dimanche 2 octobre 2022

Une fois de plus des tchadiens meurent sous les feux d’autres tchadiens et cela n’est pas prêt de s’arrêter. Et pourquoi ? Arrêtons l’hypocrisie ! C’est le dessein fantasmatique de conquérir le pouvoir et de jouir des avantages qu’il procure qui exhorte certains à tenter l’aventure jusqu’à tuer ou en mourir si besoin est. Nul ne peut très honnêtement, à moins d’être autiste, croire que les innombrables groupuscules politico-militaires qui écument l’est du pays soient exclusivement mus par un idéal démocratique et « libertaire » dont ils seraient les promoteurs et les défenseurs invétérés. Qu’ils aient tous un point d’ancrage commun, le rejet de Deby, soit ! Mais par-delà cette considération factuelle, deux évidences : la première, c’est qu’un masque ne sert que pour le besoin d’une pièce. Autrement dit, tous, on a bien conscience de l’instrumentalisation de la démocratie et du fait indéniable qu’une fois ce dessein inavoué et inavouable atteint, le masque tombera de lui-même.

La seconde évidence est que la contestation d’un pouvoir, d’un homme n’est pas en elle-même constitutive d’une alternative. Encore faut-il être apte à offrir une perspective qui ne se résume pas à une hypothétique promesse des lendemains qui chantent en lieu et place d’un présent qui serait oppressif.

Or qu’y a-t-il en commun entre ces individualités et entre ces mouvances politico-militaires subversives ? Mis à part les ambitions personnelles et l’opportunisme éhonté de certains, rien justement ! Car tous les oppose autant les uns que les autres. Comment en effet, ne serait qu’esquisser une conciliation entre mille et une incompatibilités rédhibitoires ? Imagine-t-on un seul instant que l’intérêt du peuple tchadien réside dans une mosaïque écartelée entre des bases claniques divergentes, entre des ambitions égoïstes concurrentes, entre des générations de pseudo-opposants différentes ? Et ce n’est pas fini. Par quel miracle, les opposants « historiques » (ceux qui ont inscrit à cette logique très tôt) parviendront-ils à définir un avenir pour le Tchad en collaboration avec des opposants nouvellement et curieusement convertis à la dénonciation expiatoire alors que pour certains d’entre ces derniers, ils ont non seulement cautionné un régime devenu subitement infréquentable à leurs yeux, mais n’ont pas bougé le moindre doigt sous le régime Habré qui était franchement tout, sauf démocratique. Quiconque regarde la réalité avec objectivité, c'est-à-dire sans œillères mais avec lucidité, ne souhaiterait troquer le régime en place (quelque soient ses insuffisances) avec l’incertitude et les infirmités disqualifiantes des maladroits vendeurs de chimères.

Bien que l’on ne puisse se satisfaire de l’état actuel du pays, il ne faut pas non plus occulter le chemin parcouru depuis 1990. Autant il serait prétentieux de hisser le Tchad d’aujourd’hui parmi les nations les plus démocratiques du monde, autant il serait exagéré de qualifier le régime tchadien de dictatorial. Seuls ceux qui ignorent la progressivité de l’ancrage des principes et du réflexe démocratiques s’étonneront du fait que notre démocratie ne concurrence pour l’instant, ni dans son contenu, ni dans ses contours la démocratie française entre autres. À ceux-là, il faut rappeler que la France qui est leur référence, s’est retrouvée sous le joug d’un empereur quinze ans après la proclamation des principes de la révolution de 1789. Le parallèle est certes relativisé par la temporalité des contextes, mais au moins, on ne peut reprocher à Deby d’avoir installé un régime impérial !

La question principielle et préjudicielle qu’on devrait se poser c’est de se demander si, ceux qui se disputent la place du roi aujourd’hui, auraient fait mieux que l’actuel chef de l’état. À chacun sa conviction.

L’honnêteté intellectuelle doit néanmoins nous incliner à accréditer les insuffisances protéiformes dont pâtit notre pays et les réformes multidimensionnelles qu’il faudra incessamment entreprendre. Seulement, là également, il serait simpliste de restreindre la responsabilité de toutes les difficultés nationales à une seule personne sans prendre en compte d’autres facteurs déterminants, telle la hantise de la prise du pouvoir (par tous les moyens) elle-même génératrice d’une réaction, source principale et légitimante des dérives. De ce fait, le recours à la force comme mode de conquête du pouvoir est plus que jamais anachronique dans son principe et toujours dommageable dans son procédé. L’apport de l’opposition démocratique – symbolisé par l’activisme courageux et bénéfique d’un certain Yorongar- dans l’évolution de la société tchadienne est sans commune mesure avec l’action oh combien régressive des nombreuses aventures militaires dont on a fait l’expérience. C’est une preuve de plus que le progrès ne viendra pas envelopper dans la haine, le sang et les rêves.

Par ABDOULAYE-SABRE FADOUL, ABDEL-GADIR FADOUL KOUYOU, MAHAMAT SENOUSSI ABDOULAYE

La Banque Mondiale, crée à Bretton Woods en 1944 dans le contexte de l’époque, avait pour mission de soutenir la reconstruction des pays européens d’après-guerre. Plus tard, sa mission a été élargie aux cas de catastrophes naturelles et aux urgences humanitaires résultant des conflits dans les pays en développement. Influencée par les activités des Nations Unies durant ces dernières années, la Banque Mondiale décida d’orienter ses activités dans le cadre de la lutte globale contre la pauvreté.  Et malgré ses multiples réformes internes, la qualité de ses opérations laisse parfois à désirer et suscite plutôt des tensions sociales graves et des crises au sein des populations des pays en développement.

Néanmoins, la Banque Mondiale s’est élargie à d’autres Institutions de développement [1][1] et ses activités couvrent plusieurs domaines. Avec ses partenaires et Etats clients, elle joue un rôle important au niveau de la politique mondiale, surtout en cas de situation d’urgence complexe. Vu la disponibilité des pays en développement souvent demandeurs, la Banque Mondiale donne parfois un appui financier substantiel dans certains de leurs grands projets.

Mais de nos jours, sous prétexte de venir en aide à ces pays en développement et d’organiser leur méthode de gestion, l’Institution de Breton Woods influencée par le zèle de certain de ses fonctionnaires, se comporte malheureusement en Gendarme néocolonial des pays démunis. Ce qui justifie d’ailleurs les accusations des Organisations de la société civile qui lui reprochaient de ne pas respecter ses propres principes dans certains projets connus.
Au Tchad, les multiples conflits politiques et armés avaient bloqué son réel développement économique et social. Par contre, ce pays recèle d’importantes richesses dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et surtout des ressources minières et du pétrole. Le pétrole, cet Or noir qui aujourd’hui, est de plus en plus sollicité pour le développement industriel mondial, a été sciemment occulté au Tchad par l’ancienne puissance coloniale. Mais, il a été progressivement identifié, exploré et exploité par des Firmes multinationales privées. Vu l’importance de sa quantité et de sa qualité, le pétrole tchadien a été l’objet de convoitise de plusieurs Etats, des Compagnies multinationales et même des Institutions internationales.

L’enjeu du pétrole tchadien aurait même provoqué des conséquences dramatiques, dont le reversement des régimes des anciens présidents Tombalbaye en 1975 et Habré en 1990. Ces Chefs d’Etat, à un moment donné de leur époque, s’étaient fermement opposés à la main mise de certains de nos partenaires qui tentaient de bloquer l’exploitation du pétrole tchadien, afin de maintenir le pays dans la perpétuelle dépendance économique et plonger son peuple dans la misère et la servitude. Ce pétrole aurait occasionné également, la disparition mystérieuse des hauts cadres tchadiens et membres du Gouvernement, impliqués dans sa négociation et le suivi.
Membre de la Banque Mondiale depuis 1963, le Tchad tout comme les autres pays d’Afrique noire, à plus de quatre décennies d’indépendance politique. Il possède des ressources humaines importantes, qui sont utilisées également par des Institutions internationales, telle la Banque Mondiale. Ses dirigeants, quelle que soit leur capacité de gouvernance, ils ont acquis une certaine expérience politique, tout comme de gestion. Et malgré leurs difficultés internes, ils savent défendre les intérêts de leurs citoyens et préserver leur souveraineté.

Au Tchad, les difficultés quotidiennes sont vécues par les populations, mais non par les fonctionnaires de la Banque Mondiale. Ces derniers qui sont officiellement affectés pour assurer l’exécution et le suivi des projets, se livreraient en fait à des dépenses absurdes par rapport aux objectifs des dits projets et au détriment du pauvre contribuable tchadien. Et leurs évaluations souvent fantaisistes vont dans le sens favorable à leur prestation. La survie professionnelle de certains de ces Experts ne dépend que de l’existence de projets des pays en développement. Et même si l’exécution et la faisabilité de ces projets ne reflètent pas les réalités locales, ils sont financés par les prêts de la Banque Mondiale et plongeant d’avantage nos Etats dans l’interminable spirale de la dette extérieure.
Au cas où les dirigeants politiques tiennent à les rappeler à mettre de l’ordre, commencent alors des menaces, des représailles et même du chantage à l’égard des Gouvernements. C’est dans cette logique de stratégie machiavélique que se situe le différend actuel entre le Tchad et la Banque Mondiale.

Le Tchad est ainsi accusé de violer l’Accord signé en 1999 avec la Banque Mondiale sur le Programme de Gestion des Revenus Pétroliers. La Banque Mondiale reproche au Gouvernement tchadien, soutenu par son Assemblée Nationale, de vouloir élargir l’utilisation des 10% du fonds prévus pour les générations futures à l’administration territoriale et à la sécurité. C’est pourquoi, elle a pris des mesures de représailles à l’encontre du Gouvernement tchadien, en bloquant le décaissement des crédits de 124 millions de dollar US, alloués au Tchad par l’Association Internationale pour le Développement (IDA) pour financer huit projets en cours d’exécution, dont le montant total est de 297 millions de dollar US.

Le Gouvernement tchadien de son côté, a réagi de manière conséquente en signant avec la République de Chine/Taiwan un Accord pour l’exploitation des autres gisements de son pétrole. C’est un acte certes audacieux qui a ses conséquences, mais quelle que soit la perception politique des uns et des autres vis à avis du régime actuel de N’Djamena, il faut saluer le courage du président Idriss Déby à prendre cette décision de diversifier nos partenaires énergétiques.

Surpris par la réaction conséquente du Tchad, certains responsables de la Banque mondiale s’agitent pour chercher une porte de sortie de crise, provoquée par leur propre intransigeance aveugle. Le Tchad n’a jamais eu l’intention de rompre sa coopération avec la Banque Mondiale. Toujours est-il que la position du Gouvernement tchadien, confirmée par son Assemblée Nationale est légitime. Il revient alors aux Experts de la Banque Mondiale de faire des propositions concrètes et réalistes qui prendraient en considération les priorités immédiates du Tchad afin de trouver une solution rapide et équitable à ce différend.

En fait, les responsables de la Banque Mondiale chargés de suivi du dossier Tchad souhaitent-ils réellement le développement de ce pays pour le faire sortir un jour de sa pauvreté ? Sinon, pourquoi suspendre le décaissement du fonds des projets qui sont en cours d’exécution ? Si le Tchad n’avait pas ce projet de Pétrole, la Banque ne financerait-elle pas les projets dont elle vient de mettre son embargo financier ? La Banque Mondiale a-t-elle l’intention de faire asphyxier le Tchad, déstabiliser son régime politique actuel et renverser le président Idriss Déby?

Est-il normal que le Tchad produise d’énormes quantité de pétrole et que ses fonctionnaires perçoivent de salaire de misère, vivent dans l’obscurité et sans avoir régulièrement de l’Eau potable, ni bénéficier des soins et couverture sanitaire adéquate. Pourtant l’Éducation, la Santé et les Infrastructures sont identifiés comme secteurs prioritaires et dont l’exécution des projets est suivie et évaluée par la Banque Mondiale ?  Pourquoi la situation est si dégradante et la Banque Mondiale reste muette ou indifférente jusqu'à la récente décision de l’Assemblée Nationale tchadienne d’amender la Loi 001 sur la Gestion des Revenus pétrolier du Tchad ?

Serait-il juste que des fonds importants évalués à plus de 36 millions de dollars US déjà disponibles, soient stockés dans des Banques commerciales en Europe, pour les générations futures, alors que dans les Hôpitaux et Maternités[2][2], des milliers des enfants tchadiens meurent déshydratés à la naissance, faute de Sérum et des jeunes femmes décèdent à l’accouchement par manque d’antibiotique ou encore des vieillards crèvent du simple fait de paludisme ?

Quel avenir de la génération future pourrait-on préparer en immobilisant ces fonds propres du Tchad à l’extérieur, jusqu'à l’épuisement total de sa production pétrolière avant de les utiliser ? Or dans l’immédiat malgré l’apport de la Banque Mondiale, tous les enfants tchadiens ne vont pas à l’École et même ceux qui partent ne bénéficient pas d’encadrement conséquent du fait des troubles psychologiques et morales de leurs Enseignants, qui n’arrivent pas à subvenir régulièrement à leur besoin alimentaire quotidien. Et les étudiants tchadiens à l’extérieur sont abandonnés à eux-mêmes sans bourses d’études. Quel modèle de développement pour le Tchad la Banque Mondiale voudrait-elle expérimenter ?

Dans de telles conditions, comment la Banque Mondiale pourrait-elle réaliser au Tchad, son Programme de Réduction de la Pauvreté ? Comment pourrait-elle accompagner ou du moins créer les conditions favorables pour permettre au Tchad d’atteindre les objectifs du Développement du Millénaire fixés et adoptés par les Nations Unies ?

Le Tchad n’a jamais refusé de rembourser les prêts octroyés par la Banque Mondiale pour la réalisation de son Projet de l’Oléoduc ? Le fait que le Tchad décide d’utiliser dans l’immédiat une partie de ses propres ressources pétrolières, afin d’accélérer son développement et offrir à ses générations futures un cadre de vie plus agréable que celui vécu actuellement par ses populations meurtries, doit-il le soumettre à cet embargo. Et pourtant, ce n’est pas le Gouvernement mais les populations innocentes qui sont brimées par cette mesure de représailles.

Le Tchad ne peut-il pas demander légalement d’utiliser ses propres ressources, même si elles étaient prévues pour les générations futures ? Ou bien nos Experts de la Banque Mondiale préfèrent plutôt voir les autorités tchadiennes aller solliciter d’autres nouveaux prêts aux intérêts exorbitants, qui seraient encore grignotés par les fameuses missions de négociation et d’évaluation dans lesquelles se précipiteraient certains fonctionnaires prédateurs de la Banque , dont certains seraient de moralité douteuse ?
La Banque Mondiale est-elle mieux placée que les autorités tchadiennes pour apprécier les besoins réels du Tchad ?  La Banque s’est-elle octroyée des nouvelles compétences dans l’appréciation des problèmes sécuritaire des pays en développement ? N’est-il pas légitime pour le Tchad de se préoccuper de sa stabilité et de la sécurité de ses populations ? Quel modèle de gestion la Banque Mondiale voulait-elle innover au Tchad, si ce n’est qu’une autre nouvelle forme de main mise néocoloniale ?

La Banque Mondiale est habituée à s’interférer dans la gestion des pays en développement. Cela serait une bonne chose et même salutaire, si son interventionnisme aboutit à améliorer les conditions actuelles de vie des populations tchadiennes. Dans le cas contraire, même si le Gouvernement tchadien ne réagirait pas, les élus du Peuple tchadiens ou encore les populations elles-mêmes la dénonceraient.

Certes, la Banque Mondiale a fait des efforts importants pour soutenir certains projets de développement du Tchad, dans les domaines de l’agriculture (US. $ 20 millions), de la réforme du secteur de l’Éducation (US. $ 42.34 millions), de la Santé des populations (US. $ 24.56 millions), mais en tant qu’Institution de Développement, elle doit rester au-dessus des humeurs subjectives de ses fonctionnaires agissant de manière politicienne.
Accusant le Tchad de violer l’Accord signé en 1999 sur le Programme de Gestion des Revenus Pétroliers et dénonçant la mauvaise gestion des autorités tchadiennes, la Banque Mondiale continue sa menace en brandissant d’autres recours qui « incluraient la suspension de nouveaux crédits ou dons, l’arrêt des déboursements des fonds liés à tout ou partie des  opérations en cours, l’accélération du remboursement des prêts et crédits alloués au Tchad ».[3][3]
Le pétrole de Doba appartient-il aux Tchadiens ou à la Banque Mondiale. Ce pétrole a jailli après de longues et difficiles années de  lutte contre certaines puissances et leurs Multinationales, contre certaines Organisations non gouvernementales et même contre certains leaders politiques tchadiens, qui sous prétexte de défendre certains idéaux, n’étaient pas conscients de la situation dramatique de misère sociale dont sont plongées nos populations.
Le Gouvernement du Tchad avec ses partenaires internationaux et ses citoyens issus de différentes couches sociales, avaient mené cette longue lutte pour convaincre les pays donateurs et membres de la Banque Mondiale et aboutir à l’Accord de financement du Projet de construction de l’Oléoduc pétrolier DOBA-KRIBI. Malgré les difficultés rencontrées depuis l’élaboration, la négociation et la réalisation de ce projet, les Tchadiens savent ce qu’ils veulent et le Gouvernement du Tchad n’a pas perdu de vue ses intérêts.
Aujourd’hui, le prix du baril du pétrole est en hausse par rapport à celui indiqué dans l’Accord signé en 1999. Aucune modification n’a été réclamée parce que le Tchad tient à respecter ses engagements internationaux. Mais les richesses pétrolières du Tchad doivent bénéficier aux populations tchadiennes qui en ont besoin d’abord maintenant et demain également. Il serait donc absurde de laisser crever nos populations actuelles pour préserver l’avenir des générations futures. Le cadre de vie et le bien être des générations futures doivent être mis en place dès maintenant. Le Tchad n’accepterait pas de chantage et ne sera pas la chasse gardée de la Banque Mondiale. Il revient aux responsables de l’Institution de Bretton Woods de faire des propositions concrètes respectant les priorités urgentes et actuelles du Tchad, déterminé à atteindre les objectifs du développement du Millénaire adoptés par les Nations Unies.
En tant que citoyen Tchadien, nous avons le droit de nous prononcer sur cette question importante qui concerne notre pays, En donnant ici notre avis personnel, nous espérons enfin que les discussions entamées récemment à Paris, entre les délégations du Tchad et de la Banque Mondiale avec la participation du Fonds Monétaire International comme observateur, se poursuivent pour aboutir à des propositions concrètes, prenant en considération les préoccupations réelles du Tchad.

L’avenir du Tchad et l’enjeu de son pétrole ne sont pas comparables, ni négociables par rapport à la stratégie de gestion de la Banque Mondiale. Il serait important de ne pas perdre de vue cette donnée si les responsables de la Banque Mondiale veulent mettre fin à ce contentieux et enfin permettre à chacun de rentrer de ses droits légitimes. /-

Hassane Mayo-Abakaka

[1][1]- Le Groupe de la Banque Mondiale est composé de cinq Institutions de développement étroitement liées : il s’agit de la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD), l’Association Internationale de Développement (IDA), l’Agence Multilatérale de Garantie des Investissements (MIGA) la Société financière Internationale (SFI) et le Centre international de règlement des différends internationaux (CIRDI).
[2][2] - Voir le film «DEAD MUMS DON’T CRY» sur DVD de Dr. Grâce KODINDO, Ob/Gyn, Chad produit par la BBC-PANORAMA SERIES en Juin 2005, sur la situation dramatique des femmes et enfants nouveau-nés à la Maternité de N’Djamena, la capitale tchadienne.
[3][3] -Lire le Communiqué de la Banque Mondiale sur la révision de la loi portant gestion des revenus pétroliers, N0. 2006/227/AFR du 29 Décembre 2005.

 

 

Le président Tombalbaye disait : « Le Tchad, c’est le cœur de l’Afrique ; quand le cœur est malade, c’est tout le corps qui est malade ». La focalisation des actualités sur le Tchad confirme les propos du Grand Compatriote. Une fois encore, notre pays est au centre de grandes polémiques qui divisent, non seulement les Tchadiens eux-mêmes, mais les élites du continent africain. Que ce soit l’affaire Habré ou la question de la gestion des revenus pétroliers, les camps se sont bien rangés en ordre de bataille.

Concernant l’affaire Habré, l’unanimité sur le refus de l’impunité vient d’être consacrée par le sommet de Khartoum. Cependant, la recherche de la meilleure formule de procès divise toujours. Même la société civile panafricaine, réunie récemment en Afrique de l’Ouest, n’est pas unanime. La tendance majoritaire est l’option pour une juridiction africaine qui, en réalité, n’existera pas de sitôt. Du pareil au même donc, l’affaire Habré est devenue un poison qui risque de ravager d’autres Etats en veilleuse. Alors, les victimes tchadiennes pourront attendre longtemps ou se débrouiller autrement, telle est la leçon à tirer ! Malheureusement pour l’ancien lion de l’UNIR, plus la perspective d’un procès est repoussée, plus il subira une terrible torture morale et physique, avec ses proches, à cause des campagnes et des pressions massives contre sa personne et son parcours d’homme d’Etat. Car ses supporteurs semblent de moins en moins douter de sa culpabilité et veulent simplement gagner du temps. D’ici là, M. Habré aura complètement perdu son aura de nationaliste intransigeant qui lui valut tant de sympathie à travers l’Afrique. Faire face courageusement à ses détracteurs et ex-collaborateurs devant un tribunal équitable, fut-ce en Belgique, lui aurait permis de livrer ses contre-vérités et lui conserver un minimum d’honneur, comme Moussa Traoré du Mali par exemple.

Concernant le Darfour et l’Est du Tchad, l’opinion publique ne fait que prendre davantage conscience de l’existence récurrente de l’autre danger néocolonialiste d’origine arabe sur l’Afrique noire. Ce phénomène a fait le malheur des Tchadiens depuis les dates du 22 juin 1966 (création du FROLINAT à Nyala), les accords de Khartoum entre le régime de M. Malloum et le CCFAN de M. Hissène Habré en 1978, Bamina et aujourd’hui les tentatives de El Géneina. On peut à l’avance prévoir dans les détails de ce qu’attend le peuple de ces vents d’Est, tout sauf la liberté, le bien-être et la justice. Même s’il est possible que ce chemin de Rabbah réussisse à l’un des héritiers culturels du conquérant esclavagiste soudanais, ce sera l’inhumation définitive du Tchad et de la république. Ce que d’aucuns appellent « changement » doit être pour les démocrates et les patriotes pire qu’un tsunami et que Dieu nous en préserve ! Autre leçon à tirer du sommet de Khartoum !

Le sujet qui nous intéresse est plutôt la guerre de tranchées entre la Banque Mondiale et le pouvoir du général Idriss Déby Itno, suite à la modification de la loi 001 sur la gestion des revenus pétroliers. Dans l’article intitulé « Faut-il une seule loi pour tous les puits de pétrole ? » [cf. forum pétrole ialtchad.com], nous avions prévenu qu’il y avait bel et bien problème : « Bien des secteurs pourraient demain devenir prioritaires : le gouvernement pourrait valablement décider de consacrer une triennale budgétaire pour régler définitivement le problème de l’Armée par exemple (réorganisation des corps, équipement, casernement, formation, etc.), un chantier gigantesque attendu par tout le monde. Alors que dans le même temps, l’Administration territoriale aurait besoin de ressources adéquates pour son redressement total et sa modernisation comme préalable à la bonne gouvernance et au développement. Il ne faudrait donc pas s’enfermer dans les contraintes d’une loi qui a déjà fixé les quotas de répartition. La Loi 001 voudrait épargner des revenus pour les générations futures. En réalité, les Tchadiens ne maîtrisent pas facilement la gestion de cette épargne. C’est de l’argent public qui fera le bonheur des banquiers, alors que la notion de « générations futures » mérite d’être sérieusement débattue dans tous ses contours et non pas comme une vérité intangible collée à une loi votée à une époque donnée. Nous croyons sincèrement que le Tchad ne peut continuer de se contenter du statut de pays producteur, attendant que la City Bank lui verse chaque fois l’aumône. En tant que nationaliste, nous disons tout haut que le Tchad doit dès à présent se préparer à être actionnaire dans tous les consortiums qui vont exploiter ses gisements pétroliers. Il y a d’énormes avantages pour notre pays à entrer un jour dans le cercle de la grande magouille, c’est à dire des actionnaires de notre pétrole. Il ne faut jamais perdre de vue le fait historique que le pétrole a été la cause du renversement des régimes précédents et de la guerre civile ! Pour devenir un jour les maîtres de nos richesses nationales, nous devons développer dès maintenant des visions futuristes pour notre pays que d’être toujours à la traîne, gouvernement et société civile, des courants venus de l’extérieur ».

Nous constatons qu’après les premières réactions croisées de la société civile et de l’opposition politique en faveur de la Banque Mondiale, la révélation des en-dessous de ce partenariat, au gré de la crise actuelle, divise encore dans les camps. Des groupes importants et crédibles de la société civile comme le Syndicat des Enseignants du Tchad (SET), prennent parti pour le gouvernement contre la Banque Mondiale. Le SET part de deux constats simples : i) Quand un contrat est mauvais ou vicié, il faut impérativement le changer ; ii) Il n’est pas question d’injecter l’argent du pétrole dans le secteur dit prioritaire de l’éducation nationale et ignorer délibérément le sort de l’enseignant qui en est le pilier. Personne n’ose contester publiquement la position du SET, sauf qu’elle conforte celle du gouvernement par analogie.

Au contraire des ADH dont la position fluctue selon les influences. En effet, après une pression remarquable au départ du projet pétrole, sous l’influence des milieux écologistes et altermondialistes, les ADH semblent faire volte-face et se ranger du côté de la Banque Mondiale pour des raisons plus politiques qu’humanistes. Les ADH ont capitulé sur le fond pour se braquer sur la forme de la problématique du partenariat Banque Mondiale – Tchad. En prenant le risque de s’identifier à des oppositions radicales et systématiques contre le pouvoir du général Idriss Déby Itno, les ADH ont publiquement plaidé pour le respect des engagements contractuels du gouvernement envers la Banque Mondiale. Le credo évoqué par elles, légitime faut-il le souligner, est la mauvaise gouvernance actuelle du pays. Cependant, l’honnêteté intellectuelle aurait voulu que les ADH reconnaissent que la Banque Mondiale est partie prenante de cette mauvaise gouvernance tchadienne depuis le début. En dehors de la France qui joue son rôle de gardienne de l’immense cimetière tchadien avec son armée, c’est la banque Mondiale qui gouverne le Tchad pour l’essentiel. Les projets de budget général de l’Etat lui sont préalablement soumis chaque année, avant que le parlement les entérine, après des semblants de débats publics. Ainsi, les députés décrétés, analphabètes et élus sont tous tenus de ne pas toucher au noyau dur du projet de loi de finance imposé par Washington, sous peine de la fermeture des robinets.

En plus de cette mainmise de la Banque Mondiale sur l’activité parlementaire, aucun des projets et programmes qu’elle propose à la partie nationale ne doit être rejeté. Les ministres s’y investissent personnellement pour réduire les ardeurs des techniciens nationaux rigoureux, et faire passer rapidement les projets au parlement de Diguel. C’est donc avec une grande facilité que la Banque Mondiale impose sa camelote aux autorités tchadiennes, même si leur contenu et leur montage sont des fois scandaleux. Pour mieux s’assurer ses intérêts, aucun prêt de la Banque Mondiale n’est exécuté avant ratification préalable par une loi. En d’autres termes, le Banque Mondiale se protège contre d’éventuelles remises en causes de ses interventions et des risques par la partie nationale. Nous sommes toujours tenus de rembourser à 100 % ces prêts, même si 75 % de leur enveloppe repartent par les inévitables experts étrangers imposés et le reste dans les gabegies locales.

Il ne faut pas se tromper sur le compte des institutions de Bretton Wood : le FMI et la Banque Mondiale ont été les instruments de la reconstruction de l’Europe après la seconde guerre mondiale. Cette phase achevée, elles ont été converties en véritables leviers de l’impérialisme économique sur les pays pauvres du Tiers-Monde. Aucun pays du Sud ne s’est développé grâce au soutien de ces deux institutions. C’est un débat qui est toujours d’actualité au sein des élites internationales, sauf au Tchad où les élites sont démissionnaires. Le constat des échecs gravissimes et des crises causées ici et là par les remèdes imposés par ces deux institutions géantes, a poussé la Banque Mondiale à lancer le défi de sortir le Tchad de la pauvreté par l’exploitation de son pétrole. Cependant, malgré ses intentions louables, la Banque Mondiale n’a           pas opéré les mutations internes nécessaires dans sa vision et ses méthodes anciennes, pour relever effectivement ce défi sur le Tchad. La mise en œuvre du projet pétrole de Doba a clairement révélé ces contradictions.

Je ne reviendrai pas sur les griefs de la mauvaise gouvernance manifeste du pouvoir en place. La stratégie secrète du général Idriss Déby Itno consistait, à tout prix, à faire couler le pétrole. Le général Idriss Déby Itno, qu’on a tendance à trop sous-estimer, usa à merveille de deux atouts chers : la ruse et la patience, tirant les leçons de la chute précipitée de ses prédécesseurs, de Tombalbaye à Habré, renversés chaque fois à l’avant-veille de la mise en exploitation annoncée de l’or noir, pour avoir placé la barre trop haute. Le général Idriss Déby Itno avait ménagé les susceptibilités des majors et des puissances occidentales, en leur facilitant les contrats juteux, pourvu que le pipeline et l’exploitation deviennent une réalité. En contrepartie, son régime a été stabilisé contre ses opposants de l’intérieur et de l’extérieur, dont les rebellions armées, pendant quinze ans. Le général Idriss Déby Itno dit la vérité quand il affirme publiquement que les interventions de la Banque Mondiale n’ont pas servi les intérêts des populations tchadiennes. C’était un secret d’initiés qu’il dévoile, car si notre pays s’imposait la rigueur des contrôles et des évaluations, il y a longtemps que les forces vives auraient réclamé un autre type de partenariat équitable. Mais venant du général Idriss Déby Itno, cet aveu ne pouvait que déclencher une riposte du style « Far West » de la part du président de la Banque Mondiale, l’un des tombeurs de Saddam Hussein d’Irak

La colère de « Tonton Paul » n’est pas liée à la modification de la loi 001 opérée unilatéralement par les autorités tchadiennes. La banque Mondiale ne pardonne pas à son ancien élève modèle d’avoir mis à nu sa propre supercherie orchestrée sur le Tchad. La mesure de suspension des projets et celle du gel du compte ouvert à la City Bank de Londres sont totalement contraires au droit. Elles s’apparentent aux vieilles méthodes utilisées contre les régimes nationalistes et socialistes de Salvador Allendé de Chili ou du Dr Mossadegh d’Iran, pour les faire partir, au profit des intérêts des majors pétroliers. Même si le pouvoir actuel ne ressemble en rien à ces régimes révolutionnaires.

Il ne peut y avoir de corrélations logiques entre la modification de la loi 001 et la suspension des financements des projets Banque Mondiale au Tchad. Tous ces projets relèvent des prêts consacrés par des conventions signées distinctement et ratifiées (les yeux fermés) par les députés. Les principes élémentaires du droit international, en matière de commerce, voudraient que, lorsque l’une des parties rompt unilatéralement sa participation à l’exécution d’un contrat, elle en assume totalement les conséquences. La Banque Mondiale est donc responsable de ce qui adviendra pour les populations tchadiennes du fait de cette mesure. Quelles que soient les rancœurs des uns contre le régime du général Idriss Déby Itno, c’est une vérité qu’aucun tchadien ou africain conscient ne devrait occulter.

Concernant le gel du compte à la City Bank , la Banque Mondiale agit dans l’illégitimité. En effet, il ne s’agit que d’un compte de transit où s’effectue le triage de tous les intérêts et remboursements dus par le Tchad, y compris à la Banque Mondiale. Donc la Banque Mondiale n’a pas le droit de bloquer la modique part résiduelle qui reviendrait au Tchad : c’est un hold-up en bonne et due forme !

Concernant l’argument de violation d’une disposition du contrat pétrolier interdisant « toute modification de la loi 001 susceptible de briser l’équilibre du projet », le débat reste ouvert. En effet, si le consortium pétrolier de Doba et ses sous-traitants exhibent souvent la supériorité des traités internationaux pour refuser de respecter notre Code du travail et les droits de nos travailleurs (cas de la TTC, par exemple), pourquoi la Banque Mondiale transformerait-elle la loi 001 en une norme supérieure et préjudicielle de ce contrat ? C’est vraiment absurde d’obliger le parlement d’un pays indépendant à voter une loi qui aurait pu simplement figurer comme un chapitre d’un contrat commercial international ! La convention Banque Mondiale – Tchad aurait alors clairement indiqué les dispositions intangibles, à savoir le fonds des générations futures et le collège de surveillance et de contrôle. Car, au contraire des conventions sur les droits de l’homme, dont la ratification par un Etat partie les rend intangibles, les traités commerciaux sont, par nature, évolutifs et sujets à des contentieux réguliers et normaux devant des instances d’arbitrage. Jamais la Banque Mondiale ne prendrait les mêmes mesures à l’encontre du plus petit pays européen, fut-il celui de Milosévic, au risque de le payer chèrement : deux poids, deux mesures pour les Africains !

Alors, quelle sera la solution entre la mauvaise gouvernance actuelle et la dimension criminelle des mesures de la Banque Mondiale ? La solution passe, à notre humble avis, par la prise de conscience la plus large de notre élite, le changement de mentalités rétrogrades et des pratiques politiques apatrides des Tchadiens. Quel que soit le pouvoir qui sera aux affaires au Tchad, il devra trouver des réponses claires à deux questions préjudicielles de notre partenariat extérieur : 1) A qui appartiennent les ressources naturelles et l’argent public (y compris les prêts) ? ; 2) Qui doit faire quoi dans le partenariat, autrement la définition de nouvelles règles plus équitables de ce partenariat ? Contrairement à ceux qui penseraient que je suis « un allié providentiel » du régime actuel, je signale que je me contente de soulever les omissions au débat, là où Déby ou pas, il y a la réalité néo-impérialiste incontournable. Pour le reste, on se connaît entre Tchadiens.

Enoch DJONDANG

C’est à partir de 1979 que le Tchad a vraiment défrayé la chronique par le théâtralisme des chefs en guerre et son cortège de massacre. Même si les causes immédiates de cette guerre peuvent se situer à cette époque, les causes lointaines sont antérieures à la genèse de l’Etat tchadien. Elles sont d’ordre géographique, historique, politique, et économique, on peut les considérer aujourd’hui comme des causes endogènes.
Le conflit tchadien est l’un les plus vieux et les plus cruels du continent africain. Les maladresses politiques n’expliquent pas elles seuls les fondements de ce conflit. L’histoire précoloniale et la structure géographique de cet Etat sont des caractéristiques de ce conflit qui dure jusqu’aujourd’hui.

Le 12 février 1979, peu après 10 heures 30 mns, un groupe d’élèves nordistes a fait irruption dans une salle de classe et a demandé au professeur d’arrêter le cours afin de leur permettre de diffuse un communiqué du CCFAN. Certains élèves sudistes se sont opposés à cela. Alors la bagarre a commencé au sein de la classe puis s’est généralisée dans la cour du lycée Félix Eboué. Les gendarmes qui assuraient la protection de la radio-tchad en face de dit lycée sont intervenus juste pour séparer les batailleurs en tirant en l’air. Les soldats du CCFAN chargés de la protection du premier ministre Hissein Habré à Sabangali ( non loin de la radio-tchad )  ont pris d’assaut le lieu sous prétexte de venir en aide à leurs militants agressés. C’est ainsi que des tirs nourris ont été entendus au sein du lycée pendant un temps puis les combats se sont intensifiés dans plusieurs endroits de la capitale tchadienne d’une part entre les FAN et les FAT et d’autres part entre les paisibles citoyens.
D’une simple jacquerie le Tchad entrait ainsi dans une guerre civile qui durera deux ans. Après une trêve qui a permis à qui des sudistes ou des nordistes de trouver refuge dans le quartier où les siens sont majoritaires, les massacres ont commencé à N’Djaména.
Sur le plan militaire, les FAT au nombre de 3500 hommes à N’Djaména ont été tenus en échec par les FAN pour plusieurs raisons :

-          Les FAN recevaient de l’aide du détachement de l’armée française basée à N’Djaména.
-          L’Ambassadeur de France au Tchad conseillait au général Malloum Président de la République, la modération dans cette guerre.
-          L’Armée Nationale Tchadienne (ANT) s’est désagrégée. Chaque soldat a choisi son camp.
-          Le chef d’Etat major des armées, à l’époque le Colonel Nguemourou n’était pas associé aux travaux préparatoires de cette guerre, a refusé de donner l’ordre aux militaires d’entrer en guerre aux côtés de la gendarmerie dirigé par à l’époque par Colonel Kamougué qui était la seule unité de l’ANT à se battre contre les FAN.

Le 14 février, Nguemourou a donné sa démission de l’État-major des armées. Il a été remplacé aussitôt par le général Negué Djogo. Vu les divergences qui opposaient les frères sara et les Mbaï depuis le coup d’Etat du 13 avril 1975, le Général Djogo (qui est sara) a adopté une position peu mitigée vis-à-vis de Kamougué.
Magré tout, Kamougué et ses troupes avaient une parfait maîtrise de la situation. La France a imposé un cessez-le-feu entre les deux forces en présence. Cette interruption de combat a permis d’une part à l’armée française d’acheminer le reste des soldats du CCFAN d’Abéché à N’Djaména et d’autre part aux autres tendances du FROLINAT d’arriver dans la capitale afin d’apporter leurs aides à Hisseine Habré. Opération certes, réussie, sauf le CDR de Ahmat Acyl a refusé son aide à Habré. Cette trêve a aussi permis aux cadres et officiers sudistes de s’unir autour de Kamougué pour défendre les intérêts des sudistes. Ils ont formé le” comité de Défence”et ils tenaient les quartiers sud de N’Djaména où les sudistes sont majoritaires. Les autres tendances du FROLINAT tenaient aussi les quartiers nord de la capitale. Mais à la fin du mois, les combats ont repris de plus belle.
Vu la résistance que la gendarmerie a opposée aux forces du FROLINAT, la France, la Libye et le Nigeria soucieux de cette tragédie ont privilégié la voie diplomatique. C’est ainsi qu’une série de conférences s’est ouverte au Nigeria afin de réconcilier les belligérants. La première, baptisée Kano 1 a eu lieu du 10 au 14 mars 1979 à Kano. Après une longue négociation entre quatre tendances militaires présentes, on est parvenu à un accord.
Selon les clauses de cet accord, le dernier point a été appliqué à l’immédiat. Le Général Malloum Président de la République et Habré Premier ministre ont effectivement démissionné de leur fonction. Le Nigeria a accordé l’asile politique au Général Malloum. Un gouvernement d’Union National de Tradition ( GUNT ) a été formé.
Goukouni est devenu le Président provisoire du Tchad. Kamougué qui s’est imposé à la tête des FAT est exclu de ce gouvernement. Cependant le non-respect des autres clauses de cet accord a entraîné au lendemain de sa signature la reprise des combats à N’Djaména entre les factions armées. C’est ainsi que la deuxième conférence dénommée Kano 2 a réuni les protagonistes tchadiens du 3 au 11 avril 1979 à kano. Onze tendances politico-militaires étaient présentes. Goukouni a été démis de ses fonctions du Président de la République.
Lol Mahamat Choua ( actuel président de RDP ) est devenu le Président du GUNT et le général Negué Djogo le vice-président, juste pour équilibrer les choses. Goukouni a occupé le poste de ministre de l’interieur et Habré celui de la défence.
Avec l’envoi effectif des forces armées nigeriannes à N’Djaména après des violents combats entre les belligérants, Kamougué a obtempéré à l’une des clauses de Kano1 qui prévoyait le retrait de toutes les fractions armées de N’Djaména. ( au moins 80 km de la capitale ). Certaines sources affirment qu’il a été vaincu, d’autres soutiennent que c’était une stratégie pour lui permettre de s’organiser. C’est ainsi que le 15 avril 1979, Kamougué a quitté N’Djaména pour Moundou avec ses troupes. Derrière ce retrait se cachait aussi son plan de partition du Tchad.
Pendant que les tentatives de réconciliation sont menées sur le plan diplomatique, le carnage est organisé sur presque l’ensemble du territoire national. À N’Djaména, en trois semaines de combat, la Croix-Rouge a dénombré 4000 à 5000 morts (militaires comme civils).
La retraite des FAT de N’ Djaména a occasionné le départ des sudistes de la capitale tchadienne. Au même moment de leur départ, les nordistes et les forces du FROLINAT qui avaient le contrôle effectif de la capitale ont organisé très rapidement le pillage systématique de leurs biens et la poursuite de ceux qui se trouvaient dans les environs. Les sudistes qui ont pu atteindre leur région natale en ont fait exactement comme ce qui se passait à N’Djaména. D’ailleurs, Thierry Lemoine avance un chiffre de 1000 nordistes tués dans les deux logones et le moyen-chari. Quant aux drames des sudistes dans la zone septentrionale à notre connaissance, aucun document n’en fait mention, mais Alain Focca lors d’une émission radiodiffusée (RFI) archives d’Afrique du 16 août 1997 reconnaît que 350 officiers et sous-officiers des FAT, tous prisonniers de guerre à Faya-Largeau ont été abattus nuitamment. De même après la chute d’Abéché, tous les prisonniers de guerre et les civils sudistes qui s’y trouvaient ont été décimés.

Cette guerre avait effectivement pris une dimension nord/sud et musulmans/chrétiens dans certaines régions. Mais sur le plan politique, cette façon de voir a été balayée d’un revers de main ; car Ahmat Acyl leader du CDR qui est arabe, nordiste et musulman a préféré soutenir Koumougué qui est sudiste et chrétien.
Beaucoup de cadres sudistes tels que Ousman Gam, l’un des cerveaux des opérations des FAN du 12 février 1979, le capitaine Gouara Lassou à l’époque et le docteur Gali Ngotté ont préféré quant à eux de s’allier aux autres Forces du FROLINAT à dominance nordistes.

Dans sa retraite de Moundou, Kamougué s’est autoproclamé président du sud. Ayant appris que Kamougué et les cadres du sud s’organisaient en Etat, le gouvernement de N’Djaména qui considérait le sud comme une rébellion a décidé d’envoyer des troupes au sud du pays pour étendre l’autorité de l’Etat. Dans l’enphorie et le délire de la victoire, les forces du PROLINAT avaient la certitude que Kamougué était vaincu et qu’il fallait le poursuivre jusqu’à sa retraite de Moundou. C’était l’occasion en or pour certains éléments du FROLINAT victimes depuis tant d’années des injustices des sudistes d’aller leur régler leurs comptes. Après un moment de négociation avec les cadres du sud en rébellion le ministre de l’intérieur Goukouni Weddei n’a pas hésité à brandir des menaces en ces termes : ”au cas où ils persisteraient ( dans leur refus ), je crois qu’ils ne pourront pas résister, qu’ils seront tous cramés et les survivants le regretteront”.
Goukouni a oublié que Kamougué disposait d’une bonne partie des éléments de FAT avec des armements nécessaires. En plus de cela, Ahmat Acyl a opéré un rapprochement auprès de ce dernier. Ils ont uni leurs forces pour faire face aux forces du FROLINAT. Ils recevaient l’aide nécessaire de la Libye pour leurs actions. Au lendemain de cette déclaration de presse de ministre de l’intérieur, les principales tendances armées du FROLINAT qui ont formé le Front d’Action commune dénommé ( FAC ) ont convoyé leurs soldats dans la zone méridionale, principalement dans le Mayo-kebbi sous la direction de Mbang Madi. Le 7 mai 1979, la ville de Bongor est conquise. De Bongor ils ont lancé l’offensive vers l’ouest du Mayo-kebbi, la principale cible était Pala. Chose faite, de là ils s’assuraient qu’ils pourront facilement atteindre Moundou. Etant des soldats mal formés, les Forces du FAC cambriolaient tout sur leur passage et se comportaient dans cet esprit de haine comme des véritables colons.

La déclaration de Goukouni et la manière de faire des forces du FAC, MPLT, FAP, FAN…) ont tiré certains cadres sudistes de leur léthargie. C’est ainsi que le 10 mai 1979 le Comité Permanent, organe dirigeant le sud composé de dix membre a été formé dont Kamougué s’est imposé à la fois comme chef politique et chef militaire. Pendant ce temps, le gouvernement de N’Djaména renforcait la position de ses troupes à Bongor et à Pala par avion. Le 20 ami 1979, la grande offensive fut lancée contre Moundou par trois colonnes. Vers cette même date, les FAT qui s’étaient déjà suffisamment organisées étaient eux aussi en route pour la reconquête de N’Djaména. C’est ainsi que le 21 et le 30 mai 1979, elles ont été tué cramé d’une part à Eré et d’autre part à Pala les soldats du FAC. C’était donc la fin de l’aventure des forces du FAC dans la zone méridionale. Elles ont replié jusqu’à N’Djaména laissant ainsi toute la zone méridionale entre les mains de Kamougué.
Face à cette situation, une troixième conférance dénommée Lagos 1 a reunie les frères en guerre à Lagos au Nigeria du 26 au 27 septembre 1979. ce fut encore un échec car les intérêts de la France , du Nigeria et de la Libye divergeaient. Sur le terrain, le Tchad était partagé entre huit ( 8 ) tendances armées plus quelque partis politiques à N’Djaména.

1- Forces Armées Tchadiennes (FAT) de Kamougué opérait dans les deux logones, Mayo-Kebbi, Moyen-chari, et Tandjilé.

2-Conseil de Commandement des Forces Armées du Nord (CCFAN) de Hisseine Habré contrôlait totalement le Batha, Biltine et le Ouaddai.

3- Forces Armées Populaires ( FAP ) de Goukouni Weddei se trouvait dans le BET et le Kanem.

4- Conseil Démocratique Révolutionnaire ( CDR ) de Ahmat Acyl oppérait dans la moitié de batha, chari-baguirmi et le guéra.

5- 1ère Armée ou Front populaire de Liberation du Tchad ( FPLT ) de Mahamat Abba seid se baladait entre le salamat, le guéra jusqu’à Bokoro dans le chari-baguirmi.
6- PROLINAT Volcan de Abdoulaye Adoum Dana,  est dans la moitié du chari-baguirmi.

7- Mouvement Populaire de Liberation du Tchad ( MPLT ) de Aboubakar Abdermane se touvait dans le Lac.

8- Forces Armées de l’Ouest ( FAO ) ou 3ème Armée de Moussa Medela se trouvait également dans la moitié du lac.

9- PROLINAT –Originaire de docteur Abba sidick politiquement se trouvait à N’Djaména tout comme PROLINAT-Fondamental de Hadjero Senoussi et Union Nationale pour la Démocratie ( UND ) de Facho Balam.

Chacun gérait et administrait sa zone à sa manière. Les tractations politiques étaient constantes afin d’amener les tchadiens à reprendre leur vie communautaire d’avant 1979. C’est pourquoi la dernière tentative a été la deuxième conférence de Lagos dénommée Lagos 2 tenue le 11 novembre 1979 au Nigeria. L’une des clauses importantes de cette conférence est la désignation de Goukouni comme président du GUNT et Kamougué comme vice-président. Mais le GUNT sera vite confronté à d’énormes difficultés à cause de :
- sa division en onze tendances sur des bases ethniques, régionales et tribales.
- Hisseine Habré dont de devenir le Président du Tchad était un rêve ne se lassait de brandir des ménances au sein du GUNT.
- la France et les Etats-unis n’appréciaient pas tellement la politique de Goukouni.
- l’attachement de Goukouni à la Libye sapait sa politique nationale et internationale.

Profitant de toutes ses difficultés, l’instigateur Habré a déclenché la deuxième bataille de N’Djaména le 21 mars 1980. les premiers combats opposaient les FAP et les FAN. Après une concertation, les autres tendances armées ont décidé de s’allier aux côtés de Goukouni même Acyl et Kamougué qui étaient tous contre Goukouni.
En ce temps là, les principaux leaders qui disposaient des troupes sur le terrain étaient: Kamougué 11000 hommes, Goukouni 9000 hommes, Habré 11000 hommes et Ahmat Acyl 3500 hommes ( parmi lesquels beaucoup n’ont pas des armes à la main ).
Nul ne doute que l’armée francaise basée à N’Djaména n’a manqué d’apporter son soutien à Habré. Face à tout ce qui se tramait entre Habré, la France et les États-Unis, le GUNT à son tour a signé un accord de coopération militaire avec la Libye précisément le 5 juin 1980. Au terme de cet accord, la Libye est entré officiellement en guerre aux côtés de GUNT le 18 novembre 1980, avec au moins 2500 hommes, 200 chars de combats et des avions de chasse de marque Tupolev 22 ont été mobilisés par le Guide de la Révolution Libyenne.
C’est ce qui a permis aux principales forces unies autour de Goukouni de serrer l’étau pour briser la résistance de CCFAN. Alors, 10000 obus ont déversés sur la position des FAN et partout dans la ville de N’Djaména en trois jours de combats.
Cela a contraint Habré et ses soldats à quitter la capitale tchadienne le 15 décembre 1080 pour se refuger à Haramkolé à la frontière soudanaise.
Pendant neuf mois de combat, la population N’Djaménoise venait de vivre encore un des moments les plus difficiles de son histoire. La Croix-Rouge a dénombré au moins 1000 à 1500 morts pendant cette guerre. Mais il faut le dire ce chiffre est loin de la vérité.

Ainsi se présente d’une manière générale la situation que notre pays le Tchad a connu de 1979 à 1980. Après la défaite de Habré de la capitale, tous les tchadiens croyaient que le Tchad avait désormais rompu avec la guerre. Cependant, cet espoir sera vite déçu car le pouvoir d’arrêter ou de faire la guerre nous semble que ne dépend pas trop des tchadiens eux-mêmes, il y a toujours la main étrangère. C’est ainsi qu’en janvier 1982, les Américains, Français, et OUA actuel UA ont réarmé Habré qui, en six mois de combat a renversé le GUNT…
Le 7 juin 1982, il s’est emparé du pouvoir. Beaucoup d’auteurs s’acharnent à dire que ce fut la fin de la guerre civile au Tchad. À notre humble connaissance, c’est une fin théorique car c’est après 1982 que commencera la véritable guerre civile qui n’a jamais dit son nom au Tchad. La preuve en est que jusqu’aujourd’hui la guerre continue au Tchad.
Le 7 juin 1982, Habré s’est installé au pouvoir. Son objectif est enfin atteint. Pendant huit ans, l’homme fort de CCFAN règnera en Dieu sur le Tchad avec son parti unique UNIR.
Mais le 1ère décembre 1990, il est détrôné par son ex-chef d’État-major aux Armées, le colonel Idriss Déby.

Pour que le Tchad n’offre plus jamais au monde du 21ème cette triste réalité d’un pays soumis à l’arbitraire de ses gouvernants, il faut que l’homme politique à qui incombe le destin de ce pays sache que, ”être homme politique, c’est exercer le pouvoir selon les règles et la science qui font que l’on est tour à tour gouvernant et gouverné”
Il faut que le dialogue soit l’arme du politique car la véritable paix ne s’instaurera au Tchad que par des tchadiens eux-mêmes et sous la base de leurs rencontres autour des débats francs pour se pardonner réciproquement et regarder tous vers l’avenir.

Gaya – Ple Seïd

Françafrique : Quand le mythe de la stabilité flirte avec le mécanisme de stérilité (politique et économique), c’est par le Tchad que commence l’effondrement !

Dans le monde diplomatique N°623 de février 2006, Anne-Valérie HOH et Barbara  VIGNAUX publient un article intitulé l’Afrique n’est plus l’Eldorado.
Ces journalistes faisaient état des critiques africaines du néocolonialisme français exprimées en marge du dernier sommet Afrique-France de Bamako (Mali). Cette politique est marquée notamment par le soutien immodéré de Paris aux régimes gabonais et togolais pour ne citer que ceux-là (Plus récemment encore, pour déjouer un coup d’Etat militaire, c’est l’armée française qui assure la sécurité du président tchadien lors d’un retour de voyage dans la clandestinité). Mais les auteurs se concentrent essentiellement sur le désintéressement de l’Afrique qui anime les entreprises françaises (Bolloré, Bouygues, Veolia, …) pourtant présentes depuis plusieurs années. Ce simple constat rend l’article insatisfaisant tant par sa qualité que par sa substance.

Afin d’apporter une explication à la fois cohérente et structurelle au regard des théories économiques, mais aussi et surtout des pratiques politiques, nous partons des faits imputables à la vieille France Afrique (matrice des relations franco-africaine) pour démontrer les méfaits du système sur les plans politique (I) et économique (II). Dans ce dernier point on verra qu’il est raisonnable d’expliquer la débandade des entreprises françaises par leurs inefficacités consécutives à leurs positions de monopole (entendu comme manque de perfectionnement perpétuel). On soutiendra en fin qu’il leur est stratégiquement raisonnable de reconquérir leurs marchés traditionnels respectifs plutôt que d’y revenir après une aventure dans des environnements méconnus et vivement concurrentiels.

I-  Politiquement, la logique du mythe s’oppose aux principes démocratiques…

Concocté par la droite française, la chiraquie en l’occurrence, le mythe de la stabilité, développé au sein de la Françafrique, aurait pour objet d’endiguer les aspirations des peuples de l’Afrique francophone tendant à tordre le cou, par la voie des urnes, aux dictateurs désavouées lors de la conférence de la Baule (1990) par le socialiste Mitterrand.

Les moyens de ce dessein quant à eux s’incrustent dans le cœur des machines à organiser des élections truquées d’une part ou déclencher des guerres fratricides d’autre part résumant ainsi la rhétorique à :

1- Éterniser « les bons élèves » au pouvoir par des élections qualifiées de démocratiques libres et transparentes alors même qu’on remplissait les urnes de vrai faux bulletins quitte à dépasser dans certains cas le nombre d’inscrits sur les listes électorales. Et comme par hasard les observateurs internationaux ne débusquaient jamais les tricheurs. Le cas du Togo constitue suivant cette optique un bel exemple.

2-       Chasser par les armes « les mauvaises élèves » quitte à sacrifier des milliers de vies humaines pour remplacer une dictature par une autre, la soutenir l’entretenir en la faisant bénéficier de l’ignoble largesse lors des échéances électorales. Le Tchad de l’ère Deby est un parfait exemple de ce dernier point de vue.

Si le cas du Togo est intéressant par la capacité du mythe de la stabilité à fabriquer un Eyadema fils, organiser un hold-up électoral,…, ce même cas attire notre attention par ces conséquences stérilisantes empêchant tout changement démocratique ne serait-ce que dans la continuité. La stabilité n’empêche pas en effet le changement d’homme au sein d’une même famille politique. Cette configuration est en tout cas vraie dans la vie politique française par exemple.
Fort du soutien de la communauté internationale et plus précisément de la France, Eyadema fils perpétue le projet dictatorial pour lequel il est formaté. Pendant ce temps les malheureux togolais apprennent malgré eux à relativiser leur malheur lorsqu’ils se trouvent au Togo, sinon ils rejoignent les réfugiés de l’ère Eyadema père au Bénin voisin.
Ces opprimés vivent dans leur ensemble leur malheur en bons africains : penser à une punition du ciel. Rappelons ici que Dieu n’est pas coupable !

Au Tchad au contraire le rapport avec le bon Dieu n’est pas de même nature. Les gens recherchent perpétuellement un changement mais dans la dispersion : les uns prennent les armes, les autres s’éternisent dans l’opposition politique interne ou externe. Pendant ce temps le mythe de la stabilité accroche le stérilet à la démocratie naissante de ce pays. Mais la réplique de l’opposition dans son ensemble, bien qu’elle reste dispersée, a eu le mérite de tuer dans l’œuf tout embryon de scénario à la togolaise.

Repousser la fatalité et désormais le but ultime du mythe de la stabilité au dépend bien évidement de tout processus démocratique en Afrique francophone. Ce nouveau défi à un prix dont le Tchad risque de payer l’addition à commencer par les régions jouxtant le Darfour soudanais et la RCA, respectivement à l’Est et au Sud-est, et ce probablement avant 2007. Cette date marque le début d’une alternative politique certaine en France au profit de la gauche sinon d’une génération nouvelle de la droite dite décomplexée incarnée par le fameux Sarkozy. D’ici là observons au passage ce que deviendra la cote d’ivoire !

L’enjeu actuel du mythe serait donc de sauver le guerrier tchadien du club et « stabiliser » de facto le fragile centrafricain Bozizé installé par la grâce de l’armée tchadienne et la largesse matérielle et financière française.
Suite à ce succès face à une modeste armée centrafricaine, la clique de Deby attrape la folie de grandeur et s’attaque au soudan voisin en soutenant officieusement les rebelles du Darfour. Elle oublie toute fois un détail important : le Soudan grand comme deux fois le Tchad et presque cinq fois la France totalise derrière lui plus de 25 ans de lutte contre l’ancienne forte rébellion sudiste de John Garang.

Au résultat le rêve tourne au fiasco d’autant que le soldat Deby menacé plus que jamais de tout bord menace à son tour de s’écrouler à tout moment. Par ailleurs la chiraquie agonisante vit ses derniers jours naturellement dans la mauvaise humeur, notamment au regard des difficultés politiques de Dominique De Villepin, dans l’attente de la date de l’alternance.

Ce climat présente d’opportunités que les successeurs potentiels de Chirac et de ses acolytes africains doivent saisir pour ouvrir une nouvelle page de relation franco-africaines tournées vers un avenir socio-économique meilleure pour les deux peuples respectifs.

Cette démarche apparaît à nos yeux comme la plus stabilisatrice permettant en effet à la France d’éviter les prédictions des déclinologues relatives à sa présence en Afrique. Aussi permettra-t-elle aux nouvelles générations africaines de modérer leur francophobie dont la légitimité ne fait aucun doute.

II- … il finit par stériliser les économies   et affaiblir les monopoles français !

L’enchevêtrement entre l’économique et le politique laisse arguer que la stérilisation du système politique n’est pas neutre du point de vue économique.

Théoriquement l’idée de constituer un monopole dans une économie se justifie par l’existence d’économie d’échelles et de coût fixes relativement élevés. Si l’on s’inscrit dans cette configuration on peut par exemple reconnaître la capacité du monopole à réaliser des investissements lourds sans craindre d’éventuelles difficultés relatives au retour sur investissement…En revanche, l’absence de concurrent incite le monopoleur à se renfermer dans une logique routinière contraire aux impératifs de perfectionnement tout en pratiquant des prix élevés. C’est ce dernier cas qui a caractérisé la présence des entreprises françaises en Afrique.

Faisons remarquer ici que les monopoles constituer par les entreprises françaises (Vinci, Bolloré, Bouygues,…) dans les économies africaines ont permis de rendre des services (BTP, transport,…) et surtout produire des biens publics à coût surréaliste.

Il en découle une mauvaise allocation de ressources dans tous les secteurs des économies concernées avec des effets incontestablement négatifs pour le consommateur africain : produits et service de qualité douteuse et à prix d’or dans un contexte d’appauvrissement structurel et généralisé accentué par le coût de la vie imputable en grande partie à la bêtise de la dévaluation de France Cfa de 50% en 1994.
Pour ce qui concerne les entreprises on peut penser qu’elles sont gagnantes en fin de compte mais un regard attentif permet de relativiser grâce à l’examen d’éléments factuels. Raisonnons pour se faire sur les filiales africaines des entreprises françaises.

Ces dernières ont certes contribué dans des proportions importantes et pendant plusieurs années à augmenter la profitabilité de leurs sociétés mères respectives et améliorer par conséquent la part de profit de l’actionnaire.
En revanche, le revers de la médaille s’observe à travers l’inefficacité de ces filiales mise en évidence depuis peu par leurs incapacités à faire face à la concurrence des pays asiatique notamment la chine. On assiste donc à une débandade : Les nouveaux eldorados seraient au Maghreb ou en Asie. Pour autant le pari n’est pas gagné d’avance car la culture d’entreprise n’est pas forcément la même sur les terres supposées promises.

Réinvestir en Afrique ce qui a été dérobé aux consommateurs serait non seulement un geste de bonne augure mais aussi et surtout rationnel et vital pour les investisseurs d’autant qu’il suffit de reconquérir leur marché traditionnel plutôt que d’y revenir après l’aventure maghrébine et/ou asiatique.

Par ailleurs, en faisant le choix de réinvestissement, elles doivent apprendre à sortir de leurs coutumes monopolistiques routinières et donc échapper au travers de l’inefficacité. Ainsi pourront-elles, grâce au réinvestissement, faire face à la concurrence et occuper la place que leur prévoit l’orthodoxie économique.

Ces éléments factuels concernant les entrepreneurs et les politiques peu scrupuleux démontrent l’échec des politiques jusqu’ici poursuivies par la fameuse Françafrique dont le certificat de décès sera délivré à l’horizon 2007 à moins que De Villepein reprenne le relais. Ces éléments ont par ailleurs l’intérêt d’inspirer ceux qui vont façonner les relations franco- africaines pour les décennies à venir.

En clair il serait souhaitable de voir se matérialiser une rupture dans la continuité.
La rupture doit être l’œuvre des politiques qui doivent favoriser la coopération décentralisée complémentaire d’une coopération bilatérale dont les lignes directrices seront fixées par les deux parties.
La continuité quant à elle devrait concerner les entrepreneurs qui ont perdu confiance en eux peut être pour anticiper la fin d’une époque. Mais la logique économique comme elle les a rendu inefficace, à cause de leurs comportements, leur permettra de rattraper le temps perdu et reprendre le dessus sur leurs nouveaux concurrents à condition de savoir jouer cette fois ci au bon moment et selon les bonnes mœurs.  

FADOUL.D Khalid

Au Tchad, les termes couramment utilisés dans la vie publique semblent, comme en patois, signifier plusieurs choses divergentes à la fois. C’est un peu le cas du « taux de participation » au centre de l’inévitable polémique post-électorale. Pour parler simplement, un taux se définit par rapport à une proportion mesurable et vérifiable. On ne peut pas parler de taux dans le vague. En matière électorale, le taux de participation se réfère toujours au fichier électoral en vigueur et non pas à l’affluence du public devant les bureaux de vote. C’est là toute la confusion du débat actuel entre les partisans et les adversaires des élections du 03 mai dernier. Même les leaders de la société civile opposée au pouvoir (puisqu’il va falloir désormais reconnaître celle qui roule à fond pour défendre ce pouvoir), font cette confusion.

     On parle de taux de participation quand, par exemple, l’on cherche à savoir combien de personnes ont voté sur cent inscrits. Mais s’il se trouve que la majorité d’une population en age de voter ne figure pas sur le fichier électoral, elle ne peut plus être évaluée par rapport au taux de participation. Elle n’est pas concernée par le vote, c’est tout ! Le cas de notre pays est bien celui-là : sur les 5 millions d’électeurs « inscrits », la plupart n’existent pas physiquement pour aller voter. Il y a un fossé considérable entre les données démographiques et les données électorales des régions. Donc un gonflement anormal d’électeurs inexistants. Ce qui revient à ceci : faute d’être physiquement en mesure de se présenter devant les bureaux de vote, la masse des électeurs se réduit aux personnes voire des mineurs qui ont des dizaines de cartes en poche et sont autorisés à voter ainsi. Le surplus de voix sera redistribué dans les bureaux de la CENI monopartite. De ce fait, les organisateurs du scrutin du 03 mai n’avaient pas besoin d’affluence massive pour atteindre leurs objectifs ! Le système de la fraude se renforce d’autant que le boycott systématique le veut ainsi. Tout se tient finalement !

     Alors que les sympathisants de l’opposition étaient de fait démobilisés dès le départ du recensement électoral, ce sont les déçus du régime disposant de cartes d’électeurs effectifs qui, à la rigueur, pourraient s’être abstenus et justifier une affluence encore plus faible que prévu. Si l’opposition CPDC avait fait preuve de zèle et d’insistance durant la campagne électorale, comme le comité de l’appel à la paix et à la réconciliation, les choses auraient peut-être bougé ? Cependant, il ne faudrait pas se faire d’illusions sur la liberté réelle que les citoyens du monde rural auraient de s’abstenir d’aller voter. Nous savons tous que la démocratie est restée interdite d’accès aux habitants de nombre de régions tourmentées et sous coupe réglées depuis toujours. L’opposition partage largement la responsabilité de l’abandon de ces contrées à elles-mêmes, pour n’avoir jamais eu les soucis de l’éducation civique et idéologique de leurs militants ruraux. L’opposition a préféré évoluer dans les clivages ethniques et les solidarités coutumières habituelles. Chacun, pouvoir et opposition, contribue à sa manière à la démotivation des masses pour les enjeux publics.

    
Le 03 mai dernier, ce sont ces réalités qui se sont conjuguées. Il est difficile de mesurer l’ampleur du mot d’ordre de boycott quand les citoyens ne pouvaient pas voter physiquement. C’est le cafouillage à la tchadienne qui continue à tout fausser dans l’évolution de notre pays. Comme les 3 millions de Tchadiens vivant au Soudan, dont le nombre fictif terrorisait les délégués à la CNS en 1993, mais qui cessèrent d’exister quand il fallut voter en 1996 ! Souvenons-nous aussi, il y a quelques années, des chameaux avaient été emportés par la pluie en plein désert dans l’extrême nord du Tchad ! Incroyable, et pourtant le pays a ainsi toujours évolué sur la base du mensonge !

     Ce qu’il faut retenir en définitive, c’est que notre pays vient de confirmer son indéfectible attachement à la règle des coups de force. Il y en a eu pas mal : six tentatives de putsch manqués contre la personne de IDI, la modification de la constitution et de la loi 001, la prorogation de 18 mois du mandat des députés actuels, l’attaque du 13 avril à N’djaména, le scrutin du 03 mai dernier, le fameux « il y aura quelque chose » promis par le FUC sur RFI pour ce scrutin, provoquant la 2e panique de N’djaménois (surtout proches du pouvoir) pour Koussiri au Cameroun ... L’essentiel pour chaque acteur étant d’atteindre son but sans se soucier de l’éthique des voies et moyens empruntés. Les gagnants actuels sont : le général IDI d’une part et les politico-militaires de l’autre. Pourquoi ? Parce qu’ils sont restés conforme à la règle de la force qui régit notre vie publique depuis 1977 ! Les prochains évènements seront essentiellement déterminés en fonction de leur logique guerrière irréductible et des intérêts stratégiques qui les parrainent. Les perdants provisoires sont : l’opposition civile moribonde des communiqués de presse et la société civile peu indépendante. Leur tort, c’est de n’avoir pas su jusqu’ici soulever la troisième force, la population. La seule mobilisation spontanée de la population tchadienne en 16 années de « démocratie » remonte au 18 février 1992 suite à l’assassinat de notre compagnon Me Joseph BEHIDI. Autrement dit, la solution profonde et définitive au drame tchadien passe par le peuple aux mains nues, qui malheureusement dort et a peur de son ombre. Jusqu’à quand ?

Il faut s’attendre, après le coup de force du 3 mai, à un assouplissement de la position du pouvoir, par l’ouverture du gouvernement et même de la primature à l’opposition CPDC et consort, dans le cadre d’une nouvelle DCP. Cette formule serait considérée par le pouvoir de IDI comme préférable à celle, dangereuse, de la tenue d’un forum qui ne manquerait pas de remettre en cause les efforts de « légitimation » par la force du pouvoir actuel. Car il n’y aura plus d’élections, selon les actes déjà entérinés (prorogation du mandat des députés jusqu’à 2008), donc la base des revendications de la CPDC pour une alternance basée sur un scrutin bien préparé (juridiquement et matériellement) est devenue désuète, sans un rapport de force favorable à l’opposition. L’impondérable principal à ces prévisions moroses, c’est la force majeure liée au processus d’autodestruction irrésistible actuel du pouvoir de IDI même, par les défections et les agitations des siens ! La dernière en date est celle de M. Mahamat Nouri, ancien du FROLINAT et influent leader du Borkou, région d’origine de M. Hissène Habré, une affaire de famille de plus dans l’Etat déliquescent !

L’opposition politique et la société civile devraient éviter de faire de ces dissidences internes au régime de IDI un fonds de commerce dans la revendication d’une table ronde. Ces dissidences sont une phase ultime de la saturation et de l’éclatement d’un système de gouvernance et de valeurs basé sur le népotisme, la discrimination, la violence, l’arbitraire et l’atteinte permanente à la vie et à la propriété. Ceux qui ont promu ce système et s’en sont servis allègrement, ne peuvent pas faire du slogan anti-IDI un certificat de nouvelle virginité. Les dossiers noirs de l’Etat existent et devraient clairement faire l’objet d’un audit général public, avec le relais des tribunaux. Qu’il s’agisse des crimes politiques, économiques et contre l’humanité, aucune tentative d’obtenir une amnistie générale par la force des armes, au gré de « rébellions tardives » contre IDI, ne devrait tromper la vigilance de vrais patriotes et du peuple victime. Pourquoi, en quinze ans de « démocratie », aucun groupe politico-militaire n’a pu se transformer en parti politique, conformément aux accords de « réconciliation » signés avec le gouvernement aux frais du contribuable, avec des « amnisties » octroyées en sus ? Si le CAPRN et la CPDC voudraient organiser une table ronde en voulant sacrifier la soif de justice des Tchadiens sur l’autel de la « réconciliation » entre les prétendants au pouvoir et à ses privilèges, le peuple et la jeunesse consciente les vomiront autant que les autres fossoyeurs de la République. « Qui vivra par l’épée périra par l’épée ! », est-il écrit, et on n’échappera pas à cette proclamation divine au Tchad. La confusion et la cacophonie devraient cesser dans l’exploitation de la situation fragile de notre pays.

Enoch DJONDANG

Vous êtes mécontents de votre situation ? Vous voulez rapidement accéder aux sommités de l’Etat et aux privilèges reluisants ? Vous avez des comptes à régler avec X ou Y tribu ? Rien de plus facile… Il vous suffira devenir un « rebelle » ou plus pudiquement « un politico-militaire ». Cela n’est pas très difficile, mais il faudra respecter les procédures jusqu’au bout pour gagner le gros lot.

Comment ça se passe en gros ? Vous prétextez d’une des nombreuses injustices criardes qui font le quotidien du Tchadien et vous passez de l’autre côté de la frontière. Attention, pas la mauvaise frontière surtout ! Car vous devez viser un pays rompu dans l’art de déstabiliser ses voisins et qui nourrit des ambitions hégémoniques sur le vôtre. Bien arrivé, vous vous mettez en contact avec les responsables des services secrets de ce pays pour être pris en charge et obtenir un parrainage sûr. Si vous êtes intéressant comme mercenaire, vous aurez droit à des avantages que même les citoyens dudit pays n’ont pas : passeport diplomatique, prise en charge de vos déplacements, séjour gratuit dans un bon hôtel ou dans une villa huppée surveillée, etc.

Vous proposez vos services pour la destruction de votre pays – pardon – du pouvoir en place à N’Djamena qui a nécessairement des problèmes avec votre pays d’accueil. Vous devenez une carte de réserve au cas où une occasion se présenterait d’en découdre avec le patron des bords du Chari. Comme la géographie fait bien les choses, vous allez vers vos parents (ceux de la même ethnie que vous) exilés ou réfugiés dans le pays parrain. Avec l’argent et les moyens mis à votre disposition, il vous suffira de les convaincre massivement de la revanche à prendre sur le clan ou la tribu au pouvoir, pour en recruter des centaines, surtout des jeunes désœuvrés facilement manipulables. Des camps d’entraînement militaire seront mis à votre disposition. Après vos premiers coups de main contre la troupe gouvernementale de votre pays, vous passerez du statut de « coupeurs de routes » à celui plus honorable de « rébellion armée ». Le plus dur vient alors, car vous devriez subir les assauts violents de ceux qui ne sont pas prêts de s’effacer pour vous laisser le gâteau du pouvoir. Des répressions sauvages seront lancées contre votre ethnie ou région d’origine et vos proches à N’Djamena pour briser votre moral et vous ramener à de meilleurs sentiments.

Si vous résistez à tout ceci, il faudra alors obtenir le feu vert du chef de terre qu’est la France, car sans elle vous ne pourrez pas espérer habiter quelques années dans les salons dorés du palais rose. Le chef de terre, grande marraine protectrice de ce territoire militaire d’outre-mer qui est tout sauf un Etat, vous fera signer un pacte comme on le fait d’habitude avec le démon, c’est-à-dire à interpréter dans le sens inverse ou figuré. Et hop ! la route de N’djaména vous est ouverte ! L’aventurier soudanais Rabah, père spirituel de la chefferie de guerre tchadienne, avait parcouru ce chemin à dos de cheval, cela avait pris du temps. Maintenant, c’est plus rapide en Toyota. Toyota ai-je dit ? C’est la marque préférée des amateurs de la violence politique au Tchad et en Somalie, la sœur jumelle perdue de notre pays. Vous n’aviez pas besoin d’avoir de l’argent pour vous en acheter, c’est gratuit ! Des dizaines au besoin, si vous êtes prêt à aller jusqu’au bout de la ruine de votre pays ! Les armes aussi, de tout calibre !

Vous ne devez pas vous faire des soucis pour vos concitoyens qui vont mourir massivement à cause de votre existence et de vos menaces : après tout vous venez pour les libérer ? La faute sera toujours imputée au pouvoir en place qui se débattra comme un beau diable pour repousser l’échéance de son départ par la force. Vos morts seront décrétés « martyrs » et leurs proches auront le droit de se servir de tout ce qui est lucratif pour se faire rembourser le prix du sang versé pour la « libération » de ces esclaves de Tchadiens peureux. Les parents de l’autre côté, qui vous ont aidé, auront aussi le droit de se servir, même en tuant à volonté vos compatriotes. Les meilleurs morceaux que sont la douane, les brigades, les caisses, l’administration territoriale, le fameux « grade » de « colonel », et les villas squattées, sont ainsi réservés à la race des maîtres guerriers. Et comme on ne sait jamais comment ça finit le pouvoir, il faut envisager la terre d’asile la plus naturelle, celle des parents de l’autre côté. Si vous aviez déjà participé au pouvoir, vous devez exprimer vos regrets aux compatriotes et promettre que vous ferez mieux la prochaine fois, à votre retour des grottes ; on oubliera aussitôt votre passé obscure !

En comparant simplement tout ce que coûte, en terme de prise en charge, un « rebelle » et sa suite (entretien individuel, armement, etc.), depuis les premiers seigneurs de guerre Goukouni, Habré, Acheikh et consorts jusqu’à la nouvelle vague actuelle, on aurait pu avec l’équivalent monétaire en moyens, reconstruire et moderniser les zones « libérées » un moment par ces rebelles. Des centaines de puits, d’écoles arabes ou autres, de dispensaires, former des cadres valables pour le développement « révolutionnaire », etc. Il n’y aurait pas tant d’exilés, de déplacés, de revanchards, de conflits intercommunautaires. Malheureusement, non seulement une partie de l’élite politique évolue dans le mercenariat au profit de puissances de tutelle, sans capacité de faire valoir une identité nationale et patriotique commune, mais elle continue de croire en ce schéma barbare et moyenâgeux de conquête du pouvoir et de promotion sociale facile.

Cependant, est-ce sûr que les autres Tchadiens accepteront toujours cette combine ? Rien de plus simple encore ! Les partis politiques, fatigués et découragés tant par l’intransigeance du camp du pouvoir en place, que par leurs propres turpitudes, sont prêts à s’allier aux rebelles pour obtenir le laissez-passer manquant. La société civile, dont la dénonciation des exactions massives des faits de guerre finit par harasser, cède aussi sur les principes pour vous dérouler le tapis rouge, en vous considérant comme des acteurs incontournables de l’imbroglio tchadien et de son dénouement. Donc, sans véritable légitimité idéologique ni programme convaincant, l’essentiel pour vous, dans ce métier singulier, est de tenir le terrain et de faire vivre la psychose de votre prochaine arrivée aux N’Djaménois, et vous devenez présentables et fréquentables. La seule erreur à ne pas commettre est celle d’ignorer la bénédiction du chef de terre : la France. Certains en ont fait l’expérience amère le 13 avril dernier dans les rues de N’Djamena, après avoir parcouru sans faute les raccourcis du chemin de l’ancêtre des rebelles Rabah.

Il arrive aussi malheureusement que votre loterie échoue, à cause des intérêts en jeu. Alors vous serez contraints de vous « rallier » et de vous contenter de la pitance qui vous sera accordée. C’est mieux que rien, car dans un vrai pays moderne, vous ne pourrez même pas prétendre aux fonctions et aux privilèges qui vous seront gratifiées, en échangez de vous tenir tranquille quelque temps. Si vous voulez un peu plus, alors dès votre ralliement, vous devrez prêter main forte pour aller écraser les autres, ceux qui se cachent encore dans les montagnes infestées d’hyènes et de lions de la frontière. Vous aurez plus de chance si vous relevez du 13e parallèle et au-dessus, parce que vous êtes alors des parents et que la solidarité coutumière est sacrée, quelles que soient les inimitiés internes, les vrais ennemis ce sont les autres Tchadiens qui n’ont pas la même culture que vous. Par contre, si vous êtes un « harratine », c’est-à-dire ceux qui sont nés pour courber l’échine, ce schéma ne vous réussira pas. D’abord, vous n’êtes pas né du bon côté des frontières, vos parents de l’autre côté ne vous aideront pas dans ces aventures qu’ils rejettent. Les gouvernements voisins aussi n’en voudront pas. Dans ce cas, vous devez accepter que tant que ce jeu de ping-pong entre les héritiers de l’aventurier soudanais Rabah et les petits enfants du Commandant Lamy de l’armée française, va continuer, vous ne serez qu’un citoyen – pardon – un sujet de seconde zone bon à être exploité et maltraité. Voilà comment au 21e siècle, on s’est arrangé à créer un espace de non droit, une anomalie terrifiante au cœur de l’Afrique appelé Tchad.

Maintenant, par comparaison simple des indicateurs et du niveau de pauvreté criarde du Tchad, il faut aligner sur l’autre colonne du tableau tout ce que le pays perd en détail du fait de ce mode anachronique de promotion sociopolitique qu’est la rébellion armée. Y compris les vies humaines, les jeunesses rurales et urbaines sacrifiées, les haines nouvelles, la mortalité tous azimuts, etc. Quand cela dure depuis plus de trente ans, il y a lieu de se demander si les Tchadiens sont vraiment des gens normaux qui vivent leur temps au même titre que les autres peuples africains ? Malheureusement, quand on n’aime pas son pays, quand on tue à volonté le fruit de la femme qu’est l’être humain, il n’y qu’un seul mot pour conclure : à quand la fin de la barbarie ?

Enoch DJONDANG

Parler de dialogue laisse entendre au moins une chose : une absence de communication susceptible de créer ou d’entretenir des conflits entre parties à une situation quelconque. Le ramener à l’échelle d’un pays dénonce une situation gravissime affectant la paix et la cohabitation pacifique entre les composantes socio-politiques. Est-ce bien le cas pour le Tchad ?

Depuis une quinzaine d’année, le pays de Toumaï vit pourtant une expérience démocratique riche en rebondissements et surtout en contradictions. Avec plus de soixante-dix partis politiques, de centaines d’associations civiles et syndicats actifs, comment peut-on prétendre encore parler de la nécessité d’un dialogue, qu’il soit « inclusif » ou « exclusif » ? Une conférence nationale de trois mois qui avait à peine égratigné le pouvoir en place, une transition prolongée deux fois, des mandats électifs prolongés unilatéralement par les élus eux-mêmes, trois séries d’élections tantôt transparentes tantôt frauduleuses selon la position de circonstance et d’alliance des acteurs, qu’est-ce qui a manqué au Tchad comme expérience pour encore revenir à de vieux schémas, en changeant juste de mots ?

Pour répondre en toute objectivité à cette question, voyons d’abord les raisons possibles d’un dialogue :
  -          l’alternance au pouvoir autrement dit toute la question électorale et/ou d’accaparement des institutions par la force par un groupe tribal ou politique y compris l’accession violente au pouvoir;
  -          la dénonciation de la gestion publique du pouvoir en place ou la mauvaise gouvernance ;
  -          les questions de cohabitation pacifique ;
  -          les questions de justice et de sécurité ;
  -          le partage des richesses nationales ;
  -          la forme de l’Etat et le bilinguisme, etc.

Toutes ces thématiques déterminent des parties prenantes différentes ainsi que des modalités et des enjeux différents pour un dialogue. Il n’est pas réaliste de prétendre qu’un dialogue national, au stade actuel, pourrait embrasser tous les sujets à la fois.

En effet, si l’on prend la question de l’alternance au pouvoir, elle impliquera d’abord les acteurs qui se donnent pour vocation la conquête du pouvoir. Dans le cas précis du Tchad, il n’y a que deux possibilités : par les urnes et par les armes. Or, réunir des acteurs qui ont choisi ces deux options à la fois pour discuter n’aboutira à rien. Les premiers, qui jouent la carte de la légalité, proposent des correctifs conformes à l’esprit de la légalité. Les seconds ne croient qu’au sort des armes, quel qu’en soit le prix pour le pays. Le troisième, celui qui gouverne, se donne les moyens de se protéger contre les deux autres challengers. Avec qui dialoguer et pour aboutir à quoi ?

Il est clair que si le dialogue entre le pouvoir et l’opposition légale pouvait aboutir aux solutions les moins boiteuses pour la préservation des fondements de la démocratie et de l’Etat de droit, les opposants armés, eux, discuteront de quoi d’autre ? Ou alors, à contrario, le pouvoir trouve un terrain d’entente avec les rebelles de tout poil, et cela se fera au détriment de la légalité républicaine. Parce que les conditions spécifiques liées au sort futur de ces interminables rebellions armées quasi-tribales, pour être appliquées, devront ignorer les lois du pays. En cela, quelle que soit l’ampleur de la crise intérieure, il n’y a rien de nouveau à attendre, sinon les mêmes schémas de repositionnement de clans armés aux commandes du pays : intégration de clans dans les sphères de l’Administration, de la finance publique et du commandement militaire, au détriment des procédures légales et égalitaires entre tous les Tchadiens. Ce n’est qu’une question de partage récurrent d’un butin appelé l’Etat !

Prétendre que l’opposition armée et l’opposition politique auraient des visions communes et conviendraient de modalités compatibles avec le respect des lois et des valeurs de la République, il faut vraiment être naïf pour le croire ! Un dialogue national qui mettrait en face ces trois acteurs de pouvoir, à savoir le régime actuel, l’opposition politique et l’opposition armée, avec toutes leurs nombreuses et inquiétantes contradictions internes, devrait aboutir à une forme de paix éphémère, au détriment de la partie la plus faible. Et nous la connaissons tous, celle-là qui dort dans ses salons sur ses communiqués de presse. Les rapports de forces sont le dénominateur commun aux solutions politiques liées à la question du pouvoir : on ne peut aller au dialogue qu’en position de disposer au moins d’une capacité de blocage. Mais aller faire la part belle à des groupes plus intelligents qui ont choisi depuis longtemps, bien avant la démocratisation, le mode le plus rentable d’accession et de conservation du pouvoir, à savoir le feu et le sang, serait une preuve d’immaturité de la part de prétendus démocrates.

S’il y a une chose qui pourrait naître d’un tel dialogue dit « exclusif » entre acteurs de pouvoir, ce ne peut être qu’une solution de partage de pouvoir à imposer aux populations, c’est tout ! A défaut pour certains d’espérer faire partir le général IDI de son palais royal, quelles que soient les belles résolutions qui ressortiront d’un tel dialogue, la prime s’appréciera dans le partage du gâteau et l’aggravation de la pauvreté des populations.

Maintenant, les autres sujets que nous avions répertoriés plus haut, pourraient faire l’objet d’autres formes de dialogue national avec d’autres enjeux. En effet, les faits et gestes du régime actuel lui sont imputables, avec ses alliés de diverses époques. On ne peut pas gouverner à la place de celui qui gouverne. L’insécurité, l’impunité, les discriminations, les tensions intercommunautaires, entre autres sujets, sont des phénomènes de conjoncture. Leur ampleur et leur fréquence sont étroitement liés à l’état de la gouvernance. Si, après toutes les interpellations provenant des sociétés civiles (médias, associations, groupes de pression), ces phénomènes se renforcent et s’installent dans la durée, ils renvoient alors d’office à la question de la légitimité de la gouvernance actuelle et donc de l’alternance. Là encore, il appartient à ceux qui gouvernent d’apprécier du danger à terme de l’effet boomerang de la persistance de ces phénomènes et de leur influence fatale sur la chute éventuelle du pouvoir en place. C’est encore celui qui gouverne qui est interpellé, cependant le dialogue ne sera utile que s’il en juge objectivement.

Dans ses conditions, quel serait l’objectif et l’issue réelle d’un dialogue dit « inclusif » ? D’abord faut-il se méfier de cette terminologie onusienne empruntée à la situation en RD Congo. Là-bas, la situation n’est pas la même qu’au Tchad. La RDC est morcelée entre des armées privées gouvernant chacune sa portion, l’Etat congolais n’existant que de nom. Les Congolais, ayant décidé pour ne pas accepter l’éclatement définitif de leur pays sur la configuration actuelle des tendances, sont obligés d’opter pour un schéma de « dialogue inclusif », c’est-à-dire mettant théoriquement les grands groupes d’acteurs sur le même pied d’égalité. Cela s’était passé à San City, en Afrique du Sud, en l’absence d’une Constitution reconnue par la communauté internationale. Le revers de ce processus inclusif a été la consécration de l’impunité en faveur des chefs de guerre et de leurs milices armées. Le prix payé par les populations pour cette « paix » et cette « réconciliation » de façade a été estimé à deux millions de morts, des milliers de femmes violées, un business humanitaire prospère et une misère indescriptible pour un pays potentiellement riche. Une fraction de société civile courageuse continue de dénoncer les conditions et les conséquences du dialogue inclusif en RD Congo.

La question posée à la société civile tchadienne, qui semble très influencée de l’extérieur en terme de réflexion et d’actions stratégiques, est celle de savoir si un dialogue dit inclusif, dans la configuration actuelle réelle des acteurs de pouvoir au Tchad (régime de IDI, clans armés de rechange, partis politiques moribonds), serait véritablement la solution pour les populations ? Si le contenu de ce dialogue inclusif consisterait à apporter des correctifs à la gouvernance actuelle, qui en garantirait l’application ? Nous sommes sur un terrain où seuls comptent les rapports de forces sur le terrain et les soutiens extérieurs belliqueux. C’est ce que le pouvoir et les oppositions armées ont bien compris et pratiquent depuis toujours.

Un dialogue inclusif implique la reconnaissance d’office et définitive de tous les acteurs, quelle que soit leur origine. Autrement dit, ceux qui se conforment à la loi pour exister et ceux qui n’en ont pas besoin, auront droit à la même considération. Sur quelle forme d’Etat et de gouvernement allons-nous aboutir avec cet amalgame ? En plus que ceux qui auront les moyens de la contrainte physique sur les citoyens, pourraient allégrement changer les règles du jeu selon leurs humeurs et intérêts. Quelle paix et quelle réconciliation vivront les Tchadiens, au détriment de la justice et de l’égalité ? Ce n’est qu’un jeu de mots : la CNS était déjà une formule de dialogue inclusif. Avec les leçons tirées de ce rendez-vous manqué avec l’histoire, montrons-nous plus réalistes, à défaut d’être imaginatifs ! Ne nous embarquons pas dans des chemins sans lendemain.

Y a-t-il vraiment besoin d’un dialogue ? Cela dépend de là où l’on voudrait aboutir selon. Un vrai dialogue suppose que les acteurs soient bien identifiés et soient en mesure d’apporter du concret dans le contenu de ce dialogue. Cela suppose aussi qu’ils soient capables d’en garantir chacun l’application de ce qui en découlerait. Un vrai dialogue à l’échelon national exige beaucoup de sérieux de la part des acteurs, ce qui n’est pas évident dans la pratique politique tchadienne où le suivisme, l’opportunisme et la versatilité sont érigés en vertus cardinales. Un vrai dialogue national suppose aussi que les acteurs acceptent à l’avance leur diversité culturelle, donc qu’il n’y aura pas d’unanimité sur toutes les questions. En effet, qu’on soit de telle ethnie ou de telle région ou obédience culturelle, on n’a pas forcément la même perception des thèmes sociaux et des comportements. La preuve, nous la vivons depuis toujours autour de la perception du droit à la vie, du respect d’autrui, du droit de propriété, etc. C’est pourquoi, il est important de bien définir les enjeux et le contenu d’un tel dialogue national, inclusif ou exclusif, pour ne pas amuser la galerie et tromper encore une fois l’opinion.

Le processus de revendication actuelle de dialogue est mal parti, pour ne pas insister suffisamment sur les préalables à la réussite de ce dialogue. En effet, les préalables sont de loin plus importants à régler que le contenu lui-même dans le contexte du Tchad, parce que les problèmes sont largement connus de tous et même reconnus par ceux qui gouvernent. Les blocages sont ailleurs. Du côté du pouvoir de IDI et de son principal allié la France chiraquienne, exclue la remise en cause de la « légitimité » du régime en place, quels que soient les procédés utilisés. Solution déjà appliquée avec succès par Hissène Habré à son opposition en 1985-1986. Donc exclusion des « rebellions armées tribales de rechange ». Ces dernières, alliées de puissances arabes hégémoniques, n’ont donc que deux options : tenter le coup de force (comme le 13 avril dernier) ou rentrer au bercail renforcer le système. Les partis politiques, habitués aux valses, scrutent la tendance la plus rentable des options pour s’adapter. La société civile engagée, elle, est en train de se piéger sur le terrain politique mouvant, malgré ses bonnes intentions apparemment affichées. Elle a délaissé de plus en plus ses missions originelles quotidiennes pour la politique politicienne. Le danger qu’elle coure est de perdre, à terme ses soutiens moraux et financiers traditionnelles et sa légitimité, en se confondant avec des acteurs sans éthique stable tels que les politiques et les guerroyeurs. Est-elle vraiment consciente de ce risque ?

Le dialogue est toujours une bonne chose mais mal défini, il peut servir à pérenniser une situation dont la saturation était déjà sur le point de provoquer un changement dialectique, selon la règle bien connue de l’Histoire. Dans ce cas, cette forme de dialogue est pire que l’absence de dialogue en lui-même, un piège qu’il faudrait éviter à tout prix. En définitive, il faudrait bien se rappeler que depuis 20 ans, nous comptabilisons une quarantaine de « rébellions armées », une centaine d’accords de « cessez-le-feu et réconciliation » dont des amnisties pour voleurs et criminels spécialisés, en plus de 80 partis politiques, etc. Que reste-t-il qui n’a pas été expérimenté au Tchad ? Réponse : LA JUSTICE ET LA VERITE !

Enoch DJONDANG

Enfin ! Grâce aux recettes de la méthode Idriss Deby Itno (IDI), notre pays va prendre pied dans la production de son pétrole. Peu importe la brutalité du procédé présidentiel décrié par ses adversaires, il n’y a pas de procédure « prédéfinie » en la matière, quand il s’agit d’une remise en cause et non d’une révision de contrat. Les exemples dans l’histoire récente sont nombreux : le cas du Dr Mossadegh d’Iran, Hugo Chavez du Vénézuéla, Evo Moralès de Bolivie, etc. Le problème n’est pas de pleurnicher sur les intérêts des majors pétroliers, mais d’aller dans le sens du droit des peuples à disposer de leurs richesses.

Il est vrai que notre pétrole était bradé, tout le monde l’avait démontré et dénoncé. Il n’y avait pas d’autres solutions à terme que celles intervenant avec les dernières décisions du général IDI. Que cela lui coûte le pouvoir, là n’est pas le problème. C’est une question nationale fondamentale qui transcende l’état actuel de gouvernance de notre pays.

Bon ou mauvais régime, c’est une illusion de croire qu’un vrai dialogue à lui seul suffirait à résoudre le mal tchadien. Il s’agit d’un problème d’hommes et d’époque. Il faut être clair : le phénomène de la rébellion armée est l’obstacle majeur au décollage du Tchad sur tous les plans. Surtout que ce phénomène s’est institutionnalisé depuis les régimes précédents, on ne peut pas démontrer qu’il apportera un changement fondamental, en dehors de remplacer un clan par un autre. Les interminables querelles claniques de leadership dans les groupes armés le manifeste. Il n’y a jamais eu de « lutte de libération nationale » au Tchad, ni au Nord ni au Sud depuis 30 ans, mais des luttes pour le pouvoir, avec le soutien d’influences étrangères. L’état actuel du pays du troglodyte Toumaï est la résultante de toutes ces luttes et violences anachroniques. Pire ! Aujourd’hui, les groupes rebelles sont tombés dans le piège d’une satellisation au conflit du Darfour et présentés comme des forces de mercenariat montées de toutes pièces par et contre les gouvernements du Tchad et du Soudan. Cette vision, largement partagée dans les milieux diplomatiques, n’incitera pas la « communauté internationale » à parrainer de vraies tables rondes pour résoudre définitivement le problème. Car, par principe, les conflits sont classés par types sur le plan du droit international, et celui du Tchad, intervenant dans un contexte où une Constitution existe et reconnue, l’engagement de la communauté internationale se limiterait, au nom de la paix et du business, au retour monnayé des rebelles au « bercail » et non pas remettre en cause le régime de IDI.

De ce point de vue, l’opposition civile dite « radicale » du moment a raté son préalable de participation des rebelles à un dialogue « inclusif ». Elle aurait dû poser aux rebelles le préalable de la reconnaissance formelle du noyau dur de la Constitution issue de la Conférence Nationale Souveraine (CNS), à savoir le Préambule, les Titre 1 et 2 relatifs aux fondements de la République (laïcité, égalité totale des citoyens, suffrage universel, etc). Il n’est pas sûr que ces groupes armés issus de minorités ethniques dominantes et privilégiées, soient vraiment pour une gouvernance légitime par les urnes qui ne les arrangeraient pas. En ignorant cet aspect des choses, l’opposition politique dite « radicale » remet implicitement en cause les Actes de la CNS ayant aboli la prise du pouvoir par la force et la confiscation de la souveraineté du peuple par un groupe dominant. Le dialogue utile avec des groupes armés obéit à une démarche différente de celle avec des groupes civiles légaux, c’est la nuance qu’il faut accepter, quitte à ce que, au terme des deux processus de dialogue, un nouveau cadre de légalité remplaçant la Constitution actuelle, permette à chacun de participer à la mise en œuvre du nouveau consensus national. Les formules Kano, Lagos, Franceville sont périmées.

Les politico-militaires sont assez grands pour poser eux-mêmes leurs préalables, au lieu d’être instrumentalisés par d’autres acteurs comme un épiphénomène récurrent de surenchère dans les rapports de force politiques. La recherche de la paix dans un pays ne saurait se faire à n’importe quel prix, surtout quand il s’agit du Tchad, pays où les inégalités, les préjugés régionaux et religieux, la médiocrité et le pillage, la violence politique et l’impunité ont été institutionnalisés progressivement mais sciemment durant plusieurs décennies.

L’Union Européenne tente de lancer un processus de dialogue et de sortie de crise à la « togolaise », pour obtenir un accord politique transitoire entre le régime de IDI et l’opposition dite « radicale » du moment (CPDC, FAR). Cet accord entérinerait la « légitimité » de fait du quinquennat actuel de IDI, en échange d’un partage équitable du pouvoir et de la manne pétrolière qui apaiserait les tensions dans le pays. La formation d’un Gouvernement de large consensus et les élections législatives en 2007 boucleraient ce processus. Dans le fond, on cherchera à préserver les gros intérêts engendrés par la manne pétrolière croissante, en optant pour des solutions douces qui contourneraient l’essentiel, à savoir l’alternance. Aujourd’hui, la Chine populaire devient la 5e puissance de l’Axe Tchad, après la France, les USA, la Libye et le Soudan. Dans quelle mesure ces puissances pourraient-elles s’entendre sur une gouvernance consensuelle à N’Djamena qui tiendrait compte de leurs intérêts et visées divergentes ? Chacune s’arrangera à disposer de ses propres valets tchadiens (partis politiques, sociétés civiles, rebellions armées), et ces derniers auront-ils de la mesure pour ne pas affaiblir et détruire davantage leur pays dans les luttes fratricides pour le pouvoir ? On observe que, depuis les années 50, c’est l’Étranger qui oriente et diligente la vie publique au Tchad.

En attendant, quand un Acte de Gouvernement est susceptible de modifier profondément le cours des évènements et le sort des populations d’un pays, un vrai patriote démocrate n’a pas le droit de se dérober et d’aller se camper dans une position de blocage épidermique à l’endroit d’un pouvoir. Car si le pouvoir de IDI devrait durer encore des années, on ne peut demander à chaque fois aux élites de démissionner en boycottant les évènements marquants. Une vraie opposition devrait se montrer plus agressif et moins défaitiste : le pétrole appartient à tous les Tchadiens et non pas à IDI et ses proches exclusivement ! L’Union des Syndicats du Tchad (UST) et le Syndicat des Enseignants Tchadiens (SET) l’ont bien compris en acceptant d’entrer dans la commission mixte de renégociation. C’est à l’intérieur que ces centrales syndicales trouveront les éléments de leur stratégie future, quand il faudra réclamer la part du travailleur tchadien.

Etre dans une telle commission ne signifie pas soutenir le régime de IDI. L’enjeu est plus que cela. Au lieu de former des coalitions pour défendre des conventions elles-mêmes décriées dès le départ, il faut jouer le jeu avec IDI cette fois-ci pour percer tous les mystères de la gestion d’un dossier initialement réservé au Clan. On pourra alors, en connaissance de cause, marquer sa différence ou son opposition en temps opportun. Or, nous avons l’impression que quand une crise survient entre le Gouvernement et des intérêts étrangers, la réaction immédiate des autres acteurs publics est de prendre parti pour les intérêts étrangers. Comme si l’image du Tchad commandait de rester dans la merde que nous avions avalé à un moment donné ?
Par exemple, dans le bras de fer avec la Banque Mondiale, nous avions soutenu l’introduction de la Sécurité dans les secteurs prioritaires à financer par les revenus pétroliers. Ce n’était pas pour soutenir IDI, car un jour le pouvoir évoluera. Alors la question préjudicielle de la réforme de l’armée et de la sécurité sera au centre de la transition. Ce n’est pas en ce moment-là qu’il faudra aller s’agenouiller devant les partenaires pour quémander l’argent nécessaire sur une question de souveraineté nationale d’un Etat indépendant depuis 46 ans ? L’opposition « radicale » s’est-elle posée une seule fois la question du bénéfice des œuvres du régime actuel (loi 001 modifiée, loi 004 sur la corruption, etc.) qui lui fourniront les moyens de gouverner et de changer radicalement la situation du Tchad ? L’opposition, si elle veut réussir, devra utiliser les armes et la logique du général IDI même. Malheureusement, elle semble atteinte par l’âge et l’usure des stratégies des leaders et continue de se marginaliser.

Il est fort possible que le pouvoir MPS ait justement misé sur le boycott automatique de l’opposition et de la société civile gauchiste, pour avoir les mains libres dans la renégociation des contrats pétroliers. Alors, la position inattendue de l’UST et du SET pourrait à terme poser problème dans la cohésion de cette commission en cas de manœuvres souterraines. Sauf si les représentants des syndicats mordaient à l’appât des dessous de table. IDI peut gagner cette nouvelle bataille, car elle est légitime. Il peut aussi la perdre, ou plutôt son pouvoir et il en est conscient. Car les majors pétroliers ne sont pas des enfants de cœur et pourraient tout mettre en œuvre pour rendre le pays ingouvernable, d’autant que les candidats sont nombreux dans les élites, prêts à se mettre au service de qui leur promet la location du palais de Djambalgato. Tout est désormais possible en termes d’évènements et de rebondissements au Tchad !

Cependant, il y a quelques conseils de prudence à donner à nos acteurs publics impliqués dans cette renégociation.
Un : qu’ils s’assurent que la Société tchadienne des hydrocarbures (SHT) ne devienne pas un nouveau holding à coloration clanique et/ou de placement des grands rapaces connus de la place.
Deux : que les aspects occultés ou volontairement rejetés du dossier pétrole soient repris en compte par le canal de cette commission.
Trois : que le problème de la gestion et de la redistribution équitable des revenus pétroliers entre les régions, au-delà du quota de la région productrice et des secteurs prioritaires, fasse l’objet d’un nouveau consensus national.

Si, pour une fois, le général de corps d’armée IDI de son côté et ses challengers de l’autre, pouvaient privilégier jusqu’au bout, sans coups fourrés l’intérêt national et la franchise dans la nouvelle conduite de ce dossier pétrole, le Tchad gagnera sa plus belle victoire historique : son Indépendance économique ! Qui vivra verra !

Enoch DJONDANG

Il n’y a qu’au Tchad où tuer est un plaisir et donne lieu à des exclamations ! Achever son adversaire qui n’est autre que son frère contradicteur, voilà à quoi l’on joue depuis plus de trois décennies. Tel est aujourd’hui le diable qui empêche le pays d’évoluer, combattons-le ! Alors on prend les armes et on tue. Qui ? Des gens qui n’ont rien à voir avec ce diable désigné, sinon qui ont commis le crime de croire qu’ils font leur boulot de soldat ou de maquisard au service d’un va-t’en-guerre. Des chefs de famille qui laisseront des veuves et des orphelins dans la souffrance et l’indifférence générale de la société. Des jeunes gens qui auront perdu le cap d’une réussite honnête dans la vie : drogués, transformés en violeurs et en tortionnaires voire en brigands permanents. Des régions déchirées et vidées de leurs habitants. Des blessures entre communautés qui ne cicatriseront pas. Tout sauf la « libération » annoncée.

Pourquoi continue-t-on d’ignorer et de mépriser la valeur d’une vie humaine dans notre pays ? Chaque groupe qui arrive au pouvoir, avec la bénédiction des Blancs, croit être supérieur aux autres et passe le clair de son temps à créer les conditions de futurs génocides. Les groupes se sont entredéchirés sans jamais résoudre un seul des problèmes quotidiens de sous-développement, de pauvreté et d’ignorance qui nous ravagent tous. Aujourd’hui, on ne peut affirmer que le clan au pouvoir s’en est sorti à bon compte de toutes ces aventures de répression depuis une quinzaine d’année de pouvoir. Aucun des clans précédemment au pouvoir ne l’a réussi non plus ! Aucun clan qui viendrait au pouvoir par cette même règle de la guerre fratricide ne réussira également. Même s’il faut que le monde isole pendant Cent ans les Tchadiens, pour permettre aux deux cent ethnies de faire la rotation au pouvoir, dans les mêmes conditions que nous connaissons déjà, avant dix ans, le pays aura disparu de la carte politique de la planète.

Car les expériences que nous vivons actuellement sont les dernières de ce genre, en termes d’anachronisme. Il ne sera plus possible qu’en une seule génération, en une trentaine d’années, on se soit permis tant de barbarie et que le pays puisse encore exister ! Les ressources humaines gaspillées dans les combats fratricides et les massacres d’une part, et la misère croissante et la maladie de l’autre, ne pourront se reconstituer que dans un demi-siècle plus tard. Entre temps, faute de bras valides et de cerveaux encore lucides, la vulnérabilité du pays sera trop grande et risquerait de provoquer l’invasion et l’annexion pure et simple du territoire par n’importe quel pays voisin ou puissance étrangère.

Prenons seulement la comparaison démographique entre nous et trois de ces pays : le Soudan avec plus de 20 millions d’habitants, le Nigeria avec plus de 100 millions et le Cameroun avec plus de 12 millions, tous des pays bien organisés et à peu près bien gérés. Si, avec une superficie de 1.284.000 km² et 8 millions seulement d’habitants (dont 52% de moins de 15 ans), le Tchad devenait un danger permanent de déstabilisation avec ses guerres interminables, son insécurité permanente et sa désorganisation, la communauté internationale fermerait bien les yeux si un jour, sous n’importe quel prétexte, un voisin décide de s’emparer du Tchad pour y remettre de l’ordre et le civiliser. Parce que des pays qui n’avancent jamais comme le Tchad et qui refusent le progrès dans tous les sens, il y en a de moins en moins. Et personne ne me dira que, en ce moment-là, des populations qui auront cumulé tant de haines et de rancunes, et qui n’auront plus grand-chose en commun, pourraient s’unir pour défendre un pays qui n’existerait que sur le papier ?  Avec une armée de « colonels » qui pratiquent encore la guerre archaïque et clanique très meurtrière, notre pays devient une proie facile, malheureusement pour les marchands d’armes et les négriers modernes des affaires.

Réfléchissons bien où nous allons à cette allure et ce qui nous attend, au lieu de continuer à chercher le diable du jour, comme nous le faisons depuis 40 ans pour notre plus grand malheur. Est-ce que nous nous rendons compte de l’ampleur du capital humain qui se détruit, rien que pour quelques privilèges injustes que personne ne reconnaîtra et que d’autres combattront à leur tour ? Des familles entières ont été militarisées autour de l’idée de se protéger (avec leurs biens mal acquis) contre les autres, alors que nulle part au monde cette formule ne s’est bien terminée ? L’illusion de supériorité guerrière entretenue dans certaines ethnies tchadiennes les conduira à terme à leur perte et à leur extermination. Il faut arrêter cela tout de suite, s’il vous plait ! Car si les « chefs de guerre » et autres « colonels » n’ont aucun égard pour la vie des membres de leurs familles qu’ils sacrifient dans ces causes perdues, nous avons le devoir de les avertir des conséquences à long terme de leurs aventures. Quand les Blancs qui les trompent les auraient suffisamment exploités, ils se retrouveront un jour abandonnés de tous, haïs et errants sans patrie, pire que les Harki d’Algérie, pour n’avoir pas compris plus tôt la valeur de la Justice, de la Paix et l’Egalité entre fils d’un même pays.         Ne croyez surtout pas, pour certains, que ceux qui s’opposent à cette guéguerre seraient des lâches ou des peureux ? Si l’on devait entrer dans l’histoire de chacun de nos groupes d’origine, l’on se rendra compte qu’il y a encore beaucoup de capacité guerrière insoupçonnée par rapport au déjà vu actuel, mais que les populations ont déjà dépassé ce stade primitif qui consisterait à vivre quasi-exclusivement des conflits, de la violence et de la rapine. Un retour forcé au Moyen âge n’est plus à l’ordre du jour pour ces populations.

Gouvernement ou rebellions, cessez de nous faire pleurer avec vos bilans macabres de Tchadiens tués ou « entièrement anéantis », car chacun d’eux a été porté par une femme pendant des mois dans le ventre et au dos. Et ces femmes, qu’elles soient Goranes, Zaghawas, Arabes, Tamas, Saras ou autres, devraient-elles aussi applaudir la mort atroce et quasi-inutile de leurs rejetons dans vos interminables luttes pour le pouvoir ? Quelle gloire, quel progrès pour le Tchad que ses fils massacrés par eux-mêmes pour de la sottise ? D’ailleurs, j’accuse l’attitude laxiste des femmes intellectuelles et de l’élite féminine tchadienne qui, au lieu d’organiser des protestations massives et publiques contre la guéguerre barbare, s’agitent pour des postes, comme les hommes qui ne cessent d’échouer face à leurs responsabilités et à leur conscience citoyenne, pour des miettes !

Un jour, quand il faudra faire la lumière sur toutes les gestions, combien actuellement loyalistes ou rebelles, échapperaient au châtiment d’une bonne justice ? Qu’aviez-vous fait de votre pays depuis trente ans de barbarie, d’arrogance, de violence et de mépris de l’autre, et combien de temps voudriez-vous encore que ça dure ? Vous êtes dans la mauvaise voie et les générations futures vous implorent de cesser immédiatement avec ces dérives guerrières et antirépublicaines d’un autre âge, pour leur laisser au moins la chance de vivre leur ère sous d’autres valeurs, dans un pays viable et en conformité avec les progrès de l’humanité pacifiste. Sinon, l’histoire vous vomira de la manière la plus méprisante qui soit.

Enoch DJONDANG

  1. Arts & Culture
  2. Musique
  3. Mode-Beauté

-Vos Annonces sur le site Ialtchad Presse-

  1. Divertissement
  2. Sports
  3. Mon Pays