jeudi 22 octobre 2026

Le tchadien Attié Djouid Njar-Nalbi a participé à la première édition du festival international du livre gabonais et des arts tenu à Libreville le 27 mai dernier. Il a obtenu le premier prix Filiga de l’engagement littéraire africain. Il rentre combler du sacre et dédie le trophée au peuple tchadien. Reportage

« Un grand honneur pour le Tchad, pour ma modeste personne en tant qu’écrivain et pour toute la littérature tchadienne. Arracher un trophée à main levée lors d’un festival qui a vu la participation des pays africains francophones ajouter à ceux-là, la France et le Canada ce n’est pas facile. La première des choses qui m’est venue en tête quand j’ai reçu ce prix, c’est le Tchad. Ce beau pays avec ce beau monde, ces Tchadiens que j’aime beaucoup. Je leur  dédie ce prix » tel est le sentiment qu’a eu Dr Attié Djouid Njar-Nalbi enseignant en littérature à l’université Adam Barka d’Abéché.

Pour le récipiendaire, c’est un prix de l’engagement littéraire africain alors l’émotion et la joie était à son comble. Il déclare que tant qu’il est en vie, il va s’efforcer davantage pour rehausser le Tchad. Dr Attié d’ajouter que si les autres Sao tchadiens ratent les coups de l’autre côté, il faut dire haut et fort que la littérature tchadienne avance très bien. Il se réjouit de ce trophée surtout que c’est ces deux ans consécutifs il a reçu des prix. En 2021 au meeting international du livre francophone d’Abidjan et le sacre du festival du livre gabonais en 2022.

Écrivain engagé, il est a à son actif 8 ouvrages publiés dans différentes maisons d’éditions d’ici et d’ailleurs.  Dr Attié Djouid Njar-Nalbi déplore le fait que les autorités tchadiennes de manière générale et le ministère de tutelle en particulier ne soutiennent pas les écrivains. Il garde du ministère de la Culture un mauvais souvenir. « J’ai dit à mes amis, il faut qu’on parte. Il ne fallait pas que le Tchad soit absent à ce rendez-vous africain. On a fait le voyage par voie terrestre avant de prendre le vol au niveau de Douala ou on a eu toutes les tracasseries du monde. On n’a pas reçu de l’aide, nous avons fait les choses avec nos propres moyens », explique-t-il.

Dr Attié inspire et continue à inspirer certains de ses étudiants qui sont aujourd’hui à leur troisième ouvrage. Selon lui, lorsqu’il voyage, les gens lui posent des questions relatives à la littérature jeune. Il affirme que maintenant, la  littérature jeunesse commence à prendre sa place. « La seule chose que je peux dire aux jeunes qui veulent écrire, c’est d’avoir le temps quand on veut avoir une œuvre de qualité. La qualité exige le temps. Un bon écrivain est un bon lecteur, une personne cultivée. Un homme de lettres, un écrivain c’est celui-là qui construit l’homme, c’est celui qui détient la culture. Alors il faut se cultiver davantage à travers la lecture et tout ira pour le mieux », conseille-t-il.

Kouladoum Mireille Modestine

Les avocats tchadiens viennent de suspendre leur grève déclenchée il y a quasiment un mois suite à l'arrestation des personnes et surtout leurs confrères lors de la marche autorisée, le 14 mai dernier. Une décision commune prise à l'issue d'une Assemblée générale organisée ce mercredi, 8 juin 2022 au centre culturel Al-Mouna de N'Djamena, Tchad. Reportage.

Le Bâtonnier Me Dionro Laguerre Djerandi à la sortie de l'Assemblée générale, déclare qu'ils ont cessé le travail suite à l'arrestation des personnes après la marche du samedi 14 mai dernier. « L'audience foraine a fini par une condamnation d'un an avec sursis. Nous nous sommes retrouvés en Assemblée générale pour évaluer tout cela. Unanimement, nous avons décidé de la suspension de la grève en espérant que la Cour d'Appel qui sera saisie et qui a un pouvoir d'évocation entende le droit et que cette décision de condamnation soit purement et simplement annulée », dit le Bâtonnier. A son avis, cette condamnation n'a pas sa raison d'être. Il estime que même si c'est une condamnation avec sursis, c'est une condamnation. Autrement, le problème n'est pas entièrement résolu, insiste-t-il.

Me Laguerre soutient qu'ils reprennent leurs activités en attendant d'attaquer cette affaire-là à la Cour d'Appel pour son annulation. « De notre évaluation, il se dégage que notre revendication ultime n'a pas été prise en compte. Nous avons demandé une libération pure et simple de ces personnes, car un procès ne devait pas avoir lieu, mais il a fini par avoir eu lieu », dit l'avocat. Il déplore les conditions d'arrestations de ces personnes et toute la procédure qui a suivi jusqu'au procès en audience foraine à Moussoro.  Pour le Bâtonnier  ce n'est pas une surprise. D'après lui, ils ont eu plusieurs échanges, mais si au niveau du parquet ils apprennent que les instructions leur venaient d'un haut niveau, rien de surprenant.

Toujours selon Me Laguerre, ce sont les juges de siège qui sont indépendants  qui ont rendu cette décision. Au regard du droit  dit-il, ils auraient pu faire autrement. « Mais la question de leur indépendance, vous le savez que l'indépendance du pouvoir judiciaire pose problème. C'est un problème réel dans ce pays. Notre lutte de chaque jour est que le pouvoir judiciaire soit véritablement indépendant de l'exécutif et du législatif. A l'égard des juges, nous disons que l'indépendance judiciaire s'arrache », affirme l'avocat. Les magistrats, soutient-il, doivent eux-mêmes  être déterminés afin de faire œuvre utile, d'être plutôt esclave de la loi et non de quelqu'un ou d'une institution. Le Bâtonnier pour se résumer affirme que tous les acteurs judiciaires doivent s'impliquer dans cette lutte pour faire rayonner la justice tchadienne. « Pour nos confrères avocats, en attendant que la décision ne soit appréciée par la cour d'Appel, ils peuvent effectuer normalement leurs activités d'avocats », clarifie-t-il.

Moyalbaye Nadjasna

Classé avant dernier pays au monde en termes d’accès à l’énergie par la Banque Mondiale (BM) en avril 2021 avec 11,8%. Le Tchad fait partie des pays où le délestage intempestif est récurrent. La population a très peu accès. Les secteurs public et privé  en sont victimes. Les hôpitaux considérés comme des lieux sensibles où l’électricité devrait être en permanence sont aussi touchés. L’équipe de Ialtchad Presse est allé dans quelques hôpitaux et cliniques de la capitale pour le constat. Reportage.

Si hier la population et quelques institutions publiques et privées sont dans le noir, le délestage contamine même les services hospitaliers. Le constat est amer. De l’hôpital polyclinique Chérif Kachallah Kasser en passant par l’hôpital de l’amitié Tchad-Chine et la Clinique Médico-chirurgicale Al-Shifa, personnels et responsables se plaignent.

À l’hôpital polyclinique Chérif Kachallah Kasser, situé dans le 3e arrondissement de la capitale tchadienne, sis au quartier Ambassatna il est 10h Personnels infirmiers, médecins, responsables administratifs et patients tous étaient présents, mais sans énergie électrique et dans l’obscurité. La plupart des administrateurs de l’hôpital utilisent l’éventail ou un bout de papier pour se rafraîchir. Les patients, impuissants, sont abandonnés dans la chaleur des salles ou dans la cour.

Pour Banterné Nojie, sage-femme et responsable, plus de quatre (4) semaines que l’hôpital souffre de délestage. La SNE (Société Nationale d’Électricité) ne fournit plus de l’énergie dans cette structure sanitaire, dit-elle. Pour elle, la maternité demande de l’électricité pour son bon fonctionnement. «En cas de saignement, il faut impérativement un bilan auprès du laboratoire afin de bien prendre en charge la patiente, mais sans l’électricité nous avons un sérieux problème et ça risque de mettre la vie de la patiente en danger », affirme-t-elle. Quant au Médecin en Chef de cet hôpital, Dr Tidjani Abou Nassib, le délestage est devenu très fréquent. Il ajoute aussi que cela un impact sur la prise en charge des patients et ralenti les travaux au sein de l’hôpital. Il souligne que « le laboratoire, l’échographie, la maternité, la réanimation, l’oxygène… ne fonctionnent qu’avec l’énergie. Sans électricité, la vie des patients est en extrême danger ».  Pour pallier au délestage, Dr Tidjani Abou Nassib dit qu’un groupe électrogène a été mis en marche, mais ce n’est pas suffisant, « avec la chaleur il faut un temps de repos pour le groupe, il faut du gasoil… ce n’est pas du tout facile sans électricité », dit-il.

À l’hôpital de l’amitié Tchad-Chine situé dans le 8e arrondissement de la capitale derrière l’ancien hôtel Kempinski, il est 11h. Les bourdonnements des groupes électrogènes envahissent presque tout l’hôpital. Il y a délestage. La majorité des groupes sont en marche et alimentent une grande partie de cette institution hospitalière. Selon Moussa Adoum, technicien de laboratoire, le délestage est devenu récurrent, mais la direction de notre institution a pris des dispositifs nécessaires en installant des groupes électrogènes automatiques en subdivisant par secteur. Il soutient que délestage à un impact négatif dans leurs travaux de laboratoire « quand il y a délestage, en labo, nous allons reprendre tout à zéro et nous perdons des réactifs, ce qui bloque la coordination du travail », martèle-t-il. Pour Dr. Allarassem Diaz Kody, technicien supérieur en Anesthésie Réanimation, le délestage a un impact négatif sur le résultat de leur travail. Il dit que le bloc opératoire, la chirurgie, l’anesthésie nécessitent de l’énergie. « Lorsqu’il y a délestage en pleine chirurgie, les appareils s’arrêtent, nous ne pouvons plus contrôler  les paramètres du malade, le respirateur pour oxygéner le malade, s’arrête aussi et il y a grand risque que le patient meurt », confie-t-il.

À la Clinique Médico-chirurgicale Al-Shifa, située dans le 8e arrondissement non loin du lycée la Fidélité, il est 12h. Lorsqu’on entre dans l’enceinte de la cour on est saisi par le vrombissement du groupe électrogène, signe qu’il y a délestage à la clinique.  Pour Balamto Etienne, Directeur administratif de cette clinique, la SNE est dans les oubliettes, le délestage est monnaie courante. Il ajoute même s’il y a de l’énergie, il y a une faible capacité de pouvoir alimenter la clinique. Pour remédier à ce problème, deux groupes électrogènes sont mis à contribution. Balamto Etienne affirme que « les 2 groupes électrogènes consomment 2 fûts de gasoil, soit l’équivalent de 250.000 FCFA par jour ».   Selon Madet Lévis, laborantin, le délestage a un impact négatif son travail et sur les patients. Il relève que la clinique dispose des appareils qui nécessitent de l’énergie. Il ajoute que « sans électricité nous n’arrivons plus à effectuer certains examens et c’est un manque à gagner tant pour la clinique que pour les patients » conclut-il.

Rappelons que le délestage est devenu récurrent ces derniers temps même dans les structures hospitalières. Ils engendrent des conséquences fâcheuses sur la santé des patients. Il freine le travail des médecins et occasionne la mort des patients surtout ce qui sont en salle de chirurgie, de réanimation disent unanimement médecins, personnels soignants et administrateurs des cliniques et des hôpitaux.

Abderamane Moussa Amadaye      

Au lendemain de la condamnation des leaders de Wakit Tamma, lundi 6 juin  à Moussoro à la suite d'une audience foraine, la rédaction d'Ialtchad a sillonné quelques organisations de défenses des droits de l'homme ce mardi 7 juin. La Commission nationale des droits de l'homme(CNDH) et la Ligue tchadienne des droits de l'homme(LTDH) se félicitent de leur libération même si elle est conditionnelle. Elles déplorent le laxisme de la Justice tchadienne dans le respect du droit de la défense. Reportage.

11 heures. Palais de Justice de N'Djamena, capitale tchadienne. La cour grouillait de monde, quelques auditions des prévenus de la maison d'arrêt se déroulaient. Mais les avocats n'ont pas encore levé leur mot d'ordre de grève malgré la libération de leurs collègues arrêtés. Notre objectif est de rencontrer le président par intérim de la Ligue tchadienne des droits de l'homme (LTDH) Me Adoum Mahamat Boukar. Dans son bureau, après de poignées de mains, nous allons à l'essentiel : après procès des leaders des Wakit Tamma à Moussoro.

Me Adoum Boukar estime que même si les leaders de Wakit Tamma ont été libérés, ils ont écopé quand même d’une condamnation avec sursis. Selon lui, la LTDH avait condamné dès le début cette affaire « les droits de la défense n’ont pas été respectés », a-t-il dit. Pour lui, profiter de la bonne foi des gens pour les livrer aux services de renseignements généraux (SRG ) n'est pas du tout normal. À son avis ce n'est pas un bon procès. « C'est une affaire purement politique à qui on a donné un habillage juridique. Alors si la justice se comporte de cette manière, il n'y a plus de garantie pour les citoyens lambda. Il faut que le droit de la défense soit respecté. Les conditions d'un procès équitable ne sont pas réunies, pour ce jugement. Bien que les gens sont libérés, mais c'est une condamnation avec sursis », lance-t-il. Le président de la LTDH, affirme qu'ils s'attendaient à ce que la procédure soit annulée parce qu'elle est nulle au départ. Les avocats, dit-il, ont interjeté Appel et attendent que ces leaders soient rétablis dans leurs droits. Me Boukar assure que jusqu'à ce qu'une nouvelle décision soit prise par la Cour d'Appel, les leaders de Wakit Tamma peuvent exercer librement leurs activités.

13 heures. Nous sommes au bureau de M. Mahamat Nour Ibédou, Président de la Commission nationale des droits de l'homme du Tchad (CNDH). Nous déclinons l'objet de notre visite qui reste le même: après procès de Moussoro. Il répond en affirmant qu'il faut d'abord se féliciter de cette libération même si elle est avec un sursis. Son institution a toujours plaider pour la libération de ses camarades leaders de Wakit Tamma. Il soutient qu'il faut restaurer un climat social afin de nous permettre d'avancer plus sûrement vers le dialogue national inclusif (DNI).  La justice elle aussi a fait preuve de la sagesse, dit le président de la CNDH. « En âme et conscience, ces genres d'arrestations en cette période n'étaient pas la bienvenues. C'est à l'actif de tous, car leur arrestation n'arrangeait personne et dans l'intérêt de personne surtout pas du peuple tchadien », dit M. Ibédou. La justice tchadienne a toujours été liée à l'exécutif, c'est quelque chose à améliorer, dit-il. Le président de la CNDH soutient que jusqu'à nos jours notre justice n'a pas encore retrouvé ses lettres de noblesse. « C'est l'une de nos missions et nous allons faire en sorte que la Justice joue pleinement son rôle en toute objectivité, surtout il y a eu beaucoup d'entorses dans la procédure d'arrestation des avocats. C'était complètement une procédure biaisée. On a marché sur des principes de justice », confie le président de la CNDH.

M. Mahamat Nour Ibédou promet qu'en tant que conseiller du gouvernement, du Conseil national de transition (CNT) et du Président de la République, ils vont dire que la bonne gouvernance dépend du respect des droits de l'homme et des principes.

Moyalbaye Nadjasna

Après des affrontements intercommunautaires autour d’un site d’orpaillage la semaine surpassée à Kouri-Bougoudi dans l’extrême Nord du pays qui ont fait de dizaines de morts. Le président du conseil militaire de la transition (PCMT), le général Mahamat Idriss Deby a ordonné l’évacuation du site et de mettre un camp militaire. La démolition et le déguerpissement des orpailleurs sont interprétés de différentes manières par les analystes. Reportage

Trop c’est trop. Le gouvernement refuse de tolérer les conflits intercommunautaires. Après les affrontements intercommunautaires autour du site d’orpaillage de Kouri-Bougoudi qui a fait de dizaines de morts, le PCMT en déplacement dans la localité a ordonné la fermeture du site et le déguerpissement à Wour, chef-lieu du département. Depuis le samedi dernier, plus de 500.000 orpailleurs de plusieurs nationalités à la recherche de métal précieux ont été déplacés à Wour par l’armée nationale. Ce déguerpissement est analysé par différentes manières par les intellectuels.

Pour l’ancien ministre de la Justice, garde de sceaux et enseignant chercheur, Pr Ahmat Mahamat Hassane, le grand BET fait partie des provinces du pays sur lesquelles le gouvernement central depuis les indépendances n’a jamais eu le contrôle total. Selon lui, ce sont les zones qui échappent au contrôle et à la légalité républicaine du pouvoir central. Il rappelle qu’en 1972, le président Ngarta Tombalbaye en visite au Tibesti avait constaté déjà cette carence de l’État et de l’administration dans l’extrême Nord du pays qui ballotte entre la Libye et le Tchad. Ahmat Mahamat Hassan affirme que cette absence de l’État avait poussé le président d’alors à créer la garde nationale nomade du Tchad (GNNT) en intégrant les ressortissants du Tibesti et du Batha. L’enseignant chercheur soutient que pour le cas de Kouri-Bougoudi, l’exploitation de l’or échappe de nos jours au contrôle de l’autorité centrale et créée de risques et de bagarres entre les orpailleurs et prend une allure de conflit intercommunautaire. Il précise que ce n’est pas un conflit intercommunautaire, mais plutôt un groupe des orpailleurs qui ont pris des armes et ont remplacé les autorités locales dans le seul but d’accaparer les terres.

L’ancien ministre de la Justice, garde de sceaux sous le défunt président estime que cette situation est grave et le PCMT est allé mettre en place une base militaire et a demandé aux chefferies traditionnelles d’apporter leur contribution pour pacifier la zone. Pour le Pr Ahmat, c’est une bonne décision, mais la décision centrale, c’est que l’État ne s’est pas imposé. Il suggère qu’il faut revigorer l’autorité de l’État sur place. « La base militaire ne suffit pas, ça risque de créer un défi de rapport de force. Il faut plutôt impliquer les populations elles-mêmes dans la reconnaissance du pouvoir central », dit-il. Le juriste ajoute que ça serait une grande première, si le PCMT arrive à pacifier le Tibesti et notamment la zone des orpailleurs avec d’étrangers venant de l’Ouest du Soudan et qui ont des armes pour défier l’autorité de l’État et des autorités traditionnelles. Le Pr Ahmat Mahamat Hassan souligne que c’est important et les Tchadiens attendent de voir les effets.

La découverte de l’or dans les montagnes du Tibesti en 2012 a déclenché une ruée vers l’or des pays voisins et des autres régions du Tchad provoquant ainsi de tensions et parfois des affrontements meurtriers.

Jules Doukoundjé

C’était une grande gueule des réseaux sociaux. Il s’est fait un nom en s’attaquant violement au régime du défunt président Idriss Deby Itno et a certaines personnalités. Il tirait sur tout ce qui bougeait au nom de l’activisme politique. Il a continué, à l’arrivée du Conseil Militaire de Transition (CMT), dénonçant un coup d’état avant de rallier la transition au nom du dialogue national inclusif. Et de tomber dans le silence. Je reçois l’ex-activiste politique Abel Maina pour faire le point sur les actualités, son retour au pays et les péripéties qui entourent ce retour, ses convictions, la transition…

Bonjour M. Abel Maïna

Bonjour Bello, bonjour à tous les téléspectateurs de Ialtchad. C’est un plaisir pour moi sur le plateau de Ialtchad, un média qui a bercé le début de notre jeunesse et le début du combat que nous menons. C’est grâce à Ialtchad que nous sommes peut-être devenus des activistes. Je me souviens quand j’ai commencé à lire Ialtchad, c’était au début de mes études à Cotonou, au Benin en 2001-2002. C’était le premier site d’information qui me permettait de lire, de savoir, de découvrir. Savoir aujourd’hui que Ialtchad a grandi moi qui a connu Ialtchad pendant toutes ces années, plus de 20 ans. Ialtchad est aujourd’hui le média le plus connu et surtout je suis en studio. Et c’est surtout un honneur pour moi, Bello (permettez-moi de vous tutoyer), de te rencontrer.

Ancien activiste ou toujours activiste ?

Je pense que….puff, cela me fait rire lorsque les gens disent ancien activiste. Parce que les choses pour lesquelles je me suis engagé n’ont pas du tout changé, elles demeurent encore là. Je ne suis un activiste religieux ni pour autre chose. Pour le moment, je suis un activiste des droits de l’homme, contre l’injustice. Et ça même si les gens n’aiment pas je reste activiste.

Est-ce que l’injustice le pays ?

On ne peut pas dire que l’injustice a quitté le pays. L’injustice ne demeure pas seulement dans le pays, mais il demeure dans le monde entier. L’injustice a toujours existé et existera toujours. On doit continuer à se battre contre cela. L’injustice au Tchad ce n’est pas quelque chose qu’on peut bannir, mais qu’on peut atténuer.

M. Maïna vous êtes au Tchad. On est au Tchad. On ne vous entend pas dénoncer les arrestations, on ne vous voit pas manifester. La manifestation et les dénonciations c’est bon quand on est à l’étranger et c’est mauvais quand on est au Tchad seulement?

On est rentré dans le cadre du dialogue national. On ne peut dialoguer en étant dans la rue. Le dialogue il s’asseoir et discuter, quand on est dans la rue avec des cailloux et des pancartes, ce n’est plus le dialogue. C’est le rejet et la dénonciation directe pour ne pas discuter. Nous nous sommes rentrés pour le dialogue national et pour réussir la transition. On ne peut pas être dehors manifester

Abel Maïna, le dialogue est une chose et la transition est une autre chose. Est-ce que vous êtes en train de nous dire, en période de transition, « ne manifester pas, ranger-vous, ne dites rien, attendez le dialogue » c’est cela ?

Non, ça dépend. Nous, nous sommes sortis pendant la tuerie de Sandana, la police nous a embarqués, nous avons étés gazés. Nous sommes sortis pour un cas bien précis, mais lorsqu’il s’agit de la politique, nous ne pouvons pas sortir manifester du. Moment où nous avons accepté dialogue avec le Conseil militaire de transition (CMT).

Lorsque vous dîtes cela « dialoguer avec le CMT », les gens ne sont pas dupes. Vous les 4, vous représentez qui ?

Écoutez, d’abord nous représentons nous-mêmes d’abord. Nous représentons les différentes voies…ce n’est pas une histoire de groupe, de parti politique, de rebelles le dialogue c’est la rencontre de tous les filles et fils du Tchad.

Abel Maïna, dans la lutte, dans l’activisme il y a ce qu’on appelle la cohérence dans les idées et dans l’action. On vous a vu dénoncé le coup d’État constitutionnel du fils qui succède au père. Aujourd’hui vous vous assoyez  ici pour dire « tout ça n’a pas existé ». On balaie ça du revers de la main, c’est cela ?
 
Non je n’ai absolument pas dit cela. Je pense qu’a un moment donné il y a un temps pour la guerre, il y a un temps pour la paix, un temps pour la discussion, un temps pour les injures, un temps pour tout. Le fils nous lui avons dit qu’il a un pouvoir qui n’est pas légitime, parce qu’il n’est pas élu, qu’il n'est pas sorti des élections. Par contre il faut tenir compte de la situation exceptionnelle du Tchad. Est-ce que le président de l’Assemblée nationale est lui-même légitime de prendre le pouvoir ?

C’est quoi la situation exceptionnelle du Tchad ?

La situation exceptionnelle du Tchad, c’est qu’on eut un chef de l’État qui est mort sur le terrain. Et ceux-là qui ont occasionné la mort du chef de l’État n’ont pas pu prendre le pouvoir. Même s’il avait pris le pouvoir ça serait un coup d’État, un renversement du régime.

La constitution le prévoit

La constitution dit que le mandat est de 5 ans, mais son mandat a duré 12 ans sans les élections. Donc lui-même n’est pas légitime.

Donc vous Abel Maine activiste vous préférez le coup d’État que de suivre les textes ?

De toutes les façons, il y a un problème. Haroun Kabadi n’était plus dans les textes parce que les textes ne lui donnaient que 5 ans.

Vous êtes là depuis quelques mois, qu’est ce qui a changé ?

Écoutez beaucoup de choses ont changé.

Donc le système d’avant n’existe plus ?

C’est difficile de dire que le système d’avant n’existe plus parce que le chef est mort au front. Le système a mis beaucoup de temps, on ne peut pas le balayer d’un coup. Il faut du temps, un processus. Ce qui a changé en premier, les opposants sont dans le gouvernement, les activistes indésirables comme nous sont au Tchad, les manifestations sont autorisées, pour la jeunesse les coûts d’Internet a beaucoup baissé, le changement est un processus aujourd’hui on a gagné que les manifestations soient autorisées…

Là les manifestations sont interdites

Les manifestations sont interdites parce qu’a un moment donné…parfois même aux États-Unis, en France les manifestations sont interdites quand cela rentre dans le cadre de la sécurité…

On n’est ni la France, ni les États-Unis

oui on n’est ni la France ni les États-Unis, dans ce cas on n’a pas besoin d’avoir la même démocratie que celle des États-Unis ou de la France.

On est au début de quelque chose, il faut laisser les gens exprimer leurs avis

Les gens expriment leurs avis, mais quand c’est une seule manifestation…les gens se sont attaqués aux biens des particuliers tchadiens, ces stations Total appartiennent aux Tchadiens, ils ne portent que le nom Total, c’est vrai qu’il y le symbole, mais ça appartient aux Tchadiens. II faut savoir qu’au Tchad, il n’y a pas de système d’assurance alors comment est-ce que le commerçant à qui on a détruit les biens, comment il va relancer ses activités. Les casses…

Quels nombres de casses il y a eu concrètement ?

Écoutez même s’il y a eu une seule casse

On a vu quelques pompes de stations chamboulées, pas plus

Même s’il y a une seule pompe chamboulée, ce n’est pas bien.

C’est la faute à qui ?

On ne dira pas que la faute est à X ou Y.

Est-ce que vous en train de dire que cette manifestation n’est pas bonne parce qu’il y a eu des casses malgré que ça s’est passé en dehors de l’itinéraire et des heures de la marche ?

Oui.

C’est une manifestation autorisée, est-ce que vous tenez compte de ça pour juger ?
Non je ne juge pas les manifestants ni les organisateurs des manifestations. Ce n’est pas à moi de le faire c’est à la justice de le faire. Déjà moi ça me pose un certain nombre de problèmes qu’on puisse arrêter des leaders et qu’on les jette en prison pendant plus de deux semaines.

Quel problème cela pose ?

Cela me pose personnellement le problème de respect des droits des individus. On peut les convoquer et les laisser libres. C’est véritablement un problème pour moi au Tchad, pour toute chose on arrête les gens, on les envoie en prison.

Abel Maina, je vous rappelle que c’est une marche autorisée, vous trouvez normal qu’on arrête les leaders de la société civile sans autre forme de procès ?

Je viens de dire que je ne trouve pas ces arrestations normales.

Parce que quand je vous entends c’est comme le discours d’un officiel

Je dis, je n’approuve pas leurs arrestations parce que ce ne sont pas des gens qui vont fuir. Je n’approuve pas qu’on les envoie à Moussoro non plus.

Vous êtes la bande de 4, il y a vous et 3 autres qui sont rentrés. Expliquez-vous aux Tchadiens, car vous êtes pris en charge, nourris, logés aux frais des contribuables tchadiens, est-ce que ce n’est pas gênant ?

Pourquoi cela me gênerait de venir et de trouver le minimum que j’ai déjà. On ne m’a pas pris en France dans la rue, sans maison sans électricité. Lorsque je viens au Tchad invité par le chef de l’État, il faut qu’on me mette dans cette condition.

Combien vous avez reçu pour rentrer au pays ?

Je défi qui que ça soit nous n’avons rien reçu. Je le dis aux Tchadiens, nous n’avons rien reçu.

Vous n’avez rien négocié, même pas un poste ?

Aucun poste, aucune négociation.

Un de vous a été nommé. Êtes-vous en attente d’un poste ?

Nous sommes d’abord venus dans le cadre du dialogue national…

Pourquoi n’avoir pas attendu alors ? Pourquoi n’avoir pas dit nous rentrons sans aucun marchandage ?

C’est normal…nous sommes les invités du chef de l’État

Avez-vous fini avec vos démêlés avec la communauté Béri ?

Je n’ai pas de problème avec la communauté Béri. J’ai des problèmes avec quelques individus qui prétendent être de la communauté Béri.

Vous reconnaissez avoir commis des torts sur une communauté ?

Je ne dis pas que reconnaît avoir commis un tort, mais pour moi cette parenthèse, elle est fermée.

Il n’y a pas un dossier à la justice ?

Quel dossier à la justice ? Vous avez vu un dossier à la justice ? Je n’ai pas reçu de convocation, j’ai reçu deux individus à la maison, ils sont venus faire leur show avec leurs téléphones. Jusqu’aux preuves du contraire, si un procureur ou un juge m’appelle je viendrai.

La France s’ingère-t-elle dans les affaires tchadiennes ?

La France ne soutient que ses intérêts. Si les Tchadiens décident de faire partir le Conseil militaire de transition, la France ne peut pas s’opposer à ça. Le débat sur l’ingérence de la France est un faux problème.

Les préparatifs du Dialogue national, vos impressions ?

Le dialogue national a commencé dès la mort du Maréchal. Et c’est un processus, chaque jour il y a des tractations. Le dialogue est donc en bonne voie.

Le pré-dialogue de Doha avec les politico-militaires, qu’est-ce que vous en pensez ?

Si les gens sont réunis depuis 2 mois à Doha cela veut dire que c’est en bonne voie.

Quel rôle a joué Ibedou dans votre retour ?

Un rôle important

Étiez-vous ses relais ?

Des partenaires, on ne peut pas être ses relais. Nous on a existé dans la lutte associative avant que Ibedou ne se lance en 2011.

Réalisation Bello Bakary Mana

Les militants de Wakit Tamma se sont donné rendez-vous ce lundi au palais de justice pour contester contre le procès des leaders de la coordination des actions citoyennes Wakit Tamma à Moussoro. Tôt ce matin, les forces de l’ordre ont envahi les abords du palais. Les militants ont annulé la manifestation de contestation. Reportage.

Moussoro, ville à quelques kilomètres de la capitale tchadienne, N’Djamena le verdict des 6  leaders tombe. Ils sont condamnés à 12 mois avec sursis et 10 millions à payer solidairement à l'État tchadien pour préjudice subi. Entre temps, dans la capitale les forces de l’ordre bien armées font la patrouille en plein jour aux alentours du palais de justice ou les militants de Wakit Tamma ont prévu se réunir pour protester contre le procès de leurs leaders. Des équipes des forces de l’ordre sont postées devant, des côtés et derrière le palais. Les convois des différentes unités se succèdent et font le tour du palais. Le public du palais de justice se pose des questions, ils n’ont pas des réponses. Les militaires postés devant le palais de justice procèdent à des fouilles systématiques de tous les usagers avant d’entrer au palais.

Peu de temps après, les militants de Wakit Tamma ont décidé de se disperser. Après le retrait des militants de Wakit Tamma du palais de justice, le porte-parole de la coordination des actions citoyennes Wakit Tamma Adoum Soumaine a fait un point de presse à la bourse du travail pour informer sur le déroulement du procès de leurs leaders depuis Moussoro. Il qualifie le procès d’un procès à charge donc essentiellement politique et demande au parquet de revoir les choses. Pour lui, il n’accepte pas cette condamnation sans preuve sur les leaders avant de parler des réquisitions du parquet. « Les réquisitions du parquet sont extrêmement sévères. La réquisition dit 2 ans d’emprisonnement ferme, 2 milliards de dommages et intérêts qui doivent être payés solidairement et 100.000F d’amande. Il faut des années de travail pour payer les 2 milliards de dommages avec l’ensemble du salaire des six prévenus. Pour qu’on arrive à un tel réquisitoire, il faut qu’il y ait des preuves sur la table. Le procureur ne dispose d’aucune preuve », explique-t-il. Il ajoute que Wakit Tamma va engager des actions et tient le gouvernement et la France responsables de tout ce qui arrive. Adoum Soumaine précise que c’est un procès de la France contre les leaders et considère les 2 milliards comme étant une rançon à payer à la France parce que Wakit Tamma a toujours réclamé que le gouvernement fasse preuve de compréhension et de solidarité avec la population qui réclame une autre coopération avec la France. « La seule chose que le Conseil Militaire de Transition (CMT) a pu faire c’est arrêter les leaders qui contestent sinon il a échoué dans tous. Dans tous les cas, la France va être contestée que le CMT et son gouvernement soient d’accord ou non, c’est un sujet qui est lancé et qui n’arrêtera pas. Arrêter les leaders de Wakit Tamma n’empêchera pas la population de sortir pour revendiquer le départ de la France de ce pays », a-t-il conclut.

Kouladoum Mireille Modestine

La Revue de Performance du Portefeuille Pays (RPPP) a eu lieu ce matin 6 juin à l’hôtel Radisson Blue de N’Djamena organisé par la Banque Africaine de Développement (BAD) en collaboration avec le gouvernement tchadien.  Les experts de la BAD avec les techniciens du ministère de l’Économie, de la planification du développement et de la coopération internationale ont évalué ensemble les difficultés de la mise en œuvre de la stratégie  2015-2020 prorogée en 2022 et formuler des solutions et recommandations pour le Plan d’amélioration du portefeuille pays (PAPP). Reportage.

La coopération entre la BAD et les pays membres régionaux est régie par un document stratégique pays, dont celui du Tchad couvre la période 2015-2020 prorogée en 2022 en raison de la pandémie à coronavirus. L’opération de cette stratégie se matérialise par des opérations ou projets qui visent à l’attente des objectifs fixés. Elle arrive à terme cette année.

Pour la performance globale du portefeuille, la BAD soutient qu’il y a trois thèmes transversaux à savoir : le genre, la fragilité et l’environnement, changements climatiques et croissances vertes. Par rapport à l’évaluation du respect des conditions de la performance de la gestion des projets, les conditions ont été satisfaisantes. Du respect des clauses du projet, en passant par le respect des clauses de sauvegarde environnementale et sociale et enfin le respect des clauses relatives à l’audit, les scores sont largement appréciés. Sur le score de quatre (4) la plus basse performance est à 2,66. Contrairement à l’évaluation du respect des conditions, l’évaluation des systèmes et procédure des projets sont quasiment insatisfaites. Sur quatre (4) types de performance, trois (3) ont été non appréciées, il s’agit de la performance dans les acquisitions des projets, la performance dans le suivi-évaluation et enfin la performance de l’exécution et du financement de projets et état d’exécution, sauf la performance dans la gestion financière qui a été satisfaisante et notée ¾.

Plusieurs contraintes ont été remarquées dans la mise en œuvre de la stratégie  2015-2020-2022. Du côté de la BAD, il ressort le manque de chargés de projet basé au Tchad, les longs délais de traitement des dossiers et de soumission d’avis au pays, le non-respect du nombre requis de supervisions à effectuer par projet, etc. Les problèmes en rapport avec le gouvernement tchadien sont aussi multiples, parmi lesquels, le démarrage tardif des projets, la lenteur dans le processus de passation des marchés, les faibles maîtrises des règles et procédures de la Banque, le retard dans le paiement de la contrepartie….

Les experts de la BAD avec les techniciens du ministère de l’économie ont fait des recommandations sur les problèmes du portefeuille qui nécessitent des mesures supplémentaires. Du côté du gouvernement, il a été recommandé de remplir les conditions de premiers décaissements dans un délai maximal de 6 mois après l’approbation des projets ; de justifier les reliquats des comptes spéciaux des projets achevés ; d’améliorer la soumission des rapports d’audit et les délais de recrutement des auditeurs… Pour ce qui concerne la BAD, il l’a été recommandé de rationaliser les conditions de don et œuvrer continuellement avec les autorités à remplir les conditions avant l’approbation du Conseil, d’accélérer le traitement des dossiers et la soumission des avis, de continuer le dialogue avec la BDEAC pour trouver une issue au retard de mobilisation de sa quote-part pour les projets cofinancés, etc.

Selon le Directeur général adjoint de la BAD de l’Afrique Centrale, M. Souleymane Goné, la stratégie  2015-2020-2022 arrive à échéance cette année. Il souligne que la BAD et le gouvernement tchadien procéderont dans les prochains mois à l’élaboration d’une nouvelle stratégie pour la période 2023-2027, axée sur le Plan National de Développement (PND). Il a ajouté également que son institution a préparé un rapport de diagnostic pour justifier les axes prioritaires de développement du pays. Pour lui, la présente revue de performance du portefeuille pays (RPPP) rentre aussi dans le cadre de la prochaine stratégie.

Il faut rappeler que, la Banque Africaine de Développement (BAD) est une institution financière multinationale de développement fondée en 1964 qui compte aujourd’hui quatre-vingt-un (81) États membres, dont cinquante-quatre (54) régionaux et vingt-sept (27) non régionaux. Elle est établie dans le but de contribuer au progrès social des États africains. La BAD a pour mission de combattre la pauvreté et d’améliorer les conditions de vie sur le continent, via la promotion des investissements à capitaux publics et privés dans des projets et des programmes aptes à contribuer au développement économique et social de la région.

Abderamane Moussa Amadaye

Le Brevet d’enseignement fondamental est lancé ce matin lundi 6 juin 2022 sur l’ensemble du territoire. 104.205 candidats vont composer pendant neuf jours les épreuves écrites, orales et physiques. Ialtchad a fait un tour dans quelques centres. Reportage

Au centre Félix Eboué dès l’entrée de la porte une ceinture de dispositif policière est mise en place. Tout est calme. Élèves, surveillants sont concentrés. Chacun fait son boulot. Par contre au centre du lycée de la concorde les élèves sont distraits dans la salle de composition, mais déterminés.

Quelques élèves interrogés donnent leurs avis. Pour Brahim Mahamat 0usmane tout est à leur portée, « les deux sujets sont abordables. Je pensais que ça allait être difficile, mais Dieu merci ». Quant à Moutonna Norina, il trouve que le premier jour s’est bien passé par la grâce de Dieu je vais l’avoir. Abdoulaye Mahamat renchérit  « alhamdoulilah pour le premier, nous avons fait et nous attendons le résultat ». Tous sont d’accord pour dire que le sujet n’est pas difficile c’est ce qu’il ont fait en classe. « Les ainés nous disaient que c’est compliqué, mais c’est abordable ».

Un premier surveillant trouve que les épreuves sont abordables pour les élèves, ils affirment n’avoir pas connu des difficultés, tout se passe bien. Ils ont commencé par la rédaction et pour continuer avec la mathématique, les candidats sont très disciplinés. Ils sont concentrés dans leur travail.

Pour un deuxième surveillant, l’examen se déroule dans les bonnes conditions depuis le matin. « Nous n’avons rien constaté, mais nous avons eu une candidate qui a fait un malaise, mais elle s’est retrouvée pour repartir dans la salle de composition ». Pour le président du centre du lycée de la concorde Alladoum Guebabere l’examen se déroule dans des bonnes conditions. Le lancement a eu lieu ce matin par les autorités compétentes, « pour l’heure nous sommes à la deuxième épreuve et nous allons finir par le civisme le soir ». Selon le président du centre, les surveillants ont assumé normalement leur travail, mais il y a trop des absents « nous n’avons pas le motif de leur absence ».

Le président du centre Felix Eboué avait au début des inquiétudes, mais après l’ouverture tout s’est passé à merveille, il y a l’engouement et motivation de l’équipe qu’il dirige, a-t-il affirmé. « Je pense que le BEF dans notre centre se passe normalement sauf qu’au début nous avons eu quelques soucis, certains élèves n’ont pas leur nom sur la liste des candidats et d’autres n’ont pas des cartes. Certaines listes sont venues avec un grand retard, mais nous avons pu résoudre ce problème en les mettant dans une salle en attendant la liste avec nos chefs hiérarchiques ».

Rappelons qu’après 10 ans des études secondaires le Brevet d’enseignant fondamental est le premier diplôme dans la vie d’un élève.

Ousmane Bello Daoudou

Une décision de justice c'est lorsqu'il y a un conflit qu'il soit correctionnel, social, civil ou commercial entre deux parties pour lesquelles le juge a prononcé son verdict. Elle n'est exécutoire définitivement que si les voies de recours judiciaires sont épuisées. Sauf pour les mesures conservatoires ou les jugements avant dire droit. Au Tchad, assez d'obstacle sapent l'exécution de la décision judiciaire. Me Hisseine Ngaro, huissier commissaire-priseur explique le mécanisme. Reportage.

Le juge du Tribunal de Grande Instance (TGI) prend ses décisions, mais si l'une des parties n'est pas d'accord, elle va faire appel, dit Me Hisseine Ngaro, huissier et commissaire-priseur. En appel, dit-il, si les parties sont toujours insatisfaites, elles peuvent se pourvoir en cassation. C'est alors toute une procédure lorsqu'on parle de décision judiciaire ou décision de la justice, assure l’huissier. Il précise que c'est une décision qui revêt l'autorité de la chose jugée, ou exécutoire.

Selon Me Ngaro, aujourd'hui les décisions de justice n'arrivent pas à être exécutées à cause de la déliquescence judiciaire que nous vivons. Pourtant, soutient-il, la loi est claire sur la question d'exécution de la décision de justice. « Vous allez trouver un huissier-commissaire de justice qui rencontre toutes les difficultés pour l'exécuter. Or cette décision a acquis l'autorité de la chose jugée. L'huissier de justice ne peut pas exécuter la décision qui n'a pas acquis l'autorité de la chose jugée. Sauf pour les mesures conservatoires ou les jugements avant dire le droit, l'huissier est tenu de rester dans le cadre de ce dispositif », dit-il.

Pour illustrer son propos, Me Ngaro, affirme que le juge peut par une décision conservatoire suspendre des travaux de construction. L'huissier qui va vers le propriétaire de ce terrain litigieux lui signifie cette mesure conservatoire de suspension des travaux. « Mais s'il refuse d'obtempérer, on établit un procès-verbal de constat notifiant la poursuite de la construction. Ensuite, on dresse un procès-verbal de revenant pour déposer auprès du Procureur de la République. Et la plupart des cas, ces gens ne sont pas poursuivis. Si d'aventure le juge rend une décision pour ordonner la destruction, il revient toujours à l'huissier de l'exécuter ». Dans un tel cas d'espèce, dit-il, le Procureur de la République demande la poursuite de la personne incriminée pour rébellion à la loi. D'après Me Ngaro, maintenant de manière globale, tout le monde fait obstacle à la décision de justice. « Par exemple le juge rend une décision et lorsqu'un huissier va pour son exécution il l'appelle pour surseoir. Ce sont des cas que nous avons vécus. Mais moi je continue l'exécution parce que demain, c'est la crédibilité de l'huissier qui est mise en cause », soutient l'huissier. À son avis, le plus souvent, les juges et les procureurs reçoivent des appels du politique.

« Quand nous étions arrivés à la justice dans les années 88-89, la justice était respectée et non celle d'aujourd'hui. Je faisais partie de ceux qui ont composé la justice et nous avions condamné Chedeille Soukoudou qui était la sœur du défunt président tchadien Hissène Habré. Il nous l'a livrée lui-même pour qu’elle soit jugée. il n’y a pas cela depuis 32 ans », rappelle Me Ngaro. La justice doit se démarquer du politique. C'est dommage, on apprend que certains magistrats détiennent les cartes des partis politiques, dit cet huissier qui a 35 ans dans le métier. Pour lui, la magistrature c'est un pouvoir, si les magistrats continuent à plaire à l'exécutif, ils n'auront jamais la main libre pour prendre des décisions. Le magistrat doit être un homme indépendant qui rend la décision au nom du peuple tchadien, insiste-t-il.

Le judiciaire doit arriver à dire stop et dire qu'il n'a pas des ordres à recevoir de l'exécutif ou du législatif. « Nous sommes tous des esclaves de la loi et non au-dessus de la loi tant que cela n'est pas résolu, on va nous traîner toujours par le nez. Ce n'est pas une question d'huissier seulement au cours de l'exécution des décisions de justice, on a des camarades qui ont été tués et blessés », affirme Me Ngo Hisseine. Aux jeunes huissiers, il leur conseille le respect de la déontologie et l'éthique de la profession. D'après lui, le gain facile est nuisible, il faut faire le travail avec plus de professionnalisme. Il déplore surtout la division au sein de leur corps. C’est un obstacle pour l'avenir de ce métier qui dépend surtout des anciens huissiers, affirme Me Ngaro.

Moyalbaye Nadjasna

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