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Permettez-moi
Monsieur le Président, de venir par la présente vous interpeler
sur un certain nombre des points qui, à mon avis sont très
importants dans la lutte que vous entendez mener au nom du
Peuple Tchadien et le changement auquel aspire ce Peuple.
En effet, comme l'a dit un compatriote sur ce même site, vous
avez été le numéro un du régime que vous combattez aujourd'hui
pendant presque seize ans de nos vies. Vous avez été la
personne la plus influente et la mieux écoutée jusqu'à la date
peut être du 16 mai 2006 où une partie de la Garde Républicaine
avait tenté d'éliminer l'individu Idriss Deby. Et ces éléments
s'étaient révélés proches de vous et le régime vous a tenu
responsable du coup d'état manqué. Mais le même régime avait
jugé dangereuse pour la cohésion du clan de vous poursuivre.
Quant à vous, vous ne vous êtes jamais prononcé à ma
connaissance sur votre implication ou non sur ce coup d'état
moins encore sur les raisons et les conséquences qui auraient pu
en découler.
Les raisons de votre lutte sont les vôtres Monsieur le
Président, mais à attribuer la paternité au Peuple Tchadien pose
des interrogations. Des interrogations qui découlent de
l'analyse de votre passé récent mais aussi de ceux qui vous
accompagnent dans la lutte armée. Aujourd'hui les maux dont
souffre le Tchad sont connus de tous : La délinquance de l'Etat,
la corruption, le pillage des richesses du pays par une
minorité, la misère dans laquelle baigne la grande majorité,
l'enrichissement illicite, le clientélisme au sommet de l'Etat,
la déconfiture de notre Armée, de nos écoles, la promotion du « cancrisme »
au détriment du savoir et du mérite, l'insécurité, l'inexistence
de l'autorité de l'Etat, etc.….
Tous ces phénomènes ont vu le jour ou se sont accentués dans le
pays après la prise du pouvoir par le clan Deby il ya bientôt
dix huit ans. Clan auquel vous avez appartenu non entant que
membre de la famille mais entant que l'un des principaux
artisans sinon le plus important. Ces phénomènes se perpétuent
encore et sont loin de pendre fin à la lecture des événements
que nous vivons. C'est durant votre passage à la direction du
cabinet présidentiel qu'Idriss Deby avait commencé à puiser par
votre intermédiaire dans les caisses de l'Etat et celles des
entreprises nationales en envoyant ainsi ces dernières à la
faillite. Vous êtes aujourd'hui avec la famille Itno et les
autres satellites qui gravitent tout autour actionnaires
majoritaires dans la quasi-totalité des entreprises publiques
qui avaient été « privatisées » par le régime sous l'Ajustement
Structurel. C'est également durant votre passage à la tête du
cabinet présidentiel qui avait pendant un temps géré les bourses
d'études accordées par des pays amis du Tchad au Peuple Tchadien
que l'on a vu des élèves de première voire de seconde bénéficier
de ces bourses au détriment des lauréats nationaux admis avec
des mentions au baccalauréat. Ces lauréats d'ailleurs pour la
plupart faute de déboucher et au comble du désespoir ont fini
leurs vie dans les cabarets à Moursal, Chagoua ou Arboutsoulbak.
Alors que les bénéficiaires qui étaient partis à l'étranger
avaient triplé les années dans les facs ou se s'étaient faits
renvoyés pour d'autres faute de niveau, en compromettant ainsi
l'avenir de leurs compatriotes et faisant la honte du Tchad.
Quel gâchis !
On trouve aujourd'hui dans vos rangs tous ces jeunes aux études
inachevés qui, il y a quelques années, le système avait
parachuté à la tête des entreprises nationales ou des services
des régies financières de l'Etat. Ils étaient devenus en un
temps record, des propriétaires des luxuriantes villas partout
dans N'Djamena et des hectares de périmètres irrigués aux bords
du Chari et du Logone sans rien produire sur le marché. D'autres
sont devenus propriétaires des milliers de têtes de camélidés ou
des ovins partout dans nos Ouadi. Sans parler des autres « com
RM », « com Légion » ou « CB » qui arnaquaient et terrorisaient
le Peuple dans l'arrière Pays.
Quel Tchadien vous croira Monsieur le Présidence, si vous nous
dites aujourd'hui si que ces jeunes cadres et les autres
combattants qui vous accompagnent dans votre lutte armée ont été
tous écœurés par la souffrance du Peuple Tchadien et qu'ils
entendent combattre le régime dont ils sont les premiers
bénéficiaires et apporter du coup le changement, la Paix, la
Justice, la stabilité et partager les richesses du Pays avec les
autres citoyens une fois arrivés au pouvoir ?
On trouve également dans vos rangs ces mêmes jeunes qui
violaient et tuaient avec impunité et vadrouillant dans
N'Djamena en maîtres absolus, arrivant en école avec des armes à
feu en narguant les autorités scolaires, créant ainsi
l'insécurité dans nos écoles, terrorisants élèves et
enseignements. Passants en classe supérieure sans être en
classe. Ce sont ces pratiques là qui ont enlevées à l'Ecole
Tchadienne, son âme en introduisant la promotion du « cancrisme »
et la facilité au lieu et place du travail. Quel élève sûr de
son cursus, comptant sur son travail, aspirant vivre dans un
Pays en Paix aurait suivi vos rebellions en interrompant ses
études et au péril de sa vie, dans ces luttes armées crées pour
des raisons orgueils personnels ?
Ces jeunes combattants, demain arrivés au pouvoir par la force
des armes accepteraient-ils de vous obéir, de devenir des
citoyens ordinaires respectueux des lois de la République et
partager le butin de guerre que serait devenu les richesses
nationales avec les autres Tchadiens ?
Quant aux vos stratégies militaires, la vôtre mais aussi celle
de Nouri sont révélatrices de vos ambitions personnelles
nuisibles à tout changement au Tchad. Nous savons également les
raisons qui animent vos combattants mais aussi ceux de Nouri. En
cas de victoire de l'un des vos mouvements sur Deby ou un
éventuel abandon du pouvoir par ce dernier, les contours de tous
les scénarios possibles sont déjà visibles. Des affrontements
sauvages entre vos groupes armés, renverront le Tchad des
décennies en arrières, endeuillerons encore des familles
tchadiennes déjà martyrisées par quarante cinq de guerres
fratricides et inutiles.
Loin d'être un partisan de Deby, de vous ou même de Nouri, je
fais partie de cette grande majorité des citoyens prise en otage
par le régime et vos rebellions. Cette majorité qui a besoin de
la Paix, de la Justice, de l'égalité des chances et de la
sécurité. Monsieur le Président, ce que le Peuple Tchadien a
besoin, comme je l'ai déjà dit, c'est la Paix, gage de tout
développement. Nous avons besoin d'un Etat qui assure la
sécurité, l'éducation, la santé, la sécurité sociale pour tous.
Un Etat dans lequel, le paysan Bideat, Gouran, Arabe, Boudouma,
Tama, Moundang ou N'gambay puisse vivre avec les fruits de son
travail, à qui l'Etat assure l'éducation de ses enfants, de
l'eau potable et de l'électricité pour son foyer, un centre de
santé pour ses soins , des voies de communication pour écouler
les produits de son travail, une sécurité social et une Autorité
qui lui assure sa sécurité, celle de sa famille et de ses biens.
Nous avons besoin d'un Etat qui assure l'avenir à sa jeunesse en
lui assurant une éducation obligatoire et gratuite jusqu'au
moins la fin du cycle primaire. Un Etat qui promeut la culture
de l'excellence et l'éclosion des talents. Un Etat qui accorde
de l'importance à la culture nationale et au sport. Un Etat qui
permet à chaque de citoyen trouver sa place dans la Nation. Un
Etat qui assure des programmes de réinsertions en orientant vers
des activités socioprofessionnelles ceux qui ont raté dans les
études. Le Peuple Tchadien a besoin Monsieur le Président, d'une
Armée véritablement Nationale basée sur la disciple militaire et
au service de la Nation. Une armée où les soldats seront dans
les casernes rémunérés et prises en charge comme il se doit, où
la promotion est basée sur la formation et le mérite.
Un Etat enfin, Monsieur le Président réconcilié avec lui-même.
Qui assure la sécurité à tous attirant ainsi des investissements
étrangers qui généreront des emplois pour les Tchadiens et qui
redynamiseront l'économie nationale. Où tous ces jeunes
talentueux, les têtes pleines des idées novatrices et
salvatrices pourront rentrer au Pays et apporter leurs
contributions au développement.
Il est évident Monsieur le Président que le changement auquel
aspire le Peuple Tchadien, n'est pas une question sur le départ
ou non du pouvoir de l'individu Idriss Deby, mais un changement
plus profond, celui du système de gouvernance qui sévie au
Tchad.
Alors les Tchadiens seront avec celui qui compte apporter des
tels changements. Etes-vous celui là ? Si oui nous sommes avec
vous. Rassurez-vous, Monsieur le Président j'ai beaucoup de
respects pour vous et loin de moi l'idée de porter un discrédit
de façon gratuite et prématurée sur vous intentions. Mais je
vous demande légitimement comment vous entendez changer ce
système auquel vous et vos compagnons de lutte vous vous êtes
habitués pendant bientôt dix huit ?
Combien des vaillants soldats ou combattants usus de tous les
coins du Tchad mais particulièrement du BET, une terre de joie,
de fraternité et surtout de solidarité légendaire ont payé de
leur vie depuis 1963 jusqu'au nos jours par la faute de la
classe politique à laquelle vous appartenez. Combien
continueront encore de mourir dans les luttes personnelles qui
vous opposent, vous, Deby, Nouri et les autres? Quel plaisir
tireriez vous à conquérir le pouvoir aux prix des milliers des
vies des frères pères de familles faisant des veuves et des
orphelins?
Le Peuple Tchadien n'a plus besoin que les fils du BET
s'entretuent pour lui apporter la paix ou le changement. Nous
avons déjà montré nos limites.
Je vous exhorte Monsieur le Président en même temps que le
Président Mahamat Nouri et le Chef de l'Etat Idriss Deby et les
autres à privilégier le dialogue national et de faire preuve de
bonne foi. De mettre de coté vos petits orgueils personnels et
de nous faire sortir de cette barbarie et de ses souffrances.
Vous allez certainement vous interroger pourquoi je vous
interpelle et peut être pas les autres ? Mon discours s'adresse
à tous mais je vous interpelle personnellement parce que vous
êtes toujours un élément important du système où vous pourriez
reprendre votre place à tout moment, votre mouvement est la
principale entrave à l'unification de l'opposition armée et
vous pouvez être celui qui peut apporter le changement de
l'intérieur du régime sans verser le sang des Tchadiens. Et
votre mouvement s'appelle Rassemblement des Forces pour LE
CHANGEMENT.
Je vous prie,
Monsieur le Président, de croire à ma disponibilité d'être aux
cotés de tous ceux qui veulent apporter un vrai changement au
Peuple Tchadien.
Mahamat Issa
Choua
issachoua75@gmail.com
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