mercredi 7 décembre 2022

Artsetculture

Artsetculture (12)

Le cinéma ou encore « le 7e art » est un domaine de transmetteur et de prometteur de culture sans frontière. Le cinéma est un art mourant au pays de Toumaï. Certains jeunes Tchadiens passionnés par ce métier se lancent dans la course du « sauvons le reste » pour que le cinéma tchadien vive. Intelligent, créatif et motivé, nous recevons aujourd’hui un jeune talentueux producteur et réalisateur de film, Habib Étienne.

Comment dire ? Bon allez, faisons simple et direct. Qui est Habib Étienne ?

Oui, c’est bien moi Habib Étienne, dans nom d’état civil c’est Étienne Djoguina Habib connu sous le nom ED Habib. Je fais tout comme métier fructueux qui a trait au cinéma, mais concrètement je suis réalisateur de film, de clips et de couverture médiatique.

Avez-vous étudié en cinéma ?

Non, en communication. Je n’ai pas fait des études de cinéma. C’est  à travers les réseaux sociaux que je me suis formé dans le 7e art. Je suis un autodidacte.  Je fais de recherches, je regarde des vidéos sur l’Internet et je lis des articles sur comment produire, réaliser un film et comment rédiger un scénario. J’ai appris tout ça sur le tas, sur le Net.

Quand est-ce le coup de foutre vous a-t-il foudroyé ?

J’étais en classe de troisième il y avait une miss du lycée de Koumra qui a demandé de faire avec elle un spot, quand elle a émané ce spot à la radio et que le responsable a écouté, il a envoyé quelqu’un me chercher, c’est comme ça que je suis devenu DJ. Quand mon père  a appris la nouvelle il était furieux, ma mère le calmait elle lui a dit « quand il était très petit il m’a promis de faire parlé de lui, qu’il laissera un héritage dont les gens vont parler ». Après l’obtention de mon baccalauréat, mon père m’a dit de venir à N’Djamena  pour continuer mes études. Quelque temps après j’ai abandonné les études  pour me concentrer sur mes films. Les parents ont mal pris cela, mais quand ils ont compris que je ne changerai pas d’avis et que je compte gagner bien ma vie ils ont fini par lâcher prise.

Depuis quand avez-vous commencé à réaliser des films ?

Je me suis retrouvé dans la production et la réalisation des films en 2015, c’est à cette année précise que j’ai commencé à produire. Au début je voulais être un DJ (disc joker). Mais quand tu voyages en bus généralement on regarde de films et quand c’est un film tchadien les gens disent « oh il faut passer ce pas intéressant, on connaît déjà la fin. C’est tellement basic » et  deuxième quand on regarde le début d’un film tchadien les téléspectateurs devinent immédiatement  la fin. Il faut donc du ménagement dans le style de réalisation et de production dans nos films. J’ai sorti mon premier court métrage en 2017, cela m’a pris beaucoup du temps comme c’est le premier court métrage, je jouais un peu sur la mentalité de gens. Les gens pensaient connaître la fin, mais je les ai surpris la fin du film était complètement différent de ce qu’ils s’imaginaient. Vu le manque de salle de cinéma dans ce pays, j’ai fait le lancement officiel de mon deuxième film dans un ciné-club de la maison de culture Baba Moustapha sinon mon premier film  « Laurie ». Je n’ai pas fait son lancement officiel.  « Laurie » est un film fiction. C’est l’histoire de 3 amis garçons qui draguent une même fille du quartier au même moment au lieu de céder la fille à l’un d’eux, ils vont faire appel au service d’un féticheur qui va mal tourner.

Êtes-vous chanceux et heureux d’être réalisateur ?

Oui je suis chanceux et heureux. À chaque fois que je tourne un film, je reçois de bons retours. Cela me donne du sourire aux lèvres. Je pense que je suis arrivé là pile au moment où le cinéma tchadien a besoin de prendre une bonne bouffée de souffle et changer un peu de cap. Je suis content de mes réalisations jusqu’à présent.

Quel genre de film fiction réalisez-vous ?

Des films politiques on n’a pas encore touché parce qu’il faut plus des moyens. Malheureusement on ne l’a pas encore, ces moyens. Je fais de film qui expose des forces mystiques, des énergies surnaturelles, mais je compte entrer dans le film dramatique. Il faut que les téléspectateurs pleurent un peu, on veut faire bouger les émotions. Le documentaire je l’ai réalisé pour le compte d’autrui et il y a un en cours, mais aussi un autre pour le compte d’une entreprise.

Avez-vous des sponsors ?

Non pour le moment pas de sponsors. On tourne avec nos propres moyens financiers et techniques. On a déposé des projets partout dans les ministères et les ONG, mais nos demandes sont restées sans suite. En général c’est moi qui produis les films et je réalise les clips vidéo. Ce que je gagne dans la réalisation de  clips je l’injecte dans le film. On a reçu un financement sur le projet  en collaboration avec un ami pour le film réalisé dans le camp de réfugiés « les larmes d’une orpheline». Actuellement j’ai un studio de production « Habib Film » qui regroupe tous les passionnés du 7e art.

Comment choisissez-vous vos scénarios ?

Avant c’était moi qui écrivais tous les scénarios, maintenant j’ai donné la possibilité à ceux qui travaillent avec moi d’écrire aussi. Ils écrivent et je corrige avec eux.

Les films que vous produisez répondent-ils à une pédagogie ?

Bien sûr que oui, je ne peux pas produire un film qui va à l’encontre de l’intérêt de la société. Je produis pour tous les Tchadiens et les Tchadiennes de tous les âges. Nous on respecte la vie sociale, notre société n’accepte pas certaines scènes, nous sommes Tchadiens et nous produisons pour les Tchadiens ensuite pour les autres nations. On n’est pas en Amérique où les acteurs sont devenus purement commerciaux.

Comment se fait la sélection des acteurs et actrices ?

Au départ c’était par gage, après on a commencé à sélectionner  par talent. Par exemple, le besoin d’un nouveau personnage se présente, je fouille voir dans les films qu’il a joué avant et s’il répond aux critères il sera sélectionné. Si on lance un casting, l’intéressé pense automatiquement qu’il aura un salaire pourtant ce ne pas le cas chez nous. On te sélectionne et si tu acceptes de jouer on te fait signer un papier et si on trouve un financement même après une certaine durée on te paye. Donc on a arrêté le casting ouvert au public. Souvent je travaille avec les employés de la maison puisque je les connais très bien.

Est qu’il y a de rôles où il faut un personnage précis ?

Oui évidemment, je cherche à tourner un film et je cherche un personnage qui doit avoir un beau physique, une taille de 1m 65, musclé, charismatique et qui sait conduire une voiture. Et si dans mon équipe, il y a un tel profil, mais qui ne sait pas conduire je ne la sélection pas, peut-être, il jouera le rôle secondaire.

Vos réalisations rencontrent-elles de succès ?

La réalisation du film « la roue tourne » qu’on a tourné au moment de la COVID-19 nous a réellement boostés. C’est un film qui nous a lancé, démarqué des autres, il nous a permis d’être sélectionnés dans les deux festivals : cinéma Paris, en France  et  de Bangui, en RCA, pour représenter le Tchad. Au fait au casting, ils ont demandé à chaque pays d’envoyer leurs courts métrages. Ils se sont retrouvés avec  environ 382 films pour retenir seulement 18 films. Et parmi le 18, on était présent donc c’est le Tchad. Malheureusement on n’a pas pu représenter le pays par faute de financement, c’était aussi pendant la période de COVID il était très difficile d’avoir le visa, on a toqué partout, on est même parti voir les anciens réalisateurs, mais hélas.

Un mot pour ceux qui veulent suivre le même chemin que vous ?

Je leur dirai d’emboîter mes pas, de ne pas avoir peur. Ça peut marcher tout comme le contraire, mais il faut essayer. Si tu échoues, ne dis pas que ce n’est pas fait pour moi, il faut plutôt changer de stratégie. Moi j’ai abandonné les études pour ça, il est impératif pour moi de réussir dans ce métier. Pour les acteurs et actrices du pays, je pense qu’ils doivent continuer à travailler dure qu’ils ne se lassent jamais parce que le terrain est encore vierge. Aujourd’hui ça ne paie pas bien certes, mais avec le temps j’espère que ça s’arranger. Même si c’est un petit rôle juste passer sans dire bonjour il faut l’accepter on ne sait jamais. Restez connectés sur IalTchad Presse.

Réalisation Mariam Mahamat Abakar

Il n’y a pas que les mots pour s’exprimer, pour communiquer diraient les communicants. Certains utilisent la parole. D’autres des gestes. Et d’autres, plus originaux, utilisent les couleurs, la peinture pour s’exprimer. Arnaud Maksia Kississou est de cette catégorie. C’est un jeune peintre arrivé à ce métier par curiosité. Et a été happé par cette passion. Qui est-il ? Pourquoi a-t-il choisi cette mode d’expression ? Quel est son parcours. Entrevue.

Question directe Arnaud, qui vous êtes ? Votre parcours, comment êtes-vous arrivé à la peinture ?

Je suis Arnaud Maksia Kississou je suis diplômé de l’institut des beaux-arts, de l’École de Beaux-arts de Yaoundé 1 du Cameroun. J’ai ma licence en histoire de l’art et art plastique et je suis en face de la soutenance de ma mémoire en art plastique en master 2 à l’université de Yaoundé. Je suis donc artiste plasticien. Alors qu’est qu’un artiste plasticien ?  C’est celui ou celle qui a pour métier de faire de la peinture, du dessin, de la sculpture, de l’art contemporain. À travers la peinture je m’exprime en tant qu’artiste.

Quand est-ce que vous avez commencé à vous intéresser à ce métier ?

Depuis le collège et le Lycée, j’ai été très séduit par le métier artistique. J’étais passionné par les peintures, les dessins. Avec un père architecte, même s’il ne pratique pas ce métier, il y a un peu de l’art dans l’architecture et une maman couturière ça aide un peu. Je m’inspirais de mon milieu et c’est mes sources d’inspiration. Je copiais aussi chez les grands artistes tchadiens comme Mahamat Djimadibeye et beaucoup d’autres. J’ai commencé par là avant ma formation. Je me suis dit pourquoi ne pas être formé dans ce domaine, être professionnel et représenté le Tchad dans certaines instances. J’étais en deuxième année de sociologie et je dessinais sur le banc et mon professeur. Un jour, il me dit. Pourquoi tu n’es pas allé dans une école d’art ? En 2014, j’ai commencé mon parcours professionnel artistique, les parents n’étaient pas d’accord, mais c’est ce que je voulais faire. Ils ont fini par accepter mon choix cela m’a donné de force.

Si vous définissez l’art plastique, c’est quoi ?

C’est donné de la forme, modelé à travers la peinture à travers le dessin la sculpture, la céramique, etc. Je me suis spécialisé en peinture et sculpture. Je fais aussi la picto sculpture. C’est un procédé qui consiste à faire de la sculpture et de la peinture. On peut soit sculpter et peindre ou peindre et faire de modèle, de relief il est un mélange de peinture et de l’image. La sculpture taille donne de la forme à travers un support afin de passer un message.

Quel message transmettez-vous via la peinture ?

 À travers ma peinture j’aborde beaucoup de thématiques : le social et l’actualité. Par exemple le mariage dans toutes ses formes, l’exode rural, la scolarisation de femmes, le problème de migration. Pourquoi les jeunes Africains sont portés vers l’exile, le chômage, etc. Ça fait 2 ans et demi que je suis rentré au pays, je continue mon cursus en ligne déjà à travers la peinture. J’ai mon label qu’on appelle « black panther » pour imiter un peu Aimé César, mais quand je travaille, je crée une œuvre artistique sur l’actualité, le spectateur doit être à mesure de se reconnaître et communiquer avec l’œuvre. À défaut de prendre le micro pour chanter ou faire du cinéma, je m’exprime à travers les couleurs quand je vois du vert c’est le calme, le rouge, le rose, le blanc sont de couleurs chaudes. L’art pour moi c’est plus qu’un métier, c’est une passion. La peinture, c’est ma respiration, quand vous arrivé chez moi tout est peinture.

Comment choisissez-vous vos peintures et ses couleurs ?

Le choix de couleur de la peinture dépend de mon humeur, parfois je peux me réveiller content alors j’envoie de la couleur vive et si je me lève triste j’utilise les couleurs sombres. Mais arrivé à un moment je me suis dit que je sois content ou pas, je travaille avec une certaine idéologie. La peinture c’est la science. Je fais de la peinture mon credo pour un meilleur mode de vie. J’utilise la couleur pour la psychologie de la personne, par exemple je choisis un artiste musicien et je le peins avec des couleurs qui correspondent à son comportement. Il y a des couleurs chaudes et de couleurs froides, elles varient selon l’état d’esprit de la personne (captivant et apaisant).

Il y a-t-il une température idéale pour peindre ?

Tous les artistes du temps ont peint avec la lumière du jour. Pour mieux peindre, on choisit la lumière du jour, on peint dans des endroits comme le hangar, le jardin, on peut peindre dans un studio très beau comme celui de IalTchad Presse, le studio Saleh Gaba, un artiste de votre métier, le journalisme. Par exemple, il y a certain détaille, c’est-à-dire on ne peut pas faire dans la nuit avec la lumière électrique. Il y aura de la lumière dans la couleur. Moi je travaille avec la lumière ambiante jusqu’au petit matin.

Avez-vous déjà participé à une exposition des arts plastiques ?

Oui en deuxième année avec des étudiants d’arts plastiques au Cameroun. Il est impératif de montrer, d’exposer son travail à la fin de la deuxième année, j’étais le seul tchadien c’était une exposition collective. J’ai aussi fait d’autres expositions toujours au Cameroun. A mon actif j’ai 4 expositions. J’ai présentement un projet pour faire des expositions solos à l’étranger ou même collectives. Ici au pays je n’ai pas encore eu la chance de faire mes expositions seulement un petit show lors de l’évènement « Youth Connect ». J’étais très content de partager cette expérience, sinon zéro expo au Tchad.

Avez-vous vendu beaucoup de tableaux jusqu’aujourd’hui ?

C’était au Cameroun, j’ai offert un petit tableau en miniature à un directeur tchadien au Cameroun et bizarrement il m’a invité à la maison et parmi ses invités il y avait le petit fils de Momet Gandji à qui mon tableau a beaucoup plus, il a demandé à partir avec en Inde et le directeur dit « comme c’est mon petit qui l’a peint, il peut m’en faire un autre » ce fut un plaisir même si je n’ai pas reçu d’argent. J’ai fait un tableau de Casimir Ningar, quand il a vu il était content et m’a fait un chèque de 15000 Fcfa, c’est l’un de tableaux le plus chers que j’ai vendu au pays sinon à l’étranger j’ai pu même vendre à 200 et 25 0000 Fcfa. J’ai vendu presque une vingtaine de tableaux justement. J’ai beaucoup de projets et le manque de financement qui retarde de la réalisation de ces projets.

Avez-vous un galeriste ?

Non je n’ai pas de galeriste, ce qui est vraiment dommage. Tout récemment j’ai appris qu’il y a une galerie qui vient d’être créée en partenariat avec l’Institut Française du Tchad (IFT), qui est situé au quartier Abena. Bien que ce n’est pas quelque chose de grand, mais ça peut aider. Je pense faire ma propre galerie pour exposer les œuvres de tous les artistes, créer un espace d’exposition, de diffusion, de promotion et de valorisation parce que je suis arrivé à un constat selon lequel au Tchad, il n’y a pas d’École d’art digne de nom.

Quels sont vos autres hobbies à part la peinture ?

 J’aime beaucoup voyager, aller au cinéma et j’adore écouter de la musique, je fais de freestyle. Au Tchad il n’y a pas vraiment une institution qui réunit l’art c’est écœurant, ce qui fait que les œuvres ne sont pas valorisées. L’IFT est devenu le seul lieu de pèlerinage des artistes où ils peuvent  diffuser leurs œuvres dignement. Pourtant, il existe un ministère chargé des artistes et de leurs œuvres. C’est vraiment lamentable. En 2015 à Yaoundé, l’enseignant nous a donné un exercice à sculpter, on doit acheter une igname et donner la forme à cette igname. J’étais dans ma chambre et je me demandais où est ce que je peux trouver igname puisque je n’ai pas d’argent pour acheter alors j’ai pris le savon qui était sur la table, je me suis dit en tant qu’artiste il faut être créatif, je me suis mis à sculpter le savon j’ai eu le résultat demander. Le matin quand le prof a demandé ou est ton travail j’ai mis ma main dans ma poche et sorti mon œuvre il a dit ce l’exercice la qui est dans la poche et j’ai répondu oui. Il a pris observé et m’a dit « ah le petit tchadien est talentueux », il a fait le tour de classe avec et a dit prochainement il faut sculpter sur le savon. Mes camarades ont dit merde tu nous as donné du boulot compliqué. Présentement, on a inclus cette technique au baccalauréat en art au Cameroun. Dans ma concession vous pouvez remarquer j’ai peints les murs et accrocher de tableaux partout ce qui donne une valeur très esthétique.

Où vous vous procurez vos matériels ?

Les matières utilisées pour la peinture en manquent réellement au Tchad, il est très difficile de trouver les tissus, les voiles. Je suis obligé d’utiliser les peintures de bâtiments pour réaliser mes œuvres, ces peintures sont vraiment toxiques et un peu compliquées à travailler, mais comme j’aime mon travail je l’utilise. Pourtant au Cameroun, nous avons les peintures à eaux qui sont non nuisibles à l’environnement et moins encore pour l’artiste. Un artiste doit être toujours innovant, créatif, donc j’essaie de nouveaux matériels locaux pour les adapter à mon métier.

Aimez-vous la cuisine ?

La cuisine est aussi un art, j’aime faire la cuisine tchadienne surtout le èche (la boule). J’ai appris à cuisiner depuis le pays et à l’étranger comme je vivais seul, je cuisinais pour moi et parfois pour des amis que j’invite. Si je me marie un jour et que je tombe sur une femme qui ne sait pas cuisiner ce n’est pas grave je le faire moi. Je suis un excellent cuisinier (rire).

Vivez-vous de votre art ?

En priorité je vis de l’art par rapport aux aînés malgré les difficultés je m’en sors bien. En une semaine je pourrais avoir 30 0000 Fcfa. Je crois que les Tchadiens commencent à s’intéresser aux arts et il est de mon devoir d’amener les gens à aimer l’art. Certains valorisent l’art, mais n’ont pas le moyen d’acheter. Il faut toujours faire quelque chose pour « IalTchad », nous sommes les fils du Tchad on peut aller où on veut, mais on revient toujours au bercail pour apporter notre pierre à l’édifice pour un meilleur avenir.

Réalisation Mariam Mahamat Abakar

Khayar Oumar Defallah est un enseignant et écrivain. Il a aussi occupé de hautes fonctions administratives et politiques telle que celle de Ministre de la culture, jeunesse et des sports. L’auteur du “ fils du nomade”, un œuvre autobiographique, est aujourd’hui conseillé à la primature. Il nous a reçus à son bureau. L’éducation, la culture, son œuvre, ses projets, sont au menu de notre rencontre avec l’éducateur Khayar. Il s’est prêté sans détour à nos questions.

Ialtchad Presse : Qui est Khayar Oumar Defallah ?
Khayar Oumar Defallah : Je suis K.O.D. J’ai 65 ans. Je suis marié et père de 4 enfants. Je suis à la veille de ma retraite de l’Éducation nationale. Je suis présentement conseiller technique du Premier ministre chargé de la Culture, de la Jeunesse et Sports. Je suis héritier de parents nomades chameliers.

Ialtchad Presse : Le secteur de l’enseignement connaît des difficultés de tout ordre. Quelles sont-elles ?
Khayar Oumar Defallah : J’ai 38 ans de métier. C’est un domaine où on ne peut pas tricher. Il faut l’aimer pour le faire correctement. Il est délicat. Dieu merci j’ai choisi parmi tant de professions celui d’être enseignant. Je l’ai fait avec dévouement malgré les contraintes liées à son exercice.

Ialtchad Presse : On parle de manière récurrente de baisse de niveau et de décrochage scolaire. À qui la faute ?
Khayar Oumar Defallah :
La querelle autour de la baisse de niveau est aussi vieille que l’école. Tout le monde est coupable : les enseignants, l’État, la formation des formateurs etc.

Ialtchad Presse : Quelle place occupe la Culture et l’Éducation au Tchad ?
Khayar Oumar Defallah : Le budget de l’Éducation Nationale est un des plus gros. Cet effort consenti par l’État ne permet pas permet pas, à bref échéance d’atteindre, l’objectif de l’Éducation pour tous. Une éducation de qualité pour former une élite intellectuelle qui pourra préserver les intérêts vitaux du pays face à ce monde de concurrence et de compétence qui entoure notre fragile Tchad.

La culture est devenue le cinquième roué qui ne sert que lorsque la voiture Tchad tombe en panne. L’artiste, le créateur est marginalise. Savez-vous plusieurs de nos instruments musicaux, surtout ceux qui fonctionnent aux vents, ne peuvent plus être joués faute de relève. Les jeunes ne veulent pas être indexés comme “griots”. Ce phénomène s’amplifie. Regardez l’âge de ceux manient ces instruments lors des cérémonies traditionnelles. Pourquoi cela ? Parce qu’au pays le griot et l’artiste ont une mauvaise image. Alors qu’il est indispensable, plus qu’indispensable d’introduire l’enseignement artistique à tous les niveaux dans nos écoles. Avant cela, il est important de créer des écoles pour les formateurs et les professeurs d’art. L’objectif est de pérenniser notre culture.

Ialtchad Presse : Que retenir de votre ouvrage “Fils de nomade” ?
Khayar Oumar Defallah : De cet œuvre, il faudra retenir le message suivant : apprendre chaque jours de la diversité de mon pays. Un citoyen se construit sur des bases philosophiques très simples. Il se doit de développer le savoir-vivre, le respect, la tolérance, la solidarité, l’écoute de l’autre et le pardon. Je profite toujours des instants qui passent pour observer et écouter ceux qui m’entourent.

Ialtchad Presse : Dans cet ouvrage vous faite un plaidoyer pour l’éducateur. En quoi l’éducateur est différent de l’enseignant ?
Khayar Oumar Defallah : L’éducation est différent de l’enseignement. L’enseignant donne des notions alors que l’éducateur se donne une mission. Une sorte de sacerdoce. L’éducateur enseigne des notions, développe la curiosité de l’élève mais aussi son esprit critique, le savoir-faire, le savoir être et le savoir-vivre. Tout cela pour le préparer à être un citoyen utile à son pays. Par ses dires et ses faits et gestes inculquent des valeurs positives à ses élèves. Entre autres des valeurs : d’honnêteté, l’amour du travail bien fait et le don de soi pour être un agent de progrès pour soi-même et pour son pays.

Ialtchad Presse : Votre conviction, vous le dîtes “se former soi-même et former les autres”. Avez-vous le sentiment de l’avoir réalisé ?
Khayar Oumar Defallah : Je ne sais pas. Je ne peux me juger moi-même. Mais du fait que tous ceux que j’ai enseigné ont à différents niveaux (banques, administration, politique, organisations internationales) réussie une vie professionnelle. Encore aujourd’hui plusieurs me consultant pour l’orientation de leurs enfants. Je me dis que mon apport n’a pas été inutile.

Ialtchad Presse : Avez-vous des projets d’écriture dans les tiroirs ?
Khayar Oumar Defallah : Je travaille sur la suite du “Fils de nomade”. Il y a d’autres projets d’écriture en gestation et de participation à des films.

Ialtchad Presse : Que pouvez-vous nous dire de la politique actuelle au pays ?
Khayar Oumar Defallah :
Vous savez en politique 1 + 1 ne font jamais 2. Je suis un observateur attentif. Je constate comme plusieurs la pléthore des organisations politiques et les débats jusqu’ici civilises entre les acteurs. Je préfère bien sûr le débat d’idées que les armes. De mes observations et réflexions naîtront une pièce de théâtre ou un film.

Ialtchad Presse : Votre dernier mot. Qu’avez-vous envie de dire ?
Khayar Oumar Defallah : Il faut dire à notre jeunesse de continuer de croire en elle-même. Qu’elle doit croire en ses capacités, Ne pas se laisser décourager par les contraintes du moment. Permettez-moi de paraphraser Patrice Lumumba en affirmant ceci “l’avenir de notre pays sera beau. Il sera encore plus beau si chacun y apporte son intelligence et sa compétence”.

Propos recueillis par Moussa Yayami, Hamid

Enseignant, écrivain et homme politique, Dr Ali Abdelrahmane Haggar est aujourd’hui Président du Comité de Pilotage de l’École des hautes Études Économiques, Comptables, Commerciales et Communication (HEC-Tchad). Rencontré par Ialtchad Presse, c’est à bâton rompus que Dr. Haggar aborde l’éducation, la culture, l’évolution politique du pays.

Ialtchad Presse : Comment vous présenter ?
Ali Abdelrahmane Haggar : La présentation qui me convient et à laquelle je suis attaché est celle d’enseignant. Enseigner c’est ma vocation. C’est la réalisation d’un rêve d’enfant. Le reste, ça vient, ça va.

Ialtchad Presse : Quels sont les tares du système éducatif tchadien ?
Ali Abdelrahmane Haggar :
Une des plus grandes tare est la baisse de niveau. Ce qui n’est pas sans conséquences sur la qualité des ressources humaines futures. À ce rythme, on risque de rater le XXI siècle, du moins dans sa première moitié.

Ialtchad Presse : La pléthore d’écoles privées dans la capitale est-elle indispensable ?
Ali Abdelrahmane Haggar : Moins de services publics induit un surplus de services privés. Franchement, je crois que le mieux serait de réglementer la création des écoles et des instituts privés. Une école, une clinique, ce n’est pas une quincaillerie.

Ialtchad Presse : Il y a-t-il une explication particulière à la baisse de niveau scolaire ?
Ali Abdelrahmane Haggar : Oui mais il y a des gens qui sortent du lot. Mais il y a beaucoup de choses à faire dans ce sens. Les raisons sont autant structurelles que conjoncturelles : insuffisance de structures d’accueil, pas assez d’enseignants, peu de qualification, les grèves perlées, l’école a perdu un peu de son hora du fait de la promotion de la médiocrité etc. Les solutions existent. Elles sont dans les documents des états généraux de l’éducation. La volonté de bien faire inonde le monde.

Ialtchad Presse : Vous avez fondé HEC-Tchad, quel est l’apport de cette au pays ?
Ali Abdelrahmane Haggar : “Apprendre, pour entreprendre” est la devise de l’école. “ Construire des infrastructures d’accord ! Mais des homes d’abord” est notre idéal. L’apport de cette école c’est 417 jeunes gens en train de travailler dans différents domaines dont plus de 75% dans le privé.

Ialtchad Presse : Haggar comme écrivain, quelle opinion avez-vous de la littérature tchadienne ?
Ali Abdelrahmane Haggar : La littérature tchadienne est jeune, dynamique et variée. Chacun écrit en plongeant sa plume dans l’encrier de son univers culturel, sentimental etc. Le Tchad est varié et sa littérature est tout autant. Ndjekeri est aussi beau à lire que Ghazali ou Ouaga D, ou Koulsy ou Khayar ou Christine Koundja etc. De ce côté on n’a pas à désespérer. Le problème c’est l’édition et le lectorat. Au Tchad on ne lit pas beaucoup.

Ialtchad Presse : Plusieurs pensent que la culture n’a jamais été un souci pour nos gouvernants. Partagez-vous cette affirmation ?
Ali Abdelrahmane Haggar : La culture “cultiver”, si. La culture “cultivant”, non. Avec la TVT, un effort est en train d’être fait mais beaucoup reste à faire. Après tout, je suis optimiste. Le Tchad ce n’est pas l’Égypte. À chacun ses pyramides. Je dois cependant demander à nos gouvernants de mettre un peu plus de moyens à la promotion de la culture qui ne doit pas être résumé à l’unique élection “Miss Tchad”

Ialtchad Presse : Comme homme politique, quelle lecture personnelle pouvez-vous faire de l’évolution politique du pays ?
Ali Abdelrahmane Haggar : On évolue mais tant qu’on ne prépare pas la dévolution pacifique de paix, des rares alternances par le truchement des urnes, il y aura toujours l’incertitude. Et puis la paix, il faut la faire, il faut la faire. Le Tchad a besoin des généraux de la paix, ça suffit les généraux. Voilà pourquoi j’apprécie le retour du président Goukouni Weddeye, de Nahor et la visite d’IDI au Soudan. Il y a aussi l’épineuse question de l’armée qui doit nous obliger à appuyer les résolutions des états généraux de l’armée.

Ialtchad Presse : Pour conclure Docteur ?
Ali Abdelrahmane Haggar : Merci Ialtchad Presse et à la diaspora qui tire le Tchad vers le haut. C’est la prévue qu’il n’y a que les enfants du pays pour le sortir de l’ornière. Cela me rappelle le titre d’un livre de Richard Wright “ Un enfant du pays”. Courage et bonne chance.

LITTÉRATURE   TCHADIENNE : vie de Joseph Brahim Seid Needi

Nous ouvrons cette rubrique Littérature tchadienne du journal en ligne ialtchad Presse par un hommage au tout premier écrivain tchadien, Joseph Brahim Seid Needi grâce à un texte très intéressant que lui a consacré un autre compatriote écrivain Noël Nétonon Djékéry, texte lu pour vous par le journaliste Ladjal Callixte.  

Joseph Brahim Seid Needi aurait eu 90 ans le 27 novembre 2017 mais hélas, l’homme qui aimait tant son pays avait tiré sa révérence pour ne pas assister aux obsèques de son pays le Tchad.

En effet, Joseph Brahim Seid Needi est né le 27 novembre 1927 en pays Gor dans le Logone Oriental. Il est mort en 1980 au moment où le Tchad était déchiré et ensanglanté par une guerre entre les tendances politico militaires et groupes armés qui ont déferlé à N’Djaména à la faveur des événements qui ont éclaté le 12 février 1979 à N’Djaména avant de gagner le reste du pays. Selon Noel Nétonon Djékéry un autre grand écrivain tchadien qui a consacré un texte très intéressant  sur Joseph Brahim Seid Needi, l’homme s’éteint éteint au moment où les démons de la guerre se sont à déchiqueter le Tchad. S’était comme si, poursuit Ddjékéry, le patriote élégant   qu’avait été Joseph Brahim Seid Needi avait tiré sa révérence pour ne pas avoir à supporter le spectacle macabre de sa terre natale livrée à la voracité des chiens.

Entre 1927 et 1980, soit une parenthèse d’à peine 53 ans, nous révèle Djékéry, Joseph Brahim Seid Needi aurait vécu plusieurs vies. Il commence puis abandonne successivement des études de médecine à Ayos au Cameroun, puis de pharmacie à Brazzaville, abandons tous imputés à son indocilité. Dans ce texte consacré à Joseph Brahim Seid Needi, Noel Djékéry nous révèle un homme au parcours atypique  qui a passé 1 mois en prison pour atteinte à l’ordre colonial. Après un séjour d’un mois en prison, Brahim Seid quitte le Tchad et devient brièvement aide maçon au Soudan. Ensuite, il rejoint le Caire où il reprend ses études secondaires. Il y obtient son baccalauréat, ce qui lui permet d’aller étudier  le droit à Lyon en France. Diplôme en poche, Joseph Brahim Seid Needi rejoint son pays natal le Tchad, fraichement proclamé indépendant et y exerce le métier de juge. Il sera ensuite nommé ambassadeur du Tchad en France. Au terme de cette carrière diplomatique, il est rappelé au Tchad et  intègre le gouvernement de l’époque comme ministre de la justice.

Comme on peut le constater à la lecture de ce texte consacré à Brahim Seid Needi, l’homme n’a pas été écrivain au début mais il s’est révélé comme un grand écrivain patriote qui aime son pays.

Ce qui frappe d’entrée dans les titres retenus par Joseph Brahim Seid Néedi, pour ses 2 ouvrages, nous confie Djékéry, c’est chaque fois la mise ne exergue du nom de son pays : Au Tchad sous les étoiles, Un enfant du Tchad. Cette référence constante à son pays le Tchad sa terre natale signifie clairement que la plume de Joseph Brahim Seid Néedi n’écrit point pour lui-même, mais se veut la voix des siens. Il s’inscrit ainsi nous dit Djékéry, dans cette forte tradition inaugurée par Aimé Césaire en ces termes « …. Je viendrai à ce pays mien et je lui dirai : « … Embrassez-moi sans crainte…Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai ».

Pour Noël Djékéry, l’écrivain Joseph Brahima Seid Needi est un visionnaire qui, en choisissant d’être porte-voix de son pays, Joseph Brahim Seid Needi s’est mis au diapason d’autres auteurs africains comme Tchicaya U Tamsi, Mongo Béti et les autres. Ce qui tranche chez Joseph Brahim Seid Needi par rapport à ses confrères et contemporains, c’est la dimension quasi prophétique de ses écrits, particulièrement du recueil des contes «  Au Tchad sous les étoiles », souligne  Djérkéry qui fait remarquer que les contes tirent leur source de l’oralité, cependant, les contes rapportés par Joseph Brahim Seid Needi n’ont pas été  simplement collectés auprès de leurs dépositaires et livrés au public sans mise en perspective ne reformulation. Ces contes ont été structurés, insufflés de l’histoire du pays et du génie poétique propre à Joseph Brahim Seid Needi qui a fait de ces contes, une arme de désenvoutement massif contre les maléfices qu’il sentait planer au dessus de son pays.

Joseph Brahim Seid Needi savait que son pays le Tchad est porteur d’une histoire lourde et d’une mémoire  blessée. Il a avait conscience que les Tchadiens qui sont les siens, issus de peuples dont les différences ont été exploitées durant des années à des fins d’asservissement, n’allaient pas s’affranchir facilement des haines qu’on leur avait inculquées. Il a utilisé les contes pour mettre les Tchadiens en garde contre les démons de la division, pour les exhorter à promouvoir entente eux la paix, la concorde et le dialogue.

Noël Djékéry nous apprend que ces contes recèlent la forte empreinte spirituelle de Joseph Brahim Seid Needi, une empreinte où s’entremêlent les différentes appartenances qui harnachent ou caractérisent la société tchadienne d’hier et et d’aujourd’hui.

 Pour Noêl Djékéry, Joseph Brahim Seid Needi est un personnage complexe. Il est catalogué ou catégorisé tantôt comme musulman, tantôt comme chrétien mais cet étiquetage n’est qu’une solution de facilité qui occulté difficilement la complexité  de ce personnage.

Car Joseph Brahim Seid Needi est le Tchadien fondamental qui s’assume par ses écrits à tout le moins, ses héritages musulmans chrétiens et animistes. C’est de ce subtil métissage que s’élève  cet inoubliable chant d’humanisme et de tolérance qu’est le recueil « Au Tchad sous les étoiles ». D’après Djékéry, des deux contes inauguraux du recueil, cette volonté syncrétique se trouve confirmée : Tchad pays d’abondance, de bonheur et d’amour ; Djingué ou la sagaie de la famille.

Jeunes, talentueux et chaleureux, Aché et Djamel sont aujourd’hui les nouvelles idoles du petit écran tchadien. Les deux animateurs ont su subjuguer les jeunes à travers une particulière alchimie de complicité et de maestria. Découvrez-les.

Ialtchad Presse : Parlez-nous de votre émission, quand elle a été lancée et pourquoi elle connaît aussitôt du succès vu l’audience ?

Aché et Djamel (A&D) : C’est une émission qui date de plusieurs années. Elle était au départ présenter par Hassan Silla (actuel directeur de la Télé Tchad) et nous nous avons juste change le concept en compétition inter quartiers et établissements scolaires en y ajoutant plus de musique, la danse et un (e) invite VIP. Le succès, ah oui les jeunes et même les adultes sont servis à travers Espace Jeunes. Ils ont enfin ce qu’ils espéraient. L’émission Espace Jeunes montre au monde entier une image de paix dans notre pays tout en cassant les stéréotypes. Nous parlons d’une émission où on peut voir des jeunes tchadiens sans aucune distinction s’épanouir, s’exprimer, se divertir à travers la danse, la musique…!

Ialtchad Presse : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous placer derrière le micro du petit écran ?

Djamel : Je l’ai déjà fait dans d’autres domaines artistique donc avec Espace jeunes ce n’est qu’une continuité.

Aché : L’amour du métier, j’adore ce que je fais pour le public, la jeunesse, les téléspectateurs et surtout mon pays.

Ialtchad Presse : Comment vous la vivez ?

A&D:
Nous la vivons plutôt bien, c’est une expérience de plus pour nous, beaucoup nous apprécient, nous encouragent et surtout veulent nous connaitre davantage, ça fait plaisir.

Ialtchad Presse : Que faut-il faire pour pouvoir participer ? Y a-t-il des exigences ?

A&D : Pour les candidats il suffit de se rapprocher de nous pour les sélections. Pour le public, l’entrée est gratuite pour les filles avec un nombre limité à 50 et pour les garçons, il suffit d’envoyer un sms de demande d’une invitation au 66 07 63 73 ou 95 93 40 20 pour avoir un billet d’accès à la salle The Blue night-club/Kempeski Hôtel, nous sommes joignable aussi par mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., il n’y a pas d’âge requis c’est de 7 à 77 ans comme Aché dit souvent… lol !

Ialtchad Presse : Parlez-nous de vos projets et espoirs de carrière ?

Aché : Pour l’instant, mon plus grand projet c’est de finir la saison 1 de l’émission avec succès. Quand à mes espoirs de carrière c’est de pouvoir servir la télévision tchadienne. Faire mes preuves et laisser mon empreinte dans le monde de la communication.

Djamel : D’abord boucler la 1ère saison avec succès, et le reste chaque jour qui se termine bien, sera un projet de réalise pour moi. Que Dieu me guide davantage au service de la jeunesse.

Ialtchad Presse : Que faites-vous en dehors de l’émission ?

Aché : En dehors de la télévision, je gère une toute petite société individuelle de communication et de prestation de service Ach innovation.

Djamel : (rire, j’ai plusieurs casquette) A part Espace Jeunes, je suis producteur jeunesse à Equal Access (une ONG américaine qui gère le volet communication du projet PDEV : Paix à travers le Développement), Général Manager à Djamel Production (production musicale, management artistique et événementiel), DJ (Disc-Jockey) MC (Master of Ceremony), Technicien en informatique, acteur cinéma et suis dans le showbiz aussi.

Ialtchad Magazine : Votre coup de cœur ?

Aché & Djamel : Un big up à notre jury, nos supérieurs de l’ONRTV, notre partenaire Kempinski Hôtel, tous les fans de l’émission c’est grâce à eux que nous persévérons et aussi les lecteurs de notre Ialtchad.

Entretien réalisé par Yasmine Kaman

Issakha Digadimbaye alis Mandargué est un de nos grands comédiens. C’est avec singularité qu’il aborde des questions aussi importante comme celles de l’homosexualité, du nord-sud, de l’abus de pouvoir etc. L’artiste est captivant et chaleureux. Il parle de sa carrière et des difficultés de son métier. Découverte.

Ialtchad Presse : Si on veut vous faire connaître à nos lecteurs, que leur direz-vous ?
Mandargué :
Je m’appelle Issakha Digadimbaye alis Mandargué. Je suis comédien membre fondateur et dirigeant durant 13 ans de la troupe théâtrale Hassan Djamouss. Depuis 2 ans, je suis président de la compagnie artistique “Mandagué”. Ma troupe théâtrale est composée de 2 actrices et 6 acteurs. Je suis marié et père de 3 enfants.

Ialtchad Presse : Comment êtes-vous arrive au théâtre ?
Mandargué : C’est Presque par hasard que je me suis retrouvé dans le mode artistique. Cependant, il ne manque pas des artistes dans la famille. En 1987, mon grand frère qui était alors directeur artistique du théâtre Sagaie du Peuple présente une pièce et il manquait un enfant. Il m’a sollicité. Après présentation de la pièce, il m’a avoué sa satisfaction. Ainsi ont commencé mes premiers pas dans le théâtre.

Ialtchad Presse : Tes importantes réalisations ?
Mandargué : Chamarakha bachtana, Unité (Germaine et Mahamat), Iyal théâtre, Député Mandargué, Cercle des autorités etc.

Ialtchad Presse : Et si je veux devenir artiste au Tchad ?
Mandargué : Sans vouloir décourager quiconque, il faut s’attendre à un long chemin de croix. Et pour savoir combine c’est difficile dans ce pays, il faut vivre 1 jour seulement dans la peau d’un artiste. Pas des infrastructures nécessaires et avoir accès aux quelques rares infrastructures relève d’un labyrinthe de procédure et surtout des moyens démesurés. Le pire, c’est le manque de considération. On doit notre salut qu’en comptant sur soi-même.

Ialtchad Presse : Y a-t-il des astuces pour devenir un grand comédien comme vous ?
Mandargué : Pas vraiment, sauf quelques conseils. Aimer son travail, cohabiter avec l’indifférence de nos dirigeants, accepter les critiques d’où qu’elles viennent et surtout s’armer de persévérance.

Ialtchad Presse : Avez-vous un message à passer pour vos fans ?
Mandargué : De toutes mes luttes, la force et mon espoir ont été mes fans. Ils sont aussi en quelque sorte mes sources d’inspirations et ma croyance envers eux est inébranlable. Je leur dis merci pour leur soutien moral et intellectuel, je leur dois une reconnaissance infinie.

Ialtchad Presse : Pour finir mandargué ?
Mandargué : Je ne peux achever cet entretien sans concéder que ce Magazine est une opportunité pour bien des gens. Vous êtes un portail pour la culture, la jeunesse et pour bien d’autres activité socioculturelles. Je vous souhaite longue vie.

Entretien réalisé Fatimé Mahamat

Tidjani Brahim est né le 10 mai 1960 à N’Djamena. C’est un artiste peintre contemporain et muséologue de formation. Il est diplômé de l’École Nationale des Beaux-Arts (ENBA) et l’École de Formation à l’Action Culturelle (EFAC), de l’Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle (INSAAC) d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Ialtchad est parti le rencontrer dans son atelier, nous vous invitons à le découvrir.

Ialtchad Presse : Qui est Brahim Tidjani ?
Brahim Tidjani : Artiste peintre tchadien d’expression plastique contemporaine.

Ialtchad Presse : Comment votre carrière a commencé ?  Quel a été votre parcours ?
Brahim Tidjani : Cet engagement dans le domaine de la teinture artistique est jalonné d’un long parcours doté d’expériences pertinentes, périlleuses mais aussi passionnantes. Aux prémices de cette carrière en 1987, grâce à des manifestations artistiques organisées par des institutions culturelles telles le Centre des collégiens et lycéens (CCL) actuel Centre Emmanuel où j’ai exposé pour la première fois, le Centre culturel français (CCF) de N’Djamena et de Ougadougou où quelques prestations collectives s’en sont suivies successivement autour des expositions communes à des artistes locaux et étrangers, ont permis au peintre autodidacte que j’étais de montrer mes productions et les faire découvrir au public. L’aventure artistique commence avec un style particulier de l’art populaire dit “art naïf”, inspiré des scènes de vie quotidienne. C’était la période productive de tableaux décoratifs, exécutés au moyen de la gouache, chargée de sens et d’humours, aux formes et aux couleurs multiples, intéressant bon nombre d’adeptes. C’est bien entendu suite à cette relative “popularité” que vînt tout a fait l’occasion saisie pour une formation académique aux Beaux-arts d’Abidjan.

Au Beaux-arts d’Abidjan, j’étais confronté aux dures réalités académiques où je dois réapprendre tout ce que je croyais savoir et dont je ne maitrisais pas réellement. Ayant présenté le “presse book” montrant la photographie de mes productions dites “naïves”, celle-ci ont fait l’objet de remarques, de critiques acerbes et virulentes. Elles ont été qualifiées de nulles, de vides, de rien du tout, de n’importe quoi! Cette situation inattendue m’a fait subir un choque moral à tel point que j’ai tenté de démissionner. Il a fallu les précieux conseils des amis et le soutien moral de ma famille malgré la distance qui nous sépare, pour m’encourager à affronter l’adversité, en acceptant les avis comme tels et continuer ainsi, les études artistiques. Le compteur une fois remis à zéro, ce fût un nouveau point de départ dans le temple du savoir intellectuel artistique. Depuis lors mon style d’autodidacte s’est heurté à l’enseignement académique de 1993. Heureusement cette formation a été bénéfique à plus d’un titre, non seulement dans l’acquisition de connaissances théoriques de base utiles à la compréhension des données liées au savoir artistique et les méthodes pratiques du savoir-faire nécessaires au perfectionnement, mais aussi dans l’accumulation des expériences professionnelles sur le marché de l’art ivoirien, à travers diverses prestations individuelles et collectives. Ce fût la métamorphose totale à travers une maturité artistique, une ouverture d’esprit, une nette vision, dans un changement de style radical, sous l’influence positive d’une nouvelle tendance d’expressions artistiques contemporaines africaines.

D’où l’initiative de créer l’Association “des peintres de l’Échange”, avec diverses prestation autour d’expositions d’œuvres conceptuelles à Abidjan. Suite aux événements malheureux survenus en Côte-d’Ivoire, je suis de retour à N’Djamena depuis décembre 2002 où je mène diverses prestations ; l’enseignement des arts plastiques à l’école et parallèlement des cours de peinture à des particuliers.

Par ailleurs, je consacre le libre de mon temps à des productions en atelier, et bien d’autres actions menées en terme d’animation d’atelier de créativité dans la formation des peintres locaux tchadiens, autodidactes aux techniques de base de la peinture abstraite, mais aussi l’encadrement de bon nombre d’enfants aux techniques de base du dessin, d’illustration et de couleurs.

Outre diverses expositions individuelles ou collectives, s’inscrivent à mon actif des contributions d’actions sociales au moyen des ventes aux enchères et autres réalisations de fresques, illustrations de cartes de vœux etc.

Ialtchad Presse : Quelles sont vos sources d’inspirations actuelles ?
Brahim Tidjani : Je m’exprime dans un langage plastique à connotation plurielle à travers diverses sources d’inspirations conceptuelles puisées dans mon terroir notamment, les traditions tchadiennes en particuliers et africaines en général.

Ialtchad Presse : Et si on veut comprendre les démarches plastiques ?
Brahim Tidjani : Concernant les démarches plastiques, la technique de productions picturale se résume essentiellement à l’usage de la peinture à huile et l’acrylique avec des insertions d’objets et de collage des matières sur des toiles marouflées, sur du bois ou sur du fer comme supports. Au niveau de la conception, les lignes de construction et les formes tantôt dynamiques tantôt statiques sont saisies en surface, dans l’équilibre des masses. Au niveau des couleurs, la palette à dominante chaude est en rapport avec l’environnement immédiat. Il s’agit des couleurs terre, rouge, ocre jaune etc. avec une opposition d’ombre et de lumière, une vibration des rythmes et la force des symboles, l’équilibre de masse en perpétuel mouvement. Quant au collage des matières pour leurs textures, je cherche la structure du volume et le relief pour leurs effets par la procédure d’exploitation de matériaux de récupération et du recyclage. D’où l’intégration de sable, argile, sciure de bois, feuille morte, cendre, morceau de tissus, ficelles, papier mâché, poudre de verre, perles, plastiques, métaux etc. Cette opération de construction aux multiples aspects fait appel à la combinaison d’éléments réels aux formes imaginaires. Le tout exprimé dans une confrontation d’idées, un affrontement à mille et une variations avec le support.

Ialtchad Presse : Avez-vous des références dans votre domaine ?
Brahim Tidjani : En termes de référence dans le domaine de la peinture artistique au Tchad, je cite l’artiste plasticien tchadien Badaoui qui est aussi peintre, calligraphe, sculpteur et designer. C’est un professionnel au parcours exceptionnel, doté d’expérience artistique multidimensionnelle qui fait preuve d’un grand talent remarquable connu pour son art d’expression majeur et qui demeure incontestablement le pionnier de la peinture artistique au Tchad. J’admire son esprit de professionnalisme et l’exigence de la qualité. Aussi, j’admire bien d’autres professionnels du métier artistiques en Afrique et dans le monde.

Ialtchad Presse : Lorsque vous entamer une toile, avez-vous déjà une idée du travail final ?
Brahim Tidjani : Objectivement oui. Subjectivement non. En ce sens que le sujet faisant l’objet de production n’est qu’un prétexte. Par ailleurs, une œuvre d’art ne finit jamais, on l’arrête à un niveau de satisfaction donné. Cependant je suis toujours animé par les soucis de bien faire et du bien accomplis.

Ialtchad Presse : En plus de votre métier d’artiste peintre, vous êtes professeur d’art plastique au Lycée Montaigne. Comment concilier vous les deux ?
Brahim Tidjani : L’enseignement des arts plastiques à l’école est un auxiliaire pratique d’instruction à l’éducation, dans l’esprit d’éveil, de créativité mais aussi dans la culture générale. Le travail en atelier libre est une activité personnelle menée à loisir certes, mais exige aussi plus de temps et de concentration maximum pour parvenir à des bons résultats. Je saisi donc les moments qu’il faut pour cela. Les deux types d’activité avec et sans contraintes.

Ialtchad Presse : Qu’aimeriez-vous que les gens retiennent de vos œuvres ?
Brahim Tidjani : Des œuvres qui donnent à réfléchir sur l’art comme structure de vie du passé qui rappelle une perception du présent. Un apport esthétique contemporain comme sources de savoir intellectuel et de médiations, d’éducation et d’action positive, des formes artistiques formidables, extraordinaires, agréables et symboliques d’expressions modernes, subtiles, aux dimensions plurielles, d’échos intérieurs et extérieurs, d’aspects situationnels, d’interrogations en quête de solutions, en tant que fruit de réflexion, de sensibilité, de pensée, de la destinée humaine.

Ialtchad Presse : À quel endroit aller pour découvrir vos œuvres ?
Brahim Tidjani : En permanence dans mon atelier de production, dans des institutions publiques ou privées ( ambassade des USA au Tchad, ambassade de France, le Centre Culturel Français de N’Djamena, le Lycée Montaigne etc.) et ailleurs telles la représentation du Tchad aux Nations-unies, au Musée municipal d’Abidjan et chez des particuliers.

Ialtchad Presse : Est-il facile de s’immiscer dans ce monde de la peinture ?
Brahim Tidjani : Relativement non. Le domaine de la peinture artistique nécessite des sacrifices énormes à consentir, des consécrations tant sur les plans physiques et intellectuels. Cet univers passionnel et contraignant est comme un magma souterrain où il faut se fonder en tant que matière, résister au bouillonnement, survivre dans la température ambiante et s’éclore le moment venu pour être fertile. Les vraies œuvres d’art naissent dans la douleur. Ce domaine est aussi et surtout celui de la persévérance.

Ialtchad Presse : Des projets d’expositions ?
Brahim Tidjani : Projet en cours si Dieu le veut, avec des peintres professionnels tchadiens d’expressions contemporaines d’ici à décembre 2010 à N’Djamena.

Ialtchad Presse : S’il vous est demandé de portraiturer ialtchad, que vous vient à l’esprit ?
Brahim Tidjani : Comme son nom l’indique ialtchad est une structure médiatique qui concerne de près et même de loin tous les fils et filles du Tchad qu’elle symbolise. C’est un joyau précieux, une lumière scintillante qui alimente l’esprit humain par des informations utiles et agréables. Nous vous sommes reconnaissants pour votre apport au développement de notre société sur le chemin de la modernité. Vous faites preuve de sagesse, de talent et de professionnalisme dans l’évolution de la presse au Tchad.

Entretien réalisé par Yasmine Kaman

Manga Jean Bosco : “De l’amour à la haine, le mariage devient mirage, les enfants en pâtissent.”

Titulaire d’une Maîtrise en Droit Privé, enseignant et journaliste, Manga Jean Bosco écrit un livre paru aux Editions SAO intitulé « Le réquisitoire des parias ». Ialtchad Magazine s’est entretenu avec lui.

Ialtchad Presse : Présentez-vous aux lecteurs de Ialtchad Magazine
Manga Jean Bosco : Je suis Manga Jean Bosco, natif de Guidma un petit village dans le canton Tikem, Sous-préfecture de Fianga, actuel Département de Mont Illi. Je suis d’ethnie Toupouri.

Ialtchad Presse : « Le réquisitoire des parias » votre livre, vient de paraître. Dans quel contexte est né cet ouvrage ?
Manga Jean Bosco : Étant issu d’un couple qui n’a jamais vécu, mon expérience personnelle a été moins douloureuse, parce que j’ai eu le privilège, d’avoir eu des grands-parents maternels formidables qui m’ont élevé et donné une éducation digne de ce nom. Ils m’ont redonné très vite confiance en moi-même et ont supplée valablement mes géniteurs. Il en serait autrement si ce domicile et cette famille de refuge ne nous avaient pas créée ces meilleures conditions d’épanouissement et de sécurité, ma petite sœur et moi. Ce phénomène des conséquences du divorce sur les enfants est un véritable drame, une véritable braise que couve notre société mais on semble le banaliser. Il faut attirer l’attention de la collectivité sur ce problème. On constate qu’il y a beaucoup de non-dits entre les enfants issus des couples divorcés et leurs géniteurs, d’une part et ces couples divorcés utilisent souvent leurs enfants comme « tirailleurs » mercenaires afin de se régler les comptes. L’enfant, être fragile et innocent, est manipulé selon les humeurs des adultes. Et son éducation dans tout ça !  C’est dans ce contexte trouble où l’enfant demeure la grande victime, le bouc émissaire, le dindon de la farce que j’ai lancé le débat dans ce livre intitulé « Le réquisitoire des parias ».

Ialtchad Presse : Pourquoi ce titre ?
Manga Jean Bosco : C’est un titre évocateur. La lecture synoptique de l’ouvrage fait état de sévères remontrances que celles ou ceux qui s’estiment être mis en marge de la société font à leur alter égo. Ce sont les reproches que je nomme « réquisitoire » et j’appelle parias les supposés marginalisés de la société. Dans cet ouvrage, vous retrouverez des femmes qui ne sont pas tendres avec les hommes. Elles ont une conception négationniste du mariage. Il y a également les hommes qui ne sont pas du reste et tirent à boulet rouge sur les femmes. Le conflit de génération occupe une bonne place dans le livre à travers plusieurs personnages.

Ialtchad Presse : Quand on lit attentivement le livre, il en ressort une autobiographie. Pensez-vous régler son compte à votre géniteur ?
Manga Jean Bosco :
Le livre est une œuvre de fiction. J’ai certes puisé mon inspiration à partir de ma propre vie, mais le parcours atypique de mon personnage principal que j’ai nommé Kolyang ne ressemble aucunement au mien ; moins encore celui de sa sœur Maïssankraï à la mienne. Je ne règle pas de compte avec mes géniteurs. Ils sont irremplaçables pour moi. Cependant, je veux établir un contact entre nous et tourner la page du passé.

Ialtchad Presse : Que peut-on retenir globalement de votre œuvre ?
Manga Jean Bosco : Le thème principal du livre c’est l’impact du divorce sur les enfants. Dans un ménage, l’amour est la pièce maîtresse et le reste n’est que des ingrédients. Quand l’amour s’évapore, le mariage ne devient plus qu’une association ou une société d’intérêts économiques. On passe ainsi de l’amour  à la haine, le mariage devient mirage.

Dingamnaïel Kaldé Lwanga

Enseignant, écrivain et metteur en scène, le jeune Ouaga-Ballé DANAÏ à bien voulu nous conter son propre itinéraire d'écrivain et sa passion pour ce métier. Il confie également à ialtchad, ses réflexions sur la littérature tchadienne et ses projets d'écriture. Les deux œuvres déjà éditées par Ouaga-Ballé DANAÏ en font de lui l'un des auteurs espoirs de la jeune littérature tchadienne.

Ialtchad Presse : Bonjour, qui êtes-vous, Monsieur Ouaga-Ballé DANAÏ ? Vous semblez ne pas être connu du  grand public tchadien. Pouvez-vous nous en dire plus sur vous ?
Ouaga-Ballé Danaï : Bonjour Hamid Kodi ! Il est vrai que je ne suis pas connu du grand public tchadien, mais je pense qu'il va me découvrir au fil des productions d'autant plus que certains journaux ont publié et publient des article sur mon travail et que je collabore de temps en temps avec le journal Carrefour dans la rubrique « Note de lecture ». Les raisons en sont simples : je suis parti de N’Djamena depuis 1985 et mon dernier voyage au pays remonte à 1990. J'estime aussi que je ne suis qu'au début de ma carrière d'écrivain et que le grand public pourra me découvrir le moment venu.
   Ceci étant, je suis né le 1er décembre 1963 à Sarh. Après le primaire dans la même ville, j'ai fait mes études secondaires au Lycée Félix Éboué, puis au CEG de Kyabé, au Lycée Ahmed Mangué avant de revenir au Lycée Félix Éboué où j'ai obtenu mon Bac A4 en 1984. Mon rêve était de faire des études supérieures de Journalisme ou de droit. Finalement, je me suis inscrit en Lettres Modernes à L'Université d'Abidjan où j'ai soutenu une thèse de 3ème Cycle en Littérature comparée. N'étant pas boursier, j'ai commencé dès la licence à enseigner dans des établissements en Côte d'Ivoire afin de payer mes études. Depuis 1998, j'enseigne au Lycée Eugène Marcel Amogho de Franceville (Gabon). En plus de l'écriture, je fais de la mise en scène. Cette année par exemple, nous avons remporté le prix du meilleur spectacle au Festival de Théâtre  Scolaire de Libreville 2002. Voici brièvement présentée ma personne. Les internautes qui voudraient en savoir plus peuvent visiter mon site : http://site.voila.fr/doballe

Ialtchad Presse : Comment conciliez-vous votre carrière professionnelle et l'écriture ?
Ouaga-Ballé Danaï :
Il faut dire qu'il n'est pas facile de concilier les deux, surtout en Afrique et quand on est enseignant. La dégradation des conditions de travail, les effectifs pléthoriques des classes sont des freins réels à la pratique de l'écriture. Il faut donc s'imposer une discipline de fer, gérer rigoureusement son temps. C'est ce que j'essaie de faire. Entre les copies, les préparations, les répétitions théâtrales, je dois écrire tous les jours, même une ligne. Ce qui ne vous laisse pas beaucoup de temps à consacrer aux amis. À partir du moment où l'on a décidé de faire de l'écriture un métier, il faut s'y consacrer entièrement. Hélas, on est obligé d'avoir un autre métier pour pouvoir vivre. L'écriture relève en définitive de la passion, du sacerdoce.

Ialtchad Presse : À quand remonte la révélation de votre penchant pour l'écriture ? Dites-nous comment vous est venue l'idée d'écrire pour la première fois ?

Ouaga-Ballé Danaï : Nous sommes tous des parturientes potentielles. Il suffit d'un déclic. L'écriture, on la porte en soi comme une grossesse parce qu'on a des choses à dire, des histoires à raconter. Je me rappelle, mes rédactions au collège prenaient des allures de fiction. Et quand on est dans une société pourrie, engluée dans les injustices, la corruption et autres maux, la révélation ne peut qu'être fulgurante, je dirai même foudroyante. J'avais emmagasiné tellement de choses pendant la guerre civile, peut-être inconsciemment, qu'une fois à Abidjan, dans mes moments de déréliction, j'ai laissé exploser ma révolte dans «La malédiction» en 88-89. L'écriture fut pour moi un exutoire pour résoudre toutes les contradictions que je portais en moi, disons une sorte de thérapie.

Ialtchad Presse : Parlez-nous en quelques mots de votre itinéraire d'écrivain ?

Ouaga-Ballé Danaï : Mon itinéraire d'écrivain est des plus banals. Lorsque j'avais écrit « La malédiction » (un roman au départ que j'ai repris en pièce de théâtre), c'était d'abord pour me libérer de toutes ces pesanteurs. Le fait de l'avoir dédiée au peuple tchadien et à mon père, victime de la guerre civile, n'est pas gratuit. Après avoir proposé sans succès en 1989 mon manuscrit au concours théâtral RFI, je l'ai gardé dans mon tiroir.
   En 1995, je l'ai proposé à mes étudiants de la troupe de l'Université de Bouaké que j'encadrais. Ils étaient en quête d'un texte. Poussés par le sentiment d'avoir été mal jugés lors de la 12ème édition du Festival de Théâtre Universitaire et Scolaire de Côte d'Ivoire (2ème au classement et prix de la meilleure actrice), mes acteurs m'ont demandé de leur écrire un autre texte, « L'enfant de Frica », qui leur permettra d'être lauréats à la 13ème édition avec le prix de la meilleure mise en scène en supplément. Ils m'ont par ailleurs encouragé, comme de nombreux spectateurs, à envoyer mes textes aux éditeurs. C'est ainsi que « La malédiction » a été retenue par L'Harmattan. « L'enfant de Frica » avait intéressé Les éditions Panthéon. Malheureusement, ce projet n'a pas abouti. Depuis lors, je n'ai cessé d'écrire. J'ai décidé de faire de l'écriture «un métier».

Ialtchad Presse : Quels sont les auteurs africains qui vous inspirent?
Ouaga-Ballé Danaï :
Je dirai plutôt des auteurs africains qui m'ont marqué par leur écriture. De par ma formation, j'ai beaucoup lu et ma profession m'amène à travailler des extraits d'auteurs de tout horizon. Je ne peux rester insensible à tout ce qui est beau. Je m'extasie donc devant un beau texte, face à l'originalité d'une œuvre. Je peux citer entre autres Sony Labou Tamsi, Ahmadou Kourouma, Boubacar Boris Diop, Aminata Sow Fall, Henri Lopés, Baba Moustapha, Koulsy Lamko, Aimé Césaire, Massa Makan Diabaté et que sais-je encore. Cette liste ne peut être close car ce qui m'intéresse, c'est d'abord la qualité de l'écriture.

Ialtchad Presse : - Pour quel public écrivez-vous de préférence ?
Ouaga-Ballé Danaï -
A priori, je n'ai pas de public cible. Lorsque j'écris, j'ai deux préoccupations : d'une part, l’universalité des thèmes abordés même si mes histoires sont inspirées de faits propres à un espace géographique donné ; d'autre part, le souci de la créativité, de l'originalité de mon écriture. Pour moi, tout homme doit pouvoir s'interroger après lecture de mes ouvres, se reconnaître dans les histoires que je raconte. Je n'écris pas uniquement pour le public tchadien ou africain. Cependant, cela ne m'empêche pas de puiser dans ma culture, d'être enraciné dans celle-ci.

Ialtchad Presse : Comment est née « La malédiction » ?

Ouaga-Ballé Danaï : Comme je vous l'ai déjà dit, « La malédiction » est née d'un sentiment de ras-le-bol. C'est l'expression de ma révolte. J'y ai mis toute ma rancœur, ma fougue et ma rage. J'avais envie de crier ma révolte, je l'ai fait et cela m'a vraiment libéré.

Ialtchad Presse : Qu'est-ce que vous voudriez qu'on retienne de la lecture de votre roman « Mon amour l'autre » ?
Ouaga-Ballé Danaï :
Question délicate car je préfère le plus souvent laisser la liberté au lecteur de faire sa propre analyse. Pour le même livre, il y a autant d'œuvres qu'il y a de lecteurs. Chacun l'interprète selon sa culture, ses compétences.
Néanmoins, je vais essayer de répondre à votre question. Dans « Mon amour l'autre », j'aborde plusieurs thèmes. Qu'est-ce que l'amour ? Pourquoi y a-t-il tant de haine dans notre société ? Quel regard ai-je sur autrui ? Le lecteur trouvera peut-être dans les histoires que je raconte, des réponses à ces interrogations. Mais attention, qu'il ne se laisse pas abuser par le titre.

Ialtchad Presse : Vous comptez déjà deux œuvres éditées, comment jugez-vous l'évolution de cette écriture ?

Ouaga-Ballé Danaï : Je trouve qu'il est prématuré d'en parler. En plus, j'estime que c'est aux critiques de la juger. Laissons-leur le temps de s'imprégner de cette littérature. Toutefois, je peux dire que de « La malédiction » à « Mon amour l'autre », je passe de la révolte à un peu plus de sérénité, tout en gardant un regard critique sur la société.

Ialtchad Presse : Laquelle de vos œuvres considérez-vous comme majeure ?

Ouaga-Ballé Danaï : Pour moi, chacune de mes ouvres a son histoire, ses particularités. Elles sont toutes majeures pour le créateur que je suis, avec leurs qualités et leurs faiblesses. On ne peut demander à une mère de choisir parmi ses fils ! Encore une fois, c'est aux critiques et aux lecteurs de faire leur analyse.

Ialtchad Presse : En général, lorsqu'on parle de littérature africaine, on parle plus souvent de l'engagement. Avez-vous l'impression de vous situer dans un courant particulier ?

Ouaga-Ballé Danaï : Pas un courant particulier. De toute façon, ces classifications sont subjectives. En revanche, mon engagement s'exprime dans mes œuvres. Pouvait-il en être autrement dans une société aussi gangrenée que la nôtre ? Comme le dit Césaire, l'écrivain est la voix des sans voix. Je dirai à ceux qui pensent que la littérature n'est que chimère et futilité dans un monde aliéné à l'avoir que la littérature est une arme redoutable. Mais n'oublions pas que ce qui fait la littérarité d'un texte, c'est d'abord la créativité. La dimension esthétique est fondamentale. Ce n'est pas en clamant haut son engagement qu'on acquiert le statut d'écrivain, c'est en créant.

Ialtchad Presse : Peut-on dire qu'il existe une littérature tchadienne ? Quels en sont le parcours historique et les grandes étapes ?
Ouaga-Ballé Danaï :
Bien sûr qu'elle existe, la littérature tchadienne ! On peut y voir trois grandes étapes :
- La période de collecte ou de réécriture des textes de l'oralité (contes, légendes) avec Brahim Seid, Antoine Bangui.
- La période des concours littéraires organisés par RFI (Théâtre et nouvelle) avec Baba Moustapha, Maïndoé Naïndouba, Djékéry Nétonon
- La nouvelle génération avec Djékéry, Koulsy, Haggar, Nimrod, moi-même.
Mon avis est que cette littérature est encore jeune en dépit de nos 42 ans d'indépendance et qu'il est encore trop tôt de parler de périodes. Ces écrivains travaillent de manière isolée. Il faut attendre et voir autour de quoi vont se cristalliser tous ces écrits. Il y a beaucoup de remous en ce moment dans le milieu culturel. Nous espérons que tout cela explosera en de belles créations. Vous remarquerez aussi que la plupart des auteurs sont hors du Tchad. Cependant, le mouvement commence à se faire sentir de l'intérieur et c'est un bon signe. C'est le lieu d'attirer l'attention des pouvoirs publics à encourager ces auteurs en aidant à la diffusion de ces œuvres. On pourrait les inscrire au programme scolaire et universitaire. C'est aussi l'une des raisons si le public tchadien ne connaît pas ses écrivains.

Ialtchad Presse : Quels sont les grands problèmes de notre littérature moderne, avez-vous des solutions à suggérer ?

Ouaga-Ballé Danaï : Il serait prétentieux de ma part de parler des grands problèmes de la littérature moderne, qui plus est, de suggérer des solutions. Je dirai simplement que la littérature est un regard sur la société. Elle évolue en fonctions des mutations de celle-ci. L'écrivain ne propose pas de solution, il bouscule la conscience du lecteur, l'amène à s'interroger sur la condition humaine, la destinée.

Ialtchad Presse : S'il vous était demandé aujourd'hui d'écrire un roman sur le Tchad, quel thème vous inspirerait ?

Ouaga-Ballé Danaï : Le thème de la guerre est récurrent dans notre littérature. Je l'ai déjà abordé dans mes deux ouvres, sous des angles différents. Ce qui m'intéresse, c'est de donner une vision universelle des thèmes et non de les confiner à l'espace Tchad. Une anecdote !
J'avais proposé à l'UNICEF Tchad un manuscrit jeunesse pour une aide à l'édition. Cela entrait dans le cadre d'un sponsor comme on le fait en musique. C'était aussi une manière de vendre l'image de la représentation de N’Djamena. Malgré la qualité du texte, on m'a reproché de n'avoir pas parlé du Tchad. J'en suis resté sidéré. Pensez-vous que le fait de n'avoir pas écrit le mot « Allaro » par exemple, ou d'avoir désigné mon espace par un autre nom que N’Djamena change réellement la gravité du phénomène que je veux critiquer ? Quelle place accordons-nous à l'imaginaire alors ? Évitons de tomber dans le journalisme qui a ses propres règles.

Ialtchad Presse : Quels sont vos projets d'écriture ? Avez-vous des projets d'articles et des livres en voie de finition ?
Ouaga-Ballé Danaï :
J'ai un roman jeunesse et une pièce de théâtre en lecture chez des éditeurs. Je suis en train de finir un recueil de poèmes. Parallèlement, je travaille sur un roman adulte et un roman jeunesse. Mon grand projet est d'écrire un livre sur la littérature tchadienne. Je suis  encore dans la phase de collecte d'informations. Je prie donc tout lecteur qui a des informations sur un livre écrit par un Tchadien de me les communiquer. Par ailleurs, j'invite tout chercheur intéressé par ce projet de me contacter.
Dernière nouvelle, je suis invité en novembre à présenter mon dernier livre au Fest'Africa de Lille (Festival organisé par notre compatriote Nocky Djedanoum). Ce sera l'occasion de me faire connaître un peu plus.

Ialtchad Presse : Auriez-vous un message à adresser à vos lecteurs et aux ialtchad ?

Ouaga-Ballé Danaï : Si les pays développés, malgré leur avance technologique, continuent de financer la culture, c'est parce qu'ils ont compris qu'un peuple sans culture est un peuple sans âme ; que la culture est au centre de tout développement. Ce message s'adresse à tous, politiques, intellectuels, hommes du peuple. Notre littérature est si balbutiante qu'il faut encourager les écrivains en divulguant leurs œuvres. Acheter un livre, c'est participer à la naissance d'une autre œuvre, c'est être fier de son pays et de sa culture.
Le second message est en faveur de l'unité au-delà de nos divergences. Et je crois que le nom que vous avez choisi, « Ialtchad », est un signe palpable du souci de tous les Tchadiens de s'unir et de participer au développement de leur pays. Je suis ouvert à toutes collaborations, à toutes correspondances. Je vous remercie de m'avoir donné cette opportunité et vous encourage dans votre initiative.
Ialtchad Presse : Merci à vous              

Propos recueillis par Hamid Kodi Moussa

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