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Opinion
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Opinion:
«
Moussa Faki ou l'entorse à la géopolitique »
Par
Lyadish
AHMED
Article
paru le 27 juin 2003 - Ialtchad
Presse - |
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«
Moussa Faki ou l'entorse à la géopolitique »
Le
totalitarisme est de retour. Et quel retour pour ce système politique
dont l’éradication semblait pourtant acquise depuis la fuite du tyran
Habré. Habitué au simulacre de multipartisme et aux différentes
formes de consensus démocratique fantasmagorique telle que la « démocratie
consensuelle et participative » et autre « front républicain »,
on avait fini par céder aux illusions de ce qu’il est convenu
d’appeler « la géopolitique » dans son acception
triviale. Au demeurant, tout le monde (hommes politiques et populations)
semblait être satisfait de la nouvelle donne : un chef d’Etat
‘‘naturellement’’ nordiste secondé par un chef de gouvernement
‘‘absolument’’ sudiste. Sauf que ce deal fait du chef
de l’Etat une autorité absolument inamovible et du premier des
ministres un personnage naturellement révocable. En clair, cette
équation donnait Un seul Chef nordiste et de multitudes de chefaillons
sudistes.
Et
pourtant, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, toute la
classe politique du pays voyait en cette foire de la magouille,
l’expression d’une « réalité tchadienne » comme si le
Tchad avait une certaine particularité politique si extraordinaire
qu’il était nécessaire de ne pas bousculer les traditions. Le choix
de l’inanité ayant fait l’unanimité, certains hommes politiques
ont même cru devoir troquer leur fonds électoral contre un bail primo
ministériel dont le caractère éphémère est si évident qu’en
douze ans de pouvoir Deby, huit premiers ministres ‘‘sudistes’’
se sont vu congédier sans avoir eu le temps de mettre en œuvre les
actions politiques envisagées. Juste le temps de familiariser avec les
agents de service et avant même d’avoir eu l’occasion de jeter un
coup d’œil sur les projets laissés en suspens par le prédécesseur
du successeur… du successeur… du successeur ….de Jean Alingué,
que sonne la cloche du départ. La longévité à la primature reste une
surprise. Et la nomination d’un premier ministre nordiste apparaît,
dans le paysage politique tchadien, non pas comme une surprise, mais
comme une grossièreté surprenante. Et pour cause !
Dans
la trivialité de la géopolitique et sans que cela ne soit inscrit
quelque part, on avait fait de l’appartenance à la région méridionale,
le critère principal à l’accession au poste du premier ministre dans
notre pays. Conséquences, aucun sudiste ne doit aspirer à diriger un
jour le Tchad. Inversement, tout homme politique nordiste se doit, au
risque de s’exposer à la vindicte debyenne, de se ranger derrière le
« père de la démocratie », héritier du Frolinat. Du
caractère insensé de cette géopolitique, il résulte donc que, pour
tout citoyen qui aspire à faire de la politique, la voie est toute tracée :
ou bien on est sudiste et donc potentiellement chef de gouvernement, ou
bien on est nordiste et obligatoirement ouaille de Deby. L’affirmation
par la compétence étant, par hypothèse, exclue pour les
septentrionaux (le cas Ibn Oumar président du PLD en est une
illustration).
Reste
que, si cette cabale renforce les liens entre les pourfendeurs de la démocratie
et leur permet de mieux protéger leurs intérêts immédiats, elle
n’a pas non plus manqué de créer un précédent que la félonie de
Deby vient pourtant de démentir avec la nomination de Moussa Faki comme
premier ministre. Contrairement aux affirmations de Moustapha Malloumi[1]
qui voit dans la nomination de l’ex-directeur de Cabinet civil de Deby,
un précédent politique, je ne crois pas que cette farce fera
jurisprudence. La symbolique de cette nomination inattendue aura bien évidemment
un certain impact sur l’opinion nationale et dans une moindre mesure
sur celle de quelques observateurs
de la tradition politique tchadienne, mais les habitudes ne seront
nullement ébranlées. Mieux, cette nomination est peut-être un
prologue à un retour au totalitarisme, lequel n’a pas totalement
disparu avec le régime Habré, loin s’en faut. Les réflexes de la
dictature ont la vie dure et les vassaux ne manquent pas sous le ciel
tchadien.
Depuis
quelques années déjà, de l’Assemblée
nationale au Palais Rose en passant par la plus Haute juridiction de
notre pays, le spectre de la dictature plane sur nos institutions. Les décisions
les plus importantes sont prises non pas en toute liberté par les
institutions mais sous l’instigation et la pression du chef de l’Etat.
Les ouailles préfèrent fermer les yeux ou diviniser Deby comme à leur
habitude tandis que l’opposition n’a plus voix au chapitre depuis sa
défection lors des élections législatives. Dopé par les visites
successives du Président Chirac et de la ministre français de la Défense,
le président Deby retrouve peu à peu ce que depuis quelque temps, la
« folie » démocratique semblait vouloir lui ôter :
l’amour de la dictature. Le chef de l’Etat semble n’avoir plus
peur de rien, l’une des plus grandes démocraties du monde lui accorde
sa confiance et lui réaffirme son soutien quant à sa politique ;
les institutions de Bretton-Woods l’encouragent également dans sa
politique de chasse aux sorcières. Les opposants politiques sont sommés
de rentrer au bercail, les pays amis leur accordant hospitalité sont menacés de représailles…c’est à
peine si le chef de l’Etat ne se serait pas subitement découvert des
pouvoirs semblables à ceux qu’exerce actuellement sous l’œil sidéré
du monde, le Président américain.
Moussa
Faki saura-t-il s’affranchir du joug présidentiel et s’affirmer en
tant que chef de gouvernement, c’est-à-dire initier et prendre des décisions
tout en impulsant la politique qu’il aura choisie de mettre en œuvre ?
Lui qui « doit tout » à son parrain pourra-t-il savoir lui
suggérer une meilleure idée que la sienne comme cela devait l’être de tout chef de
gouvernement digne de cette estampille ? Aura-t-il les coudées
franches ? Si des fortes personnalités comme Nagoum, Kassiré et
Moungar ont dû courber l’échine, le nouveau premier ministre ne sera
peut-être que l’agneau du service. La réorganisation de l’armée,
la restauration de l’autorité judiciaire, le nettoyage de la douane,
la sécurité intérieure, la santé, l’éducation et surtout la
gestion prochaine des revenus pétroliers sont des questions sur
lesquelles aucune impasse n’est permise. Les huit premiers ministres
sudistes n’ont su ou n’ont pu y apporter la moindre solution parce
qu’apparemment ces questions sont « intouchables ». Moussa
Faki sera-t-il l’homme providentiel ou la solution démentielle,
autrement dit, un premier ministre facilement manipulable et corvéable
à merci ? Nous lui
souhaitons ample lucidité.
Lyadish
AHMED
Correspondant Ialtchad Presse
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