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Opinion |
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IALTCHAD
OPINION
« Chronique
d’un retour de N’Djamena »
Par
Saleh
GOUKOUNI
Article
paru le 02 février 2004 -
Ialtchad Presse |
|
«
Chronique
d’un retour de N’Djamena »
Après
14 ans d’absence, j’ai fais un court séjour au pays.
Je vais vous faire partager, sans prétention aucune, quelques
observations que j’ai eu à faire durant mon séjour. Ces faits,
d’autres les ont déjà relevés avant moi, mais en parler encore et
encore, pourra, je l’espère, faire réveiller les consciences.
Et
enfin, c’est un peu ma contribution, ma petite pierre, pour le moment,
dans l’édification d’un Tchad plus beau, plus grand et plus
vivable.
Quelques
faits marquants :
1 – N’Djaména ou «Une ville sans Maire »
Premier
constat : N’Djaména semble n’a pas un maire. Si oui, on dirait
qu’il ne sait pas pourquoi il occupe ce poste.
La première impression que j’ai eu de N’Djamena, c’est la saleté
de la ville. Quatorze ans après, rien n’a changé. Les rues sont
envahies d’ordure ménagère. Les sacs plastiques tapissent les rues.
Les égouts sont béants et les eaux usées et tout autres déchets y
sont stagnants. Tout le monde déverse ses ordures dans la rue, sans
savoir qu’il se nuit à lui-même car ces ordures sont la source
majeure de pas mal des maladies et cet état de faits entraîne un problème
de santé public.
Comparativement
à N’Djaména, Moundou, où j’ai eu à séjourner pendant deux
jours, est beaucoup plus propre. J’ai eu l’impression que la
population est mieux sensibilisée sur la salubrité. Il y a moins de
sacs plastiques dans les rues et cela me fait dire qu’il y a un maire
à Moundou.
A mon humble avis, il faut sensibiliser la population. Les gens peuvent
se réunir en association de quartier, association de rue, afin de gérer
eux même leurs problèmes immédiats et en suite de proposer des
solutions aux autorités.
Prenons un exemple : un monsieur qui à une villa et une voiture
qui coûtent plusieurs millions, habitant un quartier où sa villa est
entourée des maisons en poto-poto avec une rue transformée en dépôts
d’ordure, les caniveaux bouchés, ce monsieur-là peut initier la mise
en place d’une association et de prendre en charge une partie des
frais d’entretien, de ce fait, il se rendra service à lui même.
Il faut absolument des initiatives individuelles pour le bien collectif.
2
– Le mépris du pauvre
J’ai
été témoin de plusieurs événements qui montrent le mépris qu’ont
certains de nos compatriotes envers les plus faibles, les plus pauvres,
bref envers l’autre.
J’avais un voisin, au cours de mon séjour, qui avait mit sur le
trottoir un énorme groupe électrogène dont le bruit empêchait de
dormir même les occupants d’une maison qui se situerait à 500m,
alors que ce voisin, tranquille dans sa chambre climatisé, son salon électrifié
passe une nuit sans souci. C’est du tapage nocturne.
A cause de cette personne, d’une seule personne et sa famille, des
nourrissons, des enfants, toute une famille, tout un carré ne peuvent
pas dormir tranquillement, d’où le cortège de toutes les maladies
dues à un trouble de sommeil.
S’il était un citoyen consciencieux, ce monsieur placerait son groupe
à l’intérieur de sa villa et le munirait d’un silencieux. Il
semble que cet accessoire coûterait « un peut cher ». Vu
l’état de sa villa, cela peut être très modique pour lui. Il a
choisit l’économie de cette somme à la santé et le respect de ses
voisins. Attention, il n’est pas le seul à avoir un tel comportement,
il y à en à chaque coin de rue.
Je suis écœuré par ce comportement. A mon humble avis, les gens
doivent dénoncer ces agissements en justice et demander des dommages et
intérêts. Mais comme les Tchadiens sont fatalistes (Allah
bess sawa) et
beaucoup de ceux qui me lisent diront « Pourquoi faire ? Rien
ne va changer ».
Au
contraire, tant qu’on n’en parle pas, c’est difficile que les
responsables s’en rendent compte. A force de dénoncer ces faits, de
multiplier des plaintes cela finira, incontestablement, par avoir un résultat.
J’en suis sûr et j’en appelle à mes chers compatriotes
Tchadiens pour qu’ils ne baissent pas les bras. Réveillez-vous
les gars. « Rome ne s’est pas faite en un seul jour ».
3
- Les interminables barrières des brousses
Ces
barrières interminables à l’intérieur du territoire national, tout
le monde en a parlé, a dénoncé, a crié jusqu’à l’épuisement et
moi aujourd’hui j‘en joins à ma voix à ceux qui m’ont précédés.
Il y a une barrière de police et/ou de gendarmerie et/ou de douane, à
chaque entrée d’un village.
Pourquoi les paisibles voyageurs (petits détaillants le plus souvent)
sont-ils rackettés au vu et au su de tout le monde ? Pourquoi ne
voit-on pas les conséquences sur l’économie du pays, d’autant plus
que l’économie informelle tient une place très importante dans l’économie
du pays?
Toutes
ces dépenses supplémentaires seront supportées par le consommateur
final qui est très souvent le pauvre paysan et éleveur du fin fond du
pays.
Pourquoi il n’y a pas la libre circulation de biens et personnes à
l’intérieur du pays? Où sont passés nos dirigeants dont la première
responsabilité est de s’occuper du pays et du bien-être de sa
population ? Où sont-ils ?
4
– Les Urgences des hôpitaux sont Urgences que par nom
Je
vais vous relater un fait dont j’ai été témoin et acteur.
Un jour, vers 2 heures du matin à Moundou, on cause avec mon frère,
quand on apprend que son épouse est tombée dans le coma. Vite on
transporte la malade à l’hôpital central. Arrivée aux urgences, je
porte ma belle sœur dans mes bras et cours pour la déposer à l’intérieur
sur un brancard. Entre temps dans la même salle, sont assis autour
d’une table, une aide soignante, un infirmier et une troisième
personne. Bien que je porte une mourante, personne ne daigne bouger. Je
me retourne vers eux et les informe que j’amène une personne dans le
coma. Alors un dialogue bizarre s’engage avec l’infirmier.
Sans bouger
de sa place, l’infirmier me lance, « est
ce que tu as le carnet ?»
Je répond « mais,
je vous dis qu’elle est dans le coma et vous me demander un carnet.
Occupez vous d’elle et moi je m’occupe du carnet ».
Il persiste : « mais
il me faut son carnet pour noter les observations ».
Je perd ma patience
et on se lance des incivilités et ceci pendant une bonne dizaine de
minutes. L’infirmier, s’estimant agressé a appelé les forces de
l’ordre, alors que ma belle sœur se trouve dans un état critique.
Immédiatement, un gendarme de garde, à demi-réveillé, se pointe et
demande « est
ce que c’est vous qui agressez les médecins ?»
avant qu’on ne lui réponde, il reconnaît un de ses supérieurs et
demande à tout le monde le calme.
Quant à l’infirmier,
lorsqu’il comprend la situation, se tait un moment avant de continuer
à insulter la fonction annoncée et refuse catégoriquement de prendre
en charge la malade. L’autre infirmier et l’aide-soignante, à leurs
tours, refusent catégoriquement d’assister la mourante (non
assistance à personne en danger). Par chance, le vacarme a réveillé,
je dis bien réveillé, l’infirmier major de garde qui dormait
dans une pièce voisine. Excédé mon frère prend son épouse pour
l’amener vers un autre lieu de soins mais l’infirmier major l’en
dissuade, ainsi que nous aussi, et lui demande de le laisser traiter la
malade.
Finalement, après une demi heure, la malade est prise en main par un
corps médical dans ce qu’on appelle « Urgences de l’hôpital
de Moundou ».
Bien
évidement, j’ai bien fais savoir à cet infirmier, qu’il n’a
aucune conscience professionnelle, aucune déontologie de son métier,
aucune éthique médicale.
Il
semble que c’est aussi monnaie courante à travers tout le pays et je
propose qu’il faut là également réagir pour changer la situation
car, ces genre d’infirmiers sont des brebis galeuses et ne doivent pas
salir la réputation d’autres qui sont bien plus meilleure et dont la
présence permet d’éviter beaucoup de drames.
5
– Le téléphone portable
Évidemment,
cet outil est plus que nécessaire dans le monde de technologie dans
lequel nous vivons, mais je pense que bon nombre de nos compatriotes ont
compris autrement l’utilité de cet appareil (exception faite, pour
les gens qui s’en servent comme outil de travail). C’est le suivisme
et le m’as-tu vu de mes compatriotes, cette fierté déplacé
(pourquoi l’a et moi pas) de vouloir vivre au dessus de ses moyens, de
copier les autres même si on n’a pas les mêmes revenus.
Je
ne comprends pas qu’une personne qui habite un quartier quelconque,
dans une maison non électrifiée, avec un revenu mensuel incertain, se
procure un téléphone portable. Cette situation à plusieurs conséquences:
a)
Il doit charger régulièrement la batterie de l’appareil, comme il
n’a pas d’électricité chez lui, il doit se déplacer chez les gens
pour quémander de l’électricité.
b)
Il doit acheter une carte téléphonique prépayée tous les deux mois
au minimum (à vérifier) même s’il n’a pas encore consommé ses
unités téléphoniques
c)
Étant donnée que cette personne a des revenus incertains, cela entraîne
des problèmes financiers en plus.
6
– L’absurdité du Tchékitine (jeter de billets de banque au cours
des soirées musicales)
On
doit interdire (même par une loi) cette pratique d’une autre âge,
une pratique pervertie par des inconscients.
Comment
imaginer qu’une personne saine de corps et d’esprit, puisse verser
plusieurs dizaines de milliers de francs en une soirée, rien que parce
qu’un petit musicien, griot de temps modernes, lui déclame quelques
fausses louanges.
Que ressentent ces gens lorsqu’ils passent devant un mendiant qui
cherche uniquement à manger à sa faim ?
C’est une insulte envers ces braves pères (ou mères) de famille qui
se saignent pour assurer le quotidien.
Je
suis sur que les adeptes de cette pratique, ont quelque part, un parent,
un ami ou un voisin, qui ne prend pas les 3 repas quotidiens.
Je suis sur
que le commerçant qui a constitué sa fortune sur la base des économies
des centimes, ne sera jamais de ces gens là.
Que
le bon Dieu, le Tout Puissant Miséricordieux, vienne en aide à notre
beau pays.
Je
tiens à remercier mes frères, sœurs et amis qui m’ont comblés de
bonheur au cour de ma présence au milieu d’eux. Comme
on l’a dit quelque part, « si l’étranger qui va chez
quelqu’un sait tout ce qu’il apporte à son hôte, il serait jaloux
et repartirait avec » ; si vous savez ce que vous m’avez
procuré comme bonheur, vous en serrez jaloux.
Et
puis il y a ma mère. Dame courage, comme bien d’autres fils et filles
en ont sans en apprécier la valeur. Merci à ma mère qui m’a pardonné,
m’a serré dans ses bras malgré le tord que je lui ai causé suite à
cette longue absence. Un pardon qui m’a permis de me réconcilier avec
moi-même.
Saleh
GOUKOUNI
salehgoukouni@yahoo.fr
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