vendredi 21 janvier 2022

Le Point

Le Point (52)

Le nouveau sultan de N’Djamena, sa majesté Mohamad Kachallah Kasser en fonction depuis le 15 décembre, focalise ses efforts sur la cohabitation pacifique. Selon lui, la guerre ne résout aucun problème, les Tchadiens doivent se supporter. Ils doivent aller au-delà des considérations pour rebâtir un Tchad meilleur. Entrevue.

« En ce qui concerne les activités du sultanat, je suis encore novice. Tout de même je suis à l’école du savoir de percepts de la tradition. Mon encadrement se fait grâce à mon oncle Béchir. C’est lui qui me guide en ce moment. Ensemble nous nous harmonisons sur les principes du travail. Ce n’est pas du tout aisé comme vous pouvez le penser de gérer N’Djamena », confie Sa Majesté Mohamad Kachallah Kasser. Deux notables, Béchir Bichara et Dr Abderaman Cherif ne quittent d’un pouce le jeune sultan Mohamad Kachallah Kasser. Ils affirment que ces sages font chaque jour un travail remarquable à ses côtés. « Grâce aux notables, je focalise plus mes efforts sur la cohabitation pacifique. Pour le contexte actuel de notre pays avec le dialogue qui s’annonce, je crois, il faut que les Tchadiens s’acceptent au-delà de toutes considérations. Ce n’est pas facile certes, mais nous devons tous savoir que nous cherchons la paix pour développer notre pays », dit le sultan.

Sa Majesté Mohamad Kachallah Kasser demande aux Tchadiens de s’asseoir ensemble pour chercher la solution à leurs problèmes. Il estime ensuite que personne d’autre ne viendra le faire à leur place. « C’est notre pays et nous le connaissons mieux que quiconque. La guerre n’est pas une solution, nous devons asseoir des stratégies pour dynamiser notre paix. Les Tchadiens doivent se supporter quoi qu’il en soit, car l’avenir de notre nation en dépend » évoque-t-il.

Le nouveau sultan de N’Djamena Mohamad Kachallah Kasser est entré en fonction le 15 décembre 2021, déjà un mois. Il succède à son feu père Kachallah Mahamat Kasser décédé le 13 décembre 2021, après 36 ans de règne. Né le 8 février 1977 à N’Djamena, il a passé une majeure partie de son adolescence à Maiduguri au Nigeria où il a fait ses études primaires, secondaires et supérieures à Maiduguri. Sultan Mohamad est titulaire d’un master en sciences politiques. Il est intégré dans le cadre régulier de la fonction publique. Il était affecté au ministère des Affaires étrangères, de l’intégration africaine et des Tchadiens à l’étranger comme conseiller aux Affaires étrangères. Ensuite, il a été nommé 1er secrétaire de l’ambassade du Tchad à New York. Il est passé par la Direction des affaires juridiques de la documentation et des archives, la Direction générale du protocole d’État. Le nouveau sultan de N’Djamena fut aussi, Chef de division des visas et des cartes diplomatiques. Il devient ensuite, 2e secrétaire à la mission permanente du Tchad auprès des Nations Unies. Sultan Mohamad brigue en plus, le poste de Chef de protocole à l’aéroport international Hassane Djamous. Après un an et demi de fonction, il fut détaché comme chef de protocole à la commission du bassin du lac Tchad CBLT. Le sultan Mohamad parle trois langues l’anglais, le français et l’arabe.

Sultanat de N’Djamena, sultanat du Tchad

Selon l’oncle du sultan Mohamad, M. Béchir Bichara, le sultanat de N’Djamena est le plus grand peut-être au Tchad. Il gère la capitale tchadienne et toutes les provinces du Tchad sont représentées à N’Djamena, dit-il. Le notable Béchir affirme qu’il a travaillé plus de 30 ans avec le sultan défunt Kachallah Kasser. « J’occupe toujours la cour en termes de représentant et on gère toujours les problèmes de la population. Nous jouons un rôle de conciliation dans le règlement des conflits. Nous constatons toutes les conciliations par de procès-verbaux signés de deux parties », clarifie le notable. M. Bichara poursuit en précisant quand ils sont en difficulté, toujours par procès-verbal, ils renvoient l’affaire au procureur de la République. Il soutient que le sultanat de N’Djamena est vaste. La ville de N’Djamena comprend 10 arrondissements et près de 2 millions d’Habitants sans oublier les étrangers qui vivent sur le territoire de ce sultanat, dit le notable. Il rappelle que le sultanat de N’Djamena est né depuis longtemps sous le règne de feu grand père Mahamat Idylle, mort depuis 1921. Le sultan Kasser a succédé depuis 1934. A cette époque, le Tchad n’existait pas. « Nous étions sous le parapluie des colons (blancs) », Kachallah Kasser a mis 36 ans au trône. Il était au sultanat depuis 1985 », dit-il.

Dr Abderaman Cherif, un autre notable au service du nouveau sultan raconte que plusieurs cantons ont été rattachés au sultanat Kasser. C’est le 2 avril 1934 que le sultanat Kasser est devenu sultanat de Fort Lamy puis de N’Djamena jusqu’aujourd’hui. « En réalité c’est le sultanat du Tchad, car N’Djamena est représentatif de toutes les autres provinces », se résume-t-il..

Moyalbaye Nadjasna

L’ancien président de la ligue tchadienne des droits de l’homme (LTDH) et l’un des principaux acteurs et témoin de la conférence nationale souveraine de 1993, Enoch Djondang estime que les conditions matérielles et financières ne doivent pas poser de soucis pour l’organisation du dialogue national inclusif (DNI). Dans une entrevue accordée dans le studio Saleh Gaba à Ialtchad Presse, le défenseur des droits humains et consultant dit que le Tchad a des ressources pour organiser, sans l’appui des partenaires, un dialogue digne de nom. Entrevue.

Pour éclairer l’opinion nationale sur la capacité du Tchad d’organiser le DNI prévu pour le 15 février prochain. L’ancien président de la LTDH, et l’un des principaux acteurs de la Conférence nationale souveraine (CNS) de 1993, Enoch Djondang, affirme que le pays dispose de moyens conséquents ( matériels et financiers) pour organiser ce rendez-vous sans l’aide des partenaires. Le défenseur des droits humains balaie du revers de la main l’argument des autorités de la transition qui réclame un appui financier des partenaires. « L’État peut bien et souverainement, si c’est un dialogue national, si c’est l’affaire des Tchadiens, on n’a pas besoin de tendre la main aux partenaires », dit-il.

À propos de l’aspect sécuritaire du dialogue, il rappelle que le pays n’a pas un passé reluisant. Il cite les assassinats politiques, les disparitions forcées et des rancunes entre les acteurs politiques. Et pour assurer la sécurité des participants, il suggère aux acteurs de la crise tchadienne qui craignent pour leur sécurité personnelle, pourraient participer en visioconférence. Enoch Djondang propose aussi que les représentants de ces acteurs puissent participer aux travaux. Il insiste sur la vertu du dialogue et demande aux Tchadiens de s’interroger sur l’importance de la tenue du DNI. Selon lui, l’on doit s’assurer qu’en termes de condition, on a les mêmes visions des choses. « Il faut que tous ceux qui sont concernés soient là. Que ce soit de façon directe ou indirecte », insiste-t-il.

Au sujet du calendrier du DNI, Enoch Djondang, souligne qu’il ne faut pas faire du copier-coller. Selon lui, les pays d’Afrique francophones reproduisent les mêmes choses, d’un pays à un autre. À son avis, les réalités ne sont pas les mêmes, surtout en ce qui concerne la transition. Concernant le message du président du conseil militaire de la transition à la nation le 31 décembre, M. Djondang note que c’est à l’occasion de cette déclaration que la plus haute personnalité de l’Etat dont la charte lui confère tous les pouvoirs a parlé d’un dialogue souverain. Pour lui, la logique voudrait que le PCMT rattrape le processus en cours. Il estime que le processus en cours allait dans une autre direction. « Ce n’était pas une direction d’ouverture, de conciliation », dit le défenseur des droits de l’homme.

Par expérience à la 1re conférence nationale souveraine de 1993, Enoch Djondang propose que la souveraineté du dialogue déclarée par le PCMT soit réaffirmée dans un règlement intérieur du DNI dans ses contours et implications. À son avis, dès lors que le PCMT proclame solennellement le caractère souverain et exécutoire de plein droit du DNI, tous les préalables bloquants de certains acteurs publics potentiels seront à la charge du dialogue. Il soutient que les résolutions du dialogue seront immédiatement traduites en décrets et lois signés et promulgués par le PCMT. Il ajoute aussi que le CNT devra cesser toute activité durant le DNI jusqu’à la mise en place des institutions redéfinies de la transition.  « Pour garantir le caractère exécutoire, souverain du DNI et éviter les surenchères et la cacophonie habituelle néfaste de la classe politique tchadienne, le PCMT doit nommer quelqu’un au-dessus de la mêlée qui va reprendre l’organisation pratique du DNI », suggère-t-il.

Les conditions pour réussir le DNI

Pour la bonne organisation et la réussite du DNI, M. Énoch affirme qu’il y aura des sacrifices à consentir mutuellement entre les acteurs. Selon lui, tous les problèmes ne pourront pas être traités par le seul DNI. Et soutient que le pays est fragilisé. M. Enoch Djondang propose que tout ce qui pourrait relever de la gestion d’un gouvernement responsable et issu des urnes, c’est-à-dire d’un programme politique, devrait être différé. Il estime que ce n’est pas la peine de croire que le bourrage de littérature garantirait la mise en œuvre de tous les désirs. Pour lui, la transition devrait se limiter à l’essentiel pour normaliser la situation générale du pays et le rendre gouvernable en restaurant la justice, l’égalité des citoyens et de paix.

Jules Doukoundjé

L’artiste, musicien tchadien Kaar Kaas Sonn, installé en France depuis des années, sort un single de 5 chansons intitulé « Vivre ». Le single parle de la crise sanitaire de la covid19 qui a chamboulé le mode de vie de l’humanité. L’auteur explique aussi que la pandémie a privé petit à petit l’humanité de sa liberté et d’autres prérogatives constitutionnelles. Et c’est l’exécutif qui gère quasiment seul la politique, foulant ainsi les principes démocratiques de séparation des pouvoirs. Entrevue.

Après l’album masqué, entièrement réalisé à la maison lors des premiers confinements, l’artiste musicien, auteur, compositeur et écrivain, Kaar Kaas Sonn revient avec un single intitulé « Vivre ». Pour l’artiste, ce single a vu le jour sous la pression des événements, dans une période anxieuse. Il explique que la crise sanitaire a chamboulé la vie des gens et petit à petit, l’humanité est dépouillée de sa liberté et d’autres droits constitutionnels. L’artiste souligne que depuis l’avènement de la covid19, c’est l’exécutif qui gère quasiment seul la politique, foulant ainsi les principes démocratiques de séparation des pouvoirs. Ces 5 titres peaufinés en studio et sur lesquels beaucoup de musiciens ont participé. « Nous, nous alignons sagement dans des files d’attente pour aller faire nos courses, puis pour faire le test, afin pour se faire vacciner. C’est extraordinaire d’observer la tension de l’attente, avec incertitudes, crainte, impatience ou ennui », dit l’artiste musicien.

Aussi, Kaar Kaas Sonn souligne que c’est un sentiment d’appartenir à une communauté, car attendre, c’est attendre un intérêt, c’est attendre l’espoir, c’est vivre. Comme dirait Sénèque, c’est la quête d’un avenir meilleur qui pousse les hommes à repousser le bonheur ou, ce qui nous empêche le plus de vivre, c’est l’attente qui se fie au lendemain. Le talentueux musicien estime qu’en attendant, l’on prend mine de rien soin les uns des autres. « Nous attendons dans les rangs pour que la douleur passe, pour que la covid19 parte, pour enfin retrouver la joie », soutient-il. À son avis, c’est aussi le moment d’observer la solitude et l’indigence dévastatrice de certains compatriotes, aggravée par la crise sanitaire.  Dans ce single, l’artiste évoque aussi un nouveau phénomène dans les médias. La parole est libérée. L’on discute, experts et profanes, politiques et citoyens sur ce qui est bon ou mauvais. Selon Kaar Kaas Sonn, il y’en a qui ne sont d’accord avec rien et qui donnent leur point de vue sur tout. Pour lui, la musique est toujours là pour adoucir les tensions.

Pour magnifier l’importance de la musique pendant les moments sombres de la vie, l’artiste, musicien, auteur et compositeur, cite le philosophe allemand Friedrich Nietzsche qui disait : « la vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil ». Selon le philosophe, les musiciens savent exprimer, à travers leur art, la beauté de la vie. Et il leur faut des Noires, des Blanches, des Rondes pour faire une bonne musique.

Le titre Why ? (Pourquoi), interroge sur le paradoxe que certains pays ont d’être riche avec une population pauvre, d’avoir du pétrole et de vivre d’assistance humanitaire permanente. De psalmodier le développement sans les bases que sont l’électricité, l’eau, et la justice. De chanter la démocratie en confisquant le pouvoir par la force, en étouffant toute voix discordante.

Au sujet des titres, Kaar Kaas Sonn affirme que c’est un single de circonstance. Il ajoute que titre après titre, il lui semble important de marquer une année aussi difficile en annonçant un message d’espérance.

Un album est prévu pour bientôt. En attendant, écoutons ce single riche en messages d’espoir et d’espérance que l’on peut télécharger gratuitement.

Jules Doukoundjé 

M. Djonga Arrafi, SG du Syndicat des magistrats du Tchad (SMT), Conseiller à la Cour Suprême, attaque frontalement la circulaire du ministre de la Justice, Garde de Sceaux, M. Mahamat Ahmad Alhabbo du 21 décembre 2021. C’était lors d’une entrevue accordée, ce 23 décembre à la rédaction de Ialtchad à son domicile au quartier Amtoukoui II, dans le 7e arrondissement de la capitale tchadienne, N’Djamena. La circulaire de M. Alhabbo accuse de laxisme des procureurs de la République ainsi que, les présidents des tribunaux dans le traitement des dossiers des délinquants sexuels et leurs libérations non motivées. Entrevue.

Le SG du syndicat des magistrats du Tchad (SMT) M. Djonga Arrafi, clarifie ce qui peut être la circulaire du ministre tchadien de la Justice, M Mahamat Ahmad Alhabbo du 21 décembre 2021. Selon M. Arrafi, le ministre est dans son droit et peut prendre des mesures pour préserver l’ordre public. Mais cette circulaire, dit-il, doit s’adresser uniquement au parquet et non aux magistrats qui sont au siège. « Les présidents des cours d’appel et ceux des tribunaux sont des magistrats qui sont au siège. Ils sont essentiellement et de façon inéluctable, soumis à l’autorité de la loi. Ils ne sont pas hiérarchisés comme au parquet. Par conséquent ils doivent demeurer libres d’esprit et indépendants pour rendre leurs décisions selon la loi et leur intime conviction », précise le SG du SMT. Le magistrat soutient que le parquet met en œuvre la politique pénale du gouvernement sous la hiérarchie du ministre de la Justice, Garde des Sceaux.

Le syndicaliste affirme que cette circulaire ne vaut son pesant d’or que si elle s’adresse aux procureurs. « Le procureur requiert l’application de la loi; or les magistrats au siège l’appliquent directement. L’indépendance de la justice est à remarquer au niveau du siège. Les fonctions des présidents des cours d’appel ou tribunaux c’est de juger. Le parquet a été toujours le bras caché de l’Exécutif, il détient le monopole de poursuite », dit-il. Il fallait séparer la fonction de poursuite et celle de juger, ajoute le magistrat.

Djonga Arrafi cite le célèbre penseur Montesquieu dans son ouvrage « l’esprit des lois. » « Il ne faut pas confier la même fonction à un seul homme sous peine de glisser vers l’abus de pouvoir », évoque-t-il. Le SG du SMT affirme qu’il n’est pas de l’autorité de ministre d’adresser des instructions ou des injonctions aux magistrats de siège. Ils ne sont soumis qu’à l’autorité de la loi, insiste-t-il. Inversement, soutient M. Arrafi, le ministre en tant qu’autorité de tutelle de poursuite, peut formuler des instructions au parquet pour déclencher par exemple l’action publique contre les délinquants.

« Il m’a été donné de constater que les délinquants sexuels et ceux qui posent des coups et violences basées sur le genre (VBG) ne sont pas poursuivis avec toute la rigueur de la loi. Aussi, il vous est demandé d’instruire les procureurs de la République ainsi que les présidents des tribunaux de mettre fin à ce laxisme. Les procureurs sont instruits à s’opposer à toutes libérations non motivées sans que l’instruction soit achevée », peut-on lire dans la circulaire du Garde des Sceaux.

Moyalbaye Nadjasna

L’artiste musicien tchadien Mahamat Ali Darsila va célébrer le 30 décembre prochain ses 35 ans de carrière. À l’occasion de cette célébration, il a été reçu par la rédaction de Ialtchad Presse. Le chanteur arabophone raconte comment il est arrivé dans la musique, mais aussi ses réalisations artistiques dans la consolidation de la paix et du vivre ensemble au Tchad. Entrevue.

Le natif de la province de Darsila, Mahamat Ali Darsila, l’un des artistes musiciens le plus connu dans le milieu artistique arabophone et surtout par les mélomanes tchadiens va célébrer ses 35 années de carrière. Pour remercier le public et ses fans, l’enfant terrible de la province de Darsila va organiser le 30 décembre prochain un concert VIP dans un hôtel de la place à N’Djamena. Pour immortaliser ses 35 ans de carrière, le prodigieux artiste musicien a invité plusieurs autres artistes musiciens et comédiens à se joindre à lui pour rendre belle la fête. Talentueux, Mahamat Ali Darsila, avait déjà, à l’adolescence, un penchant pour la musique. Plus tard, il en fait sa profession.

« J’ai aimé la musique à bas âge. J’ai commencé la musique quand j’avais 7 ans, et j’ai continué au collège jusqu’à obtenir le bac », explique-t-il. Selon lui, c’est après son baccalauréat que les professeurs d’art ont découvert ses talents artistiques. Mahamat Ali Darsila a étudié la musique pendant 3 ans à école d’art à Khartoum au Soudan. Après sa formation, il intègre de grands groupes professionnels de la musique soudanaise avant de décider de rentrer au Tchad. En 1994, le jeune artiste monte en scène avec ses propres compositions, dont le titre Darsila. Deux ans plus tard, en 1996, il entame une tournée au sud du Tchad, en compagnie de maître Gazonga, Ahmat Pecos et Djalali pour le compte du Mouvement patriotique du Salut (MPS), lors de la campagne présidentielle de 1996.

En 1997, une fois le milieu culturel maîtrisé, il crée son propre groupe et lui donne le nom Darsila, un nom de sa région natale.

À propos de la musique tchadienne, l’artiste souligne que le Tchad est composé de plusieurs groupes ethniques qui font sa diversité et sa riche culture.  « Nous avons les meilleures danses traditionnelles, variées en folklore. Mais il reste à faire connaître notre culture en dehors de nos frontières », explique l’artiste musicien. Selon lui, ce qui retarde la musique tchadienne est le manque de forât et des festivals de musiques pour faire découvrir les talents cachés, pour faire rayonner la culture tchadienne. Il soutient que le pays a des talents, mais il lui faut une bonne organisation pour faire décoller la musique et faire vivre les artistes tchadiens.

Mahamat Ali Darsila demande aux autorités de construire des écoles des arts comme au Soudan pour la formation des jeunes artistes tchadiens. Il suggère aussi aux autorités de mettre sur pied un fonds d’aide dédié pour aider les artistes. Toujours selon lui, beaucoup d’artistes et musiciens tchadiens peinent à vivre correctement de leur art. « J’ai 35 ans de carrière, mais je n’ai jamais reçu de l’aide de l’État. Ailleurs, l’État aide les artistes qui sont en fin de carrière, mais au Tchad, ce n’est pas le cas », dit-il.

La star de la musique arabophone tchadienne a aussi réalisé plusieurs albums avec beaucoup d’autres artistes tchadiens et soudanais. Après son concert inédit prévu le 30 décembre prochain, l’artiste prévoit de faire un clip dans lequel il serait représenté 10 danses de 10 ethnies choisies.

Mahamat Ali Darsila n’est pas seulement actif dans le domaine de la musique. Il a aussi mis sa notoriété et sa disponibilité au service de son pays. Il a participé à plusieurs campagnes de sensibilisation de lutte contre le mariage précoce au Tchad. Le musicien a associé son image à la vulgarisation de plusieurs activités dans le programme du gouvernement mandaté aux organismes et institutions internationales en tant qu’ambassadeur.

Il a été ambassadeur pour la lutte contre le palu, contre la polio. Enfin, il est ambassadeur pour la mobilisation à la paix et à la cohabitation pacifique au Tchad. Son talent lui a permis de gagner plusieurs trophées. L’artiste a aussi dignement fait flotter le drapeau tchadien dans plusieurs pays d’Afrique.

Jules Doukoundjé

Après la menace des responsables de la manufacture de cigarettes du (MCT), située à Moundou dans le sud, de fermer l’usine, si le gouvernement n’abandonne pas l’idée d’augmenter la taxe sur le paquet de la cigarette. Le secrétaire général (SG) de l’association pour la défense des droits des consommateurs (ADC), Daouda El Hadji Adam réagit contre les agissements de la MCT qui cherche, selon lui, à manipuler ses employés en menaçant de fermer l’usine. Il appelle les autorités à maintenir la taxe de 100 f sur chaque paquet de cigarettes. Entrevue.

Aux grands maux, il faut des grands moyens tels semble être la devise de l’ADC face à la Manufacture des Cigarettes du Tchad (MCT). L’association pour la défense des droits de consommateurs (ADC) bande ses muscles et va en guerre contre la MCT, implantée au Tchad depuis 1968. Le Secrétaire général (SG) de l’ADC réagit aux menaces des patrons de la MCT de fermer l’usine de Moundou si les autorités tchadiennes maintiennent leur décision d’augmenter la taxe sur les paquets de cigarettes made in Moundou.  « Depuis quelques jours, nous constatons avec amertume et indignation que la MCT, filiale du Groupe Imperial Tobacco Brands se livre à des manœuvres de désinformation et de manipulation de l’opinion publique et des pouvoirs publics pour saper les efforts du Gouvernement dans la mise en œuvre de l’article 6 de la Convention Cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), traité de santé publique ratifié par le Tchad le 30 janvier 2007 », affirme Daouda El Hadji Adam. Selon lui, dans ce domaine précis, le Tchad a réalisé des avancées considérables, faisant du Tchad, l’une des premières Nations en Afrique. Ce qui est réconfortant, selon M. Daouda, dans l’engagement de l’ADC aux côtés du Gouvernement dans le domaine de la santé et particulièrement celui de la prévention sanitaire. « En tant qu'acteur de la société civile engagée dans la lutte antitabac, il est de notre devoir d’éclairer l’opinion publique et les décideurs sur ces agissements et les manœuvres fallacieuses orchestrés par ce loup qui se transforme en agneau », dit-il.

Le défenseur des droits de consommateurs souligne que l’opinion publique et les décideurs doivent comprendre que les arguments et stratégies développés par la MCT, malheureusement, relayés par certains organes de presse, ne sont pas nouveaux. Selon lui, les compagnies de tabac dans le Monde ont toujours fait usage du mensonge et de la manipulation pour vendre leur produit mortel aux consommateurs et à des prix faiblement taxés.

A son avis, le choix de la période n’est ni fortuit, ni une simple coïncidence. La MCT cherche à travers ses actions médiatiques et de chantages à influencer le processus budgétaire en cours au titre du projet de budget 2022 pour faire annuler ou réduire le montant de la taxe spécifique de 100f sur chaque paquet de cigarettes instituées par la loi des finances 2019, dédiée au financement de la couverture sanitaire universelle. « Nous demandons à la MCT de cesser d’instrumentaliser et de torturer moralement les quelques rares travailleurs tchadiens exploités pour servir sa cause », ajoute Daouda El Hadji Adam. Il rappelle que, selon l’OMS, le tabac est une cause majeure de décès, de maladie et d’appauvrissement. Le tabac fait plus de 8 millions de morts chaque année dans le Monde.  Plus de 80 % du 1,3 milliard de fumeurs dans le monde vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire dont le Tchad. Selon le défenseur des droits des consommateurs, au-delà de la dimension sanitaire, la consommation de tabac est un véritable fardeau économique pour la collectivité. À cause du faible niveau de taxation des produits du tabac au Tchad, les maigres taxes collectées par l’État sur le tabac demeurent sont en dessous des coûts supportés par l’État et les fumeurs. À cela s’ajoutent les coûts liés aux pertes de productivité associées aux morbidités, ou encore les coûts environnementaux du tabagisme.

Toujours selon M. Daouda, pendant plus de 50 ans, la MCT a opéré au Tchad en position de quasi-monopole dans un marché hyper rentable qui lui a permis d’engranger d’énormes bénéfices. En dépit des dégâts énormes sur la santé des consommateurs tchadiens, de leur appauvrissement, elle se permet d’afficher son cynisme en faisant allusion au nombre d’emplois créés et le montant des impôts versés. « Nous tenons à préciser que ces impôts sont constitués essentiellement des taxes supportées par les fumeurs, victimes de cette compagnie. La MCT n’est qu’une collectrice pour le compte de l’État et non contributeur direct. Que la MCT cesse d’entretenir cet amalgame »..

Jules Doukoundjé

Le débat sur la forme de l’État au Tchad ne cesse de faire couler de l’ancre dans le milieu intellectuel et politique. Dans notre série sur le Débat fédéralisme ou État unitaire, Ialtchad Presse est allé interviewer le professeur Ahmat Mahamat Hassan. Il recadre le débat en disant que ni la décentralisation ni le fédéralisme ne pourraient résoudre le problème du Tchad. Selon lui, il faut plutôt soigner la dévolution du pouvoir, la gestion de la gouvernance et le leadership. Entrevue.

Pour le professeur Ahmat Mahamat Hassan, ancien doyen de la faculté de droit de l’université Adam Barka d’Abéché et ancien ministre de la Justice, garde de sceau chargé des droits humains sous Idriss Deby Itno s’exprime sur la forme de l’État. Certains Tchadiens, soutient-il, insistent et persistent pour une nouvelle forme de l’État, le fédéralisme, dans le cadre du Dialogue national inclusif (DNI) qui s’annonce. D’autres disent non, restons dans un État fortement décentralisé. Le professeur Ahmat Mahamat Hassan estime que le débat sur l’État fortement décentralisé ou État fédéral cache l’absence de l’État et de la République égalitaire et citoyenne. Selon lui, le principe, c’est la dévolution du pouvoir où on ne trouve plus d’État régulant les rapports sociaux entre les groupes et les individus. « Il n’y a plus de République citoyenne où les individus sont égaux devant la loi en obligation et en droit », explique l’enseignant chercheur. Il souligne que c’est cette situation qui a poussé les gens à penser que la fédération pourrait être la solution.

Pour le professeur, la fédération est une alliance libre entre plusieurs États qui mettent ensemble leur destin en s’accordant sur un nouveau contrat, une constitution centrale faisant avec un partage de pouvoir. L’État fédéral s’occupe des questions plus générales : l’armée, la défense et de relations extérieures. Les états fédérés gèrent les affaires locales avec des exécutifs locaux et de parlements locaux votant des lois reflétant les réalités de chaque province. Il précise toutefois que le système fédéral ne veut pas dire l’autodétermination, ni la séparation, ni l’éclatement. L’ancien ministre de la Justice, garde des Sceaux, chargé des droits humains au temps de Idriss Deby Itno affirme que ce n’est pas aujourd’hui que le débat se pose. Ce débat a commencé depuis 1972 à la conférence de Doyaba dans la banlieue de Sarh, au sud avec le premier président François Ngarta Tombalbaye. Il rappelle que le ministre d’État chargé de la coordination à la présidence, à l’époque, Antoine Bangui parlait à la conférence de Doyaba, des exécutifs locaux et des législatifs locaux. Selon lui, Antoine Bangui parlait déjà de la Fédération sans se rendre compte, mais que c’était la décentralisation qui avait été adoptée à cette époque-là. Ahmat Mahamat Hassan qui explique le chronogramme de l’histoire de la forme de l’État note qu’en 1975, après la mort du premier président, les militaires avaient organisé une conférence à N’Djamena en 1977 à laquelle ils ont aussi adopté la décentralisation. Mais, il ajoute que cette décentralisation n’a jamais été expérimentée. Le professeur affirme qu’en 1981, le président du gouvernement national de transition, Goukouni Weddey a organisé à Douguiya, à 80 km de la capitale, N’Djamena, une conférence sur le Tchad et son devenir. Et que cette conférence avait opté pour la décentralisation. L’enseignant chercheur est aussi revenu sur la conférence nationale souveraine de 1993 qui a aussi opté pour un État avec cette fois-ci le qualificatif « fortement décentralisé ».

A la question de la décentralisation, Ahmat Mahamat Hassan répond que c’est une forme de gestion de l’État à la française. L’État central est responsable de la gestion des compétences générales couvrant l’ensemble du pays et accorde à des collectivités territoriales décentralisées, dotées des organes, mais qui n’ont pas de pouvoir législatif. Selon lui, la décentralisation donne la primauté à l’État central. Il souligne qu’on a créé des régions par décret, des départements et des communes, mais on n’a pas adopté la décentralisation dans son sens strict. « Maintenant, nous sommes à la veille d’un dialogue inclusif, tout le monde s’accorde à dire, peut-être que le fédéralisme pourrait apporter une solution », estime le professeur. De l’avis du chercheur, le fédéralisme ne veut pas dire l’autodétermination des régions, des groupes ou des ethnies. L’ancien ministre évoque aussi la question de la dévolution du pouvoir qui devrait être par le moyen pacifique du vote et du libre consentement des citoyens tchadiens n’a jamais eu lieu contrairement aux pays africains.

« Ni la décentralisation ni le fédéralisme ne pourraient apporter une solution à la question du vivre ensemble des tchadiens. »

En décortiquant toutes les conférences, de 1972 à la conférence nationale souveraine de 1993 sur la forme de l’État, le professeur Ahmat Mahamat Hassan s’interroge si la forme de l’État pouvait régler le problème de vivre ensemble des Tchadiens dans le respect et surtout dans la justice sociale. « Je ne suis pas sûr que la forme de l’État pourrait régler tous ces problèmes », ajoute-t-il.  Selon lui, chaque forme de l’État, que ça soit la décentralisation ou le fédéralisme ont leur logique et que cette logique a un niveau central qui contrôle la défense et l’armée. Il affirme que ni la décentralisation ni le fédéralisme ne pourraient apporter une réponse à la question du vivre ensemble des tchadiens.

Solutions

Le professeur suggère que pour régler le problème de vivre ensemble des Tchadiens, il faut soigner la dévolution du pouvoir, la gestion de la gouvernance et le leadership. Selon lui, le Tchad a manqué de leadership. Il propose qu’on arrête la prise du pouvoir par les armes. L’enseignant chercheur indique que la prise du pouvoir par les armes pousse les membres du clan de celui qui est au pouvoir à utiliser les biens de l’État comme leurs propres biens. Il précise que la constitution de 1996 interdit bien dans son préambule « tout groupe ou tout individu qui gouverne au Tchad par la violence, par le népotisme, le tribalisme ou la division » sans cela, le pays ne va pas trouver de solutions et la forme de l’État n’est pas une solution.

Jules Doukoundjé

« Avec l’URT, on restaurera la République. Cette République sera régie par les mêmes lois, avec la même rigueur. », Siddikh A. Haggar chef de l’URT

Le président du nouveau parti, Union pour la Refondation du Tchad (URT), Siddikh Abdelkerim Haggar est l’invité de l’émission Le Point. Il est accueilli dans le studio Saleh Gaba. Dans cet entretien, plusieurs problèmes qui minent le Tchad ont été abordés, la transition en cours et l’organisation du DNI ont été au centre des échanges. Entrevue.

Pourquoi attendre maintenant pour créer votre parti, alors que vous étiez membre du MPS ?

La question m’a été posée à plusieurs reprises. Vous savez, le contexte d’avant avril 2021, un certain nombre de droits étaient réservés à un certain nombre de citoyens tchadiens. Nous autres, nous n’avions pas le droit de créer un parti politique, en particulier, nous qui sommes du département de Wadifira, du BET et du Batha. Tout le monde sait que les ressortissants de ces régions n’avaient pas le droit de créer des partis politiques, sinon, ils mettaient leur vie en danger. C’est quelque chose de connu. Les derniers évènements avec Yaya Dillo qui était candidat aux dernières élections présidentielles et les conséquences qui en ont suivi, vous le savez bien. Par conséquent, il n’était pas avisé de prendre de risque à l’époque. Mais, depuis avril dernier, avec l’avènement du Conseil Militaire de Transition (CMT), nous avons eu cette possibilité et le ministre de l’Administration du territoire peut vous confirmer. Sur l’instruction du président du CMT, les nouveaux partis politiques sont autorisés. L’essentiel est de remplir les conditions de création qui sont définies par la charte des partis politiques. C’est dans ce sens que Les Transformateurs qui n’avaient même pas eu une autorisation de fonctionner ont été autorisés par le gouvernement du CMT à fonctionner en tant que parti légal. Ensuite nous aussi, nous avons été autorisés. Bien sûr, après avoir déposé un dossier et après des enquêtes de moralité, nous avons été autorisés à fonctionner. C’est une donne, une nouvelle ouverture qui s’annonce. Et nous avons saisi cette opportunité pour créer notre parti. Il est vrai que dans notre esprit, l’idée de créer un parti politique et de lutter sur l’échiquier politique était encrée, mais les conditions ne le permettaient pas. C’est maintenant qu’il y’a possibilité de le faire et nous l’avons fait.

Le Tchad compte plus de 200 partis politiques, qu’est-ce que l’URT apportera de nouveau dans le paysage politique ?

Vous avez parfaitement raison. Il y a plusieurs partis politiques, mais quels partis politiques ? On dit partis politiques, mais en réalité ils ne sont pas des partis politiques. 90% de ces partis politiques, ne sont que des partis qui ont été créés juste pour le besoin de la cause. Vous le savez très bien, ce sont des partis qui étaient dans la mouvance au pouvoir. Ils faisaient le jeu du pouvoir, cela biaisait la démocratie. Ce ne sont pas des partis politiques. Ils n’ont aucun projet de société. Ils sont toujours alignés derrière des partis pour vivre, pour recevoir les subventions de l’État. Nous ne reconnaissons pas ces partis-là, comme des partis politiques.

Par contre, il y a une dizaine de partis politiques ou une quinzaine qui sont dignes de ce nom. Et avec qui nous sommes prêts à collaborer et à travailler ensemble pour faire avancer la démocratie. Nous apportons, par rapport au contexte actuel, un nouveau projet de société dont le socle est l’unité des Tchadiens et la refondation de notre patrie. C’est pourquoi le parti s’appelle Union pour la Refondation du Tchad (URT). Et dans ce projet de société que vous pouvez lire sur le site web de notre parti. Ce n’est pas fini, nous sommes en train de mettre à jour régulièrement notre site. Chaque jour, les nouveaux adhérents nous rejoignent et nous apportent de nouvelles idées et on les intègre progressivement pour enrichir notre projet de société. Ce projet est totalement différent de ceux des autres partis politiques qui sont déjà sur place. C’est un projet de société qui est novateur, jeune et refondateur. Cela permet normalement, si on l’applique, parce que la question, c’est aussi l’application des textes. Avoir un projet de société est une chose, et l’appliquer en est une autre. Si jamais, nous arrivons au pouvoir, l’application d’un tel projet de société va permettre de faire sortir le Tchad du gouffre dans lequel, on l’a mis.

Vous parlez des projets de société, en lisant la vôtre, on a l’impression que c’est le projet de société du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) ?

Il faut que ça soit très clair. Je l’ai dit à maintes reprises. Nous n’avons pas rien à voir avec le MPS. Je vous jure, je n’ai jamais lu le projet de société du MPS. Peut-être vous, vous l’avez vu, mais cela m’étonnerait. Personne n’a vu le projet de société du MPS. Ils se définissent de la social-démocratie dans leur statut, mais je n’ai jamais vu leur projet de société.  Nous, nous définissons de la social-démocratie, dans notre projet de société, dans notre texte et dans toutes les actions que nous entendons mettre en place. C’est la sociale démocratie. Qu’est-ce que la sociale démocratie ?  La sociale démocratie est un mixage intelligent entre l’interventionnisme de l’État pour réguler la société, l’économie et le libéralisme économique. Vous voyez, dans un pays comme le Tchad, il y a une bonne partie de la population qui est très pauvre, dans un pays où il y a une absence totale d’infrastructures, dans un pays où il manque l’eau potable, l’électricité et la santé. On ne peut pas implanter n’importe quelle idéologie politique, économique et sociale. Il n’y a que la sociale démocratie qui appelle une intervention apaisée de l’État pour régler l’économie, le social et qui ne peut que donner des solutions.  Il faut lire notre projet de société et vous verrez que tout ce qui a été défini rappelle le rôle de l’État, mais aussi l’aspect libéral de notre économie.

En tant que nouveau parti politique, croyez-vous-en la transition conduite par le CMT ?

Croire c’est trop dire. Le CMT est un organe qui a été mis en place suite à la mort tragique du Maréchal du Tchad Idriss Deby Itno. Il a défini une charte de transition et il a mis en place un certain nombre des organes. Maintenant, nous, en tant que parti politique, nous n’avons pas à croire au CMT. Nous, nous inscrivons dans l’optique de la transmission du pouvoir aux civils. C’est clair et net. Mais à entendre parler le président du CMT, il n’a pas été question que le CMT monopolise le pouvoir. Nous, nous sommes inscrits dans l’optique de collaborer avec l’ensemble des forces vives de la nation, avec l’ensemble des forces politiques et politico-militaires et de la société civile pour sortir le Tchad d’affaires. Et le CMT a défini les organes de transitions, ils ont mis en place le Conseil National de Transition (CNT) et un gouvernement entre guillemets civil. Nous avons été très clairs, le fait que le CNT soit mis en place par le CMT, place le gouvernement en position de juge et partie. Il n’est pas normal que le CNT que le CNT est mît en place par le CMT.

Cette question sera résolue par la Conférence nationale souveraine (CNS) ou le Dialogue national inclusif (DNI) qui s’annonce. Si elle est souveraine, je suis sûr qu’elle va défaire le CNT pour mettre en place un nouveau CNT ou une autre appellation qu’on peut donner à l’organe législatif qui va gérer la transition sur le plan législatif. Pour ce qui est du gouvernement de transition, c’est la même chose. Si la conférence qui s’annonce est souveraine, elle va mettre en place un autre gouvernement, un autre Premier ministre sera nommé par le DNI comme en 1993 pour mener la transition. Quant au CMT, si la conférence est souveraine, les nouvelles autorités de la transition qui seront mises en place peuvent être reconduites par le CMT ou par un autre organe. Mais ce sera décidé par consensus lors de la conférence à laquelle nous comptons participer. Nous sommes en train de faire de propositions concrètes, de préparer des réponses constitutionnelles, concernant les lois électorales, concernant tous les sujets qui divisent les Tchadiens. Nous sommes en train de travailler pour participer avec des propositions concrètes et discuter avec nos frères politico-militaires.

Vous croyez donc aux propos du président du CMT ?

Nous croyons à ce qu’a dit le président du CMT. Il s’est engagé à organiser le DNI. Nous souhaitons que ce dialogue soit vraiment souverain. Il s’est engagé aussi à faire venir les politico-militaires, avec l’appui du Comité technique spécial (CTS) qui négocie avec les politico-militaires. Nous constatons par ci et là de bonnes choses. Nous constatons par ici et par là de mauvaises choses aussi. Mais tout cela va se régler dans le cadre du dialogue.

Certains membres de l’opposition et une partie de la société civile craignent que le président du CMT, le général Mahamat Deby n’honore pas sa parole et se présente aux prochaines élections. Et si c’est le cas, considérerez-vous cela comme une entorse ?

J’ai toujours dit qu’il faut éviter les procès d’intention. Jusque-là je n’ai jamais entendu que le président du CMT dire qu’il va se représenter ou se présenter aux prochaines élections. S’il s’en tient à sa parole d’officier, tel que j’ai compris, il n’a pas été question qu’il se représente où se présente. Tel qu’il le dit, c’est préparer une bonne transition. Toutefois, il faut dire quelque chose pour cette transition qui s’annonce. Il faut qu’elle soit une bonne transition. Je suis pour qu’on ait une bonne transition et non pour une transition bâclée. Il ne faut pas précipiter les choses pour organiser des élections bidon pour lesquelles les résultats seront contestés. Il faut que les choses s’organisent de manière professionnelle, méthodique et qu’elles soient inclusives. Si tel est le cas, je suis d’avis. Mais si l’intention est de se présenter, en camouflant son jeu, nous ne sommes pas d’avis.

Le BET est en proie à l’insécurité, selon vous, qu’est-ce qu’il faut faire pour restaurer la sécurité et l’ordre dans cette partie du pays ?

Il faut être très claire. Le Tchad est un et indivisible. Le Tchad doit rester indivisible. Je le répète. Je l’ai toujours dit, l’URT va militer pour que le Tchad soit un et indivisible. La République doit être instaurée. L’absence de l’État qui a fait que les uns et les autres s’adonnent à des activités parfois illégales, de trafics de drogue, d’orpaillage, de maltraitance des gens et d’esclavage dans certaines parties du pays doit être bannie. Cela est dû à l’absence de l’État. Il y a eu confusion de rôle. La République ne se limite pas seulement à l’État. Aujourd’hui, le Tchad est morcelé en une dizaine de républiques où chacun fait sa loi. Avec l’URT, on restaurera la République. Cette République sera régie par les mêmes lois, avec la même rigueur. Voilà notre option à nous.

Propos recueillis par Jules Doukoundjé

Pour éclairer ses lecteurs sur la situation politique en cette période de transition, Ialtchad Presse s’est entretenu avec le politologue Dr Évariste Ngarlem Toldé, ce 22 octobre 2021. Des questions sur les préparatifs du dialogue, la négociation avec les politico-militaires, le CNT ont été abordées. Entrevue.

Les préparatifs au dialogue (curieusement baptisé pré-dialogue) pointent à l’horizon. Qu’est-ce cela démontre ?

Cela montre que le calendrier ne sera pas respecté. Parce que même, l’organisation du dialogue ne peut être rendue possible que par rapport à un certain nombre de préalables, dont le pré-dialogue. Et il y a des étapes à franchir dont le plus important est le financement. Je ne pense pas que d’ici novembre ou décembre qu’il puisse y avoir un dialogue national. Il faut compter début ou fin trimestre 2022.

Que pensez-vous du dialogue avec l’opposition armée, le premier pas du président du comité spécial semble tourner en échec ?

Jusque-là, rien n’est clair. La question la plus importante est celle de savoir : on va au dialogue pourquoi faire? Et avec qui ? C’est parce qu’au sortir du dialogue on doit avoir de nouvelles institutions : un nouveau parlement, un nouveau président, un nouveau premier ministre. Il faut définir clairement ce que nous attendons pour rassurer l’opposition armée. Mais à ce qu’on le sache apparemment c’est comme s’il n’y a pas des facilitateurs. Il faut donner confiance à ces acteurs politiques là. Vous savez il est difficile d’établir un dialogue direct entre oppositions armées et le pouvoir. Peut-être, la rébellion ne voit pas de garantie pour sa sécurité et de la matière même dans ce dialogue. Donc je pense que les objectifs doivent être clairement définis pour rassurer la partie adverse. On ne peut pas engager comme ça une négociation pour le plaisir de le faire. Cela ne va pas aboutir. Il faut que tout soit clair, qu’on sache où on va et vers qui, c’est important.

Vous parlez de garantie, à quoi faites-vous allusion ?

Il s’agit d’une garantie de sécurité, il n’y a pas encore une loi d’amnistie. Donc l’opposition armée ne va pas s’engager comme ça pour venir dialoguer. Vous savez même que les nouvelles circulent qu’il y a eu beaucoup de règlements de compte. Il faut savoir que le lieu même de la tenue du dialogue pose problème. Ils vont venir comment? Où est-ce qu’ils vont mettre leurs armes. Tous ces aspects sont à prendre en compte.

Certains leaders de l’opposition démocratiques, Yaya Dillo, par exemple, demande que le CNT soit dissous.  Le CMT le fera-t-il selon vous ?

Je ne pense pas, le vin est tiré, il faut le boire. Maintenant c’est pendant le dialogue que tout sera décidé. Aujourd’hui, le dialogue n’a pas une base juridique. Donc le DNI doit être une occasion de décider de continuer avec le CNT soit de créer un parlement de transition. On aura aussi un Premier ministre de transition et pourquoi pas un président de transition. La durée même de la transition sera définie. Elle ne commencera réellement qu’en ce moment. Actuellement les conseillers sont déjà installés et il sera difficile de revenir en arrière. Ceux qui iront au dialogue ne doivent pas avoir peur. Ils doivent avoir le courage de discuter et décider d’asseoir des institutions démocratiques et crédibles pour notre pays. Il ne doit pas y avoir de tabous et les gens doivent déjà être rassurés de la tenue de ce dialogue. S’il faut aller au dialogue pour ne rien changer et de revenir à la case de départ, nous serons tombés dans une bassesse et méprisés par le monde entier.

S’il fallait avoir un avis avisé sur cette période transitoire, que diriez-vous ?

Écoutez, un militaire ne prend pas le pouvoir de nos jours pour le remettre demain à quelqu’un. Il faut que les gens se détrompent. L’armée est une structure organisée. Les militaires ont les armes. Ils ont aussi les moyens et ce n’est pas facile. Tout ce qu’il faut ce que les Tchadiens peuvent eux-mêmes décider de les faire partir par des moyens légaux au moment venu à travers le dialogue ou par la voie des urnes. Tout porte à croire que le CMT est venu pour rester. La non-modification de la charte de transition, l’intention non avouée du Président du CMT de se présenter aux élections le prouvent. Il ne faut pas que les gens soient leurrés, normalement le dialogue doit être au lendemain de la prise du pouvoir. Mettre les Tchadiens autour d’une table pour décider des actions à mener. Nous sommes déjà à 6 mois. On attend encore le dialogue. Il faut attendre encore 6 autres mois pour peut-être arriver au dialogue. En 1993, par exemple, le dialogue a pris plusieurs mois. En toute franchise, la junte n’a pas l’intention de remettre le pouvoir aux civils.

Réalisation Moyalbaye Nadjasna

L’ancien député de Ouara, dans le Ouaddaï et membre du CNT, Mahamat Saleh Ahmat Khayar explique l’origine des conflits intercommunautaires qui ont ensanglanté sa province. Il met les autorités publiques devant leur responsabilité et tente d’esquisser quelques pistes de solutions pour permettre à sa province et tout le pays d’amorcer le chemin du développement socio-économique. Entrevue.

La province du Ouaddaï est l’une des provinces du Tchad où les conflits intercommunautaires ne cessent d’endeuiller les familles. Cette province située à l’Est du pays, en proie depuis plusieurs années à des conflits entre éleveurs et agriculteurs, qui sont condamnés à vivre ensemble dans le même espace. Depuis ces conflits sanglants, les autorités publiques du pays, peinent à trouver une solution définitive et permettre aux deux communautés de vivre côte à côte et en paix. Pour le conseiller Mahamat Saleh Ahmat Khayar, le conflit intercommunautaire a toujours existé depuis que les gens font des activités champêtres, et d’autres des activités d’élevage. Pour lui, comme les communautés vivent ensemble dans le même espace, les bêtes entrent dans les champs et parfois les champs sont aussi dans le couloir de transhumance. Il souligne qu’entretemps, les gens essaient toujours de régler ces différends de façon amicale, traditionnelle. Et l’administration était forte pour régler tous ces problèmes.

Pour l’élu de la province du Ouaddaï, maintenant, le problème s’est aggravé parce que chacun veut accaparer de la terre. « Les agriculteurs veulent s’en accaparer, ils sortent du couloir et les éleveurs aussi veulent s’installer et faire paitre leurs bétails jusqu’aux dans les champs », explique-t-il. M. Kkayar estime que l’origine du problème intercommunautaire du Ouaddaï provient aussi de la défaillance des autorités traditionnelles et administratives. Elles ont prouvé leurs limites, leur incapacité à résoudre ce problème. « Je dis cela parce que les autorités traditionnelles sont souvent complices. Au lieu de défendre la vérité et l’Intérêt Général, chacun se campe pour défendre l’intérêt de son groupe », dit-il. Toujours selon lui, un autre facteur s’ajoute. Les autorités traditionnelles n’ont pas les moyens nécessaires pour dire la vérité et trancher juste. Ces autorités locales ne sont pas indépendantes pour agir correctement, ils dépendent des gens. Outre ce facteur s’y greffe selon l’ex-député, les hommes politiques impopulaires qui cherchent à récupérer ce problème pour en faire un enjeu politique dans le seul but de gagner en popularité. À son avis, les autorités administratives, surtout les sous-préfets sont pratiquement dans leur totalité nommée par message. « Ce sont des gens qui n’ont pas de compétence technique ni d’éthique pour gérer de tels problèmes. Du moment où ils sont nommés par message, ils ne sont pas alignés sur le budget de l’État, ils ne sont pas salariés, donc c’est à travers ces conflits qu’ils vivent », affirme le nouveau conseiller du CNT. Pour lui, il faut dire la vérité en face si l’on régler le problème de façon définitive.

« Les choses ont été forcées dans la Province du Ouaddaï »

Pour régler ce conflit intercommunautaire, beaucoup de missions officielles ont été effectuées au temps du président Idriss Debby Itno. Mais, malgré ces interminables missions, la crise persiste, sans aucune solution idoine.  M. Mahamat Saleh Ahmat estime que plusieurs choses ont été forcées. « Vous savez, on ne peut pas obliger les gens à vivre ensemble, c’est impossible. Personne ne peut obliger les communautés à vivre ensemble, c’est à eux de choisir de vivre ensemble. Quand l’État intervient pour forcer les gens, ça ne marche pas et ça ne marchera pas », déclare-t-il. L’homme politique et ambassadeur de la paix estime que quand les communautés elles-mêmes se rendront compte qu’elles sont condamnées à vivre ensemble, de partager le même espace et d’utiliser les mêmes puits elles n’auront aucun intérêt à se battre. Elles seraient obligées de s’assoir   entre eux et vivre ensemble comme avant.

Concernant la spécificité des conflits intercommunautaire, il explique que la différence est si l’on prend le sud du pays, les éleveurs quittent le Nord pour aller au Sud et remontent pendant la saison sèche vers le Nord. Il affirme que dans le Ouaddaï, éleveurs et agriculteurs vivent ensemble. Ils sont des parents et se marient entre eux. Selon lui, ils sont habitués à ce mode de vie depuis des siècles. M. Khayar précise que de nos jours, quand ils se battent, ils sont armés.

À la question des armes utilisées dans les conflits intercommunautaires, il souligne que ce sont les réseaux venus de la Libye via Calaïb et les livraisons se font à domicile. « Nous savons qu’il y a des armes qui se vendent au vu et au su de tout le monde. Il y a des réseaux de trafic d’armes. Nous savons qu’il y a des mains d’une autre société qui alimente cela. », dit le conseiller. Il affirme connaître certaines personnes dans ce conflit et que si les autorités veulent, il est prêt à les dénoncer. Pour lui, quand le gouvernement est coincé, il accuse les hommes politiques de la région.  L’ancien député du Ouara dénonce cette voie de facilité que le gouvernement empreinte parce qu’il est incapable de trouver de solutions à ces conflits qui gangrènent le pays.

Enfin, il revient et insiste sur la défaillance de l’administration de notre pays. Il fait allusion à la nomination des sous-prêts illettrés, des chefs traditionnels sans moyens conséquents pour mener leur mission.  Il a révélé qu’il était sur le terrain pour constater les faits. « J’ai constaté que les gens sont laissés à leur triste sort. J’ai constaté l’absence totale de l’État. Ils sont face à face et chacun se prépare pour attaquer l’autre ». L’ambassadeur de la paix dit avoir pris sa responsabilité pour écrire au gouvernement pour envoyer une mission, mais qu’on a laissé trainer les choser et le pire est arrivé. Le député estime que « si l’on ne fait rien, c’est la haine tribale va s’installer ». Il prend pour responsable les autorités qui traînent les pieds à ce sujet. Il a décidé de déposer un rapport aux autorités sur ce qui se passe dans sa province.

La paix est un choix

Pour l’homme politique, la paix est un choix, il faut amener les citoyens tchadiens  qui n’ont pas la volonté de vivre en paix à faire le choix de la paix. Il croit au dialogue national inclusif, mais à son avis, il faut partir au dialogue avec l’esprit de vivre en paix.

Il suggère l’envoi d’une mission pour apaiser la tension, recenser les problèmes et proposer des pistes de solutions. Pour le conseiller, il faut une mission mixte et responsable, composée des membres du gouvernement, des Conseillers du Conseil national de transition et des personnes ressources pour aller vers la population pour apaiser les esprits.

Jules Doukoundjé

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