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«
Ce
vent d’Est ».
Par
Babikir
Souleymane NOURENE
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Le
peuple tchadien attend depuis longtemps et avec beaucoup
d’impatience, le moment où ce vent d’Est soufflera pour
mettre fin à ce désordre qui s’est installé depuis
quinze ans. On assiste à une sorte de « convention des
armées», ce sera une fournaise, mais forge. D’elle dépendra
l’avenir de notre démocratie. Pour la première fois dans
l’histoire de notre pays, on assiste à un rassemblement
de groupes armés qui se trouvent côte à côte et avec la
même motivation de faire tomber le régime des ténèbres.
Le précédent, celui qui a soufflé en 1990, a entraîné
avec lui la pollution, et cela a permis la prolifération
des idées mortes et mortelles dont notre jeune démocratie
a beaucoup souffert. |
Il
est important de savoir qu’aucune lutte contre la
dictature ne peut être efficace et ne peut réaliser l’unité
réelle de toutes les forces porteuses de l’avenir si elle
ne commence par cette prise de conscience de ce qu’il
y’a de nouveau dans notre situation actuelle. Depuis 1990,
les « données anciennes » de nos problèmes
sont profondément changées. Il n’y a pas d’art de
penser par temps d’apocalypse, la contribution des uns et
des autres est plus que nécessaire. C’est un lieu commun
de dire qu’il s’est produit plus de changements au cours
des quinze dernières années qu’en trente années d’indépendance.
Ne regrettons pas d’en être resté solidaires. Ni
d’avoir lutter pour l’enracinement de la démocratie. Ni
d’avoir préféré Don Quichotte à Sisyphe. Notre vision
infirme, nous a empêché de comprendre les événements les
plus bouleversants de la politique et de notre histoire
nationale. Il faut la pensée archaïque d’un général
pour n’évaluer les rapports de force qu’à partir de la
« puissance de feu » et de la « logistique ».
Comment un peuple aux mains nues, en Ukraine, peut –il
provoquer la chute d’un régime. C’est le moment où un
homme canalise le dynamisme de la « révolution orange »
et devient Iouchenko, non plus pour instaurer l’hégémonie
américaine en Europe de l’Est mais pour inaugurer un
nouvel âge de l’homme libre. Nous savons tous qu’il
s’agit d’une bataille difficile. A travers les coups,
les sarcasmes, les silences, les incompréhensions
volontaires ou innocentes, continuer à croire est
difficile. Il faut même une bonne dose d’orgueil pour
continuer à croire qu’on peut avoir raison contre tout le
monde. J’admire Yorongar Ngarledji : dénoncer,
continuer à dénoncer encore plus fort. Cela finit par la
mise à la disposition des générations futures, d’une
partie de devises provenant de la manne pétrolière, et
l’indemnisation des villageois des zones d’exploitation.
J’admire aussi le colonel
Abbas Koty : croire à la démocratie après
avoir fait le choix de la lutte armée, continuer à croire,
sans que personne, de son vivant, n’ait reconnu en lui un
démocrate. Cela finit par l’asile, et l’assassinat, un
vendredi d’automne au milieu des sympathisants et des traîtres.
Il est mort seul, par ce qu’il croit en lui plus qu’il
ne croit en son armée. Lorsque celle-ci a voulu le
proclamer roi, il refusa. Et quand elle l’abandonna, il
n’a pas cessé d’être lui même, ni ne renonça à ses
principes. Abbas Koty, le Christ de la démocratie. Quand on
n’a pas cette grandeur, il faut, pour continuer, cet
ersatz de la grandeur : un orgueil fou. L’orgueil fou
de se dire que le soleil existe, et qu’à force de pointer
vers lui son doigt, un autre, ou d’autres, à leur tour,
le verront. « La politique est l’art d’empêcher
les gens de se mêler de ce qui les regarde. » disait
Paul Valérie. Pour la multitude, la politique c’est
l’histoire entrain de se faire. Elle ne se réduit pas à
un aspect de la vie : technique de la prise du pouvoir
ou de la gestion de l’Etat. La politique, au sens vrai et
fort du mot, c’est à dire la volonté de créer une société
à visage humain, est pourtant en gestation, surtout depuis
1990, à l’extérieur des partis. Les germes de l’avenir
sont là où de petits groupes d’hommes se rassemblent, se
concertent, se fédèrent pour prendre en main leurs propres
affaires sans attendre « d’en haut », d’élus
ou de chefs aux quels ils auraient délégués leurs
pouvoirs, les décisions concernant leur destin. Déjà en
dehors des institutions officielles, est entrain de sourdre
la volonté de vivre autrement. C’est au sein même des
groupes de jeunes solidaires que des mains se nouent, des idées
circulent. Des projets sont bâtis en commun. Ici une
association. Ici un site Web avec ses internautes. Ici une
école. Ensemble. Et à l’initiative de ceux « d’en
bas » : les jeunes doivent apprendre à ne
plus être estropiés par la pédagogie périmée des
écoles et des universités, ni par les idéologies de récupération
et d’intégration sournoise au désordre établi. Nous
savons tous que les partis politiques sont essentiels pour
le fonctionnement de la démocratie dans la mesure où ils
proposent des projets pour la société. C’est à la base
que revient la charge de prendre des initiatives et d’être
vigilant car, un parti politique, quel qu’il soit, est une
machine à confisquer les initiatives de la base. Les partis
politiques sont tous malades ( il n’en existe nulle part
de saines), tous malades du même « mal de jungle »,
la même volonté de contrôle de leurs chefs politiques,
qui prennent invariablement les moyens (accéder au pouvoir)
pour des fins, et tombent ainsi dans les arrangements,
l’absence d’un projet d’avenir. Devant une opinion
nationale atone et rétive, il faut, pour sensibiliser la
population, une mobilisation de la jeunesse. Le peuple
tchadien n’a pas surmonté ses contradictions
fondamentales, celles qui ont fait de lui un peuple opprimé.
Il n’a pas surmonté non plus cette contradiction
monstrueuse d’un état d’esprit qui juge que le groupe
ethnique dont le président de la république est issu doit
être excommunié afin que le vœu de la paix s’exauce.
C’est ainsi qu’on a assisté ces dernières années, à
des politiques qui n’ont d’autres programmes que celui
d’exclure les Zakawas de cette matrice chauvine qu’est
la mère patrie, au point de les considérer comme un groupe
issu de l’immigration. Dans notre recherche de « cohésion
nationale » orientée vers l’avenir, une deuxième
illusion est à dissiper : le mythe de la révolution
au bout du fusil. Ce mythe ne peut se développer que chez
ceux qui croient que nous n’avons pas d’autre « idéologie,
programme politique » que celui des années 1970 et
1980. Le temps a changé, et pour inaugurer une nouvelle ère,
il nous faut beaucoup de courage. Rappelons nous les paroles
de notre hymne national qui nous dit peuple tchadien «… ta
liberté naîtra de ton courage… ». Après avoir
chanté, joignons l’acte à la parole. Pour finir, je ne
dirais pas comme Kant, que le bien triomphera dans l’au -
delà. Il se peut que le mal soit plus faible que nous ne
l’imaginons. Comme disait le grand maître Aboul-Alâ,
« l’homme est davantage marqué par ce qui lui a
fait mal que par ce qui lui a fait du bien ».
N’attendez pas jusqu’à ce que ce vent vous surprenne à
l’improviste, fortifiez vos demeures, resserrez vos rangs,
et enfin, préparez-vous à renvoyer les militaires dans
leurs casernes dès qu’ils atteindront la capitale et
avant qu’ils ne tentent de mettre en péril les
institutions de la République. Le rôle des
militaires c’est de chasser le dictateur Deby. Pour la défense des institutions de la république, n’allons
nous pas endosser l’armure ? Allons-nous au lieu de
hausser le ton, nous contenter de souffler quelques frêles
murmures ?
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Babikir
Souleymane NOURENE,
Paris - France |