vendredi 2 décembre 2022

Reportage

Reportage (1146)

« L’information comme bien public », c’est le thème de la journée mondiale de la presse ce 3 mai. C’est l’occasion pour l’Union des journalistes tchadiens (UJT) et le patronat de la presse tchadienne (PPT) de faire un état des lieux sur les conditions d’exercice du métier de journaliste au Tchad.   

Pour le président de l’Union des journalistes tchadiens (UJT), Abbas Mahamaoud Tahir, le choix du thème de la commémoration de cette année est  lié à l’événement. Cette 28e édition de la journée mondiale de la liberté de presse coïncide avec le 30e anniversaire de la déclaration de Windhoek, appel qui a permis l’institutionnalisation, en 1993, de cette journée mondiale de la liberté de la presse (JMLP). Le but : célébrer les principes fondamentaux de la liberté de la presse, évaluer la liberté de la presse à travers le monde, défendre l'indépendance des médias et rendre hommage aux journalistes qui ont perdu leur vie dans l'exercice de leur profession. D’après lui, dans le contexte tchadien, cette 28e  année de la JMLP correspond également aux 30 ans de démocratisation en cours de consolidation et qui sert de creuser au pluralisme et à la libre expression. Pour cette année, selon le président de l’UJT, les festivités marquant cette journée ne peuvent se tenir compte tenu du deuil national de 14 jours en hommage au feu Maréchal Idriss Deby Itno, président de la République. Mais elles seront organisées en différé, rassure Juda Allahondoum, président du PPT.

Au sujet de l’état actuel de la presse tchadienne, le président du Patronat de la presse tchadienne, Juda Allahondoum, souligne que les signaux ne sont pas encourageants.  « Nous n’occupons pas une bonne place dans le classement de Reporter Sans Frontière. 123 sur 180. Nous faisons partie des pays où la liberté de presse est en danger. Il y a trop de pressions sur la presse privée », dit-il. Toutefois, le président du PPT reconnaît que des efforts sont faits. « Néanmoins, il faut noter qu’à l’heure actuelle, aucun journaliste n’est en prison, aucun organe n’est sanctionné pour de manquements professionnels. C’est déjà quelque chose de positif ».

Pour les difficultés que rencontrent les organes de presse et les journalistes, le président du PPT souligne que les défis majeurs restent l’accès aux sources d’information officielles. « De nombreuses personnalités fuient la presse privée pour la simple raison qu’elles craignent de perdre leur  poste. Difficile pour les journalistes tchadiens de faire de l’investigation », affirme Juda Allahondoum.

Le président du PPT reconnaît qu’il y a un véritable problème de viabilité des organes de presse. « Aujourd’hui, le marché de la publicité est trop restreint, ce qui ne permet pas aux entreprises de presse de faire de recettes pour assurer leur  fonctionnement. Ce qui conduit à des actes contraires à l’éthique et à la déontologie quand ces organes veulent coûte que coûte vivre », fait-il remarquer.  L’UJT et le PPT notent que les journalistes ont des difficultés sur le terrain du fait des forces de l’ordre. « Les journalistes qui, quelquefois, subissent de bastonnades comme lors des manifestations et du couvre-feu imposées par les forces de l’ordre et de sécurité. Cette attitude sape le moral des jeunes reporters », rapporte Juda Allahondoum.

Pour pallier à ces difficultés et favoriser un climat à l’exercice du métier de journaliste, le PPT propose que « la subvention aux médias soit inscrite dans le budget de l’État et définir clairement les conditions d’accès, favoriser l’accès aux sources d’informations aux journalistes et adopter une loi sur la publicité pour contraindre les multinationales à faire régulièrement les annonces et les publicités dans les journaux. »

Depuis le 20 avril, le Tchad est dans un régime militaire avec la création du Conseil militaire de transition (CMT) après le décès du président Deby. Bien que des régimes militaires soient à craindre, le PPT estime qu’il est encore très tôt de tirer des conclusions. « Jusqu’à preuve de contraire il n’y a pas encore des abus à signaler en dehors de nos confrères arrêtés lors de la marche du 27 avril, mais qui sont remis en liberté après nos interventions auprès des responsables de la police », affirme Juda Allahondoum. Il exhorte le CMT et les autorités de la transition d’impliquer  la presse dans toutes leurs initiatives.

Rappelons que le 3 mai de chaque année, la Communauté internationale, sous l’égide de la Commission des Nations-Unies pour la Science, l’Éducation et la Culture (UNESCO), célèbre la liberté de presse à travers le monde. Cette journée est instituée en 1993. Donc la 28e édition.

Allarassem Djimrangar

La campagne de vaccination contre la rougeole est lancée depuis le 22 mars. Des équipes de vaccination sont sur le terrain. Ialtchad Presse est allé constater l’effectivité de l’opération. Reportage

Les équipes des agents vaccinateurs contre la rougeole sillonne la capitale tchadienne, N’Djamena. Une équipe s’est installée au quartier Ridina, dans le 5e arrondissement de la ville de N’Djamena. Selon Hassan Abbo Abakar, chef d’équipe des vaccinateurs, au début de la campagne les parents étaient réticents. Ils croyaient, dit-il, que c’était la vaccination contre la covid-19, comme c’est d’actualité. « Mais il nous a fallu développer de stratégies communes avec nos relais communautaires nous avons pu sensibiliser la masse. Pour le moment ça fonctionne bien. Nous avons développé une stratégie qui a bien fonctionné », dit-il. Selon lui, l’équipe vaccine 300 enfants par jour. Il précise aussi que cette vaccination concerne les enfants de 0 à 5 ans. « C’est une vaccination qui ne concerne que la rougeole parce que c’est une maladie cible ».

Selon les spécialistes, la rougeole est une maladie visible et très contagieuse. Un enfant atteint de la rougeole peut affecter tous les autres enfants non vaccinés, dit Hassan Abbo Abakar. « Cette maladie peut provoquer la cécité chez l’enfant. Elle se signale par éruption cutanée. Des petits boutons en forme de tâches de tigre ». Il rajoute en précisant que, la vaccination va continuer jusqu’au 28 mars dans quelques carrés.

« Je dirai aux parents de ne pas hésiter, mais envoyer les enfants pour se faire vacciner. La rougeole est une maladie très dangereuse. Les enfants ont le droit d’être protégés. Lorsqu’on fait un enfant, on doit s’occuper de sa santé », affirme, le chef d’équipe. Il reprécise que la vaccination contre la rougeole est couplé d’Abendazol, un produit antiparasite et de la vitamine A qui aide à la croissance de l’enfant.

Moyalbaye Nadjasna

Malgré les multiples sensibilisations faites sur le problème de la défécation à l’air libre dans la capitale tchadienne, N’Djamena. Rien n’y fait. L’incivisme de certains les conduits à se soulager non loin de la Maison de Dieu entre la tente d’assignation de l’Église catholique et la propriété de l’ambassade du Nigeria. En face de la Place de la Nation, c’est un champ de selles humaines. Reportage.

Le soleil est à son zénith. Derrière la tente d’assignation de la Paroisse Notre Dame, un air chaud brille les visages. Des odeurs suffocantes des selles humaines prennent en tenaille narines et gorges des passants. Ici des carcasses des chats morts. Là des tas d’immondices. Tous les soirs sur cet espace les jeunes jouent au football. Tous les matins des apprentis conducteurs s’entraînent en vue de passer leurs permis de conduire de voiture ou de motos. Apparemment, personne ne se soucie de l’insalubrité dû à l’incivisme. Même pas les responsables de la Mairie.

Pour Abbé Achille, responsable de la Paroisse Notre Dame, des efforts ont été faits autour de ce lieu. Il propose que la Mairie place de bacs à ordures autour ça pourrait être une solution. « Plusieurs convoitent cet espace et estiment qu’il devrait être un site commercial », dit le religieux. Selon lui, il y a longtemps, la Paroisse a adressé une lettre au Maire sortant pour dénoncer l’incivisme des citoyens et le développement d’un marché illégal autour d’eux.  D’après Abbé Achille, le ministère de la Défense est venu chasser les gens de ce marché illégal.  Mais actuellement et à leur grande surprise, tout a repris, se plaint-il. « C’est dommage, les gens n’ont pas peur même du lieu saint. Nous pensons que nous sommes comme en Égypte et un jour nous allons repartir à Canaan, la terre promise ».

Lui, c’est Ahamat Souleymane, « Ici c’est le cœur de la ville, mais ce qui se passe est terrible. Les gens défèquent partout en plein jour sans être inquiétés. Dès qu’on leur signifie leur incivisme, ils deviennent agressifs », dit-il. Le feu est au rouge à la Place de la nation, Poradoum Ngartolnan, un passant s’arrête et commente, « ceux qui font cela sont des ennemis de la santé publique. Je propose à la mairie de construire les latrines publiques. Ou alors affecter autour du site des policiers municipaux pour donner amender les contrevenants ».

Rappelons que l’Objectif de développement durable (ODD), vise à mettre fin à la défécation à l’air libre. Il vise aussi à favoriser l’accès de tous aux conditions équitables des services d’assainissement et d’hygiène adéquats. En juillet 2017, un rapport de programme conjoint de monitorage (JMP) fixant la ligne de base des nouveaux indicateurs relatifs aux ODD. En même année, une enquête relève que 90% de la population tchadienne n’a pas de toilettes ou en disposent d’une toilette, mais elles ne sont pas conformes à une gestion hygiénique des excréments. « 68% soit 9,5 millions de personnes défèquent à l’air libre. Seulement 10% de la population tchadienne dont 4 millions utilisent un service d’assainissement hygiénique avec élimination des matières fécales surplace ou traitement hors site», précise toujours le rapport. La ville de N’Djamena contribue avec 2,6% de taux de défécation à l’air libre, indique le rapport.

L’analphabétisme et l’ignorance de la population tchadienne constituent un grand défi pour mieux comprendre l’hygiène. Si les Tchadiens veulent vivre dans un environnement sain, chacun à son niveau doit arrêter et sensibiliser les autres sur les méfaits de la défécation à l’air libre, uriner sur les murs ou coins et recoins des édifices publics. Ces pratiques sont nuisibles à la santé de tous.

Moyalbaye Nadjasna

N’Djamena entre dans une période de forte chaleur. Diverses techniques sont utilisées pour se protéger. Dr Madjimbaye Todjimngar Severin donne plus d’orientations. Reportage.

Selon Dr Madjimbaye Todjimngar Severin, la canicule est un épisode de forte chaleur qui dure plusieurs jours et nuits. Et depuis fin février, N’Djamena est entré dans cette période avec une température qui oscille entre 40 à 45°. Alors que d’après Dr Severin, la température que le corps humain supporte est de 33° Celsius le jour et 20° la nuit.

Les épisodes de canicule et de forte chaleur sont une menace pour la santé, affirme le coordinateur des activités de la clinique Melina.  Les maladies et malaises liés à la canicule sont nombreux. Dr Severin énumère quelques-uns : les crampes musculaires, la déshydratation, les écoulements nasaux, l’insolation, la méningite, etc.

Les crampes musculaires sont dues à la réduction de la quantité du sel dans les muscles. La déshydratation découle de la perte de liquide corporel. Celles-ci sont les résultantes de la transpiration. Les écoulements sanguins nasaux sont les conséquences de la fragilité des vaisseaux nasaux exposés à la chaleur.  La méningite est la maladie la plus connue due à la chaleur. C’est une maladie à germe thermophile, précise Dr Severin.  Le choc thermique donne une maladie qu’on appelle une insolation. C’est un trouble neurologique qui survient à une exposition de la tête à la chaleur. C’est-à-dire le cerveau est en surchauffe. Cette insolation se présente par des symptômes suivants : la température monte jusqu’à 40°, les rougeurs du visage, les sueurs excessives, des transsudations qui sont exagérées, des maux de ventre, des vertiges, des crampes musculaires, etc.

Se mettre à l’abri

Pour se mettre à l’abri de la chaleur et éviter qu’il fasse vraiment chaud dans la chambre, Dr Severin donne des astuces.

Astuce 1 : Pour ce qui est de la chambre, il conseille de fermer les portes et les volets pendant la journée et les ouvrir que la nuit. Car, explique-t-il, généralement pendant cette période, la température de l’extérieur est supérieure à celle de l’intérieur.

Astuce 2 : retirer les tapis de la chambre pour faciliter le refroidissement thermique du sol.

Astuce 3 : éviter toute source de chaleur intense dans la chambre.

Astuce 4 : arroser au maximum la cour qui a des arbres et l’entrée de la chambre. « Cela permet d’humidifier le sol et que l’oxygène pur soit dégagé par ces arbres », dit-il.

Astuce 5 : arrêter de porter des habits aux couleurs sombres. Dr Severin conseille plutôt le port des habits clairs, légers, amples et de préférence en coton.

Astuce 6 : Ne pas faire les efforts physiques pendant la chaleur et surtout pour les personnes âgées. Risque d’augmentation le rythme cardiaque et la température corporelle.

Astuce 7 : limiter au maximum les promenades sous la chaleur surtout entre 12 et 16 heures. Pour éviter la déshydratation, il est souhaitable de boire suffisamment d’eau, minimum trois litres. Il ne faut pas attendre à avoir soif pour boire.

Astuce 8 : Se laver régulièrement en journée, manger frais (des fruits et des légumes riches en eau)

Astuce 9 : vise les personnes utilisant des climatiseurs ou air conditionné de ne pas pour être ensuite en contact direct avec la chaleur. Dr Severin prévient un trouble au rythme cardiaque. « Au sortir des pièces froides, il est conseillé de rester un peu pour que le sang reprenne le rythme normal avant de prendre de l’eau », dit-il. Pour ceux des gens qui utilisent les ventilateurs, il leur conseille de bien les positionner en suivant le trajet d’entrée d’air dans la chambre.

Christian Allahdjim
Orthom L’Or

Les mois de mars, avril et mai ne sont pas toujours tendres avec les N’Djamenois à cause de la forte chaleur. La capitale tchadienne, N’Djamena, devient une fournaise. Et l’électricité manque. Reportage.

Les prévisions météorologiques font grincer les dents. La température passe de 37 à 40 jusqu’à atteindre les 45° Celsius à l’ombre en mars et avril. La chaleur atteint son pic. Et l’électricité fait défaut. La Société nationale d’électricité (SNE) peine à alimenter la capitale en énergie électrique. Dans certains quartiers, l’électricité est fournie pour quelques heures seulement. Dans d’autres, elle est stable. Dans d’autres encore, elle est permanente faisant. Les N’Djamenois ont le sentiment de vivre une grande injustice.

12h 45min au quartier Moursal dans le 6e arrondissement de N’Djamena. La météo indique 43°. Sous cette chaleur écrasante, tout est calme. Saleh est assis devant sa boutique, éventail en main, l’air nerveux. À la question comment ça va avec cette chaleur ? Sa réponse est sans équivoque : « on vit l'enfer sur terre dans cette capitale. » Il affirme que cela fait 3 jours déjà que son secteur est sans électricité. Ce n’est pas sans conséquence pour le jeune boutiquier. Ses produits frais pourrissent.  « Aujourd'hui j'ai jeté 5 bouteilles de yaourt et 10 autres bouteilles de yaourt fabriqués localement », regrette-t-il. « Je ne peux pas continuer par tout jeter », rougit Saleh qui dit trouver une alternative. « J’ai trouvé une solution, j'achète chaque jour une à deux barres de glace pour conserver mes produits périssables », fait-il savoir.  Cette solution se généralise de plus en plus. Les boutiquiers l’utilisent pour préserver leurs produits de la décomposition.

À Mardjandaffack, sur l’avenue Maldom Abbas, Oumar, est détenteur d’une alimentation générale. Il se plaint du délestage quotidien dans son secteur. « Dans la journée, l’électricité est coupée. Ce n’est que la nuit que le secteur est alimenté », dit-il. Pour pallier au problème, Oumar achète de l’essence quotidiennement pour 2 000f pour alimenter son générateur et de la glace pour 3 000f pour la conservation de ses produits.

Saleh n'est pas le seul à vivre cette situation difficile, Achta, une veuve avec 6 enfants, habitant dans le premier arrondissement de N’Djamena, vendeuse d’eau glacée et de yaourt. Le délestage quotidien est un problème majeur pour elle.  « Passer 2 ou 3 jours sans électricité, c'est vraiment une perte pour moi », se lamente-t-elle.

Les vendeuses de poissons ne sont pas du reste. La chaleur et le délestage impactent négativement leurs commerces. Madame Geneviève est une prospère commerçante des poissons. Elle exerce dans ce métier depuis plus de 6 ans. « En période de chaleur, je n'arrive pas à conserver les poissons à cause du manque d'électricité. Alors je fais fumer les restants pour éviter qu'ils pourrissent ou encore je fais sécher ceux qui commencent par se décomposer », explique la vendeuse.

C’est un autre son de cloche chez les vendeurs de glaces et des appareils électroménagers. Ils se frottent les mains en cette période de forte chaleur et de délestage. « À chacun son temps », lance tout joyeux Brahim, un jeune vendeur de glace sur l’avenue Taiwan dans le 7e arrondissement. Avec la canicule, la consommation de glace est élevée et la demande est forte. Ce qui fait l’affaire des vendeurs. « En période de froid, c’est la galère pour nous. Mais là avec la chaleur, Dieu merci, les affaires sont florissantes », se réjouit-il. La barre de glace est livrée à 1 000f à l’usine et se revend entre 1 250 à 1 500f. « Je peux vendre jusqu’à 100 barres par jour », estime-t-il.

Dans les magasins d’électroménagers, c’est le sourire des beaux jours. Pour atténuer les effets de la chaleur, les riches N’Djamenois se ruent sur les ventilateurs et les climatiseurs. Djibrine tient une boutique sur l’avenue Pascal Yoadimnadji. Son commerce ne manque de clients. Et il s’en réjouit. Les clients, eux, se plaignent à la fois du prix de vente et du problème d’électricité. Un client se lâche « Le prix, même s’il est augmenté, n’est pas un problème. Le problème est que tu achètes le ventilateur et à la maison tu n’as pas d’électricité pendant des jours pour l’alimenter. » Finalement l’appareil acheté sert d’ornement. Et la chaleur règne en roi et maître.

Christian Allahadjim
Orthom L’Or

En cavale depuis l’attaque de son domicile en février, l’opposant Yaya Dillo est de retour à N’Djamena. Reportage.

C’est un Yaya Dillo égal à lui-même qui signe son retour sur la scène politique tchadienne. Boubou blanc, turban immaculé et bien enroulé, l’opposant signe sa première sortie publique, en plein capitale, N’Djamena. Il y a près de deux mois, cet opposant au régime de Deby était contraint de vivre caché. En février, alors qu’il s’est déclaré candidat à la présidentielle d’avril, son domicile a été assiégé par une unité de l’armée pour rébellion. Ses événements ont fait cinq morts parmi lesquels sa mère.

Devant un parterre de journalistes convié à son domicile ce vendredi 30 avril, Yaya Dillo a commenté l’actualité phare du moment : la transition militaire. Droit dans ses bottes contre d’habitude. Sans langue de bois, l’opposant a mis en garde les nouvelles autorités sur des éventuelles erreurs qu’elles seraient amenées à commettre. « Il sera inadmissible que les nouvelles autorités reprennent l’ancien système dans son intégralité avec les mêmes hommes avec même les méthodes », a-t-il déclaré. Pour lui, la junte militaire qui a pris le pouvoir après le décès du président Deby doit « définitivement tourner la page. » Car, dit-il, le problème avec l’ancien régime se résume à la mal gouvernance politique, économique et sociale.

Sur la controverse autour du Conseil Militaire de Transition (CMT), l’ancien rebelle a donné sa position. Il n’est pas contre la dissolution du CMT. « Nous ne pouvons pas exiger le retour à l’ordre constitutionnel. C’est comme demander le maintien de l’ancien système », a-t-il justifié. Mais il est catégorique sur la durée de la transition.  « Nous exigeons une transition inclusive, dans le respect du délai que la junte s’est accordée pour ne pas que le pays sombre dans une forme de gouvernance qui n’est pas légale », somme-t-il.

Pour finir, Yaya Dillo exige un dialogue inclusif. Ce dialogue, dit-il, va permettre de lancer un processus réellement démocratique pour permettre au Tchad de jeter les bases essentielles d’un État de droit et de mettre en place des institutions fortes. Pour y parvenir, l’opposant rappelle encore aux autorités de la transition d’éviter de commettre des erreurs du passé. « Je crois que les nouvelles autorités auront beaucoup de difficultés si elles adoptent des anciennes approches de dialogue parce qu’ultérieurement on a connu plusieurs types de dialogue qui n’ont jamais abouti à quelque chose de concret », relève-t-il.

Le candidat du Front nouveau pour le Changement (FNC) n’a pas manqué de demander aux autorités de ne pas seulement s’atteler sur la problématique de la sécurité mais se penser également sur la question de l’économie et du social. 

Christian Allahadjim

La police a déféré ce 29 avril au parquet du tribunal de Grande Instance de N’Djamena, les personnes arrêtées lors de la marche pacifique du 27 et 28 avril.  Elles  sont au total 686 personnes arrêtées. Reportage.

Ce 29 avril, le soleil est torride et très accablant. La devanture du palais de justice de N’Djamena est prise d’assaut par le groupement mobile d’intervention de la Police (Gmip) sur 3 véhicules bourrés d’hommes en treillis, lourdement armés. Dans la cour, certains détenus déférés sont exposés sous le soleil. D’autres par contre, sont assis devant les salles d’audience, en espérant être auditionnés par le procureur de la République. Sous un hangar, on aperçoit la présence des parents. L’inquiétude se lit sur leurs visages. La colère et la peur aussi. Certains parents que nous avons rencontrés ne cachent pas leurs mécontentements. « Mon enfant a été arrêté arbitrairement par les forces de l’ordre. Il était malade et couché », affirme Angéline, très furieuse. Le malheur de son fils vient du fait que trois manifestants qui tentaient de fuir les forces de l’ordre se sont réfugiés dans leur cour. Et la Police a fait irruption pour les arrêter. Et a embarqué le fils d’Angéline aussi. Une autre raconte que son fils, malade a reçu de la visite des parents. Au moment de raccompagner ses visiteurs, il a été appréhendé.

D’après Me Rimté Guérimbaye, l’un des avocats des détenus, l’audition des détenus par le procureur de la République a commencé depuis le 28 avril, aux environs de 15 heures. Il souligne que sur les 686 personnes arrêtées, certains ont été libérés depuis le commissariat et d’autres au parquet du tribunal de grande instance de N’Djaména. « Depuis hier, 27 personnes ont été déférées à la maison d’arrêt de N’Djamena. A l’heure où je parle, la justice a auditionné plus de 100 personnes et les auditions se poursuivent », affirme Me Rimté Guérimbaye. Les chefs d’accusation retenues contre les 27 déférés sont « attroupement, destruction volontaire des biens, coups et blessures volontaires et trouble à l’ordre public », a énuméré l’avocat.

Allarassem Djimrangar
Younous Sidick Abakar Choukou

Du 27 au 28 avril, des manifestations violemment réprimées ont eu lieu dans plusieurs provinces contre le Conseil Militaire de Transition (CMT) et l’ingérence de la France dans la politique intérieure du Tchad. Ces manifestations se sont soldées par plusieurs morts, beaucoup des blessés et des dégâts matériels. Trois jours plus tard, un calme relatif règne sur N’Djamena, la capitale.

Le calme semble être revenu à N'Djamena après deux jours de violentes manifestations qui ont mis aux prises des forces de l'ordre et des manifestants. La circulation et les marchés reprennent leur cours normal. Le marché central, Dembé et marché à mil sont bondés de monde. Même dans les établissements d’enseignement, la reprise des cours est effective dans les lycées tels que Sacré-Cœur, Adventiste.

Par contre dans les établissements publics,  la reprise est timide.  Au Lycée Félix Eboué, le plus grand et plus vieux lycée où l'on trouve un nombre important, les élèves sont venus uniquement pour l'enrôlement biométrique, nous renseigne l'un d'eux. En face, au Lycée technique commercial, les salles sont presque vides. Une élève nous apprend que ce sont les enseignants qui ne viennent presque pas même. Et rajoute, « il n’y a presque pas d'élèves dans la cour ». Même si le calme semble être revenu, les autorités sont restées méfiantes.

Sur les grands axes et les ronds-points de la ville tels que le rond-point double voie, rond-point Walia en passant par celui de Chagoua, il y a une présence massive des forces de l’ordre. Les policiers, quant à eux, sont redéployés dans certains coins stratégiques de la capitale et autres. Certains quartiers sont patrouillés en permanence. D’autres sont surveillés par les indicateurs de l’Agence Nationale de Sécurité (ANS), le service de renseignements.

Aux dernières nouvelles, les affrontements entre la rébellion du Front pour l’alternance et la concorde et les forces gouvernementales ont repris dans la région du Kanem.

Oumar Adam Oumar
Santana Togyanouba

La coordination des actions citoyennes a encore appelé à une marche ce mercredi. Sur le terrain, la peur semble avoir gagné les manifestants. Reportage.

La capitale tchadienne, N’Djamena ne s’est pas réveillé comme hier, 27 avril, où une gigantesque manifestation a secoué la ville. Ce mercredi 28 avril, bien que la coordination des actions citoyennes et des partis politiques a encore appelé à manifester, la ville est calme. L’appel ne semble pas avoir été suivi.

Dans les quartiers Atrone, Gassi, Paris-Congo, Sabangali, Walia, une accalmie relative règne. Pas de manifestants sur les voies publiques. Aucune perturbation de la circulation. Moins encore des pneus brûlés. L’heure est au bilan et au repos, nous confient certaines personnes qui ont manifesté la veille. D’autres, à Walia par exemple, nous confient que la police a occupé les axes stratégiques très tôt, les empêchant de manifester. D’autres encore ont en mémoire la brutalité policière lors de la marche précédente. La peur semble avoir gagné du terrain.

Sur le terrain, il n’y a que la présence policière et militaire. Par endroit, ils sont positionnés. À Atrone, la police antiémeute a positionné deux camions chauffe-eau sur l’axe Foullah. À côté, des pick-up avec les policiers sont prêts à intervenir. Un peu vers l’axe du centre de santé d’Atrone, un véhicule rempli de militaires, chicotte en main, fait la patrouille. Sous le viaduc de Chagoua, des véhicules de la gendarmerie et de la police sont stationnés. Pendant ce temps, des agents de la police municipale sont mobilisés pour faire la chasse aux pneus dans la ville. À notre présence, 5 véhicules remplis de pneus roulent en direction de la mairie centrale. Des agents de l’Agence nationale de sécurité (ANS), en civil et à moto, sillonnent les quartiers sud guettant un probable foyer de manifestation.

Cette marche, la deuxième de l’ère de transition, a pour objectif la dénonciation de la transition militaire et l’ingérence de la France dans les affaires internes du Tchad. La première, organisée le 27 avril, a été réprimée. Les organisateurs évoquent un bilan de 15 morts alors que les autorités ne parlent que de 5 morts. La coordination des actions citoyennes dit ne pas baisser les bras. Elle promet d’organiser d’autres grandes manifestations jusqu’à la dissolution du conseil militaire de transition.

Christian Allahadjim
Adam Oumar Adam

Suite aux manifestations d’hier 27 avril, des journalistes ont été arrêtés par les forces de l’ordre déployées pour réprimer la marche. Leurs témoignages et la réaction de l’Union des journalistes tchadiens. Reportage.

Lapia Beati, journaliste au quotidien Le Progrès a été arrêté par les gendarmes avant d’être remis aux policiers du commissariat d’ordre public n°15 puis transféré au COP13. Il a été torturé avant d’être relâché le soir de la même journée alors qu’il était habillé de son gilet de travail. Il dit n’avoir pas jusqu’à preuve du contraire compris les motifs de son arrestation. « Personne ne m’a dit clairement ce qu’on me reproche. Toujours est-il que j’étais sur les lieux habillés du gilet qui a été confectionné et mis à la disposition des organes de presse par la HAMA.

Selon le journaliste, il était bien visible. Alors qu’il filmait la manifestation, les gendarmes étaient arrivés avec leur véhicule bleu, « j’avais mon gilet. J’étais sûr qu’on me posera quelques questions pour vérifier, mais hélas. On m’a directement mis dans le pick-up où se trouvaient 2 jeunes mineurs. Et c’est après m’avoir déjà donné de coups qu’on me demande pourquoi je filme ?  J’ai répondu que je suis journaliste. » Les policiers ont alors demandé pourquoi notre confrère ne leur ai pas dit cela avant. Aussitôt, ils lui ont arraché son gilet et son téléphone. Il a été gardé jusqu’en soirée. « J’ai été libéré grâce à l’intervention de mes supérieurs hiérarchiques. Je pense qu’il faudra que les responsables de nos forces de l’ordre comprennent que ce que nous, journalistes, faisons, ce n’est pas contre quelqu’un, mais on le fait pour informer. »

Cynthia Oundoum, journaliste à Tchadinfos, a été aussi arrêtée lors de ces manifestations. « Hier, c’était vers 10 heures, nous étions sur le terrain pour couvrir la marche avec les autres confrères. Vers le collège évangélique, il y avait un groupe d’artistes qui manifestait avec des banderoles.   Donc comme d’habitude, nous nous sommes empressés d’aller les interroger et les photographier ». Notre collègue avec d’autres journalistes se sont retrouvés nez à nez avec plusieurs véhicules des forces de l’ordre. Ils se sont réfugiés dans la chambre d’un ami avec une dizaine de personnes. Les agents des forces de l’ordre ont défoncé la porte pour les arrêter, selon la journaliste. « Parmi ce nombre, c’est seulement nous les deux journalistes qui ont été arrêtés. Ils nous ont embarqués. Après ils nous ont posé la question si nous avons une autorisation pour couvrir la manifestation. Nous leur avions répondu que nos gilets et nos badges suffisent déjà et que nous n’avions d’une quelconque autorisation. Après avoir fait le tour de Moursal avec nous, ils nous ont libérés tout en nous enjoignant l’ordre de rentrer de suite. » Elle affirme qu’ils n’ont pas subi des sévices. Cynthia s’interroge, « ce que je ne comprends c’est le fait qu’ils nous ont arrêtés malgré nos gilets estampillés Presse avec des badges. Je crois que les gilets procurés à la HAMA nous protègent. Mais hier, je me suis rendu compte que ces gilets nous exposent plutôt.  Ce que je réclame c'est vraiment qu’ils nous laissent travailler. C'est la liberté de la presse comme son nom l'indique que nous voulons. »

Pour le président de l’Union des journalistes tchadiens, Mahamoud Abbas, c’est inadmissible qu’on arrête des journalistes lors de tels événements.  D’après lui, l’UJT a toujours rappelé et interpellé des responsables que des journalistes sont présents pour informer en relatant ce qui se passe le terrain. « Donc leur place n’est pas dans des commissariats, en prison, mais dans des rédactions et sur le terrain pour collecter des informations », a fait savoir Mahamoud Abbas. L’UJT dit condamner fermement ces actes. « Nous condamnons avec force ces actes d’arrestation et de maltraitance des journalistes », a réagi le président de l’UJT.  Selon lui, plusieurs recommandations ont été faites aux responsables de la sécurité pour la protection des journalistes. Mais jusque-là rien. « Nous allons relancer les autorités. Si elles n’aboutissent pas, nous allons appeler tous les journalistes à cesser le travail jusqu’à ce que les gens nous respectent ».

Santana Togyanouba
Younous Sidick Abakar Choukou

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