dimanche 2 octobre 2022

Reportage

Reportage (1070)

La police a déféré ce 29 avril au parquet du tribunal de Grande Instance de N’Djamena, les personnes arrêtées lors de la marche pacifique du 27 et 28 avril.  Elles  sont au total 686 personnes arrêtées. Reportage.

Ce 29 avril, le soleil est torride et très accablant. La devanture du palais de justice de N’Djamena est prise d’assaut par le groupement mobile d’intervention de la Police (Gmip) sur 3 véhicules bourrés d’hommes en treillis, lourdement armés. Dans la cour, certains détenus déférés sont exposés sous le soleil. D’autres par contre, sont assis devant les salles d’audience, en espérant être auditionnés par le procureur de la République. Sous un hangar, on aperçoit la présence des parents. L’inquiétude se lit sur leurs visages. La colère et la peur aussi. Certains parents que nous avons rencontrés ne cachent pas leurs mécontentements. « Mon enfant a été arrêté arbitrairement par les forces de l’ordre. Il était malade et couché », affirme Angéline, très furieuse. Le malheur de son fils vient du fait que trois manifestants qui tentaient de fuir les forces de l’ordre se sont réfugiés dans leur cour. Et la Police a fait irruption pour les arrêter. Et a embarqué le fils d’Angéline aussi. Une autre raconte que son fils, malade a reçu de la visite des parents. Au moment de raccompagner ses visiteurs, il a été appréhendé.

D’après Me Rimté Guérimbaye, l’un des avocats des détenus, l’audition des détenus par le procureur de la République a commencé depuis le 28 avril, aux environs de 15 heures. Il souligne que sur les 686 personnes arrêtées, certains ont été libérés depuis le commissariat et d’autres au parquet du tribunal de grande instance de N’Djaména. « Depuis hier, 27 personnes ont été déférées à la maison d’arrêt de N’Djamena. A l’heure où je parle, la justice a auditionné plus de 100 personnes et les auditions se poursuivent », affirme Me Rimté Guérimbaye. Les chefs d’accusation retenues contre les 27 déférés sont « attroupement, destruction volontaire des biens, coups et blessures volontaires et trouble à l’ordre public », a énuméré l’avocat.

Allarassem Djimrangar
Younous Sidick Abakar Choukou

Du 27 au 28 avril, des manifestations violemment réprimées ont eu lieu dans plusieurs provinces contre le Conseil Militaire de Transition (CMT) et l’ingérence de la France dans la politique intérieure du Tchad. Ces manifestations se sont soldées par plusieurs morts, beaucoup des blessés et des dégâts matériels. Trois jours plus tard, un calme relatif règne sur N’Djamena, la capitale.

Le calme semble être revenu à N'Djamena après deux jours de violentes manifestations qui ont mis aux prises des forces de l'ordre et des manifestants. La circulation et les marchés reprennent leur cours normal. Le marché central, Dembé et marché à mil sont bondés de monde. Même dans les établissements d’enseignement, la reprise des cours est effective dans les lycées tels que Sacré-Cœur, Adventiste.

Par contre dans les établissements publics,  la reprise est timide.  Au Lycée Félix Eboué, le plus grand et plus vieux lycée où l'on trouve un nombre important, les élèves sont venus uniquement pour l'enrôlement biométrique, nous renseigne l'un d'eux. En face, au Lycée technique commercial, les salles sont presque vides. Une élève nous apprend que ce sont les enseignants qui ne viennent presque pas même. Et rajoute, « il n’y a presque pas d'élèves dans la cour ». Même si le calme semble être revenu, les autorités sont restées méfiantes.

Sur les grands axes et les ronds-points de la ville tels que le rond-point double voie, rond-point Walia en passant par celui de Chagoua, il y a une présence massive des forces de l’ordre. Les policiers, quant à eux, sont redéployés dans certains coins stratégiques de la capitale et autres. Certains quartiers sont patrouillés en permanence. D’autres sont surveillés par les indicateurs de l’Agence Nationale de Sécurité (ANS), le service de renseignements.

Aux dernières nouvelles, les affrontements entre la rébellion du Front pour l’alternance et la concorde et les forces gouvernementales ont repris dans la région du Kanem.

Oumar Adam Oumar
Santana Togyanouba

La coordination des actions citoyennes a encore appelé à une marche ce mercredi. Sur le terrain, la peur semble avoir gagné les manifestants. Reportage.

La capitale tchadienne, N’Djamena ne s’est pas réveillé comme hier, 27 avril, où une gigantesque manifestation a secoué la ville. Ce mercredi 28 avril, bien que la coordination des actions citoyennes et des partis politiques a encore appelé à manifester, la ville est calme. L’appel ne semble pas avoir été suivi.

Dans les quartiers Atrone, Gassi, Paris-Congo, Sabangali, Walia, une accalmie relative règne. Pas de manifestants sur les voies publiques. Aucune perturbation de la circulation. Moins encore des pneus brûlés. L’heure est au bilan et au repos, nous confient certaines personnes qui ont manifesté la veille. D’autres, à Walia par exemple, nous confient que la police a occupé les axes stratégiques très tôt, les empêchant de manifester. D’autres encore ont en mémoire la brutalité policière lors de la marche précédente. La peur semble avoir gagné du terrain.

Sur le terrain, il n’y a que la présence policière et militaire. Par endroit, ils sont positionnés. À Atrone, la police antiémeute a positionné deux camions chauffe-eau sur l’axe Foullah. À côté, des pick-up avec les policiers sont prêts à intervenir. Un peu vers l’axe du centre de santé d’Atrone, un véhicule rempli de militaires, chicotte en main, fait la patrouille. Sous le viaduc de Chagoua, des véhicules de la gendarmerie et de la police sont stationnés. Pendant ce temps, des agents de la police municipale sont mobilisés pour faire la chasse aux pneus dans la ville. À notre présence, 5 véhicules remplis de pneus roulent en direction de la mairie centrale. Des agents de l’Agence nationale de sécurité (ANS), en civil et à moto, sillonnent les quartiers sud guettant un probable foyer de manifestation.

Cette marche, la deuxième de l’ère de transition, a pour objectif la dénonciation de la transition militaire et l’ingérence de la France dans les affaires internes du Tchad. La première, organisée le 27 avril, a été réprimée. Les organisateurs évoquent un bilan de 15 morts alors que les autorités ne parlent que de 5 morts. La coordination des actions citoyennes dit ne pas baisser les bras. Elle promet d’organiser d’autres grandes manifestations jusqu’à la dissolution du conseil militaire de transition.

Christian Allahadjim
Adam Oumar Adam

Suite aux manifestations d’hier 27 avril, des journalistes ont été arrêtés par les forces de l’ordre déployées pour réprimer la marche. Leurs témoignages et la réaction de l’Union des journalistes tchadiens. Reportage.

Lapia Beati, journaliste au quotidien Le Progrès a été arrêté par les gendarmes avant d’être remis aux policiers du commissariat d’ordre public n°15 puis transféré au COP13. Il a été torturé avant d’être relâché le soir de la même journée alors qu’il était habillé de son gilet de travail. Il dit n’avoir pas jusqu’à preuve du contraire compris les motifs de son arrestation. « Personne ne m’a dit clairement ce qu’on me reproche. Toujours est-il que j’étais sur les lieux habillés du gilet qui a été confectionné et mis à la disposition des organes de presse par la HAMA.

Selon le journaliste, il était bien visible. Alors qu’il filmait la manifestation, les gendarmes étaient arrivés avec leur véhicule bleu, « j’avais mon gilet. J’étais sûr qu’on me posera quelques questions pour vérifier, mais hélas. On m’a directement mis dans le pick-up où se trouvaient 2 jeunes mineurs. Et c’est après m’avoir déjà donné de coups qu’on me demande pourquoi je filme ?  J’ai répondu que je suis journaliste. » Les policiers ont alors demandé pourquoi notre confrère ne leur ai pas dit cela avant. Aussitôt, ils lui ont arraché son gilet et son téléphone. Il a été gardé jusqu’en soirée. « J’ai été libéré grâce à l’intervention de mes supérieurs hiérarchiques. Je pense qu’il faudra que les responsables de nos forces de l’ordre comprennent que ce que nous, journalistes, faisons, ce n’est pas contre quelqu’un, mais on le fait pour informer. »

Cynthia Oundoum, journaliste à Tchadinfos, a été aussi arrêtée lors de ces manifestations. « Hier, c’était vers 10 heures, nous étions sur le terrain pour couvrir la marche avec les autres confrères. Vers le collège évangélique, il y avait un groupe d’artistes qui manifestait avec des banderoles.   Donc comme d’habitude, nous nous sommes empressés d’aller les interroger et les photographier ». Notre collègue avec d’autres journalistes se sont retrouvés nez à nez avec plusieurs véhicules des forces de l’ordre. Ils se sont réfugiés dans la chambre d’un ami avec une dizaine de personnes. Les agents des forces de l’ordre ont défoncé la porte pour les arrêter, selon la journaliste. « Parmi ce nombre, c’est seulement nous les deux journalistes qui ont été arrêtés. Ils nous ont embarqués. Après ils nous ont posé la question si nous avons une autorisation pour couvrir la manifestation. Nous leur avions répondu que nos gilets et nos badges suffisent déjà et que nous n’avions d’une quelconque autorisation. Après avoir fait le tour de Moursal avec nous, ils nous ont libérés tout en nous enjoignant l’ordre de rentrer de suite. » Elle affirme qu’ils n’ont pas subi des sévices. Cynthia s’interroge, « ce que je ne comprends c’est le fait qu’ils nous ont arrêtés malgré nos gilets estampillés Presse avec des badges. Je crois que les gilets procurés à la HAMA nous protègent. Mais hier, je me suis rendu compte que ces gilets nous exposent plutôt.  Ce que je réclame c'est vraiment qu’ils nous laissent travailler. C'est la liberté de la presse comme son nom l'indique que nous voulons. »

Pour le président de l’Union des journalistes tchadiens, Mahamoud Abbas, c’est inadmissible qu’on arrête des journalistes lors de tels événements.  D’après lui, l’UJT a toujours rappelé et interpellé des responsables que des journalistes sont présents pour informer en relatant ce qui se passe le terrain. « Donc leur place n’est pas dans des commissariats, en prison, mais dans des rédactions et sur le terrain pour collecter des informations », a fait savoir Mahamoud Abbas. L’UJT dit condamner fermement ces actes. « Nous condamnons avec force ces actes d’arrestation et de maltraitance des journalistes », a réagi le président de l’UJT.  Selon lui, plusieurs recommandations ont été faites aux responsables de la sécurité pour la protection des journalistes. Mais jusque-là rien. « Nous allons relancer les autorités. Si elles n’aboutissent pas, nous allons appeler tous les journalistes à cesser le travail jusqu’à ce que les gens nous respectent ».

Santana Togyanouba
Younous Sidick Abakar Choukou

La capitale tchadienne, N’Djamena a été marquée par des nombreuses manifestations. Quelques citoyens tchadiens ont accepté de donner leurs avis. Vox pop.

Lui, c’est Mahamat Nour, il est commerçant :

« Le Tchad appartient à tout le monde sans distinction clanique, ethnique. Je ne suis pas d’accord avec la nomination de Pahimi Padacké Albert. Il est l’un des anciens membres du gouvernement. Nous voulons un changement, il d’autres personnes. Il faut inclure tout le monde dans le processus de la transition. Il est nommé sans un consensus. Nous voulons un civil à la tête de la transition qui va rassembler les Tchadiens.»

Mahamat Ali est étudiant

« Pahimi Padacké Albert, a l’expérience d’à peu près de 15 ans dans le gouvernement. Je suis d’accord pour sa nomination, il est capable de contribuer à la paix et la stabilité de notre pays. Il peut facilement réconcilier les filles et fils du Tchad. Les manifestations c’est normal, nous sommes dans un pays démocratique. Mais la manifestation de ce matin est intensive. Les jeunes se sont attaqués aux édifices publics, aux stations de carburant, aux usagers, donc c’est aller au-delà.»

Adam Ibni Adam, étudiant

« C’est bien la nomination de Padacké. C’est un ancien. Il connaît bien le gouvernement. Il a travaillé avec le Maréchal feu Idriss Deby, paix à son âme. Tout ce que nous voulons, c’est un dialogue pacifique et transparent. Je ne suis pas d’accord avec la manifestation de ce matin. Certes nous ne voulons pas le système actuel, mais il nous faut un changement dans la paix. Toutefois, je condamne la répression violente de nos concitoyens par les forces de l’ordre.»

Kadidja Abakar, Citoyenne tchadienne

«C’est normal qu’on nomme un Premier ministre à mon avis. Padacké a travaillé avec le défunt président Deby, il sait piloter un gouvernement. Tout ce que nous voulons c’est le vivre ensemble, chers tchadiens. À propos des manifestations, nous sommes dans la démocratie, et chacun doit s’exprimer. Certains ont choisi cette voie. Tout ce que nous voulons c’est la paix et la tranquillité. Aujourd’hui, les écoles sont fermées. Vraiment, il nous faut la paix.»

Propos recueillis par Adam Oumar Adam et Younous Abakar Choukou

Bien qu’interdite, la manifestation pacifique de la coordination des actions citoyennes dénommée « Wokit Tama’’ a eu lieu ce mardi. À N’Djamena, le mouvement de contestation a été durement réprimé. Reportage.

L’air est pimenté à Moursal, Chagoua, Abena, Atrone Gassi et Walia, des quartiers qui se trouvent dans le 6e, 7e et 9e arrondissement de la ville de N’Djamena. Ils sont considérés comme des bastions de la contestation. La capitale politique tchadienne s’est réveillée secouée par des coups de sifflet, des tintamarres des casseroles, des vuvuzelas entremêlées de l’hymne national.

Cet appel à manifester pacifiquement a été lancé par la coordination des actions citoyennes dénommée « Wokit Tama » et le Mouvement citoyen le temps. Le mot d’ordre de cette marche est de dénoncer la transition militaire mise en place après le décès du président Idriss Déby Itno et les ingérences de la France dans les affaires internes du Tchad.

Dès 5heures du matin, des coups de sifflets, des vuvuzelas et de tintamarres ont réveillé les habitants de ces quartiers. Une stratégie pour mobiliser assez de participants. Des groupes se forment à la suite et les rues sont envahies. Ce qui est censé être une marche pacifique s’est très vite transformée en un affrontement entre les protestataires et les forces de l’ordre.

À Chagoua, Atrone, Gassi, Walia, la résistance des manifestants a été farouche. Et la réplique des forces de l’ordre a été aussi foudroyante. En petit groupe, les protestataires ont brûlé des pneus sur les grands axes, scandant des slogans et des affiches antifrançaises perturbant ainsi la circulation. L’axe CA 7 par exemple a été bloqué à la circulation avec des pneus en flamme tout le long de l’avenue. Même scène sur les avenues du 10 octobre et Jacques Nadingar. Certains manifestants ont brûlé le drapeau français. D’autres se sont attaqués à des intérêts français comme le saccage de la station Total, à Gassi.

Pour disperser les manifestants, la police antiémeute, le GMIP, a fait usage des gaz lacrymogènes. Les secteurs tels que Abena, Chagoua et Atrone sont devenus un champ de tir à balles réelles. L’air de ces secteurs est pollué et l’atmosphère invivable. Le quartier Walia dans le 9e arrondissement ressemble à un état de siège. Dans certaines zones, la police a violé même des domiciles pour procéder à des arrestations. Les manifestants affirment être déterminés à en découdre avec la junte et la France. Des gendarmes et des militaires sont appelés en renfort. Des tirs à balles réelles ont été constatés. Des rafales même par endroit. Résultats, on dénombre une vingtaine de blessés, des cas d’évanouissement et des morts. Selon un premier bilan dressé par le procureur de la République près du tribunal de grande instance de N’Djamena, cinq personnes ont été tuées, des véhicules de police endommagés et plusieurs blessés parmi lesquels l’artiste-rappeur Raïs Kim qui a reçu une balle à la cuisse. Plusieurs journalistes ont été aussi arrêtés par les forces de l’ordre et de la sécurité avant d’être relâchés. Ils sont facilement identifiés dans leur gilet estampillé Presse. Pourtant ils sont supposés être des témoins des évènements.

Un jeune homme rencontré devant la radio FM Liberté se plaint d’avoir été arbitrairement tabassé par les forces de l’ordre. «Regarder mon dos, les policiers m’ont roué des coups alors que je discutais le prix de poisson avec une marchande en face de l’échangeur de Chagoua. Et pourtant je ne suis même pas un manifestant. C’est comme ça qu’ils veulent nous gouverner? Dieu les voit», confie-t-il, l’air très fatigué.

Les manifestations se sont déroulées également en provinces. À Moundou, la seconde ville, il y a eu un mort. À Doba toujours au sud du pays, des jeunes sont sortis manifester en dénonçant la junte et la France. Ils exigent le retour à l’ordre constitutionnel. Au centre du pays, notamment à Mongo, des jeunes ont manifesté.

Aux dernières nouvelles, le président français Emmanuel Macron a condamné la répression de cette manifestation. Et surtout fait nouveau, il affirme être contre un plan de succession.

Christian Alladjim, Moyalbaye Nadjasna

Les obsèques nationales du feu président Idriss Deby Itno se sont déroulées ce vendredi à la place de la nation à N’Djamena. Parents, amis et homologues lui ont rendu des témoignages émouvants. Reportage.

Après la cérémonie militaire, place aux témoignages. Les enfants du défunt président sont les premiers invités à la tribune.

Représenté par Abdelkerim Idriss Deby, les enfants du président Deby décrivent leur père comme un géniteur hors du commun, attachant, attentionné et exigeant. Selon eux, le défunt président est un homme de pardon et de dialogue, obsédé par la paix et l’unité des Tchadiens. « Il aimait son pays et ses concitoyens plus que sa propre vie », révèle Abdelkerim Idriss Deby. Bien que sa mort brutale ait causé de la peine à sa famille, les enfants du défunt président se disent réconfortés par les hommages qui lui sont rendus çà et là de par le monde. « Nous sommes fiers de toi cher père », déclare Abdelkerim, qui était jusqu’à la mort de son père son directeur de cabinet civil adjoint. Pour la mémoire de leur père, les enfants Deby promettent de rester fidèles à l’héritage de leur défunt père en continuant à défendre aux côtés des autres Tchadiens les causes pour lesquelles Idriss Deby Itno était admiré et choyé par ses concitoyens.

Tour est au bureau politique national du parti Mouvement patriotique du Salut (MPS) fondé en mars 1989 par Idriss Deby Itno et ses frères d’arme. Prenant la parole, Mahamat Zen Bada, secrétaire général du MPS a peint Idriss Deby Itno comme l’homme qui a sauvé les Tchadiens de la dictature d’Hissein Habré, du terrorisme et bien d’autres situations. Pour lui, Idriss Deby Itno est un homme de principe, brave, un visionnaire, un rassembleur, un panafricaniste. Selon l’amour de leur président fondateur pour sa patrie et ses concitoyens l’ont conduit à une fin fatale. « Idriss Deby Itno est mort selon le slogan de notre parti : mourir pour le salut », a affirmé Zen Bada. Car, il est mort en défendant l’intégrité territoriale et la stabilité du Tchad menacées par les rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT).

Le témoignage tant attendu est celui du président français Emmanuel Macron. D’un ton serein, Emmanuel a rendu un vibrant hommage à celui qu’il qualifie d’allié fidèle, de soldat courageux, de panafricaniste. D’après Emmanuel Macron, le défunt président est un soldat dans l’âme, qui a servi et défendu sa patrie jusqu’au bout de son engagement.  « Vous avez vécu en soldat, vous êtes mort en soldat, les armes à la main », a-t-il déclaré. Toujours selon Macron, le président Idriss Deby Itno est un homme qui a connu la guerre, mais ne l’aimait pas. À cause de ses horreurs. Malgré tout, il s’est engagé aux côtés de la France pour venir en aide à ses frères maliens et autres du Sahel faisant face au terrorisme armé. Le soldat est mort et la douleur est immense, « Aujourd’hui, je partage le deuil d’une nation touchée dans sa chair, par le sacrifice de son premier soldat. Je partage aussi le deuil d’un ami et d’un allié fidèle », a-t-il rendu hommage.

Sur la transition, Emmanuel Macron rassure que la France est et sera là aux côtés du Tchad. « La France ne laissera jamais personne remettre en cause et menacer ni aujourd’hui ni demain la stabilité et l’intégrité du Tchad », promet-il. Le président français a fini son hommage en appelant le comité militaire de transition au dialogue, à l’inclusion pour une période de transition apaisée et démocratique.

Pour rappel, le président du Tchad, le maréchal Idriss Deby Itno est tombé sur le front le 20 avril 2021 lorsqu’il dirigeait le combat contre les rebelles. A la suite de sa mort, un comité militaire de transition dirigé par son fils Mahamat Idriss Deby a été mis en place. Ce comité est contesté par la société civile et les partis politiques de l’opposition réclament un retour à l’ordre constitutionnel. Dans les différents hommages et témoignages, les appels au dialogue à la cohésion sont adressés aux différentes parties.

Christian Allahdjim

Les obsèques du défunt Chef de l’État tchadien, Idriss Deby Itno se sont déroulés ce vendredi, 23 avril à la place de la Nation de N’Djamena.  Le Président tchadien est décédé le 20 avril 2021 lors d’une offensive des rebelles du FACT contre les forces loyalistes. Reportage.

Plusieurs Chefs d’États africains, le Président en exercice de l’Union Africaine, ainsi que son président de commission, les représentants des Organisations internationales, des grandes institutions, les dignitaires religieux, ainsi que la Président français Emmanuel Macron sont venus dire leurs adieux à la dépouille du président tchadien.

Il est 7h du matin dans la capitale tchadienne, tout le monde vient s’installer à la place de la Nation. Une couverture médiatique quasiment planétaire est présente. La cérémonie s’ouvre avec l’arrivée du Chef d’État-major des Armées qui passe les différentes troupes en revue, et à sa suite, vient le président du Conseil Militaire de la Transition, le général Mahamat Idriss Deby Itno.

11h, la dépouille mortelle de feu président Idriss Deby arrive, escortée par la police nationale, passe devant chaque commandement militaire et s’immobilise devant les officiels. Ses frères d’armes le transportent et le déposent sur l’hôtel funèbre.

L’hymne national retentit. Et suit, le dépôt des gerbes de fleurs. Le Président du Conseil Militaire de la Transition, Mahamat Idriss Deby Itno, fils du défunt président, est le premier à s’exécuter. II avance et dépose une gerbe de fleurs. Des tirs de canons ont tonné pour saluer la mémoire de ce fils du pays dans un silence de morts. Après les tirs, tous les Chefs d’État et de gouvernement ainsi que d’autres hôtes présents se sont relayés pour déposer des gerbes de fleurs et rendre leurs derniers hommages au feu président. Plusieurs témoignages notamment ceux des fils du défunt, de son épouse, de ses homologues africains ainsi que du président français ont salué le courage du soldat Deby. Le temps semble être suspendu entre les voix chevrotantes d’émotion et des pleurs. Le Maréchal n’est plus.

Oraisons funèbres

En boucle de ces obsèques, une oraison funèbre est dite par Dr Haroun Kabadi, président de l’assemblée nationale tchadienne dissoute. Selon lui, c’est une circonstance éprouvante. Il affirme que Deby est un grand homme d’État, un repère et un symbole, « son sacrifice pour son pays n’a pas une valeur marchande». Pour lui, l’homme que nous saluons aujourd’hui en mémoire, est né en 1952 à Berdoba dans la province de l’Ennedi Est. C’est un coup de destin, mais l’homme l’avait déjà prédit indique Dr Haroun Kabadi. Enfin il a gardé en souvenir que feu Idriss Deby Itno a toujours dit qu’il ne va pas au terrain parce qu’il est courageux, mais parce qu’il aime ce pays. Et, ne voudrais pas que le désordre prenne racine. D’après Kabadi. « Il est mort sur-le-champ d’honneur et pour la dignité de son peuple », dit l’ex-président de l’Assemblée nationale.

Moyalbaye Nadjasna

Depuis l’annonce du décès du président tchadien Idriss Deby Itno de suite de ses blessures, l'angoisse a gagné la capitale tchadienne. 72 heures après, les N’Djamenois vivent toujours avec l’inquiétude d’une brusque escalade militaire. Reportage.

Jeudi 22 avril, voilà 72 heures que le président tchadien Idriss Deby Itno est mort, de suite des blessures reçues au champ de combat. Le 20 avril, lorsque la nouvelle de sa mort s’est répandue, la psychose s’est emparée de N’Djamena, la capitale. Dans la foulée, marchés, écoles, alimentations, stations-service, administration etc. ont fermé. La ville ressemblait à une ville fantôme. Trois jours après, N’Djamena tente de reprendre vie. Mais la peur est toujours présente dans les esprits de ces habitants malgré l’assurance des autorités de transition.

9h du matin. Avenue Charles De Gaule jusqu’au rond-point du marché de Dembé, la circulation est fluide. Tout comme sur l’avenue Jacques Nadingar jusqu’à l’avenue Mobutu. Pas de bousculade. Peu d’embouteillage. Quelques commerces sont ouverts. Le transport en commun reprend. Les marchés sont encore moins peuplés. L’inquiétude est encore lisible sur les visages. L’après maréchal et les circonstances de sa mort sont au centre de toutes les discussions.

Deudibé Martin est moto taximan. Il n’a connu que Deby comme président. La mort de celui l’a attristé : « Je suis surpris et déçu. Je suis vraiment choqué. » Pour beaucoup de N’Djamenois, le décès du président Deby est un coup dur. « C’est trop dur à supporter puisqu’il a été pour beaucoup pour notre pays », dit Dieudonné, élève en classe de 1ère. D’autres font leur deuil. « En tant que Tchadien, je suis en deuil », déclare Allasra Smarty, gérant d’une boutique à Moursal.

La question qui préoccupe les N’Djamenois est la sécurité. La situation politico-militaire les plonge dans une incertitude. Entre la menace des rebelles de marcher sur N’Djamena, les rumeurs sur les réseaux sociaux et la succession du président les N’Djamenois sont perdus. Par mesure de prudence, des écoles privées et publiques et certains commerces sont restés toujours fermés malgré l’appel de la commune de N’Djamena à la reprise des activités. « La situation est encore incertaine. Si  les boutiques sont restées toujours fermée, c’est par prudence », dit un jeune.

A l’université de N’Djamena, les cours continuent. Très peu d’étudiants ont répondu présents ce jeudi dans les différentes facultés d’Ardep-djoumbal. Trois d’entre eux expliquent cette absence par la peur. « Ce jour du 20 avril, nous avons paniqué. Il y avait une peur terrible », se souvient cet étudiant en Sciences de l’éducation. L’inquiétude, toujours présente, empêche les autres étudiants de se rendre dans leurs facultés. « Nous n’étions pas 100 étudiants alors que nous sommes presque 1 000 », a-t-il constaté.

La succession du président fait jaser. A sa mort, un groupe de généraux s’est emparé du pouvoir en mettant en place un Comité militaire de transition avec à sa tête le fils du défunt président.  « Je suis inquiet compte tenu de la succession qui commence par poser problème », déclare Deudibé Martin. Son avis est partagé par Allas ra Smarty qui explique que le défunt président Idriss Deby Itno n’a pas pensé à préparer sa succession. Et cela, dit-il, va rendre difficile la transition.

Et là déjà des voix se lèvent pour contester la mise en place de ce conseil militaire de transition dirigé par Mahamat Idriss Deby. Société civile et partis de l’opposition dénoncent un coup d’Etat. La population, elle, n’a point confiance, « avec les militaires, il n’y a pas de confiance. On ne sait jamais avec eux », insiste Bienvenue Tog-yanuba, rencontré au marché central. Certaines accusent le président du CMT de manœuvres dilatoires pour s’accrocher au pouvoir. « Avec son père, c’était ainsi au début. La suite nous la connaissons. Et là lui aussi veut reprendre le même manège », s’insurge Allasra Smarty. D’autres ne souhaitent que la paix que ce soit avec une transition militaire ou civile. «Tout ce qu’on veut, c’est la paix. Celle-ci nous permettra de vaquer normalement à nos occupations et assurer notre survie. Nous sommes en Ramadan, un mois saint, nous orientons plus nos pétitions auprès d’Allah pour la paix au Tchad», confie un anonyme.

Christian Allahadjim
Moyalbaye Nadjasna

Plusieurs membres de l’opposition démocratique se sont réunis ce mercredi, 21 avril à N’Djamena, capitale tchadienne. Objectif :  faire le point sur la question de la transition après la mort du président tchadien  le 20 avril dernier. Quelques leaders de l’opposition se sont également prononcés à titre personnel sur cette situation militaire au Tchad. Reportage.

Dans une déclaration, ce 21 avril, les partis politiques de l’opposition démocratique, condamnent avec ce qu’elle appelle coup d’État constitutionnel opéré par les généraux après la mort du président Idriss Deby Itno. Ils rejettent toute dévolution monarchique du pouvoir au Tchad. Les leaders d’opposition appellent à l’instauration d’une transition dirigée par les civils dans le respect de l’ordre républicain à travers un dialogue inclusif. Ils mettent en garde les autorités françaises, notamment, le président français Emanuel Macron, le ministre des Affaires Etrangères Jean Yves Le Drian et les généraux de l’armée française de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures du Tchad. Ils appellent la population à ne pas obéir aux décisions illégales, illégitimes et irrégulières prises par le Conseil Militaire de la Transition (CMT). «La charte de la transition, le couvre-feu, la fermeture des frontières etc. et à demeurer vigilant contre toute forme de prise de pouvoir ou de sa confiscation par la force», indiquent-ils. D’après eux, toutes les parties en conflit doivent faire taire les armes au plus vite et à s’assoir pour une solution pacifique et salutaire pour le Tchad. Aussi demandent-ils, à la communauté internationale  d’accompagner le peuple tchadien dans la restauration de l’Etat de droit et de la démocratie. «Le non-respect de ces points pourrait amener les signataires de ces déclarations à appeler la population à un soulèvement populaire», concluent-ils. Signé par le porte-parole Mahamat Bichara.

Un coup d’État ne promet jamais un avenir radieux …

Selon Masra Succès, président du parti Les Transformateurs, trois choses sont à relever par rapport à la mise sur pied du CMT. La première chose, dit-il, c’est que les tchadiens ont demandé un dialogue. «Un dialogue entre tous les tchadiens qui doit permettre de mettre sur pied des institutions de transition. Ce qui est fondamental. Nous l’avons déjà fait en 1993 et personne n’était déçu. Ce qui va être une conférence inclusive et représentative de tous les tchadiens», signifie-t-il. Pour lui, c’est ce dont le peuple tchadien attend. D’après lui, il faut faire en sorte que les acteurs qui sont les politico-militaires, les gens de la diaspora doivent se retrouvent ensemble et déterminer les organes de la transition, les modalités de la transition. «Ce qui serait une transition collective et la meilleure manière de garantir la stabilité du Tchad», précise le président des Transformateurs.  La 2ème chose, a poursuivi Masra Succès, c’est le minimum à partir duquel on doit aller.  Ce minimum déclare-t-il,  c’est le respect de la constitution actuelle.  «Ce qui va permettre ainsi, à ceux qui pourront être responsabilisés soient à même de convoquer l’organisation de ce dialogue. Ce nous permettra d’y ajouter les éléments qui manquent à cette constitution et aller de l’avant. Ce, dans une collégialité et une diversification de toutes les forces», explique-t-il.

En fin, le jeune leader politique relève que les tchadiens ne veulent pas une transition directe du pouvoir. « Ils ont d’ailleurs dit qu’ils ne veulent le système du pouvoir de Deby, et l’ont exprimé à maintes reprises. On ne peut pas commencer par un coup d’Etat et promettre un avenir radieux, ce n’est pas possible », martèle-t-il. Selon lui, la Charte de la Transition a été fabriquée dans la nuit et c’est une obscurité sans fin. «Cette charte ne prévoit pas seulement 18 mois mais 18 mois fois deux donc au minimum 3 ans. Et il n’y a pas de garantie d’une fin. On va créer toujours une situation pour le prolonger», démontre Masra Succès.  Les tchadiens n’acceptent pas la confiscation du pouvoir militaire au détriment de la volonté du peuple, a-t-il terminé son propos.

Mahamat Allabo, est  SG du Parti pour la Liberté et de la Démocratie(PLD). Il estime que l’opposition démocratique a déjà donné sa position. « Nous sommes contre la mise en place d’un Conseil militaire transitoire. Il s’agit pour nous d’un coup d’État. La constitution prévoit que c’est le président de l’Assemblée nationale qui assure l’intérim ». Pour lui, ce que les militaires ont fait est contraire à l’ordre constitutionnel. Selon lui, si le président de l’Assemblée nationale refuse, il a son vice-président qui peut le faire. C’est une question d’institutions et non des hommes qui vont toujours passer, clame-t-il. « On n’est pas d’accord que les militaires et les enfants Deby se mettent devant et prennent encore le pouvoir. Ce qui se passe s’appelle une succession monarchique».

Moyalbaye Nadjasna

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