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Opinion |
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Opinion
: «
Que
pourrait-on encore
espérer des Politico-militaires?
»
Par
Hassane Mayo-Abakaka
Diplomate de
carrière, Consultant
international
Article
paru le 09 Mai 2005, Ialtchad Presse |
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«
Que pourrait-on
encore espérer des Politico-militaires?
»
Par
Hassane Mayo-Abakaka
La
première organisation politico-militaire tchadienne est le Front de Libération
Nationale du Tchad, crée en 1966 sur l’initiative du feu Ibrahim
Abatcha. En 1968, suite aux dissensions intervenues au sein du FROLINAT,
d’autres groupes armés ont vu le jour. Plus tard, après la guerre
civile des années 1979-1980, d’autres mouvements politico-militaires
sont apparus, lors des rencontres de réconciliation nationale tenues au
Nigeria. Ainsi ā Lagos, les leaders de ces organisations ont
manifesté leur désir de se regrouper au sein d’un Gouvernement d’Union
Nationale de Transition/GUNT, placé sous la direction du président
Goukouni Weddeye. Mais dans la gestion pratique du pouvoir politique,
ces leaders et chefs de tendance politico-militaires n’ont
malheureusement pas démontré leur capacité de travailler ensemble
pour sauver le pays et épargner les populations tchadiennes des
conflits armés.
Aujourd’hui, soit plus de vingt cinq ans après, quelle est la
situation des organisations politico-militaires tchadiennes? En fait,
combien sont-elles réellement? Quelle stratégie adoptent-elles face au
pouvoir de NDjaména? Quelle alternative proposent-elles au peuple tchadien?
Leurs leaders ont-ils encore la volonté et la capacité de prendre le
pouvoir? Seront-ils en mesure de gouverner un jour le pays, sans
tomber dans les travers de leurs intérêts personnels ?
Bref, pourrons-t-ils sauver le Tchad?
La prise de pouvoir par les armes est-elle encore possible ou du moins
acceptée dans le contexte international actuel? La Constitution
tchadienne issue de la Conférence Nationale Souveraine et adoptée par
référendum, interdit toute prise de pouvoir par les armes et suggère
la désobéissance pacifique des tchadiens, au cas où cela se
produirait. Alors, quelle autre alternative serait-t-elle possible? Ces
Organisations politico-militaires pourront-elles s’engager ă
participer aux prochaines élections présidentielles et législatives?
Mais avant cela, peuvent-elles adopter ensemble et proposer une plate
forme réaliste de négociation politique sérieuse avec le gouvernement
tchadien? Auront-elles le temps nécessaire de le faire ou le
voudront-elles ? Le régime actuel de NDjaména
accepterait-il de telle initiative ou démarche? L’intérêt
supérieur la nation tchadienne ne mérite-t-il pas que les
protagonistes et adversaires tchadiens ne trouvent enfin une issue
politique consensuelle? Cela éviterait ă nos populations
d’interminables conflits qui deviennent un réel obstacle du développement économique et social du pays.
Certes,
il n’est pas question de procéder ici ă une classification rétrospective
de ces organisations, moins encore de développer l’historique de
leurs activités. Et comme, nous n’avons pas de préférence particulière
pour tel Mouvement ou Organisation
par rapport ă tel autre, cela nous permet d’aborder cette
réflexion sans préjugé, ni jugement de valeur et de présenter notre
opinion de manière simple sur cette question assez sensible et délicate.
Peut-on
savoir, si les organisations politico-militaires tchadiennes existent
encore? Depuis un certain temps, il n’y a pas d’échos majeurs de
leurs activités militaires sur le terrain. Auparavant,
il y avait quelques tentatives de regroupement et de réunion par-ci et
par-lă. En fait, depuis la création du Frolinat aujourd’hui placé
sous la direction du président Goukouni Weddeye, jusqu’ā nos
jours, il y avait plusieurs mouvements ou groupes politico-militaires.
Certains sont anciens et d’autres de création récente. Compte tenu de la confusion même
de leur Statut et surtout de leurs activités, il n’est pas facile de
les identifier tous. Mais on peut citer quelques-uns uns comme, le CDR
d’Acheikh Ibn Oumar, le MDD de Brahim Malllah, le MDJT du feu Youssouf
Togoïmi, le CSNPD du feu Ketté Moise, le FDP du Dr. Nahor Mahmoud, les
FARF du feu Laokein Bardé, le FNTR de Mahamat Moussa, le FPRN de Alio
Abdoulaye, le RAFAT de Adoum Moussa Seif, le
MUR de Gaillet Bourkoumandah ou encore la CDDC de Hassaballah
Soubiane, dit<Bavure>.Cette énumération relative n’est pas
exhaustive. Qu’elles soient divergentes ou semblables, certaines
avaient réussi ă
constituer des alliances pour mener ensemble des actions communes. Ainsi
les conclaves de leurs réunions avaient abouti ā des
regroupements tels, le Front Uni pour le Développement et le Progrès/FUDP
ou encore l’Union des Forces pour le Changement/UFC. Mais les activités
réellement connues de ces regroupements se limitent généralement
ā des publications communes des Communiqués de presse.
Ainsi,
les leaders de ces organisations, résident
ā l’extérieur et circulent un peu partout en Afrique, en
Europe, aux Etats-Unis et au Canada. Certains sont mêmes poursuivis en
justice, mais ils prennent le chemin de l’exil sous le couvert de
l’opposition politique.
Quelques rares parmi eux,
semblent déterminés et engagés ă apporter un réel changement du
système politique tchadien. Alors que les autres, en nombre de plus en
plus croissant et souvent de moralité douteuse, se distinguent surtout
par leur opportunisme de politique politicienne et sèment parfois, la
confusion au sein de l’Opposition politico-militaire. Néanmoins, tous
ces Groupes, Mouvements ou Organisations politico-militaires suivent
activement l’évolution politique du Tchad et tentent d’influencer
le cours de son histoire politique contemporaine.
S’agissant
de leurs activités opérationnelles, on peut noter :
- Certains comme le MDJT, semblent avoir des combattants armés sur le
terrain et continuent de temps ă autre ă mener des offensives
militaires sporadiques contre les forces gouvernementales, dans les régions
Nord du pays. Mais depuis le décès de leur chef, feu Youssouf Togoïmi
et avec le départ de certains de leurs dirigeants, leurs actions
militaires restent limitées. Aussi, la composition tribale de leur
organisation, et l’éloignement de
leur zone d’opérations par rapport ā la capitale tchadienne où
s’exerce la réalité du
pouvoir politique, constituent un de leurs grands handicapes.
- D’autres comme le F.N.T du feu Dr.Al-Haris Bâchar
transformé en FNTR, faute de combattants sur le terrain ou encore par
simple choix volontaire inspiré de la“real politic”,
ont abandonné la lutte armée et la prise de pouvoir
par les armes. Leurs dirigeants ont décidé de continuer la lutte
politique de manière pacifique, tout en utilisant des méthodes
modernes de communication avec leur site web, Al Wihdah.
Le
Web Site est certes un outil important,
mais faut-il encore présenter des informations objectives pour être crédible
devant l’opinion publique nationale et internationale. S’il faut
s’en servir seulement comme un moyen de propagande politicienne et de
désinformation, cela n’améliorerait pas la situation des peuples du
Tchad.
-
D’autres organisations, regroupant quelques membres de la diaspora
tchadienne, se sont transformées en partis politiques en exil.
Celles-ci pourraient avoir peut-être quelques sympathisants à l’intérieur
du pays, mais n’ont pas d’implantation des cellules locales, ni de réelles
activités sur le terrain. En effet, leur activisme n’a pas grand
impacte sur les populations tchadiennes.
-
Aussi, il y a d’autres organisations qui sont restées hybrides,
c’est-à-dire se considérant parfois comme de groupes ou mouvements
politico-militaires et parfois comme des partis politiques, du fait
qu’elles n’ont pas assez ou pas du tout des troupes sur le terrain,
ni suffisamment des militants de base sur le territoire national. En
effet, leur activisme n’a pas d’effet sur la grande masse des
populations tchadiennes souvent indifférentes.
-
Parmi ces dernières, en cas de difficulté d’existence, certaines
essaient d’impressionner le régime en place au Tchad, pour avoir une
porte de sortie honorable et composer avec le pouvoir de NDjaména. D’autres par contre, malgré la dissidence de
certains de leurs membres, persistent et continuent ă résister
pour aboutir un jour ă un changement radical ou du moins profond de
l’actuel régime politique du Tchad. Certes, il n’est pas interdit
de rêver en politique. . .
-Il
y a également quelques mouvements ou organisations dont les dirigeants
ne trouvent
leur
salut qu’en résidant de manière permanente
ă l’étranger pour le besoin de leur cause, souvent inavouée
ou exprimée de manière confuse et contradictoire. Ces «éternels
opposants» se considérant eux mêmes comme «des purs et durs», font
de l’opposition
politico-militaire, un outils de marchandage pour ne pas dire «mendicité»
auprès de certains officiels, ministres, ou chefs d’Etat des pays
amis du Tchad.
-
Enfin, il y’a des mouvements qui n’existent que de nom et dont les
dirigeants en quête d’audience politique, tentent d’impressionner
l’opinion nationale et internationale par la publication des communiqués
et décisions de nomination de leurs représentants, dont ils ne les
connaissent que superficiellement et n’ont aucun contrôle. Ils
préparent avec tapage des réunions dites de « concertation générale
en vue d’adopter une plate-forme commune de l’ensemble de
l’opposition tchadienne », mais n’aboutissent ă rien de sérieux
et crédible. Pire encore, faute d’argumentations politiques
convaincantes ou par incapacité de présenter une analyse profonde et
claire de la situation du pays, ils se démarquent souvent par des
diatribes stériles, contre le président Idriss Déby. Ces nouveaux
politiciens, qualifiés par certains tchadiens « d’arrivistes », en
tentant de se hisser au plus vite possible par rapport aux autres
opposants tchadiens, s’en prennent parfois maladroitement ă
d’autres leaders de l’opposition politique opérant ă l’intérieur
du pays de manière pacifique, ou même contre tel autre chef
politico-militaire qui semble leur porter ombrage.
Face
ă de telle situation que pourrait-on encore espérer des mouvements
et organisations politico-militaires?
Depuis combien de temps les populations civiles tchadiennes ont
fait recours ă la lutte armée? Pourquoi certains ont-ils opté
pour la prise de pouvoir par les armes? Les victoires militaires n’ont
jamais apporté de solution définitive aux conflits du Tchad, moins
encore de paix réelle aux populations tchadiennes. Et malgré les
multiples interventions des forces étrangères françaises et libyennes
aux côtés des forces gouverne-mentales
tchadiennes, cela n’a pas éradiqué la rébellion armée,
moins encore rétablir la paix définitive et la sécurité dans le
pays.
Combien de perte de vies humaines notre pays a-t-il
connues? Les leaders et dirigeants
politiques actuels, de l’Opposition ou du Pouvoir en place ă
Ndjaména, ont-ils évalué les conséquences des affrontements armés
dans notre pays? Les responsables politiques de tous les régimes qui se
sont succédés depuis l’accession de notre pays ă l’indépendance,
ont ils tiré les leçons de leur expérience politique passée? Ont-ils
vraiment expliqué ă l’élite politique actuelle, la nécessité
de bâtir un Etat viable basé sur le respect des libertés et droits
fondamentaux des tchadiens?
Pour régler aujourd’hui nos différends politiques
qui sont certes surmontables, n’est-il pas enfin temps d’amorcer
l’approche de négociation pacifique sérieuse et non de simple
ralliement nous conduisant de facto au parti unique, méthode politique
anachronique déjă révolue des périodes des anciennes dictatures
africaines.
Les
premières émeutes populaires des années 1963 ă
Fort-Lamy(actuelle NDjaména) ne découlent-elles pas de
l’interdiction du multipartisme par le feu président François/NGarta
Tombalbaye
et de l’instauration du parti unique, le PPT-RDA? La création de la
première organisation politico-militaire, le Frolinat en 1966,
n’est-elle pas une réaction contre les exactions des forces
gouvernementales sur les populations civiles?
Le retard actuel de notre pays par rapport aux Etats de
la sous région dans le continent, serait-il pas en partie dū
ā nos interminables conflits politiques et affrontements armés? La
lutte armée serait-elle plus efficace que la confrontation pacifique de
politique partisanne? En conformité avec le
contexte international de l’époque, et suite au renversement du régime
dictatorial du président Hissein Habré, le multipartisme a été
solennellement réintroduit au Tchad depuis 1990 par le président
Idriss Déby. Aucun tchadien ne s’est opposé ă sa restauration,
même les mouvements politico-militaires. Alors, pourquoi ne pas
participer ă sa consolidation afin de bâtir des institutions étatiques
crédibles dans notre pays ?
La
volonté politique des leaders et gouvernants au pouvoir semblait
parfois faire défaut. En effet, cette volonté politique devrait
accompagner les déclarations et décisions publiques. Mais faut-il
encore que nos cadres et élites intellectuels chargés de son exécution
l’appliquent de manière sérieuse et sans complaisance. Cela devrait se
faire dans la gestion quotidienne des affaires publiques et surtout dans
l’organisation, le déroulement et le suivi des opérations électorales
aux niveaux locales, et nationales. Ainsi
de lă, résulterons des institutions fiables qui nous éviterait
les multiples recours à la lutte armée, mais ne génerait pas les
contestations politiques intempestives qui sont parfois nécessaires à
l’évolution de la dialectique démocratique.
Le drame du peuple tchadien est que la plus part des dirigeants
politico-militaires, certains de nos leaders politiques et beaucoup même
de nos cadres et intellectuels, n’ont d’autres objectifs que de préserver
leurs intérêts personnels. La défense de leur
région vient
souvent avant les préoccupations nationales et d’intérêt général.
La situation des organisations politico-militaires est complexe, mais
elle ne doit pas faire obstruction à l’évolution du développement
économique et social du pays.
Les mouvements politico-militaires doivent comprendre l’évidence que
la prise de pouvoir par les armes est aujourd’hui révolue.
S’ils transforment leurs organisations en partis politiques de l’Opposition,
cela serait salutaire pour les Tchadiens. Mais faut-il encore être en
mesure de dégager de réelle stratégie de lutte pour la prise de
pouvoir de manière légale et pacifique. Certains vont évoquer sûrement
les problèmes de fraudes électorales, mais le vrai enjeu dans toute élection,
peut se résumer en deux points importants:
-D’abord,
la crédibilité des candidats eux-mêmes, c’est ce qui fait réellement
défaut chez nos politico-militaires, car ils se sont presque tous discrédités
devant l’opinion publique nationale et n’arrivent plus ā
convaincre les populations tchadiennes du bien fondé de leurs
actions militaires ou politiques.
-
Avoir la capacité de mettre en place des structures politiques ā
dimension nationale, qui peuvent couvrir et suivre l’organisation et
le déroulement des opérations
électorales sur l’ensemble du pays. Lā-aussi, vu les stratégies
et calculs régionalistes ou tribaux de nos leaders politico-militaires,
leurs succès au niveau national semblerait hypothétiques, pour ne pas
dire, serait aussi un fiasco comme dans leurs activités militaires.
La
lutte politico-militaire est certes difficile et longue dans un pays
comme le Tchad. Mais, la confrontation de politique partisane n’est
pas aussi simple, ni donné ā tout le monde, moins encore aux
aventuristes. Après une profonde observation des acteurs et leaders
politico-militaires, des enjeux qui les motivent et surtout des stratégies
mises en place, il serait utile de rappeler à ces frères, qu’il est
temps de cesser de perdre le temps et d’entamer courageusement une
nouvelle phase réaliste de la vie politique tchadienne. Cela épargnerait
á notre pays surtout la perte d’autres vies humaines.
Mais
aussi, c’est par un réel changement de méthode de gouvernance que le
pourvoir de N’Djaména pourrait convaincre nos frères
politico-militaires à participer au dialogue ouvert et ā la
reconstruction du pays afin d’assurer l’épanouissement des
populations tchadiennes. Ainsi, nous espérons que cette réflexion sur
les politico-militaires pourrait nous amener tous à réfléchir
d’avantage et d’œuvrer ensemble pour bâtir enfin un Etat uni et crédible
où toutes les sensibilités politiques pourrons s’exprimer dans le
respect des droits et libertés fondamentales, en vue d’une alternance
démocratique pacifique./-
New
York, le 7 Mai 2005
Dr. Hassane Mayo-Abakaka
Email: hmayo2002@yahoo.com
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