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Auparavant,
je voudrais faire une remarque d’ordre méthodologique relative
au ton critique que je vais utiliser par rapport à l’expérience
Tchadienne. Comme la sociologie est une science critique et, à
ce titre, sa vocation est de faire prendre conscience du
caractère social des institutions et des représentations,
surtout lorsqu’elles se cristallisent, s’ossifient et perdent
leur vitalité et leur pertinence. A cet effet, critiquer
l’archaïsme ou bien l’ignorance de la société Tchadienne, ce
n’est pas dénigrer les Tchadiens, ni porter atteinte a sa valeur
culturelle, mais plutôt attirer l’attention sur des chemins
culturels hérités du passé et ne véhiculant plus l’humanisme qui
était le leur à une époque oû ils étaient en harmonie avec
l’environnement. La sociologie n’est pas un discours idéologique
ou apologétique ; elle est une analyse des pratiques sociales
dans leur historicité et leurs contradictions. Par pratiques
sociales, j’entends l’interaction entre les hommes dans la vie
de tous les jours, à travers les institutions que sont les
entreprises, les administrations, l’école, l’université, les
hôpitaux, la famille, le voisinage, les associations, etc.
Toutes ces interactions se fondent sur des représentations qui
leur donnent leur légitimité et leur pertinence. Or la modernité
à laquelle nous avons aspirée, a détruit les structures sociales
antérieures que nous semblons incapables de maîtriser. Chacun de
nous, pauvres ou riches, exprime un malaise, en ayant le
sentiment que la « vie normale » se déroule ailleurs. Cet
ailleurs mythique, source de frustrations individuelles et
collectives, est l’expression de notre incapacité à nous
organiser pour profiter des vastes potentialités humaines et
naturelles de ce pays. Le Tchadien vit un malaise profond et un
désespoir total dont les causes sont objectives, renvoyant à la
crise profonde et globale du lien social, perceptible dans la
violence politique, et aussi dans les formes brutales des
rapports entre individus dans la rue, dans l’entreprise, entre
fonctionnaires et administrés, dans les familles, entre frères,
entre frères et sœurs, bref une crise dont l’origine est à
rechercher dans la formation des classes sociales et la
naissance de l’individu. Elle marque le passage d’une forme de
sociabilité à une autre, une sociabilité incarnée jadis par
l’oncle généreux et le voisin solidaire à une sociabilité
désincarnée, asséchée, et qui ne répond qu’a l’injonction de
l’argent. C’est l’argent qui aujourd’hui remplace l’affabilité
de l’oncle, la générosité du cousin, la disponibilité du voisin
et la solidarité des gens anonymes. Ceci indique que la société
Tchadienne est en cours de formation et que l’individu mesure
désormais son effort sur le critère monétaire qui structure le
lien social sur le donnant-donnant et « les eaux glacées du
calcul au comptant ».La crise provient de ce que le nouvel ordre
social se construit dans l’anarchie, dans le rapport de forme et
dans la brutalité, sans que les individus aient conscience de ce
qui leur arrive. ON se plaint de ce que X a changé, ou
que Y a perdu le sens des valeurs ou que Z n’a
rien de son père. Certains disent que DIEU a été oublié,
d’autres disent que peut être Dieu à maudit TOUMAÏ. Et pourtant
les mosquées et les églises sont aussi pleines que par le passé.
Sans nier l’intérêt
individuel, la société traditionnelle, celle de la génération de
nos parents et grands parents, a toujours su canaliser l’appétit
pour les richesses matérielles par les valeurs morales, le sens
de l’honneur, le nife, etc. Aujourd’hui, l’échange monétaire,
l’urbanisation et le salariat ont libéré les logiques de
l’intérêt individuel. L’évolution de la structure morphologique,
malgré des résistances bien réelles, est portée par un
individualisme imposé par les formes d’organisations des
sociétés occidentales : Une chambre pour famille conjugale,
salariat, voiture etc. Important cette morphologie, sans qu’elle
n’ait le choix, le Tchad n’a pas mis en place les institutions
et le droit qui vont avec cette dernière.
Interface entre les
familles Tchadiennes et le marché international, l’Etat est pris
d’assaut par les réseaux de corruption que favorise la structure
néo-patrimoniale du régime dans lequel des castes sont
au-dessus des lois. Détenir une position dans l’appareil de l’Etat,
particulièrement dans l’armée, la douane, les services des
impôts, dans le service de marché public et récemment au
ministère de contrôle d’Etat et de moralisation, c’est s’assurer
une place stratégique dans le noyau de l’économie basée ces
dernières années sur la rente pétrolière, or les secteurs
traditionnellement créateurs de richesses de ce pays ont connu
un recul énorme. Certes la corruption n’est pas propre à la
culture Tchadienne ; mais elle est une tendance naturelle dans
toutes les sociétés individualistes, que la modernité a
neutralisé par l’autonomie de la justice et la liberté de
presse. Dans l’économie rentière que nous connaissons tous, ce
qui est consommé par une famille est retiré à une autre, selon
le modèle du jeu a somme nulle. C’est ce qui explique la
corruption à tous les niveaux de l’appareil de l’Etat et aussi
la dureté des rapports dans la vie quotidienne marqués par la
jalousie, avec ce sentiment que le voisin ou le collègue du
travail à pris la part qui ne lui était pas due. En un mot,
économie rentière a peu de chance de donner naissance à une
société civile où le pouvoir économique se sera émancipé du
pouvoir politique. Cette théorie est confirmée par l’expérience
historique des sociétés civiles occidentales, expérience qui
montre en outre que le développement économique suppose que
l’autorité soit publique et institutionnalisée et que le pouvoir
soit séparé en branches exécutives, législatives et judiciaires.
C’est à ce prix que les occidentaux sont sortis de l’état de
nature de Hobbes pour construire l’espace public de l’Etat de
droit. Avant de voir si le Tchad a les moyens de cette
évolution.
Que
Dieu bénisse le pays de TOUMAÏ
Adam Abdramane
Mouli
alias
Djidda
Analyse économique à l’Université de Bejaia /
Algérie
E-mail :
abdramanifils@hotmail.com ou
djiddamouli@yahoo.fr
Tel : 00213 66 48 00 51
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