jeudi 22 octobre 2026

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Héritage politique de Fronçois NgartaTombalbaye et les origines de la crise institutionnelle permanente

L’éditorialiste du pouvoir MPS M. Djonabaye Dieudonné dit Bendjo, ex-porte-parole du journal N’Djaména Bi-hebdo et de la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH), avait réalisé un reportage très intéressant diffusé à la Télé- Tchad, avec des images d’époque montrant feu le président François N’garta Tombalbaye dans sa croisade contre le Soudan du général Djafar El-Nimayri en 1965. L’objectif déclaré était d’établir un parallélisme quasi- absolu entre les déclarations et le combat « natio- naliste » de Tombalbaye d’avec celui du général Idriss Deby Itno (IDI) qui serait, selon le réalisateur, l’héritier spirituel du premier président.
Nous n’allons pas nous intéresser à cet aspect de la question ; nous saisissons la balle au bond pour faire plutôt une analyse historique sommaire, surtout à l’attention des jeunes tchadiens qui ne disposent d’aucun repère pour connaître la vraie histoire de leur pays.

À l’origine
Qu’est-ce qui avait amené Tombalbaye à s’attaquer au Soudan en 1965 ? Pour mieux le comprendre, il faut revenir au contexte de l’époque. Cette année-là, le premier mouvement armé contre le pouvoir central de Fort-Lamy venait de se créer au Soudan, en l’occurrence le FLT de Mahamat Ahmat Moussa[1][2]. Un autre groupe, le FROLINAT (Front de libération nationale du Tchad), celui qui allait bouleverser le destin de ce pays, était en gestation et sera créé l’année suivante à Nyala, toujours au Soudan. Donc, à l’origine du conflit tchado soudanais, il y eu le rôle majeur du grand voisin dans la formation de la contestation armée contre un pouvoir X installé à N’Djaména. Le Soudan était sous la forte influence du régime nationaliste pan arabiste de Gamal Nasser en Égypte. L’idéologie dominante était la lutte contre l’impérialisme occidental qui chercherait à détruire l’identité culturelle et religieuse du monde arabo- musulman. Tous les mouvements de contestation armée qui verront le jour ici et là reprendront à leur compte cette idéologie comme base de leur programme politique. Les mouvements armés tchadiens ne seront pas du reste [2][3]. C’était le prix du soutien des pays arabes !

Les causes
Ce que ne disait pas Tombalbaye, c’est sa propre responsabilité dans la tournure des évènements. En effet, Tombalbaye une fois au pouvoir à la faveur de l’Indépendance, se soucia plus de la conservation de son fauteuil et fit les mauvais choix politiques qui lui coûteront finalement la vie. En 1962, il imposa une révision constitutionnelle renforçant ses prérogatives et imposa le parti unique pour couper l’herbe sous les pieds de ses adversaires, à l’époque presque tous originaires du « grand Nord » (Koulamallah, Abbo Nassour, etc.). La démocratie parlementaire fructueuse de 1946 fut abolie au profit de la dictature et du pouvoir personnel. Ce qui déboucha sur la première révolte populaire du 16 septembre 1963 à Fort-Lamy (Quartier Mardjane Daffack et consorts) réprimée dans le sang par la toute jeune armée tchadienne encadrée par des officiers français.

Les soutiens extérieurs
Tombalbaye s’appuya sur le soutien de la Françafrique et de la Légion étrangère française pour nourrir son arrogance politique et son penchant pour l’exclusion. Ses opposants, qui ne pouvaient pas se renier en ralliant le parti unique PPT RDA, préférèrent jouer sur l’opportunité du soutien arabe via le Soudan, pour organiser leur réplique à cette dictature. La géopolitique régionale leur allait être favorable, car avec le boom pétrolier des années 70, les pays arabes allaient disposer de grands moyens de pression sur l’Occident pour imposer leur volonté hégémonique sur l’Afrique subsaharienne. Dès lors, nos deux grands voisins du Nord et de l’Est prendront de l’ascendance sur la quasi-totalité des élites dites « nordistes » du Tchad, devenant les parrains incontournables de leur marche progressive vers le pouvoir. Tombalbaye désabusé se retournera contre le Sud à qui il imposera, sous couvert d’initiation ‘Yondo’[3][4] chez les Saras d’une part et en lançant la périlleuse et brutale « opération 750 tonnes de coton » au village de Kalgoua de l’autre, un climat insupportable d’oppression des fonctionnaires, de délation et d’incarcérations de dignitaires militaires soupçonnés de prendre conscience de l’état déliquescent du régime, (le mythe de Moabaye planton au ministère du plan’[4][5]). La trahison et la mort clôtureront son épopée politique.

Les premières illusions de victoire
Cependant, le FROLINAT ne connaîtra sa véritable apogée qu’après Tombalbaye. Pourquoi ? Parce que l’ancien président était un homme intelligent et rusé. Après avoir utilisé la Légion française pour affaiblir les foyers rebelles du Centre- Est entre 1968-1970 (Le fondateur Ibrahim Abatcha a été capturé, tué et décapité vers Am Timan, sa tête exposée au bâtiment de l’actuel Ministère des Relations Extérieures), Tombalbaye se tourna brusquement vers les pays arabes, rompit avec Israël, libéra et réhabilita ses opposants « nordistes » devenus ses plus farouches partisans. Des transfuges du FROLINAT furent récompensés avec des postes sensibles dans l’appareil d’Etat. Tombalbaye s’allia les faveurs de certaines chefferies puissantes du grand Nord, tel que Iriba ou des tribus hostiles au FROLINAT en l’occurrence les arabes Missiriés de feu Acyl Ahmat, qui lui prêteront main forte jusqu’à sa chute et sa mort. Ces manœuvres mirent un temps en difficulté les groupes rebelles du FROLINAT.

Le tournant
Après avoir joué pour Tombalbaye, un personnage obscur allait marquer une rupture dans les plans machiavéliques de celui-ci. Il s’agit de Hissène Habré (HH). Initialement « infiltré », semble-t-il par Tombalbaye et les services secrets français dans la rébellion pour la contrôler de l’intérieur, HH allait vite trouver ses propres marques, ayant constaté le vide intellectuel et idéologique qui prévalait au sein de ladite rébellion. Favorablement accueilli par Goukouni Oueddeï et placé à la tête de la 2e armée basée au Tibesti, HH allait organiser le rapt des européens dont Mme Françoise Claustre en 1972 à Bardaï. La rébellion du FROLINAT allait bénéficier durablement du coup médiatique de cette affaire « terroriste » de prise d’otage. Tombalbaye échouera aux portes de Bardaï. Sa volte-face anti-française (opération authenticité, campagne contre « Dopelé » Foccart [5][6]) lui coûtera la vie des mains des membres de sa propre armée et non pas du FROLINAT son ennemi juré !

L’incompétence des successeurs
Arrive au pouvoir, le 13 avril 1975, le Conseil Supérieur Militaire (CSM), pratiquement le régime le plus médiocre qu’a connu le pays. Les officiers de Tombalbaye, mal préparé à la gestion du pays et manquant de culture politique, allaient précipiter l’Etat dans la déchéance irrésistible. Le général Félix Malloum, chef de l’Etat, se trouva bien seul à croire en sa « politique de réconciliation nationale » avec la rébellion du FROLINAT, la fameuse politique de « la main tendue ». Dans son entourage militaire, deux tendances opposées : les partisans de la force autour de Kamougué d’un côté et de l’autre ceux de la neutralité de l’armée avec feu général Djogo. Très vite, les incohérences des militaires donnèrent le change aux deux grands groupes du FROLINAT issus de la scission [6][7] de 1976 entre HH (CCFAN) et Goukouni Oueddeï (FAP) de se réorganiser, de s’équiper d’armements modernes et de menacer directement la capitale N’Djaména. La spécificité arabe blanche vaudra la création du Conseil Démocratique et Révolutionnaire (CDR) de Acyl Ahmat, souvent considéré à tort ou à raison comme la marque de l’invasion arabe et islamiste sur le Tchad.

La fin d’un système de gouvernance
Avec la chute de la prestigieuse garnison de Faya-Largeau en février 1978, la plupart des cadres civils et militaires « nordistes » furent convaincus que le pouvoir « sudiste » vacillant de Malloum ne se relèverait plus jamais et que la route de N’Djaména était désormais ouverte. C’est alors qu’interviendra la lutte des tendances dites « politico-militaires » pour la conquête du pouvoir par les armes dans le jeu politique tchadien. Le premier qui s’installe aux bords du Chari devra s’imposer aux autres, telle sera jusqu’à ce jour la règle cynique de l’alternance, après le coup de force institutionnel fait par Tombalbaye ! La défaite de Faya-Largeau, qui démontra l’irresponsabilité des membres du CSM accrochés aux délices du pouvoir à N’Djaména, causera le basculement de la grande majorité des « sudistes » dans la tendance radicale « anti-nordiste FROLINAT », civils et militaires compris. Désormais, le mot d’ordre politique des « sudistes » sera jusqu’à ce jour « La Survie » à tout prix. Sans entrer dans trop de détails connus ou volontairement occultés, on retiendra simplement qu’après avoir perdu pied à N’Djaména (le pouvoir central), les « sudistes » tenteront l’expérience de l’autonomie dans un premier temps avec Kamougué sous le Comité permanent pendant 3 années au Sud (« Zone méridionale »). Cette expérience finira en queue de scorpion à cause des divergences inter-sudistes ravivées : une partie de l’ex-armée nationale tombée dans le piège de la défense du « terroir d’origine » de la majorité des soldats « sudistes » et devenue simple tendance, se rallia à HH et mis fin à l’aventure du Comité permanent.
Cependant, la propension à la résistance « sudiste » ressuscitera une première fois sous HH avec les groupes Codos, sans réussir l’unité idéologique des « sudistes ». Puis, sous le régime actuel avec les groupes de Ketté Moïse et Laoukein Bardé, disparus. Il parait évident que les « sudistes » ont bien abandonné l’option de la lutte armée qui ne leur a pas réussi, en comparaison avec les mécontents du grand Nord. Aujourd’hui, certains « sudistes » attendraient comme des sujets hébétés l’avènement d’un Tchad unitaire, laïc, républicain (égalité des citoyens) et démocratique (Accord du 13 août 08 ?), qu’ils croient que d’autres, confusément « les rebelles », « les français » ou autres qui prennent des risques, accepteraient de le leur gratifier généreusement ?

Le nœud du problème
La grande leçon à tirer du règne chaotique du CSM étant que la résolution du problème tchadien dépend du contenu qu’on lui donne et de la capacité des hommes à s’assumer. Le CSM a perdu pour avoir marginalisé les forces vives du Nord, les cercles d’influences ethniques et religieuses, le recrutement et le bon traitement des « nordistes » dans l’armée. Malgré la valeur militaire incontestable et la bravoure de nombre d’officiers et soldats « sudistes » de l’époque, ils seront pris au piège dans une guerre qui n’était plus celle d’une armée nationale mais des fractions tribales, régionales, religieuses. Ils ne pouvaient plus tenir sur un terrain hostile avec des populations réclamant leur départ et ne reconnaissant plus le pouvoir vacillant qu’ils défendaient. Aux « sudistes » d’en faire le bilan aujourd’hui !

Le recours
Pour revenir au Soudan, ce pays continuera à jouer un rôle grandissant dans le placement des chefs de guerre à la tête du Tchad, en l’absence d’une vision commune de l’Etat et de la république défendue par nos élites. Le Soudan n’est que le cheval de Troie d’un faisceau de puissances étrangères qui décident du sort des tchadiens restés immatures politiquement. Ce sont toujours des tchadiens qui vont, comme en 1965, demander l’aide soudanaise pour venir détruire leur pays, en tentant de s’emparer du pouvoir. Au contraire d’un autre voisin puissant du Nord qui avait un véritable conflit frontalier avec le Tchad, le Soudan attend patiemment d’être sollicité sans se fatiguer. À qui la faute ?

Leçons
Il est de la responsabilité des compatriotes qui ont souvent flirté avec le Soudan depuis ces lointaines années, de faire le bilan de leurs gains, par rapport à tout ce que le pays a perdu et continue de perdre encore à cause d’eux. La vision rétrograde de l’Etat butin de guerre et vache à lait, la stratification de la société selon une logique pro esclavagiste, la violence qui fonde le droit et la tribu qui doit dominer sur l’Etat, qu’est-ce qu’ils ont apporté de « révolutionnaire » et qui pourrait être retenu comme tel tant par les tchadiens avertis que par les historiens ? Personne n’assumera cette responsabilité à leur place devant l’Histoire. Il est vrai que les luttes dites de « libération nationale » en Afrique et ailleurs se sont appuyé sur le soutien transfrontalier pour gagner. Cependant il n’y pas d’exemples, à notre connaissance, aboutissant à l’aliénation de l’identité et de la souveraineté d’un pays, comme ce fut le cas chez nous.
En résumé
, l’héritage politique de Tombalbaye n’est pas étranger aux tentations qui détournent l’esprit des pseudos révolutionnaires une fois au pouvoir. Un, que ce serait-il passé si Tombalbaye n’avait pas changé la florissante démocratie parlementaire des années 46-60 par le système de la pensée unique et le culte de la personnalité pour assouvir sa soif de pouvoir personnel ? Deux, voyons un seul instant la liste des évènements lugubres de notre sombre passé qui n’auraient peut-être pas eu lieu : révolte et répression urbaine du 16 septembre 1963, disparition des hommes politiques tels que Jean Baptiste, Silas Sélengar et d’autres en prison sous la torture (prémices de la DDS), révolte de Mangalmé 1965, coup d’Etat militaire du 13 avril 1975, etc., etc. Trois, y aurait-il eu le phénomène de la rébellion armée et de tous les cauchemars qu’il ne cesse d’infliger aux tchadiens ? Quatre, Tombalbaye aurait-il été tué par sa propre armée fatiguée de poursuivre un « ennemi intérieur » perpétuellement reconvertible ?           

Gains et pertes
Tombalbaye avait bien géré la république, avec un petit budget d’une dizaine de milliards CFA, une gendarmerie de 1500 hommes mal équipés mais formés, disciplinés et déterminés, une administration territoriale tenue avec prudence par des cadres dont le niveau dépassait rarement le Bac mais qui se souciaient de la Loi , etc. Ce qui l’a perdu, c’est son obstruction à la démocratie qui l’avait pourtant amené au pouvoir, la soif du pouvoir personnel, éternel. La majorité des Saras Madjingaye[7][8] n’avaient pas connu physiquement Tombalbaye durant son règne, mais eux et les autres « sudistes » paieront chèrement et injustement pour lui jusqu’à ce jour, même les faits imaginaires inventés pour recruter et motiver plus de combattants contre son régime !

Erreurs fatales
Tombalbaye a voulu torpiller la règle du suffrage universel et du pluralisme démocratique, dans un pays complexe, pour être toujours « l’homme providentiel » ou « l’ombre du manguier » selon des griots de l’époque. Tous ses efforts et ses succès éphémères ont favorisé sa déchéance dans la folie du pouvoir, sa chute et sa mort violente. Son ami El Hadj Ahidjo du Cameroun fut plus sage en partant à temps : son pays tient encore debout et continue d’attirer les responsables tchadiens qui veulent « décompresser » le week-end !

Conséquences
En plus du conflit graduel Nord-Sud, Tombalbaye avait laissé faire son entourage tribalisé qu’il voulait transformer en cour royale haïtienne. Résultats : en 1978, au plus fort de la débâcle de l’armée majoritaire « sudiste » au grand Nord, des émeutes éclatèrent au Mayo Kebbi, contre l’hégémonie politique des Saras, les supposés « parents » naturels de Tombalbaye. Cette blessure sud-sud continue encore à entretenir des rancunes entre « sudistes » à l’esprit primitif, se traduisant par des coups bas et des incompréhensions systématiques à tout bout de chemin, pour leur grand malheur ! Si les élites du grand Nord seraient en train de vivre tragiquement le revers de la médaille du FROLINAT, leurs compatriotes « sudistes » ont baissé les bras depuis longtemps. Les leaders publiques « sudistes » sont restés handicapés par leur réflexe unique de survie et l’indifférence quasi volontaire envers la situation chaotique généralisée dans le grand Nord, telle une cynique revanche. Comme si personne ne devrait franchir le vrai faux mûr Nord-Sud qui est déjà pourtant tombé de lui-même, faute d’arguments, sous le coup des évènements contradictoires !

Le chant du cygne
Si aujourd’hui la classe politique crie à l’unisson que la solution passe par la mise en œuvre de l’Accord du 13 août 08, a-t-elle tiré les bonnes leçons depuis Tombalbaye, quand on sait que les leaders de cette époque s’accrochent encore au perchoir sans rien apporter de nouveau ? Qui est réellement pour le triomphe du suffrage universel : un bulletin = une voix = un (e) citoyen ayant réellement qualité pour voter ? Qui est prêt à abandonner les armes, par amour pour son pays et à se plier aux règles communes dans tous les domaines ? Pourquoi depuis plus de vingt ans, en matière pénale et criminelle, on consacre deux catégories de tchadiens irréconciliables : d’un côté les gens de la dia au-delà du 16ème parallèle et de l’autre l’écrasante majorité des ethnies préférant l’entente et la conciliation entre elles ? Quand un jour le pouvoir inévitablement changerait de pôle socio idéologique, quelle sera la coutume qui sera imposée ? Etc.

Et demain ?
Quand on sait ce qui se passe au Darfour, après avoir été pratiqué plus de 2O ans dans le Sud Soudan, quand on se réfère aux modes préconisés par ceux qui préfèrent le chemin de Rabah pour arriver au pouvoir et s’y maintenir en pratiquant la cruauté légendaire de ce dernier, on est encore loin de trouver une élite affranchie pour écourter les maux et fléaux importés au pays des Sao et de Toumaï. Le Harmattan souffle toute l’année du Nord-Est au Sud-Ouest et assèche tout sur son passage. Quand les Toyota ayant remplacé les chevaux de Rabah s’en mêlent, petit à petit, le Tchad devient un gigantesque désert, avec comme décor les champs de combats fratricides, une nature dégradée et des populations cannibalisées qui s’entredévorent çà et là loin de ce qui pourrait leur apporter réellement la paix et un peu de repos sur cette terre !… Tombalbaye avait-il pensé à tout cela ?

Enoch DJONDANG

[8]1] Des erreurs pourraient être faites sur les dates, les lieux et certaines nominations sans changer le fond du dossier ;
[9][2] Ce mouvement rebelle rallia le CSM du général Malloum avec 150 hommes ;
[10][3] Contrairement aux autres mouvements de libération nationale africains, ceux du Tchad n’avaient pas de véritables références idéologiques hormis la reprise laconique du discours nassérien
[11][4] Cette campagne ‘initiatique’ était politisée et visait à rééduquer les potentiels opposants de son groupe ethnique
[12][5] Matraquage médiatique organisé sous forme de satyres injurieuses et lues à la radio avant les infos
[13][6] Imitation aveugle du Mobutisme et caricature de Jacques Foccart sous le sobriquet de ‘Dopelé’
[14][7] ‘Officiellement’, la cause serait l’occupation de la bande d’Aouzou par la Libye  ;
[15][8] Ethnie d’origine du premier président de la république, région de Koumra dans le Sud ;

Dossier: « A l’occasion du 4e anniversaire de son investiture, le 08 août 05 : Portrait d’Idriss Déby, ses atouts et ses faiblesses  »

Pour commencer, nous tenons à signaler que cet article ne relève pas de l’utilisation « des procédés détestables, indignes et mensonges pour provoquer le scandale [1][1][1]», et ne donnerait lieu en France à aucune poursuite de la part de la DGSE ou du Secrétaire Général du Gouvernement français, moins encore aux menaces d’escadrons de la mort. Il est en symbiose totale avec la Constitution et la loi n°029 sur le régime de la presse au Tchad. Pourquoi dresser un portrait du Président Idriss Déby (ID) ? D’abord parce qu’il est un homme public, sa vie privée n’est pas concernée. Il gère le sort de tout un peuple au quotidien, donc nos destinées individuelles sont liées d’une certaine manière aux faits et gestes de ce seul personnage. Ceci étant, qui est celui qui dirige le Tchad depuis une quinzaine d’années ?

Les atouts du Président Idriss Déby 

Il faut comprendre une chose : il n’y a pas d’école ou de diplôme de référence pour devenir Président de la République. Tout part d’une conjugaison de circonstances et de la personnalité. L’histoire du général Déby est couramment remontée à l’époque où il était Commandant en Chef (COMCHEF) des Forces Armées Nationales Tchadiennes (FANT) d’Hissène Habré, avant sa révolte le 1er avril 1989. Or, il faut aller plus loin dans le temps.

Un, Idriss Deby est avant tout un militaire, un vrai militaire engagé régulièrement pour faire carrière avec l’uniforme. Il n’est pas un maquisard produit du FROLINAT, comme beaucoup d’autres chefs de guerre. IDRISS DÉBY avait été moulé dans le système politico-militaire qu’il combattra par la suite, celui des régimes dits « sudistes » de Tombalbaye-Malloum. De ce fait, il détient les mots de passe nécessaires pour maîtriser et neutraliser cet ancien système de gouvernance. C’était un atout considérable pour sa destinée, face aux « lobbies sudistes ».

Deux, du côté des « nordistes », la logique du rejet systématique des « sudistes » a fonctionné à merveille pour verrouiller complètement l’expression politique démocratique et s’assurer l’allégeance grâce aux vieux démons du conflit « nord-sud » ; jusqu’à ce que ce créneau atteigne sa saturation et cède définitivement la place au clanisme pur et dur qui n’a plus rien à voir avec la solidarité coreligionnaire. IDRISS DÉBY s’impose aujourd’hui comme la seule réalité politique et militaire du Nord, situation ambiguë puisqu’il a en face de lui une pléiade d’expressions politiques divergentes au Sud : Ce déséquilibre entretenu est-il un atout pour lui et pour les nordistes ou un danger à moyen terme ?  

Trois, Idriss Deby était entré dans les rangs du FROLINAT-FAN (Front de Libération Nationale du Tchad-Forces Armées du Nord) au bon moment, comme du sang neuf ; ainsi, il pourra mieux s’adapter à la logique dictatoriale de Hissène Habré pour devenir l’un des piliers du pouvoir de celui-ci. D’ailleurs, Hissène Habré se méfiait beaucoup d’IDRISS DÉBY qu’il croyait utiliser comme un pion. En 1985 déjà, les mouchards de la DDS de la région de Biltine soupçonnaient IDRISS DÉBY et son cousin feu Brahim Mahamat Itno[2][2][2] d’avoir massivement recruté des Bidéyat[3][3][3] (300 éléments) à Aramkolé dans l’intention de tenter un coup d’Etat. Rien d’étonnant que trois ans plus tard, les officiers et combattants Béri soient obligés de quitter précipitamment N’Djaména et les autres garnisons pour le Darfour, pour créer le Mouvement Patriotique du Salut (MPS) actuellement au pouvoir. C’est le grand atout d’IDRISS DÉBY : la solidarité active de son groupe ethnique ne lui a jamais fait défaut !  Jusqu’à preuve du contraire, la minorité clanique dissidente du groupe Abbas Koty et du CNR est restée marginale. Aucun autre chef politico-militaire, excepté Habré en son temps, n’a eu tant de soutien de « ses parents » comme IDRISS DÉBY.

Quatre, Idriss Deby considère ses amis et collaborateurs comme de potentiels adversaires : ainsi, il sait mieux que quiconque, même mieux que les marabouts, à quel moment la puissance et l’aura d’un collaborateur pourrait devenir un danger pour lui. Et il évite au mieux de se laisser surprendre, quitte à pousser à la gaffe. Nombre de chefs rebelles sont tombés dans son piège, en croyant être plus malins. Toutes les oppositions politico-militaires en gestation actuellement sont nées des préoccupations sécuritaires du général IDRISS DÉBY. À cela, il faut ajouter tous ceux qu’il a habilement ralliés à sa cause après les cures de diète sèche imposée aux partis d’opposition. Disposer des armes de ses adversaires pour les combattre est un art qui constitue l’un des atouts incomparables d’IDRISS DÉBY.

Cinq, Idriss Deby connaît les mentalités tchadiennes mieux que quiconque, que n’importe quel leader politique ou de la société civile. Sa capacité de s’adapter à la diversité de ses interlocuteurs lui permet d’avoir toujours une marge de manœuvre secrète, quelle que soit la situation. Si ses pourfendeurs l’accusent de ne pas être un homme de paroles, c’est parce que dans la pratique politique locale, il y a deux paroles qui font foi selon : ce qui se dit pour l’opinion et ce qui se concocte dans les salons de thé. En usant couramment de la délation, les interlocuteurs du Président IDRISS DÉBY le conforte et le légitime dans son rôle de maître des jeux. Tout ce qu’ils vomissent pour gagner un poste ou une place au soleil, IDRISS DÉBY y trouve des données supplémentaires pour décider en son âme et conscience. Peu importe qu’on l’accuse de favoriser l’instabilité politique institutionnelle permanente : pour le Président IDRISS DÉBY, premiers ministres, ministres, colonels, préfets et autres ne sont que des passagers qui peuvent être débarqués à tout moment, en l’air, lors d’une escale, selon la seule volonté du commandant de bord qu’il est, après Dieu. Il connaît l’insatiabilité des cadres tchadiens pour les postes, en l’absence d’un sens civique et de dignité élevée. En les remplaçant constamment, il s’assure le zèle des plus cyniques prêts à tout pour satisfaire leurs ambitions mondaines. Et il semble avoir pleinement raison puisque les candidats se font toujours plus nombreux !

Six, Dans le même ordre d’idée, selon la logique des états-majors, IDRISS DÉBY a toujours le dernier mot sur ses adversaires : ceux qui se retrouvent en prison ou clochardisés dans la rue peuvent s’estimer heureux d’avoir la vie sauve ! Même en exil, il ne faudrait pas croire échapper facilement au poing du général IDRISS DÉBY. Seul Dieu pourrait vous protéger si vous êtes dans la ligne de mire et non pas vos mille précautions ! Cet aspect des choses rend IDRISS DÉBY extrêmement redoutable, comme César, et apprécié des stratèges politico-militaires français qui n’en demandent pas mieux. Pour ces milieux à la logique implacable, c’est plutôt un grand atout.

Sept, ses traits de caractère lui auront souvent porté chance sur le plan stratégique. Par exemple, ce fut en douceur qu’il acheva de régler le litige tchado-libyen d’Aouzou et il devint tactiquement le pilier de la CENSAD. Dans cette position, il s’impose comme le garant de la paix des braves entre les visées libyennes et le nationalisme tchadien. Malgré les méfiances, en dépit de l’existence du Mouvement pour la Démocratie et la Justice au Tchad (MDJT) Toubou, le remuant voisin du Nord ne pourra se passer si vite des services du général IDRISS DÉBY, s’il veut prétendre viabiliser son espace vital CENSAD. Paradoxalement, l’arrivée en force des intérêts pétroliers américains dans le décor est un atout supplémentaire pour dissuader le voisin du Nord de ne plus réitérer les aventures d’invasion et de déstabilisation d’antan.

Huit, par rapport aux Français, IDRISS DÉBY reste la seule carte encore valable à moyen terme. En effet, le général Déby a rendu d’immenses services à la préservation du pré carré français en Afrique Centrale, par les interventions militaires en RDC, au Rwanda, au Congo, en Centrafrique. L’armée française a donc une grosse dette envers lui. Aucun autre leader, même ancien militaire, ne peut rivaliser sur ce point de relations soudées entre les généraux légionnaires de Paris et IDRISS DÉBY. Leur lobby ayant la mainmise totale sur la politique de la sous-région, c’est une garantie et un atout supplémentaire pour le général Déby. Paris n’est toujours pas prêt d’accepter l’arrivée au pouvoir à N’Djamena d’un civil, de surcroît par la voie légitime des urnes. Patassé en avait fait l’amère expérience en Centrafrique et IDRISS DÉBY dut être sollicité pour mettre un terme à « son imposture » (selon ses propres termes). Ce rôle de gendarme régional, à lui seul, justifie aux yeux de Paris, la préférence perpétuelle pour IDRISS DÉBY.

Ce sont là quelques atouts principaux qui font d’IDRISS DÉBY l’homme indispensable du point de vue des puissances intéressées par le Tchad. Peu importe les tableaux sombres que les Tchadiens eux-mêmes, à travers les partis politiques et les associations civiles, font de l’œuvre du Président Déby et de son régime. Pour le moment, l’ensemble des intérêts collectifs des Tchadiens pèse peu sur la balance par rapport à ce que représentent, en terme de garantie par les atouts d’IDRISS DÉBY, les intérêts mercantilistes et stratégiques à court et à moyen terme des puissances étrangères. Le pouvoir au Tchad est avant tout un point d’équilibre entre intérêts géostratégiques étrangers, et cela pour des années encore. Le président Déby l’avait lui-même déclaré un jour.

L’exploitation du pétrole ne fera qu’accroître ces pesanteurs d’ingérences extérieures : les acteurs politiques tchadiens devraient définitivement cesser de jouer aux choristes naïfs en continuant de ne voir que des principes et des idéaux charitables du côté des partenaires de leur pays. Il faudrait désormais s’exercer à faire les parallèles avec des intérêts implacables, en vertu desquels des surprises fort désagréables pourraient leur être servies collectivement. S’en prendre à la personne de Monsieur Jean-Pierre Berçot est une marque de naïveté indélébile des auteurs de la pétition adressée au Quai d’Orsay contre ses propos du 14 juillet 2005. Car il n’a fait qu’exprimer une position très officielle de son pays, qu’on le comprenne ou non ! Les élites tchadiennes sont peut-être en retard sur la nouvelle lecture de la réalpolitique africaine, sur la Françafrique et le redéploiement américain, qui est déjà d’ordre public international. N’est-il pas temps de se décoloniser mentalement et d’évoluer ?
Alors IDRISS DÉBY aurait-il, par ces atouts relevés ci-haut, une baraka éternelle ? Tout homme, quoi qu’il fût par sa puissance, par sa fortune ou sa réussite sociale, a des faiblesses qui peuvent parfois causer sa ruine totale, mieux que les coups de ses adversaires.

Les faiblesses du président Deby

Premièrement, la plus grande faiblesse du Président IDRISS DÉBY, c’est sa faiblesse envers les siens, ses proches Béri des clans Kouryara et Ourara. Il est vrai qu’il avait pu compter sans limite sur leur solidarité tribale, mais le destin de chef d’Etat est personnel et unique. Ni en monarchie, ni en république dans l’histoire de l’humanité, ce rôle ne se partage avec un clan, une tribu, une ethnie entière. En pratiquant la discrimination en faveur des siens, d’une ampleur jamais connue auparavant, dans un pays où plus de deux cent ethnies différentes cohabitent tant bien que mal, IDRISS DÉBY a créé une confusion et un danger difficilement contournable pour l’avenir des siens. Ceux-ci auraient de meilleures perspectives s’ils avaient gardé leur place naturelle parmi les composantes de la nation. Malheureusement, la confusion profonde et aveugle entre eux et le pouvoir d’IDRISS DÉBY amplifie les risques de péril qui planent sur la fin éventuelle d’un régime quelconque en Afrique. Même si nous autres sommes si vulnérables et méprisables, nous devons avoir le courage et l’amour de prévenir ceux de nos compatriotes qui ne savent pas là où ils vont, quitte à ne récolter que violence et souffrance.

Deuxièmement, tout tient à la personne physique du Président IDRISS DÉBY. Personne dans son entourage ne dispose des mêmes atouts que lui pour profiter un jour de son héritage politique. Tous ces pantins, avec les mêmes appuis extérieurs et la même baraka, n’auront pas la trempe nécessaire. C’est pourquoi, dans les milieux des puissances, la disparition d’IDRISS DÉBY est d’abord perçue comme une catastrophe. Et c’est IDRISS DÉBY qui l’aurait voulu ainsi, dans la pure tradition napoléonienne. Car avec ses atouts, il pouvait, s’il le voulait, très bien construire une véritable armée nationale sous contrôle. Une telle armée serait seule en mesure de mieux stabiliser les acquis de son pouvoir et éviter les revanches génocidaires. Une armée clanique, en son absence, cristallisera les ressentiments de la majorité des Tchadiens contre elle (et le groupe tribal de référence). À court terme, l’armée tribale sera gagnante dans une confrontation post-Déby, mais à moyen terme on ne voit pas comment elle échapperait au rouleau compresseur des milices populaires et fragments d’armée résiduelle des autres groupes ethniques du Nord au Sud, qui se seraient réarmés et réactivés entre temps ? La seule possibilité d’éviter une telle probabilité chaotique, c’est de régler tout de suite la question de la réorganisation de l’armée nationale. La conscience du général Idriss Déby, en tant qu’officier supérieur formé dans les traditions républicaines, est vivement interpellée en faveur de la paix pour les générations montantes, lasses des guerres pour la guerre sans fin !

Troisièmement, dans le même ordre d’idées, le sujet étant très sensible et dangereux, il y a en vérité moins de risques pour IDRISS DÉBY en décidant de ne plus briguer un autre mandat qu’en insistant pour rester coûte que coûte au pouvoir. Car les tares et les avaries de son régime, en prenant des proportions incontrôlables, priveront IDRISS DÉBY de ses atouts plus rapidement et mieux que ne l’auraient fait ses adversaires. Pour se donner une carrure et une légitimité propre qu’ils n’ont pas, ceux-là même qu’il a fabriqué et tant chéri contre les autres, déclencheront par maladresse et excès de confiance l’apocalypse tant redoutée. Et ils y seront cyniquement encouragés jusqu’à l’autodestruction totale du clan. Cette hypothèse, le Président Déby l’avait lui-même émise dans ses commentaires lors de l’affaire brumeuse du coup de force manqué du 16 mai 2004. Ce n’est donc ni une diffamation, ni une injure ni une incitation à la haine tribale, mais une probabilité reconnue par le Président lui-même ! Alors, comme un adage de chez nous le dit : « Qui peut détacher de ses liens l’hyène, mieux que celui qui l’a attachée ? ».

Nous préférons nous arrêter là, car pour ça seulement on peut vous couper la tête ou vous jeter dans la fosse aux lions ! Mais vraiment, si l’on devait approfondir cet exercice d’analyse politique, on aboutirait quand même à la confirmation de l’adage selon lequel « les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent ». Nous voyons venir la clameur et la réprobation virulente, de part et d’autre contre cet article. Cependant, en empruntant une logique de « militaro », comme l’aurait mieux dit notre regretté ami Roné Béyem, nous sommes sûrs d’une chose : nous serons mal lus et mal compris, une fois de plus ! Advienne que pourra !  

Djondang Enoch

[1][1][1] Propos de Son Excellence Jean-Pierre Berçot Ambassadeur de France au Tchad le 14 juillet 2005, et qui tient lieu actuellement de leitmotiv pour la répression sévère et « pour l’exemple » de l’exercice de la liberté d’opinion.
[2][2][2] Redoutable Ministre de l’Intérieur d’Hissène Habré, arrêté et tué après le 1er avril 1989 par la DDS,  terrible police politique de la dictature déchue.
[3][3][3] Sous-groupe ethnique des Zaghawa vivant entre Fada et Iriba dans le Nord-Est du Tchad voisin Darfour soudanais. Zaghawa et Bidéyat se regroupe sous l’appellation Béri distincte des Goranes et Toubous.  

Les Tchadiens du Cameroun 3ème partie : Commandant Tchatcho ou Judas de « l’autre côté »

Apparemment, il a 40 ans révolus, mesure 1 mètre 95 pour 90 kilogrammes environ. Et on l’appelle « Commandant Tchatcho » avec un point d’exclamation à l’arrivée. À ce jour, il n’a ni domicile fixe, ni conjointe, moins encore de progéniture. Mais littéralement, tout Yaoundé le connaît, tout le monde parle de lui. Parce qu’il est à la fois dans toutes les agences de voyage, dans tous les marchés, dans tous les bars, dans tous les cabarets de Yaoundé…En 17 ans de vie d’aventure à Yaoundé, Commandant Tchatcho ! défraie chaque jour la chronique, inspire la terreur à tout le monde - en particulier à ses compatriotes Tchadiens - et totalise à lui seul « 27 séjours en prison » comme il aime à le clamer lui-même.

Ancien élément de « Codo vert » - mouvement rebelle opérant dans le Logone Oriental de 1983 à 1986, d’où son sobriquet de Comandant Tchatcho (tchadien) - Djimrassengar Nicolas a quitté son Koumra natal en 1987 pour s’installer à Yaoundé. Très vite, le jeune Tchadien va avoir la maîtrise du Cameroun, dont il parle couramment une dizaine de langues. Dès 1989, il constitua avec quatre autres jeunes tchadiens un groupe qui a réuni une petite somme d’argent pour monter une cafétéria. Mais l’entreprise n’aura duré que le temps d’une saison des pluies, juste 4 mois et ce fut la catastrophe. Car les revenus générés par la cafétéria de Commandant Tchatcho et compagnie étaient chaque soir injectés dans l’alcool et les jupons.

Entre-temps, Commandant Tchatcho et sa bande changent de fusil d’épaule, et investirent dans les «affaires ». De jour, les copains se faisaient voir dans les marchés de Yaoundé, vendant de la friperie. De nuit, les « affairistes » se métamorphosaient en un collège de Ninja, braquant et dépouillant les noctambules à travers les quartiers de la capitale. Trois lieutenants de Commandant Tchatcho ont fini par laisser leur peau dans ce brigandage, tandis que 9 de ses affiliés restent aujourd’hui détenus à Kondengui, la prison centrale de Yaoundé.

Mais Commandant Tchatcho, lui, ne désarme pas. De ses nombreuses entrées et sorties de la prison, il tisse et ratisse large en relation avec les forces de l’ordre et décuple sa capacité de nuisance. A la gare voyageurs de Yaoundé, par exemple, il est devenu le collabo privilégié des policiers et la bête noire de ses compatriotes. Un Tchadien débarque du train ? Commandant Tchatcho le canalise directement au fond du filet de la police. Commandant Tchatcho vous demande dare-dare 50 mille F CFA et vous n’en avez pas ? La gendarmerie va inexorablement vous débusquer le même jour et vous serez obligé de débourser deux fois plus, sinon vous êtes foutu !… Dans les bars et cabarets, ComTchatcho et sa bande, qui grandit chaque jour davantage, se gèrent en « règle congolaise » ; c’est-à-dire, ils entrent un soir par exemple dans un débit de boisson, « ils boivent jusqu’à l’aube, ils cassent les bouteilles et ils ne payent rien ! » A la moindre revendication du barman ou du tenancier, ComTchatcho ouvrent immédiatement les hostilités où ni la police, ni la gendarmerie ne peuvent intervenir…

Ainsi, de jour en jour, la triste célébrité de Commandant Tchatcho monte, tout en ternissant l’honneur de ses compatriotes. Curieusement, un bon nombre de jeunes tchadiens, à travers les villes du Cameroun, s’inscrivent de plus en plus à l’école de ce Judas des temps nouveaux. Triste !

 Par Bétoubam Mbaïnaye

Les Tchadiens du Cameroun 1e partie : Quand l’eldorado se transforme en cauchemar

Fuyant les conflits et les persécutions ou poussés par le désespoir, un grand nombre de Tchadiens se retrouvent aujourd’hui au Cameroun voisin. Dans des conditions souvent précaires. Etat des lieux.

Ils sont fonctionnaires de l’Etat, diplômés sans emploi, étudiants, commerçants, simples paysans… Certains sont réfugiés statutaires ou demandeurs d’asile. D’autres, des nomades ordinaires, des migrants économiques ou des aventuriers tout azimut. À ce jour, nul ne peut chiffrer avec précision le nombre de ces Tchadiens venus au Cameroun dans l’espoir de sauver leur vie, d’échapper aux persécutions ou de bénéficier de la relative prospérité du pays.

Selon les sources, les chiffres varient : certains parlent de 500 mille Tchadiens vivant sur le territoire camerounais ; d’autres, de 1 million. Le Haut-Commissariat pour les Réfugiés, de son côté, annonce le chiffre de 39.642 réfugiés tchadiens, rien que dans les villes de Garoua, Yaoundé et Douala. Et chaque jour, il en arrive d’autres. Djingaotoudji Issac, Président de la Colonie tchadienne au Cameroun témoigne : « Ici, nous sommes nombreux, très nombreux. Dans toutes les villes, dans tous les villages du Cameroun, on a quatre chances sur deux de rencontrer un Tchadien (…) Et nous constituons une main d’œuvre quasi gratuite dans les chantiers de construction, dans les ports, sur le réseau ferroviaire… »

Mais c’est surtout dans les champs de maïs de l’Adamaoua et les plantations de coton de la localité de Garoua, au Nord du Cameroun, que la communauté tchadienne est légion. « Chaque année, entre mai et septembre, mille à deux mille Tchadiens débarquent au Nord du Cameroun. Par dizaines, ils sont recrutés par des propriétaires terriens qui les exploitent dans des conditions souvent inhumaines », déclare en substance un fonctionnaire camerounais d’origine tchadienne qui réclame l’anonymat. Il faut ajouter que certains, en particulier des femmes, évoluent à la débrouille. Rassem Dorkass, 38 ans et mère de 5 enfants, est de ceux-là. Au bord de la grande voie bitumée reliant le quartier Elig-Ezao au stade Omnisports au cœur de Yaoundé, elle passe 10 à 15 heures par jour devant son petit commerce. Indifféremment, Dorkass parle : « Cela fait 16 ans que je suis à Yaoundé. Mon mari est un gardien de nuit dans un restaurant au quartier Mokolo. Il gagne 23.500 F CFA par mois. Cela ne lui permet pas de payer à la fois le loyer, la nourriture, le savon, des habilles, des médicaments et la scolarité des enfants. Je suis alors obligée de me mettre dans la vente des arachides grillées pour lui venir en secours. » A quelques dix pas de l’étal de Dorkass, un groupe de vendeurs à la sauvette se chamaille dans un arabe qui rappelle le marché central de N’Djaména. Ce sont des jeunes Ouaddaïens qui se disputent l’ordre de payement de leur tontine…

Exode massif et continu
Selon nos sources, la migration tchadienne vers le Cameroun n’est pas un phénomène nouveau. Déjà en 1965, alors que le Tchad amorce une dérive dictatoriale sous la mégalomanie de feu président Ngarta Tombalbaye et que l’activité économique prend son essor au pays d’Amadou Ahidjo, les Tchadiens commencent à migrer au Cameroun. Une migration alors devenue unilatérale et qui, tout en fluctuant en fonction de la situation politique et économique du Tchad, n’a jamais cessé. Les seigneurs de la guerre qui se sont succédé au pouvoir au Tchad de 1975 à nos jours, n’ont fait qu’accélérer ce mouvement migratoire ; tandis que la déperdition économique et la déréliction sociale qui ont suivi et qui perdurent, servent de catalyseur à cet exode massif.

Mais pour les milliers de Tchadiens qui traversent illégalement la frontière vers « l’Ouest », le rêve de l’eldorado camerounais se transforme vite en cauchemar. Car depuis toujours, ils sont victimes d’une xénophobie ambiante et de la violence policière. Il faut rappeler qu’en 1988, huit à dix mille Tchadiens, selon les sources, ont été expulsés sans bagages du Cameroun. En 1991, un autre programme de refoulement de Tchadiens a été annulé in extremis. En février 2002, les étudiants tchadiens de l’université de Ngaoundéré, dans la province de l’Adamaoua au Nord du Cameroun, ont été l’objet d’une violente agression dont les causes n’ont pas encore été précisées. Aujourd’hui encore et en dépit de la Charte de la CEMAC qui appelle à l’intégration entre les peuples des six Etats de l’Afrique centrale, les tracasseries policières et « l’anti-tchadinisme » demeurent tenaces au Cameroun. À l’évidence, nos sources indiquent qu’au moment où nous écrivons ces quelques lignes, « pas moins de trois cents ressortissants tchadiens croupissent à la prison centrale de Yaoundé » pour des motifs souvent fallacieux ; tandis que bien d’autres sont régulièrement traqués par la police à cause du permis de séjour. Précisons que le permis de séjour au Cameroun pour les ressortissants de la CEMAC coûte 80.000 F CFA pour une validité de deux ans.

« Tchadien, mon chien »
« Ce dernier temps, on sent que les autorités camerounaises jouent la carte de l’apaisement ; parce que nous ne sommes pas aussi menacés comme par le passé », observe Barka Youssouf, un ancien élément de la Sécurité Présidentielle sous Habré, devenu vendeur de chaussures au marché central de Yaoundé. Est-ce l’odeur des royalties du projet pétrole de Doba, dont l’Etat camerounais est bénéficiaire à hauteur de plus de 50 milliards de dollars, qui change ainsi la donne ?

Quoi qu’il en soit, les efforts – bien intéressés – de l’Etat camerounais pour améliorer le sort des Tchadiens n’ont pas survécu à l’anti-tchadinisme longtemps ancré dans l’imaginaire du Camerounais. Pour Gareng Prosper, bachelier tchadien installé depuis 7 ans à Yaoundé, « quand un Camerounais t’appelle Tchadien, en appuyant sur le premier syllabe, c’est qu’il te traite de chien. » Laoudoumaye Timothée, employé à la boulangerie Caravelle à Yaoundé, ajoute : « Ce qui me choque le plus dans l’attitude des Camerounais, c’est le traitement qu’ils nous accordent au travail. Quel que soit notre niveau d’étude ou notre compétence, ils n’acceptent jamais nous payer au-dessus de 30.000 F CFA quand bien même ils ne peuvent pas se passer de nous. Il y a dans cette attitude du racisme et de l’esclavagisme. »

Pour le bureau de la colonie tchadienne, 3 Tchadiens sur 5 installés dans les villes du Cameroun travaillent comme veilleurs de nuit ou domestiques. Et l’immense majorité de ceux-ci gagne un salaire ridiculement bas : « Ils perçoivent en général entre 5 à 30 mille F CFA par mois », précisent nos sources. Entre-temps, une maison de deux chambres à Yaoundé coûte en moyenne 15 mille F CFA le mois ; la scolarité d’un enfant se situe entre 45 et 120 mille F CFA l’année ; le kilo de riz coûte 750 F CFA ; les frais médicaux sont pratiquement inaccessibles à ces nombreux Tchadiens du Cameroun.

Malgré cette précarité de la situation des travailleurs tchadiens au Cameroun, la majorité de ceux-ci n’est ni immatriculée à la Caisse nationale de prévoyance sociale, ni protégée par un quelconque syndicat. Exits donc les droits des travailleurs migrants chers au Bureau International du Travail (BIT) ; et tant pis pour celui qui se fait arrêter ou renvoyer de son boulot…

Pour tempérer ce calvaire, bien de Tchadiens se laissent embarquer dans les partis politiques, en particulier le RDPC du président Paul Biya et l’UDPC du nordiste Bello Bouba Maigari ; et obtiennent de ce fait des cartes nationales d’identité camerounaise. Toutefois, le nombre de ceux qu’on peut qualifier de « sans papier » reste important. Et ceux-ci continuent à mettre au monde des enfants qui ne sont enregistrés ni au Cameroun, ni au Tchad. Ces enfants seraient plus de 10 mille à être privés de nationalité et n’ont aucune possibilité d’accès à l’instruction.

Bétoubam Mbaïnaye

Ialtchad Presse, une décennie, un nouvel élan, le journal Ialtchad Magazine est lancé.

Créée exactement en 2000 sous une version électronique à l’adresse www.ialtchad.com, Ialtchad Presse fête aujourd’hui ces 10 ans d’existence. Le site web récapitule plus de 2,7 millions de visites, 6 millions de pages visitées, 182 mille courriels et enfin plus d’un millier de tchadiens ont signé le livre d’or. C’est un véritable outil de communication fondé sur des valeurs d’objectivité et de professionnalisme, une presse affranchie de toute appartenance autre que celle au Tchad. Avec abnégation, nous avons apporté notre contribution à la liberté et à la démocratie au Tchad, et nous en sommes fiers.

Aujourd’hui, notre indéfectible attachement au pays, notre assidu désir à participer au devenir de ce dernier et notre conviction en un Tchad en paix et prospère nous ont amenés à rééditer notre contribution à l’évolution de la presse privée. Nous voilà sur support papier pour signer notre entrée dans l’univers de la presse classique.

En effet, Ialtchad Magazine est le premier magazine tchadien intégrant le nouveau concept triple nord américain soit : information général, commercial de promotion et people. Le mensuel est publié en 5000 exemplaires, 32 pages, papier glacé, 100 % couleurs et dans un design authentique, très soigné. La qualité, le style et le contenu du journal résument l’expertise et le professionnalisme de notre équipe. Plusieurs rubriques vous sont proposées, elles abordent la société, l’économie, l’art et culture, la santé, l’environnement, etc. Le magazine est aussi vendu au Canada, en France, au Cameroun et au Sénégal.

Il faut souligner, Ialtchad Magazine se veut un outil d’information générale, d’encouragement de débats sociaux-culturels, et de promotion des biens et services. A ce titre, nos colonnes sont ouvertes à tous les acteurs de la vie publique et privée du pays. Le Magazine est une propriété de Ialtchad Media & Trade, un réseau d’information et une régie publicitaire. Le réseau d’information et de promotion comprend un labo pour montages numérique (audio-photo-vidéo) et création web, 4 sites web professionnels et un magazine commercial de promotion et people.

Aussi, le lancement d’un journal papier est aussi une occasion pour formuler des vœux. Que disparaissent à jamais la guerre et son miséreux cortège. Que l’intérêt personnel, les détournements des deniers publics, la gabegie, le népotisme et la médiocrité fassent place à la justice, à la démocratie, au développement, à l’excellence et à l’unité des tchadiens. Méditant cette dialectique, nous soutenons sans réserve la politique de la main tendue du président de la république Idriss Deby Itno. L’accord politique du 13 août 2007 entre le gouvernement et l’opposition politique et le rétablissement des relations diplomatiques entre le Tchad et le Soudan consolident la recherche de la paix et de la stabilité. Un Tchad de paix et de droit, est tout ce que les tchadiens attendent.

Enfin, nous sommes très heureux de vous compter parmi nos lecteurs. Ensemble, consolidons l’œuvre entamé il y a dix ans, l’œuvre dont le nom à seul « Ialtchad » en dit tout sur son objectif.  Vos suggestions, contributions et autres commentaires sont toujours bienvenues, n'hésitez pas à nous les envoyer.  Bonne lecture.

Moussa Yayami, Hamid

Le Tchad, le peuple, la Nation, la République sont des réalités en désuétudes, on se cache plus pour placer haut sa personne, sa famille, sa région, sa religion, son appartenance ethnique. C’est une des pensés les mieux partagées par les tchadiens, on ne peut y échapper aujourd’hui parce qu’il appartient aux AUTRES de nous qualifier.  Ainsi, il y a une situation grave dans ce pays. Quand a commencé cette situation ? Tout tchadien a plus qu’une idée, il a une foi. Pour certains c’est avec la Constitution de 1962, pour d’autres avec le coup d’Etat de 1975 ou encore avec la guerre civile de 1979, avec les FAN 1982, avec le MPS 1990. Pas de volontaire pour la guillotine, ici il n’y a pas une, mais des vérités, le scientifique et la raison sont indéfiniment discutés. Chaque ethnie, tribut ou région à son sorcier. Pour chacun c’est les AUTRES, les arabes, les goranes, les ouaddaeins, les nordiste, les sudistes, les habreistes, les itno, les zakhawa, la France, la Libye, les soudanais et j’en passe. Les AUTRES, pas NOUS. Tous, non coupables ? Que Satan soit lapidé !
Pourtant on se doit de comprendre quelque chose. La question tchadienne est tout autre chose sauf des écritures d’opinions antinomiques. Les opinions contradictoires constituent un éventail des négations inter tchadien, au-delà, elles contribuent à rendre la question plus complexe. La désastreuse situation du Tchad peut trouver ses origines aussi loin dans les expressions colonialistes d’André Malraux proclamant l’indépendance du Tchad, mais elle serait aujourd’hui entretenue par le manque de courage.

Bientôt dix-neuf ans au pouvoir, même si tout n’a pas commencé en 1990, le régime en place ne peut nier sa responsabilité. Ce régime devrait se sonder en interrogeant son bilan. Quoiqu’on puisse discourir sur les origines de notre triste sort, aujourd’hui c’est plutôt l’absence d’une véritable démocratie et particulièrement la décrépitude économique et sociale du pays qui sont les causes de l’instabilité endémique du pays. C’est dans ces fondements que les mouvements rebelles et autres oppositions politiques harponnent légitimités et prétextes.
Sur le plan économique, la Somalie, pays en guerre civile depuis près de deux décennies n’a pas à nous envier. Le pétrole exploité depuis 2003 n’a rien apporté de concret. La corruption et les détournements sont troublants. Le pays reste pauvre parmi les pays les plus pauvres. Jusqu’à quand veut-on couver ce non-sens ? Courage, c’est tout ce qu’il faut pour dire qu’il s’agit d’un pays le Tchad, et non d’un bazar privé.

Constitués essentiellement des architectes d’hier, ceux de ce même système en place, il faut le dire, les mouvements armés sont mal partis. Il est impossible ou presque de greffer des bonnes causes sur du vent et en faire une pitance comestible. Beaucoup d’entre eux ont eu la chance, le temps et la responsabilité nécessaire pour montrer qu’ils aiment le Tchad, mais ils ont fait le contraire. Ce qu’ils trouvent injuste aujourd’hui est bien leur irresponsable toile. Sans vision, sans leader crédible, la prétention que la rébellion armée sera un orchestre national est à démontrer. Le plausible est une désolante continuité parce que le pouvoir par les armes n’est absolument pas différent de ce que les tchadiens vivent depuis le coup d’Etat institutionnel de 1962. Le courage, c’est tout ce qu’il faut pour condamner avec le défunt Ibni Oumar Mahamat Saleh « la prise de pouvoir par les armes et » son inévitable « confiscation par les armes.»

Aussi, s’ajoute des personnes ne trouvant pas autre vocation que celle d’attiser la haine et d’appeler à la mort d’autres tchadiens pour leurs mesquins intérêts. Désinformations, injures, viles propagandes, diffamations, étalage de vies privés et le tout contre des tchadiens comme eux. Femmes et enfants ne sont pas épargnés. Est-ce cela traité de l’information ? Des blogs, des images, des vidéos aux relents de la Radiotélévision Libre des Mille Collines rwandaise pour évangéliser la haine et la mort. Qu’on se le dise, prendre les armes et aller mourir à l’Est n’est pas le propre à une communauté, d’ailleurs à aucun individu. La conviction pour un changement par la violence restera inachevée si elle se limite à des ridicules et haineux clavardages.  Sans la vérité, toute détermination demeurera dérisoire. Du courage, et on verra qu’on n’est pas en train de servir le Tchad.

Un pays, un Etat de droit, sont les aspirations des tchadiens. Cela ne peut pas se réaliser tant qu’on n’aura pas le courage de dire que la victoire militaire des tchadiens sur des tchadiens ne sera jamais la libération. Cette dernière entretiendra au contraire le cycle de la barbarie, le cycle de cette même dictature qu’on voulait initialement résister. Ourdir le mal sous toutes ses formes contre ses concitoyens qui ne penseraient pas comme nous ou qui n’appartiendraient pas à notre famille est en soi une vision sans éclairage, de la stupidité. Pour sortir le Tchad du bois, il faut une lutte contre tous les vices qui nous minent et d’où qu’ils viennent. On ne peut dissocier la lutte contre ces muezzins de la haine et des opportunistes convertis en rédempteurs, de la lutte contre la dictature. C’est le cycle de l’impasse qu’il faut contenir par un changement pour tous et non un changement aux effluves partisans. Du courage pour refuser l’aliénation partisane. Rien que du courage pour s'accepter mutuellement afin d’avoir les coudées franches pour sauver le Tchad.
Courage n’est-ce pas ?  

Moussa Yayami, Hamid

Ialtchad Presse : Maître Toro comment vous présentez aux jeunes qui n’ont pas connu votre légendaire carrière sportive ?
Maître Toro : Je suis Haroun Sabah plutôt surnommé Me Toro. Ancien footballeur j’ai fait toute ma carrière avec le club Gazelle et avec l’équipe nationale, les Sao. Aujourd’hui je suis employé de banque et j’entraine aussi des équipes depuis 1987.

Ialtchad Presse : Un petit rappel de votre parcours ?
Maître Toro : Mon parcours comme footballeur commence dans les années 70 et a pris fin dans les années 80. En deux décennies j’ai évolué dans un seul club de la capitale. Avec ce club j’ai gagné plusieurs titres.

Ialtchad Presse : Les Sao du Tchad n’ont jamais participé à des phases finales des compétitions internationales. Quels sont les problèmes qui minent le foot tchadien ?
Maître Toro :
Le constat est pathétique pour l’image de notre pays. Les raisons de cet échec sont multiples. Et il n’est pas du tout facile de juguler une association des phénomènes négatifs et interdépendants. Pour participer à des compétitions internationales, il faut des joueurs de talents. Ce qu’on ne produit pas du tout. Des joueurs de calibre, il faut les former à bas âge. Avec nos bricolages de circonstances, il sera utopique de forger une valeur collective avec un système de jeu de qualité. À ce problème s’ajoute l’absence des moyens financiers et d’infrastructures. Les peu des moyens sont mal gérés. Les terrains de foot sont impraticables, les équipements désuets rendent les conditions de travail difficiles. Et puis l’environnement sportif très hostile. Entre autres : l’attitude désobligeantes des dirigeants, le soutien quasi-inexistant du public et le manque d’intérêt de la presse. Voilà globalement nos problèmes.

Ialtchad Presse : Il y a beaucoup de joueurs africains professionnels en Europe. Pas assez des Tchadiens. Ces africains ont-ils des qualités particulières que nos compatriotes ?
Maître Toro : Comme les autres pays africains, ce ne sont pas les bons joueurs qui manquent. Nous faisons face à un autre problème, celui d’ouverture qui nécessite des participations à des hauts niveaux pour montrer les talents de nos joueurs. Nos clubs sont souvent éliminés au 1er tour. Ce qui ne permet pas aux sélectionneurs internationaux de voir des Tchadiens et de juger leurs talents. Mais des grands talents on a toujours eu : feu Mahamat Naham, Augustin dit kopa, Toko, N’Doram etc.

Ialtchad Presse : Avez-vous des solutions à proposer ?
Maître Toro : Du moment où les problèmes du foot tchadien sont connus de monsieur et de madame tout le monde, chacun a sa petite idée pour nous sortir de cette agénésie sportive. Cela dit, tout commence par une conscience nationale et une volonté politique susceptible de donner les moyens financiers adéquats et les structures nécessaires.

Ialtchad Presse : Votre meilleur souvenir avec Sao ?
Maître Toro : C’est mon 1er match international contre Azingo National du Gabon en 1974 à N’Djamena où on a gagné par 4 buts à 0.

Ialtchad Presse : Votre meilleur souvenir sous le maillot de l’équipe Gazelle ?
Maître Toro :
Avec le club Gazelle c’est ce trophée de la coupe du Tchad en 1972 alors que nous étions en deuxième division.

Ialtchad Presse : Votre conclusion sur le sport ?
Maître Toro : Le sport tchadien a besoin d’un soutien total. Que nos critiques ne soient pas néfastes pour les jeunes, les gouvernants ou pour ceux qui sont de près ou de loin concernés par le sport. Qu’on se donne la volonté et les moyens de defender valablement nos couleurs. De grâce, arrêtons de nous humilier.

Réalisation Abdine Ali Abdoulaye

PROJET PÉTROLIER, INFLATION ET PAUVRETÉ AU TCHAD
La montagne accouchera-t-elle d’une souris ?

INTRODUCTION

Jadis connu comme l’un des pays les plus pauvres et où sévit une guerre interminable, le Tchad est aujourd’hui en passe de devenir un des pays les plus médiatisés à cause de l’exploitation de son pétrole. Le pétrole tchadien semble attirer plus d’un regard alors même que le peuple tchadien semble surpris et que des débats contradictoires semblent aujourd’hui s’estomper. Derrière les Institutions de Breton Wood, l’on semble s’être s’accordé sur l’idée que ce projet, actuellement le plus important d’Afrique de par le montant des investissements, et unique en son genre pour son approche en terme de réduction de la pauvreté et de gestion des ressources, constitue une chance unique pour sortir le pays de la misère et d’une situation structurellement chaotique.

   Aujourd’hui, l’heure n’est plus aux projections et aux investigations de l’esprit. Le pays vit réellement l’ère pétrolière quoiqu’aucune goutte de pétrole ne soit encore sortie du sous-sol. Il n’y a qu’à examiner les indicateurs macroéconomiques du pays (emploi, investissement, etc.), l’effervescence qui a gagné le peuple tchadien, les investisseurs privés intéressés par l’Afrique et de descendre dans la zone pétrolière (Doba, Moundou, Komé) pour avoir une idée sur la fièvre qui a atteint tout le pays.

   L’heure semble donc avoir sonné pour commencer à analyser l’impact de ce projet sur l’économie tchadienne et en particulier sur le niveau de vie et la pauvreté.

   Le projet pétrole tchadien, projet défini par la Banque Mondiale comme un projet de lutte contre la pauvreté, est un vaste chantier destiné à forer et transporter le pétrole brut de Doba vers une facilité de stockage représenté ici par le port camerounais de Kribi, est réputé pour le Tchad réduire la pauvreté et mettre le pays sur la voie de la croissance économique. Or, la théorie économique est claire sur ce point : la croissance économique à court terme a un effet néfaste sur l’inflation.

   En effet, la croissance économique dans ce contexte se traduira non seulement par un accroissement du revenu des ménages, la hausse de l’emploi mais aussi et surtout par un accroissement des dépenses de l’Etat. La hausse du revenu aura pour conséquence une hausse artificielle des prix mais aussi une hausse de la demande en biens et services. La hausse de l’emploi se traduira quant à elle par une augmentation de nouveaux agents sur le marché des biens et services, ce qui contribuera à accroître la demande intérieure. Quant aux dépenses de l’Etat, ses conséquences seront directes sur la demande intérieure. Une fois née, l’inflation devra ensuite s’auto-entretenir par ses effets sur les coûts de productions. Dans un premier temps, par ses effets sur les coûts de la matière première et ensuite sur le niveau des salaires, les salariés devant chercher à maintenir, sinon améliorer leurs pouvoir d’achat. Tout ceci se traduit par un gonflement de la demande. Il faut nuancer ces propos toutefois. En effet, la hausse de la demande intérieure se partage entre biens échangeables et biens non échangeables. Il peut y avoir des effets de substitution et des arbitrages à faire entre ces biens. En outre, les investissements peuvent se traduire par un accroissement de la demande en biens importés plus important qu’en biens intérieurs. Malgré tout cependant on doit assister à la hausse des prix des biens non échangeables et même des biens échangeables si l’Etat ne favorise pas la concurrence au niveau du secteur des entreprises d’import-export.

   Or à court terme, l’offre est rigide ; l’ajustement se fait alors par les prix. En outre l’inflation baisse le pouvoir d’achat des ménages, ce qui provoque du même coup un accroissement de la pauvreté. Il semble donc qu’il y ait une contradiction apparente à court terme entre les objectifs de réduction de la pauvreté et ceux de croissance économique. Il se pose ainsi, à court terme, le problème de la formulation de la politique économique à mettre en œuvre pour endiguer les effets contradictoires liés à l’exécution de ce projet. Quelle politique économique le gouvernement tchadien doit-il mettre en œuvre, à court terme, pour atténuer les effets néfastes de la croissance sur la pauvreté ?

   Dans le cadre du Tchad, pays sous-développé où l’économie dépend, jusqu’ici, fortement des aléas climatiques, cette problématique de la réduction de la pauvreté par la croissance est encore plus importante. Il y a de nombreuses contraintes sur les capacités de productions et de nombreux aléas (climatiques, volatilité des cours mondiaux du pétrole, etc.). L’ajustement de l’offre nationale, essentiellement agricole, à la demande sur le marché des biens pourrait-il se réaliser rapidement de sorte à résorber le déficit et réduire l’inflation ? En outre, les commerçants n’auront-ils pas toujours tendance à accroître continuellement et cela de manière artificielle les prix ? D’autre part, le regain d’activité dans le secteur privé dans un contexte où le marché d’emploi est restreint ne va-t-il pas accentuer l’inégalité sociale urbaine entre salariés du secteur public et ceux du secteur privé ? Quels en seront les conséquences sur le degré de motivation des agents de l’Etat? Par ailleurs, en ce qui concerne la population rurale, l’inflation ne va-t-elle pas accentuer la pauvreté à long terme de la population rurale dont le revenu est soumis aux desiderata des conditions climatiques et incapable d’accroître leur offre ? Quel sera le comportement des décideurs politiques dont l’objectif est de faire de bons mandats ? Mais avant tout, le pays ne dispose pas encore d’un appareil statistique solide pouvant mesurer l’évolution des impacts du projet pétrole sur la population. Il est à relever par exemple que pour les prix, la base de l’indice est 1988, soit avant le rétablissement des salaires normaux en 1990, avant la dévaluation de 1994, ce qui pose aujourd’hui le problème de la fiabilité de l’indice et qui plus est, ne rends compte que de la situation de la ville de N’Djamena. Or le pôle d’inflation, s’il y en a, est situé dans la zone pétrolière. Il est alors fondamental de se demander quel est la véritable ampleur de la situation, puisque le taux d’inflation officielle calculée, de 2,5% en 2000 semble manifestement minimiser le phénomène. La mise en œuvre du projet pétrole tchadien suscite donc bien des interrogations.

   D’abord, quel est le niveau réel de l’inflation aujourd’hui ? Comment va-t-elle évoluer dans le futur ? Quel impact l’inflation va-t-elle jouer sur l’objectif de réduction de la pauvreté ? Quels sont les conséquences sur l’inégalité et sur le marché de l’emploi au Tchad ? Quelles peuvent alors être les politiques économiques à mettre en œuvre pour résoudre les problèmes engendrés ?

   Ce papier tente, à partir des hypothèses sur l’évolution de l’économie et sur le comportement des décideurs politiques, d’analyser l’impact que ce projet qui suscite tant d’espoir aura sur l’économie et sur la pauvreté. Il tentera de donner des pistes d’options de politiques économiques à mettre en œuvre afin qu’il puisse combler les attentes qu’il créée aujourd’hui. Il mettra un accent particulier sur les conséquences que peut avoir l’inflation sur l’efficacité des politiques envisagées pour réduire la pauvreté.

Aussi, dans un premier temps, nous analyserons l’évolution des indices de prix actuellement calculés et montreront que ces indices sont loin de la réalité.

Ensuite, nous décrirons les conséquences d’une probable inflation sur l’économie du pays. Nous analyserons particulièrement les insuffisances des politiques économiques envisagées en rapport avec la pauvreté.

Enfin, dans un troisième temps, nous recenserons les différentes sources de l’inflation et proposerons les mesures de politiques économiques à mettre en œuvre pour réduire ses effets sur la pauvreté.

  1. L’indice officiel des prix minimise l’inflation

Lorsqu’on examine le graphique ci-dessous donnant l’évolution de l’indice des prix, on en arrive à la conclusion selon laquelle l’inflation au Tchad est faible sur la période de 1995 à 2000.


    Graphique 1 : évolution de l’indice officiel des prix à la consommation à N’Djamena (base 100 en 1988) : source INSEED.

En ce qui concerne la période 2000-2001, l’on semble imputer la hausse des prix à la sécheresse qu’a connue le pays durant cette période. Il faut en effet relever effectivement au vu du graphique ci-dessous que l’indice des prix a été fortement influencé par les prix des produits alimentaires et principalement ceux des céréales.


    Graphique 2 : Indice trimestriel des prix de quelques postes (base 100 en 1994)

  Finalement la conclusion à laquelle aboutissent beaucoup d’analystes de la vie économique du pays comme la Banque Mondiale, le FMI, les journaux tels Jeune Afrique Économie est que l’inflation est faible et ensuite qu’elle est même maîtrisée. Si le premier constat est erroné, il en est de même de la logique qui les amène à conclure que la croissance du niveau des prix est maîtrisée. En effet, les statistiques officielles sont loin de la réalité et les populations tchadiennes qui vivent la situation en sont bien conscients. Déjà à l’examen du graphique ci-dessous, l’on se demande pourquoi les fluctuations dans la production agricole des années précédentes n’a pas produit les mêmes effets sur le niveau général des prix que pour la campagne agricole 1999-2000. En outre, l’examen approfondi du graphique montre que tous les indices ont eu la même inflexion à la hausse en début d’année 2000 (sauf les services). En réalité, la mauvaise pluviométrie ne semble qu’un prétexte à la hausse des prix des denrées alimentaires, l’origine de la hausse serait ailleurs.

Graphique 3 : Évolution de la production céréalière de 1990 à 2000 (en milliers de tonnes)

En pointillé : prévision de 2001. (Source : document AFRISTAT et INSEED)

  Principalement deux raisons tendent à prouver que les indices de prix ne reflètent pas la réalité :

-        Dans un premier temps, l’indice des prix officiel est un indice capital, comme dans la majeure partie des pays de la zone franc. Or les conditions de vie de N’Djamena ne peuvent être facilement généralisées à l’ensemble du pays. Il faudra pour cela montrer que les structures de consommation sont homogènes et que les prix évoluent de la même façon dans tous le pays. Ce qui est loin d’être le cas pour le Tchad. En effet, en ce qui concerne les produits vivriers par exemple, les prix dépendent des quantités produites qui elles-mêmes sont fonction de la répartition géographique de la pluviométrie dans le pays. Si deux villes voisines peuvent avoir la même tendance d’évolution des prix (comme c’est le cas de Moundou et Sarh) il n’en va pas de même pour des régions éloignées car les moyens de communication ne sont pas très développés, surtout en saison de pluie. Le champ pétrolier est situé au sud du pays. Et l’accroissement de la population occupée dans cette zone et les compensations effectuées dans le cadre des déguerpissements ainsi que le fort accroissement de la population expatriée crée une forte croissance de la demande de biens et services. Cette croissance de la demande se caractérise aussi et surtout par un gonflement de besoins nouveaux : logements décents, restauration, produits frais, pour ne citer que ceux-là. Ainsi, la zone pétrolière est un pôle important d’inflation. Cela a commencé à se répandre et à se faire sentir au loin. A Kélo, une ville moyenne située à une centaine de kilomètres de Moundou par exemple, le prix de l’œuf a triplé en intervalle de deux ans, passant de 25 Francs à 75 Francs aujourd’hui. A Moundou, on enregistre une forte demande en logements, modernes comme traditionnels. Les expatriés, disposant de revenus importants, ajoutent au phénomène. En effet, ceux-ci ne discutent pas les prix fixés par les commerçants, ce qui amènent ces derniers à avoir une certaine flexibilité dans leur politique de prix.

-         Dans un second temps, il faut noter que même pour la ville de N’Djamena l’évolution de l’indice des prix ne reflète pas la réalité. En effet, les coefficients budgétaires sont ceux de 1988. Or, depuis cette date, il y a eu un certain nombre de changements importants qui, à notre avis, ont affecté durablement la structure de consommation des ménages. Il s’agit entre autre de :

-       Le relèvement du niveau des salaires intervenu au Tchad en 1990 après la longue période de demi-salaire tristement célèbre auprès des fonctionnaires tchadiens ;

-       Les changements politiques intervenu tour à tour : changement de régime, démocratie qui se traduisent par une autre appréciation du climat social ;

-       Les politiques d’ajustement structurel notamment la dévaluation du franc CFA intervenu en 1994, la libéralisation des prix, les privatisations, etc. qui ont affecté, comme dans la plupart des économies de la sous-région, les ménages. Un des effets attendus de cette dévaluation est justement que les ménages se tournent vers les biens de consommation locale. L’autre conséquence de cette politique monétaire est qu’elle a diminué le pouvoir d’achat des ménages.

-       La reprise de la croissance économique de ces dernières années caractérisée principalement aujourd’hui par la baisse du chômage.

Ces éléments sont à notre avis de nature à rendre caduque les coefficients de pondération des indices de prix. Il est à notre avis raisonnable de supposer qu’une correction de cette base pourrait se traduire par une croissance plus forte de l’indice général des prix.

En effet, en ce qui concerne les deux premiers éléments par exemple, ils se traduisent par un relèvement du revenu des ménages et donc une hausse de la consommation finale des ménages. La dévaluation quant à elle, a pour conséquence, du moins théoriquement, une réallocation des ressources des produits importés, devenus plus chers, vers les produits locaux. Mais il faut noter ici que cela ne peut se réaliser que si les quantités consommées de ces produits importés peuvent soit être substitués soit être réduites. Or en ce qui concerne le Tchad où existe un tissu industriel très léger et où la propension à consommer les biens importés est un phénomène plutôt culturel qu’économique, on ne peut s’attendre véritablement que ces quantités importées baissent. Par ailleurs, en ce qui concerne les ménages rurales agricoles, l’autoconsommation étant forte, l’augmentation des recettes tirées des produits exportés pourrait se traduire, comme dans le cas du Togo, par un accroissement de la demande en produits importés Quant au dernier élément cité, on peut raisonnablement supposer qu’il introduit sur le marché des biens une autre classe de consommateurs, plus jeunes, plus nanties puisque d’une manière générale employés de grandes firmes internationales et du secteur privé, d’une manière générale. Il fut ajouté à ce titre également l’introduction de nouveaux produits sur le marché.
 
                                                2.     L’inflation est bien réelle

Le phénomène est donc, à notre avis bien réel. Et l’on est en droit de s’attendre à ce que cela s’intensifie et se généralise sur tout le territoire tchadien. En effet, la croissance économique annoncée est à venir et il faut donc s’attendre à ce que lorsque les différentes sources de l’inflation se soient réalisées, l’on arrive à la situation de certains pays tels le Gabon où le coût de la vie est très élevé et où les populations rurales sont restées très pauvres.

Montrons dans cette section que l’augmentation des prix n’est pas prête à s’estomper. Pour cela examinons l’évolution de la demande et de l’offre.

  1.                             Déséquilibre structurel entre offre et demande

En effet, d’après la théorie économique, l’effet de la croissance sur les prix n’est qu’un effet transitoire car la hausse de la demande devra être suivie d’une hausse de l’offre. Dans le cas du Tchad, que va-t-il se passer ?

Il est certain que le tissu industriel du Tchad, encore très légère, laisse une grande place à de nouvelles unités de production. De même, en ce qui concerne les structures déjà en place, la faiblesse de la production accompagnée des techniques de production très vieillissantes peuvent favoriser leur essor. Cependant, à ces opportunités théoriques de développement s’oppose des difficultés structurelles qui, à notre avis, sont de nature à constituer des obstacles, ou du moins ralentir le développement industriel du Tchad par apport des investissements directs étrangers.

   L’un des obstacles les plus importantes est l’enclavement du pays. En fait, il s’agit moins de l’état d’enclavement que de la mondialisation et des regroupements régionaux. En fait, il s’agit ici de dire que pour qu’une entreprise internationale puisse s’installer ou se développer dans ce nouveau contexte, il faudra qu’il trouve des avantages concurrentiels à long terme dans le pays, dont l’un des plus importants est la compétitivité en termes de prix. Dans le cas du Tchad, le climat politique tend à s’assainir, il y a des programmes importants de construction d’infrastructures routières. Du coté des juridictions, beaucoup d’efforts restent à faire, en ce qui concerne la mise en œuvre des législations internationales, en matière de droits des affaires, OHADA notamment. Le point d’achoppement se trouve surtout au niveau des coûts de production. En effet, dans un contexte inflationniste et sur un marché de l’emploi restreint où le recours au personnel expatrié est important, pour qu’une entreprise s’installe, il faut que dans les pays voisins elle ne puisse pas avoir des avantages concurrentiels. Notre propos ici est que si l’Etat tchadien ne met en place un système incitatif et n’assainie pas le climat économique (maîtrise de l’inflation), l’accroissement de la demande intérieure favorisera le développement des pays voisins, notamment le Cameroun et le Nigeria qui disposent des avantages concurrentiels importants en terme de main-d’œuvre, d’infrastructure et qui, en plus ont l’avantage de partager une longue frontière avec le Tchad (ce qui réduit les coûts de transport). Ce qui se passera alors simplement c’est l’accroissement des importations puisque les accords de libre échange (que cela soit dans le cadre du CEMAC ou du GATT) ne peuvent permettre au Tchad de faire du protectionnisme. Les entreprises d’import-export se développeront fortement (c’est déjà le cas aujourd’hui). Mais les avantages que confère le secteur informel pourront-ils inciter les opérateurs à accroître la taille de leurs structures pour être visible ? Dans ce schéma, le devoir de l’Etat est de mettre en place un programme économique qui puisse rendre le pays compétitif. Cela passe évidemment par la maîtrise de ce qui se passe sur le marché de l’emploi : maîtrise de la hausse des salaires, efforts importants en matière de formation professionnelle. Mais en plus de cela, il faut mettre en place une politique d’industrialisation assez lourde de sorte à réduire les coûts de production des petites unités : secteur énergétiques, secteur des bâtiments, secteur minier.

  1.                Réapparition du syndrome hollandais grâce à la démocratie ?

Il est crucial de se demander quel sera le comportement des dirigeants politiques durant cette phase d’exploitation.

   On sait en effet que l’objectif de tout parti politique c’est de conquérir le pouvoir et d’y rester. Il se pose ainsi le problème de la compatibilité de l’objectif d’une planification de long terme avec les objectifs de court terme du parti au pouvoir. Ce dernier en effet, cherchera, une fois au pouvoir de mener des actions de nature à se faire réélire : politique sociale hasardeuse, investissement de prestige et absence d’une politique restrictive favorisant une croissance de long terme. N’assisterons-nous pas alors à des politiques budgétaires expansionnistes favorisées par l’assurance de disposer des ressources nécessaires au financement des dépenses d’éducation, de santé et autres signés dans le cadre des accords avec les bailleurs ? En clair, l’existence du Comité de gestion des recettes pétrolières ne favorisera-t-elle pas une gestion calamiteuse des autres recettes de l’Etat ? Nous répondrons de notre part par l’affirmative. En outre, il faut signaler que les recettes fiscales pétrolières sont en réalité très volatiles, ce qui pose finalement un problème de gestion budgétaire aiguë aux décideurs économiques. La crainte à ce niveau serait alors que de déficits budgétaires importants puissent exister et que ces déficits soient financés par endettement extérieur.

  1.                                   Finalement quel impact sur le revenu réel ?

La recherche effrénée de la croissance économique ne doit pas nous faire oublier les années difficiles de l’ajustement structurel. Car si l’objectif de croissance élevée est fondé, l’on doit avoir à la tête qu’une bonne croissance est une croissance « qui génère le plein-emploi et la sécurité des moyens de subsistance, encourage la liberté et le contrôle de l’individu sur sa destinée, distribue les avantages équitablement et favorise la cohésion et la coopération sociale et préserve l’avenir du développement humain »[1][1]. Le projet pétrolier est certes une occasion unique pour remettre le pays sur la voie du développement économique. Mais cela correspondra-t-il à une bonne croissance économique ? Ne sera-t-elle pas plutôt une croissance appauvrissant ? Dans les paragraphes qui suivent nous tenterons d’analyser l’impact que ce projet aura sur l’économie et surtout sur le bien-être des populations.

Comme nous l’avions souligné plus haut, pour l’instant, l’effet que les populations urbaines ressentent, c’est la reprise de l’emploi et l’inflation. Abordons la question sous l’angle de l’influence de l’inflation sur le niveau de vie des ménages.

Nous ne nous attarderons pas outre mesure sur les conséquences classiques courantes de l’inflation, sujets que la littérature économique a traité de manière approfondie. Signalons seulement au passage qu’une inflation forte :

-         réduit le contenu informationnel des prix, ce qui les empêchent de jouer leurs rôles dans l’allocation des ressources ;

-         a un impact psychologique négatif sur la population ;

-         a un effet négatif sur l’investissement.

Il est indéniable que le projet pétrolier aura un impact positif sur le revenu nominal des populations urbaines et rurales. Mais l’augmentation des prix viendra atténuer cet effet. Et la question essentielle à ce niveau est de savoir quel effet l’emportera.

v    Au niveau des populations urbaines :

L’effet a ce niveau est indéniable : l’impact du projet pétrolier est favorable sur l’emploi et sur les salaires. Au niveau de l’emploi, on pourrait enregistrer une baisse importante du chômage due à la hausse de la demande des sociétés pétrolières mais aussi des autres sociétés annexes qui s’installent. En ce qui concerne les sociétés pétrolières uniquement, il est prévu que le projet crée environ 4000 emplois directs. Les restructurations intervenues dans les secteurs bancaires et des télécommunications et la croissance qui s’en est suivie sont autant d’opportunité qui se sont crées pour les jeunes tchadiens qui ont une certaine formation professionnelle. A l’exemple de l’ensemble du secteur moderne tchadien, le graphique suivant donne l’évolution de l’emploi au sein de 5 entreprises suivies par le service de la Comptabilité Nationale du Tchad. Le graphique d’après donne, quant à lui, le niveau moyen des salaires au sein de ces entreprises.

Graphique 4 : Effectif moyen employé dans 4 entreprises modernes suivies par le service de la Comptabilité Nationale (source : INSEED)

Graphique 5 : Evolution du salaire moyen mensuel dans 5 entreprises modernes de la ville de N’djamena.

   Si la reprise de l’emploi est nettement visible sur le graphique 1, par contre le niveau moyen des salaires ne reflète pas une amélioration des revenus. Si l’on y ajoute l’effet de l’inflation on pourrait arriver à la conclusion que sur la période il y a une baisse du pouvoir d’achat des ménages concernés.

En ce qui concerne le secteur public, l’on n’a pas assisté à une augmentation des salaires depuis les ajustements effectués au lendemain de la dévaluation du franc CFA. L’évolution des salaires dans ce secteur ne peut ne peut être continu comme celui du secteur privé où les salaires sont, au moins théoriquement, négociés au moment de la signature des contrats. Il faut noter déjà que le niveau des salaires à la fonction publique tchadienne est plus faible. Et si l’on suppose en plus que ces salaires ne peuvent évoluer que par sauts successifs dont l’amplitude ne peut être indexé au coût de la vie, l’on se rends compte combien la croissance engendrera une inégalité sociale importante entre salariés.

Quelles conséquences pour le service public ?

On peut se rendre compte que cette situation ne pourra que favoriser la corruption et le clientélisme et créer de la démotivation. Comme on peut le constater dans certains pays tels la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le salaire bas, source de demotivation, devant le coût de la vie, en perpétuelle hausse, engendre une paupérisation qui n’est supportable, pour les fonctionnaires, que grâce aux pots de vin.

  v    Au niveau des populations rurales

Sans investissement important on ne peut assister à une amélioration de la production des cultures vivrières habituelles. Tout au plus on pourrait assister à une spécialisation dans certaines cultures nouvelles telles les salades afin de répondre aux besoins nouveaux. En effet, pour qu’il y ait hausse de la production dans un contexte où les techniques agricoles sont rudimentaires et où la production dépends des aléas climatiques, il faudra prévoir des investissements importants, ces investissements devant être axés entre autres sur les techniques d’amélioration des rendements et la lutte contre l’exode rural. En effet, le développement de l’éducation, l’attrait pécuniaire des villes accélérerons la baisse de la population active agricole et mettront en péril le développement de ce secteur. Pour l’agriculture d’exportation, le schéma auquel on doit s’attendre est l’abandon progressif de la culture du coton surtout que les cours de cette matière première ne cessent de chuter. Il est possible que la réorientation se fasse au profit des cultures vivrières destinées pour la commercialisation dans les centres urbains (salade, oignons, tomates, etc.).

En outre, en ce qui concerne l’élevage, effectivement dans ce secteur, on peut s’attendre à une intensification de l’élevage de poulets de chair, porcs, etc. qui répondent aux besoins nouveaux. Il est cependant illusoire de penser que les moyens de production pourront permettre de réaliser des gains substantiels à moins que les ONG de développement intensifient leurs actions dans le sens de la distribution de crédits et l’assistance technique. Sans cela, on ne peut assister à une accumulation de capital suffisant à même de financer les activités. Il faut noter également que le secteur élevage est très peu organisés. On constate tout au moins quelques opérateurs, qui, le plus souvent sont dans le cercle du pouvoir et qui s’accaparent de tous les bénéfices en imposant des prix qui sont très peu corrélés aux coûts de production. Il est connu des noctambules des quartiers Diguel, ; Dembé et Chagoua que l’exportation du bétails sur pieds se fait la nuit sur le ponts Charles de Gaulle, au mépris des législations en la matière.

Examinons maintenant l’évolution des dépenses.

Il est impossible que l’inflation puisse s’arrêter au niveau des centres urbains. L’on doit en effet s’attendre à ce qu’elle se propage des pôles vers la périphérie. En effet, le renchérissement des biens importés ne peut s’arrêter aux milieux urbains. En outre, en ce qui concerne les produits locaux, on ne peut éviter que la hausse des salaires dans les centres urbains se répercute au niveau des prix des biens produits. Certes, il est vrai que le développement des infrastructures routières atténuera les coûts de transports de ces biens. Mais dans le même temps, il permettront l’ouverture sur d’autres biens de consommation. Du coté des services publics, le programme de développement arrêté de concert avec la Banque Mondiale est que les ressources devront servir, dans une grande part aux secteurs tels la santé, l’éducation, l’agriculture et les infrastructures. L’Etat fera ainsi en sorte que les services publics soient disponibles pour ces populations. Mais peut-on envisager la gratuité de ces services ? Il ne peut en être évidement le cas. On peut donc s’attendre à ce que les besoins des populations rurales s’accroissent alors même que leurs ressources ne pourront leur permettre de s’en offrir. La question qu’il importe de se poser est donc de savoir quel sera l’impact sur leur perception de bien-être ? C’est pourquoi la politique consistant simplement à réduire la pauvreté d’existence par l’offre de services publics ne peut être considérée comme une politique efficace de réduction de la pauvreté. La réduction de la pauvreté implique, comme l’ont souligné Geoffrey J & Al.[2][2], que les pauvres puissent participer à la croissance et non simplement bénéficier des fruits de cette croissance. En plus, l’imprévisibilité des cours du pétrole ne peut assurer une stabilité des recettes budgétaires. Ce qui se traduira alors par une instabilité de la qualité (prix, disponibilité, etc.) des services offerts à moins de recourir au fonds pétrolier ou à l’endettement, ce qui n’est pas à exclure.

CONCLUSION
    On a semble-t-il tout dit sur le très médiatisé projet pétrolier tchadien. On a tout dit mais on n’a pas dit l’essentiel. En effet, si le débat sur les conséquences écologiques sont en train de s’estomper, si celui concernant le partage « inéquitable » des revenus pétroliers entre le consortium, le Cameroun et le Tchad tient encore en haleine les Tchadiens, manifestant subitement un nationalisme hystérique, si par ailleurs l’on spécule sur le comportement qu’adopteront les dirigeants politiques, l’on s’est très peu interrogé sur les politiques macroéconomiques envisagées, leurs efficacités et les conséquences de ce vaste projet sur le niveau de bien-être de la population.

   L’un des phénomènes qui marquent aujourd’hui durablement la zone pétrolière et la capitale est la croissance continue des prix du panier de la ménagère depuis quelques années déjà. De 1994 à 2001, les prix ont augmenté de plus de 57% entre les deux dates dans la capitale (voir tableau ci-dessous). Et seulement entre 2000 et 2001, on a enregistré une croissance de 23,4%. Ces taux sont au dessus de la moyenne de la zone CEMAC.

  Evolution de l’indice officiel des prix à la consommation de 1994 à 2001 (base 100 en 1994)

Année

1994

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

Indice des prix

100

109,01

121,95

129,15

134,83

123,34

127,67

157,50

      Dans la zone pétrolière, la forte croissance du coût de la vie n’est malheureusement pas appréhendée par les statistiques officielles, mais d’après les témoignages qui nous parviennent de la zone, on doit s’attendre à une hausse plus importante depuis deux ans au moins. Durant la même période cependant, le niveau des revenus des salariés n’a pas augmenté dans la même proportion. Que dire des ménages ruraux, soumis aux desiderata climatiques, au cours des marchés du coton en chute depuis plusieurs années et incapable d’accroître leurs productions. Quelles conséquences aura l’exode rural sur le niveau de la production agricole et les prix des produits agricoles ? Quel sera le comportement des dirigeants politiques devant la grogne sociale qui ne manquera pas de se manifester face à la détérioration continue du pouvoir d’achat ?

   En ce qui concerne le premier point, on peut remarquer que la hausse des prix des produits agricoles est artificiellement créée par les commerçants mais aussi par la hausse de la demande. Et cela ne profite pas aux producteurs, peu organisés et qui sont plus ou moins déconnectés des marchés sur lesquels les commerçants échangent avec les consommateurs finaux. Même si croissance des prix au niveau des marchés ruraux il y a, on ne peut imaginer qu’elles puissent compenser la perte en pouvoir d’achat due à l’accroissement des charges dont fait face les ménages ruraux (coûts de production, prix des biens industriels, coûts de la santé, etc.).

   L’attrait de plus en plus croissant qu’exerce les villes sur les jeunes ruraux créera certainement un déficit en production agricole et renforcera la croissance des prix agricoles. On assistera alors à une forte dépendance vis à vis de l’extérieur et gare alors à l’inflation importée ! Cette inflation importée sera d’autant plus forte que le pouvoir en place ne favorisera pas la concurrence dans le secteur des entreprises d’import-export. En effet, si une poignée de personnes détient le monopole de l’importation de certains biens, elles pourront fixer, de manière discrétionnaire, les prix dans un contexte de libéralisation des prix.

   Quel sera alors le comportement des dirigeants politiques tchadiens ? On sait que le but de tout parti politique est de conquérir le pouvoir et d’y rester. On comprendra donc que les objectifs des dirigeants politiques soient de conserver l’électorat et de dorer leurs images politiques. Dans le contexte particulier du Tchad on ne sera pas surpris de constater que le pouvoir cherchera à satisfaire la grogne sociale en augmentant les salaires à chaque revendication, à se lancer dans les politiques budgétaires expansionnistes dans le seul but de faire un bon mandat, sans souci du lendemain et sans assurance de la stabilité des recettes publiques. Syndrome hollandais et démocratie, tout un débat….. Au niveau du secteur privé, la faiblesse de l’offre de travail qualifiée face à une demande croissante créera d’elle-même une augmentation des salaires. Et un spirale inflationniste se mettra alors en place…

   A quoi peut-on alors s’attendre au bout de quelques années ? Il n’est pas illusoire de penser qu’on aurait atteint la situation du Gabon dont le contraste est saisissant entre le milieu urbain, Libreville notamment, dont le revenu par tête est l’un des plus élevé d’Afrique et la zone rurale demeurée extrêmement pauvre. A qui profitera la croissance économique ? La Banque Mondiale table sur les conditions d’une croissance à long terme en insistant sur l’investissement en éducation, santé et infrastructures. D’ici là, il faut que la population ressente une amélioration de son bien-être pour assurer une stabilité politique. Ces mesures envisagées de concert avec le gouvernement sont donc insuffisantes. Ce qu’il faut, c’est de chercher absolument à ce que les pauvres participent à la croissance et non pas leur faire bénéficier bonnement les fruits par une simple politique sociale de redistribution. Ainsi, l’Etat devra absolument mettre en place une politique permettant d’accroître la production nationale (agricole comme industrielle) et endiguer l’accroissement des importations. Il devra également, sans tarder, favoriser la formation professionnelle de sorte à ce que l’ajustement de l’offre à la demande sur le marché de l’emploi ne se fasse pas par les prix et un recours à la main-d’œuvre étrangère. Cette politique devra permettre aussi de se mettre à l’abri de la menace que constituent l’intégration économique et la mondialisation pour l’économie nationale fragile et très peu compétitif à ce stade. L’attrait de l’économie devra se faire aussi par un effort d’industrialisation lourde (mine, énergie, bâtiment) favorisant l’installation d’industries plus légères. Par ailleurs, une politique des dépenses publiques responsable devra prévaloir durant toute la période d’exploitation, de sorte à ce qu’un recours à un endettement important pour financer les déficits publics (ce risque est très important puisque les recettes pétrolières sont indexées sur les cours du pétrole qui sont de nature très volatile) ne réduise à néant l’objectif consistant à épargner les revenus du pétrole pour les générations futures.

   Moi, j’en veux pour preuve ce vieux proverbe Peul: « il faut creuser les puits aujourd’hui pour étancher les soifs de demain » !!

[3][1] Problèmes économiques n°2.510-511 (p.69)
[4][2] Finances &Développement, Décembre 2001, p49

BIAKA TEDANG Djoret 

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