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Sans prétention de l’exercice et encore moins de la maîtrise de l’art prédictif, l’analyse des ressorts et du mode de son fonctionnement rend le régime éminemment prévisible. La lecture des extraits suivants des tribunes à date, dans les colonnes de Ialtchad Presse, en contemplation de la trajectoire du régime depuis la succession de Deby père, attestent de la facilité de l’exercice prévisionnel de l’inconduite politique, institutionnelle, sociale et simplement de gouvernance du système.
Jugez-en par l’extrait suivant de la tribune du 13 mai 2024, intitulée « Présidentielles au Tchad : Vive Deby et vogue la galère », faisant suite à la proclamation des résultats : « Elle est enfin de rappeler que Deby père avait présidé aux destinées du Tchad pendant 31 ans. Son fils a repris le flambeau à 37 ans. Il débute son premier mandat de Président tout court à 40 ans. La constitution actuelle limitant l’éligibilité à deux mandats consécutifs, il devrait rendre le pouvoir après son second mandat en 2034. Mais au regard de son appétit pour le pouvoir qui n’a d’égal que celui de son feu père, il n’aura pas beaucoup de mal à trouver des experts en ingénierie constitutionnelle, les mêmes d’ailleurs que ceux en exercice ou d’autres de la lignée, (car le métier paye bien), pour lui proposer des kits de modification de la constitution pour sceller la fin de la limitation des mandats comme son père naguère en 2006.
Tchadiens, vous avez aimé le père, vous adorerez le fils.
Reste qu’il a fait des émules dans les rangs des juntes militaires qui essaiment désormais l’Afrique. Brice Olingui Guema du Gabon et Assimi Goïta du Mali viennent de lui emboîter le pas en organisant des assises nationales sur- mesure, comme le DNIS Tchadien, destinées à prolonger la transition et/ou normaliser le pouvoir transitoire par leur éligibilité à l’élection présidentielle[1]. Ils seront suivis sous peu par Ibrahim Traoré du Burkina Faso dont les assises sont déjà dans les tuyaux. Viendront certainement par la suite, Mamadi Doumbouya de la Guinée et Abdourahamane Tiani du Niger[2]. Le Tchad à défaut d’être un précurseur et une référence dans aucun domaine économique, social, scientifique, culturel et sportif, l’est en cette matière au grand dam de la Charte africaine de la démocratie dont il signe ainsi la désuétude ou mieux, le requiem. Il en est de même du désœuvrement désormais des membres de la CPS de l’UA ».
La tribune ne croyait pas bien annoncé la suite du destin présidentielle de l’héritier car à peine son encre sèche, qu’une proposition de loi de révision de la constitution, elle-même promulguée, moins de deux ans plus tôt en décembre 2023, est adoptée par 177 députée sur 188, le 15 septembre 2025 et devra faire l’objet d’un vote définitif par le congrès réunissant les deux chambres le 13 octobre 2025 ; une pure formalité au regard du caractère monocolore du parlement tchadien dont la composition est à la discrétion de l’héritier Président. Avec pour objectifs, la prolongation de la durée du mandat présidentiel de 5 à 7 ans, mais surtout, de faire sauter le verrou de la limitation à deux, des mandats présidentiels. Rien de moins que l’ouverture d’une autoroute de la présidence à vie.
Du reste, prévue pour le 13 octobre 2025, la réforme constitutionnelle supposément « technique » a été adoptée finalement par un vote stalinien, le 3 octobre 2025 à 236 voix sur 239 suffrages exprimés, et sans aucune explication sur les motifs de cette accélération du calendrier parlementaire.
Ceci confirme s’il en est besoin que pour l’héritier Deby, ses sherpas et le MPS, la malice, la déloyauté, la fourberie, la manipulation, le traquenard et l’inélégance ont valeur de vertu : il en est ainsi, de la commission ad hoc sortie du chapeau tel un magicien pour escamoter le débat sur la forme de l’État et la réforme de l’armée au Dialogue national inclusif et souverain (DNIS) ; des deux moutures de la constitution (l’une fédérale et l’autre unitaire) à présenter au référendum, envolées comme par magie ; de la publication d’une version de la constitution distincte de celle présentée, débattue et adoptée par le référendum le 29 décembre ; de la réécriture incognito des dispositions du code électoral sur la transparence des opérations électorales ; de la non-élection des gouverneurs pourtant prévue par les textes en vigueur ; devenus opportunément délégués gouvernementaux, mais avec les mêmes prérogatives de gouverneur, simplement pour contourner les élections ; des chefs de partis, sans offre politique, sans militants, sans charisme et sans talent, suscités et recrutés en nombre pour noyer les occurrences de concertations avec l’opposition, j’en passe et des meilleures.
Cela étant, comme le déplore monsieur Placca, à propos de la proposition d’une présidence à vie au bénéfice de l’héritier Deby pour cause de dévolution divine du pouvoir suprême ; proposition faite par un député de la législature en cours à l’occasion du simulacre de débats à l’assemblée nationale sur la funeste révision constitutionnelle : « que des élus de la République en viennent à vouloir sécuriser ad vitam aeternam le pouvoir d’un Président qui n’a encore opéré aucun miracle dans ses fonctions est d’une désespérante niaiserie »[3]. Il en va ainsi des champions législateurs tchadiens.
Bienvenue au « Debystan » !
Cela étant, à partir de décembre 2024, j’estimais qu’il était temps pour moi de lever le pied car d’une part, j’avais l’impression d’avoir fait le tour des sujets d’intérêt, et d’autre part, le régime qui poursuit de plus belle son agenda funeste ; continuant volens nolens, sa trajectoire tortueuse de manière imperturbable, mêlant le ridicule au loufoque, le cynisme à l’infamie, la cruauté au sadisme en passant par l’invraisemblable dans un jusqu’au-boutisme que même l’ivresse de soi, j’allais dire, l’hubris ne saurait expliquer, faute de justifier[4] : du non-dialogue national souverain au non-référendum constitutionnel ; de la non-élection présidentielle aux non-élections législatives et régionales ; du sacre du maréchal de Tchad à une présidence à vie – à croire que le fils veuille définitivement effacer de la mémoire et des tables de l’histoire le père en s’autopromouvant comme lui, général d’armée puis maréchal du Tchad - de l’inflation des officiers généraux[5] à l’atrophie du budget de l’éducation nationale.
On pourrait leur dire « N’en jetez plus, la coupe est pleine », mais hélas, rien n’y peut ; ils continuent et de plus belle !
Dans bientôt, le sacre et le couronnement de l’empereur du Tchad, Deby 1er avec trône, carrosse, couronne et sceptre en diamant. Avant une canonisation du vivant de l’héritier. C’est le chemin.
Les Tchadiens en redemanderaient, calment en chœur les intellectuels du régime dont la prédisposition à la flagornerie n’a d’égale que l’appétence pour les ors du pouvoir, la sinécure, la béatitude et donc le non-combat. Il n’y a qu’à se souvenir des assauts ou plutôt du concours d’extase, d’exaltation et d’obséquiosité à l’égard de l’héritier Président, à la télévision nationale tchadienne, le 4 avril 2024, de ce que le Tchad compte de meilleurs intellectuels et universitaires, bref de l’intelligentsia du système, pour son ouvrage « De Bédouin à Président », qu’une critique littéraire un tantinet conséquent, qualifierait de « daube » ou de « navet », et au mieux de laborieux ou fastidieux.
Avec les tenants de la science et de l’art en état de pâmoison devant l’œuvre et la grandeur de l’héritier Président, quand le pays est à la traîne dans tous les indicateurs de développement humain, y a-t-il encore de la place pour la raison ou simplement de la mesure, à défaut de celle de la critique ? Le doute est manifestement permis.
Abdoulaye Mboitangar
[1] Brice Olingui Guema a depuis été élu le 12 avril 2025 président de la République du Gabon.
[2] Assimi Goïta, Ibrahim Traoré et Abdouramane Tiani sont depuis devenus Président des Républiques respectives du Mali, Niger et Burkina Faso, sans élections pour un mandat de 5 ans renouvelable jusqu’au rétablissement de la sécurité dans leurs pays respectifs ; autant dire, à la Saint glinglin ! Quant à Mamadi Doumbouya, la nouvelle constitution, passablement sur-mesure, adoptée par referendum du 21 septembre 2025, lui ouvre un boulevard vers les présentielles du 28 décembre 2025 en République de Guinée.
[3] J.-B. Placca, in « Et vive l’inconséquence des opposants ! », chronique du 20 septembre 2025, RFI.
[4] Comme le note l’acteur précité de la vie politique et médiatique tchadienne, « en privant Charfadine et Makaila de leur nationalité, le président Mahamat Idriss Deby s’enfonce dans une logique répressive inédite et qui est allé crescendo depuis Avril 2021, comme l’écrasement meurtrier des manifestations et leur interdiction systématique, l’enfermement des journalistes et des leaders politiques, tels que Succès Marsa et Gam Robert les derniers en date, l’enlèvement des citoyens par la police politique, les assassinats crapuleux non élucidés, les filatures et les menaces de mort contre les opposants et des citoyens ordinaires, le bâillonnement de la presse, etc. », Moussa Dago, in « Tchad : Raidissement et mauvaise gouvernance », le 24 septembre 2025.
[5] Quasiment issus du seul clan présidentiel.







