Tout tchadien soucieux de son pays et de son avenir, a suivi avec inquiétude et amertume, les derniers événements du 02 février 2008 qui se sont dramatiquement déroulés dans notre pays, causant des pertes humaines parmi les civils, des blessures graves, des dégâts matériels considérables, toute en obligeant des milliers des civils à quitter leurs âtres vers d’autres endroits, à la recherche d’une paix qui devient de plus en plus impossible dans ce vaste pays, ayant quelques fils dont les cœurs semblent être plus restreints pour une cœxistence pacifique. Mais au-delà de tout ce malheur dont le peuple tchadien est la première et dernière victime, Nous devons nous penchons sur les issues qui pourraient un jour nous aider à stabiliser ce pays tant ravagé par des guerres calamiteuses durant plus de quarante ans, empruntant toujours la même voie qui n’arrangera ni le pays, ni son peuple.
Je pense qu’il est temps que l’élite politico-militaire tchadienne ,prenne conscience que cette patrie ne mérite pas cette situation de non-paix, non-guerre ,tout en mettant en considération que ce qui se passe et ce passera, n’est pas une fatalité, mais plutôt une situation montée de toutes pièces par certains fils du Tchad, aux yeux desquels, le pouvoir est une fin et non pas un moyen de gérer le pays, bâtir une nation solide débarrassée de haine et d’égoïsme, faire du Tchad un pays de droit…et j’en passe. Conséquences : le pays se déchire et s’engouffre dans un bourbier politico-militaire, bourré de banalités ethnico-claniques, mécontentements des uns envers les autres, règlements des comptes, etc. Tout cela au détriment de tout un peuple meurtri par des longues querelles dévastatrices, qui n’ont rien apporté comme remède à une crise qui rappelons-la était au début entre soi-disant Sudistes et Nordistes, avant de faire son virage historique vers le Nord qui n’arrive pas à s’en débarrasser.
La nouvelle source du mal
Ceux qui connaissent l’Histoire du Tchad remarquent aisément que cette ancienne-nouvelle situation qui prévaut au pays, n’est qu’une série continuelle de notre passée sombre, ajoutons à cela un nouvel élément qui vient se figurer sur la longue liste des causes à l’origine de cet interminable crise, à savoir l’Or noir qui, au lieu d’être une bénédiction pour ce malheureux peuple, est devenu l’une des principales sources du mal tchadien.si donc les uns et les autres continuent à se battre pour présider les tchadiens seulement, ce pays ne connaîtra jamais la paix et la stabilité, deux éléments sine qua non pour toute démarche vers le développement et le progrès.
Monsieur le Président de la République
Vous connaissez comme tout le monde que certains régimes africains, le Tchad inclus, avaient plus ou moins utilisé la fameuse méthode militaire pour régler à la racine les différends politiques qui les opposaient à certaines forces rebelles, mais finalement aucun de ces régimes n’a pu voir ce cher rêve se concrétiser.au contraire, ladite méthode était souvent la cause principale de leurs effondrement face à des insurrections, Rebellions, coup d’Etat, révoltes…je vous laisse le choix de les qualifier. Un exemple parmi d’autres : l’ex chef d’Etat somalien Mohamed Siad Barré n’avait-il pas adopté l’option militaire pour remédier les maux politico-sociales de son pays durant presque trois décennies, sans pour autant atteindre cet objectif, laissant finalement son pays dans l’actuelle impasse que tout le monde connait. Concernant le Tchad, après votre arrivée au pouvoir pour but de libérer le peuple Tchadien de la Dictature, et d’instaurer ensuite une Démocratie réelle, tous les tchadiens ou presque, avaient souhaité avec optimisme la morte définitive du malheur politique tchadien. Vraisemblablement, ce n’est pas le cas, ne serait-ce que dans la donne actuelle des choses qui se caractérise par une série d’affrontements militaires et une stabilité invisible. Tout cela, à mon humble avis, nous amène vers une évidence selon laquelle le choix militaire peut résoudre une crise temporairement, mais jamais définitivement et que seul un dialogue politique sérieux, inclusif et sincère, peut sauver le Tchad de son chavirage, car, nous ne sommes pas les premiers à emprunter cette voie pacifique, et ne sommes non plus les premiers à avoir des crises en Afrique, puisque il y a des pays qui ont connu des crises plus dramatiques que les nôtres (Rwanda, Burundi, Liberia, etc.) et sont finalement parvenus à résoudre leurs crises, pas via des dialogues des sourds se contentant à partager un morceau de gâteau appartenant à tout un peuple, mais grâce à un dialogue sincère et nationaliste. Ces vifs exemples nous prouvent qu’il n’y a pas de nation sans contradiction, cette dernière est l’essence même de la vie, comme le disait feu Ahmed Sékou Touré. J’aimerai bien, mon Président que vous reconnaîtriez l’existence d’une crise multiforme au pays, dont les solutions ne sont pas forcément militaires et ne sont non plus impossibles, si les uns et les autres décident sincèrement un jour de s’inspirer d’expériences d’autrui en matière de règlement pacifique des crises. Tout en divorçant cet égoïsme politique.
Messieurs les opposants politico-militaires
Je ne trouve pas intéressant de douter sur vos causes, ni de les qualifier de quoi que ce soit, je laisse cela à chaque tchadien conscient de juger ce qu’il voit. l’important pour moi en tant que jeune tchadien c’est la paix, la stabilité et la concrétisation des aspirations de la jeunesse tchadienne, voire de tous les tchadiens sur la terre tchadienne qui nous est tous chère et qui comme vous le savez a beaucoup souffert et risque de souffrir encore, si nos dirigeants politiques n’abandonnent pas cette sombre voie militaire qui n’a jamais réglé définitivement les choses, soit au Tchad soit ailleurs, nous avons vu la venue de plusieurs formations politico-militaires au pouvoir scandant des nobles slogans comme : la libération du peuple, l’instauration de le Démocratie, d’une Justice libre, et la liste peut s’allonger. Mais en fin de compte rien ne se réalise en ce sens. Conséquence : le peuple concerné par ce changement ne s’adhère plus à cette thèse qu’il l’avait essayée suffisamment. Pis, la vive mémoire de ce peuple garde toujours les mauvais souvenirs du choix militaire qui a prouvé, jusqu’à ce que le contraire soit prouvé, son échec total à ramener la stabilité et la paix dans un pays qui n’est pas encore en mesure de faire un miracle à la Mauritanienne. Bref, que Monsieur X s’empare du pouvoir, en évinçant Monsieur Y, à cause de ses milles et un défaut, est une chose et garantir aux autres que ce changement ne sera pas un simple changement de façade comme, en est une autre. Essayez donc Messieurs de nous chercher d’autres alternatives politiques qui pourraient nous faire sortir de ce vicieux cercle.
Les issues verrouillées de la crise
Je suis persuadé que les deux parties, à savoir oppositions politico-militaires et l’actuel régime conduit par le Président Idriss Deby Itno, détiennent les clefs des portails qui nous mènent vers des heureuses issues politiques, il suffit donc qu’ils les utilisent, au lieu de tenter vainement à forcer des serrures bien codées, qui ne deviennent franchissables qu’en introduisant les clés, accompagnées au même moment des mots de passe suivants :
- le Tchad est une chose, l’appartenance, régionale, ethnique et clanique en est une autre ;
- Renoncez à l’option militaire ;
- Instaurer une Démocratie réelle et non de façade ;
- Écartez le pays de certaines banalités ethnico- claniques;
- Débarrassez-vous de cette illégale et cupide ruée vers la présidence ;
- Bannir le maintien à tout prix du pouvoir (ça coûtera cher au pays) ;
- Reconnaissez l’existence d’une longue et sérieuse crise tchado-tchadienne (au-delà des aspects externes) ;
- Faire sincèrement face aux sérieux problèmes socio-économiques du pays ;
- renforcez les rôles des Institutions Républicaines ;
- laisser le parlement d’être le vrai représentent du peuple, pas une simple chambre d’enregistrement ;
- faire une véritable armée Républicaine capable de défendre la légalité constitutionnelle du pays et son intégrité territoriale ;
- cherchez la paix sociale avant de se tourner à la stabilité politique ;
- Faire disparaître ou Réduisez tout simplement, toute forme d’exclusion politique, économique ou sociale ;
- Cessez de vous appuyer sur des étrangers qui ne visent finalement que leurs intérêts stratégiques ;
- Inspirez-vous d’expériences de certains pays africains, en matière de résolution politique et pacifique des crises ;
- Utilisez les richesses du pays pour le bien du pays ;
- Laissez le quatrième pouvoir faire son noble travail ;
- Cessez de croire qu’une Union politique ou militaire, de circonstance et (pas de conviction) peut aller loin ;
- Reconnaissez enfin que vous (les deux parties) répétez les mêmes scènes de cette très longue
et onéreuse parodie tchadienne ;
- Respectez et faire respecter les Droits de l’Homme tchadien ;
- N’enrôlez pas des gamins dans les conflits politico-militaires ;
- Ne marginalisez pas la société civile ;
- Sachez que tout opinion politique diverse n’est forcément pas ennemi de qui que ce soit ;
- N’exportez pas la bien existante crise tchadienne aux autres, parce que ces derniers, après avoir bien connu son existante, essayent de remédier les leurs via les nôtres ;
- Reconnaissez que la crise du Darfour et l’Or noir tchadien ne sont que des gouttes qui ont fait
déborder le bien plein marre tchadien ;
- Mettez dans la tête qu’on peut tromper un peuple une ou deux fois, mais pas toujours.
- Sachez que tous les tchadien n’ont pas certes, la maturité politique, mais ils ont quand même
appris la langue de bois via leur élite politique, sans l’avoir étudiée ;
- Arrêtez les arrestations arbitraires ;
- s’il y a des coupables dans quoi que ce soit, laissez la Justice faire son travail ;
- Rappelez-vous en fin, que vous étés tous responsables devant l’Histoire et devant Dieu aussi.
Les Tchadiens vous exhortent Messieurs, à d’utiliser ces vingtaines des mots de passe ou bien quelques-uns, avec les clefs que vous détenez, afin que ce pays puisse déverrouiller à ses fils quelques issues, par lesquelles sortiront tous les tchadien de cette effroyable et longue impasse politico-sociale.
Abdelsemi Ahmat
L’an 2007 est partie. 2008 est arrivée. Comme d’habitude, à pareil moment, c’est l’heure des bilans. Oui, il convient de prendre du recul, dresser un bilan sans complaisance de l’année qui vient de s’en aller.
D’abord, il faut préciser que 2007 a été riche en actualité.
L’espoir était né fin 2006, lorsque le leader du front uni pour le changement (FUC) Mahamat Nour Abdelkerim a fumé le calumet de la paix avec le gouvernement de N’Djamena, sous l’égide du guide libyen.
En Février 2007, le FUC scelle son entrée au gouvernement, et Mahamat Nour Abdelkerim fut nommé ministre de la défense nationale. Tout le monde avait applaudit à l’époque. Mais la lune de miel n’a été que de courte durée, elle a finie comme elle a commencée, raille un leader de l’opposition Tchadienne.
Ensuite, c’est la tenue du dialogue entre la majorité présidentielle et ses alliés d’un côté, et l’opposition démocratique, du moins celle réunie au sein de la coordination pour la défense de la constitution (CPDC) de l’autre. Ces pourparlers parrainés par l’union européenne et la France ont débouchés le 13 Août 2007 à la signature d’un accord, baptisé « Accord pour le renforcement du processus démocratique au Tchad ». Le document signé constitue une feuille de route importante pour la suite du processus électoral, tant décrié, s’il est réellement appliqué par les signataires. Refonte du fichier électoral qui sera désormais informatisé et fiable, composition paritaire de la CENI, la CNRE…, les principales préoccupations de l’opposition ont été prise en compte, une première dans l’histoire politique du Tchad depuis la conférence nationale souveraine de 1993. Là aussi, tout le monde ou presque avait applaudi. Près de six mois après la signature dudit accord, les langues se délient, « rien est fait du cote du pouvoir pour son application » lance irrité IBNI OUMAR MAHAMAT SALEH, le porte-parole de la CPDC sur BBC Afrique mi-décembre 2007.
Dans la même lancée, on a assisté à une avalanche d’initiatives de paix.
Le groupe dit « de Libreville » conduit par l’ancien président GOUKOUNI WEDDEYE a tout essayé. En vain. Parallèlement, des négociations se poursuivent discrètement, pour aboutir plus tard à des accords parcellaires. Une partie des opposants au régime DEBY rentrent au bercail mi-octobre après avoir conclu un accord grâce à la médiation du président Béninois, à Cotonou. À Syrte, le gouvernement représenté par le « super » ministre d’état, signe un accord de paix et de réconciliation nationale avec les principaux mouvements rebelles opérant à l’est du pays (CNT, UFDD, RFC, UFDD /F). À peine cet accord signé, qu’un de ces signataires annonce les couleurs. « L’accord est caduque », comme pour préparer les esprits. La suite on la connaît.
Reprise des hostilités le 25 Novembre 2007, soit un mois tout juste après la signature de la paix en Libye, au grand dam du guide Libyen, médiateur dans la crise Tchadienne, qui depuis s’est enfermé dans l’omerta. Le brisera-t-il ? Les deux camps se rejettent la responsabilité de la reprise des combats, d’une rare violence selon des sources proches des deux états-majors.
L’accord de syrtes est-il caduque au regard de la situation actuelle ? « Il est encore valable pour ceux des signataires qui ne l’ont pas violé », précise le gouvernement. « Nous sommes toujours pour l’application de l’accord » affirment les rebelles de leur côté. Véritable comédie disent en cœur certains observateurs de la scène politique Tchadienne.
Et puis, à un moment où personne ne s’y attendait, une affaire tout aussi insolite qu’amusante s’invite dans l’arène publique tchadienne déjà troublée. L’affaire de l’ONG Française « Children Rescue ou Arche de Zoé », puisque c’est de cela qu’il s’agit. Cette rocambolesque affaire a mis à nue la légèreté qui caractérise l’administration Tchadienne. Ce qui a le plus laissé pantois plus d’un, c’est bien la visite impromptue de Nicolas SARKOZY a N’Djamena début Novembre. Il y est reparti en compagnie des journalistes français et des hôtesses espagnoles venue couvrir l’opération de « L’arche de Zoé », du nom de cette ONG française qui a voulue emmenée en France 103 enfants à partir d’Abéché à l’est du Tchad. Cette affaire a failli crée un séisme diplomatico -politique entre N’djamena et Paris. Les choses sont rentrées dans l’ordre, entre temps. Les deux présidents (SARKOZY et DEBY) se sont vus en marge du sommet Afrique- UE de Lisbonne du début du mois de Décembre, puis discrètement à Paris quelques jours plus tard.
La justice a été dite, et les membres de l’ONG ont été condamnés à 8 ans de travaux forcés, avant d’être rapatriés par vol spécial de la compagnie nationale « TOUMAI AIR TCHAD » affrété par le gouvernement français ce vendredi 28 Décembre vers la France. Les magistrats français essayeront de reconvertir leur peine de travaux forcés en peine criminelle. La peine de travaux forcés n’existant plus dans le catalogue du code pénal français, pourtant copie conforme de celui utilisé par les ex colonies de l’espace francophone, dont le Tchad fait partie.
ET en cette fin d’année 2007, le spectre de la reprise des hostilités à l’est se pointe à l’horizon. Le gouvernement voyant le mal venir a préparé les esprits, à travers un communiqué lu sur les antennes de l’Office Nationale de Radiodiffusion et de Télévision du Tchad (ONRTV). « Le soudan est en train d’entraîner, d’armer les rebelles tchadien en vue de déstabiliser le Tchad », dit en substance le communiqué. Le soudan de son côté a porté plainte contre le Tchad qu’il accuse d’avoir violé son territoire pour bombarder les positions des forces rebelles basé au Soudan.
Comme on le constate, l’année qui s’est achevé augurait des jours heureux pour le Tchad, tant les initiatives de paix essaient prometteuses. Hélas, les faits nous démontrent le contraire. La paix est loin d’être acquise, à moins d’un sursaut patriotique de dernière minute. Nous espérons que les différents accords signés çà et là seront appliqués.
En attendant, l’espoir a simplement été déçu, et c’est grand dommage pour le Tchad et les Tchadiens dans leur grande majorité.
C’est en tout cas ce que je pense.
Bonne et heureuse année 2008 à tous.
Eric TOPONA MOCNGA
Voici la réflexion faite à Doba le 05/01/85 d’un grand leader du pouvoir FAN d’Hissen Habré dans son agenda confisqué plus tard en avril 1989 et lui-même tué dans les geôles par la sinistre DDS: il s’agit de feu Brahim Mahamat Itno, Ex-Ministre de l’Intérieur, cousin direct de M. Idriss Déby Itno : « Nous vivons dans un monde en perpétuelle mutation où tout change des mains, sauf les contradictions ; donc, faisant parti de ce monde en permutation, nous sommes en droit de se poser la question pourquoi ces guerres dans ce monde dit « humain » ? Quels sont les mobiles de ces guerres ruineuses ? Ont-ils un trait commun ? Il y a un trait commun : c’est la recherche des possibilités ou moyens à atténuer à renverser ou à terrasser ou à finir avec son adversaire, alors que les origines des différents conflits sont différentes. Je pense qu’il soit utopique de s’attarder sur les causes des différents conflits de ce bas monde des déshérités. Selon mon humble pensée, eu égard au monde, à l’histoire et aux actualités, les conflits constituent la continuité du monde ou même la vie. J’estime qu’elle soit nécessaire pour la survie du monde humain car les mobiles des conflits sont nombreux et diversifiés qu’ils ne peuvent aboutir à un monde sans conflit qu’à la fin de ce bas monde des déshérités, et ceci ne soit possible qu’à la fin »
Le décor a été bien planté par ce combattant intrépide à l’époque où il était chargé de pacifier la partie sud du Tchad. Seulement, sa thèse se retournera contre lui et les siens quand les rivalités et les susceptibilités internes de son redoutable régime au pouvoir atteindront leur maturité. Feu Brahim Mahamat Itno avait parfaitement raison de la lecture qu’il se faisait de la vie dans son pays. Bien d’autres compatriotes, sans l’avouer, partagent encore la même dialectique conflictuelle : tous les partisans de la main armée pour la conquête, le partage et/ou la confiscation du pouvoir sont de cette école.
Dire qu’il ne devrait pas avoir de conflits dans notre pays, c’est renier et la réalité et les fondements même de notre patrie. Voyons pourquoi le Tchad est par nature une terre de conflits permanents.
1) Le territoire national présente une diversité naturelle qui est en elle-même avant tout une source de conflits : faire coexister dans un même territoire juridique de grands déserts, des savanes, des chaînes montagneuses sauvages, des forêts et lacs, c’est assembler des modes de vie qui peuvent être totalement différents. Ce n’est pas un tort pour les tchadiens, mais la diversité des milieux naturels, certains plus favorisés que d’autres, fournit déjà une part d’explication aux difficultés d’entente entre les composantes humaines du pays.
2) Ces composantes elles-mêmes sont si diverses qu’elles ont peur les unes des autres. Jusqu’aujourd’hui, la grande majorité des citoyens tchadiens ne se connaissent pas. Cela s’observe dans les milieux publics où le réflexe sécuritaire est au regroupement systématique sur la base des affinités naturelles. Tout ce qui est en dehors est non seulement « étranger » mais potentiellement dangereux. Des parents l’enseignent même à leurs enfants : se méfier de qui ne parle pas votre langue et ne vous ressemble pas ! Des cadres et responsables publics sont aussi marqués par ces préjugés que des citoyens ignorants n’ayant jamais voyagé. Ces cadres collaborent mieux avec n’importe quel étranger qu’avec des Tchadiens comme eux présentant une différence naturelle. Bien des conflits à l’issue dramatique n’ont été que la simple expression de cette peur de l’inconnu. Par exemple, si l’enfant a mangé chez un tel membre de telle ethnie avec ses camarades et se plaint après de maux de ventre, pas de doute : il a été empoisonné car ces « gens » seraient des « sorciers ».
3) Les composantes ethniques tchadiennes souffrent du fait de n’avoir pas de références historiques passées communes à revendiquer. Que voulez-vous qu’un sara, un moundang et un gorane revendiquent ensemble au-delà de la colonisation française ? Un pays ? Un royaume ? Une culture ? Ces gens ne se connaissaient pas avant cent ans. Ils n’ont vraiment réellement commencé à s’accepter que quand le colonisateur leur a légué de force un « État » à partager en commun en 1960. Un Etat dont ils n’ont pas jeté eux-mêmes les bases. Dès le départ, chacun a transposé sa différence, non pas comme un apport à la construction de l’État et de la Nation, mais plutôt comme un bouclier de retranchement. L’État était encore considéré jusqu’à récemment par nombre de nos populations comme la chose des Blancs donc pas forcément en symbiose avec les natures profondes des sociétés tribales archaïques.
4) Il faut constater ce phénomène de l’ignorance de l’autre par le fait que les ethnies se découvrent au fur et à mesure que se développent les coups de force et les affrontements sanglants. Les Goranes étaient découverts par les autres autour de l’affaire Claustre et surtout en février 1979. Avant eux, les Mbayes furent connus avec le règne de Malloum et Kamougué. Puis on découvrira les Béri (Zaghawa, Bidéyat) avec l’entrée du MPS, puisque avant cela ils étaient officiellement appelés « légion islamique » par le régime Habré. D’évolution en évolution de crise, on connaît maintenant les Tamas, les Hadjéraï, les Krédas, etc. On connaît même enfin que les Kim ne le sont pas tous, sinon des Kossop, des Eré, des Kolop… Certains se demandent si le Dr Aldjinedji ou les deux derniers chefs de la diplomatie, avec leur peau blanche, pouvaient être de « vrais Tchadiens » comme vous et moi ? Qui dit que j’en suis un ? Avec les prochaines crises, on finira par se connaître enfin mieux entre tchadiens ?
5) Le Tchad des conflits ne s’arrête pas à ça seulement. Officiellement, trois formes de culte révélé sont partagées par les tchadiens : Islam, Catholicisme et Protestantisme. En principe, les religions révélées véhicules des valeurs qui transcendent les différences naturelles et les rend dynamiques dans la construction de grands projets de société, sauf au Tchad. Et pour cause : pendant longtemps, les gourous de ces religions au Tchad ont étranglé ces valeurs nobles en imposant, au nom de leur culte, leurs tares et leur ignorance à leurs ouailles pour les manipuler. Ce qui fait qu’en 1979 par exemple, il n’était pas question pour le Tchadien d’admettre autre idée qu’il était sujet et victime d’une guerre religieuse, jusqu’à ce que les vicissitudes du pouvoir lui démontrent le contraire, à ses risques et périls. Aujourd’hui, après une traversée du désert tragique, les croyants de tous les cultes semblent se raviser et revenir à une lecture plus orthodoxe et moins politisée de leurs dogmes. C’est toujours de l’apprentissage dans la douleur !
6) L’absence de symbolique historique commune a toujours favorisé les fausses thèses à l’actif de la guerre permanente. Par exemple, pour légitimer la lutte du FROLINAT, on a inventé un Nord et un Sud qui auraient de vieux comptes à régler. Malheureusement, avant le Tchad indépendant, il n’y avait jamais eu un « Tchad Nord » et un « Tchad Sud » organisés en entités viables, au point de développer des échanges conflictuels de telle ampleur. Il n’y avait qu’une pléiade de royaumes, de communautés éparses, certaines soumises à d’autres, même des groupes totalement isolés dans leur naturel. D’où sont venus le « Nord » et le « Sud » conflictuels ? De l’imaginaire de faiseurs de conflits ! Aucune thèse historique valable à l’appui. Par exemple, l’Histoire des peuples du Mayo Kebbi Ouest était essentiellement liée au Cameroun, Nigeria et Afrique de l’Ouest. D’où pouvait venir des conflits anciens avec des Goranes, des Arabes, des Ouaddaïens dont les montures n’avaient jamais traversé le fleuve Chari avant l’arrivée des Blancs ?
7) L’Histoire présente aussi tente de s’écrire avec de l’encre illisible. Au lieu de mettre en avant ce qu’il y a en commun entre peuples divers du même pays, en vue de partager et de revendiquer un même patrimoine historique, les différents régimes qui se sont succédés ont développé le narcissisme du « chef fondateur » de la nation qui, elle-même ne sera autre chose que la pâle tentative d’imposition de dynastie éphémère à la tête du pays. Ainsi, après la revanche Nord-Sud inventée, on a évolué coup sur coup vers la stratification tribale et pyramidale du pays. Beaucoup parlent encore des Institutions nationales en termes péjoratifs : gouvernement sous Habré = gouvernement gorane, sous Deby Itno = gouvernement Zaghawa, etc. On se demande à quel siècle un gouvernement sera simplement celui de la république et non de X ou Y ? La question ne se pose pas encore puisque des groupes se battent armes au poing pour remplacer la dynastie actuelle. Multiplier cette tendance par le nombre d’ethnies ou de blocs régionaux en attente d’accéder au pouvoir un jour, et si par chance le Tchad ne disparaissait pas avant, la Somalie sera le pays modèle du continent entre temps.
8) Le Tchad des conflits est aussi celui de l’égoïsme et de l’arrogance triomphateur. Aujourd’hui que notre pays dispose de tant d’élites formées sur tous les plateaux planétaires du savoir-faire, c’est seulement en ce moment que les égoïsmes prennent le pas dans la vie publique. Car si ces Tchad conflictuels, à défaut de ne s’être jamais pris au sérieux, ont progressivement effacé les derniers liens symboliques et affectifs entre les Tchadiens, nombreux sont ceux qui se découvrent encore des différences fondamentales inconciliables dans leurs propres groupes. Nous avons cité l’exemple des Kim, mais ils ne sont pas seuls : il y a Ngambaye et N’gambaye, Gorane et Gorane, etc. selon les cantons et entités qui se créent pour afficher ces différences négatives.
L’absurdité tchadienne est qu’on évolue vers l’éclatement national sous le couvert bienveillant de l’État. Il serait plus judicieux que chacun prenne son autonomie que de morceler indéfiniment l’État qui a pour rôle fondamental de rassembler, de brasser. En tous cas, j’aurai aimé retrouver le royaume indépendant de mes ancêtres que de morceler mon terroir d’origine, sans lendemain sous le couvert d’un État qu’on est en train de tuer. Car je ne pourrai rien tirer de ces morcellements administratifs en terme positif de développement communautaire et de libertés que ce que seul l’État des quatorze préfectures est en mesure de m’apporter. Malheureusement, ce sont des cadres instruits qui sont les moteurs de ce démantèlement de l’État et donc de la République ! Au point qu’on peut créer des unités administratives par un simple ordre de mission ? Cela n’a rien à voir avec la décentralisation qui est un processus méthodique, contrôlé et progressif.
9) Le Tchad des conflits se nourrit dans la promotion de l’ignorance caractérisée au sein de la gouvernance. L’État est une conception moderne de la société, et qui devrait éliminer progressivement les différences et les disparités antagonistes au sein d’un même pays. Si des nations comme l’Égypte, le Maroc, le Mali ou l’Irak ont survécu à des siècles d’histoires, c’est justement parce que les composantes ethniques, sociales et religieuses de ces pays ont toujours agi pour consolider ce sentiment d’appartenance éternelle à un même pays, pas le contraire comme au Tchad ! Ainsi, tous ceux qui ont géré à divers niveaux ces nations citées, savaient qu’il y avait des limites à leurs ambitions personnelles. Ils savaient que la plus grande honte d’un dirigeant est de détruire l’héritage commun des peuples ou du moins de dégoûter par ses excès les générations montantes. Notre actualité tchadienne est concentrée sur les luttes autour d’un pouvoir vomi par les uns et convoité par les autres. N’djaména vient de payer un acompte à ces luttes en février dernier. Cependant, comment cet État vacillant pourrait se redresser et se construire si à tous les niveaux sont placés des mains indélicates, des têtes brûlées ? Et cela, même les oppositions y ont contribué, surtout à main armée ! Alors dans ce cas, cette source de conflits majeurs demeure, même en cas de changement de titulaire du pouvoir central car elle est ancrée dans l’obscure mentalité des élites tchadiennes.
10) Tout ce que nous venons d’évoquer ci-haut est de notre responsabilité commune, sans qu’aucun ne se dérobe. Maintenant, il faudrait ajouter les conflits liés à la gouvernance actuelle pour avoir un tableau complet du Tchad réel. Généralement, dans les débats, on s’évertue à tout mettre sur le dos du régime actuel, ce qui est en partie faux. Nombre de phénomènes décriés par les tchadiens ont une origine ancienne. Même le recours à la main armée est un phénomène plus ancien s’inscrivant dans une logique de revendication et de conquête du pouvoir importée de pays parrains qui n’ont jamais pratiqué la démocratie et qui n’acceptent même pas les principes élémentaires des droits humains tels que l’égalité des races. Les influences de ce modèle archaïque sur la société tchadienne ont davantage compliqué l’ambiance quasi conflictuelle déjà existant.
Ce long développement vise à démystifier la terreur des conflits dans l’esprit des Tchadiens. Les conflits font partie de nos réalités assemblées, sauf qu’il ne faudrait pas les légitimer et les instrumentaliser. En les affrontant par la recherche de la vérité et de l’équité, l’on se rendra compte que toutes ces sources de conflits évoquées plus haut, sont aussi sources de solutions extraordinaires et passionnantes pour ceux qui veulent s’en sortir, le pays avec. Donc, en allant à un dialogue inclusif, il faut d’abord accepter que les autres soient différents et qu’il en sera toujours ainsi. Ensuite, il faudrait recenser et mettre en commun ce qui pourrait constituer les symboliques, le patrimoine commun en vertu duquel chaque communauté accepte de plein gré de faire partie d’une entité éternelle qu’on appelle Tchad. Ceux qui croient qu’avec les armes ils pourront toujours s’imposer aux autres se trompent et n’ont pas d’exemples concluants à l’appui de leur théorie dans l’histoire des nations. Ils sont simplement en sursis, car soient ils gagnent et le pays disparaît, soit le pays gagne et eux disparaîtront dans leurs formules anachroniques : une seule alternative qui se joue au hasard des intérêts géostratégiques et non pas d’une prétendue supériorité naturelle sur les autres !
Enfin, si les conflits dans leur développement, affectent la vie de chacun (misère, humiliation, exil, disparitions…), les nombreux tchadiens qui sont restés silencieux en se croyant plus prudents, devraient comprendre que c’est pendant le naufrage qu’on sauve sa vie, non pas après quand elle n’a plus de sens et qu’il n’y a plus de pays !
NB : Il faut soutenir l’action de la Commission Indépendante pour le Dialogue Inclusif, on ne sait jamais, la paix pourrait venir par n’importe quel chemin !
Enoch DJONDANG
Chers amis,
Je romps le silence que je me suis imposé depuis mon dernier article sur www.ialtchad.com/opinion/’’L’illusion de pouvoir pour lequel les tchadiens s’entredéchirent…’’ du 06/12/07, article que les tristes évènements de février dernier ont largement confirmé, une fois de plus pour ma peine. Je connais mieux que quiconque les risques encourus d’une arrestation, d’une élimination ou d’une disparition en cette période de folies fratricides qui anime les élites de notre pays. Mais nous est-il permis de se taire face à la menace et à la probabilité tangible d’une disparition tragique de notre pays, hypothèse encore plus insupportable pour des gens sensés que la somme des désastres et des folies consommées ?
Dès le départ, nous avions dénoncé le fait que la majeure partie de nos élites (qui s’expriment) et de la diaspora est fortement acquise à l’apologie de la violence politique, comme s’il s’agissait d’un jeu d’enfants, après plus de trois décennies d’expérimentation de cette recette. Aujourd’hui, au grand jour à N’Djaména en ce mois de février 2008, après que les compatriotes ruraux de l’Est et du Centre l’avaient déjà maintes fois subies depuis trois ans sans répit et dans l’indifférence générale, l’opinion découvre la réalité de la mise en œuvre des théories fratricides des uns et des autres. La population de la capitale, réfugiée, déplacée, déguerpie ou non, vit amèrement dans sa chair et dans son âme ce déclin collectif, dans l’impuissance totale. Tandis que les tons, les préjugés, les mesquineries et l’insensibilité des élites positionnées sont restées les mêmes, comme si cela ne suffisait pas encore ?
Il y a eu plusieurs évènements classés ‘graves crises’ au Tchad depuis le tout premier d’envergure, la révolte populaire du 16 septembre 1963 à Fort-Lamy (Quartier Mardjane Daffek et Centre-Ville), matée dans le sang par la jeune armée nationale de l’époque sous Tombalbaye. Mais ce qui s’est passé dans la semaine du 02 au 08 février 2008 à N’Djaména dépasse encore l’entendement. Non pas que février 1979 ait été déclassé en horreur et en folie. En 1979, il y avait cette cassure nord-sud qui atteignait son apogée, drainant ses préjugés, ses rancunes, ses revanches, ses victimes, entre l’école revancharde du FROLINAT et les pouvoirs fantoches en place. Février 2008 a-t-il quelque chose en commun avec 1979 ?
1) Le contexte est différent : une guéguerre fratricide et interminable de clans apparentés ou rivaux, instrumentalisés, financés et lourdement armés par les mêmes puissances qui n’ont cessé d’endeuiller la nation tchadienne depuis plus de 35 années ;
2) Comme ce fut le cas avec les régimes précédents, ces milieux gangrenés par le virus de la contestation armée, usent d’arguments fallacieux pour prendre en otage tout processus de normalisation de la vie publique et de la construction d’un Etat de droit moderne ; rien ne peut se faire de façon durable et pour le bien des générations futures, tant que l’appât d’un pouvoir juteux, qui est censé délivrer toute une communauté de la misère endémique, devient un motif suffisant pour déclencher les aventures politico-militaires ruineuses ;
3) Avec la multitude des accords signés et aussitôt dénoncés ou violés, il est probant que les acteurs publics ne seraient pas tous prêts à sacrifier leurs ambitions et leurs tares pour donner une chance historique à notre pays ; pire : quand le péril physique est mis en relief, la méfiance épidermique et les arrières- pensées obscures conduisent inévitablement à des incidents malheureux, comme ce fut le cas des disparitions d’hommes politiques le 03 février dernier ;
4) Il y a un choix absolu à faire au niveau politique entre les deux modèles, démocratique ou à main armée, qui se disputent la scène publique ; il n’y a pas d’autres alternatives. C’est une question préjudicielle qui mérite une réponse claire de tous : pouvoir, opposition, société civile et rébellion armée. On ne peut pas continuer de faire cohabiter les deux modèles dans un même pays en ce 21e siècle. Chaque modèle procède d’une vision de société et d’un historique différent. Les intérêts en jeu sont aussi divergents. Si l’écrasante majorité des tchadiens choisit finalement la démocratie et l’Etat de droit universellement pratiqué, alors il restera aux politico-militaires de se référer intégralement aux Accords de Syrtes du 25 octobre 2007 qui les concerne exclusivement. En considérant ces accords comme une annexe de l’Accord du 13 août 2007 qui est fondamental. Dans l’optique d’un dialogue inclusif, c’est l’une des premières questions préalables sur laquelle chacun doit se prononcer !
5) Comme il est aussi illusoire de croire qu’un simple dialogue inclusif, face à face entre tous ces acteurs autoproclamés suffirait à purger le pus du mal tchadien. Le fond du problème est l’enjeu du pouvoir et de la survie des groupes ethno –claniques qui se battent pour son contrôle. Dans l’ambiance de désordre régnant, d’aucuns croient fermement ne pas trouver leur compte si jamais le Tchad redevenait un pays normal, avec des règles consenties et respectées par tous et une certaine égalité entre les citoyens. Ceux-là, de quelque bord qu’ils soient, sont malheureusement les plus présents et actifs sur la scène et les mieux connus et soutenus de l’étranger, auxquels s’ajoutent de nombreux opportunistes. Les autres tchadiens paieront toujours plus chèrement le prix de leur apathie !
6) La guéguerre tchadienne n’est pas une fatalité mais un vrai business pour certains : pourquoi le courage manque-t-il tant aux élites de faire l’analyse critique et le bilan humanitaire et économique du phénomène de la violence politico-militaire de manière impartiale et rigoureuse ? Pourquoi des élites trouvent normal l’instrumentalisation de groupuscules sans véritables projets de société et se confondant de surcroît avec des clans en train de se faire décimer inconsciemment sous ces illusions de domination guerrière ? Pourquoi un tchadien digne de ce nom ne se poserait-il pas des questions sur la prospérité du commerce des armes en direction de son pays, soit disant pour soutenir tel contre tel ? Nos élites auraient-elles perdu le bon sens, à cause de la haine viscérale, jusqu’à ce niveau insoutenable d’archaïsme intellectuel ?
7) Un constat amère : le silence voire l’impuissance des organisations de défense des droits humains durant cette énième crise majeure, à quelques exceptions près ; tous n’étaient pas directement menacés et il y avait des marges pour agir ne serait-ce que vérifier les infos, pour contrecarrer les ravages occasionnés par la rumeur folle, ou encore interpeller les belligérants sur les dégâts collatéraux subis par la population ? Malheureusement ces évènements ont mis à nu l’absence de stratégie de gestion de crise et de capacité d’anticipation qui faisait la notoriété d’antan de ces organisations. La recherche de positionnement personnel, le goût de la villégiature offerte aux leaders à la faveur de l’évacuation des étrangers, sans justifier dans bien des cas d’une menace directe réelle et la confusion de rôle avec les partis politiques ont démobilisé la base militante, et pire dévoilé l’incapacité de gérer la proximité des citoyens dans une telle kermesse de violations massives des droits humains. Cette carence se ressent fortement, sauf qu’elle relève encore de tabous ! La presse indépendante a été plus responsable en justifiant sa mise en quarantaine volontaire.
Avec tout ce qui se passe, nous devons aussi admettre l’échec collectif de notre processus démocratique par le comportement inqualifiable et récurrent d’une frange importante de notre population, lors de chacun de ces évènements politico-militaires, C’est l’échec sans appel de tous : des gouvernants, des partis politiques et de la société civile qui n’ont pas su éduquer le peuple dans le sens souhaitable ! Ainsi, tout le monde est devenu dangereux et anarchiste au Tchad. (Comme écrit sur le mur d’une des prisons secrètes de l’ancien régime : ‘l’homme tchadien est devenu un loup pour l’homme tchadien’).
Notre jeunesse, abandonnée à elle-même, est une source de grandes inquiétudes. Au vu de ses agissements quasi-quotidiens notoires, dans les cours d’école jusqu’au vandalisme honteux des 2-4 février dernier, elle ne s’illustre que par les casses, à l’image lamentable des aînés. Les ravages causés en deux jours de folie seulement sur les patrimoines publics et privés à N’Djaména devraient faire réfléchir les uns et les autres. Certaines personnes ont poussé le cynisme à trouver normal la casse des patrimoines des proches du pouvoir, mais restent silencieux sur les ravages du centre médical populaire ‘Assiam Vantou’, de MASOCOT (Programme Vih-SIDA) et même de l’OANET (pourtant siège des Associations !), fait d’armes des mêmes pillards en quête de ‘libération’ ? Ceux qui y voient l’expression d’un ras-le-bol populaire autant que ceux qui conviennent que c’est le summum de l’incivisme et de l’inconscience collective : dans un cas ou l’autre, il y a danger en vue pour l’Etat de droit démocratique !
Chose encore plus curieuse, c’est le fait qu’après le drame du début février, aucun sursaut patriotique n’est au rendez-vous : l’état d’esprit actuel des acteurs politiques et politico-militaires ne pourra que difficilement favoriser des entreprises de cohabitation pour le bien du pays. Il n’y a plus de confiance et l’argent perfide n’y changera rien. Il est très possible que la population subisse encore des drames plus critiques que celui des 2-3 février 08 à cette allure, en y participant elle-même.
Pour le dialogue inclusif (si cette solution pouvait encore marcher ?), il va falloir se montrer sérieux, trouver des tchadiens sérieux et conséquents pour les mettre autour de cette table ronde, définir les contours, la portée et les limites de ce processus, les thèmes-clés (étant entendu qu’on ne peut répéter une CNS bis), les qualités des acteurs et de quelle légitimité se prévalent-ils pour engager le peuple sans être mandatés, qui va garantir l’application des décisions ou résolutions, etc. Cette question de la garantie est de loin la plus difficile, car la versatilité et la perfidie passent pour des vertus au sein de la classe politique en général. Quand il est question de trahir pour une miette, on rivalise en ridicules !
Si l’on place l’Accord du 13 août 2007 au centre du dispositif de sortie de crise, avec comme annexe 1 les Accords de Syrtes du 25 octobre 2007 pour les politico-militaires de tous bords, il restera la racine du problème à discuter, à savoir la définition politique et consensuelle du profil d’une Armée Nationale et Républicaine véritable et les mécanismes contraignants pour sa mise en œuvre avant la fin du mandat actuel, avec une implication forte de la Communauté internationale. Voilà, à notre humble avis les éléments clés de la sortie de crise !
On est habitué aux rififis tchadiens : un dialogue inclusif précipité étalera au grand jour les supercheries et les perfidies, en plus de cette capacité incroyable de diaboliser ; aucune solution miracle qui n’aie été déjà proposée auparavant et, à la fin du spectacle le meilleur : une course effrénée et sans pitié pour les postes dans les organes retenus. Peu importe le prix des crises qui surviendront pour les populations, les bonus de morts, les nouveaux déplacés et exilés, les casses du patrimoine administratif des villes!… Nul n’imagine à ce point combien les acteurs publics devraient avoir comme problème de conscience ? Alors, face à face, yeux dans les yeux une fois encore, pourquoi pas ?
Nous souhaitons nous tromper pour une fois dans notre analyse, mais seul Dieu fera en sorte que les uns et les autres soient réellement au rendez-vous de la paix et de la justice ! La déchirure de février dernier semble plus profonde qu’en 1979 et, en plus des faits de l’état d’urgence, aura de graves conséquences sur la vie publique à court et à moyen terme. Il faut que les uns et les autres en prennent conscience et évoluent dans leur vision du pays, sinon la chute collective dans le gouffre somalien sera irrémédiable au prochain couac ! Si la griffe de l’état d’exception ne nous emporte pas, nous sommes toujours disposés aux échanges francs avec ceux qui le souhaitent et qui aiment réellement le Tchad.
Enoch DJONDANG
Auparavant, je voudrais faire une remarque d’ordre méthodologique relative au ton critique que je vais utiliser par rapport à l’expérience Tchadienne. Comme la sociologie est une science critique et, à ce titre, sa vocation est de faire prendre conscience du caractère social des institutions et des représentations, surtout lorsqu’elles se cristallisent, s’ossifient et perdent leur vitalité et leur pertinence. À cet effet, critiquer l’archaïsme ou bien l’ignorance de la société Tchadienne, ce n’est pas dénigrer les Tchadiens, ni porter atteinte à sa valeur culturelle, mais plutôt attirer l’attention sur des chemins culturels hérités du passé et ne véhiculant plus l’humanisme qui était le leur à une époque où ils étaient en harmonie avec l’environnement. La sociologie n’est pas un discours idéologique ou apologétique ; elle est une analyse des pratiques sociales dans leur historicité et leurs contradictions. Par pratiques sociales, j’entends l’interaction entre les hommes dans la vie de tous les jours, à travers les institutions que sont les entreprises, les administrations, l’école, l’université, les hôpitaux, la famille, le voisinage, les associations, etc.
Toutes ces interactions se fondent sur des représentations qui leur donnent leur légitimité et leur pertinence. Or la modernité à laquelle nous avons aspirée, a détruit les structures sociales antérieures que nous semblons incapables de maîtriser. Chacun de nous, pauvres ou riches, exprime un malaise, en ayant le sentiment que la « vie normale » se déroule ailleurs. Cet ailleurs mythique, source de frustrations individuelles et collectives, est l’expression de notre incapacité à nous organiser pour profiter des vastes potentialités humaines et naturelles de ce pays. Le Tchadien vit un malaise profond et un désespoir total dont les causes sont objectives, renvoyant à la crise profonde et globale du lien social, perceptible dans la violence politique, et aussi dans les formes brutales des rapports entre individus dans la rue, dans l’entreprise, entre fonctionnaires et administrés, dans les familles, entre frères, entre frères et sœurs, bref une crise dont l’origine est à rechercher dans la formation des classes sociales et la naissance de l’individu. Elle marque le passage d’une forme de sociabilité à une autre, une sociabilité incarnée jadis par l’oncle généreux et le voisin solidaire à une sociabilité désincarnée, asséchée, et qui ne répond qu’a l’injonction de l’argent. C’est l’argent qui aujourd’hui remplace l’affabilité de l’oncle, la générosité du cousin, la disponibilité du voisin et la solidarité des gens anonymes. Ceci indique que la société Tchadienne est en cours de formation et que l’individu mesure désormais son effort sur le critère monétaire qui structure le lien social sur le donnant-donnant et « les eaux glacées du calcul au comptant ».La crise provient de ce que le nouvel ordre social se construit dans l’anarchie, dans le rapport de forme et dans la brutalité, sans que les individus aient conscience de ce qui leur arrive. ON se plaint de ce que X a changé, ou que Y a perdu le sens des valeurs ou que Z n’a rien de son père. Certains disent que DIEU a été oublié, d’autres disent que peut être Dieu à maudit TOUMAÏ. Et pourtant les mosquées et les églises sont aussi pleines que par le passé.
Sans nier l’intérêt individuel, la société traditionnelle, celle de la génération de nos parents et grands-parents, a toujours su canaliser l’appétit pour les richesses matérielles par les valeurs morales, le sens de l’honneur, le nife, etc. Aujourd’hui, l’échange monétaire, l’urbanisation et le salariat ont libéré les logiques de l’intérêt individuel. L’évolution de la structure morphologique, malgré des résistances bien réelles, est portée par un individualisme imposé par les formes d’organisations des sociétés occidentales : Une chambre pour famille conjugale, salariat, voiture etc. Important cette morphologie, sans qu’elle n’ait le choix, le Tchad n’a pas mis en place les institutions et le droit qui vont avec cette dernière.
Interface entre les familles Tchadiennes et le marché international, l’Etat est pris d’assaut par les réseaux de corruption que favorise la structure néo-patrimoniale du régime dans lequel des castes sont au-dessus des lois. Détenir une position dans l’appareil de l’Etat, particulièrement dans l’armée, la douane, les services des impôts, dans le service de marché public et récemment au ministère de contrôle d’Etat et de moralisation, c’est s’assurer une place stratégique dans le noyau de l’économie basée ces dernières années sur la rente pétrolière, or les secteurs traditionnellement créateurs de richesses de ce pays ont connu un recul énorme. Certes la corruption n’est pas propre à la culture Tchadienne ; mais elle est une tendance naturelle dans toutes les sociétés individualistes, que la modernité a neutralisée par l’autonomie de la justice et la liberté de presse. Dans l’économie rentière que nous connaissons tous, ce qui est consommé par une famille est retiré à une autre, selon le modèle du jeu à somme nulle. C’est ce qui explique la corruption à tous les niveaux de l’appareil de l’Etat et aussi la dureté des rapports dans la vie quotidienne marqués par la jalousie, avec ce sentiment que le voisin ou le collègue du travail a pris la part qui ne lui était pas due. En un mot, économie rentière a peu de chance de donner naissance à une société civile où le pouvoir économique se sera émancipé du pouvoir politique. Cette théorie est confirmée par l’expérience historique des sociétés civiles occidentales, expérience qui montre en outre que le développement économique suppose que l’autorité soit publique et institutionnalisée et que le pouvoir soit séparé en branches exécutives, législatives et judiciaires. C’est à ce prix que les occidentaux sont sortis de l’état de nature de Hobbes pour construire l’espace public de l’Etat de droit. Avant de voir si le Tchad a les moyens de cette évolution.
Que Dieu bénisse le pays de TOUMAÏ
Adam Abdramane Mouli alias Djidda
Jeunes, talentueux et chaleureux, Aché et Djamel sont aujourd’hui les nouvelles idoles du petit écran tchadien. Les deux animateurs ont su subjuguer les jeunes à travers une particulière alchimie de complicité et de maestria. Découvrez-les.
Ialtchad Presse : Parlez-nous de votre émission, quand elle a été lancée et pourquoi elle connaît aussitôt du succès vu l’audience ?
Aché et Djamel (A&D) : C’est une émission qui date de plusieurs années. Elle était au départ présenter par Hassan Silla (actuel directeur de la Télé Tchad) et nous nous avons juste change le concept en compétition inter quartiers et établissements scolaires en y ajoutant plus de musique, la danse et un (e) invite VIP. Le succès, ah oui les jeunes et même les adultes sont servis à travers Espace Jeunes. Ils ont enfin ce qu’ils espéraient. L’émission Espace Jeunes montre au monde entier une image de paix dans notre pays tout en cassant les stéréotypes. Nous parlons d’une émission où on peut voir des jeunes tchadiens sans aucune distinction s’épanouir, s’exprimer, se divertir à travers la danse, la musique…!
Ialtchad Presse : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous placer derrière le micro du petit écran ?
Djamel : Je l’ai déjà fait dans d’autres domaines artistique donc avec Espace jeunes ce n’est qu’une continuité.
Aché : L’amour du métier, j’adore ce que je fais pour le public, la jeunesse, les téléspectateurs et surtout mon pays.
Ialtchad Presse : Comment vous la vivez ?
A&D: Nous la vivons plutôt bien, c’est une expérience de plus pour nous, beaucoup nous apprécient, nous encouragent et surtout veulent nous connaitre davantage, ça fait plaisir.
Ialtchad Presse : Que faut-il faire pour pouvoir participer ? Y a-t-il des exigences ?
A&D : Pour les candidats il suffit de se rapprocher de nous pour les sélections. Pour le public, l’entrée est gratuite pour les filles avec un nombre limité à 50 et pour les garçons, il suffit d’envoyer un sms de demande d’une invitation au 66 07 63 73 ou 95 93 40 20 pour avoir un billet d’accès à la salle The Blue night-club/Kempeski Hôtel, nous sommes joignable aussi par mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., il n’y a pas d’âge requis c’est de 7 à 77 ans comme Aché dit souvent… lol !
Ialtchad Presse : Parlez-nous de vos projets et espoirs de carrière ?
Aché : Pour l’instant, mon plus grand projet c’est de finir la saison 1 de l’émission avec succès. Quand à mes espoirs de carrière c’est de pouvoir servir la télévision tchadienne. Faire mes preuves et laisser mon empreinte dans le monde de la communication.
Djamel : D’abord boucler la 1ère saison avec succès, et le reste chaque jour qui se termine bien, sera un projet de réalise pour moi. Que Dieu me guide davantage au service de la jeunesse.
Ialtchad Presse : Que faites-vous en dehors de l’émission ?
Aché : En dehors de la télévision, je gère une toute petite société individuelle de communication et de prestation de service Ach innovation.
Djamel : (rire, j’ai plusieurs casquette) A part Espace Jeunes, je suis producteur jeunesse à Equal Access (une ONG américaine qui gère le volet communication du projet PDEV : Paix à travers le Développement), Général Manager à Djamel Production (production musicale, management artistique et événementiel), DJ (Disc-Jockey) MC (Master of Ceremony), Technicien en informatique, acteur cinéma et suis dans le showbiz aussi.
Ialtchad Magazine : Votre coup de cœur ?
Aché & Djamel : Un big up à notre jury, nos supérieurs de l’ONRTV, notre partenaire Kempinski Hôtel, tous les fans de l’émission c’est grâce à eux que nous persévérons et aussi les lecteurs de notre Ialtchad.
Entretien réalisé par Yasmine Kaman
Ialtchad Presse : Guy ! Présentez-vous à nos lecteurs
Guilou : Je me nomme Guy Adélaïde LAFAGE dit Guilou ; je suis natif de la Guadeloupe. Je suis artiste musicien, auteur compositeur et chanteur.
Ialtchad Presse : Depuis quand êtes- vous entré dans la musique ?
Guilou : J’ai commencé à chanter dans les chorales et faire du gospel depuis 1988. J’ai été inoculé par le virus de la musique dès mon jeune âge et je n’ai fais que suivre mon instinct et mettre en exergue ce don que Dieu m’a accordé. Chacun de nous a un don en soi, il suffit de savoir l’extérioriser et le mettre en valeur.
Ialtchad Presse : Quant a véritablement commencé votre carrière professionnelle ?
Guilou : Ma carrière professionnelle a pris son essor quand j’ai sorti mon tout premier album profane (fille du soleil) en 1988. Actuellement, j’ai à mon actif sept albums au total que j’ai enregistré et mis sur le marché discographique.
Ialtchad Presse : Quels sont les thèmes que vous débattez dans vos chansons ?
Guilou : Je vis dans une société. Il est bien évident que je puise mon inspiration de mon environnement immédiat. C’est donc à partir de ces inspirations que je tire les thèmes de mes chansons qui sont entre autre l’amour, la négritude, l’Afrique, l’enfance, la foi. Je suis entrain de retravailler ma chanson sur la capitale N’Djamena. Je suis tombé sous le charme de cette ville que j’avais visité il y a près de dix ans mais s’il faut faire une comparaison, je dirais en toute objectivité que N’Djamena de nos heures est belle et sublime. Ma chanson dédiée à cette coquette capitale en perpétuelle mutation en dit plus. Vous aurez le temps d’écouter et de découvrir cette chanson.
Ialtchad Presse : D’une manière globale quels sont les thèmes qui vous préoccupent le plus ?
Guilou : Les thèmes qui me préoccupent le plus sont liés à l’émergence de l’Afrique et de l’homme de couleur. Le plus souvent, l’homme de couleur que nous sommes, a un certain complexe d’infériorité devant l’homme blanc et ce n’est pas normal. Nous avons les même prédispositions, les même facultés pourquoi nous sentir plus petits ? L’histoire vient de nous montrer que nous sommes égaux en élevant Barack Obama à la fonction suprême de Président des Etats Unis d’Amérique. L’homme de couleur a plus de valeur qu’on ne le pense.
Ialtchad Presse : À part la musique, quelles sont les autres activités que vous menez ?
Guilou : À part la musique je travaille dans la publicité.
Ialtchad Presse : Quels sont vos projets à venir ?
Guilou : Je vais entreprendre des tournées à travers l’Afrique en commençant par certaines villes du Tchad parce que je suis un grand ami à tous les tchadiens. Je vais enregistrer un album chez l’Oncle Sam (Etats-Unis) enfin, je voudrai dévoiler un autre visage de Guilou en sortant un livre. Voilà en substance le calendrier de Guilou pour le moment.
Ialtchad Presse : Votre dernier mot.
Guilou : Mon dernier mot, c’est que la vie éternelle et la promesse de Dieu sont présentes, incommensurables et inégalables qu’il faut saisir. De plus en plus, les jeunes oublient la voie de Dieu, d’Allah et s’adonnent à la perversité et des actes proscrits par la Bible et le Coran. De ce fait, ils étouffent l’étoile qui brille en eux et guide leur pas sur la bonne voie, sur le chemin de la réussite. Par, ailleurs, pour s’auto suffire et se prendre en charge, il faut travailler, encore travailler et toujours travailler. Je souhaite succès et bon vent à Ialtchad Presse.
Propos recueillis par Fatimé Mahamat
Le culte du pétrole
"Jeune homme, vous êtes encore trop jeune pour parler du pétrole" rétorqua Tombalbaye à un jeune du Lycée Félix Eboué âgé d'à peine une vingtaine d’années, c’était en 1974, lors des assises de "l’Ecole des cadres". Aujourd’hui, l'ex-lycéen, agronome de son état, a la cinquantaine et le pétrole vient à peine de couler. "Oncle Tom", comme l'appelaient familièrement les jeunes de l'époque, savait pertinemment que l’exploitation pétrolière des deux compagnies présentes au Tchad à l'époque (CONOCO dirigée par Voegeli et la compagnie libanaise par Abdoulwahab) échappera à une série de chefs d'Etat tchadiens, et lui en premier.
A la fin des années 60, Tombalbaye a négocié en vain avec la France pour son engagement dans une vaste campagne de prospection. L'ancienne puissance coloniale ne croît pas cependant au projet. Tombalbaye se tourne alors vers les États-Unis et concède à CONOCO (Continental Oil Company) un permis de recherche sur près de 604.000 km², entre le Lac-Tchad et la frontière sud du pays.
A l'inauguration officielle des locaux de la CONOCO sis au Canal St-Martin ce 31 mars 1973, étaient présents le Président Tombalbaye et son futur successeur Félix Malloum, deux chefs d'Etat qui seront à tour de rôle emportés par la houle de cette huile minérale qui détruit autant qu'elle préserve et dont la présence au Tchad été découverte en 1969. Le Ministre des Travaux Publics, des Mines et de la Géologie de l'époque, M. Raymond NAIMBAYE a fait remarquer dans son discours que "si la CONOCO a pris des risques d'ordre technique et financier, le Tchad également a pris des risques en donnant de permis de certaine importance à ses partenaires". Le Ministre conclut son allocution par un vœu : "que l'esprit de franchise, de sincérité puisse persister entre nous et nos partenaires"[1][1].
N'est pas franc et sincère qui veut. Le présent article, débuté en février 2003 et achevé en novembre 2004, n'a nullement la prétention de donner de quelconques leçons sur la gestion du pétrole du Tchad, ni d'égaler tant de documents de qualité ayant traité du pétrole à problème qu'est celui du Tchad, mais se propose de suggérer quelques pistes de solutions au regard de nos faiblesses face aux partenaires, lesquelles solutions sont de toutes les manières, sujettes à critiques. À travers cet écrit, je commets sans nul doute, l'imprudence de mettre le doigt dans l'engrenage, les goûts du détail et du risque aidant ; qu'à cela ne tienne, puisque ayant pour seule arme, le bic et un peu de courage. Et puis, je serai mauvais serviteur si je parle de notre pétrole avec bienveillance et sans prévention. Quoique dépassé, un rappel des conditions des négociations s'avère nécessaire, non pas dans le but de jeter de l'anathème sur qui que ce soit, ni de suggérer de changer de partenaires au milieu de la rivière, mais d'attirer l'attention sur les écueils à éviter. Bien que survivant sous assistance respiratoire, le Tchad est une vaste nappe pétrolifère, d'où d'éventuels contrats.
Par ailleurs, je me réjouis des effets produits par mon modeste article intitulé " lettre à Koumbo " publié dans l'hebdomadaire " L'observateur " n° 299 du 6/10/04, parlant entre autres du pétrole, du gaz et de l'électricité et qui a été suivi 48 heures plus tard, par une réaction très positive du Gouvernement. Les visions sont identiques sur ces points et je m'en félicite. Le repentir vient de faire le quart du chemin, la bonne gouvernance doit faire le reste.
Des leçons à retenir : sur un milliard de francs que rapporte le pétrole, le Tchad touche moins de 20 millions de francs si l'on intègre tous les investissements extérieurs à récupérer par le consortium. Pourquoi donc cette différence ?
Trois documents juridiques lient le consortium americano-malaisien ExxonMobil-Chevron-Petronas aux deux Etats (Tchad et Cameroun). Les conventions d'établissement de Tchad Oil Transportation Company (Totco) et de Cameroon Oil Transportation Company (Cotco) pour la partie aval et la "convention de recherches, d'exploitation et de transport des hydrocarbures "pour la partie amont, datant de 1988 et qui a fait l'objet d'une révision ultérieure importante (l'avenant n° 2, de mars 1997). Les deux premiers fixent les modalités de la gestion de l'oléoduc (redevance, fiscalité et droit applicable, règlement des litiges entre les parties …). Le second, passé entre le Tchad et le consortium, fixe les règles relatives à l'exploitation et, ce qui nous intéresse plus particulièrement, royalties et dispositions fiscales.
Les conventions de Totco et de Cotco sont des documents publics, ce que les autorités tchadiennes et camerounaises paraissent ignorer. On se les procure aisément auprès du consortium lui-même, qui refuse en revanche de communiquer la convention "amont", la plus intéressante. Explication du chargé des relations extérieures au siège d'Exxon à Houston : "le propriétaire des ressources en question étant un pays peuplé de 7 millions d'habitants, cette confidentialité est une atteinte à l'exercice de la citoyenneté. Mais il est vrai qu'au Tchad, comme ailleurs, le pétrole est une affaire très privée [2][2].
Les négociations menées avec les partenaires ressemblent à un secret ésotérique qui n'est accessible qu'aux seuls initiés puisque le dossier a été traité avec une opacité merveilleuse. Alors qu'au Tchad les informations relatives au projet pétrole sont restées dans l'ombre du confidentiel, au Cameroun par contre, on a minutieusement préparé la population afin d'en tirer un maximum de profit. Là-bas, on sait que dans toute situation de combat, la défense est tout aussi importante que l'attaque. Initialement, "le dossier pétrole" du côté camerounais a été confié à la Société des Hydrocarbures du Cameroun pour sa confection. Cette première étape finie, il fut ensuite passé en revue par des bureaux d'études étrangers spécialisés en la matière qui ficelèrent inextricablement tous les liens. Une fois le colis suffisamment compacté, on attendit de pied ferme les Tchadiens qui se sont fait cueillir comme des fruits mûrs puisqu'en plus d'un document bien fait, les hauts responsables politiques camerounais se sont fait appuyer chacun, par des techniciens chevronnés face à une poignée de responsables tchadiens sans arme ni protection, usant apparemment d'un langage gestuel lors des négociations sinon comment comprendre… et ce, malgré tout ce que notre pays dispose comme cadres. Où sont-ils, les premiers négociateurs tels que Georges Diguimbaye, Raymond Naïmbaye, Abdoulaye Djonouma ? Et les pétrochimistes à l'instar de Mahamat-Saleh Alhabo? Et nos 300 étudiants, des "très proches" du régime, envoyés aux USA depuis plus d'une décennie pour étudier la pétrochimie et quasiment invisibles depuis lors. Tout portait à croire que la défaite tchadienne était inéluctable. Les Tchadiens auraient pu encore à cet instant précis, retourner la situation en leur faveur s'ils étaient perspicaces, en simulant avec le truchement de notre ambassadeur au Cameroun, un rappel urgent de la délégation, par le Président de la République, n'en déplaise à nos interlocuteurs camerounais. De toutes les manières, nous étions en position de force, même si des pressions externes persistent. Cela aurait permis de rendre compte de la situation désastreuse à qui de droit et de demander le report des négociations, le temps matériel de monter des dossiers par une expertise en la matière et amoindrir le déséquilibre face aux Cameroun et au Consortium. On serait alors très loin des déboires notoirement connus aujourd'hui. Les dirigeants camerounais pour leur part, n'ont fait que protéger l'intérêt de leur pays, ce qui est tout à leur honneur.
"Vaincre la rage" n'est pas synonyme de "la rage de vaincre". A mauvais négociateur, mauvaises garanties. Le projet a plus de 6.800 travailleurs, avec 2000 Tchadiens et 4.800 Camerounais. Sur 111 millions de dollars US dépensés en biens et services, 38 millions de dollars sont dépensés au Tchad et 73 millions au Cameroun. Au cours du 3ième trimestre 2001, sur 240 consultations, 57 ont eu lieu au Tchad avec 3.205 participants et 183 au Cameroun avec 5.326 participants [3][3]. Le quotidien "Cameroon Tribune", dans sa parution du 20 octobre 2000 a écrit dans ses colonnes " ce que le Cameroun gagnera : - Sur le plan financier : (1) redevance de transit égale à 0,41$ sur chaque baril de pétrole soit 35 à 80 milliards/an pendant 30 ans ; (2) 5% d'impôt sur le bénéfice de COTCO/an ; (3) taxe foncière ; (4) indemnisation des populations sur le tracé pour plus de 5 milliards - Sur le plan des infrastructures : (5) construction de la route Bertoua-Garoua Boulaï ; (6) route Ngaoundéré-Touboro-Moundou ; (7) nombreuses routes secondaires ; (8) construction de nombreux ponts ; (9) densification du réseau téléphonique ; - Sur le plan de l'emploi : (10) création des milliers d'emplois de chauffeurs, conducteurs d'engins, gardiens de parcs, de matériels, défricheurs; - Sur le plan de l'environnement : (11) création des parcs nationaux de Campo et de Mbam Djerem ; (12) développement de la conscience écologique ; (13) création d'une fondation pour l'environnement (FEDEC) pour les Pygmées et les Bakota ; (14) renforcement des capacité en matière de gestion environnementale[4][4] ". Comme ils aiment bien le dire, le Tchad a blessé un éléphant qui est allé mourir au Cameroun. Et pourtant c'était l'occasion toute indiquée d'exiger de notre méthodique et malicieux voisin, des largesses. Outre des conditions plus souples pour l'évacuation du brut, on pourrait pousser les pions le plus loin possible pour en gagner un minimum : fourniture en électricité, un chemin de fer le long de l'axe Ngaoundéré-Baïbokoum, une portion du port de Douala réservée au Tchad, des franchises sur certaines marchandises, une inscription de nos étudiants dans des universités et instituts camerounais à des tarifs de cession, le respect scrupuleux de la libre circulation des Tchadiens etc… Une belle bataille sera alors gagnée.
Infrastructures : En matière de transport du matériel pour la construction de l'oléoduc long de 1070 km reliant Doba au port de Kribi sur l'Atlantique, le Cameroun s'est vigoureusement illustré là aussi en se taillant la part du lion indomptable et sa stratégie était la suivante : le gouvernement camerounais a donné feu vert à la Chambre de commerce du Cameroun de parrainer les transporteurs pour l'acquisition à crédit, des véhicules gros porteurs, l'Etat se portant garant ; alors que de l'autre côté, le Tchad n'a guère eu la présence d'esprit d'orienter nos hommes d'affaires dans le bon sens. Pour le transport dudit matériel, le Cameroun et une étrange société soudanaise dont le siège fait face à l'immeuble de la STAR Nationale à N'djaména, RAIBA TRANS TCHAD LTD, sous la fourrure de laquelle se cacheraient également des Tchadiens de souche et d'adoption, ont littéralement raflé le marché. Les bénéfices réalisés par la société RAIBA ont été entièrement rapatriés au Soudan, au moment des amours avec notre grand voisin de l'est naturellement. La fameuse société fictive de transport aérien ROMA … est encore dans les mémoires.
La route du pétrole bâtie le long des pipe-lines par Bouygues alias "David Terrassement" porte un déséquilibre selon que l'on se trouve du côté tchadien ou camerounais. Au Cameroun, la surveillance de l'ouvrage a été confiée à des ingénieurs nationaux qui ont veillé à ce que la qualité soit respectée : la route plus large, les rigoles à fortes pentes fortifiées, les garde-fous solides, les portions de route traversant des agglomérations humaines bitumées afin que la poussière ne se déverse sur la population et l'administration équipée quand il s'agit d'une ville, le tout sur fonds pétroliers. Mbaïboum, le village camerounais situé de l'autre côté du pont de la Mbéré en est un exemple. Et pourtant, la ville de Doba, capitale du pétrole est toute couverte de poussière latéritique pendant la saison sèche et toute gluante après une seule pluie. A Doba, c'est l'envers du décor de luxe. Les responsables administratifs dans leur majeure partie ne sont pas véhiculés et s'adjugent quelquefois les services des motocyclistes pour leurs déplacements. Les résidences (si résidences il y a) de ces autorités sont éclairées à la lampe tempête alors que tout à côté, la société "Tchad Cameroun Construction" (TCC) rayonne d'électricité et de surcroît refuse de prêter ses services électriques. Et pour cause : rien ne figure dans les documents officiels. Quels degrés de respect peuvent avoir les populations à l'égard de leurs administrateurs sans moyens et jetés dans les quartiers par manque d'habitation comme de vulgaires individus et de surcroît dans une ville qui accueille tant d'étrangers de marque ?
Un des termes de contrat lourd de conséquence contenu dans les documents signés avec le consortium est qu'après les travaux, le consortium devra laisser le milieu tel qu'initialement trouvé. L'illustration a été faite à Bam sur l'axe Komé-Baïbokoum qui disposait, pendant la construction de l'axe Komé–Kribi, de maisons, électricité, terrain de sport etc. Une fois les travaux terminés, tout mais alors tout a été démonté. Les remblais aussi ont été dégagés pour respecter les termes du contrat alors que dans cette zone sévit à outrance, l'onchocercose. Les maisons même démontables, auraient pu servir de centre de santé, d'école ou toute autre infrastructure sociale. Les engins lourds des travaux une fois jugés désuets (bien qu'en état de marche), ne sont pas rétrocédés au Tchad mais détruits et enterrés puisque aucune clause ne le prévoit. Ce que le gouvernement ignore, c'est que le cœur du consortium ne bat pas au même rythme que les cœurs des humains. En somme, aucune trace du consortium ne doit figurer après son passage ce qui rend davantage moins visibles les traces de pétrole. Le Cameroun pour sa part, a exigé des bâtiments fixes, la rétrocession des véhicules et engins lourds, tandis que le Tchad n'ayant pas exigé cette conditionnalité, ne dispose que de maisons démontables et les ouvriers des champs pétroliers habitent dans des conteneurs démontables à volonté. Par rapport à la tour de Shell construite à Brazzaville, un joyau du Congo visible depuis Kinshasa, ici à N'djaména, le consortium n'a bâti aucun immeuble à la taille de sa stature dans notre pays, une conditionnalité omise nous dira-t-on. Une fois de plus, de quoi a-t-on discuté avec les partenaires ?
Sur le terminal flottant dans la mer à 12 km de la côte de Kribi, un tanker d’une capacité de 2 millions de barils [5][5], amarré en permanence et où viennent s'approvisionner les navires pétroliers, séjournent six fonctionnaires tchadiens (4 inspecteurs pétroliers et 2 inspecteurs des douanes) relevés toutes les deux semaines. Que font-ils exactement ou que contrôlent-ils sur ce machin ? Ces inspecteurs ont été formés en France pendant un mois, c'est-à-dire à peine la première leçon bûchée que les voilà arrivés en fin de formation et propulsés sur le tanker, incapables d'interpréter un compteur d'eau de la STEE. Que peuvent-ils contrôler, les pauvres ? Surtout pas la quantité du brut exploitée (225000 barils/jour) apparemment entachés d'une marge d'erreur [6][6].
En effet, les cuves de récupération construites en prévision à un surplus de brut des 300 puits, sont toutes pleines après l'exploitation d'environ 200 puits alors que le nombre total de puits a dépassé 600 dont bon nombre non encore exploité (y compris ceux d’ENCANA). Le brut extrait des puits est d'abord conduit vers un collecteur, puis vers un séparateur qui en extrait le pétrole de l'eau, des sables et autres déchets. Le brut nettoyé est ensuite envoyé dans l'oléoduc pour Kribi vers le terminal où des bateaux viennent s'en approvisionner. Mais que se passe-t-il exactement. Les compteurs posés au niveau de chaque puits afin de quantifier le volume du brut original ne fonctionnent pas. Premier couac. En d'autres termes, l'on ne sait guère la production de chaque puits, ne serait-ce que partiellement. Ni au niveau des collecteurs ni au niveau des séparateurs, les compteurs ne fonctionnent. Comment comprendre qu’ESSO installe des compteurs non fonctionnels ? Mystère ! Dans ce magma d'indélicatesses, le Ministre du pétrole a cru bon pallier à ce manquement surprenant par un arrêté 035 qui autorise ESSO à poser des compteurs à Kribi plutôt que Doba ; de caribe dans sylla ! Donc le pétrole sort du territoire tchadien vers le Cameroun sans aucun contrôle, sans aucune estimation. En amont comme en aval, c'est ESSO qui est le seul détenteur de la vérité ; le ministère du pétrole ne maîtrisant sans doute ps toutes les données. Pour jauger le brut, on estime la capacité du bateau plein à Kribi, lesquels bateaux se succèdent à un rythme effréné à telle enseigne que des pénalités sont prévues pour deux types de retardataires : ceux qui accostent à Kribi avec retard (le bateau est pénalisé) et ceux qui quittent Kribi avec retard (le consortium est pénalisé), l'essentiel étant de charger au plus vite pour faire place aux suivants. Qui sait avec exactement la capacité des différents bateaux ? Certainement pas les Tchadiens. Lors d'une rencontre sur le pétrole, à la question de savoir comment les Tchadiens allaient-ils contrôler les compteurs ? Un responsable du projet a rétorqué que des essais ont été menés à Houston aux USA avec de l'eau et ce, pendant plus de deux semaines et la conclusion est que les compteurs sont en très bon état de marche et aucune malversation n'est possible. À une autre rencontre, un responsable a affirmé que " le Tchad est le premier pays au monde à contrôler véritablement son pétrole ". Vol ou pas vol, à chacun de trouver un qualificatif pour cette sinueuse opération "cleptopétrolière". Ce n'est nullement la faute aux autres, loin s'en faut mais aux Tchadiens uniquement.
Lors de la visite au Tchad en 1976 de M. Kurt WALDHEIM ancien Secrétaire Général des Nations Unies (1972 à 1981), il était question de créer une division pétrolière avec un centre de documentation. À cet effet, une mission des Nations Unies conduite par un certain Rouyer, a séjourné au Tchad et a jugé concluante et très positive, l'extraction du gisement de Sédigui. Pour ce qui est des formations des cadres, le PNUD s'en chargera. Puis arrive la guerre qui remet les compteurs à zéro. Arrivé au pouvoir, Hisseine Habré s'empare du "dossier pétrole" et crée au niveau de la Présidence de la République, le Bureau des Affaires Pétrolières (BAP). Depuis lors, c'est la Présidence qui s'immisce contradictoirement dans le dossier pétrole jusqu'à nos jours. Et c'est là, le péché originel !
Économie : Sur le plan économique les résultats de l'Enquête sur la Consommation et le Secteur Informel au Tchad (ECOSIT, 96/97), donnent des seuils de pauvreté alimentaire de 173 frs CFA et de pauvreté globale de 218 frs cfa par tête et par jour. Tous ces seuils sont inférieurs au standard international d'un dollar US par tête et par jour. L'incidence de la pauvreté alimentaire est de 42% et celle de la pauvreté globale de 54% (ECOSIT). L'Indice de Développement Humain (IDH) de 2003 place le Tchad au 165 ième rang sur 175 Etats du monde, avec un taux d'inflation de 5,2%. Le PIB par habitant est estimé à 230 $ par an, moins de la moitié de la moyenne de l'Afrique subsaharienne. Le Tchad, dont 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté, connaît une situation d'insécurité alimentaire chronique. Les investissements directs étrangers en 2003 sont de 901 millions de dollars US, les importations de 775 millions de dollars et les exportations de 196 millions de dollars [7][7].
Malgré l'arrivée de l'or noir, le Tchad reste un pays à vocation agricole, dont le potentiel est encore largement sous-exploité : faute de moyens, seuls 10% des 20 millions d'hectares de terres arables sont en culture. Avec un cheptel de 16 millions de têtes (principalement de bovins et d'ovins mais également de caprins, de camelins, d'équins, d'asins), l'élevage représente le second poste d'exportations, alors que le secteur cotonnier, qui fait vivre plus de 350.000 exploitants, a fortement souffert de la chute des cours mondiaux.
De 1997 à 2004, la croissance du PIB réel par habitant a été en moyenne de 7,6%, taux deux fois supérieur à celui de la population, ce taux relativement élevé est dû essentiellement aux investissements massifs dans le secteur pétrolier supportés exclusivement par les bailleurs car il aurait fallu plus de trois ans et 3,7 milliards de dollars d'investissement pour achever la construction du complexe pétrolier de Doba et de l'oléoduc de 1070 km le reliant au port de Kribi, sur la côte camerounaise. Un défi que le consortium américano-malaisien ExxonMobile-Chevron-Petronas n'a pas hésité à relever. Mais depuis la commercialisation du brut, le Tchad devrait connaître, au cours des prochaines années, une croissance à deux chiffres. Son PIB devrait passer de 2,6 milliards de dollars en 2003 à 4,2 milliards de dollars en 2004, soit une croissance record de … + 58% en un an, ce qui devrait vraisemblablement amener à une légère amélioration des conditions de vie au Tchad plutôt qu'une constante décroissance en tout de vue.
Les ventes de pétrole du site de Doba pourraient rapporter, au cours des vingt-cinq prochaines années, et en fonction du prix moyen du baril, jusqu'à un milliard de dollars par an, une somme sur laquelle l'Etat tchadien percevra 12,5% de royalties (redevances). Sous la pression de la Banque Mondiale, avant le lancement des travaux, les autorités tchadiennes se sont vues dans l'obligation de promulguer une loi sur l'utilisation de leurs futurs revenus pétroliers. Celle-ci stipule que 80% des recettes doivent être versées à des secteurs prioritaires (santé, éducation, infrastructures), 10% déposés sur un fonds destiné aux générations futures et 5% consacrées au développement de la région de Doba. Restent donc 5% que le gouvernement peut, en quelques sorte, utiliser à sa guise [8][8]. Ce qui est sûr, les générations futures risqueraient de vivre longtemps avec les ruines et les décombres qui sont l'œuvre de leurs prédécesseurs.
Sur 225.000 barils/jour, le Tchad en a 27.000, le reste au consortium. Le Cameroun perçoit 0,41 dollar sur chaque baril passant par Kribi. Initialement, le baril devrait coûter 13 dollars mais avec la flambée du cours mondial du pétrole, le baril vient de dépasser les 55 dollars soit plus de 4 fois le prix initial. Et pourtant, celui du Tchad ne vaut qu'à peine 28 dollars parce que de "qualité inférieure" dit-on. Cela signifie qu'au lieu de percevoir 75 milliards de frs CFA par an, somme initialement prévue, le Tchad percevrait environ le double par an, toujours insuffisant car si notre douane était performante, elle rapporterait environ 100 milliards par an, donc supérieur au revenu du pétrole. Est-ce acceptable ? Déjà à son temps, l'ancien responsable du consortium M. Petit faisait croire, lors d'une rencontre avec les cadres à Moundou, que " le pétrole du Tchad est de mauvaise qualité, trop parcellisé et dont le transport dans l'oléoduc consomme une quantité fabuleuse d'énergie ". Dans ce cas alors, pourquoi voir accepté avec tant d'engouement d'en être le patron ?
Energie : En matière énergétique, les négociations n'ont pas porté sur la fourniture en énergie pour la population et les services étatiques, alors que le pétrole c'est d'abord et avant tout l'énergie. "Le pétrole de Doba est de qualité très moyenne, selon les documents techniques, et sa valeur marchande subit une décote de deux dollars par rapport au baril brent, le pétrole de référence sur les marchés internationaux. Il s'agit d'une huile lourde visqueuse, avec une forte teneur en eau, mais toujours selon les documents du consortium, pratiquement exempte de soufre (à vérifier). L’exploitation des champs pétroliers de Doba générerait 424,7 millions de tonnes de gaz carbonique". Notre analphabétisme pétrolier ne nous autorise aucune critique de cette aubaine qui se transforme en catastrophe.
"Tout le gaz naturel produit sera utilisé, selon toujours les documents techniques adoptés, pour la génération d'électricité destinée aux installations. Il n'y aura donc pas de surplus utilisables pour la consommation énergétique du Tchad ni de champs de torchères brûlant dans l'atmosphère le gaz libéré et non exploité, dégageant fumées noires et quantités massives de gaz carbonique". En d'autres termes, il n'y a pas de gaz naturel pour le Tchad alors que le gaz est torché à longueur du temps et notoirement visible dans la zone pétrolière. " Conscient du rôle vital que l'industrie du pétrole s'est assurée à travers le monde, l'Etat tchadien a accordé au mois de septembre 1969, un permis exclusif de recherche d'hydrocarbures liquides et gazeux, dans notre pays à la Société américaine "CONTINENTAL OIL COMPANY" (CONOCO) pendant une période de cinq années renouvelables ".[9][9] Comme on peut le voir dans les documents originels, l'exploitation de gaz au bénéfice du Tchad a bel et bien été prévue dès les premiers accords.
La situation énergétique au Tchad demeure toujours délicate. Au niveau de la STEE, outre les appuis matériels fournis par les pays (Libye, France) et les bailleurs, le Tchad a bénéficié de 55 millions de dollars de la Banque Mondiale pour soutenir la STEE, puis très récemment, de 30 millions de dollars fournis par la Banque Islamique de Développement pour l'achat des groupes afin d'amener la puissance de la STEE à 30 mégawatts plutôt qu'à peine 13 MW actuellement. Toutefois, l'électricité tchadienne est excessivement chère, avec un coût au kilowattheure qui est l'un des plus élevés du monde : 0,32 euro (210 frs cfa) au Tchad contre, par exemple, 0,16 euro (105 frs cfa) au Mali et 0,04 euro (26 frs cfa) au Ghana (soit 8 fois moins qu'au Tchad). En cause : le prix du carburant, qui représente 80% du chiffre d'affaires de la STEE. Le Tchad a beau être producteur de pétrole depuis juillet 2003, le brut ne peut être utilisé pour fournir de l'électricité à la capitale, car le pays ne dispose pas des infrastructures nécessaires. La mise en exploitation du gisement de Sedigui, au nord du Lac-Tchad, doté d'un brut léger donc plus facilement utilisable, permettrait d'obtenir un carburant moins cher. Jusqu'à présent, ce projet n'a pas abouti. La construction d'une raffinerie et d'un pipeline confiée, de gré à gré, à une société soudanaise du nom de CONCORP n'a jamais été achevée, et la société a disparu avec des millions de dollars du contrat. Pour relancer le secteur énergétique du pays, il faudra donc également assainir la gestion de la STEE, minée par des défauts de paiement. Véolia, filiale de Vivendi, s'y est essayée sans succès et a résilié, en avril 2004, le contrat de gestion qui la liait à la société depuis 2000. Depuis lors, l'Etat a repris les commandes [10][10].
Dans la zone de Komé-Miandoum-Bolobo par contre, où que vous vous tournez c'est face à l'énergie électrique. Quatre turbines développant chacune 30 mégawatts (soit 120 mégawatts au total dont 60 seulement utilisés), fonctionnant directement avec du gaz ou du fuel lourd (donc une source d'énergie gratuite en quelque sorte) sont installées. Les négociations n'ayant pas abordé l'aspect énergétique du pays, le consortium a cru bon installer du 110 volts au lieu du 220 volts, tension électrique incompatible à la plupart de nos appareils. Aucune clause d'éclairage des villes n'a été signée. Résultat, Doba, la capitale du pétrole vit dans l'obscurité la plus totale. Un projet d'électrification est en cours à partir d'une source autre que celle du consortium. Sur le site pétrolier existerait une mini raffinerie étant donné que les appels d'offres relatifs aux travaux n'ont guère fait mention de la fourniture en carburant. De surcroît l'importation de carburant dans la zone pétrolière semble invisible. Et pourtant, ils tournent à l'essence et au gasoil, ces centaines d'engins et de véhicules loués par le consortium ou lui appartenant.
Environnement : Les écoulements du brut sont une certitude. Cependant, le traitement des produits aux abords de la Pendé entraîneront la pollution du Logone, puis du Chari et donc du Lac-Tchad qui contient plus de 300 espèces vivantes. La disparition de ces espèces sera une perte du patrimoine non seulement national mais régional, voire mondial. Qu'adviendrait-il des personnes qui auront consommé ces eaux polluées ? Par ailleurs l'absence de sincérité du consortium ne cache-t-elle pas des conséquences funestes ? Les moyens sécuritaires sont-ils à la hauteur du désastre encouru ? Le Tchad, ce pays de lumière et de beauté ne se retrouvera-t-il pas hors du temps ?
Impréparations et/ou sournoiseries : Nos méchancetés et sournoiseries nous ont rendus très vulnérables. Le projet prévoit pour la partie amont (l'extraction du pétrole) le forage, et les installations ce qui suit : centre de contrôle des opérations et logements du personnel, construction d'un aérodrome permanent permettant l'atterrissage d'avions gros porteurs, construction et/ou réhabilitation de routes, installation des infrastructures des média etc…, le tout dans la zone de Bebedja, ce qui entraînera inéluctablement des infrastructures connexes : hôtels, restaurants, manèges pour distraction, établissements scolaires pour enfants des expatriés, bancaires, des industries agroalimentaires, médias, supermarchés, laiterie, pressing, autres services, etc. Rien n'a été fait parce que les Tchadiens eux-mêmes s'y sont opposés. À qui la faute alors ? Comme quoi ici chez nous, on ne change pas une équipe qui gâche. L'impréparation au Tchad est légion à tout point de vue. À titre d'exemple, plus de 6000 ouvriers se salissent les tenues chaque jour. En estimant que 3000 tenues sont nettoyées quotidiennement à 2000 frs la pièce, la société de pressing qui s'y installera, récolterait quotidiennement 6 millions de francs. Aussi curieux que cela puisse paraître, Doba ne dispose d'aucune station d'essence ni de gasoil. Que vaut une poubelle sans ordures ?
Lors du lancement des travaux, le consortium a demandé l'existence d'une personne ou entreprise capable de fournir 35.000 œufs par semaine en prévision à l'atteinte de la vitesse de croisière des travaux. Personne n'était capable de fournir cette quantité et les Camerounais auraient sans nul doute gagné le marché. Il avait sollicité les services d'une entreprise spécialisée en soudure des pipelines, il n'en existe pas au Tchad. Les Philippins ont gagné donc le marché. La construction d'habitations démontables gagnée par la "Tchad Cameroun Construction" (TCC), une entreprise étrangère et les routes par Bouygues alias "David Terrassement". "Catering International & Services" (CIS) dont le siège est en Europe a raflé la fourniture en alimentaire. Les ouvriers sont alimentés en fruits à partir du Cameroun, fruits issus des arbres plantés cinq années plus tôt en vue de desservir les travailleurs des chantiers. Un débrouillard de Bébédja est parvenu à obtenir un petit marché de fourniture de poulets, pour un chiffre d'affaires d'environ quatre millions de frs cfa seulement par mois. Un jour, le responsable des achats de CIS, un certain M. Escalier lui écrit en ces termes : " Nous n'achetons que du poulet PAC congelé, empaqueté individuellement, d'un poids minimum de 950 grammes et d'un poids maximum de 1100 grammes", une manière simple de l'exclure. Décidément, le marché a été attribué à une entreprise étrangère. Pour l'heure, les légumes, la fourniture de poisson et quelques insignifiants marchés sont acquis par quelques nationaux courageux. C'est à peine si les Tchadiens arrivent à décrocher des postes moyens.
En fin juillet 2002, David Terrassement alias BOUYGUES quittait le Tchad pour le Gabon. Les chauffeurs tchadiens réquisitionnés à cet effet, n'ont droit qu'à 100.000 frs maxi pour une durée de 16 jours pour y convoyer les véhicules en traversant le Cameroun et le Gabon. Aucun autre droit ni protection ne leur ont été accordés même si le délai imparti s'avère insuffisant. Tant pis pour leur retour ou en cas d'accident. En somme, les travailleurs sont laissés pour compte, leurs droits n'étant pas protégés par l'Etat. Il faut saluer ici la société civile tchadienne, quelques partis politiques qui ont pu faire fléchir le consortium afin de dédommager des paysans.
A cette allure, le Tchad parviendra-t-il pour autant à résorber la pauvreté qui touche la majorité de sa population avec le pétrole ? Rien n'est moins sûr, tant les problèmes à résoudre sont nombreux… . Ici comme ailleurs, rien n'indique qu'il n'enrichira pas, en premier lieu, une caste politico-économique gravitant autour du pouvoir. Le processus de répartition des recettes pétrolières fait bien, en théorie, l'objet d'une "surveillance" internationale imposée par la Banque Mondiale dont l'objectif est de favoriser le développement de secteurs socialement prioritaires (santé, éducation, infrastructures). La définition de ces secteurs et l'application de mesures de contrôle restent néanmoins des plus incertains puisque les premiers 4,5 millions de dollars reçus lors de la signature du contrat d'exploitation des gisements de Doba, ont été utilisés par le gouvernement pour l'achat d'armes [11][11]. Les Tchadiens n'ont pas honte d'être pauvres mais leur pauvreté est bigrement incommode.
Quelques pistes de solutions :
Plus on cherche, plus on se rend compte que le domaine du pétrole est un endroit où les secrets sont aussi immenses qu'un océan de sable. Cependant, point n'est besoin de doigter nos partenaires. Les régimes successifs ont enseigné aux Tchadiens la résignation étant donné que le glaive l'a toujours emporté sur le bouclier. Le résultat est édifiant car même dans les négociations avec des tiers, l'ombre de la résignation plane. Belle leçon intériorisée.
Malgré les déboires et maladresses ayant entachées le parcours sinueux de jaillissement du pétrole, tout n'est pas perdu car nous ne sommes pas encore assis sur le tranchant d'un rasoir. il existe encore des pistes de solutions devant conduire le Tchad à majorer sa part quand bien même le Cameroun et le consortium le tiennent virtuellement par la gorge à travers le débouché. Pour beaucoup subsistent l'envie de changer et la peur du changement. C'est là une histoire de conversion de la monnaie sans dépréciation.
Point 1 : Bonne gouvernance : les dirigeants tchadiens pourraient redresser la barque s'ils pensent légitimement avoir commis des gaffes. Mais hélas, rien ne peut se faire sans l'application d'une bonne gouvernance, ce qui parait tard puisque les choses vont en empirant. Tout ce qui se passe est proportionnel à la faiblesse d'un gouvernement en matière de gestion du pays. " Gérer c'est prévoir, ne pas prévoir c'est gémir ". Le cri strident de tout un peuple pour arrêter le désastre des accords, est monté jusqu'à Dieu mais il n'est pas arrivé à l'oreille du Gouvernement qui a choisi une gestion solitaire avec les siens. Pour le cas d'espèce, le non tripotage des textes constitutionnels fait bel et bien partie de ladite bonne gouvernance.
Point 2. : Réajustements : les Tchadiens doivent refuser ce qu'on leur refuse et que l'important soit dans le regard, non dans les choses regardées ; première attitude à adopter. De temps à autres, des réajustements des termes de conventions sont à suggérer voire imposer à nos partenaires afin de remédier à certaines insuffisances car rien n'est statique. Réfléchir sur d'autres types de débouchés est plus qu'une nécessité, c'est une obligation. En cas de refus, le Tchad se devra de déroger sans pour autant dériver. Il faut oser car mauvais est le soldat qui ne rêve pas d'être général.
Point 3 : Non extrapolation de la présente convention : la convention signée avec le consortium ne peut être dupliquée et servir de modèle à d'autres accords futurs à l'instar de ENCANA, cette société à laquelle le Gouvernement a attribué, les yeux fermés, de grands espaces (plus de 300.000 km²) et qui, au grand dam des cieux, a emboîté le pas à la convention du consortium puisqu'il s'agit d'une sous-traitance avec ce dernier, ce qui est désormais à proscrire.
Point 4. Syndicat des travailleurs pétroliers (STP) : le STP sera affilié à l'Union des Syndicats du Tchad (UST), l'objectif étant de protéger les droits des travailleurs, bref d'accorder aux travailleurs le droit d'avoir des droits. Désobéir est également un devoir. C'est illégal mais légitime. À Komé, même les professionnelles du sexe, les prostituées sont constituées en association avec comme présidente, une camerounaise… Il faut montrer ce qu'on n'ose pas dire et dire ce qu'on n'ose pas montrer.
Point 5. Création d'une Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT) : véritable bureau d'études en la matière, la SHT disposera outre les services techniques ad hoc et l'administration, des services juridiques, économique, socio-environnemental. La SHT aura des rôles techniques : conception et analyse des documents techniques, contrôle, propositions en tous points de vue, recueil tous azimuts des informations relatives au pétrole, bref elle se professionnalisera et produira des consultants dont la compétence sera sollicitée tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays plutôt que de regrouper de manière hâtive, anarchique, ponctuelle, et occasionnelle, des individus (très souvent non qualifiés) dont le rôle à chaque rencontre, ne se limite qu'à écouter et à signer les documents sans lecture profonde. Cette société devra s'atteler à élaborer des contrats types en bonne et due forme pour des éventualités.
Point 6. Raffinerie : une raffinerie de grande capacité pour satisfaire les besoins tant intérieurs qu'extérieurs ; ce qui baissera de manière drastique le coût de l'électricité, du transport et partant, stimulera la création des petites et moyennes entreprises, un moyen de juguler substantiellement la fraude. Le pétrole du Tchad étant qualifié de lourd, ses dérivés quoique l'on dise sont multiples, notamment le bitume pour le revêtement des routes.
Point 7. Énergie : des turbines devront être mises à la disposition du Tchad pour la fourniture en électricité. Étant donné la disponibilité en carburant, le Tchad devra se doter de quatre turbines de 30 mégawatts, une quantité nettement capable de supporter l'électrification de tous les chefs-lieux de région, de département et de sous-préfecture à un coût accessible à tous les citoyens.
Point 8. Gaz : l'usage de gaz par les ménages est un problème d'information, d'éducation et de formation à l'endroit des citoyens. On n'y gagnerait beaucoup en substituant le gaz au bois dont la coupe devient de plus en plus onéreuse aussi bien pour l'Etat que pour les populations. Certains pays limitrophes du Tchad en excellent.
Point 9. Réseau de chemins de fer : Contrairement à l'eau, le pétrole ne durera pas une éternité. Le Tchad doit donc se prendre très tôt afin de trouver dans la décennie courante, un débouché autre que celui du Cameroun : un réseau des chemins de fer reliant en priorité le Tchad à l'Afrique de l'Ouest à partir du Nigeria. De par sa situation géographique, le Tchad pourrait disposer de marché potentiel au sein duquel une portion du pétrole aussi infime soit-elle sera aisément écoulée. Il s'agit de la fourniture en carburant de la région ouest africaine. Carrefour économique potentiel, il jouit d'une position stratégique à tout point de vue puisque limité à l'ouest par le pays le plus peuplé d'Afrique, le Nigeria ; à l'est le pays le plus vaste, le Soudan ; au nord, l'un des pays les plus riches, la Libye ; quoi de plus envieux ! Par ailleurs, le développement du réseau routier national facilitera non seulement la circulation mais favorisera l'éclosion des activités connexes, les brassages intercommunautaires, un gage pour la paix à partir duquel naîtra le nouvel embryon d'une nation. C'est à ce prix seulement que les Tchadiens regarderont le projet avec un léger optimisme.
En somme, les exigences des Tchadiens sont à l'échelle de leurs malheurs et ce serait pour nous une lourde faute que de ne pas apercevoir notre propre bonheur. Au regard de tout ce qui précède, on ne peut se vouer à personne, moins encore au gouvernement et au consortium. Les gestes de victoire sur un fond de ruine ont conduit le bas-peuple à l'optimisme, à la jubilation, à l'imprudence et au silence, lors qu'il n'en est rien. Par conséquent, le mutisme, l'indifférence de chacun de nous, nous rattraperont. Descartes l'avait déjà vu avec une admirable clarté : " la liberté d'indifférence est le plus bas degré de la liberté ". Et puis, à quoi servirait l'archo-profito-situationnisme ? Si ce n'est qu'aux individus qui tirent leurs profits dans des situations anarchiques ! En dernier ressort les Tchadiens demeurent les seuls responsables de leur avenir car "tout esclave a en main, le pouvoir de briser sa servitude" (Jules César). L'avenir est-il seulement entre les mains de Dieu ? Non ! Aide-toi et le ciel t'aidera. Ce serait donc une utopie meurtrière que d'attendre la délivrance promise par le ciel. Il faut lutter pour la vie sans avoir peur de la mort même si depuis, nous luttons avec l'énergie du désespoir.
Caman Bédaou Ouma







