jeudi 22 octobre 2026

Depuis le 19 mars, le Tchad vit au rythme de la pandémie Covid-19. Dans une série de reportages, nos journalistes se sont rendus sur le terrain pour raconter les réalités vécues. Reportage.    

Il est 9h. Nous sommes à l’entrée d’un grand bâtiment à deux niveaux, pavé de carreaux de couleur grise et turquoise. C’est l’immeuble qui abrite l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes (ARCEP). Nous sommes accueillit par un agent de l’ARCEP devant le portail. Les vigiles vérifient si nous avons rendez-vous. C’est fait. Nous sommes conduits dans le bureau de Mme Paméla Badjé, Coordinatrice du Centre d’appel ou le call Center 1313.

Toute souriante, madame Paméla s’excuse pour son retard.  Aussitôt elle nous demande le but de notre visite et au nom de quel média ? Nous lui signifions que l’objet de notre visite est de s’en querir du mode de fonctionnement et des activités du Centre d’appel 1313. Et nous précisons notre média, le journal en ligne Ialtchad Presse.

D’un air rassuré, elle donne un petit aperçu sur le mode de fonctionnement des activités du Centre. Pour la coordinatrice, « le centre a pour mission d’informer, d’expliquer, de sensibiliser et éduquer la population tchadienne sur la Covid-19. Cette maladie existe réellement. Continuons à appliquer les gestes barrières. Le centre d’appel relaie également les informations données par la population à l’équipe d’investigation ». Ce Centre d’appel est géré par Wenaklabs, une organisation à but non lucratif, qui œuvre dans le numérique.

Une fois les réticences dissipées, la coordonnatrice nous conduit dans la salle des téléconseillers situé au dernier niveau de l’immeuble de l’ARSEP. C’est le cœur du Centre. Ça grouille de partout dans une ambiance bruyante due aux appels du public. Les téléconseillers sont assis dans leurs compartiments. Ils répondent aux appels. La salle est remplie d’appareils informatiques de dernières générations. Dr Mossel Bétoubam, chargée de la communication en Santé Publique et médecin de l’équipe du jour explique, « chaque équipe est constitué 16 personnes divisée en 4 petits groupes de 4 personnes. Leur travail c’est d’être en communication directe avec la population, afin de recenser le nombre des cas suspects, des décès et de remonter l’information à l’équipe d’investigation. C’est également ces téléconseillers qui enregistrent le nombre des appels entrants au quotidien. Par exemple, ils enregistrent de 4500 à 5000 appels par jours ».

Au loin, Assani Kaoutsar Fatimé, téléconseillère est assise, les yeux rivés sur son écran, ses kits oreillettes bien posées, elle répond aux appels du public. Elle se plaint des appels inappropriés, « parfois nous recevons des appels des personnes mal intentionnées qui nous insultent ou remettent le téléphone aux enfants pour qu’ils nous injurient, certaines personnes appellent pour des futilités. Par exemple demander le numéro du Président de la République. Entre temps des cas sérieux n’arrivent pas à nous joindre. Il faut que le public prenne conscience de la gravité du Coronavirus et nous facilite la tâche ».

Le Centre d’appel est au cœur de la lutte contre la Covid-19. Sa mise en place a permis de limiter l’augmentation des nombres de personnes contaminés.

Il est 11h. Nous sortons du Centre d’appel. Nous traversons la même cour pavée. Cette fois-ci la chaleur qui s’y dégage est aussi terrifiante que la Covid-19.

La jeune cinquantaine bien rodée, l’allure calme, le ton posé et le verbe mesuré, le cinéaste et documentariste Issa Serge Coelho est passé dans nos studios pour parler du cinéma tchadien et de la culture en général. Entretien.

Vous êtes peu connu du public, très discret. Qui êtes-vous Issa Serge Coelho?

Je suis tchadien né à Biltine, ville de l’Est du pays. J’ai eu une enfance heureuse comme beaucoup d’autres dans cette ville avant que ma famille ne décide de s’installer à N’Djamena, la capitale. J’ai connu les affres de la guerre comme la plupart des tchadiens de ma génération. J’ai connu l’exil, conséquence de cette guerre des années 79-80, notamment au Mali où j’ai fait mon collège et le Lycée. Ensuite, l’exil s’est poursuivi en France où j’ai fait des études supérieures en Histoire à la faculté et en Cinéma à l’École Supérieure de réalisation audiovisuelle. A la fin de cette formation j’ai fait un stage. Ensuite, j’ai travaillé comme cameraman pour les chaînes françaises France3, Canal+ et M6. L’envie de faire des films m’obstinait.

Pourquoi avoir choisi de rentrer au pays?

Je dirais que c’est l’appel du pays, autrement dit « l’appel du cordon ombilical ». Une envie viscérale de garder un lien fort avec le Tchad, de parler de ce pays à travers le cinéma. Je l’ai fait grâce à mon premier film, une fiction intitulée « Taxi pour Aouzou » présenté au FESPACO 93 à Ouagadougou au Burkina Faso.

De quoi avez-vous voulu parler dans ce film?

Simplement parler du Tchad. C’est comme une lettre aux amis. J’ai choisi de le faire à travers la journée d’un taximan sur fond du décor de la ville de N’Djamena. Le taxi, c’est le tour de contrôle très réaliste de nos vies. Les gens se rencontrent dans le taxi, ils se mélangent, ils se parlent sans forcément se connaître. Le taxi permet de saisir les réalités. C’est une tranche de la vie réelle.

Vous êtes le « M. cinéma du pays », « le gardien du temple », comment se porte l’industrie du cinéma Tchadien?

Il n’y a pas d’industrie cinématographique au Tchad. Une industrie, c’est une organisation avec un cadre fixe, des fonds, des sociétés de production, des écoles, de la production soutenue etc. Il y a des Tchadiens qui font des films. Ils s’organisent pour le faire par le besoin d’expression. C’est tout.

Il y a une culture cinématographique bien ancré.

Il y avait mais cette culture a disparu. Il y a par contre une cinéphilie. C’est-à-dire des personnes qui s’intéressent au cinéma. Pour avoir une nouvelle culture cinématographique, il faut construire de nouvelles salles de cinéma, sensibiliser les parents pour qu’ils amènent leurs enfants avec eux dans des vraies salles de cinéma. Leur faire découvrir la différence entre voir un film à la maison, peu importe le support, et un film en salle. C’est différent.

Construire des salles de cinéma? Qui va le faire?

L’État doit s’impliquer et trouver la bonne formule. Il y a les associations de la Société civile, les Partenaires techniques et financiers du pays, les mécènes etc.

Pourquoi vous les grandes figures du Cinéma tchadien, vous ne bougez pas?

Nous bougons. Par exemple, Mahamat Saleh Haroun et moi nous faisons de notre mieux. Présentement, nous n’avons pas de l’écoute dans la machine administrative et politique responsable de ces questions. Nous n’avons pas comme on dit des entrées. A l’époque de M. Khayar Oumar Defallah on avait de l’écoute. Il y avait eu aussi un grand espoir, qui a tourné court, avec le passage éclair de Mahamat Saleh Haroun au Ministère de la Culture. Les jeunes nous n’avons pas démérité pour les aider. Ils n’étaient pas intéressés au début parce que l’entourage immédiat leur dit que le cinéma n’est pas un métier d’avenir. Depuis quelques temps cela a changé. Les jeunes ont compris. Ils sont de plus en plus intéressés. Il y en a même un qui a commencé a émergé.

Pourquoi c’est si difficile?

Parce qu’il n’y a pas un cadre fixe. Depuis 12 ans nous nous battons pour que l’artiste ai un statut. Rien. Pas de volonté politique du Ministère. L’artiste tchadien n’est rien. Il n’est pas reconnu dans son propre pays. Il travaille comme à la sauvette. Il ne paie pas la cotisation à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS). Nous avons poussé pour que ça aboutisse. Nous avons amassé de l’argent et avons organisé une rencontre pour réfléchir et faire des propositions. C’est rester sans suite. Au Ministre de la Culture, il faut un homme de culture ou quelqu’un qui a une vision pour la Culture. Nous nous sommes battus par exemple sur la redevance audiovisuelle sur la téléphonie. Elle est 10 francs par jour donc 300 francs par mois. 300 millions étaient destinés aux artistes sur 7 milliards. Une loi à cet effet a été votée, adoptée et promulguée. Ensuite, rien. Nous n’avons jamais vu la couleur de cette somme. Où est passé cet argent? D’ailleurs, cette loi est caduque depuis 3 ans.  

Le poste vous intéresserait-il si on faisait appel à vous?

Non, je suis un homme de terrain. Je ne connais rien à l’administration publique et à la politique. Bref, je ne suis pas politique.

Vous êtes le gérant du Cinéma Le Normandie. Qu’en est-il du contentieux?

Écoutez, c’est un problème simple et compliqué en même temps. La bâtisse n’appartient pas à l’État. C’est une propriété privée qui a été vendue. Il s’est avéré que 2 personnes se réclament propriétaires. L’un semble-t-il a eu gain de cause. L’État a rénové le bâtiment à l’occasion du cinquantenaire sans être au courant du différent foncier qui existait. Figurez-vous qu’à l’époque de la réouverture, c’était la première salle de l’Afrique francophone la plus moderne. Bref, l’État n’est que locataire. Et moi le gestionnaire par l’entremise du Ministère de la Culture.

Au delà du Cinéma, comment relancer la Culture en général au Tchad?

Il faut que les autorités prennent conscience de l’importance de la culture. Elle est un plus à notre identité et un plus à notre économie. Ces derniers temps, il y a comme un déclic des autorités. Les choses changent. Il y a par exemple le Festival Dary et le Festival Sahélo-saharien, des excellentes initiatives. Il faudra les améliorer. Les ouvrir en impliquant ceux qui ont des nouvelles idées. Il faudra éviter de verrouiller ces 2 manifestations culturelles. Par exemple, il faudra penser à déplacer le Festival Dary de la Place de la Nation. Aussi, il faut le « défolkloriser » un peu. Enfin, ces deux évènements constituent les 2 piliers sur lesquels on veut relancer ou rebâtir l’industrie culturelle du pays on va dire...

Quelle réflexion vous avez envie faire pour clore cet entretien?

Le Tchad est un beau pays mais son image est mauvaise hors de nos frontières. On associe trop le Tchad à la guerre. C’est vrai que nous avons beaucoup guerroyé entre nous. Il faut changer cela par la culture et le sport. Aussi, je ne peux pas clore sans faire un clin d’œil à Ialtchad. Voilà un nom évocateur et fédérateur. C’est notre maison familiale. Merci d’être présent dans la durée aux côtés des artistes.

Bello Bakary Mana

Depuis le 19 mars, le Tchad vit au rythme de la pandémie Covid-19. Dans une série de reportages, nos journalistes se sont rendus sur le terrain pour raconter les réalités vécues. Reportage.

Mardi 31 mars. 12h 00. Quartier Farcha Zaraf, situé à l’ouest de la Commune N° 1 de la ville de N’Djamena. Au loin, un bâtiment blanc-cassé se dresse, c’est l’hôpital provincial dédié à la prise en charge des malades du Covid-19.

À l’entrée, devant le grand portail un groupe de quelques personnes discutent. À côté d’eux, un agent de sécurité grand, gringalet, casquette vissée sur la tête monte la garde. Il nous interpelle en Arabe locale « Tou do rou chounou ? Que voulez-vous ? »

« Nous sommes journalistes. C’est pour un reportage », répond ma collègue. D’accord, dit-il. Et rajoute, « attendez quelques minutes » d’un air sérieux dans sa tenue de vigile. Il se prend pour un militaire, mais sans fusil. Quelques minutes plus tard un vrai militaire de la force multinationale mixte se présente et nous demande une seconde fois, pour certainement confirmer l’information en possession, l’objet de notre visite. Après lui avoir reformulé la même réponse, il nous oriente vers le bâtiment où est écrit : consultations externes. Une interrogation nous traverse l’esprit « sont-ils en train de confondre l’objet de la visite ? Nous conduisent-ils pour faire le test Covid-19 ? ». Vite, cette interrogation se dissipe.

Dans la cour de l’hôpital, le corps soignant et les agents de sécurité déambulent. Une ambiance de quiétude plane comme pour narguer le dangereux et désormais célèbre coronavirus. La simple évocation de son nom suscite des débats où on entend toute sorte d’opinions allant des « thèses complotistes » à l’invulnérabilité des Africains, surtout des Sahéliens grâce au climat chaud et aride.

Dans le bâtiment, un médecin lunette fixée au visage, blouse blanche, laissant traîner négligemment son stéthoscope sur le coup nous attend. Après les salutations d’usage, il nous renvoie aussitôt, pour se débarrasser de nous, vers un autre bâtiment de l’administration pour, dit-il, avoir l’accord du directeur pour le reportage.

Dans les couloirs du bâtiment administratif, l’administrateur gestionnaire de l’établissement, lui aussi habillé en blouse blanche nous accueille sourire au visage. Un sourire qui nous laisse croire qu’enfin, le reportage va démarrer et que nous sommes entre bonnes mains. Il nous conduit dans son bureau. Et dit d’un ton sec « le directeur de l’hôpital est en réunion ». Pis, il réclame un ordre de mission. Surpris nous tentons de lui faire comprendre que le reportage est d’intérêt public et la pandémie est une affaire de santé publique. Bref, qu’il a tout intérêt à laisser le reportage se dérouler. L’administrateur recule le siège de son bureau, prend et grand souffle. Et répond « ces derniers temps la désinformation sur les réseaux sociaux a amené les autorités à prendre des mesures strictes. Pas de reportage sans ordre de mission », dit-il fermement. Nous tentons de le convaincre que le reportage, si accepté, permettra aussi de contrecarrer la désinformation sur le Net. Notre vis-à-vis n’est pas convaincu par nos arguments. Nous prenons congé de lui.

À la sortie, nous prenons quelques photos du bâtiment et de la grande porte de l’entrée. Le temps de dire au revoir aux vigiles, le vigile réagit violemment et tente de confisquer ou de supprimer les photos. Nous résistons, ils lâchent prise.

Sur la route du retour, derrière les pétarades de notre motocyclette, une ambiance paisible se dégage de l’hôpital. En ville, un léger climat angoissant flotte sous un soleil de plomb. N’Djamena, la capitale bruisse de rumeurs, d’histoires entendues dans la rue ou lues dans les réseaux sociaux. La ville vit au ralenti comme tétanisé par les « ont dits » sur le coronavirus.

 Lundi 4 mai, un mois plus tard. Le ministre de la Santé publique, Mahamoud Youssouf Khaya, est interpelé par les élus sur la capacité d’accueil de cet hôpital. « Je ne savais pas  qu’il n’y avait pas de la place à l’hôpital de Farcha », répond-t-il. Pour le ministre, l’hôpital dispose de plus de 84 lits libres pour accueillir des personnes infectées.

Un médecin réquisitionné pour travailler dans cet hôpital informe la rédaction, sous sceau de l’anonymat, que le laboratoire pour les analyses ne fonctionne pas. Il soutient que l’hôpital de Farcha a eu plusieurs difficultés « mais les responsables veulent faire croire que tout va bien. Il suffit seulement de relever les insuffisances et les réparer mais les gens préfèrent faire les choses à leur manière. Normalement un hôpital n'est pas un lieu où on cache des choses », déplore le médecin. Selon lui les différentes aides en matériels reçu par le Tchad donne de l’espoir.

L’espoir, c’est ce qui a permis à Mathias Debin de s’en sortir. Il faisait partie des patients de cet hôpital de Farcha. Guéri, il témoigne « le traitement dont nous bénéficions, c’est essentiellement de la Chloroquine, composée de Azimax et de la vitamine C. Les médecins viennent régulièrement faire le suivi de la dose prescrite. Nous prenons ces médicaments 3 fois par jour, chaque 8 heures de temps, sur une période de 10 jours ». Après ce délai, un test de confirmation est fait pour vérifier l’état de santé du patient. Selon Mathias, la prise de ces médicaments n’est pas sans risque. Il y a des patients qui vomissent régulièrement lors du traitement. « D’autres par contre ont bien fini leurs traitements. Je ne sais pas si ça varie d’une personne à une autre », ajoute-t-il.

Le guéri de la Covid-19 apprécie la bravoure du personnel soignant à l’hôpital provincial de Farcha. « Globalement, j’ai beaucoup apprécié leur courage. Le corps soignant était vraiment inlassable. Les agents venaient constamment nous encourager et nous suivre. Mais s’il y a une condition que j’ai vraiment déplorée étant là-bas c’est surtout l’aspect alimentaire. On ne mangeait pas tellement à notre faim, contrairement à ce que les gens pensent » dit-il.

Orthom L’Or
Rosalie Zihoulbé

Est-ce un laboratoire d’idées ? Est-ce un incubateur numérique ? Est-ce les deux à la fois ? Un fait demeure, Wenaklabs fait rayonner le numérique et le Tchad. Reportage.

C’est dans un bâtiment anodin, sans véritable signe distinctif, situé sur l’avenue la plus passante que Wenaklabs a choisi de s’installer. Pour la petite histoire, c’est l’une des vieilles avenues de la capitale tchadienne. Une des plus connues. La plus populaire. Elle est à la fois une avenue commerçante et d’habitation. Elle a marqué des générations des Tchadiens, à tel point qu’ils rechignent à l’appeler par son nouveau nom : avenue Maldom Bada Abbass, un compagnon du président Idriss Deby Itno. Les Tchadiens appellent toujours cette incontournable avenue, « Chari Nimery » comme pour marquer leur désaccord.

Il est 16h. La chaleur semble calmer les ardeurs des motocyclistes et des automobilistes. Quelques piétons traversent nonchalamment l’avenue. Nous traversons le portail du bâtiment. En face au fond un agent de sécurité est assis derrière une table. Il fait un peu obscur. Il nous fait signer le registre. Nous nous exécutons. Il nous indique les escaliers qui mènent au compartiment de Wenaklab.

Salim Azim Assani, co-fondateur et Directeur des opérations nous attend. Jovial, taille courte, physique de lutteur, il nous fait le tour de la propriété tout en nous présentant son organisation, « Wenacklabs est créé en avril 2014 par moi et Abdelsam Safi, qui est le Directeur exécutif. C’est une organisation à but non lucratif ». C’est dans le but de donner une nouvelle image du Tchad à l’international à travers le numérique qu’est née l’idée Wenaklabs. Un nom original, composé de 2 mots. Le premier mot « wenak » signifie en arabe local « où es-tu ? ». Le deuxième mot « labs » est le diminutif de laboratoires. C’est un espace convivial à cheval entre la maison et un lieu de travail. C’est un laboratoire d’idées. Une des idées majeures de Wenaklabs a été concrétisé par la réalisation du « Mois du numérique ». Une initiative reprise par plus de 50 pays au monde à travers l’Institut Français. La pandémie du Coronavirus a ralenti un peu les activités de l’organisation. L’espace est pour l’instant fermé au public, mais ouvert en ligne.

Le numérique tatoué au cœur

Wenaklabs accompagne beaucoup d’acteurs y compris l’Etat tchadien. Depuis l’arrivée de la pandémie du coronavirus, l’organisation est en partenariat avec le Ministère des Postes, des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication à travers l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP). C’est dans le cadre de ce partenariat que la gestion du Centre d’appel 1313 de lutte contre la pandémie a été confiée à Wenaklabs. De plus, une application, création de Wenaklabs, informe sur l’évolution de la pandémie au pays. Mieux, il y a la conception du CO-Robot, un robot distributeur de gel hydro alcoolique pour éviter de toucher le dispositif de la main. En 2016, Wenaklabs a formé 900 jeunes pour la compagnie Tigo. Et une cinquantaine de jeunes en cartographie numérique pour le compte de l’INSEED (Institut National de la Statistique, des Études Économiques et Démographiques).   

Wenaklabs est-il à son aise ? Pas toujours selon ses fondateurs, « les difficultés on en rencontre. On vit au jour le jour, mais nous sommes souvent sollicités pour nos compétences pour effectuer certaines missions pour nos partenaires. Cela reste dans le cadre du partenariat. D’un point de vue légal, nous sommes une organisation à but non lucratif donc nous ne pouvons pas soumissionner pour les avis d’appel d’offres. C’est une grosse contrainte ».

Labo du numérique

« Le Lab Innovation, est un laboratoire de fabrication. Il est aussi un endroit  qui accompagne les porteurs de projets, les enseignants-chercheurs pour les aider à concrétiser leurs projets », dit Fadoul Hissein Abba, le responsable de Lab Innovation. Dans l’espace de travail partagé, Christian Béssita un jeune innovateur travaille sur un projet de respirateur explique, « le respirateur est fabriqué à base de matériaux recyclés. Nous travaillons sur ce projet depuis 3 semaines. Présentement nous sommes en phase de test. Notre but est de fabriquer un respirateur qui sera accessible à tous ».

Il est 17h passé. La lumière du jour commence à faiblir signe que couvre-feu se rapproche. Il est temps de laisser ces jeunes furies ou geeks technos dans leur bulle. Ils sont les vrais chercheurs d’aujourd’hui, pour les solutions de demain. Nous prenons congé d’eux. Dehors au croisement de l’avenue Nimery et Zezerti la circulation est dense. Les N’Djaménois sont pressés certains sur leurs motocyclettes, d’autres à pied, à vélo ou encore au volant de leurs voitures, masque Covid-19 au visage. Ils forcent le passage sous le regard des policiers qui régulent la circulation dans une mêlée indescriptible au son des engins. Chacun cherche son chemin pour arriver à bon port avant l’heure fatidique du couvre-feu.

Gamy Ngardiguina
Christine Tapra

La désertification du Sahel à la fin du 20e siècle et au début du 21e siècle est provoquée par la combinaison de deux principaux phénomènes : D'une part, une poussée démographique (+3% par an au début du 21ème siècle) qui fragilise les sols par :

- la surexploitation des terres afin de nourrir la population. La jachère traditionnelle a ainsi été abandonnée dans les années 1960.

- la surexploitation du bois, que les ruminants empêchent de repousser.

D'autre part, les sols sont exposés à l'érosion provoquée par le vent et par l'écoulement de l'eau de pluies rares (entre juin à septembre) mais de plus en plus violentes en raison du changement climatique. La terre ainsi érodée, devenue stérile, forme des plaques désertiques, les "zipelés", de plus en plus vastes et qui finissent par se rejoindre.

Néanmoins, le gouvernement du Tchad a interdit l’usage du charbon de bois afin de lutter contre l’abattage des arbres et la désertification. Cette décision du gouvernement tchadien est une mesure essentielle pour lutter contre la désertification. Du point de vue social et environnemental cette décision est responsable. La proportion de pauvres dans les populations est notablement plus élevée dans les zones sèches surtout parmi les populations rurales. Cette situation s'accroît encore en fonction de la dégradation des terres en raison de la diminution de la productivité, de la précarité des conditions de vie et de la difficulté d'accès aux ressources.

Cependant, le gouvernement du Tchad a pris des décisions politiques et même des actions sur plusieurs fronts :

-  la semaine de l’arbre : en saison des pluies pendant toute une semaine (ou plusieurs jours) les Tchadiens dans le pays plantent en groupe ou individuellement des jeunes plantes pour lutter contre l’avancé du désert.

- l’adhésion et la ratification des accords et contre relative à la protection de l’environnement, notamment la convention de lutte contre la désertification (ratifié en Août 1996) et la convention sur la diversité biologique (07 juin 1994)

- la participation du Tchad aux différents programmes du comité permanent Inter-Etats de lutte contre la désertification dans le Sahel.

- la mise en place de la convention de lutte contre la désertification d’un programme d’action national et des programmes d’actions locaux et régionaux et d’un fond national de lutte contre la désertification etc.

Tandis que, Selon l'ONU, la désertification est « le plus grand défi environnemental de notre époque ». La désertification constitue un problème d'environnement et un problème de développement. Elle affecte l'environnement local et le mode de vie des populations, mais ses effets ont des retentissements plus globaux : biodiversité, changements climatiques, ressources en eau. Etroitement liée à l'activité humaine, la dégradation des terres constitue à la fois une conséquence du mal-développement et une entrave majeure au développement durable des zones sèches

Par contre, ce combustible est la seule source d’énergie domestique pour 99% des ménages Tchadiens.

Tandis que, un des premiers spécialistes Américains des politiques publiques, Thomas R. Dye définissait celles-ci comme tout ce que les gouvernements choisissent de faire ou de ne pas faire. Le gouvernement Tchadien devrait d’abords sensibiliser la population surtout les ménages vulnérables de l’importance pour la société de cette nouvelle loi afin d'éviter des manifestations de protestations populaires. Voici les questions que plusieurs analystes se posent : est ce que le gaz est un substitut parfait du charbon de bois dans le cas du Tchad ? Quelle source d’énergie substituable et accessible aujourd'hui aux ménages Tchadiens a faible revenus ? Au Tchad, entre ménages a revenus élevés et ménages a revenus faibles le comportement ne diffèrent pas de manière significative entre les différents niveaux économiques des ménages, ce qui illustre le niveau de pauvreté de la population et le faible niveau des infrastructures du pays.

Toute fois, est-ce que le gaz et un substitut parfait ? La théorie économique néoclassique nous dit non. Selon la théorie, l’effet de substituabilité s’applique à des biens relativement proches, dont l’utilisation ou la consommation est relativement équivalente du point de vue du consommateur. On entend par substitution, ce qui peut remplacer quelque chose en jouant le même rôle. Dans le cas du Tchad le gaz ne constitue pas un substitut parfait du point de vue économique. Cette situation risque fort de créer un marché noir sans précédent. Le gouvernement Tchadien a mit sur pied récemment des mesures d'accompagnement en subventionnant l'utilisation des bouteilles de gaz de 3 et 6 kg à hauteur de 50% afin de venir en aide aux milliers des ménages vulnerables. Même à cela, les petits revenus n'en ont pas les moyens. Cette mesure doit tenir compte des ménages en bas de l’échelle pour qu’elle soit efficace. Quand l’offre n’est plus capable de satisfaire la demande du marché, il s’en suit une pénurie du bien en question. Et donc, le prix du gaz va encore augmenter d’avantage. De plus, les décideurs ont de fortes réticences à investir dans les zones arides à faible potentiel. Ce défaut d'investissement contribue à la marginalisation de ces zones. Quand les conditions agro-climatiques défavorables sont combinées à l'absence d'infrastructures et d'accès au marché, à une population mal nourrie et peu éduquée, à des techniques de production inadaptées, la plupart de ces zones restent en dehors du développement. La pauvreté engendre la dégradation des terres. La désertification est à son tour un facteur d'aggravation de la pauvreté.

Néanmoins, Vincent Lemieux disait: les politiques publiques ne se réalisent que par la rencontre de trois courants, celui des problèmes; celui des solutions et celui des choix politiques et que selon la seconde, ce sont des relations de pouvoir entre les participants qui permettent ou non la rencontre des trois courants, et donc le succès ou l'échec d'une politique publique. Qu’en pensez – vous ?

Lona Ouaïdou, Ramadan

Ialtchad Presse, une décennie, un nouvel élan, le journal Ialtchad Magazine est lancé.

Créée exactement en 2000 sous une version électronique à l’adresse www.ialtchad.com, Ialtchad Presse fête aujourd’hui ces 10 ans d’existence. Le site web récapitule plus de 2,7 millions de visites, 6 millions de pages visitées, 182 mille courriels et enfin plus d’un millier de tchadiens ont signé le livre d’or. C’est un véritable outil de communication fondé sur des valeurs d’objectivité et de professionnalisme, une presse affranchie de toute appartenance autre que celle au Tchad. Avec abnégation, nous avons apporté notre contribution à la liberté et à la démocratie au Tchad, et nous en sommes fiers.

Aujourd’hui, notre indéfectible attachement au pays, notre assidu désir à participer au devenir de ce dernier et notre conviction en un Tchad en paix et prospère nous ont amenés à rééditer notre contribution à l’évolution de la presse privée. Nous voilà sur support papier pour signer notre entrée dans l’univers de la presse classique.

En effet, Ialtchad Magazine est le premier magazine tchadien intégrant le nouveau concept triple nord américain soit : information général, commercial de promotion et people. Le mensuel est publié en 5000 exemplaires, 32 pages, papier glacé, 100 % couleurs et dans un design authentique, très soigné. La qualité, le style et le contenu du journal résument l’expertise et le professionnalisme de notre équipe. Plusieurs rubriques vous sont proposées, elles abordent la société, l’économie, l’art et culture, la santé, l’environnement, etc. Le magazine est aussi vendu au Canada, en France, au Cameroun et au Sénégal.

Il faut souligner, Ialtchad Magazine se veut un outil d’information générale, d’encouragement de débats sociaux-culturels, et de promotion des biens et services. A ce titre, nos colonnes sont ouvertes à tous les acteurs de la vie publique et privée du pays. Le Magazine est une propriété de Ialtchad Media & Trade, un réseau d’information et une régie publicitaire. Le réseau d’information et de promotion comprend un labo pour montages numérique (audio-photo-vidéo) et création web, 4 sites web professionnels et un magazine commercial de promotion et people.

Aussi, le lancement d’un journal papier est aussi une occasion pour formuler des vœux. Que disparaissent à jamais la guerre et son miséreux cortège. Que l’intérêt personnel, les détournements des deniers publics, la gabegie, le népotisme et la médiocrité fassent place à la justice, à la démocratie, au développement, à l’excellence et à l’unité des tchadiens. Méditant cette dialectique, nous soutenons sans réserve la politique de la main tendue du président de la république Idriss Deby Itno. L’accord politique du 13 août 2007 entre le gouvernement et l’opposition politique et le rétablissement des relations diplomatiques entre le Tchad et le Soudan consolident la recherche de la paix et de la stabilité. Un Tchad de paix et de droit, est tout ce que les tchadiens attendent.

Enfin, nous sommes très heureux de vous compter parmi nos lecteurs. Ensemble, consolidons l’œuvre entamé il y a dix ans, l’œuvre dont le nom à seul « Ialtchad » en dit tout sur son objectif.  Vos suggestions, contributions et autres commentaires sont toujours bienvenues, n'hésitez pas à nous les envoyer.  Bonne lecture.

Moussa Yayami, Hamid

Le Tchad, le peuple, la Nation, la République sont des réalités en désuétudes, on se cache plus pour placer haut sa personne, sa famille, sa région, sa religion, son appartenance ethnique. C’est une des pensés les mieux partagées par les tchadiens, on ne peut y échapper aujourd’hui parce qu’il appartient aux AUTRES de nous qualifier.  Ainsi, il y a une situation grave dans ce pays. Quand a commencé cette situation ? Tout tchadien a plus qu’une idée, il a une foi. Pour certains c’est avec la Constitution de 1962, pour d’autres avec le coup d’Etat de 1975 ou encore avec la guerre civile de 1979, avec les FAN 1982, avec le MPS 1990. Pas de volontaire pour la guillotine, ici il n’y a pas une, mais des vérités, le scientifique et la raison sont indéfiniment discutés. Chaque ethnie, tribut ou région à son sorcier. Pour chacun c’est les AUTRES, les arabes, les goranes, les ouaddaeins, les nordiste, les sudistes, les habreistes, les itno, les zakhawa, la France, la Libye, les soudanais et j’en passe. Les AUTRES, pas NOUS. Tous, non coupables ? Que Satan soit lapidé !
Pourtant on se doit de comprendre quelque chose. La question tchadienne est tout autre chose sauf des écritures d’opinions antinomiques. Les opinions contradictoires constituent un éventail des négations inter tchadien, au-delà, elles contribuent à rendre la question plus complexe. La désastreuse situation du Tchad peut trouver ses origines aussi loin dans les expressions colonialistes d’André Malraux proclamant l’indépendance du Tchad, mais elle serait aujourd’hui entretenue par le manque de courage.

Bientôt dix-neuf ans au pouvoir, même si tout n’a pas commencé en 1990, le régime en place ne peut nier sa responsabilité. Ce régime devrait se sonder en interrogeant son bilan. Quoiqu’on puisse discourir sur les origines de notre triste sort, aujourd’hui c’est plutôt l’absence d’une véritable démocratie et particulièrement la décrépitude économique et sociale du pays qui sont les causes de l’instabilité endémique du pays. C’est dans ces fondements que les mouvements rebelles et autres oppositions politiques harponnent légitimités et prétextes.
Sur le plan économique, la Somalie, pays en guerre civile depuis près de deux décennies n’a pas à nous envier. Le pétrole exploité depuis 2003 n’a rien apporté de concret. La corruption et les détournements sont troublants. Le pays reste pauvre parmi les pays les plus pauvres. Jusqu’à quand veut-on couver ce non-sens ? Courage, c’est tout ce qu’il faut pour dire qu’il s’agit d’un pays le Tchad, et non d’un bazar privé.

Constitués essentiellement des architectes d’hier, ceux de ce même système en place, il faut le dire, les mouvements armés sont mal partis. Il est impossible ou presque de greffer des bonnes causes sur du vent et en faire une pitance comestible. Beaucoup d’entre eux ont eu la chance, le temps et la responsabilité nécessaire pour montrer qu’ils aiment le Tchad, mais ils ont fait le contraire. Ce qu’ils trouvent injuste aujourd’hui est bien leur irresponsable toile. Sans vision, sans leader crédible, la prétention que la rébellion armée sera un orchestre national est à démontrer. Le plausible est une désolante continuité parce que le pouvoir par les armes n’est absolument pas différent de ce que les tchadiens vivent depuis le coup d’Etat institutionnel de 1962. Le courage, c’est tout ce qu’il faut pour condamner avec le défunt Ibni Oumar Mahamat Saleh « la prise de pouvoir par les armes et » son inévitable « confiscation par les armes.»

Aussi, s’ajoute des personnes ne trouvant pas autre vocation que celle d’attiser la haine et d’appeler à la mort d’autres tchadiens pour leurs mesquins intérêts. Désinformations, injures, viles propagandes, diffamations, étalage de vies privés et le tout contre des tchadiens comme eux. Femmes et enfants ne sont pas épargnés. Est-ce cela traité de l’information ? Des blogs, des images, des vidéos aux relents de la Radiotélévision Libre des Mille Collines rwandaise pour évangéliser la haine et la mort. Qu’on se le dise, prendre les armes et aller mourir à l’Est n’est pas le propre à une communauté, d’ailleurs à aucun individu. La conviction pour un changement par la violence restera inachevée si elle se limite à des ridicules et haineux clavardages.  Sans la vérité, toute détermination demeurera dérisoire. Du courage, et on verra qu’on n’est pas en train de servir le Tchad.

Un pays, un Etat de droit, sont les aspirations des tchadiens. Cela ne peut pas se réaliser tant qu’on n’aura pas le courage de dire que la victoire militaire des tchadiens sur des tchadiens ne sera jamais la libération. Cette dernière entretiendra au contraire le cycle de la barbarie, le cycle de cette même dictature qu’on voulait initialement résister. Ourdir le mal sous toutes ses formes contre ses concitoyens qui ne penseraient pas comme nous ou qui n’appartiendraient pas à notre famille est en soi une vision sans éclairage, de la stupidité. Pour sortir le Tchad du bois, il faut une lutte contre tous les vices qui nous minent et d’où qu’ils viennent. On ne peut dissocier la lutte contre ces muezzins de la haine et des opportunistes convertis en rédempteurs, de la lutte contre la dictature. C’est le cycle de l’impasse qu’il faut contenir par un changement pour tous et non un changement aux effluves partisans. Du courage pour refuser l’aliénation partisane. Rien que du courage pour s'accepter mutuellement afin d’avoir les coudées franches pour sauver le Tchad.
Courage n’est-ce pas ?  

Moussa Yayami, Hamid

Les premiers pas de notre Magazine, l’urbanisation plutôt muscle, le timide recensement électoral sont en substance les fourches de ce deuxième édito.

Ialtchad Magazine : un pari promoteur

Le Magazine bien accueilli à N’Djamena et à Moundou. Nous avons tout donné en qualité comme en contenu pour sa réalisation et la conséquence est une pluie de messages de soutien, de remerciements et de suggestions. C’est aussi ce que nous attendions de nos nombreux lecteurs. Pour façonner ensemble un Magazine aussi proche de leurs réalités et autres souhaits. Que ceux qui nous ont suggéré des rubriques s’assurent, nous sommes en train d’étudier les nombreuses sollicitations. Mais pour ceux qui ont souhaité nous voir faire davantage de place à l’actualité, nous leur disons que pour l’instant nous trouvons qu’il y a pas mal de journaux qui s’occupent de l’actualité. Toutefois rien n’est exclu. Aussi, on avance, le Magazine sera disponible dès le 18 juin 2010 à Abéché, à Sarh et Massaguet, nous en ferons progressivement pour les autres grandes villes du pays. Le prix reste partout au Tchad à 1000 F CFA.

N’Djamena : le pari de Paris

Il y a sûrement mille choses à dire sur l’urbanisation de la capitale, mais l’engagement de la mairie et du ministère de l’intérieur de faire de N’Djamena la vitrine de l’Afrique Centrale se fait d’une manière baraquée. La promesse de la compréhension de la première femme maire par rapport à son prédécesseur n’aura donc pas lieu. Les expropriations et les déguerpissements continuent tranquillement. Sous une saison de pluie, les désagréments ne manquent pas, les décisions sont prises le plus souvent à la hâte et l’exécution avec un empressement démesuré. Comme si Paris s’est construit à quelques mois du 25 août 1994 soit cinquante années après sa libération. Chose certaine, il ne manquera pas bientôt un discours du genre “N’Djamena otage, N’Djamena brisé, N’Djamena martyrisé, mais enfin N’Djamena une vitrine de l’Afrique Centrale”. Vouloir faire de N’Djamena une belle ville est en soi noble comme volonté, mais on doit faire preuve d’humanisme et de réalisme surtout. Les choses sérieuses se font avec plus de responsabilité et non avec des propos du type “que ceux qui n’ont pas les moyens de construire en matériaux durables vendent leurs propriétés”.

Recensement électoral : un pari diminué

L’accord du 13 août 2007 fait son petit chemin mais pas comme on le souhaitait. Le recensement électoral qui constitue l’ossature de ce dernier accord, se déroule à dos d’âne. Le consensus politique, la technologie mise en avant (puisque c’est pour la première fois qu’on cherche à établir au Tchad des listes électorales informatisées) et les nombreuses missions de sensibilisations peinent à convaincre la population. À quelques dix jours de la fin du processus de recensement le constat serait tout sauf un succès. Pas un véritable engouement chez la population. Même si cela ne compromettra en rien les échéances électorales futures, un travail de communication est à faire. A une semaine de l’échéance du recensement, on peut espérer changer d’avis à bien de personnes. Peut-être même penser à proroger si nécessaire l’échéance.


Moussa Yayami, Hamid

« La paix n’a pas de prix. Nous allons continuer toujours, tant que nous pouvons, à œuvrer pour que la paix puisse un jour revenir dans notre pays. » Delphine Kemneloum Djiraïbé 

Avocate et militante des droits de l’Homme, Delphine Kemneloum Djiraïbé a fondé en 1993 l’Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme (Aptdh) dont elle a été présidente pendant dix ans. Lauréate du prix Robert F. Kennedy pour les droits de l’Homme, elle est aujourd’hui la coordinatrice nationale du Comité de Suivi de l’Appel à la Paix et à la Réconciliation au Tchad. A l’occasion de la conférence de presse que son Comité a tenue en date du 21 février 2006 à Paris, Ialtchad Presse lui a proposé de réaliser la présente interview pour laquelle elle n’a pas hésité un seul instant, en dépit de l’acharnement de la presse internationale autour d’elle.

Ialtchad Presse : Me Delphine Bonjour. L’Appel à la Paix est-il entendu par tous les Tchadiens ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Nous pensons que c’est l’unique voie de sortie de crise crédible en ce moment. Les politico-armés eux-mêmes réclament un espace de dialogue. Les Partis politiques de l’opposition à l’intérieur réclament un espace de dialogue. Les populations expriment leur ras-le-bol par rapport à la situation de non-paix que nous vivons, par rapport à la situation de prise de pouvoir par les armes. Le pouvoir fragilisé essaye de se maintenir mais de toutes les façons, nous pensons qu’il faut absolument s’engager dans un processus de paix et nous continuons de porter le message là où il doit être entendu et nous espérons que les pouvoirs politiques au Tchad entendront ce message qui est salutaire pour tout le monde.

Ialtchad Presse : De 2002 à 2006, cela fait quatre ans que vous vous battez pour la promotion de la paix au Tchad. Où en êtes-vous et quel bilan avez-vous à présenter aujourd’hui ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : La paix n’a pas de prix. Nous allons continuer toujours, tant que nous pouvons, à œuvrer pour que la paix puisse un jour revenir dans notre pays.

Ialtchad Presse : Vous-vous opposez à la tenue d’une élection présidentielle qui est prévue en mai prochain. Est-ce que le président Deby qui s’est donné les moyens d’être reconduit au pouvoir va accepter cela et pourquoi vous êtes contre la tenue de ces élections ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Tout le monde sait que dans les conditions actuelles, on ne peut pas parler d’élection au Tchad parce que les recensements ont été mal faits. Techniquement, aucune administration au Tchad en ce moment n’est en mesure d’organiser des élections. Beaucoup de personnes liées au pouvoir ont pris les armes parce qu’elles ne croient plus aux élections tel que ça se passe maintenant. Le pouvoir a rompu déjà un consensus national en procédant à la modification de la Constitution et nous pensons qu’il ne va pas encore rompre ce consensus national qui est claire et qui dit que les conditions ne sont pas réunies pour aller aux élections.

Ialtchad Presse : Comment votre Comité entend faire un contre poids face à Deby ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Nous avons une base assez large qui nous permet de porter le message que nous portons. Nous, en tant que Comité de Suivi, voulons jouer un rôle de médiation dans ce processus. Nous renfermons en notre sein les Associations de la société civile, les Associations de Droits de l’Homme, les Syndicats et autres qui ont des stratégies de mobilisations populaires pour faire des revendications. Les Associations de la société civile et les Partis politiques de l’opposition se mobiliseront pour faire un contre poids réel contre Idriss Deby s’il persiste à aller aux élections.

Ialtchad Presse : Pourquoi une conférence de presse portant sur l’Appel à la Paix et à la Réconciliation au Tchad aujourd’hui, quand on sait d’ores et déjà que tout le monde est en train de fuir le régime pour aller s’armer afin de revenir le combattre, de chercher à le renverser ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Nous avons fait une analyse du contexte socio-politique au Tchad et nous avons estimé que la solution serait la mise en place d’une démarche pour la paix et c’est ce que nous proposons. En tout état de cause, nous pensons que le message de paix doit être porté et reste valable dans tous les scénarios, dans toutes les circonstances.

Ialtchad Presse : Comment entendez-vous organiser le processus du dialogue politique que vous prônez tant au Tchad ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Le processus du dialogue peut s’organiser autour de trois thèmes 
- La mise en place des processus institutionnels de transition ;
- La réforme du secteur de sécurité ;
- La mise en place des mécanismes de réconciliation populaire.
Il faut évidemment qu’un comité de pilotage réfléchisse à cela avec le mandat du gouvernement, pour pouvoir donc réfléchir au contour de cette transition, réfléchir à un calendrier électoral et réfléchir à un processus de dialogue national qui va discuter des détails de tout ce que va comporter la transition. Nous pensons qu’un tel dialogue doit s’organiser et peut s’organiser si la Communauté internationale s’y implique en créant les conditions de sécurité nécessaires en face des organes de sécurité interne qui sont complètement en état de désagrégation et en face de la multiplication des armes et des foyers de tensions au niveau interne.

Ialtchad Presse : Avez-vous suggéré ces propositions à la Communauté internationale et quelle en est sa position ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Nous avons suggéré cela à la Communauté internationale qui nous a écoutés pour le moment. Nous attendons sa réaction.

Ialtchad Presse : Le Comité de l’Appel à la Paix déclare devant la presse tout à l’heure que Déby n’est pas garant fiable de la paix et de la stabilité au Tchad. Or pour qu’il y ait une table ronde, il faut la participation de tous, c’est-à-dire celle de Deby ainsi que celle de l’opposition démocratique comme celle des politico-armés. Est-ce qu’avec une participation éventuelle de Deby ou du MPS à cette table ronde que vous préconisez, pensez-vous que vous allez pouvoir vous attendre à un résultat concret ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé
: Nous sommes dans un processus global. Pour nous Deby est un acteur incontournable dans ce processus de paix. Il doit participer au dialogue comme les autres acteurs armés et non armés. Nous pensons qu’un tel processus, pour qu’il réussisse, doit créer les conditions pour que chacun puisse exprimer ses attentes, sa vision du Tchad et il faudrait que tout ce qui va être dit soit inscrit dans un pacte avec un mécanisme de suivi qui puisse garantir l’application. Deby seul ne peut pas prendre le processus en otage. Quand on dit ça c’est minimiser la capacité des autres acteurs à participer à un tel dialogue et à faire entendre leur point de vue. De notre part, nous pensons que la participation de Deby à un tel processus est nécessaire parce qu’il est le président du Tchad, on ne peut pas l’appeler autrement. Maintenant, quant à la dynamique de la négociation, chaque partie prenante à la négociation doit faire prévaloir se prétentions.

Ialtchad Presse : Pensez-vous que l’opposition armée soit favorable pour s’asseoir autour d’une table de négociation avec Deby sachant dorénavant que celui-ci n’a ni les forces ni les moyens de lui résister en cas d’offensive ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Deby n’a pas les moyens de résister. Déjà notre processus ne veut pas présager de la force ou de la faiblesse ou de la capacité d’un acteur à prendre le pas sur l’autre. C’est une situation qui dure, les Tchadiens en ressentent les méfaits dans leurs corps, dans leur esprit et nous pensons que les Tchadiens sont capables de résoudre leurs problèmes autrement que par les armes. Nous savons par ailleurs que la prise du pouvoir par les armes est rejetée par les Tchadiens et a prouvé ses limites. Nous nous retrouverons exactement dans la même situation que celle que nous sommes en train de vivre actuellement où, la personne qui va prendre le pouvoir par les armes ne se prêtera pas au jeu démocratique parce qu’estimant que ce n’est que par les armes qu’on la fera partir. Donc on restera dans un cycle vicieux qui va être vraiment dommageable pour le Tchad et pour les Tchadiens. Nous pensons, en faisant la promotion de ce processus de paix, que c’est un processus qui est salutaire pour le Tchad et pour les Tchadiens.

Ialtchad Presse : Avez-vous pensé à suggérer à Idriss Deby de quitter le pouvoir le plus pacifiquement possible, sans qu’il y ait effusion de sang ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Nous ne voulons pas d’effusion de sang et je crois qu’aucun tchadien n’a besoin d’effusion de sang. C’est pourquoi nous pensons que le processus que nous proposons est un processus non violent, un processus qui éviterait au Tchad une énième effusion de sang.

Ialtchad Presse : Est-ce qu’il vous est arrivé de dire à Deby de penser à quitter le pouvoir de manière pacifique ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Ce n’est pas à nous de dire à Deby de quitter le pouvoir ou d’y rester. S’il y a un processus qui est mis en place, les Tchadiens auront l’occasion de choisir leur dirigeant. Je crois que c’est ça le plus important à l’heure actuelle.

Ialtchad Presse : Avez-vous un vœu à formuler ou une prière à psalmodier pour que la Paix, ce cheval de bataille que vous essayez d’adopter depuis quatre ans puisse porter le calumet que les Tchadiens allumeront peut-être bientôt ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : On appelle tous les Tchadiens à s’associer à ce processus de paix pour qu’une fois les Tchadiens montrent leur capacité à régler leur problème de manière pacifique.

Ialtchad Presse : Delphine Kemneloum Djiraïbé, je vous remercie.
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Merci beaucoup.

Propos recueillis par Mohamed Ahmed KEBIR  

Les taxi-moto appelés communément  clando par les tchadiens sont devenus le moyen  de transport urbain par excellence à Ndjamena, un moyen de transport de proximité. Ils sont visibles partout dans les carrefours et autres endroits tels que les bars et les marchés.

Les taxi-voitures ont désormais depuis quelques années des concurrents. Ce sont les taxi-moto qui son de plus en plus nombreux. Les habitués les reconnaissent plus facilement. Contrairement aux autres villes du pays à savoir Moundou, Sarh, Abéché, Pala et Bongor, le secteur de taxi-moto à N’djamena n’est pas réglementé et les activités liées à cela  restent interdites. Ben-skin au Cameroun, Zémidjan au Benin, les taxi-moto sont appelés clando au Tchad.

A Moundou par exemple, ce moyen de transport urbain s’est imposé et a obligé la mairie à le réglementer. Les pilotes portent de gilets d’identification, les pièces de leurs motos et les leurs sont strictement contrôlées.

À N’Djamena, l’avènement des taxi-moto est accueilli avec soulagement par la population. Le clando est perçu comme le moyen de transport de proximité. « Le clando te laisse devant ta porte ou t’amène partout  où tu veux, même à l’intérieur des quartiers là où c’est inaccessible aux  taxi-voitures » nous disent certains clients en majorité des femmes. Ces femmes nous confient même qu’elles prennent le clando pour  se rendre au bureau. La colère de certains chauffeurs de taxi-voiture est parfois perceptible. Ils n’hésitent pas à percuter en pleine circulation les pilotes de taxi-moto. Avec les autres usagers de la route ce n’est pas non plus le parfait amour.

Les taxi-moto font l’objet de plusieurs accusations. Ils sont source de cas d’accidents de la voie publique et d’insécurité disent les uns et les autres. Dans une note circulaire datée du 18 mars 2010 signée de l’ancien ministre de l’intérieur et de la sécurité publique Ahmat Mahamat Bachir, la circulation des taxi-moto a été interdite  sur  l’ensemble du territoire national. Motif : perturbation de la circulation (particulièrement à N’djamena), assassinat, vol etc. Puis quelques jours plutard, la mesure est levée dans les autres villes du pays mais reste en vigueur à N’djamena.

Coup d’épais dans l’eau ! Cette mesure n’a rien changé. Les taxi-moto circulent, puisque contrairement aux autres villes, le secteur n’est pas réglementé et  donc impossible de faire la différence entre les motos des usagers  ordinaires et les taxi-moto. Le port de gilet d’identification est  inexistant. Le nombre de ces moyens de transport augmente au quotidien. On les voit partout à travers la ville au grand bonheur de nombreux  usagers, cités plus haut qui pensent que les clando  sont plus rapides même s’ils se plaignent quelques fois du prix.

Taxi-moto : gagne-pain

Les activités des taxi-moto sont devenues depuis peu des activités  génératrices de revenus donc classable comme activités économiques. Une journée remplie peut rapporter jusqu’à 25.000 F CFA par jour selon les pratiquants.  Le secteur absorbe de nombreux sans emplois et des laisser pour  compte. Abdallah, la trentaine, marié et père de quatre enfants, est clandoman. Nous l’avons rencontré dans un carrefour au quartier dembé où il exerce, il nous confie que cette activité lui permet de nourrir sa petite famille. « Je fais honnêtement mon travail et amène mes clients en toute sécurité aux endroits désirés et à des prix raisonnables » précise-il. Répondant à la question sur la mesure d’interdiction toujours en vigueur à  ’Ndjamena, Abdallah conseille  plutôt au ministère  de tutelle la réglementation du secteur, car poursuit-il, on ne peut pas interdire les activités des taxi-moto  parce que la plupart de moto-taximen sont des gens désœuvrés qui  ne cherchent juste à se prendre en charge. Comme lui, beaucoup des jeunes qui sont dans cette activité plaident pour une réglementation du secteur. Cela évitera selon eux beaucoup de dérives.  Richard Madjitoloum  est  un client que nous avons rencontré au moment où il s’apprêtait à prendre le clando pour faire des courses. Il nous lance cette phrase avec grise mine pendant  la conversation avec Abdallah «  il n’ya au Tchad que les taxi-voitures ne demandent jamais la destination du client. Ailleurs les clients indiquent leurs destinations avant de monter à bord. Au Tchad, on vous prend par exemple à dembé et on vous laisse à ambassatna au marché  central etc. »  De plus en plus tendu, Richard s’exprime sur un ton dur «  laissez-nous prendre tranquillement nos clandos ».  Le ministère de tutelle doit donc penser à faire œuvre utile en autorisant la circulation des taxi-motos tout en appliquant de stricts contrôles pour éviter de diverses  dérives et autres accidents de la voie publique.

Sécurité  et service public

Mais une chose est vraie, c’est que les clandos sont à travers leurs pilotes des dangers publics, malgré le service qu’ils peuvent rendre à la population. Leurs allures en circulation sont dignes de films d’action. Ils faufilent entre les automobiles en toute vitesse sans se soucier de la vie de leurs clients ni du tort qu’ils peuvent causer aux automobilistes. Le non respect des codes de la route et le manque d’égard vis-à-vis d’autres usagers restent à déplorer chez les pilotes des taxi-motos.

Tout de même, il faut reconnaitre que les taxi-motos à N’djamena rendent un énorme service à la population. Ils desservent les quartiers périphériques, qui sont le plus souvent inaccessibles au moyen de taxi-voitures. Comme dans les autres villes du pays ou des villes des pays africains que sont Douala, Yaoundé et N’gaoundéré (au Cameroun) ou encore Cotonou au Benin, Bangkok en Thaïlande, le secteur des taxi-moto nécessite désormais d’être canalisé par de règlements. Par exemple, l’obligation de la régularisation (pièces des motos, permis de conduire, port de casques et de gilets d’identification, respect de code de la route etc.)

Et puis une chose et non de moindre, la construction des routes doit prendre en compte les véhicules à deux roues (comme par exemple le cas de la ville de Ouagadougou au Burkina-Faso où les routes construites ont des parcelles réservées aux automobilistes et motocyclistes séparées). Cela éviterait des nombreux cas d’accidents. Les contrôles de routine doivent être assurés pour dissuader les brebis galeuses qui se glisseraient dans le secteur.  Tous ceux qui voudront ou exercent ce métier doivent donc se mettre en règle vis-à-vis de l’administration publique.

Dingamnaïel Kaldé Lwanga

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