jeudi 22 octobre 2026

Le Directeur général de la Société nationale d'électricité (SNE), Mahamat Adoum Ismaël, a fait une déclaration ce mercredi 30 septembre. Il est revenu sur les coupures d'électricité intempestives, et a clarifié la situation. Reportage.

Les usagers de la Société nationale d'électricité à la capitale et en provinces font face depuis quelques semaines à des délestages intempestifs. Cette situation est due principalement à des difficultés d’ordres techniques, financier et matériel, souligne d'emblée le directeur général de la SNE, Mahamat Adoum Ismaël. « Je voudrais profiter de l’occasion pour adresser à notre aimable clientèle en mon nom propre et en celui de l’ensemble des travailleurs de la SNE, toutes nos excuses pour le désagrément que cela a pu leur causer », ajoute-t-il.

Selon la direction générale de la SNE, tout est mis en œuvre afin de trouver une solution à la crise énergétique. Des moyens conséquents sont mis à la disposition de l’entreprise pour relever le défi, a dit M. Mahamat Adoum Ismaël. Il explique que pour la ville de N'Djaména qui représente plus de 95% de l’activité de la société, 7 groupes sur 14 sont en arrêt. Les 7 restants et les 3 opérateurs privés produisent que 70 MW, soit une énergie livrée de 1 680 000 KWH par jour pour des besoins de la ville estimés à 2 400 000 KWH. La ville n’est alors couverte qu’à 70%. Ce déficit est aggravé, quand surviennent des défauts et des pannes dus à la vétusté des lignes de distribution et à un réseau de transport surchargé.

Difficultés

« L’état délétère dans lequel se trouve aujourd’hui l’entreprise découle principalement de l’état de ses finances, déficitaires. Ce sont les conséquences du non-paiement des factures par 1/3 des clients. Ils s’alimentent illégalement ». Selon le DG, des fraudes organisées se généralisent au détriment de l’équilibre financier de l’entreprise, mais aussi, et très souvent du danger que présente le risque d’électrocution en période de pluie et d’humidité.

Mahamat Adoum Ismaël soutient que les problèmes de production, de transport, de distribution, de délestage, de branchement, de compteurs et de lenteur bureaucratique ne peuvent être résolus en 1 jour. Pour trouver une solution durable, il faut un travail pharaonique, du temps, des infrastructures sophistiquées et des réformes de la société.

Espoir

Pour le directeur général, il faudra que la SNE répare et réhabilite les groupes. Ainsi la production totale peut être portée à 121 MW. A cela s’ajouteront les 32 MW de la Centrale Denali en construction à Djarmaya. Ce qui donnera au total 153 MW pour un pic estimé en mai 2021 à 130 MW. Il y aura alors un excédent de 23 MW.

C’est seulement à ce prix que « La lumière brillera dans les foyers et le délestage ne sera qu’un mauvais souvenir », conclut le directeur général Mahamat Adoum Ismaël. Juste après cette déclaration, plusieurs abonnés ont exprimé leur scepticisme dans les réseaux sociaux.

Maurice Ngonn Lokar

Submergée par les eaux des pluies la rendant impraticable, il y a quelques semaines, l’avenue du 10 octobre est ouverte de nouveau à la circulation. Pour faire suite à notre article alors que l’avenue était impraticable lors des inondations, Ialtchad Presse est reparti constater s’il y a eu une amélioration. Reportage.

Soulagement. C’est ce qu’on peut lire sur les visages des usagers de l’avenue du 10 octobre rencontrés ce lundi 28 septembre. Il y a un mois et demi, cet axe était impraticable à la suite des grosses pluies qui l’ont submergée. Pour rejoindre le centre-ville, les habitants d’Abena, Amtoukoui, Boutalbagar, Kamnda, Ndjari étaient contraints de faire le contournement soit par l’avenue Pascal Yoadoumnadji soit par l’avenue Taiwan. Ce qui leur faisait plus de kilomètres, d’énergie et de carburant. 

Depuis quelques semaines, les eaux ont commencé par baisser laissant la voie de nouveau accessible. Malgré les crevasses et les nids-de-poule, bus commerciaux, véhicules particuliers, motos reprennent leur trajet sur cet axe. Plus aucun de pirogues ne navigue sur les eaux. Place à la libre circulation. « Enfin, c’est plus agréable comme ça », dit Ahmadaye, motocycliste. Il dit être fatigué de contourner ce tronçon.

Pour éviter de tomber dans des creux, un groupe enfants joyeux sert de guide aux usagers.  D’autres tentent de remblayer ces creux contre quelques pièces de monnaie demandées auprès des passants. La circulation est pêle-mêle. Rien n’est respecté. Même pas le sens interdit. C’est à qui mieux mieux. « Ici, il faut oublier les règles de la circulation », affirme un motocycliste. Chaque usager roule sur la chaussée de son choix. « Les gens roulent à contre sens sur une voie rapide. Ce désordre rend de fois la circulation dense », renchérit Ahmadaye qui invite ses concitoyens à faire preuve de civisme.

De l’autre côté, sur l’avenue Pascal Yoadimnadji, c’est le même sentiment de soulagement. Les embouteillages constatés chaque matin et soir ne sont plus réguliers. Autrefois, l’impraticabilité de l’avenue du 10 octobre a fait que l’avenue Pascal Yaodimadji était plus achalandée. La jonction sur l’avenue Mathias Ngarteri était devenue un véritable carrefour où des embouteillages monstres se forment tous les jours s’est désengorgée. La circulation est plus fluide actuellement.

Le tarissement des eaux sur cette voie a fait disparaître deux activités : le lavage des engins et la traversée à pirogue. Au pic des inondations, des jeunes utilisaient ces eaux pour laver motos et voitures. Ils ont aussi développé un autre secteur d’activité en mettant des pirogues pour la traversée. Avec le tarissement des eaux, ces jeunes se sont retirés. Ils ont concentré leurs activités aux bords des deux bassins de rétention aux abords de l’avenue. « Le business continu, mais un peu loin », dit Mbairamadji Noël.

Christian Allahdjim

Le passage systématique en classe supérieure décidé par le ministère de l’Éducation nationale ne fait pas l’unanimité. Une bonne partie des parents, d’élèves, d’enseignants et des chefs d’établissement ne sont pas d’accord. Reportage.

« Cette nouvelle rentrée va être catastrophique », prédit Ndonane Allandigta, chargé de cours en Philosophie au Lycée de Walia. En cause, la décision du ministère de l’Éducation de faire passer systématiquement les élèves en classe intermédiaire et ensuite en classe supérieure. La raison officielle est la perturbation des cours par la pandémie du Covid-19.

« C’est une décision bidon », dit M. Modobé Jean, parent d’élèves rencontré au lycée Hérédité. Pour lui, la décision du gouvernement est infondée.  « Dans la plupart des systèmes éducatifs, surtout en Afrique, il y a le redoublement. Dire que les élèves doivent passer systématiquement relève de la complaisance », fustige-t-il avant de rajouter, « si c’est le cas, pourquoi ceux qui ont passé les examens ne sont pas tous admis d’office ? » D’autres parents ont des mots très durs. Mme Solkem, mère de 3 élèves rencontrée au Lycée Ibrahim Mahamat Itno (LIMI) de Farcha, confie que tous ses enfants ont raté la moyenne et ils vont tous reprendre. « Je ne tolère pas les bêtises que le gouvernement est en train d’organiser. Cette décision est un crime contre la jeunesse », accuse-t-elle.        

Les parents ne sont pas les seuls à fustiger cette décision qu’ils jugent incompréhensible. Comme par solidarité, les élèves ne sont pas en reste. Fabrice Allata est élève en classe de Première L au Lycée Apha 3. Pour lui, cette décision fait la promotion de la médiocrité. « Ceux qui ont de faibles moyennes doivent absolument reprendre. Sinon ça va être pire. Déjà que le phénomène de baisse de niveau ternit l’image du système éducatif tchadien », dit-il.

Certains élèves se disent conscients de leur avenir. Comme, Allasra Ferdinand, élève en Seconde unifiée au Lycée Ibrahim Mahamat Itno (LIMI). Il refuse de passer en classe supérieure bien que la décision l’y autorise. « J’ai une moyenne annuelle de 8,45/20 et j’ai pris la décision de reprendre ma classe et je ne regrette pas », insiste-t-il. Par contre, d’autres élèves estiment qu’ils n’ont pas le choix. « Qui suis pour contredire une décision gouvernementale. J’ai accepté malgré ma mauvaise moyenne », justifie un autre élève qui devrait redoubler.

Pour les chefs d’établissement, le sujet est délicat. « Je ne peux pas me prononcer sur une décision politique », a sèchement répondu un chef d’établissement privé. « Mais c’est anti pédagogique en tout cas », se résume-t-il. Pour le directeur d’un collège privé à Farcha, le passage systématique des élèves en classe supérieure est une décision salutaire. Il s’explique, « faire reprendre les élèves, c’est une manière de les retarder. » Si les avis sont divergents, tous reconnaissent que l’avis des parents compte. La direction du LIMI explique que les élèves qui ont des faibles moyennes passent ou redoublent seulement après accord des parents. Passage ou redoublement, Casimir, élève en seconde, conseille aux parents de trouver des répétiteurs à leurs enfants. Sinon, dit-il, ils auront des difficultés.

Il faut rappeler que c’est à cause du dépistage du 1er cas de coronavirus au mois de mars passé, que le gouvernement a suspendu toutes les activités académiques. Les cours ont été dispensés en ligne (Internet) pour les élèves des classes d’examen. Initialement, ceux des classes intermédiaires doivent reprendre les cours en présentiel en septembre pour boucler l’année. Mais revirement à la dernière, ces cours sont annulés. Et la nouvelle rentrée est déjà arrivée. Pris en tenaille, le gouvernement a décidé par cette mesure controversée de régler le problème de retard.

Christian Allahdjim
Orthom L’Or

La rentrée scolaire 2020-2021 est fixée pour le 1er octobre 2020. Parents et élèves se grouillent pour être à jour. Reportage.

N’Djaména. Avenue Mobutu. Le soleil est au zénith en ce jeudi 24 septembre. Il fait légèrement chaud. C’est l’heure de la pointe, la circulation est un peu dense. L’avenue a l’air d’une avenue commerciale. Sacs, moustiquaires, cahiers et bien d’autres articles sont étalés à même le sol, d’autres accrochés sur des cordes ou même tout le long de la clôture du Lycée technique commercial. Parmi les articles, les cahiers et autres fournitures scolaires sont exposés en bonne place. C’est le signe que c’est la veille de la rentrée des classes. Séraphin pratique ce commerce depuis 8 ans. Devant son étal, des parents d’élèves se bousculent pour se procurer cahiers, stylos et autres articles pour leurs enfants. 

Salaire et crédit bancaire

Kalgonbé Dédibé est enseignant et père de 15 enfants. Il est venu acheter quelques fournitures chez Séraphin. Pour lui, la rentrée des classes ne se prépare pas à la veille. « J’ai beaucoup d’enfants. Donc pour ne pas me laisser surprendre à la veille, j’ai commencé à acheter les fournitures, peu à peu, jusqu’aujourd’hui », dit-il. Si M. Kalgonbé s’est préparé depuis le mois de juillet, ce n’est pas le cas d’autres parents. Ils font les achats à la dernière minute. Lucienne, une fonctionnaire rencontrée chez Séraphin est du genre dernière minute. « J’ai compté sur le salaire de ce mois (septembre) pour préparer la rentrée de mes enfants. Et Dieu merci le virement est passé aujourd’hui », dit-elle avec un sourire en coin.  « C’est un risque », a réagi M. Kalgonbé. Pour lui, on ne sait pas quand le gouvernement vire les salaires. Et compter sur le salaire du mois de septembre pour préparer la rentrée est risqué.

Si chez certains parents le salaire peut suffire pour préparer la rentrée scolaire, chez d’autres on fait recours aux crédits bancaires. C’est le cas de M. Marabeye Richard, un enseignant. « Grâce au crédit scolaire que la banque m’a accordé, j’ai pu faire la réinscription de mes enfants et les nécessaires pour leur rentrée. Maintenant, je réfléchis à comment rembourser cette dette ? », dit-il.

Pour cette année, M. Kalgonbé pense que les prix des sacs pour écoliers sont exorbitants. « Ça fait 3 jours que je traine en ville pour acheter des sacs. Mais les prix ne sont pas abordables. Pour avoir un bon sac, il faut au moins 8 000F et plus ». Mais selon Djimnayal, vendeur des sacs, les prix de vente varient en fonction de la qualité du produit.

La main à la pâte

Les parents ne sont pas les seuls à préparer la rentrée des enfants. Certains jeunes se remuent pour épauler leurs parents. Séraphin, le vendeur, est lui-même élève à Béré dans la province de la Tandjilé. Il passe en classe de Terminale. Selon lui, cela fait 8 ans qu’il fait ce commerce pour assurer sa scolarité. « À toutes les vacances, mon grand-frère et moi venions à N’Djamena faire notre petit commerce. Avec les bénéfices, je repars au village m’inscrire », raconte-t-il. Cette année, la première semaine, les affaires étaient difficiles. Mais il espère qu’avec le virement des salaires, les jours avenirs seront prospères. Comme lui, des nombreux jeunes N’Djamenois pratiquent des petites activités génératrices de revenus pendant les vacances pour préparer une bonne rentrée des classes.

Nodjibé Serge est licencié en Biologie. Il s’est lancé depuis peu dans le commerce de détail pendant les vacances. Pour son cas, il ne s’agit pas de préparer une quelconque rentrée académique, mais pour s’occuper. Il vend des chaussures pour adulte et enfant. Au début, les affaires étaient bonnes. « Mais là le marché est saturé avec la rentrée qui se pointe », se plaint-il. « Nous, les vendeurs ambulants, nous sommes nombreux et les affaires tournent difficilement bien », affirme-t-il.

Par contre, les vendeurs de tissu et les tailleurs se frottent les mains. « Dans les marchés, les allées de ces vendeurs ne désemplissent pas », dit un élève rencontré sur le marché de Dembé. Les prix des tissus varient. « Le super cent se vend à 3 000F le mètre et le tissu simple à 2 000F », explique Abdoulaye Tidjani, commerçant au marché de Dembé.

Moussa Diop est un tailleur de nationalité sénégalaise, il s’est installé au quartier Moursal. Dans son atelier, son équipe et lui sont mobilisés. « Les commandes des tenues nous submergent. Nous travaillons d’arrache-pied pour satisfaire la clientèle », dit-il.  Un pantalon se confectionne à 4 000F et une chemise à 3 000F.

En attendant la rentrée officielle des classes le 1er octobre, parents et élèves ont encore quelques jours pour être fins prêts.

Christian Allahdjim
Orthom L’Or

Installés temporairement sur le lycée de Walia, des sinistrés des inondations sont exposés à des intempéries de tout genre. Reportage.

Le lycée de Walia ressemble à un séchoir en ce début de matinée du mardi 15 septembre. Habits, draps, couchages sont étalés pêle-mêle sur la clôture, la terrasse et les tables-bancs. C’est la conséquence de la grosse pluie du lundi 14 septembre qui s’est abattue sur la ville de N’Djamena.

Dans le bâtiment du Lycée des centaines de victimes des inondations sont logées. Ils viennent de différents quartiers de la ville. Ils ont été hébergés là. Pas le minimum de confort.

Manassé vient du quartier N’gueli. Sa famille et lui habitent dans une salle de classe. Pour lui, les conditions de vie sont difficiles. « Regardez ! Nous sommes 50 à loger dans cette salle », dit-il, dépité. Manassé et sa famille sont contraints de cohabiter avec d’autres familles dans cette pièce. Heureusement dit-il, « nous sommes logés par quartier. Et le hasard a fait qu’il se retrouve dans la même salle que mes voisins de Ngueli ». Cela aide à éviter les problèmes de cohabitation. Ce qui le préoccupe est leur vulnérabilité face aux intempéries de tout genre.

Les conditions d’accueil ne sont pas du tout aisées. Dans ce lycée qui les abrite, la plupart des salles sont sans fenêtres ni portes. La cour, herbeuse et de fois inondée, constitue est un nid de moustiques. L’insalubrité est à son comble. Tous ces éléments rendent vulnérables les victimes.

La dernière grosse pluie du 14 septembre ne les a épargnés. « La pluie était accompagnée du vent. Et comme il n’y a pas de porte ni fenêtre, l’eau a pénétré dans les salles », explique Manassé. Le lendemain c’est journée « séchage général », au lycée de Walia.

Aussi, les sinistrés sont exposés aux moustiques et aux maladies. « Nous avons trois de nos co-chambriers qui sont tombés malades hier. Ils sont évacués par leurs familles en ville pour des soins », dit Manassé. Ce qu’il déplore, c’est le manque d’une unité de prise en charge au sein de leur site. « Normalement l’État doit déployer des agents de santé ici pour s’occuper de nous. Mais rien », regrette-t-il.

L’autre problème sur ce site est l’assistance alimentaire. Selon ces victimes, des aides ont été distribuées, mais pas suffisantes. « J’ai reçu 3 «coros» de riz depuis notre installation. Mais pour avoir ça, c’était de la guerre », dit un père de famille.

Un sexagénaire intervient et tranche, « quand on fuit la guerre, on ne peut pas demander à être logé confortablement. »

Enfin, Manassé et ses compagnons souhaitent que le site de Toukra aménagé pour les héberger soit rapidement opérationnel pour qu’il puisse s’installer. « Si nous nous installons sur ce site, nous pouvons aller travailler en ville pour avoir de quoi arrondir nos quotidiens », estime Manassé.

Christian Allahdjim

Il n’est pas aisé de voyager ces derniers temps vers le sud du Tchad. En cause, la dégradation avancée de la route nationale. Elle tourmente les voyageurs. Reportage.

« C’est quand l’enfant voyage qu’il se rend compte que voyager est bien fatigant et rempli d’obstacles », dit une maxime Gor, peuple de la région de Kouh Est. Ceux qui ont l’habitude de voyager sur l’axe N’Djaména-Kélo comprendront tout le sens de cette parabole. Ce trajet, long de 415Km, est un cauchemar sinon un véritable calvaire pour les voyageurs. Rien qu’à penser à l’état de la route peut déjà décourager tout voyageur.

Ce jeudi 10 septembre 2020, le troisième bus d’une des grandes agences de voyages s’apprête à quitter la capitale en direction de Sarh, une ville située à 284Km de N’Djamena. À l’intérieur, hommes, femmes et enfants, cache-nez à la bouche, sont embarqués. Pandémie du Covid-19 oblige. C’est la seule mesure de prévention respectée par les agences de voyages. La distanciation sociale n’est qu’un lointain souvenir.

À 7h 18mn, le départ pour ce long et pénible voyage est donné. Sur les sièges arrière, Rebecca et son grand-frère prennent place. Un siège vide sépare les deux dames ayant chacune un gosse. Causeries, rires, coups de fil donnent une ambiance bon enfant dans le bus. L’allure au départ de N’Djamena jusqu’à La Loumia, localité située à 60 km de la capitale, malgré les dos d’âne et des nids-de-poule qui faisaient ralentir de temps à autre le bus, laissait croire que le trajet sera vite parcouru. Ce sont ceux qui empruntent cet axe pour leur première fois qui pensent ainsi. Les avertis savent à quoi la suite ressemble. Ils prédisent souvent l’heure approximative à laquelle le bus arrive à destination. Rebecca et son grand-frère n’ont pas le temps de profiter longtemps du confort qu’offre le bus. Déjà, à la sortie de la commune de La Loumia, des secousses violentes se font sentir. Nids-de-poule, creux, les bus et véhicules sont obligés de serpenter en slalomant à vive allure. Il faut avoir l’estomac solide. Rien que pour 150 km, il a fallu 4heures de route pour que Rebecca et les autres voyageurs arrivent à Guelendeng. Trajet qui, auparavant, se faisait en moins de deux heures.   

L’axe Guelendeng-Bongor est distant de 75Km. Une autre paire de manches. Sur presque 20 km, la route de sortie de la ville de Guelendeng est agréable à carrosser. Elle fait vite oublier le calvaire du tronçon N’Djaména-Guelendeng. Le chauffeur étale toute sa performance, les passagers commencent à prendre leurs aises, mais très vite, les secousses et les slaloms reprennent de plus belle.

À 20 km de la ville de Bongor, c’est la zone de sautillement. « Je veux vomir », lance la voisine de Rebecca qui ne supporte pas ces petits sauts en continu. « Il me faut trouver un autre siège un peu devant », dit-elle. Arrivée à Bongor, Rebecca craque, « je suis déjà fatiguée. J’espère que la suite sera moins zigzagante ».  Son grand-frère, un habitué de ce trajet, l’observe en souriant. Une petite pause dans cette ville a permis aux voyageurs épuisés, de descendre se dégourdir les jambes, de se rafraichir et de s’alimenter comme pour alourdir leurs estomacs torturés par les secousses et les slalomes.

Le bus reprend son parcours entre de Bongor vers Kélo, long de 190Km. Il faut 4heures de route. C’est le tronçon de l’impossible. L’état de la route est inquiétant. Presque tout le parcours est jalonné des creux remplis d’eau des pluies, la boue, l’asphalte (goudron) dégradé tapissent la route comme des morceaux de galettes posés avec attention… Pour éviter d’amortir leurs bus, les chauffeurs roulent presque au ralentie. « C’est fatiguant. Lorsque tu fais un aller-retour sur cet axe, l’agence donne une journée de repos », dit le chauffeur, agrippé à son volant.

Dans le bus, les voyageurs ont le regard vide, hagard. Ils ont hâte d’arriver à Kélo. Ils jettent péniblement leurs regards pour voir la plaque qui annonce cette ville soulage. Parce que la ville de Kélo indique la fin du calvaire routier. Il est presque 18heures, Rebecca et ses compagnons voient apparaître la plaque Kélo. C’est la fin du calvaire. « Enfin nous sommes arrivés. Nous allons maintenant embarquer sur un tapis », lance le grand-frère à Rebecca. Au revoir les sautillements, les zigzags, les creux, le trajet de la mort. Près de 11 heures d’horloge pour parcourir 415Km, soit 41,5km par heure. Le voyage continue. 

Kélo-Koumra, le trajet du plaisir

De Kélo en passant par Moundou, Doba et Koumra jusqu’à Sarh, les chauffeurs prennent plaisir à rouler. Les voyageurs, quant à eux, profitent du confort dans les bus pour dormir et combattre ainsi la fatigue du difficile axe N’Djaména-Kélo. De Kélo à Koumra, destination de Rebecca, le bus a roulé 3 heures de temps pour 275Km. Pourtant N’Djaména-Bongor fait 225, mais il faut rouler pour près de six heures.

Arrivée à destination, Rebecca, prend un grand souffle, s’étire et dit, « l’État doit envisager la reconstruction de l’axe N’Djamena-Kélo. Sinon il y aura des catastrophes terribles ». La ville respire la verdure. Les habitants vaguent à leurs occupations dans une ambiance provinciale.

Christian Allahdjim  

L’appel du gouvernement à la salubrité a été entendu par l’Armée Nationale Tchadienne (ANT). Plusieurs de ses éléments ont envahi la cour du lycée technique commercial de N’Djamena ce samedi 12 septembre. Opération : désherbage. Notre reporter y était.

Ils sont de l’armée de l’air, de terre, de la gendarmerie, du Groupement mobile d’intervention de la Police (GMIP) à prendre d’assaut les locaux du lycée technique commercial (LTC) ce samedi 12 septembre 2020. Une présence massive des hommes en tenue et bérets militaires, pas pour une action militaire, mais plutôt pour une action citoyenne. L’armée est venue répondre à l’appel du gouvernement lancé le 5 septembre lors des journées citoyennes pour la rentrée scolaire 2020-2021.

« Moral, haut. Moral, haut… », c’est en scandant ces mots d’encouragement repris en chœur que le Chef d’état-major général des armées, Abakar Abdelkerim Daoud et ses éléments ont entamé le travail en présence du maire de la commune du 3e arrondissement dès 6 heures du matin. Les débroussailleuses, les râteaux, les pelles, les houes, les brouettes ont remplacé la « kalachnikov ». Des grappes de militaires en rang serré ont fauché les herbes rendant salubre, agréable la cour du lycée technique commercial pour toute prochaine activité.

En face, au lycée Félix Éboué, ce sont des organisations des jeunes qui ont la même activité qui consiste à rendre propre les cours des établissements avant la rentrée scolaire qui se pointe à l’horizon. Selon le ministère secrétaire général à la Présidence Kalzeubé Payimi Deubet, « la reprise des activités pédagogiques passe par la salubrité. Il faut nettoyer, rendre propre, les infrastructures éducatives qui ont été inondées ou envahit par les herbes ».

Au total, ce sont 4 établissements, le Lycée Technique Commercial, le Lycée Technique Industriel, le Lycée Félix Eboué et la Faculté des Sciences exactes de Farcha qui ont reçu des coups de balai des éléments de l’armée et des organisations des jeunes. Pour témoigner sa reconnaissance le gouvernement a dépêché, le ministre secrétaire général à la Présidence et le directeur de cabinet civil du président de la République sur les différents sites pour marquer de leur présence cette initiative.

Un passant surpris par l’initiative, dit « C’est bien, mais il faudra que cette armée fasse encore plus. Qu'elle ne serve pas seulement à faire la guerre, elle devait aussi faire ces genres d'opérations lors du pic des inondations. Toutefois, il n’est pas trop tard. Il y a beaucoup à faire. Il faudra qu'elle répare les routes et aménage les camps des sinistrés. Elle rendra un grand service au pays ».

Christian Allahdjim

Le chômage est un problème auquel font face les jeunes au Tchad. C’est une difficulté dans la capitale, N’Djamena comme dans les provinces. Pour faire face à cette situation, le gouvernement, à travers le ministère de la Jeunesse et des Sports, finance des projets porteurs dans les provinces.

Depuis plusieurs années, les jeunes tchadiens n’ont compté que sur l’État pour avoir un emploi. Après leurs études supérieures, beaucoup d’entre eux n’attendent que l’intégration à la Fonction publique. Or, l’État ne peut pas absorber tous les demandeurs d’emploi. De ce fait, l’entrepreneuriat des jeunes apparait est une solution au phénomène de chômage. C’est pourquoi le ministère de la Jeunesse et des Sports investit dans les projets innovants et porteurs dans les provinces. L’objectif est de renforcer le développement local.

Lors de sa tournée dans les provinces méridionales du pays, la délégation du ministère de la Jeunesse et des Sports a abordé les problèmes des jeunes. Selon des représentants des associations des jeunes, c’est le chômage qui conduit les jeunes à s’adonner à l’alcoolisme ou le banditisme. Durant son séjour à Pala, dans la province du Mayo-Kebbi Ouest, fin août, l’équipe conduite par le ministre de la Jeunesse et des Sports, Routouang Mohamed Ndonga Christian, a remis des chèques aux jeunes porteurs de projets. D’une valeur de 21 millions FCFA, cette somme permettra le financement des projets dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage.

« On espère que ces investissements aient un impact dans cette province. Il faut noter que la jeunesse tchadienne ne se résume pas qu’au nombre ici présent, d’autres jeunes veulent en bénéficier. Pour cela, il faut aussi que vous respectiez les engagements pris pour le remboursement afin de permettre à d’autres jeunes aussi de bénéficier », a dit le ministre Routouang Mohamed Ndonga Christian aux jeunes bénéficiaires. Selon le ministre, l’entrepreneuriat peut aider à résoudre le problème du chômage des jeunes.

Ensuite, le ministre de la Jeunesse et des Sports a visité quelques initiatives des jeunes qui ont obtenu le financement de l’État par le passé. L’équipe du ministre a constaté que l’investissement de l’État a servi à créer effectivement des emplois. Le ministre a invité les autorités locales à mettre plus de rigueur dans le suivi de ces projets.

« C’est avec ces actions qu’on mesure que la jeunesse peut avoir de l’appui ou pas. On demande des positions dans les prises de décisions, mais si on nous donne peu et qu’on n’arrive pas à faire preuve de maturité, naturellement on prouve que nous les jeunes on n’a pas notre place dans les instances de prise de décisions », a déclaré Routouang Mohamed Ndonga Christian.

Maurice Ngonn Lokar

Il y a quelques semaines, un colonel fou et assuré de son impunité a assassiné son jeune compatriote. Un mécanicien selon certaines sources, un simple badaud selon d’autres. Une minute après son odieux crime, un groupe de jeunes gens l’a lynché et a mis les images sur les réseaux sociaux tchadiens (RST). C’était l’ébullition. C’était un acte odieux de plus, sur le crime odieux de trop.

Depuis un temps, le feu couvait sur les RST. Pas par le fait de la nouveauté de ces réseaux, mais par la facilité et la liberté que procure cette technologie. L’esprit tchadien étant belliqueux, dit-on, la mauvaise utilisation des RS a trouvé sa niche grâce à la lâcheté de l’anonymat. Certains feignent de ne rien comprendre à ce phénomène dangereux. D’autres pensent, jusqu’aux récents évènements du marché de champ de fil, qu’il valait mieux cette utilisation maladroite que rien du tout. Puis, d’autres, extrêmes, ne jurent que par la censure pure et simple. Bref, l’usage des RS est devenu inquiétant, voire menaçant pour l’existence de notre Tchad éternel. À quoi sert Internet? En quoi est-il utile? Qu’est-ce qui s’est passé dans la tête du Tchadien? Quelle solution pour préserver le pays d’un cataclysme en gestation dont personne n’en sortira vainqueur?

Importance du Net

Internet fait partie de nous. Il nous a conquis. Le Tchad comme le reste du monde ne peut se passer de ce formidable outil indispensable à nos vies de tous les jours, à notre épanouissement personnel et au développement du pays. Internet contribue à rendre le monde agréable à vivre. Et rendre aussi le Tchad agréable à vivre, renforcer notre fameux vivre-ensemble.

Pour un pays pauvre comme le nôtre, il est aussi vrai que pour l’instant, Internet semble être un luxe, l'affaire d’une minorité, mais cette prétention est de plus en plus démentie par les réalités du pays. Même nos vieilles mamans, au marché, parlent les yeux étincelants de curiosité, de « donés », « pecebok», « fatsap » (donnés, Facebook, Whatsapp), etc. Cela dénote de l’importance qu’a prise cette technologie dans notre quotidien.

Internet est une technologie unique en son genre. Elle permet de disposer de plateformes pour l’innovation, la créativité et les opportunités économiques. Internet permet, avec un peu d’intelligence et de volonté, à améliorer la qualité de vie des Tchadiens. Il est utile pour la recherche universitaire et la recherche d’informations pour l’innover dans tous les domaines. Internet nous permet de communiquer de façon rapide et instantanée. Il ouvre et multiplie le champ du possible à l’infini. Il rapproche de tout, ouvre le monde à tous avec ses formidables outils : Facebook, Twitter, Instagram, etc. Au lieu d’en profiter pour en faire bon usage, beaucoup des Tchadiens, heureusement minoritaires, l’utilisent mal.

La haine

Ce qui se passe dans les réseaux sociaux tchadiens est guidé par la haine. La haine dans son visage le plus hideux. La haine de l’autre. La haine de soi. La haine de tous. La haine de son pays. Pour le cas de champ de fil, c’est la haine d’un homme envers un autre homme. Le colonel est un homme rempli de haine. Un homme qui se sent au-dessus de la loi. Cet évènement est l’addition de nos haines catapultées au regard du monde. La réaction de jeunes était aussi de la haine. Nous les avons tous vus hargneux animés par le seul esprit de venger leur frère mort. La haine dure. La haine pure. La haine au visage juvénile tellement la douleur et le sentiment d’injustice d’avoir perdu un être proche leur ont fait perdre la tête. Ce colonel qui est censé protéger le défunt a lui aussi perdu la tête. Pour une histoire de ferraille. Pour une affaire de quelques sous. C’est fou.

L’image de l’assassin ensanglanté, titubant, niant son crime est la personnification même de l’impunité. L’impunité incarnée qui nous parle en psalmodiant de stériles regrets. Le drame dans ce drame, c’est que presque personne n’intervient pour le secourir en calmant cette foule de jeunes emportée par la haine. La vindicte populaire. Oui, la justice populaire a fait place à la Justice. Beaucoup n’y croient plus en ce pays, en sa Justice. Ils se font alors justice.

Les images de l’assassin et des jeunes donnent froid au dos. Glace le sang. Ils nous enlèvent à tous un peu plus de notre humanité, un peu trop de notre âme tchadienne. À qui la faute? À nous tous. L’esprit tchadien si fraternel est mort disait un frère. Un autre le reprend, il est mort depuis fort longtemps.

À ces cruelles images a suivi un emballement dans les réseaux sociaux. Une explosion des attaques communautaires. Des groupes ethniques sont doigtés, qualifiés de tous les noms d’oiseaux mettant à mal le peu d’espoir qui nous reste à se rapprocher. À simplement s’aimer entre eux. Tribunal populaire. Tribunal tribal. Tribunal virtuel. Il y a quelque chose de diabolique dans les messages sur RS.

À cela, il faut ajouter la prolifération des nouveaux médias à base ethnique sur Internet. Il y a entre autres : Béri média, Toubou média, etc. Ces soi-disant médias passent leur journée à glorifier leurs communautés par toute sorte de subtilités. Ceux qui les animent ne représentent aucune communauté. Ils n’ont reçu aucun mandat, d’aucun groupe. Ils s’autorisent tout, sans avoir l’autorisation de personne. Nous sommes par nos proximités, notre culture, une société métissée. Une société mélangée. Nous sommes des « sangs mêlés ». Des tricotés serrés. Et l’avenir est dans le métissage disait le poète-président, Léopold Sédar Senghor.

Le Tchad est un pays magnifique. Un pays de diversité. Un carrefour culturel où se croisent toutes les origines de tous les horizons. Une richesse extraordinaire qui n’attend qu’un souffle positif. Les Tchadiens sont des gens bien. Ils ont des qualités humaines remarquables : l’amitié, l’hospitalité, le partage, la solidarité, la retenue, la dignité et d’autres valeurs insoupçonnées. Des valeurs disparues dans la plupart des contrées. Mais elles sont encore jalousement défendues par plusieurs d’entre nous. Nos grandes qualités font face à de grands maux : l’individualisme, le népotisme, le clanisme, le tribalisme, le matérialisme a tout craint, etc.

Les Tchadiens ont beaucoup souffert des déchirements entre eux. Des chicanes attisées par des hommes politiques à la recherche de leur propre gloire. Prêts à tout pour y arriver. Prêt à tout pour s’y accrocher. Les calculs politiques de certains de nos compatriotes tapis dans les salons doux à l’étranger sont malsains, insensés et surtout suicidaires lorsque ces calculs attisent les braises de la haine tribale. Mener des combats politiques, oui. Les mener de manière loyale et noble, oui. Rien ne peut justifier des engagements qui mêlent des sentiments tribaux à des évènements malheureux. L’engagement politique est un droit absolu. La liberté de s’exprimer, de choisir est notre Bien commun. L’engagement politique est à l’honneur de ceux et celles qui veulent servir leurs pays au plus haut niveau.

Le Tchad va bien? Va mal? Ce sont des interrogations légitimes. Chose certaine, il ne va pas bien comme on l’aimerait. Les détournements des deniers publics et les tares que charrie le pays sont des faits irréfutables. Ils parlent d’eux-mêmes. Même le président Deby Itno l’a reconnu publiquement. Et à plusieurs reprises d’ailleurs. La dernière fois, c’était à l’occasion de son élévation à la dignité de Maréchal.

L’usage malpropre des RS, menace le Tchad éternel. Ce pays est menacé par le communautarisme. Il est menacé par notre aveuglement d’aimer son ethnie plus que son pays. Il est menacé par nos inconsciences qui engendrent la détestation de ce pays qui n’attend que d’être aimé. Il est menacé par le manque d’amour envers les gens ordinaires qui peuplent ce pays. Ils sont à bout de souffle. Ils n’y croient plus. Il faudra recommencer à leur apprendre à espérer. Leur expliquer que le Tchad est une espérance infinie. Que la cohésion nationale est le socle sur lequel, il faut continuer à construire ce pays malgré toutes les difficultés et les mésententes. Qu’il ne faut pas le détruire à coup de messages haineux sur les RS.

Solutions

« L’amour seul ne solutionne pas. Le pouvoir seul ne suffit pas. L’intelligence seule n’aboutit pas. Il faut une combinaison des 3 », dit une sagesse peule. Les autorités tchadiennes doivent changer leurs approches des RS. La censure n’est pas la solution. L’interdit attire les hommes plus qu’ils ne les découragent. La censure est dépassée. L’interdit est impossible aujourd’hui. Alors que faire?

D’abord, il faut organiser un « Grenelle sur la liberté d’expression et l’usage des réseaux sociaux ». Parler des bienfaits de l’Internet. Se demander pourquoi ce formidable outil est devenu le lieu d’expression des frustrations des Tchadiens? Inviter des experts tchadiens et étrangers pour en débattre et proposer des solutions.

Avant cela, il faudra s’atteler à libérer encore plus et rendre plus accessibles les RS en forçant les fournisseurs privés à baisser les coûts de connexions par tous les moyens, même par la loi.

Ensuite, créer un grand ministère exclusivement réservé aux questions liées à Internet. Par exemple, créer un ministère des Nouvelles Technologies, de l’Économie numérique et du Bon usage des réseaux sociaux. Il aura pour mission d’implanter définitivement une culture de l’Internet, à faire émerger une véritable économie numérique, à attirer les jeunes africains à s’établir au Tchad à investir et s’investir dans le numérique.

Aussi, il faudra toiletter les médias publics qui croulent sous le laxisme, le favoritisme, l’amateurisme et la résistance aux changements, etc. Il faudra leur donner un nouvel élan avec de nouveaux hommes et de nouvelles femmes. Déjà, ces médias, par leur propre faute, sont doublés à leur droite par des initiatives privées. Et à leur gauche par les RS et les médias dits citoyens. Il faudra donc leur assigner la mission de sensibiliser les Tchadiens sur la mauvaise utilisation des RS. Cette mission doit s’effectuer dans une totale liberté journalistique à travers des émissions éducatives, politiques, sociétales où rien n’est tabou, mais tout est abordé avec professionnalisme.

Enfin, il faudra que les autorités ne se précipitent pas dans les bras des premiers « affairistes » flairant une opportunité d’affaire. Il ne s’agit pas d’une banale question de marché. C’est une question de survie, de notre cohésion sociale et de notre existence. Toute solution précipitée n’apportera aucune réponse durable. Il faut se donner le temps de la réflexion et des propositions avec des gens sérieux et professionnels.

Bello Bakary Mana

L’avenue du 10 octobre est impraticable pour cause des inondations. Immersion avec un usager qui raconte un calvaire quotidien. Reportage.

Djaskel peine à dégager l’eau qui s’est logée dans le moteur de sa moto lorsque sa moto s’est retrouvée dans un bourbier sur l’avenue du 10 octobre. « Cette route, ce n’est pas la peine de l’emprunter », dit-il sur un ton furieux. Les enfants qui campent sur cette avenue lui avaient pourtant déconseillé quand il voulait s’engager.

Ce samedi 29 août, l’avenue du 10 octobre est devenue dans sa portion la plus importante un fleuve en ville. Près de 200 mètres sont sous les eaux. L’avenue est difficile à carrosser. Quelques piétons, motocyclistes et automobilistes s’aventurent quand même.

Avenue risquée

Hamid, le taximan, était au volant de sa voiture. Il entre lui aussi dans une crevasse sur la même avenue. Le moteur de son véhicule est submergé par l’eau. Et s’étouffe comme celui de la moto de Djaskel. Avec à l’aide des enfants qui passent leurs journées là, il sort sa voiture des eaux. « C’est un risque d’emprunter cette voie. Regardez, ma voiture », s’est-il enflammé. Le risque est partout sur l’avenue du 10 octobre cette année. Elle était déjà difficilement praticable avant la saison de pluies parce que sa dégradation était avancée. Et les pluies torrentielles ont fini par l’achever. Le niveau de l’eau est tellement haut les pirogues naviguent sur l’asphalte.

Aussi, le plus dangereux dans ce calvaire, c’est la présence des grands et profonds nids-de-poule sur cette voie. Cela rend le passage difficile. « Il y a un grand trou de côté. Il se raconte qu’il y a quelques jours, un piroguier et un motocycliste sont entrés en collision », dit Djaskel qui trouve drôle qu’il ait ce genre de collision. Selon les résidents, l’avenue du 10 octobre est submergée par les eaux des deux bassins de rétention dont les canaux de drainage sont obstrués. « Il y a des canaux mais ils sont trop petits. En plus, ils sont bouchés », fait remarquer Djaskel.

Deux choix

Les usagers ont deux choix. Le premier choix c’est de prendre le risque de l’emprunter. Le deuxième choix reste le contournement. Si certains conducteurs prennent le risque de passer par là, ils doivent être guidés par des enfants qui maîtrisent mieux la position des nids-de-poule. Mais beaucoup d’usagers choisissent le contournement. Les conducteurs des bus commerciaux préfèrent s’engager sur la rue qui passe devant le marché de mil d’Habbena. Cette rue, bien que non aménagée, fait leur affaire. « C’est mieux de passer ici que d’endommager son engin sur le goudron », conseille un chauffeur de bus commercial. Les véhicules des particuliers, quant à eux, empruntent l’avenue Pascal Yoadimnadji ou par la voie de contournement de Ndjari par le Palais du 15 janvier.

Conséquences

Les inondations sur l’avenue du 10 octobre ne sont pas sans conséquence économiques. Les boutiques, les ateliers, les alimentations sur cette avenue sont fermées faute de clients. Les commerçants sont financièrement impactés. Les embouteillages sur l’avenue Pascal Yoadimnadji sont quotidiens aux heures de pointe. Mais tout malheur à son aspect positif. De ces eaux stagnantes, des jeunes en tirent profit. L’avenue est transformée en une gigantesque station de lavage de motos, « 300 F CFA la moto », dit un jeune.

Les usagers de l’avenue du 10 octobre sont exaspérés par cette situation. En attendant la fin de la saison des pluies, ils espèrent que la Mairie du 7e arrondissement peut encore sauver cette avenue. « Il suffit de curer les caniveaux pour dégager ces eaux », dit Djaskel.

Christian Allahdjim

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