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Opinion
: TCHAD-BANQUE
MONDIALE:
«
Le
Tchad n’est pas la chasse gardée
de
la Banque Mondiale. »
Par
Hassane Mayo-Abakaka
Consultant
international à New York
Article
paru le 06 Février 2006, Ialtchad Presse |
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TCHAD-BANQUE
MONDIALE:
« Le
Tchad n’est pas la chasse gardée de
la Banque Mondiale.»
Par
Hassane Mayo-Abakaka
La Banque Mondiale, crée à Bretton
Woods en 1944 dans le contexte de l’époque, avait pour mission de
soutenir la reconstruction des pays européens d’après-guerre. Plus
tard, sa mission a été élargie aux cas de catastrophes naturelles et
aux urgences humanitaires résultant des conflits dans les pays en développement.
Influencée par les activités des Nations Unies durant ces dernières
années,
la Banque Mondiale
décida d’orienter ses activités dans le cadre de la lutte globale
contre la pauvreté. Et
malgré ses multiples réformes internes, la qualité de ses opérations
laisse parfois à désirer et suscite plutôt des tensions sociales
graves et des crises au sein des populations des pays en développement.
Néanmoins,
la Banque Mondiale
s’est élargie à d’autres Institutions de dévelop-pement
et ses activités couvrent plusieurs domaines. Avec ses partenaires et
Etats clients, elle joue un rôle important au niveau de la politique
mondiale, surtout en cas de situation d’urgence complexe. Vu la
disponibilité des pays en développement souvent demandeurs,
la Banque Mondiale
donne parfois un appui financier substantiel dans certains de leurs
grands projets.
Mais de nos jours, sous prétexte de venir en aide à
ces pays en développement et d’organiser leur méthode de gestion,
l’Institution de Breton Woods influencée par le zèle de certain de
ses fonctionnaires, se comporte malheureusement en Gendarme néocolonial
des pays démunis. Ce qui justifie d’ailleurs les accusations des
Organisations de la société civile qui lui reprochaient de ne pas
respecter ses propres principes dans certains projets connus.
Au Tchad, les multiples conflits politiques et armés
avaient bloqué son réel développement économique et social. Par
contre, ce pays recèle d’importantes richesses dans les secteurs de
l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et surtout des
ressources minières et du pétrole. Le pétrole, cet Or noir qui
aujourd’hui, est de plus en plus sollicité pour le développement
industriel mondial, a été sciemment occulté au Tchad par l’ancienne
puissance coloniale. Mais, il a été progressivement identifié, exploré
et exploité par des Firmes multinationales privées. Vu l’importance
de sa quantité et de sa qualité, le pétrole tchadien a été
l’objet de convoitise de plusieurs Etats, des Compagnies multinationales
et même des Institutions internationales.
L’enjeu du pétrole tchadien aurait même provoqué
des conséquences drama-tiques, dont le reversement des régimes des
anciens présidents Tombalbaye en 1975 et Habré en 1990. Ces Chefs d’Etat,
à un moment donné de leur époque, s’étaient fermement opposés à
la main mise de certains de nos partenaires qui tentaient de bloquer
l’exploitation du pétrole tchadien, afin de maintenir le pays dans la
perpétuelle dépendance économique et plonger son peuple dans la misère
et la servitude. Ce pétrole aurait occasionné également, la
disparition mystérieuse des hauts
cadres tchadiens et membres du Gouvernement, impliqués dans sa négociation
et le suivi.
Membre de
la Banque Mondiale
depuis 1963, le Tchad tout comme les autres pays d’Afrique noire, a
plus de quatre décennies d’indépendance politique. Il
possède des ressources humaines importantes, qui sont utilisées
également par des Institutions internationales, telle
la Banque Mondiale.
Ses dirigeants, quelle que soit leur capacité de gouvernance, ils ont
acquis une certaine expérience politique, tout comme de gestion. Et
malgré leurs difficultés internes, ils savent défendre les intérêts
de leurs citoyens et préserver leur souveraineté.
Au Tchad, les difficultés quotidiennes sont vécues
par les populations, mais non par les fonctionnaires de
la Banque Mondiale.
Ces derniers qui sont officiellement affectés pour assurer l’exécution
et le suivi des projets, se livreraient en fait à des dépenses
absurdes par rapport aux objectifs des dits projets et au détriment du
pauvre contribuable tchadien. Et leurs évaluations souvent fantaisistes
vont dans le sens favorable à leur prestation. La survie
professionnelle de certains de ces Experts ne dépend que de
l’existence de projets des pays en développement. Et même si l’exécution
et la faisabilité de ces projets ne reflètent pas les réalités
locales, ils sont financés par les prêts de
la Banque Mondiale
et plongeant d’avantage nos Etats dans l’interminable spirale de la
dette extérieure.
Au cas où les dirigeants politiques tiennent à les
rappeler à mettre de l’ordre,
commencent alors des menaces, des représailles et même du chantage à
l’égard des Gouvernements. C’est dans cette logique de stratégie
machiavélique que se situe le différend actuel entre le Tchad et
la Banque Mondiale.
Le Tchad est ainsi accusé de violer l’Accord signé
en 1999 avec
la Banque Mondiale
sur le Programme de Gestion des Revenus Pétroliers.
La Banque Mondiale
reproche au Gouvernement tchadien, soutenu par son Assemblée Nationale,
de vouloir élargir l’utilisation des 10% du fonds prévus pour les générations
futures à l’administration territoriale et à la sécurité. C’est
pourquoi, elle a pris des mesures de représailles à l’encontre du
Gouvernement tchadien, en bloquant le décaissement des crédits de 124
millions de dollar US, alloués au Tchad par l’Association
Internationale pour le Développement (IDA) pour financer huit projets
en cours d’exécution, dont le montant total est de 297 millions de
dollar US.
Le Gouvernement tchadien de son côté, a réagi de
manière conséquente en signant avec
la République
de Chine/Taiwan un Accord pour l’exploitation des autres gisements de
son pétrole. C’est un acte certes audacieux qui a ses conséquences,
mais quelle que soit la perception politique des uns et des autres vis
à avis du régime actuel de N’Djamena, il faut saluer le courage du
président Idriss Déby à prendre cette décision de diversifier nos
partenaires énergétiques.
Surpris par la réaction conséquente du Tchad,
certains responsables de
la Banque
mondiale s’agitent pour chercher une porte de sortie de crise, provoquée
par leur propre intransigeance aveugle. Le Tchad n’a jamais eu
l’intention de rompre sa coopération avec
la Banque Mondiale.
Toujours est-il que la position du Gouvernement tchadien, confirmée par
son Assemblée Nationale est légitime. Il revient alors aux Experts de
la Banque Mondiale
de faire des propositions concrètes et réalistes qui prendraient en
considération les priorités immédiates du Tchad afin de trouver une
solution rapide et équitable à ce différend.
En fait, les responsables de
la Banque Mondiale
chargés de suivi du dossier Tchad souhaitent-ils réellement le développement
de ce pays pour le faire sortir un jour de sa pauvreté ? Sinon,
pourquoi suspendre le décaissement du fonds des projets qui sont en
cours d’exécution? Si le Tchad n’avait pas ce projet de Pétrole,
la Banque
ne financerait-elle pas les projets dont elle vient de mettre son
embargo financier ?
La Banque Mondiale
a-t-elle l’intention de faire asphyxier le Tchad, déstabiliser son régime
politique actuel et renverser le président Idriss Déby?
Est-il normal que le Tchad produise d’énormes
quantité de pétrole et que ses fonctionnaires perçoivent de salaire
de misère, vivent dans l’obscurité et sans avoir régulièrement de
l’Eau potable, ni bénéficier des soins et couverture sanitaire adéquate.
Pourtant l’Education,
la Santé
et les Infrastructures sont identifiés comme secteurs prioritaires et
dont l’exécution des projets est suivie et évaluée par
la Banque Mondiale
? Pourquoi la situation est
si dégradante et
la Banque Mondiale
reste muette ou indifférente jusqu'à la récente décision de
l’Assemblée Nationale tchadienne d’amender
la Loi
001 sur
la Gestion
des Revenus pétrolier du
Tchad ?
Serait-il juste que des fonds importants évalués à
plus de 36 millions de dollars US déjà disponibles, soient stockés
dans des Banques commerciales en Europe, pour les générations futures,
alors que dans les Hôpitaux et Maternités,
des milliers des enfants tchadiens meurent déshydratés à la
naissance, faute de Sérum et des jeunes femmes décèdent à
l’accouchement par manque d’antibiotique ou encore des vieillards crèvent
du simple fait de paludisme ?
Quelle avenir de la génération future pourrait-on
préparer en immobilisant ces fonds propres du Tchad à l’extérieur,
jusqu'à l’épuisement total de sa production pétrolière avant de
les utiliser ? Or dans l’immédiat malgré l’apport de
la Banque Mondiale
, tous les enfants tchadiens ne vont pas à l’Ecole et même ceux qui
partent ne bénéficient pas d’encadrement conséquent du fait des
troubles psychologiques et morales de leurs Enseignants, qui
n’arrivent pas à subvenir régulièrement à leur besoin alimentaire
quotidien. Et les étudiants tchadiens à l’extérieur sont abandonnés
à eux-mêmes sans bourses d’études. Quel modèle de développement pour
le Tchad
la Banque Mondiale
voudrait-elle expérimenter ?
Dans de telles conditions, comment
la Banque Mondiale
pourrait-elle réaliser au Tchad, son Programme de Réduction de
la Pauvreté
? Comment pourrait-elle accompa-gner ou du moins créer les
conditions favorables pour permettre au Tchad d’atteindre les
objectifs du Développement du Millénaire fixés et adoptés par les
Nations Unies ?
Le Tchad n’a jamais refusé de rembourser les prêts
octroyés par
la Banque Mondiale
pour la réalisation de son Projet de l’Oléoduc? Le fait que le Tchad
décide d’utiliser dans l’immédiat une partie de ses propres
ressources pétrolières, afin d’accélérer son développement et
offrir à ses générations futures un cadre de vie plus agréable que
celui vécu actuellement par ses populations meurtries, doit-il le
soumettre à cet embargo. Et pourtant, ce n’est pas le Gouvernement
mais les populations innocentes qui sont brimées par cette mesure de
représailles.
Le Tchad ne peut-il pas demander légalement
d’utiliser ses propres ressources, même si elles étaient prévues
pour les générations futures ? Ou bien nos Experts de
la Banque Mondiale
préfèrent plutôt voir les autorités tchadiennes aller solliciter
d’autres nouveaux prêts aux intérêts exorbitants, qui seraient
encore grignotés par les fameuses missions de négociation et d’évaluation
dans lesquelles se précipiteraient certains fonctionnaires prédateurs
de
la Banque
, dont certains seraient de moralité douteuse ?
La Banque Mondiale
est-elle mieux placée que les
autorités tchadiennes pour apprécier les besoins réels du Tchad ?
La Banque
s’est-elle octroyée des nouvelles compétences dans l’appréciation
des problèmes sécuritaire des pays en développement ? N’est-il
pas légitime pour le Tchad de se préoccuper de sa stabilité et de la
sécurité de ses populations ? Quel modèle de gestion
la Banque Mondiale
voulait-elle innover au Tchad, si ce n’est qu’une autre nouvelle
forme de main mise néocoloniale?
La Banque Mondiale
est habituée à s’interférer
dans la gestion des pays en développement. Cela serait une bonne chose
et même salutaire, si son interventionnisme aboutit à améliorer les
conditions actuelles de vie des populations tchadiennes. Dans le cas
contraire, même si le Gouvernement tchadien ne réagirait pas, les élus
du Peuple tchadiens ou encore les populations elles-mêmes la dénonceraient.
Certes,
la Banque Mondiale
a fait des efforts importants pour soutenir certains projets de développement
du Tchad, dans les domaines de l’agriculture (US. $ 20 millions), de
la réforme du secteur de l’Education (US. $ 42.34 millions), de
la Santé
des populations (US. $ 24.56 millions), mais en tant qu’Institution de
Développement, elle doit restée au dessus des humeurs subjectives de
ses fonctionnaires agissant de manière politicienne.
Accusant le Tchad de violer l’Accord signé en 1999
sur le Programme de Gestion des Revenus Pétroliers et dénonçant la
mauvaise gestion des autorités tchadiennes,
la Banque Mondiale
continue sa menace en brandissant d’autres recours qui « incluraient
la suspension de nouveaux crédits ou dons, l’arrêt des déboursements
des fonds liés à tout ou partie des
opérations en cours, l’accélération du remboursement des prêts
et crédits alloués au Tchad ».
Le pétrole de Doba appartient-il aux Tchadiens ou à
la Banque Mondiale.
Ce pétrole a jailli après de longues et difficiles années de
lutte contre certaines puissances et leurs Multinationales,
contre certaines Organisations non gouvernementales et même contre
certains leaders politiques tchadiens, qui sous prétexte de défendre
certains idéaux, n’étaient pas conscients de la situation dramatique
de misère sociale dont sont plongées nos populations.
Le Gouvernement du Tchad avec ses partenaires
internationaux et ses citoyens issus de différentes couches sociales,
avaient mené cette longue lutte pour convaincre les pays donateurs et
membres de
la Banque Mondiale
et aboutir à l’Accord de financement du Projet de construction de
l’Oléoduc pétrolier DOBA-KRIBI. Malgré les difficultés rencontrées
depuis l’élaboration, la négociation et la réalisation de ce
projet, les Tchadiens savent ce qu’ils veulent et le Gouvernement du
Tchad n’a pas perdu de vue ses intérêts.
Aujourd’hui, le prix du baril du pétrole est en
hausse par rapport à celui indiqué dans l’Accord signé en 1999.
Aucune modification n’a été réclamée parce que le Tchad tient à
respecter ses engagements internationaux. Mais les richesses pétrolières
du Tchad doivent bénéficier aux populations tchadiennes qui en ont
besoin d’abord maintenant et demain également. Il serait donc absurde
de laisser crever nos populations actuelles pour préserver l’avenir
des générations futures. Le cadre de vie et le bien être des générations
futures doivent être mis en place dès maintenant. Le Tchad
n’accepterait pas de chantage et ne sera pas la chasse gardée de
la Banque Mondiale.
Il revient aux responsables de l’Institution de Bretton Woods de faire
des propositions concrètes respectant les priorités urgentes et
actuelles du Tchad, déterminé à atteindre les objectifs du développement
du Millénaire adoptés par les Nations Unies.
En tant
que citoyen Tchadien, nous avons le droit de nous prononcer sur cette
question importante qui concerne notre pays, En donnant ici notre avis
personnel, nous espérons enfin que les discussions entamées récemment
à Paris, entre les délégations du Tchad et de
la Banque Mondiale
avec la participation du Fonds Monétaire International comme
observateur, se poursuivent pour aboutir à des propositions concrètes,
prenant en considération les préoccupations
réelles du Tchad.
L’avenir du Tchad et l’enjeu de son pétrole ne
sont pas comparables, ni négociables par rapport à la stratégie de
gestion de
la Banque Mondiale.
Il serait important de ne pas perdre de vue cette donnée si les
responsables de
la Banque Mondiale
veulent mettre fin à ce contentieux et enfin permettre à chacun de
rentrer de ses droits légitimes. /-
Hassane
Mayo-Abakaka
Consultant à New York
Email:
hmayo2002@yahoo.com
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