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Opinion |
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Opinion
: «
SENAFET
pas seulement pour les femmes mais aussi pour le bien être des
hommes ».
Par
Wahilo
Diguera
Article
paru le 03 Mars 2005 -
Ialtchad Presse |
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«
SENAFET
pas seulement pour les femmes mais
aussi pour le bien être des hommes »
La
SENAFET est perçue comme une semaine de la femme Tchadienne à
l'occasion de laquelle ces dernières se retrouvent pour pouvoir passer
en revue les différents maux qui entravent leur épanouissement dans la
société tant sur le plan social, économique et professionnel.
Ces activités sont menées pour pouvoir solutionner ou pallier leurs
difficultés majeures qu'elles soulèvent. En ville, cette semaine est
un grand évènement tant attendu par les femmes. Cela leur permet
d'associer les rurales pour solutionner leurs problèmes. Fort
malheureusement, l'association est minime et insignifiante du côté des
rurales surtout sur les initiatives et les décisions. On assiste chaque
année à des séminaires, des débats, rencontres permettant aux femmes
de discuter pour se faire valoir et se faire reconnaître comme un être
apte à jouir de mêmes prérogatives que les hommes.
En même temps, des activités telles que les expositions sont organisées
pour promouvoir les produits fabriqués par la gente féminine.
Des propositions sont faites par-ci et là par les sœurs pour améliorer
leurs conditions sociales et trouver des mesures leur permettant de
faciliter les tâches dans leurs travaux quotidiens.
D'une manière générale, toutes les femmes se mobilisent pour pouvoir
apporter leur pierre à l'édifice. Le problème que nous devons
soulever est de savoir quel est le degré d'implication de celles-ci en
milieu rural et urbain.
Parlant de maux, les femmes en milieu rural sont plus exposées que
leurs sœurs en milieu urbain. Plusieurs facteurs entrent en jeu tels
que le poids de la tradition dont l'application y étant plus accentuée
soutient l'écart de la femme, la pauvreté, le manque d'infrastructures
adéquates, d'opportunités et j'en passe.
Tous les jours depuis des millénaires, au premier chant du coq, les
femmes sont debout, pagnes retroussés pour une longue journée de
labeur. Elles seront au puits tirant l'eau pour le bain du matin, elles
seront au champs, courbées (souvent avec un bébé au dos) sur la terre
asséchée à la recherche de condiments pour le repas des hommes. Et
comme tous les jours elles se rendront dans la forêt, houe pendue sur
l'épaule, à la recherche de bois mort. En bref, la femme en milieu
rural est celle par qui passe l'apport du minimum vital, c'est-à-dire
elle est la personne qui assure la prise en charge de la famille tant
sur le plan financier que nutritionnel. Malgré tout cela, elles sont
battues, humiliées, mal nourries, mal aimées et enrôlées dans la
polygamie infinie sans jamais avoir droit ni à la parole, ni au choix décisif
concernant leur avenir et celui de leurs enfants. Fatalité de la vie ou
ironie du sort ?
Les femmes vivent dans des conditions rudimentaires et elles ne
l'ignorent pas mais sont-elles résignées ou n'ont-elles pas d'autres
issues ?
Gisèle Halimi, d'origine tunisienne, avocate, écrivain, ancienne
ambassadrice de France à l'UNESCO et conseillère spéciale de la
France à l'ONU, l'affirmait éloquemment :
« La femme n'est pas une catégorie, pas plus que l'homme n'en est une.
La femme est une moitié et, à l'intérieur de ces deux moitiés de
l'humanité, il y a toutes les catégories, les jeunes, les immigrés,
les vieux, les handicapés, etc. Ce qui compte, par conséquent, c'est
de faire en sorte que la différence fondamentale entre ces deux moitiés,
au lieu d'être une source d'infériorisation et d'une identité réductrice,
soit au contraire une source d'enrichissement des hommes et des femmes.
»
Si le pays est dans son état actuel de délabrement c'est qu'il n'a
jamais su redonner aux femmes qui représentent la couche la plus
nombreuse et la plus active de nos sociétés, les droits fondamentaux
qu'elles méritent dans le cercle familial et national des prises de décisions
Bien que les femmes en ville, actrices principales de ces journées
ne peuvent pas mesurer exactement la teneur de ce que vivent au
quotidien leurs sœurs en milieu rural, cela ne les empêche pas de
chercher comment concilier les objectifs de leur émancipation dans le
monde avec leurs différentes réalités. Comment, par exemple, une
Sarah et une Gorane peuvent-elles partager, dialoguer dans ce « combat
commun »? Comment la Kanembou et la Massa peuvent-elles se mettre au même
diapason, faire fi des particularités individuelles, pour se retrouver
côte à côte et parler d'une même voix? Comment trouver un consensus
à partir de cette « alliance » même si les unes et les autres ne
connaissent pas nécessairement les mêmes problèmes? Est-ce une chimère
que de penser à un dialogue commun en transcendant les décalages
culturels et les diversités religieuses? Bref, le temps du silence est
révolu.
Cela va sans dire que toutes les recommandations ne peuvent être
appliquées quand on sait souvent qu'il existe des diversités
culturelles ; ce qui fait que ce qui peut être positif dans une zone ne
peut l'être dans une autre. L'idée principale est de s'unir et d'échanger
sur les conditions souvent misérables des femmes. Ne dit-on pas que
l'union fait la force? En se serrant les coudes, les Tchadiennes
constitueront une force extraordinaire et efficace.
Une chose est certaine, on peut constater qu'indépendamment des
origines, les femmes vivent des problèmes communs. Et même si ces
problèmes connaissent des divergences, on constate que sur de nombreux
points le combat des femmes est semblable. Le moins que l'on puisse dire
est que la question des femmes se pose avec acuité. Dans tous les pays
du monde, industrialisés comme en voie de développement, des voix s'élèvent
pour dénoncer les injustices dont les femmes sont victimes. Quoiqu'il
faille reconnaître que la condition des femmes est très hétérogène
dans le monde, néanmoins, toutes ensemble, elles parviennent à trouver
des points communs pour améliorer leurs conditions de vie. « Le monde
des femmes est fait de points communs et de différences. Les points
communs sont nombreux : partout les femmes sont chargées de mettre au
monde et d'élever des enfants, de constituer et d'entretenir des
familles, elles sont également responsables de la contraception.
Partout les femmes sont confrontées à des rôles aux exigences
contraires. Riches ou pauvres, nous avons les mêmes préoccupations
concernant la santé, nous sommes vulnérables à la violence et à la
pandémie du siècle qui est le sida, à l'exploitation de notre
sexualité.
Il est temps que le Tchad se décide à redonner à la femme ses droits
humains fondamentaux sans lesquels aucun processus de développement ne
peut aboutir aujourd'hui, car le monde évolue vers l'état de droit
impliquant systématiquement le respect des libertés individuelles et
un renforcement institutionnel des droits des citoyens, hommes et femmes
compris. Certes, les femmes ont des potentialités intellectuelles assez
élevées mais elles n'en sont pas convaincues et c'est cela leur
faiblesse. On se demande si au sortir de ces débats, les femmes
continuent leur lutte pour l'application des recommandations qui s'en
sont suivies. On ne peut arriver à ses fins que quand on est convaincu
de ce que l'on est en train de faire. D'une part il y a les conditions
et les critiques sociaux et de l'autre, l'égocentrisme masculin. En
somme, la lutte est longue et on ne doit pas croiser nos bras et
attendre seulement ce laps de temps pour mettre au point nos stratégies
car l'on a tendance à faciliter à la femme ce qu'elle fait en la
circonstance. L'accepter serait comme un gâteau servi. Les Tchadiennes
profitent de la SENAFET pour montrer aux hommes quelles ne sont pas
faites pour consentir l'affrontement dans l'humiliation mais qu'elles
sont capables de se battre pour l'avoir.
Les hommes eux pensent que SENAFET est un moment organisé pour
permettre à la femme de se défouler, de se ridiculiser ou pire que je
ne saurais dire, en faisant du tapage en attendant l'année suivante.
Battons-nous avec cette détermination et cette ténacité afin de nous
frayer un chemin nous permettant d'accéder à la place à laquelle on
aspire mais n'acceptons pas ce don qui représente le 1/52ème du gâteau.
Se taire ne veut pas dire accepter la situation, mais les femmes jugent
sage de garder leur énergie pour chercher les moyens qui sont en leur
faveur c'est-à-dire, ceux avec lesquels elles sont sûres de remporter
la bataille, et, SENAFET est une opportunité. Malheureusement, chaque
année, les thèmes qui reviennent ont presque les mêmes approches (la
femme en actrice opprimée). Si on accepte le fait que derrière un
grand chef, se trouve une grande femme, alors, SENAFET et JIF ont
toutes leurs raisons d'être.
De tout ce qui précède, il faut que les hommes se détrompent de
penser que nous avons accepté que tout le reste est SENAHOT (Semaines
Nationales des hommes Tchadiens) mais qu'ils sachent que c'est
SENAFET (qui ne dis pas son nom) dans la recherche de voies et moyens
qui seront exposés du 1er au 08 mars de chaque année.
Wahilo
Diguera
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