Après une formation jumelage Yaoundé- Bordeaux du 6 au 18 novembre dernier organisée par l'association Média et Démocratie (M&D) avec l'appui de la Coopération française, deux journalistes tchadiens ont restitué ce 8 décembre 2023 leur expérience avec 20 journalistes tchadiens à l'espace BETNA situé au sein du Campus France-Tchad, dans la commune du 2e arrondissement de la capitale tchadienne, N'Djamena.
Les journalistes sont Abderamane Moussa Amadaye, rédacteur en chef du journal Ialtchad Presse et Mahamat Kao Adoum, promoteur du journal MEDD TV. Ils ont restitué les travaux de leur formation en échangeant essentiellement sur l'éthique et la déontologie journalistique, l'exercice du métier de journalisme face à la montée en puissance des fakes news, de la désinformation ou encore de la mésinformation à l'ère du numérique.
Le Rédacteur en chef Abderamane Moussa Amadaye a fait une mise au point en rappelant que plusieurs journalistes africains de différents pays notamment ceux du Tchad, du Cameroun, de la Centrafrique et du Gabon ont participé à la formation organisée par la plateforme associative Médias & Démocratie. Cette formation théorique et pratique a permis aux journalistes de contribuer à l'émergence ou à la consolidation des processus démocratiques engagés sur le continent et l'article 25 de code de la déontologie et éthique du journaliste tchadien, avoir une bonne formation permanente, a-t-il dit.
Le prometteur de MEDD TV Mahamat Kao Adoum, à lui, expliqué nettement les modules thématiques, la notion de base du journalisme, la nouvelle matière première du journalisme, les étapes de l'élaboration d'une nouvelle, etc. Au sujet de la question de la désinformation et des Fakes New, M. Mahamat Kao estime que pour combattre la désinformation, il est essentiel d'encourager la coordination entre ces acteurs de premier plan que sont les entreprises technologiques, la société civile et la vérification des faits. « Il faut éviter de publier des informations des sources douteuses, mais toujours publier des informations des sources vérifiées et vérifiables ».
Noël Adoum
Cahin-caha, la campagne référendaire avance avec ses adversités politiques enchevêtrées des ambitions de différents acteurs politiques. Mais qui en sortira gagnant ?
C’est définitivement Succès Masra, le chef du parti Les Transformateurs. Il est le visage populaire de cette campagne référendaire qui a tourné à son avantage. À son seul avantage. Il attire la foule par millier. C’est spectaculaire et impressionnant le tour de force qu’il a réussi depuis son retour.
La démonstration de sa popularité a atteint son zénith à Moundou, la capitale du Logone occidentale. Il avait besoin de cela pour reprendre espoir après son exil. Ses prises de parole sont aussi énigmatiques que sa position. Il appelle les électeurs à faire le choix qui leur semble bon. Ils peuvent voter oui ou non, peu importe. Il s’en accommodera. Il est égal à lui-même: ni contre le fédéralisme ni contre l’État unitaire. Ce qui est important pour le « berger » de la Transformation, c’est le contact avec son « troupeau ». La foule vient à lui pour voir, toucher, entendre ce berger qui ambitionne de les mener vers le « pays transformé » quand il sera président de la République. Sa force de frappe est sa capacité à mobiliser les foules de tous les âges et de tous les horizons. Il a profité de la campagne référendaire pour mener subtilement sa propre campagne. « Aidez-moi à transformer ce pays, en devenant président. Est-ce que vous êtes prêts à aller aux élections? Qui peut vous battre?», lance-t-il, la voix cassée devant une foule hystérique.
Alors qu’en début de campagne le Premier ministre le Kaïgama Saleh Kebzabo a astucieusement ravi des caciques du Mouvement patriotique du Salut (MPS) la gestion de la campagne du Oui, mais cet exploit a été éphémère. Et n’a duré que 8 jours malgré s’être engagé dans la campagne, ne ménageant aucun effort physique, le Kaïgama est critiqué par la présidence au prétexte que sa coalition pour le Oui ne réussit pas à mobiliser. Pas d’attroupement populaire lors de ses déplacements marathons. Quelques partisans épars s’agitent. Pas plus. Le Kaïgama s’accroche, fait recours à l’ex-Secrétaire général du MPS, Mahamat Zène Bada. Trop tard, la piste est savonnée par l’ami de circonstance et l’adversaire de toujours, l’actuel Secrétaire général du MPS, Haroun Kabadi…Résultat : Le MPS reprend la main. Les caciques du parti créent l’Alliance pour le Oui. Ils réveillent leur vieille machine de campagne : les bureaux de soutien et les partis alliés. Ils sont ragaillardis. Se jettent dans la campagne référendaire, mais c’est difficile pour eux. Ils mettent les bouchées doubles pour ne pas laisser le terrain aux seuls Transformateurs. Sur le terrain, le Kaïgama Kebzabo et son gouvernement sont débordés par le succès de Succès. Quand ils mobilisent quelques centaines, Succès draine une marée humaine. Ils ne savent plus comment mener cette campagne référendaire. Ils font le dos rond et remercient le ciel que Succès avec sa stratégie de « ni, ni » est dans le camp de l’État unitaire « fortement décentralisé ».
Enfin, la présidence de transition observe perplexe cette campagne qui a fait émerger le chef des Transformateurs en acteur politique incontournable. Cette campagne référendaire est l’avant-goût d’un face à face inévitable entre le MPS et Les Transformateurs aux prochaines élections législatives. Et un duel inédit aux présidentiels entre-deux gagnants de la transition Succès Masra et Mahamat Idriss Deby.
Bello Bakary Mana
Lors d'une conférence de presse organisée ce vendredi 8 décembre 2023 à la bourse du travail, la Coordination des Actions Citoyennes Wakit Tama appelle les Tchadiens à boycotter le référendum du 17 décembre prochain.
Après avoir boycotté le DNIS en 2022, dénoncé la composition inégalitaire du CONOREC, la présentation d'une seule constitution sur l'État unitaire au référendum, Wakit Tama appelle à boycott du référendum.
Selon Wakit Tama, la transition a miné tout le processus en ayant recours à la fraude à volonté. Les organes électoraux, le fichier électoral sont corrompus et sous le contrôle exclusif du régime qui refuse catégoriquement son audit, tout comme il est opposé à l'utilisation des kits électoraux, dit Wakit Tama. « Souvenez-vous il a été organisé, à dessein, en pleine saison des pluies, en août, pour éliminer de grandes poches de populations réputées opposées au régime. Si cette machine de fraude est expérimentée sans une contestation rigoureuse des décideurs, partis politiques et sociétés civiles, pendant qu'il est encore temps, ce serait difficile d'obtenir des corrections lors des présidentielles », souligne Wakit Tama.
Le porte-parole Soumaïne Adoum affirme que la démocratie c'est l'expression de l'opinion et le boycott est l'opinion. «Il semblerait que les militaires ont reçu l'ordre de voter Oui», a-t-il dit. Les Tchadiens ont associé le désastre du Tchad à l'État unitaire parce que disent-ils qui peut détourner des milliards sans rendre compte au peuple? Cela ne se passe que dans l'État unitaire. «La Conorec est pire que la CENI. Elle est remplie des membres de gouvernement qui sont pour le Oui. Comment voulez-vous que le Non gagne? », s'interroge M. Soumaïne.
Wakit Tama estime que le Non n'entraînera pas l'instauration d'un État fédéral, mais plutôt l'illusion d'un autre référendum dont le Tchad ne peut s'offrir le luxe . Wakit Tama se prononce pour le boycott de ce processus tortueux. Il est hors de question de se rendre complice d'une mascarade dont le résultat est connu d'avance, dit la coalition.
Noël Adoum
Dans un point de presse cet après-midi 8 décembre, la Fédération de l'opposition crédible (FOC) a fait savoir que son méga meeting prévu pour le 10 décembre au stade de Diguel a été refusé par l'office national d'appui à la jeunesse et aux sports (ONAJES). La FOC décide donc de délocaliser cette rencontre au siège du parti socialiste sans frontières (PSF) et invite les Tchadiens à boycotter le référendum par des marchés pacifiques le 16 et 17 décembre prochain sur tout le territoire national.
Yaya Dillo Djerou Betchi, président du PSF et coordonnateur de cette coalition affirme que la mise à disposition du stade de Diguel pour des activités politiques du FOC a été rejetée par l'ONAJES. « Les services de l’ONAJES ont fait preuve de ruse pour contourner notre demande. Toutefois, connaissant les méthodes du régime, nous n’en voulons pas aux cadres de l’ONAJES dont l’embarras était réel sur leurs visages. Nous comprenons juste leur angoisse à mettre en exécution les ordres de la junte qui ne veut donner aucune chance à l’opposition pour battre campagne afin d’édifier le peuple sur les enjeux déroutants de ce processus unipolaire», a déclaré Yaya Dillo Djerou Betchi. L'espace des libertés publiques est restreint y compris en cette phase de campagne référendaire. Des marches pacifiques interdites, des meetings empêchés, une campagne référendaire conçut uniquement pour le camp du oui le tout couronné par le musèlement de l’espace des libertés politiques, dit-il.
Selon M. Dillo face à cette restriction, le régime n’offre au peuple que le seul choix de la résistance à la dictature par tous les moyens. « Nous demandons... au peuple tchadien de sortir massivement pour une marche pacifique dans toutes les villes du Tchad le 16 et le 17 décembre 2023 pour stopper la marche dictatoriale de la junte ».
Abderamane Moussa Amadaye
La caravane de boycott du référendum constitutionnel du 17 décembre prochain initié par le Groupe de Concertation des Acteurs Politiques (GCAP) a été dispersée avec du gaz lacrymogène par les forces de l'ordre ce matin 7 décembre 2023 au terrain Kamda dans la commune du 7e arrondissement de N'Djamena.
Ils étaient nombreux à prendre d'assaut le terrain de Kamda à moto ou encore à voiture, munies des drapeaux et des drapelets blancs estampillés « halte au référendum, sauvons la République », d'une croix de protestation en rouge. Sur place, plus d'une dizaine de voitures de police ont investi le terrain. Constatant la présence massive des forces de l'ordre, le porte-parole du GCAP, Max Kemkoye a signalé qu'il s'agit d'une manifestation pacifique pour protester contre le référendum constitutionnel du 17 décembre prochain. Nonobstant ce message, la police a exigé leur départ tout en signifiant qu'il s'agit d'un attroupement non autorisé et qu'elle a reçu des instructions fermes pour le disperser, a indiqué un policier sur place. Refus du GCAP de quitter le lieu, la police a utilisé le gaz lacrymogène, les manifestants ont quitté le lieu tout en poursuivant leur caravane de manière dispersée, mais toujours poursuivie par les forces de l'ordre qui étaient à leurs trousses.
Pour Max Kemkoye, aucune force, aucune dictature ne peut empêcher le peuple à s'exprimer sur le choix de son devenir, « même les dictatures le plus implacables comme celles de Blaise Compaoré et Mouammar Kadhafi ont fini par s'écrouler devant la volonté de peuple que le président de transition sache qu'il ne durera pas assez longtemps », a-t-il expliqué. Il affirme également que le GCAP est déterminé à boycotter le référendum constitutionnel. « Les jours qui suivent seront encore plus déterminants que les jours passés. Nous sommes une opposition frontale. On va faire la lutte pas-à-pas, face à face, on ne va pas reculer », dit-il les yeux rougis par le gaz lacrymogène. M. Kemkoye invite la population au boycott de ce référendum, « peuple tchadien, levez-vous, suivez GCAP dans ses exigences et réclamations. Notre lutte est républicaine ».
Abderamane Moussa Amadaye
Le président de la Coalition des Associations de la Société Civile pour les Actions Citoyennes (CASAC) Mahamoud Ali Seïd a lord d’un point de presse ce 7 décembre appelle les Tchadiens en âge de voter de sortir massivement et voter Oui à l'État unitaire décentralisé.
« Le Tchad est dans une période référendaire cruciale pour son histoire. Le référendum futur sera le résultat de la volonté du peuple tchadien à vivre en paix et en harmonie. Toutes les forces vives du pays se sont réunies lors du dialogue Nationale inclusive et Souverain (DNIS) pour refonder l’État et aller vers un destin commun plus radieux et davantage prospère », a dit M. Mahamoud Ali Seïd.
Selon la CASAC, le référendum du 17 décembre prochain est l’aboutissement de la première phase du processus démocratique nationale. « C’est une étape importante qui raffermira davantage la démocratie et les libertés dans notre pays », a-t-elle souligné. La CASAC répète que les Tchadiens en âge de voter sont tous concernés par ce référendum, il y va de la maturité de la jeune démocratie tchadienne, disent les membres de la CASAC.
Mr. Ali Seid affirme, « les Tchadiens doivent sortir massivement le jour du vote pour donner un cachet particulier à ce référendum démocratique en votant oui pour un État unitaire décentralisé, gage de paix, de développement et d’unité nationale ».
Noël Adoum
Le bureau départemental de la Commission National Chargée de l'Organisation du Référendum Constitutionnel (CONOREC) section du Guera a publié la liste de membres des bureaux de vote pour le référendum le 1er décembre dernier. La liste fait polémique suite au recrutement de plusieurs fonctionnaires de la localité. Reportage.
Au total 400 personnes ont été recrutées par le Bureau de la CONOREC section départementale du Guera pour superviser les bureaux de vote de cette région pour le référendum constitutionnel du 17 décembre. Les jeunes de cette localité se sentent exclus de la liste après avoir constaté l'absence de leurs noms sur la liste finale qui selon eux, ont été remplacés par des fonctionnaires d'Etat. La rédaction a interrogé le président de l'Association des Diplômes Sans Emplois section Guera (ADSEG) Mahamat Abdoulaye et le Coordinateur de l'Association des Jeunes du Guera ( AJEG) Bichara Abdoulaye Adoum.
Le président de l'association des diplômés sans-emplois section Guera Mahamat Abdoulaye souligne que les membres de la CONOREC du Guera ont fait cette magouille pour la 2e fois déjà. Il relève que les jeunes diplômés sans emplois qui ont inscrit leurs noms ont été purement et simplement remplacés par les fonctionnaires d'Etat qui sont entre autre, des parents et amis des membres du bureau de la CONOREC, a-t-il laissé entendre. Il poursuit, ces jeunes fonctionnaires ont bloqué les opportunités de la jeunesse au profit de leur propre intérêt individuel. Par ailleurs, M. Mahamat Abdoulaye demande purement et simplement le retrait de ces fonctionnaires salariés qui ont remplacé ces jeunes innocents.
Quant au Coordonnateur de l'Association des Jeunes du Guera (AJEG) Bichara Abdoulaye Adoum constate avec amertume un nombre important des fonctionnaires d'État recrutés sur les listes de différents bureaux de vote au détriment des jeunes diplômés sans emplois pour les échéances référendaires du 17 décembre. Il poursuit, « ces fonctionnaires ne cessent de bloquer les opportunités des jeunes diplômés sans emplois dans chaque circonstance sans vergogne. C'est un comportement mesquin et irresponsable », a-t-il déploré. Enfin le coordonnateur conclu, « nous voulons tout simplement que nos frères fonctionnaires changent leurs attitudes en vers leurs cadets dans de telle circonstance ».
Noël Adoum
Les jeunes de la capitale tchadienne, N’Djamena, sont de plus en plus tentés de quitter le pays. Ils sont prêts à payer des fortes sommes d’argent aux passeurs pour rejoindre l'Europe ou l'Amérique (États-Unis ou le Canada) pour réaliser leur rêve. Ialtchad Presse a échangé avec plusieurs jeunes. 8 sur 10 veulent immigrer. Un échange non scientifique, mais qui marque une lourde tendance. Reportage.
Certains sont encore au banc du lycée, d’autres sont à l'université ou ont déjà leurs diplômes en poche. Tous rêvent de quitter le pays. « Je suis navré de le dire, il n'y a pas de perspective au Tchad. C'est une vérité absolue. Il n'est secret pour personne que l'injustice existe à tous les niveaux rendant impossible la réalisation de nos rêves. Il faut toujours avoir quelqu'un derrière pour avoir de l'emploi, du financement de projets, etc. Nous vivons comme des étrangers dans notre propre pays, pas d'eau potable ni d'électricité. De surcroît un pays pétrolier où il y a toujours des pénuries », se désole Mahamat Ibni Mahamat, étudiant en biomédical dans un institut de la place. Il préférait aller ailleurs, par exemple au Canada, payant 3 millions de FCFA plutôt que de vivre cette vie désolante et humiliante dans son pays, dit-il. « Ce n’est pas de mon gré, ce sont les conditions qui me poussent à rêver de partir, mais je reviendrai une fois que j'aurai fait un peu d’argent », explique-t-il.
Ali Adam, son ami assis à ses côtés partage son avis, mais lui veut partir pour faire des études. « Ici, les conditions ne sont pas réunies pour faire de bonnes études et avoir une très belle formation. Je préfère aller aux États-Unis un jour pour bien me former, travailler et retourner si Dieu le permet. Inchallah ».
Gérard Ndinguenan Gérard, chômeur diplômé en socio-anthropologie depuis plus de 2 ans rêve aussi de quitter le pays si rien ne change. Il estime qu'il y a trop d'injustice sur le marché de l'emploi, « il est difficile de joindre les deux bouts ou de subvenir à ses besoins malgré les efforts pour se trouver un emploi. En Europe ou en Amérique, c’est facile. Je compte partir, mais revenir », dit-il.
Si la majorité ambitionne d’immigrer, une minorité de jeunes estime qu'il est souhaitable de rester au pays, de se battre pour gagner sa vie et faire bouger les choses. C'est le cas de Al-Béchir Ousmane Abakar, étudiant, la vingtaine révolue. « On a besoin des jeunes pour construire ce pays. Si nous tous quittons le pays qui le reconstruira à notre place?», s'interroge-t-il. Le jeune Abakar poursuit que ce pays a besoin de ceux qui croient que tout est possible. Que tout peut changer un jour, mais pas changer d’un coup de baguette magique, « il changera par le travail, l'honnêteté, l'audace et la résilience ».
Abderamane Moussa Amadaye







