vendredi 21 janvier 2022

Les grands gagnants de la transition

Written by  Nov 17, 2021

C’est la suite de la première chronique : Les grands perdants de la transition. Ce second papier je l’ai intitulé : Les grands gagnants de la transition. Le titre s’est imposé de lui-même. Alors qui sont les gagnants de cette première manche de la transition? J’ouvre la boîte aux enveloppes. Je saisi la première enveloppe.

Je l’ouvre ….

C’est Mahamat Idriss Deby Itno dit l’agneau-loup. Surnommé affectueusement « Mahamat Kaka », Kaka un sobriquet qui signifie au Tchad fils de grand-mère. Presque tous ceux élevés par une grand-maman, le porte. Subtilement cela veut dire enfant dorloter, enfant gâté, etc. Ces enfants sont souvent curieux, ou turbulents, intelligents, sages, et taiseux à force de côtoyer les personnes âgées qui leur consacre beaucoup d’attention, d’affection et leur donne la liberté d’expérimenter la vie réelle dans l’enfance. Le président de la Transition semble être dans la catégorie des taiseux. Plusieurs le prenaient pour un agneau de sacrifice. Je parie ma langue aux chats qu’ils mordront la poussière comme on dit.

À 37 ans le pouvoir lui est tombé sur la tête, dit-on. Il était un fils parmi d’autres. Je me suis renseigné sur le « pourquoi lui » ? Pourquoi en République cela est-il possible de s’accaparer du pouvoir par la force, quelles que soient les circonstances? J’ai reçu les mêmes réponses : « il est mieux que les autres », comme si cela lui revenait de droit. Aussi, je me suis rendu compte que le Tchad n’est une République que de nom. La République s’est « monarchisée ». Les esprits aussi. Je relance ma question sous une autre forme. Qu’est-ce que le président de Transition a de plus que ses autres frères ? Il semblerait, selon les mêmes sources, qu’il n’est pas flamboyant. Qu’il est simple, courtois, reconnaissant, calme, etc. C’était un jeune général qui recevait tout le monde sans distinction. Il écoutait les doléances de tous ses soldats, les aide à trouver des solutions, etc. J’avais envie de leur répondre : et alors? Aucun des arguments avancés ne répondaient à des critères objectifs.

Bon voilà, il est président de la transition parce qu’il est le plus gentil. Parce qu’il est le « fils de l’autre ». C’est tout. Et la République et sa Constitution alors ? Il y a même une source qui me répond en disant, sans sourciller, que le pays est au-dessus de la Constitution. Bizarre. Moi qui croyais naïvement que le pays, c’est un territoire, ses habitants et sa Constitution. J’ai lâché prise en concédant que la première manche du rendez-vous historique est remportée par le président du Conseil Militaire de Transition (PCMT). Peut-être même malgré lui.

Les jours passent, l’agneau du sacrifice cravache dur durant cette seconde manche. Il est transformé. Il est désormais un jeune loup. Il tente de mordre. De s’imposer. La démonstration a été faite lors de son entrevue à la télévision française France 24. Sur le fond, il ne s’est pas amélioré. Ses réponses sont courtes, sans entrain et presque sans argumentations. Elles sont pointées par des « oui », des « non », des « on verra ». Elles finissent presque toujours abruptement. Il semble répéter des réponses apprises par cœur au grand dam du journaliste. Il invoque Allah en justifiant son fauteuil et la légitimé en jurant la main sur le cœur que c’était le contexte sécuritaire qui l’a propulsé président. Il a, par contre, gagné en assurance. Il refuse de dire clairement comme, par exemple, le président de la transition de la Guinée Mamady Doumbouya qu’il ne se présentera pas. J’invite les partisans de Mahamat Idriss Deby Itno de regarder et d'écouter ce autre jeune président de transition, éloquent dans ses propos, clair dans ses pensées et juste dans ses actions. J’envie les Guinéens. Le nôtre, le PCMT, est resté flou. Et quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup disent les Français. Il confirme par ce flou qu’il sera bel et bien candidat. L’agneau est devenu loup. Les autres agneaux dans l’enclos sont avertis. Toutefois, il faut toujours espérer qu’il a le temps de changer et d’être clair comme Doubouya. S’il s’exécute, en organisant les élections sans se présenter, il sera un grand gagnant. Le Tchad aussi. Il évitera ainsi une autre tragédie au pays. Il a sa jeunesse pour lui. Il lui faut droiture et conviction pour tenir. Un pari difficile, mais pas impossible.

Ensuite, je saisi la seconde enveloppe et l’ouvre…

C’est Succès Masra dit l’ambitieux gourou. Tel un pasteur méthodiste il applique sa stratégie avec de la méthode. Il trace son chemin vaille que vaille et bouscule tout sur son passage. Beaucoup des Tchadiens l’ont regardé commencer presque seul. Le pouvoir du défunt Maréchal et ses amis le prenaient pour un illuminé mais rien n’y fait. La politique c’est comme une religion pour lui. Et son parti Les Transformateurs est pour lui presque une révélation divine. Lui, le gourou presque messianique y croit. Il a construit son parti comme une foi religieuse : croire, croire et croire. Le salut est dans la croyance. Et le Tchad transformé par les Transformateurs est la Terre promise aux enfants d’Israël, les Tchadiens. Il fait souvent référence à cette histoire religieuse. Le chef des Transformateurs fascine et fait peur en même temps. Comme journaliste, j’étais curieux de l’évolution de ce jeune politique. Je suis allé le rencontrer, échanger avec lui en lui proposant une entrevue « One to One », il a marqué son accord de principe. Avant cette rencontre, j’ai même écrit une chronique lorsque le défunt président l’a invité au palais pour lui serrer les mains, faire des photos. Une rencontre surprise qui a fait couler beaucoup d’encre et de salives. Un proche conseiller a même quitté le parti, clamant être trahi par le simple fait que son chef a rencontré le défunt président. Cette histoire a fait ruer dans les brancards comme on dit. Succès a fait le dos rond. La tempête a passé avec elle Idriss Deby Itno. Une nouvelle donne s’est installée. Masra est sorti des bois, ragaillardi. Il est jeune. Il incarne la nouveauté, la rupture avec le passé. Surtout avec tous ses vieux collègues qui soit se sont précipités dans les bras du CMT, soit sont dépassés par la méthode Masra. Il parle aux jeunes. Il sait les dénicher dans les réseaux sociaux. Cette stratégie à l’avantage de reléguer les autres politiques dans l’Ancien Monde.

Succès a donc du succès. Il s’est imposé sur la scène politique. Il a su garder le cap et est resté cohérent. Il a refusé d’embarquer dans la transition sans qu’on accepte ses préalables. Il réclame entre autres choses la modification de la charte en écrivant noir sur blanc que les membres de la junte ne se présenteront pas aux futures élections. Il exige un dialogue inclusif et souverain. Au sujet du Conseil national de transition (CNT), il a une formule lapidaire « pas de charrue avant les bœufs ». Masra c’est aussi l’Ancien Monde avec ses meetings sous le balcon devant le siège de son parti. Souvent, c'est après que la foule soit chauffée à blanc qu’il apparaît tel un messie haranguant ses jeunes militants majoritairement du sud du pays. Ils slament en s’interrogeant en Arabe locale « mâla mâa bi dorouna? » (Pourquoi ne veulent-ils pas de nous?) Cette « méthode Coué », version Transformateur, hypnotise ses militants et fait peur ses adversaires, les railleurs d’hier. Ce qui les terrifie c’est lorsque le leader s’adresse à cette foule compacte en affirmant, « plus rien ne se fera comme avant. Plus rien ne se fera sans nous. On rendra ce pays ingouvernable », en ces temps où l’option du Fédéralisme commence à contaminer le septentrion, les esprits en haut lieu commencent à s’interroger.

Enfin,  les meetings des Transformateurs ont déjà transformé la façon de faire de la politique. Une gaieté contagieuse au rythme des pas de danses et du son du tam-tam traditionnel.  Cela annonce, je l’espère, la naissance d’une nouvelle génération d’hommes et des femmes politiques intrinsèquement démocrates. Elle n’annonce pas, je le souhaite, la naissance des leaders politiques obtus, calculateurs et sectaires que le pays a connus depuis le matin de l’Indépendance. Succès a, également comme le PCMT, gagné la première manche de cette transition. Il gagnera encore plus en implantant son parti dans le septentrion tchadien. Et en intégrant dans son organisation beaucoup de jeunes militants nordistes. Le Tchad y gagnera.

Bello Bakary Mana

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