vendredi 2 décembre 2022

Reportage

Reportage (1146)

Le Tchad comme pays signataire de la convention de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme commémore ce 10 décembre 2020 le 72ème anniversaire de la Journée internationale des Droits de l’Homme. La Commission nationale des Droits de l’Homme (CNDH) et la Ligue tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH) font leur bilan relatif aux 30 ans de Démocratie et la Liberté au Tchad. Reportage.

Le Tchad se veut un État de droit et de la liberté depuis 1995. Plusieurs instruments internationaux en matière des droits de l’homme ont été signés et ratifiés. Les jalons d’un État de Droit ont été posés à l’arrivée du président Idriss Deby Itno et de Mouvement patriotique du salut (MPS) au pouvoir en 1990. Selon Djidda Oumar Mahamat, président de la CNDH, le bilan en matière de Droit de l’Homme est moins satisfaisant. Pour lui, avant de parler de 30 ans de Liberté et de Démocratie au Tchad, il faut faire un aperçu sur les années 1980, et même avant, marquées par la terreur et la peur. C’est un moment de turbulence dit-il. « Le régime Hissène Habré arrêtait les gens et les exécutaient en totale violation les droits humains », rappelle-t-il. Le problème des droits de l’Homme concerne tout le monde. Il ne peut se résoudre que par le changement des mentalités, déclare-t-il. « Les violations permanentes de Droit de l’Homme sont multiformes. Il y a par exemple, l’excision des filles, la maltraitance des personnes, les enlèvements des personnes contre rançons, les arrestations abusives des journalistes, les bavures des forces de l’ordre dans les locaux des partis politiques et dans les organes de presse entre autres », explique-t-il.

Sur la question des éleveurs et agriculteurs, Djidda Oumar Mahamat, signifie que ces deux communautés très longtemps sont en tiré couteaux. Il déclare que c’est un conflit qui demande un travail de fond et non une sensibilisation. Il estime pour sa part qu’il faut former les spécialistes, les juges spéciaux à ce sujet. « Aujourd’hui, les grands éleveurs sont les préfets, les sous-préfets et autres responsables militaires. Ils sont souvent armés, or le Sud du pays est toujours une zone d’agriculture », confie le président de la CNDH.

D’autres voies contredisent cette thèse selon laquelle ce sont les agriculteurs qui sont toujours victimes. Ils soutiennent que l’attitude des agriculteurs n’est pas aussi neutre. Ils s’organisent pour dresser ce que les éleveurs appellent des « champs pièges » qui ont pour seul objectif de soutirer de l’argent aux éleveurs. Le problème agriculteurs-éleveurs est trop simplifié, selon les membres des organisations d’éleveurs, par les agriculteurs. Il y a plusieurs choses à dénoncer du côté des agriculteurs. L’exemple survenu il y a quelques jours au Moyo Kebbi Est où un grand éleveur peul a été égorgé par ses amis agriculteurs. Pour les éleveurs tout a été monté de toutes pièces pour assassiner un paisible éleveur. Les enquêtes, si elles sont menées avec justesse, relèveront selon les éleveurs qu’il s’agit d’une affaire d’extorsion, d’escroquerie. Cette histoire a déclenché la colère des éleveurs de la région. Cela a dégénéré faisant des dizaines de morts.

Pour résoudre ce conflit, le président de la CNDH, propose qu’un tribunal spécial et indépendant soit mis sur pied pour faire son travail en toute liberté. Et d’appliquer la loi dans toute sa rigueur pour punir les fauteurs de trouble. « On ne peut pas éteindre le feu par la salive », martèle-t-il.

La démocratie ne se proclame, elle se vit

Pour Me Loalngar Yogangnan Max, président de la Ligue Tchadienne de Droit de l’Homme (LTDH), « le bilan de droit de l’homme au Tchad est catastrophique ».  Selon lui, l’année 2020, est marquée par des violations massives des libertés et droits fondamentaux de l’homme. Il cite quelques cas des viols et assassinats des femmes et des filles, les criminalités ordinaires et les conflits intercommunautaires.

Le président de la LTDH déclare qu’il y a des violences imputables à l’État. Ce sont les faits ou agissements des agents publics. « Les cas de maltraitances et des traitements inhumains et dégradants infligés à certains citoyens dans l’exercice de leur fonction. Les arrestations illégales et des détentions arbitraires effectuées par les agents nationaux de la sécurité (ANS) ainsi que certaines tortures infligées aux citoyens », constituent a insisté Me Loalngar, des entorses aux principes de droits humains. 

En dehors de ces atteintes aux libertés publiques, les autorités limitent les mouvements des citoyens, dit-il. L’interdiction de certaines associations et partis politiques de se réunir. Ce sont des exemples palpant de ces violations, indique Me Loalngar Yogangnan Max. « Cette démocratie est une dictature pure et simple », martèle le président de la LTDH. Pour lui, les Tchadiens vivent dans une démocratie proclamée, mais elle n’est pas réelle. « Notre liberté naîtra de notre courage », s’exclame-t-il. La république nous appartient tous, il est inadmissible qu’un groupe taille les lois fondamentales à leur mesure, insiste-t-il.  

« Quand l’État est fort, il vous écrase, quand il est faible vous disparaissez », conclut Me Loalngar Yogangnan Max sur cette phrase de l’écrivain français de Paul Valery.    

Djilel-tong Djimrangué
Orthom l’Or

 

La question des droits humains intéresse tout le monde. La célébration de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ce 10 décembre 2020. Ialtchad a rencontré des citoyens qui ont accepté de donner leurs avis.

Citoyen : « La déclaration de Droit de l’Homme c’est tous les États du monde se sont mis d’accord pour ne pas violer les droits inhérents à un être humain. Par exemple, le respect de la dignité humaine, de l’opinion de l’autre, la liberté de circuler, etc. Nous sommes dans un pays où la démocratie n’est que théorique. La liberté est restreinte, pas de de droit à la réunion. Or la démocratie est le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. »

Étudiant : « La constitution du Tchad prône la liberté et l’égalité des citoyens. Nous sommes dans un pays démocratique. Le 4 décembre 1990, le Président de la République dans son discours lorsqu’il a renversé la dictature de Habré a dit : « Je ne vous apporte ni or ni argent, mais la liberté », mais en réalité, il n’y a pas la liberté. Je pense qu’il est temps pour que le président repense notre démocratie. Il faut que les gens se contredisent pour desceller ce qui ne marche pas et mieux orienter notre conscience nationale pour un développement radieux. Voilà mon avis, merci. »

Citoyen : « Le Tchad à l’ère de la Démocratie était bien parti. On voyait que la question des droits de l’Homme est prise au sérieux. Mais la troisième décennie est marquée par de graves violations des droits de l’Homme. C’est vrai certaines choses choquent, mais le jeu de la démocratie l’exige. Il faut que le gouvernement supporte certaines déviances si cela ne trahit pas la nation. Lorsque les gens ne se parlent pas, ils deviennent méfiants les uns les autres et cela n’est pas bon pour un État de droit et pour la démocratie. Le gouvernement doit se ressaisir et poser les choses qui fâchent sur la table pour que les Tchadiens discutent entre eux ».

Étudiant : « Depuis 1990, notre pays a connu une ère nouvelle, celle de la Liberté et la Démocratie. Au temps de la dictature, il n’y avait pas de multipartisme, pas des associations de défense des droits de l’Homme. Certes, c’est une avancée, mais ce n’est pas suffisant pour un pays qui a 30 ans de la démocratie. Beaucoup reste à faire. »

Citoyen : « Le Droit de l’Homme, c’est les libertés fondamentales comme celle de se réunir, de s’exprimer librement, aller et venir, de choisir de sa religion, etc. Au Tchad, ces fondamentaux sont là. L’État doit veiller si telle ou telle déviance est contraire à la constitution. Nous sommes tous égaux devant la loi donc le respect de la dignité de la personne d’autrui est plus que nécessaire ».

Moyalbaye Nadjasna
Kadidja Mahamat Tahi

Ce 10 décembre 2020, le Tchad à l’instar des autres pays du monde va commémorer la journée mondiale des droits de l’Homme. Ialtchad s’est rendu dans les locaux de l’Association des victimes des crimes du régime Hissène Habré (AVCRHH). C’est bientôt 6 ans que les victimes attendent d’être indemnisées. Pourquoi ça bloque ? Reportage.

La joie des victimes des crimes du régime Hissène Habré, après le procès a été éphémère. Confiants d’être indemnisées au lendemain de ce procès, tristesse et frustration semblent peu à peu les envahir. Ce lundi 7 décembre au matin, Ialtchad Presse est allé aux nouvelles dans les locaux de l’Association des victimes des crimes du régime Hissène Habré (AVCRHH) au quartier Chagoua. Quelques victimes étaient présentes. Ils se comptent au bout du doigt. Hommes et femmes sont hantés par une chose : leurs indemnisations. 

Selon Abaifouta Ndokhote Clément président de l’AVCRHH, c’est avec beaucoup d’amertume qu’il réalise que le gouvernement tchadien n’a aucune volonté d’indemniser les victimes. Il se dit navré de voir les décisions de justice rendue au nom du peuple tchadien, mais 5 ans plus tard, la décision est inappliquée. D’après lui, le gouvernement brandit la crise financière pour justifier son refus de payer. « Bien que le pays ait connu la crise comme le reste du monde, mais il s’en est déjà sorti. Or le ministre de la Justice semble évoquer encore la crise. Il faut être honnête et dire que le Tchad ne veut pas indemniser les victimes », a-t-il indiqué. M. Abaifouta Ndokhote Clément affirme que c’est une question de droits et non un cadeau ni un avantage social. Il précise que le Tchad a l’obligation en tant que membre de l’Union Africaine (UA) et des Nations- unies de dédommager les victimes. Il se dit désolé et se demande « par quel miracle, des gens jugés et condamnés à perpétuité, 10 ans pour les uns et 15 ans pour les autres sont hors de la prison, sans être inquiétés.  Ni les victimes ni leurs avocats ne sont avisés », cela démontre, dit-il, que le Tchad a trompé tout le monde en organisant ce procès, celui de N’Djamena. « En Gambie, Yaya Djamé est en train d’être jugé sur l’exemple du Tchad, même chose en Centrafrique. Dans les universités européennes et américaines, les gens évoquent le procès Habré ce qui constitue déjà une importante jurisprudence, un exemple à suivre », dit le président de l’AVCRHH.

Pour Abaifouta Ndokhote Clément, le Président de la République dit qu’il est victime. « Étant victime, il ne peut pas aider ses concitoyens victimes à entrer dans leurs droits ?», s’interroge-t-il.

Pour le dossier de Dakar, le président de l’AVCRHH indique que jusque-là, l’UA qui a jugé Hissène Habré laisse les choses à la traîne. « C’est un immobilisme insolant », dit-il d’un air agacé. Et pourtant, poursuit-il, l’UA est dirigée par un tchadien qui a connu les affres du régime dictatorial de l’ex-président Habré. Il relève en outre qu’on parle d’un fonds qui a été créé sans plus. « Mais qu’on nous dit au moins quand il démarre », dit-il.

Pour le dossier du procès au Tchad, « on dit qu’il n’y a pas d’argent, c’est de la rigolade ». Selon lui, la commission n’a pas besoin d’argent pour se réunir, la cour spéciale l’a déjà constitué, explique-t-il. « Franchement, ça me fait mal ; à l’heure où je vous parle, j’ai 250 cas de décès. Ces gens auraient pu se faire soigner s’ils avaient reçu leurs indemnisations. Inscrire les enfants ou même se trouver un toit. Une vingtaine des cas des malades. Je ne sais quand ils vont mourir », confie Abaifouta Ndokhote Clément.

Plus choquant encore, « nous avons écrit une demande au ministère de tutelle, particulièrement à l’Office national de la Sécurité alimentaire (ONASA) pour qu’on donne quelques « coros » aux victimes pendant le confinement de la covid-19. Mais aucune de ces institutions n’a répondu », dit le président de l’AVCRHH.

Le Tchad a reculé en matière des droits de l’Homme…

Le président de l’AVCRHH affirme qu’en matière des droits de l’Homme, le Tchad a reculé. Pour lui, les conflits agriculteurs-éleveurs, les filles violées, les stations des radios séquestrées et les journalistes violentés et mis en prison, on est loin de la démocratie. « Nous allons fêter avec beaucoup d’amertume cette journée du 10 décembre 2020. Il faudrait que le gouvernement du Tchad se ressaisisse en matière des droits de l’Homme », dit-il.

Moyalbaye Nadjasna

Beaucoup d’adolescentes en âge de procréer et des femmes font face aux grossesses non désirées. Les sages-femmes du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) prodiguent des conseils aux jeunes sur les différentes méthodes contraceptives. Reportage.

Tresse africaine au vent, coquette dans sa veste noire, Djenom Hélène est sage-femme. Elle est sollicitée par l’UNFPA lors des 16 jours d’activismes contre les VBG. Elle occupe un des kiosques installés dans la cour de la Maison de la Femme. Toute souriante ce matin, Djenom Hélène accueille des jeunes dames et jeunes hommes qui viennent s’informer sur les différentes méthodes des contraceptifs.

Selon Mme Hélène, il y a des méthodes de contraception de longue durée et de courte durée. « La méthode de courte durée concerne les pilules et les préservatifs. Celle de longue durée, notamment, le jadèle implantes et les stérilets » dit-elle. Les méthodes de longue durée, explique-t-elle, sont prises sur prescription médicale d’un médecin ou une sage-femme. Pour le stérilet, elle indique qu’il est implanté dans le vagin de la femme pour une durée de 10 ans. La femme peut l’enlever avant les 10 ans si elle veut procréer, précise-t-elle.

Selon elle, le rôle du stérilet est d’empêcher les ovaires de fonctionner normalement. Au cas où la femme après son intimité ne l’aperçoit pas, il est conseillé qu’elle consulte immédiatement, affirme Djenom Hélène. « Faute de quoi, en cas de rapport sexuel au jour d’ovulation, la femme peut tomber en grossesse. C’est la même chose pour les jadelles qui sont implantés pour 5 ans et 2 ans », précise-t-elle.

Effets secondaires

Selon Mme Hélène, ces produits ont des effets secondaires. Dans le cas des contraceptifs, cela dépend de chaque femme. « Certaines femmes saignent beaucoup lorsqu’elles en prennent d’autres non. D’autres encore, attendent deux à trois mois pour voir leur menstruation », indique-t-elle. Selon elle, si de telles complications adviennent, il est recommandé aux femmes de revoir le plus vite possible leur médecin ou sage-femme. « Il y a de solutions pour arrêter par exemple le saignement », affirme la sage-femme.

Djenom Hélène, exhorte les parents à parler de la sexualité aux enfants avant l’âge de puberté. Elle estime qu’il faut briser la barrière des tabous liés à nos us et coutumes. Si un (e) adolescent découvre par lui-même le sexe sans être préparé, il risque de s’adonner à la délinquance sexuelle. « Ne pas intimider les enfants s’ils vous posent des questions sur le sexe. Les mamans doivent déjà préparer les jeunes filles, en leur montrant les enjeux liés à la menstruation », conseille Mme Djenom. Le manque de communication interpersonnelle est la cause des mariages précoces ou forcés et des grossesses indésirées, justifie la sage-femme.

Selon elle, les contraceptifs concernent toutes les femmes en âge de procréer. Si une fille voit ses premières règles, elle peut tomber en grossesse si elle a des rapports sexuels non protégés. « On conseille aux adolescentes en âge de procréer de prendre des pilules, mais sur prescription médicale. Elles doivent aussi utiliser les préservatifs afin de se protéger des infections sexuellement transmissibles et le VIH/Sida », précise la sage-femme.

Pour Hélène, la cible de l’UNFPA au cours de ces 16 jours d’activismes contre les VBG est la jeunesse. Elle aborde avec les visiteurs de son kiosque d’autres sujets traitant d’espacement des naissances, de la puberté, de la grossesse non désirée, des mariages précoces. Et de la communication entre parents et enfants.

Moyalbaye Nadjasna

Le problème de la lutte contre les Violences Basées sur le Genre (VBG) est un défi. Au Tchad, la question préoccupe de jeunes femmes et hommes. Ialtchad Presse est allé à leur rencontre pour en discuter. Reportage.

Un léger froid souffle sur la Maison de la Femme au quartier N’jari. Dans les couloirs, Hadjé Aché Nimir, étudiante à l’Université HEC-Tchad participe aux 16 jours d’activisme contre les VBG. 23 ans, taille moyenne, regard doux, l’air sérieux, ses paroles dégagent la confiance en elle, en ses principes. Selon la jeune femme, la question des VBG est délicate. Pour elle, les femmes et jeunes filles sont menacées dans tous les milieux : scolaire, communautaire et surtout professionnel. « Lorsqu’une femme est nommée directrice dans un service, elle est soit menacée, soit négligée par son personnel parce qu’elle est simplement femme », a confié Hadjé Aché. La jeune étudiante soutient qu’aujourd’hui, un garçon enceinte une fille, les gens trouvent cela normal. Mais la fille, elle, est maltraitée et traitée de « fille de plaisir », de « traînée ». Elle est rejetée par tout le monde. « La femme vaut beaucoup pour une communauté. Elle est épouse, mère, fille et sœur. Alors il faut la respecter et la protéger », dit-elle sur un ton ferme.

Une autre jeune femme qui requiert l’anonymat affirme que la lutte contre les VBG ne doit pas se limiter aux 16 jours d’activismes. Elle doit être un combat quotidien et tous les instants. Elle propose que la lutte s’oriente vers la scolarisation des jeunes filles. Selon elle, les filles peuvent étudier et devenir aussi des personnalités dans la vie et contribuer comme les garçons au développement. « Il faut que les violences faites aux femmes cessent immédiatement », martèle-t-elle.

Autosuffisance

Issakha Bouba Tela est participant aux 16 jours d’activisme contre les VBG. Selon lui, il faut faire un état des lieux sur les difficultés que rencontrent les femmes et filles tchadiennes. Elles sont victimes des vices, menacées et sans grande protection, estime-t-il. Les femmes jouent un rôle capital dans la société. Il faut prendre soigne d’elle.

Les VBG sont le résultat d’une anomalie psychologique qui pousse certains hommes à être violents avec leurs épouses, sœurs ou compagnes. Selon un expert, dans un centre d’orientation d’appuis psycho sociale, « toutes formes d’actes ou de paroles qui puissent porter atteinte à l’intégrité physique, morale, psychologique d’un individu, que cela vient d’un homme vers une femme ou d’une femme vers un homme ou d’une fille vers un adulte ou d’un garçon vers une femme adulte peut être considéré comme une VBG ».

Pour M. Tela l’important n’est pas seulement de lutter contre les VBG, mais il faut aider les victimes à entreprendre. C’est la seule possibilité pour elles de s’autosuffire et d’être indépendantes financièrement. Cela permettra d’aider à résoudre le problème des VBG.

Moyalbaye Nadjasna

La Maison de la Femme du Tchad dispose d’un centre multifonctionnel pour lutter contre les Violences basées sur le Genre (VBG). Ialtchad Presse vous amène à sa découverte. Reportage !

Chemise bleue tachetée de rose, Madjitoloum Vincent, la quarantaine révolue, est directeur d’appui psychosocial du centre Multifonctionnel de la Maison de la femme du Tchad. Depuis sa création, ce centre multifonctionnel est entériné par un décret d’application le 10 mai 2019, dit-il. Selon lui, le centre est dédié à la lutte et à la prise en charge des victimes des violences basées sur le genre (VBG). Il fait aussi le suivi des victimes et s’occupe de leur réinsertion sociale, a-t-il ajouté. Pour lui, les VBG ce sont toutes les formes de préjudices physiques, sexuelles, psychologiques ou économiques y compris les menaces, la restriction ou la privation des libertés fondamentales envers les femmes. 

Il y a plusieurs types de VBG. Ce sont, entre autres, les violences sexuelles, psychologiques, sévices corporels, les mariages précoces ou forcés, les mutilations génitales féminines, etc. Le centre a pour objectif d’accueillir les victimes des VBG, les écouter, leur redonner la confiance et assurer leur suivi, explique-t-il. M. Madjitoloum explique que la direction psychosociale de la Maison de la femme a 4 services. Le premier, le service d’écoute : il assure le counseling. Le deuxième le service d’aide juridique et assistance judiciaire : il s’occupe des plaintes. Des conventions ont été signées avec certains cabinets d’avocats et commissariats de police dans le but d’aider les victimes à défendre leurs droits devant la Justice. Le troisième est le service des sages-femmes : il offre les premiers soins d’urgences des cas de viols avant tout référencement à la clinique partenaire. Et enfin, le quatrième, le service psychosocial : il redonne confiance aux victimes qui ont des chocs moraux ou psychologiques.

Difficile pour les victimes à nous contacter…

Les handicaps du centre Multifonctionnel de la Maison de la femme du Tchad sont nombreux, souligne Madjitoloum Vincent. « Nous ne disposons pas encore la ligne verte. Des démarches sont en train d’être faites afin de permettre aux victimes de nous contacter à tout moment », a-t-il confié. Selon lui, la plus grande difficulté c’est le manque de moyen de déplacement. Cela limite systématiquement les actions en urgence du centre, affirme le directeur. « De fois, les victimes s’arrangent elles-mêmes à venir et peut-être au retour, nous leur payons le transport et c’est vraiment la vraie difficulté dans le travail », signifie-t-il.

Selon lui, depuis le mois de mars, le centre a enregistré 84 cas des VBG et la moyenne par mois est une vingtaine. La plupart des cas sont les violences physiques dues aux coups et blessures. Selon le directeur, en octobre, le centre a enregistré 17 cas, dont un seul cas d’agression sexuelle. « En ce qui concerne les cas des viols et agressions sexuelles, les victimes sont parfois influencées par les pesanteurs sociales. Les cas sont présents, mais les gens ne les expriment pas », a-t-il précisé.

Le centre M est appuyé par l’UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population) qui paie les honoraires les avocats, les traitements des médecins et des gynécologues. M. Madjitoloum Vincent, appelle d’autres partenaires à les accompagner dans cette lutte. Pour lui, la question de la réinsertion n’est pas si simple. S’ils n’accueillent pas bien les victimes et ne les accompagnent pas, ça ne serait pas juste. C’est une lutte d’envergure et il faut la contribution multiforme de tous, conclut-il.

Moyalbaye Nadjasna

La 8e édition du marché de l’artisanat tchadien a ouvert ses portes hier 3 décembre à N’Djamena. Artistes et artisans exposent leurs produits. Ialtchad Presse est allé parler avec les artisans, artistes de leur métier et de leurs produits. Reportage.

Il fait chaud ce vendredi 4 décembre à N’Djamena, la capitale du Tchad. Dans les jardins de l’Institut français du Tchad (IFT), des tentes sont installées ici et là. Ils servent de stand à des artistes et à des artisans. Nous sommes au marché d’artisanat tchadien organisé par le Collectif des artistes et artisans du Tchad (CAAT). Le 8e du genre qui prendra fin le 12 décembre. Tisserands, peintres, maroquiniers, sculpteurs, couturiers, brodeurs, promoteurs des produits bios sont présents. Ils sont patients, heureux. Ils attendent les passionnés d’arts. Ils attendent tous les N’djamenois. 

Ouvert hier 3 décembre, le marché se met en place peu à peu à l’IFT. Certains stands sont occupés, d’autres sont encore vides. Au deuxième jour de cette exposition-vente, l’engouement n’y est pas encore. Le public est absent. Mais les produits sont là. Et de qualité.

Devant ses produits bios, Mingueta Noubarabaye est en place depuis le matin. Elle exerce son métier de transformatrice des produits locaux depuis 5 ans. Elle est à sa deuxième participation à ce marché. Elle attend patiemment la clientèle. Mais il n’y a encore personne. Personne. Seulement des exposants qui errent d’un stand à un autre. « On s’est installés hier seulement. Donc le public n’est pas informé. Mais j’espère qu’il répondra présent », dit-elle mi-optimiste.

Ahmat Hassan Gonsallo est artiste peintre, créateur d’art décoratif. Il a 27 ans de métier dans le corps. Il est à sa 8e exposition depuis le début de cette initiative. Dans son stand, il expose des objets issus de l’art naïf. « C’est un art qui n’est pas réaliste parce qu’il renferme toutes sortes de couleurs », affirme-t-il. Ce cadre lui permet d’exposer, d’exprimer et de vivre de son art. Au-delà, « c’est aussi une occasion de rencontrer d’autres artisans », dit-il. Chez lui également, la clientèle tarde à se présenter. Il lance un appel au public, « venez nous soutenir ».

L’art tchadien se porte très bien et se développe plus vite que la musique. Et les artisans tchadiens sont des courageux. Les artisans et artistes présents sont unanimes, ils affirment que malgré les obstacles l’artiste tchadien produit. Mais on le mène en bateau en lui proposant des associations, de faux projets, etc. A la fin on racle l’argent en son nom auprès de l’État, des ONG, et on le laisse tomber.  

Mme Antoinette est tisserande et brodeuse. Sur la table de son stand sont exposés des tissus, des sacs, des porte-clefs et d’autres objets fabriqués localement. Sourire aux lèvres, elle accueille deux expatriées. Elles sont venues s’acheter un sac et deux tissus pour se coudre des jupes. « C’est déjà bien. Mais où sont les Tchadiens ? »

Selon Djibrine Yacoub Senoussi, chargé de communication adjoint du CAAT, le marché de l’artisanat est une initiative de l’ambassade de France au Tchad. « La 1re et la 2e édition ont été organisées par l’Ambassade de France grâce à l’IFT », souligne-t-il d’emblée. Ce n’est qu’à partir de la 3e édition que le CAAT s’est approprié l’activité. L’objectif de ce marché est, toujours d’après Djibrine Yacoub Senoussi, de favoriser les échanges entre les artistes et artisans du Tchad et de la sous-région. D’après lui, les artisans étrangers ont toujours pris part à cet événement. Cette année, dit-il, la pandémie du Covid-19 a tout bouleversé. « Avec cette crise sanitaire, les étrangers n’ont pas pu se déplacer sur N’Djamena pour prendre part à cette 8e édition », regrette Djibrine.  Le souhait du CAAT est que l’art tchadien déborde hors du pays. « Nous espérons un jour organiser ce marché dans un autre pays », dit le communicant du CAAT.

L’art tchadien est vivant et évolue, le véritable problème reste le marché de la consommation locale. « L’engouement du public est notre véritable problème. Le public tchadien aime accorder de l’importance à ce qu’on importe », exprime avec force et émotion M. Djibrine. Il interpelle la population tchadienne sur ce comportement qui impacte négativement l’art tchadien. « Les artisans tchadiens ont du talent. Pourquoi ne pas les valoriser ? Ils méritent mieux », martèle-t-il.

Christian Allahadjim

Après 3 mois de turbulence interne, enfin une Assemblée Générale sans Ibedou. Une partie de la Convention tchadienne pour la défense des droits de l’Homme (CTDDH) a désigné un nouveau secrétaire général exécutif. L’autre partie refuse de participer et crie à la trahison. Reportage.

Enfin. Après 3 mois d’imbroglio, un nouveau secrétaire général a été désigné pour diriger la Convention tchadienne pour la défense des droits de l’Homme (CTDDH). C’est sur les épaules de Dr Albissaty Saleh Allazam que reposent désormais les charges de cette organisation de défense des droits de l’Homme. Il remplace à ce poste Mahamat Nour Ibedou, suspendu de ses fonctions par une ordonnance du tribunal de Grande Instance de N’Djamena depuis le 13 août 2020. C’est à l’issue de l’assemblée générale extraordinaire tenue ce vendredi 4 décembre à N’Djamena. L’ex-Sg Ibedou était absent.

« L’assemblée a décidé au sortir de ces assises de reconnaître Dr Albissaty Saleh Allazam comme le seul habilité à représenter l’organisation et signer tous les documents administratifs officiels », dit la synthèse des travaux présentée par les rapporteurs. Un congrès, le 3e du genre, sera organisé pour élire les autres membres du bureau exécutif, a précisé le comité d’organisation. 

Depuis des mois, la CTDDH vit une crise interne. Deux camps se retrouvent face à face. Le premier camp, dirigé par Ahmat Hassaballah, accuse l’ex-secrétaire général Mahamat Nour Ibedou de violation permanente des textes statutaires de l’organisation. Et de son refus d’organiser une assemblée générale réclamée par la base. Le deuxième camp, soutien de l’ancien SG Ibedou, crie plutôt à la manipulation du pouvoir pour déstabiliser leur leader. Cette crise a abouti à la saisine de la Justice qui a suspendu le 13 août 2020 le secrétaire Ibedou après une requête déposée par Ahmat Hassaballah.

Face à cette division, le nouveau secrétaire général de la CTDDH estime que sa première mission sera de réconcilier les membres. « Pour moi tout est prioritaire. Mais la première mission c’est de réunir la maison CTDDH afin que nous puissions faire un travail sérieux », a déclaré Dr Albissaty Saleh Allazam. Il réaffirme l’engagement de son organisation à défendre le peuple tchadien. « Notre engagement au côté du peuple ne changera jamais. Et comme on le dit, c’est à la forge qu’on reconnaît le forgeron », rassure-t-il.

Christian Allahdjim

Le 4e congrès du Conseil national consultatif des Jeunes a été ouvert jeudi par le ministre de la Jeunesse Mohamed Christian Routouang Ndonga. Un nouvel exécutif sera désigné à l’issue de ces assises. Reportage.

Se tiendra ou ne se tiendra pas ? Telle est la question qui hantait les esprits des organisateurs du 4e Congrès du Conseil national consultatif des Jeunes (CNCJ) après la publication le 30 novembre d’une ordonnance du tribunal de Grande Instance de N’Djamena portant suspension dudit congrès. Il a fallu attendre jusqu’hier, mercredi 2 décembre, dans l’après-midi pour que le dénouement soit connu. Le président du tribunal a donné feu vert pour la tenue du congrès. 

Dans un climat tendre et calme, les activités du 4e congrès du CNCJ ont été lancées ce jeudi 3 décembre par le ministre de la Jeunesse, Mohamed Christian Routouang Ndonga à N’Djamena. Avec pour thème « le Conseil des jeunes au Tchad : quel partenariat pour une vie associative au Tchad », le congrès va se dérouler du 3 au 5 décembre.

Ce 4e congrès que le ministre de la Jeunesse qualifie de « la renaissance » vise deux objectifs majeurs.

Primo, réviser les textes du CNCJ afin de les rendre plus opérationnels, et ce, en conformité avec la législation nationale en vigueur en matière de la vie associative d’une part, et d’être en cohérence avec des règles des conseils la jeunesse des autres pays d’autre part.

Secundo, élire un nouveau bureau exécutif incontestable répondant aux attentes de la jeunesse tchadienne et capable de fédérer et d’apporter de la concorde et la cohésion au sein de la jeunesse tchadienne.

D’après le coordinateur général du comité d’organisation, Mahamat Hissein Frede, toutes les conditions pour un congrès crédible, paisible et accepté de tous.

En ouvrant les travaux, Mohamed Christian a félicité le bureau exécutif sortant le travail abattu dans un contexte difficile. Vu les multiples contestations qui ont mis à mal l’exécution du programme de l’équipe sortante, le ministre a exprimé son souhait de voir le nouveau bureau affirmer son leadership et de faire preuve d’une grande maturité sur tous les plans jouer son rôle fédérateur.

La cérémonie d’ouverture a pris fin avec la mise en place du présidium qui pilote les activités durant le congrès. Dr Ali Abdéramane Haggar assistée de Me Clarisse Nomaye ont la responsabilité de diriger ce panel. 

Le CNCJ, il faut le rappeler, a été mis en place en 2005 conformément à plusieurs recommandations aussi bien transcontinentales, la Confejes, continentale, la Chambre africaine de la Jeunesse, nationale, la Conférence nationale souveraine de 1993. Il est l’organe faîtier qui joue l’interface entre la jeunesse, des pouvoirs publics et les partenaires d’appui au développement. Sa mission principale est de devoir transcender toutes les considérations subjectives pour mieux conscientiser la jeunesse et faire sa promotion pour son éclosion tant sur le plan social, professionnel, éducatif, culturel, économique et sportif.

Christian Allahdjim

Les radios privées de N’Djamena, capitale tchadienne ont décidé une journée sans informations le 1er décembre. C’est à la suite des arrestations des journalistes de la presse privée et des atteintes à la liberté d’expression constatée ce dernier temps. Ialtchad Presse est allé recueillir la réaction des citoyens. Reportage

N’Djamena, capitale du Tchad. Avenue Kabalaye. Il est 11h locales. Une heure où la circulation est dense. Et les vrombissements des moteurs font mal aux tympans. MM. Alladoumbaye Alain et Nannadoumadji Kodalta sont assis devant leur lieu de service dans le 3e arrondissement. Ils font la « causette ». Lorsqu’on les approche d’eux, grande surprise, leur conversation porte sur la journée sans radios des radios privées. « Vous tombez à pique », disent-ils. Selon Alladoumbaye Alain, la journée sans radios privées c’est pour montrer que les radios privées ne sont pas là pour faire entretenir la haine. « Elles donnent la voix des sans voix qui disent ce qu’ils ne peuvent pas dire ailleurs. Ce n’est pas une question politique. Mais ils n’ont pas d’autres possibilités de se faire entendre. C’est le jeu de la démocratie et de la Liberté », a-t-il confié.

Pour son compagnon Nannadoumadji Kodalta, ce que la police a fait à FM Libertés est une atteinte à la liberté d’expression. Selon lui, ce sont ces radios qui les informent sur beaucoup de sujets, surtout sur le vivre-ensemble. « Cette privation de liberté est injuste. Les radios privées ont raison de se faire entend. C’est pour attirer l’attention des autorités par rapport à la promesse du président Deby Itno de 1990. Il disait qu’il n’offrait ni or ni argent à la population, mais la démocratie et la liberté », affirme-t-il. Il estime que le Président de la République serait en train de suivre ce qui se passe. « Même si on n’a pas à manger au moins qu’on s’exprime en toute liberté, car nous sommes en démocratie », s’exclame-t-il.

Pour Mbaidang Balthazar, ce qui s’est passé est indigne. « La dernière fois devant la radio FM Liberté, la voie publique était bloquée par la police. Et cela allait occasionner même des accidents. Comment dans un pays dit démocratique les choses se passent de cette manière ? Nous les jeunes, nous écoutons plus les radios privées. Le gouvernement doit respecter de la liberté d’expression pour la cohésion sociale », dit-il. Pour lui, les journalistes sont là pour montrer ce qui ne marche pas aussi pour corriger les choses. 

Laisser les journalistes faire leur travail…

Un autre, M. Mamramadji Gabriel affirme que la radio FM liberté lui manque. « Je ne rate pas l’émission ‘’choc des idées’’ et le journal de 19h. Il faut que le gouvernement laisse les journalistes du privé faire librement leur travail. Nous sommes en démocratie. Nous avons besoin des informations vraies et vérifiées. Pas de la propagande », souligne-t-il avec force. Daouda Gombo Mahamat se dit désolé pour ce qui se passe. « Depuis hier, je suis sous informé. J’ai l’habitude de suivre les informations de Dja FM, Arc-en-ciel, FM Liberté. Il faut qu’elles reprennent vite pour nous informer », regrette Gabriel.

Pour Abdarazak Haroun, depuis hier sur les antennes de FM Liberté et des autres radios privées pas d’informations. Il n’y a que la musique. Selon lui, il recoupe toujours les informations grâce aux journaux parlés de radio la FM Liberté et Dja-FM. « Cela me fait mal de rester sans informations. Je suis un auditeur fidèle de ces deux radios ».

Pour lui, l’article 27 de la constitution tchadienne dit, « Les libertés d'opinion et d'expression, de communication, de conscience, de religion, de presse, d'association, de réunion, de circulation, de manifestations et de cortèges sont garanties à tous. Elles ne peuvent être limitées que par le respect des libertés et des droits d'autrui et par l'impératif de sauvegarder l'ordre public et les bonnes mœurs. La loi détermine les conditions de l'exercice ». La liberté d’expression est une loi constitutionnelle. Il faut laisser les journalistes tranquilles, conclut-il.

Moyalbaye Nadjasna

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