vendredi 23 octobre 2026

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La coopérative de tissage manuel féminin (COTIMAF) de Farcha, dans le 1er  arrondissement de la ville de N’Djamena ne peut plus supporter le poids des charges pour continuer un métier ancestral en voie de disparition. Pour permettre à cette coopérative de fonctionner, la secrétaire générale, Mme Solange Ida lance un appel aux bonnes volontés pour les appuyer. Reportage.

Située dans la zone industrielle de Farcha, dans le 1er arrondissement de la ville de la capitale tchadienne, N’Djamena, la coopérative de tissage manuel féminin (COTIMAF) est créée en 1990 et à démarré ses activités un an plus tard, en 1991. Le centre forme les jeunes femmes en tissage, surtout les nappes de tables, les tissus, les couvre -lits, la broderie, la teinture et la confection des habits.  Depuis sa création, cette coopérative a fait la fierté du pays. Les femmes vendent surplace et au marché artisanal leur propre production de pagnes, de linges de maison et de sacs à main. Pour la secrétaire générale Mme Solange Ida, au début la COTIMAF achetait les files au Cameroun, après le Cameroun a de problème de machines à retord et la coopérative est contrainte de commander les files au Burkina Faso. Pour faire venir les files du Burkina Faso, c’était trop cher. La société de textile leur promis alors des files de coton pour le tissage. « Comme c’est un centre féminin, beaucoup de gens pensent que le centre est pour les femmes seulement, mais les hommes aussi peuvent venir suivre une formation », dit-elle.

Toujours selon madame Solange Ida, même si au départ, l’idée était de former les veuves et les filles mères défavorisées, les hommes peuvent suivre la formation. La porte est ouverte à toutes les couches sociales.  Abondant dans le même sens, la trésorière de la COTIMAF, Mme Matchiré Brigitte, ancienne élève du centre, soutient qu’un pays ne peut pas se développer en négligeant son secteur artisanal. Selon elle, les autorités devraient mobiliser davantage de moyens financiers pour appuyer les centres de formations artisanales, sans cela, elles sont vouées à mettre la clé à la porte. Elle exhorte aussi les femmes tchadiennes à s’habiller en pagnes tissés qui sont de meilleures qualités. « En se vêtant en matière de chez nous, nous valorisons notre culture et nous montrons notre savoir-faire aux autres », précise-t-elle.

Au sujet de difficultés rencontrées, la secrétaire générale souligne qu’au début, la coopérative recevait l’aide du Bureau international du travail (BIT) et du PNUD, le centre s’en sortait bien, mais depuis leur départ, la coopérative peine à fonctionner normalement par manque de moyens financiers. À son avis, la première difficulté est liée à la disponibilité de files pour le tissage. Et puis, le bâtiment était tombé en ruine, mais qu’avec l’appui du fonds national d’appui à la formation professionnel (FONAP), qui recrute des stagiaires avec un financement le centre survit. « Avant l’appui du FONAP, nous cotissons 25 000 milles FCFA par personne, cette cotisation nous permis de payer les files de coton pour nous débrouiller en attendant un financement », ajoute Mme Solange Ida. Concernant la formation, elle affirme que plusieurs femmes étaient formées dans les provinces du pays. Elles ont créé à leur tour des entreprises de tissages. Depuis 1990, le centre a formé plus de 100 femmes dans tout le Tchad. Il faut rappeler que la COTIMAF est le seul centre de formation en tissage dans le pays, si rien n’est fait, le centre disparaitra avec un savoir-faire ancestral.

Jules Doukoundjé

Le paludisme continue à faire rage au Tchad. À Koundoul, sous-préfecture du Département de Loug Chari, à environ 25 km de N’Djamena, la capitale tchadienne, le taux du paludisme est inquiétant. Les plus touchés sont les femmes enceintes et les enfants de 0 à 5 ans. Nos reporters ont visité 2 centres de santé sur 3. Reportage.

La ville de Koundoul compte 3 centres de santé, il s’agit de centres de santé la Paix derrière la sous-préfecture, le centre de santé Alefa sur l’Axe lourd et le centre de santé Luthérien. Au centre de santé, la paix, le responsable a refusé de s’entretenir avec nous et nous a recommandés au chef de zone qui est à Mandala, à 50 km de N’Djamena. M. Hassan Djima Ali est chef de zone, il réside à Mandalia. 21 centres de santés y compris ceux de Koundoul sont sous sa responsabilité. Selon lui, en global, ce sont les enfants de 3 à 59 mois et les femmes enceintes qui sont les plus touchés par le paludisme. Le chef de zone estime qu’avec la campagne de Chimioprévention saisonnière (CPS), instruite par l’ONG Malaria Consortium, le taux du paludisme diminue considérablement chez les enfants. « Si un enfant prend normalement les comprimés, au bout de 4 mois, il ne va plus souffrir du paludisme », précise-t-il. Seulement, M. Hassan Djima Ali déplore le fait que les populations de sa zone ne fréquentent pas assez les centres de santé. Il pense qu’il faut une campagne de sensibilisation soit entreprise dans ces zones pour éveiller les consciences sur l’importance de se faire soigner dans les structures sanitaires. Le responsable de la zone du département de Loug-Chari affirme qu’il manque des intrants pour le test de dépistage rapide (TDR) du paludisme. « Le retard dans le ravitaillement en traîne des ruptures à tout moment. Il faut que le ministère de tutelle pense à approvisionner les centres de santé en ce moment de pic du paludisme », dit-il.

Axe lourd de Koundoul, derrière le marché à 200 m se trouve le centre de santé Alefa. Il est créé en 1994 et fonctionne avec 16 agents, dont 8 permanents et 8 agents d’appui, dit M. Abakar Souleymane, responsable du centre de santé (RCS). Il indique que leur cible générale se chiffre à 8182 personnes et la cible de 0 à 11 mois à 364. La plupart des personnes infectées par le paludisme sont des femmes enceintes et des enfants, note-t-il. Le responsable du centre assure que les TDR sont gratuits pour les femmes enceintes et les enfants. « Nous prenons en charge des cas simples du paludisme, en cas de complication, nous referons les malades soit à l’hôpital Notre-Dame des Apôtres(NDA) soit à l’hôpital de la Mère et de l’Enfant. Nous enregistrons jusqu’à 20 cas de paludisme par jour, vous voyez que c’est grave », dit Abakar Souleymane.

Le Centre manque de frigos pour la conservation des vaccins. M. Abakar Souleymane signale aussi la question de déplacement, les moyens roulants et surtout l’ambulance pour les évacuations d’urgence. « Nous déposons nos vaccins à Mandelia alors que nous sommes plus près de N’Djamena. C’est trop de va-et-vient. Nous cherchons les produits mis au frais à Mandelia pour le vaccin et après l’opération, il faut les ramener au frais toujours là-bas. Il faut que le ministère de tutelle nous règle cette situation ».

Le responsable du centre de santé Alefa estime qu’on ne peut pas parler des facteurs qui aggravent les décès maternels sans évoquer l’incidence du paludisme. Pour lui, la grossesse rend les femmes enceintes plus vulnérables au paludisme.

Moyalbaye Nadjasna

Créée depuis en 2006 la Case zoologique de Koundoul est un patrimoine faunique et culturel. Il y a quelques années, cette case représentait un mini site touristique. L’affluence des visiteurs est en baisse par rapport aux années passées. Reportage.

Koundoul, Sous-préfecture de la province du Chari-Baguirmi, département de Loug-Chari, est située au sud de N’Djamena, capitale tchadienne à environ 25 km. Dans cette ville vit une population cosmopolite. À sa sortie se trouve une case zoologique dénommée « CAZOC », créée depuis 2006. Elle contenait beaucoup d’animaux sauvages de toute espèce, mais aujourd’hui on y trouve que 2 d’hyènes (espèce du Cameroun et du Tchad), des crocodiles, le serpent boa et les singes. Nodjissem Francklin est le guide à la CAZOC, fils du fondateur M. Djibangar Joseph. Selon lui, dans le passé, il y avait beaucoup d’animaux sauvages de toute espèce : des lions, des hippopotames, des gazelles, des antilopes, des autruches etc. « Tous les bâtiments sont pratiquement délabrés. Nous envisageons un aménagement d’ici la fin de la saison des pluies. Beaucoup de visiteurs nationaux et internationaux venaient comme les élèves, les étudiants », dit-il.

M. Franklin, nous montre quelques vestiges historiques et culturels tels que, l’art Sao, ancêtre mythique des Tchadiens. Ce sont des objets d’art comme, la poterie, la spoliation, l’art rupestre, les sculptures. Il y a également les photos des anciens Présidents du pays Nagra Tombalbaye, Félix Malloum, Gourounsi Weddey, Lol Mahamat Choua, Hissène Habré et Idriss Deby Itno. Il soutient que ces images sont importantes pour les visiteurs étrangers qui veulent connaître l’histoire du Tchad. Les élèves surtout ceux qui sont nés après les évènements de 1979, de s’approprier l’histoire de leur pays, explique le guide. Une case est dédiée à Nelson Mandela, une grande figure africaine. On peut y voir sa photo de mariage, ses luttes, sa mort, ses obsèques et sa tombe. « À cause de covid-19, on ne reçoit pas de visiteurs comme avant. Tout tourne au ralenti, mais on garde espoir que d’ici là, les choses vont repartir lorsqu’on va tout aménager après la pluie », rassure-t-il.

Un voisin de la Cazoc témoigne, « je vis ici depuis 3 ans. C’est tout un patrimoine à sauvegarder. Il faut que le gouvernement attache du prix à de telles initiatives. Ce site peut être bien construit si les bonnes volontés appuient le fondateur. Grâce à la Cazoc, mes enfants ont pu voir les hyènes, les caïmans, les crocodiles et le serpent boa».

Depuis 2006 la Cazoc ne sert pas seulement de case zoologique, mais aussi de cadre de distraction et de récréation pour les enfants et leurs parents.

Moyalbaye Nadjasna

Le ministre de l’Éducation nationale a lancé ce 14 septembre 2021, la rentrée administrative pour les établissements publics. La rentrée effective est prévue pour le 1er octobre prochain. Certaines écoles privées de la capitale tchadienne, N’Djamena, ont déjà commencé les cours depuis le 13 septembre dernier. Reportage.    

La rentrée administrative est belle et bien effective dans les écoles publiques. Au Lycée technique commercial (LTC), l’administration s’active à la conception des emplois du temps. Pour préparer la rentrée scolaire 2021-2022, le proviseur Abdelsalam Idriss Mahamat a réuni les chefs de départements, les surveillants et les enseignants afin de définir le cahier de charge. Les cours sont prévus pour le 1er octobre prochain. Pour le proviseur, tout est fin prêt pour entamer l’année tout en respectant le calendrier scolaire. « Nous sommes en train de confectionner l’emploi du temps. Ensuite, nous allons envoyer le document dénommé « conseil d’orientation des classes » à l’Inspection départementale et à la Délégation régionale. Enfin, nous allons finaliser le budget de fonctionnement et le planning des activités pédagogiques avant de commencer avec les inscriptions et les réinscriptions», explique-t-il.

Si dans les établissements publics, l’administration est encore à la traine, les écoles privées ont déjà ouvert leurs portes aux élèves. Au Lycée et Collège du Sacré-Cœur, la reprise des cours est effective de la sixième en terminale depuis le 13 septembre dernier. La cour est bondée d’élèves heureux de retrouver leurs camarades de classe.

Au complexe éducatif Ibnou Cina, dans le 5e arrondissement de la ville les classes de terminale ont commencé le 13 septembre. Au bureau du censeur, les parents se bousculent pour inscrire leurs enfants. « Dans notre établissement, les classes de terminales commencent toujours les cours deux semaines avant les autres classes. Les classes intermédiaires commencent le 1er octobre conformément au calendrier du ministère de l’Éducation nationale », souligne le censeur, Brahim Goudja.

Au Tchad, le ministère de l’Éducation nationale peine chaque année à harmoniser la rentrée scolaire. Les établissements privés prennent toujours une longueur d’avance sur les établissements publics.

Kouladoum Mireille Modestine

Les centres de transfert des déchets ménagers sont construits en 2011 à N’Djamena, capitale tchadienne. 4 sur 10 arrondissements sont bénéficiaires. Ce sont au total 6 centres qui sont repartis dans les quartiers, Abena, N’Djari, Gozator, Ridina, Chagoua et Diguel. Un incivisme notoire des habitants est observé autour de ces centres. Deux centres sur six ont été visités par nos reporters. Reportage.

Le centre de transfert des déchets ménagers d’Abena dans le 7e arrondissement de la ville de N’Djamena est situé juste à côté du marché de ce quartier. Les ordures ménagères déposées çà et là jonchent le sol et rendent difficile l’accès au dépotoir. Cet état des lieux insalubres ne permet pas à la population de déposer les ordures dans les bacs à ordures. Et pour cause : les usagers opposent un refus de marcher sur les débris jusqu’au dépotoir. Sur le sentier, visiblement, les bacs à ordures ne sont pas encore remplis.

Noudjibatem Gilbert est gestionnaire du centre de transfert de déchets du quartier d’Abena, 7e arrondissement. Il est employé par la Mairie et y travaille depuis plus de 10 ans. Il réfute l’allégation des usagers du centre. Selon lui, il se pose un problème de mentalité voire d’incivisme de la population.  « Voilà la raison principale qui les pousse à jeter les ordures à l’entrée du centre », dit-il. Pour lui, à chaque fois que les bacs se remplissent, il appelle la mairie qui tarde toujours à les vider. « Il ne se passe pas un jour sans que je ne me dispute avec ceux qui déposent les ordures, en dehors des bacs à ordures. Ces ordures abandonnées s’entassent devant ce centre et causent des torts à tous. Ma famille tombe tout le temps malade à cause des saletés qui nous entourent. Mais les gens ne veulent pas m’écouter quand je leur demande de monter sur les dalles pour déposer les ordures », affirme le gardien dépité et impuissant.

Si au centre de transfert des ordures ménagères d’Abena, les usagers déposent les ordures où bon leur semble. Au centre de N’Djari, c’est le contraire. L’entrée principale jouxtant le domicile du gestionnaire est bien propre. Le gestionnaire Doumoule Abatcha s’est imposé en mettant ses enfants à contribution. Ils s’érigent eux aussi en gardes pour empêcher toute personne qui viendra déposer les ordures à l’entrée principale. En plus, ils interdisent aux ménages de déposer les ordures quand les bacs sont remplis. « Si la mairie tarde à venir dégager les ordures, on interdit strictement le dépôt des ordures ménagères », dit Doumoule Abatcha.

La gestion des ordures ménagères devrait constituer une préoccupation majeure pour les autorités communales. L’implication des citoyens s’avère aussi nécessaire pour vivre dans un environnement propre.

Kouladoum Mireille Modestine

Suite à la décision de la Convention tchadienne de Défense des droits de l’homme (CTDDH), membre de la coordination citoyenne Wakit Tama de participer au Dialogue National Inclusif (DNI) et de s’impliquer dans tout le processus de transition. Le coordonnateur de Wakit Tama Me Max Loalngar réagit en disant que la structure qu’il coordonne est démocratique et prend bonne note du départ de leur camarade, et que la lutte continue. Reportage.

Tout passe et la vie continue. C’est par cette phrase que Me Max Loalngar, coordonnateur de l’action citoyenne Wakit Tama, a réagi au sujet de la décision de Mahamat Nour Ibédou de participer au processus de transition. Il répondait à la rédaction en estimant que la plateforme qu’il coordonne est une institution démocratique et prend bonne note de la décision de M. Ibédou. Elle respecte et souhaite bon vent à leur camarade Mahamat Nour Ibedou. Parlant de nombre de place dont faisait allusion Ibedou, il précise qu’ils ne discutent pas de place, mais c’est une question de principe qui puisse améliorer le niveau de démocratie au Tchad. « Nous avions fait parvenir au CMT un mémorandum dans lequel nous disions qu’il y a de préalables et nous avions par la suite exigé la révision de la charte du Conseil Militaire de Transition (CMT). Cette demande, ce n’est pas seulement Wakit Tama qui la soutient, mais l’UA avait aussi exigé cela », explique-t-il. À son avis, les exigences de sa coordination n’ont pas été prises en compte. Selon lui, ce n’est pas la structure qu’il coordonne qui est radicale, mais plutôt les membres du CMT qui sont les radicaux. 

Au sujet de la décision de Mahamat Nour Ibedou qui pourrait affaiblir la coordination, il dit que Wakit Tama est bâtie sur du roc et qu’ils ont dès le départ expliqué que la coordination est le résultat de multiples structures de lutte qui ont lieu dans ce pays et qui ont parfois échoué. « Nous avons eu le temps d’examiner les failles et les faiblesses des structures passées comme « Trop c’est trop, ça suffit » et nous sommes arrivés à mettre en place une structuration bâtie sur du roc », affirme le coordonnateur. Pour lui, il y a certains qui sont partis, mais la structure reste toujours solide.

Concernant la marche pacifique qui a eu lieu le 11 septembre dernier le responsable de la coordination des actions citoyenne avoue que c’est un succès et qu’en dépit de toutes les entraves pour la libre expression des libertés fondamentales, les Tchadiens, désormais conscients de leurs responsabilités citoyennes, prennent progressivement leur destin en main. Outre le succès qu’il clame, Me Max Loalngar signale les incidents qui ont entaché la marche. Il révèle que des individus en voitures aux vitres fumées ont tenté d’infiltrer la marche, mais que grâce au service d’ordre de son organisation, ils ont été appréhendés et expulsés. Il annonce que la prochaine marche pacifique aura lieu le samedi 25 septembre prochain. Le départ sera du rond-point doubles voies au stade Idriss Mahamat Ouya.

Jules Doukoundjé

Le vice-président du Conseil Militaire de Transition (CMT) et président du comité ad hoc chargé de la sélection des candidatures pour le futur Conseil National de transition (CNT), M.Djimadoum Tiraina Robert, a signé une note le 3 septembre passé. Dans sa note aux parlementaires, il explique le contexte du pays et le processus de sélection des candidats du futur CNT. Le Comité Adhoc a fixé la date de clôture des dossiers au 10 septembre. Pourquoi cette note a déclenché une véritable course à l’échalote? Pourquoi les dés semblent être pipés? Et enfin, pourquoi en cette période charnière, Mahamat Nour Ibédou, le défenseur des droits humains a changé de stratégie? A-t-il fait le bon choix?

D’abord, beaucoup de Tchadiens, certains partis politiques et plusieurs organisations de la société n’ont cessé de dénoncer la précipitation et l’obstination du CMT à vouloir mettre en marche le CNT avant le Dialogue. Il est évident que ce choix fera de cet organe une chambre d’enregistrement sans véritable légitimité. Le CMT pouvait bien gouverner par ordonnance et laisser la main aux assises du Dialogue National Inclusif (DNI) de désigner les membres de cette instance. Cela aura l’avantage du consensus et donnera un parfum de légitimité. Hélas le CMT a opté pour un modèle aux forceps. Que cache-t-il? Aussi, la note du président du comité ad hoc a déclenché une bousculade au siège du comité ad hoc. La cohue donnait l’impression d’un grand tirage de tombola où chaque joueur espère gagner le gros lot. Pour être sure de tirer le bon numéro, plusieurs candidats se sont rués vers les sondages des insondables marabouts et sorciers en se léchant les babines tant les avantages pécuniaires de faire partie du CNT sont mirobolants.

Ensuite, le sésame recherché par les candidats sera difficile à avaler tant la junte et ses amis cachent leurs jeux. Selon plusieurs sources, cette ruée ressemble fort bien à de la poudre de perlimpinpin destinée à masquer les « vraies affaires ». Selon des sources, la liste du CNT serait prête depuis 2 mois avant même que la note du vice-président Tiraina Robert ne soit publique. L’ex-parti au pouvoir le Mouvement Patriotique du Salut (MPS) et ses alliés auraient 32 représentants. Les partis politiques représentés à l’Assemblée Nationale auront, peut-être, 15 sièges. Les 41 places restantes seront partagées entre les différentes corporations, l’armée, les jeunes, les femmes, les personnes ressources, la société civile, etc. Pour être adoptée, une loi doit recueillir le 2/3 des voix. Un choix savamment partagé qui fera beaucoup des mécontents, mais permettra à l’ex-parti d’asseoir son hégémonie malgré la transition. Selon des sources proches du CMT, la majorité des députés de l’ex-parti au pouvoir MPS ne fera pas partie du CNT. Les caciques du parti craignent de s’engluer dans des interminables chicanes. Chose certaine avec 93 places en tout et pour tout, beaucoup d’anciens députés de la majorité seront mécontents. Et beaucoup des nouveaux candidats à la candidature n’avaleront pas le sésame convoité.

Enfin, Mahamat Nour Ibedou, président de la Convention Tchadienne de Défense des Droits de l’Homme (CTDDH) figure imposante du mouvement Wakit Tama a décidé de changer de pieds. Désormais il compte participer au Dialogue National Inclusif (DNI) tout en restant membre actif de Wakit Tama qui dénonçait le CMT, le qualifiant d’illégitime et qui réclamait un CNT issue d’un DNI, seul endroit légitime pour le composer. Le matin du même jour, M. Ibédou défilait en réclamant un vrai CNT, un vrai Dialogue  en dénonçant aux côtés de ses amis le coup d’État. L’après-midi du même jour, il annonce sa participation au dialogue et des sources laissent entendre qu’une place lui est réservée au CNT et même plus. Durant le dur règne du Maréchal, Ibédou a été intransigeant et solide, mais par cette volte-face il vient d’entacher sa crédibilité. Lui et son organisation disent changer de stratégie, mais il n’est aucunement question de stratégie. Il est question de cohérence. Pour des milliers des Tchadiens, Ibédou représentait quelque chose de propre. Hélas! il vient de se tromper en faisant le mauvais choix : collaborer.

Pourquoi avoir résisté 30 ans pour céder au moment crucial? Cet acte interroge. M. Ibédou n’est pas cohérent comme l’ont été Dobian et d’autres. Tous pareils? Dans tous les cas presque tous sont incohérents. Incohérents dans leurs démarches. Incohérents dans leurs choix. La contraction, l’incohérence est devenue la nature des acteurs politiques et des leaders de la société civile tchadienne. Sinon comment comprendre par exemple que Wakit Tama est en contradiction avec sa propre mission. Tout le monde a oublié que cette plateforme a été créée pour contester la dernière élection du feu Maréchal Deby Itno. A sa mort une nouvelle donne politique s’est enclenchée, mais Wakit Tama n’a pas redéfini sa mission pour l’adapter au nouveau contexte. C’est leur péché originel qui risque de tuer leur mouvement. Croire qu’une partie d’eux peut participer au DNI et une autre partie crier au coup d’État est plus qu’une contradiction. La cohérence en cette période de transition est une grande vertu. Et l’incohérence, une hérésie dangereuse.

Bello Bakary Mana

La Convention tchadienne de Défense des droits de l’Homme (CTDDH), membre de la coordination citoyenne Wakit Tama a décidé, à la surprise générale, de participer au Dialogue National Inclusif (DNI) et de s’impliquer dans tout le processus de transition. Le secrétaire général de la CTDDT, Mahamat Nour Ibedou a annoncé la position de la structure qu’il dirige à ses camarades de Wakit Tama. Ialtchad Presse l’a rencontré. Il explique son choix. Reportage.

La Convention tchadienne de défense des droits de l’homme (CTDDH) n’est pas d’accord avec la manière avec laquelle la transition est en train d’être menée et n’approuve pas les injustices de toutes formes, et surtout les manœuvres néfastes ayant conduit à la cherté de la vie actuelle. Mais elle décide quand même de participer au DNI et de s’impliquer dans le processus de son organisation. Les cadres de cette structure pour la défense des droits humains ont mûrement réfléchi et décidé de changer la stratégie de lutte, voilà en résumé la position officielle de la CTDDH.

Pour le secrétaire général Mahamat Nour Ibedou, que la rédaction a rencontré, après une analyse approfondie du contexte actuel dans lequel se trouve le pays et les atermoiements des acteurs sociopolitiques, une réunion du comité exécutif élargie au Conseil national de direction de la CTDDH a décidé qu’il faut revoir la stratégie de la lutte combat. Et pour cela, il faut intégrer le DNI en s’impliquant dans le tout le processus de son organisation. « La CTDDH décide de plus subir, mais d’être actrice à part entière, car ce pays est notre patrimoine commun et tous les Tchadiens doivent participer à sa gestion », précise-t-il. Selon lui, la structure qu’il dirige s’est attelée pendant plus d’une décennie à dénoncer sans complaisance les violations des droits fondamentaux des citoyens.

Pour défendre le point de vue de la CTDDH, il explique qu’il n’y a pas de problème avec ses camarades de la coordination citoyenne Wakit Tama, c’est juste une divergence d’opinions. Selon le SG, c’est d’abord un souci stratégique, sinon ils n’ont pas changé de fusil d’épaule. « Le CMT a accordé 10 places à la coordination Wakit Tama pour le comité d’organisation du DNI, mais la plateforme en veut la moitié. Nous avons pensé que 10 places, c’est raisonnable. Nous avons pendant longtemps discuté avec les camarades, mais leur position n’a pas changé. Et la CTDDH a pris sa décision de participer au processus pour l’organisation du DNI », explique Mahamat Nour Ibedou.  Il soutient que la position de la coordination Wakit Tama a considérablement évolué, et qu’elle a accepté de participer au DNI, mais pas dans le comité, si ses exigences ne sont pas prises en compte. Il faut rappeler que Wakit Tama souhaite que le CMT lui accorde la moitié de places dans le comité d’organisation.  A son avis, Wakit Tama a mis beaucoup de temps à contester systématiquement tous les actes posés par le président Idriss Deby Itno et puis maintenant, du CMT. « La CTDDH a constaté que ces genres de positions ne payent pas assez. Être dehors et contester, c’est synonyme d’impuissance, il faut mener le combat de l’intérieur, car ils prennent de décisions qui nous impliquent tous », dit le SG.

La CTDDH demande à ses militants et sympathisants de prendre la mesure de la situation actuelle, car le combat est multiforme et nécessite une réorientation de la lutte pour la justice et contre les violations des droits de l’homme en les adaptant au contexte actuel.

La participation de la CTDDH, l’un de poids lourd de la coordination Wakit Tama au DNI pourrait peut-être faire douter certains membres de la plateforme et impacterai négativement les éventuelles manifestations pacifiques.

Jules Doukoundjé

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