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«
Le pétrole appauvrissant
du Tchad »
Par
le Député Ali Gabriel Golhor
Au delà des défilés, des cortèges bruyants et
du tintamarre organisés par le régime de Déby à l’occasion
des simili élections et des célébrations de ses « victoires »,
la tristesse et la grisaille demeurent le lot commun des tchadiens
tant dans les villes que dans les campagnes. Ce raffut régulièrement
mené vise à couvrir l’indifférence à son égard de la
population surtout préoccupée par la lutte quotidienne pour sa
survie.
Un moment de réflexion sur le bilan de quinze années
de règne de Déby sur l’économie tchadienne s’impose. La
grande œuvre autoproclamée, l’exploitation du pétrole et ses
effets favorables sur l’éradication de la pauvreté, a été
reconnue par son auteur lui-même comme un
énorme raté (1). Après avoir dépensé sans compter les
ressources reçues pendant la période d’investissement, Déby a
« découvert » que les recettes budgétaires issues du
secteur pétrolier ne sont pas à la hauteur de son immense
boulimie financière et de l’inextinguible soif d’argent et de
ses affidés.
A posteriori, les tchadiens se rendent compte
qu’ils avaient raison initialement en priant pour que le pétrole
reste encore quelques temps dans le sous-sol. C’est la triste
revanche de tous ceux qui ont été traités d’anti patriotes,
pourchassés et embastillés avec la bénédiction du FMI et de la
Banque Mondiale, Wolfenshon en tête. Pourtant, dès le bonus
attribué par le consortium bénéficiaire du permis
d’exploitation, avant le démarrage
des travaux de construction des structures de production, un détournement
avait été opéré sur les fonds destinés aux projets de développement
économique et sociaux.
La période d’investissement dans le bassin pétrolier
de Doba a été édifiante sur l’incapacité du régime à
promouvoir l’essor du secteur privé avec le constant de la
faible participation des entreprises tchadiennes aux travaux.
Quelques mois après le lancement de la production pétrolière,
l’opinion a été surprise par l’aveu sur les erreurs commises
dans la négociation des conventions pour l’exploitation des
champs de Komé, Bolobo et Miandoum.
Cet aveu tardif n’est pas sincère. Il n’a
pour but que de diluer l’incompétence et les arrangements intéressés
exercés lors des discussions relatives à ces conventions.
Pouvait-on espérer un miracle de négociations menées par un
groupuscule de tchadiens, dont l’expertise principale est l’inféodalité
à Déby, alors qu’il avait en face une armada d’experts
camerounais aux compétences variées et de représentants des
compagnies pétrolières chacun rompu dans son domaine ?
Dernièrement dans une interview, Déby a voulu faire porter la
responsabilité de son incurie à Habré qui aurait signé ces
conventions en 1998 ! Pourtant, alors qu’il a eu tout le
loisir de renégocier ces accords, sa volonté de disposer de
ressources faciles avant les élections de 20001 a conduit à
accepter un dispositif qu’il conteste aujourd’hui. Ainsi, dans
ses discours de campagne, il affirmait qu’avec les revenus
procurés par le pétrole, il fallait offrir le bonheur que ses
opposants refusaient au peuple.
La faillite de Déby est patente depuis que les
arriérés de salaire des fonctionnaires, de pensions de retraités,
de bourse d’étudiants et des fournisseurs de l’Etat sont
devenus récurrents à partir de l’année 2003. L’accumulation
de ces arriérés, surtout dans les provinces où vit la majorité
de la population dans un état de misère endémique, provoque
l’arrêt fréquent des cours et des soins ainsi que le marasme
du secteur non pétrolier en 2004. Les raisons avancées pour
justifier ces défaillances (hausse de la masse salariale,
changement de grille des militaires, etc.) ne convainquent pas car
le programme du gouvernement, soutenu par la Facilité pour la Réduction
de la Pauvreté et la Croissance (FRPC) du FMI et d’autres
apports de la communauté financière internationale, notamment
les produits de l’allègement de la dette issus de l’Initiative
PPTE, prenait en compte ces mesures en faveur des secteurs dits
prioritaires, dont particulièrement la santé et l’éducation.
La croissance record du PIB enregistrée en 2004
relève de l’anecdote car elle n’était due qu’à l’émergence
de la production pétrolière dans les comptes nationaux. Les
fluctuations excessives du PIB non pétrolier, soumis aux seuls aléas
climatiques non anticipés et donc non maîtrisés, expriment bien
l’inexistence d’une vision du développement durable du pays.
Le recul paradoxal du Tchad de la 167eme place en 2003 à la
173eme en 2004 de l’indice du développement humain publié par
le PNUD, malgré l’exploitation pétrolière, prouve l’inanité
de la politique économique poursuivie par Déby sous la
bienveillante houlette des institutions internationales et avec le
soutien agissant de Chirac.
Le gouvernement impute ses difficultés de trésorerie
à la loi 001 du 11 janvier 1999 sur la gestion des revenus pétroliers
du bassin de Doba. Dans un communiqué publié début février
2005, il attribue par ailleurs aux législateurs l’adoption de
cette loi dont il avait présenté lui-même le projet, incité
par la Banque Mondiale à la recherche de l’alibi autorisant
l’octroi de son prêt et sous la pression des organisations de
la société civile nationale et internationale ! A peine une
année après sa mise en œuvre, pour entretenir la gabegie déjà
en cours, le pouvoir s’efforce de la modifier dans les
dispositions qui font son originalité : constitution d’un
fonds des générations futures (10%) et affectation principale
aux secteurs prioritaires limitativement définis.
Cependant, les règles de gestion des revenus pétroliers
en particulier et des ressources de l’Etat en général sont régulièrement
contournées grâce aux personnes liges placées dans le circuit
des finances publiques. En effet, sont essentiellement nommés aux
divers postes stratégiques (Ministres des Finances, du Plan, du
Contrôle d’Etat, des Infrastructures, du Pétrole, etc. ;
Président du Collège de Contrôle et de Surveillance des Revenus
Pétroliers, CCSRP ; Directeur national de la Banque centrale
régionale, la BEAC ; Trésorier Payeur Général, Directeur
Général du Trésor, Directeur Général des Douanes, Inspecteur
Général des Finances, Caissier Général, Directeurs
Administratifs et Financiers des ministères, administrateurs des
projets de développement, etc.) les apparentés familiaux et
ethniques de Déby, les clients fidèles du régime, sans considération
de leur état de service, et quelques rares fonctionnaires sans
texture que l’ambassadeur de France au Tchad, interdit
d’appeler « Laoukouras » (2)
Issu de limbes du parti unique de Hissein Habré,
le régime de Déby dont la nature profondément anti-démocratique
et les velléités guerrières sont reconnues, manifeste un rejet
viscéral d’une gestion républicaine des finances publiques. La
persistance des dépenses hors budget malgré les engagements pris
et jamais réellement respectés le prouve amplement. Pour
financer ses interventions militaires en RCA depuis 2002 et son
activisme au Darfour, couvrir les dépenses incontrôlées autour
des soins médicaux à l’étranger du chef de l’Etat (location
d’avions médicalisés, entretien des déplacements des membres
de sa famille, etc.), s’assurer des victoires électorales, le
Trésor public est définitivement devenu une cassette royale
affectée à Déby.
Les satisfecit délivrés régulièrement au Tchad
par le FMI et la Banque Mondiale, dédouanent le pouvoir d’un réel
effort de redressement de sa gestion. Pour tenter de maintenir
leur programme avec le Tchad « on the track », les
bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux ferment les yeux
sur des pratiques non orthodoxes dangereuses pour l’économie :
absence ou inapplication du plan de trésorerie public,
multiplication d’avances exceptionnelles de la Banque centrale régionale
à l’Etat, emprunts à taux élevé auprès des banque gagés
sur les ressources pétrolières, etc. Tout ceci est commis en
violation flagrante des dispositions du même programme tendant à
éviter les effets inflationnistes d’une gestion incontrôlée
des ressources pétrolières, à l’inciter l’Etat à
poursuivre ses efforts de collecte des recettes fiscales
traditionnelles et à promouvoir le développement du secteur privé.
En attendant, le Tchad a toujours le taux de prélèvement fiscal
le plus bas d’Afrique, à cause principalement d’une forte évasion
fiscale commise avec une administration publique désormais dominée
par des faux diplômés et le népotisme poussé à son paroxysme.
L’échec
de 15 ans de règne de Déby vient d’être admis par le Président
de l’Assemblée Nationale lui-même, en interpellant son énième
Premier Ministre sur les promesses non tenues. Malgré
l’adoption en 2003 de « stratégies » nationales de
réduction de la pauvreté et de bonne gouvernance, imposées par
les bailleurs de fonds, seules des mesures sectorielles surfacturées,
soutenues à bout de bras par les donateurs et leurs assistants
techniques surpayés ont étés réalisés et la corruption (3)
est dorénavant bien armée, comportant toutes chances de développement
durable.
En définitive, le gouvernement et ses partenaires
extérieurs sont noyés dans un cercle vicieux et pris dans une
fuite en avant dont on ne perçoit pas le bout. Pour justifier
l’acharnement dans leurs appuis, les bailleurs de fonds étrangers,
malgré le gaspillage et les dilapidations de ressources
grossiers, prétendent que l’arrêt de leurs aides serait plus
préjudiciable aux pauvres. La communauté financière
internationale doit cesser son hypocrisie et suspendre sa prime
accordée à la mauvaise gestion. Si les pays du G8 sont sincères
dans leur volonté de contribuer à la lutte contre la pauvreté
des populations africaines, ils doivent sortir de leur résignation
complice, aiguillonnés par leurs citoyens. Il faut dès
maintenant éviter au Tchad l’expérimentation sahélienne
traumatisante du syndrome hollandais !
Député ALI
Gabriel GOLHOR
(1)
Communiqué de presse du service de presse de la Présidence d’Octobre
2004
(2) Nom ngambay synonyme de sous-fifre, gratte-papier,
fonctionnaire docile.
(3) Rapport 2004 du CCSRP : un table-blanc de mauvaise qualité
à 125 000 F CFA au lieu de 30 000 F CFA.
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