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  Opinion 

Opinion: « Ce vent d’Est ». 
Par Babikir Souleymane NOURENE

Article paru le 19 décembre 2005, Ialtchad Presse


 « Ce vent d’Est ». 
Par Babikir Souleymane NOURENE

Le peuple tchadien attend depuis longtemps et avec beaucoup d’impatience, le moment où ce vent d’Est soufflera pour mettre fin à ce désordre qui s’est installé depuis quinze ans. On assiste à une sorte de « convention des armées», ce sera une fournaise, mais forge. D’elle dépendra l’avenir de notre démocratie. Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, on assiste à un rassemblement de groupes armés qui se trouvent côte à côte et avec la même motivation de faire tomber le régime des ténèbres. Le précédent, celui qui a soufflé en 1990, a entraîné avec lui la pollution, et cela a permis la prolifération des idées mortes et mortelles dont notre jeune démocratie a beaucoup souffert. 
Il est important de savoir qu’aucune lutte contre la dictature ne peut être efficace et ne peut réaliser l’unité réelle de toutes les forces porteuses de l’avenir si elle ne commence par cette prise de conscience de ce qu’il y’a de nouveau dans notre situation actuelle. Depuis 1990, les « données anciennes » de nos problèmes sont profondément changées. Il n’y a pas d’art de penser par temps d’apocalypse, la contribution des uns et des autres est plus que nécessaire. C’est un lieu commun de dire qu’il s’est produit plus de changements au cours des quinze dernières années qu’en trente années d’indépendance. Ne regrettons pas d’en être resté solidaires. Ni d’avoir lutter pour l’enracinement de la démocratie. Ni d’avoir préféré Don Quichotte à Sisyphe. Notre vision infirme, nous a empêché de comprendre les événements les plus bouleversants de la politique et de notre histoire nationale. Il faut la pensée archaïque d’un général pour n’évaluer les rapports de force qu’à partir de la « puissance de feu » et de la « logistique ». Comment un peuple aux mains nues, en Ukraine, peut –il provoquer la chute d’un régime. C’est le moment où un homme canalise le dynamisme de la « révolution orange » et devient Iouchenko, non plus pour instaurer l’hégémonie américaine en Europe de l’Est mais pour inaugurer un nouvel âge de l’homme libre. Nous savons tous qu’il s’agit d’une bataille difficile. A travers les coups, les sarcasmes, les silences, les incompréhensions volontaires ou innocentes, continuer à croire est difficile. Il faut même une bonne dose d’orgueil pour continuer à croire qu’on peut avoir raison contre tout le monde. J’admire Yorongar Ngarledji : dénoncer, continuer à dénoncer encore plus fort. Cela finit par la mise à la disposition des générations futures, d’une partie de devises provenant de la manne pétrolière, et l’indemnisation des villageois des zones d’exploitation. J’admire aussi le colonel  Abbas Koty : croire à la démocratie après avoir fait le choix de la lutte armée, continuer à croire, sans que personne, de son vivant, n’ait reconnu en lui un démocrate. Cela finit par l’asile, et l’assassinat, un vendredi d’automne au milieu des sympathisants et des traîtres. Il est mort seul, par ce qu’il croit en lui plus qu’il ne croit en son armée. Lorsque celle-ci a voulu le proclamer roi, il refusa. Et quand elle l’abandonna, il n’a pas cessé d’être lui même, ni ne renonça à ses principes. Abbas Koty, le Christ de la démocratie. Quand on n’a pas cette grandeur, il faut, pour continuer, cet ersatz de la grandeur : un orgueil fou. L’orgueil fou de se dire que le soleil existe, et qu’à force de pointer vers lui son doigt, un autre, ou d’autres, à leur tour, le verront. « La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. » disait Paul Valérie. Pour la multitude, la politique c’est l’histoire entrain de se faire. Elle ne se réduit pas à un aspect de la vie : technique de la prise du pouvoir ou de la gestion de l’Etat. La politique, au sens vrai et fort du mot, c’est à dire la volonté de créer une société à visage humain, est pourtant en gestation, surtout depuis 1990, à l’extérieur des partis. Les germes de l’avenir sont là où de petits groupes d’hommes se rassemblent, se concertent, se fédèrent pour prendre en main leurs propres affaires sans attendre « d’en haut », d’élus ou de chefs aux quels ils auraient délégués leurs pouvoirs, les décisions concernant leur destin. Déjà en dehors des institutions officielles, est entrain de sourdre la volonté de vivre autrement. C’est au sein même des groupes de jeunes solidaires que des mains se nouent, des idées circulent. Des projets sont bâtis en commun. Ici une association. Ici un site Web avec ses internautes. Ici une école. Ensemble. Et à l’initiative de ceux « d’en bas » : les jeunes doivent apprendre à ne  plus être estropiés par la pédagogie périmée des écoles et des universités, ni par les idéologies de récupération et d’intégration sournoise au désordre établi. Nous savons tous que les partis politiques sont essentiels pour le fonctionnement de la démocratie dans la mesure où ils proposent des projets pour la société. C’est à la base que revient la charge de prendre des initiatives et d’être vigilant car, un parti politique, quel qu’il soit, est une machine à confisquer les initiatives de la base. Les partis politiques sont tous malades ( il n’en existe nulle part de saines), tous malades du même « mal de jungle », la même volonté de contrôle de leurs chefs politiques, qui prennent invariablement les moyens (accéder au pouvoir) pour des fins, et tombent ainsi dans les arrangements, l’absence d’un projet d’avenir. Devant une opinion nationale atone et rétive, il faut, pour sensibiliser la population, une mobilisation de la jeunesse. Le peuple tchadien n’a pas surmonté ses contradictions fondamentales, celles qui ont fait de lui un peuple opprimé. Il n’a pas surmonté non plus cette contradiction monstrueuse d’un état d’esprit qui juge que le groupe ethnique dont le président de la république est issu doit être excommunié afin que le vœu de la paix s’exauce. C’est ainsi qu’on a assisté ces dernières années, à des politiques qui n’ont d’autres programmes que celui d’exclure les Zakawas de cette matrice chauvine qu’est la mère patrie, au point de les considérer comme un groupe issu de l’immigration. Dans notre recherche de « cohésion nationale » orientée vers l’avenir, une deuxième illusion est à dissiper : le mythe de la révolution au bout du fusil. Ce mythe ne peut se développer que chez ceux qui croient que nous n’avons pas d’autre « idéologie, programme politique » que celui des années 1970 et 1980. Le temps a changé, et pour inaugurer une nouvelle ère, il nous faut beaucoup de courage. Rappelons nous les paroles de notre hymne national qui nous dit peuple tchadien «… ta liberté naîtra de ton courage… ». Après avoir chanté, joignons l’acte à la parole. Pour finir, je ne dirais pas comme Kant, que le bien triomphera dans l’au - delà. Il se peut que le mal soit plus faible que nous ne l’imaginons. Comme disait le grand maître Aboul-Alâ, « l’homme est davantage marqué par ce qui lui a fait mal que par ce qui lui a fait du bien ». N’attendez pas jusqu’à ce que ce vent vous surprenne à l’improviste, fortifiez vos demeures, resserrez vos rangs, et enfin, préparez-vous à renvoyer les militaires dans leurs casernes dès qu’ils atteindront la capitale et avant qu’ils ne tentent de mettre en péril les  institutions de la République. Le rôle des militaires c’est de chasser le dictateur Deby. Pour  la défense des institutions de la république, n’allons nous pas endosser l’armure ? Allons-nous au lieu de hausser le ton, nous contenter de souffler quelques frêles murmures ?

Babikir Souleymane NOURENE,
Paris - F
rance

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