guérir les maux qui minent notre nation, jamais se venger. Les jeunes Tchadiens doivent avoir cette notion comme credo ; quels que soient les formes de marginalisation qu’ils ont subis. Ces jeunes doivent se révéler des personnes qui ont vraiment compris la vie, et comprendre que l’intérêt d’une nation ne se résume pas seulement au fait de violenter autrui, d’être haineux, d’être « anti-autrui ». Mais plutôt réaliser que la politique doit aider à véhiculer l’esprit civique, le patriotisme et le nationalisme.
   Nous devons être révolutionnaires ! De nombreuses de personnes pensent que la révolution ne peut pas avoir lieu sans qu’il y ait effusion de sang. Mais non ! La révolution de la masse a été toujours pacifique, ce sont les couards qui se sentent menacés. Ils sont obligés de recourir aux « kalachnikovs » pour protéger leurs intérêts. C’est à ce moment que masse populaire révoltée cherche à se procurer des armes pour se protéger contre les « hommes sans cœur ». En révolution, la masse populaire est en position de légitime défense. Elle n’a rien à se reprocher, car nul ne peut se laisser abattre.
   La « ville morte » n’est pas une solution pour permettre au peuple de revendiquer ses droits. Il ne faut pas que les hommes politiques continuent à berner le peuple avec des telles actions qui ne secouent pas les régimes usurpateurs de la souveraineté populaire.
   Cependant, le peuple doit se sentir concerner par la politique. Il doit se mettre sur le devant de la scène politique. Le peuple ne doit plus faire confiance aux hommes qui ont mis les mains dans l’assiette de Déby.
   Nous sommes conscients que les hommes politiques utilisent toujours ce mot : « peuple » pour asseoir leur pouvoir. Même la définition de la démocratie selon Abraham Lincoln dit ceci : « la démocratie est le pouvoir du peuple pour le peuple par le peuple ». Vu la place qu’occupe le peuple sur la scène politique, nous déduisons que ce dernier est le plus grand mouvement politique. Tous les autres (MPS, RDP, FAR, UNDR…) sont considérés comme les partis « satélitaires » du peuple. Autrement dit, le peuple tchadien ne doit pas se contenter d’encaisser, de se laisser emporter par le désespoir. Il ne doit pas demeurer pessimiste face à l’évolution et au devenir du pays. Le peuple doit s’impliquer de force ou de gré dans la gestion de l’Etat.
   Le peuple doit s’investir pour faire partir tous ceux qui gouvernent contrairement à sa volonté, tous ceux qui cherchent à l’exclure de la gestion du patrimoine public.
   Enfin, ce qu’il faut pour le Tchad, c’est que les jeunes se mettent ensemble, tous unis autour de quelques hommes loyaux, pour permettre le redressement de la situation politique, économique et sociale.
   Déby doit partir et doit rendre compte au peuple tchadien le moment venu. Le peuple ne doit pas continuer à supporter un dictateur : quand le monstre  devient encombrant, la seule solution c’est de chercher se débarrasser de lui pour que les hommes vivent en paix.
Quinze ans de dictature, de vol, de discriminations, d’insécurité, de misère, de haine, d’aigreur… c’est trop !
   Nous devrons songer à sortir de cette politique aussi misérable. Nous serons un jour les acteurs de la scène politique au Tchad, évitons de tomber ou de commettre les mêmes bêtises que les démagogues.

Vive la Révolution pour que vive la liberté du peuple tchadien !

Daïbé MABISSO
dmabisso@yahoo.fr


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