jeudi 22 octobre 2026

Chronique

Chronique (102)

Je suis allé au dîner offert par le président tchadien Mahamat Idriss Deby Itno lundi soir dans le plus grand hôtel de la ville d’Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis.

Lundi 10 novembre,18h.

À l’entrée des lieux, deux portiques de sécurité sont plantés, « encore la sécurité? », me suis-je interrogé moi-même en monologuant. Un pour les femmes, un autre pour les hommes. Des agents de sécurité debout vous surveillent, eux-mêmes sont comme surveillés par des jeunes hommes en « djellabia » blancs, foulards noués à la tête. Avec deux autres collègues journalistes, nous nous plions aux règles et passons les portiques.

10 mètres plus loin, s’ouvre devant nous une vaste esplanade où tables, chaises, nappes et napperons sont magnifiquement dressés. Comme on dit, les organisateurs ont mis les «petits plats, dans les grands plats ». La musique tonne, les invités arrivent en grappe. Ils sont « sapés comme jamais ».

Nous choisissons notre table. Nous étions entre bonnes bouffes, danses traditionnelles. On dit souvent que bouffe, musique et business font bon ménage. Je n’ai jamais cru à cela, mais depuis ce dîner je suis en train de changer d’avis. Cette ambiance festive a permis de récolter ces sommes :

100 millions de dollars de la Banque mondiale pour le secteur privé

450 millions d’euros pour une unité textile,

13 millions d’euros pour la transformation de l’arachide

28 millions de dollars pour une cimenterie

395 millions de dollars pour la production de canne à sucre

Alors que le maître de cérémonie anime, ministres et investisseurs signaient des accords et promettaient d’injecter de l’argent dans l’économie tchadienne, j’ai reconnu un vieux journalistes français X Girard du journal Le Figaro qui échangeait avec de jeunes Français de la table à côté. Il se joint à nous et nous raconte avec force et détails, comme seul savent le faire les vieux journalistes d’antan, sa tumultueuse aventure aux confins sud du pays en 1985 durant la rébellion « codo », son arrestation, son séjour en prison. Et surtout sa libération rocambolesque contre 50 voitures, 504 GL bloqués par la France. « Je sais ce que je vaux moi. 50 voitures 504 GL, je dis bien 504 GL », dit-il sur un ton comique.

Notre confrère X Girard nous a rendu la soirée agréable par le récit de sa mésaventure au pays. Il a capté notre attention à tel point que la soirée est presque finie sans qu’on s’en aperçoive pleinement. Il fallait partir. Il fallait se dire au revoir et s’attraper vite un taxi pour aller reposer nos os.

Le lendemain mardi 11 novembre, 9h 00.

Je sors difficilement de mon lit. Nous arrivons à presque 9h 45 min à Rixos Marina. Les portes sont bloquées. On était plusieurs Tchadiens. Les esprits s’échauffent. On est renvoyé à une autre porte d’entrée. Ici c’est une entrée VIP nous annonce-t-on. « Médias, journalistes », dit un confrère. Je répète la phrase. Pas question, dit la sécurité. Les autres compatriotes aussi se fâchent. On maudit les Émiratis et leur système de sécurité un peu brutal. « Hier ils ont bloqué un invité VIP pendant des heures », dit un confrère.

11h 10 min. Nous sommes un petit groupe à réussir à rejoindre la grande salle. Le ministre Tahir Hamid Nguilin est en train de clore le PND, « …je déclare clos les travaux de PND, connexion 2030 », dit-il.

Un peu avant, une grosse nouvelle tombe. Les autorités tchadiennes annoncent avoir mobilisé des financements à hauteur de 20,5 milliards de dollars. « L’objectif de 30 milliards de dollars est réalisable », dit une note lis sur la page officielle Facebook du président Mahamat Idriss Deby Itno. Dans la même note, il exprime sa gratitude à son frère l’Altesse Cheikh Mohamed Bin Zayed Al Nahyan, aux pays frères, félicite le comité d’organisation, les partenaires, etc. Il finit ainsi sa note, « Que Dieu bénisse les Tchadiens et tous ceux qui les aiment ».

Bello Bakary Mana

Ce lundi 10 novembre, comme prévu la capitale des Émirats arabes unis, Abu Dhabi s’est réveillée avec l’ouverture du forum sur le Plan national de développement (PND du Tchad.

8h du matin. Les participants se dirigent en petits groupes vers les portes d’entrée de la grande salle. Le service de sécurité a décidé de bloquer tout le monde jusqu’à 9h 00. « Faites une seule ligne », lancent les agents de sécurité. Rien n’y fait. Les participants font la sourde oreille. La sécurité lâche prise et fait passer les invités en groupe de 2 personnes. Je réussis à passer.

Je suis dans la salle. Je me dirige instinctivement vers le coin presse au fond. Je vois des visages familiers, ce sont des collègues journalistes. En fond de scène, un grand écran géant de 10 mètres sur 5 domine. Il est écrit Forum Tchad- UAE sur le Commerce et l’investissement floqué des drapeaux et des armoiries de deux pays. À gauche sur la strate un pupitre blanc. Au centre 6 fauteuils blancs garnis des micros sont bien rangés pour accueillir les panélistes. Au bas de la strate, c’est la zone VIP. Après c’est la zone des « M. et Mmes tout le monde », les participants.

10H 15 min. La maîtresse de cérémonie annonce les intervenants et explique les grandes lignes du PND.

Le président du comité d’organisation et ministre de Finances, du Budget, du Plan et de la Coopération Tahir Hamid Nguilin prend la parole. Il s’est dit fier de l’évènement, « merci pour l’affluence avec plus de 70 pays présents, merci pour l’intérêt et l’attention à ce sommet, au Tchad ».  Pour lui, ce PND est différent parce que le concept et l’idée ciblent le secteur privé.

10h 30. C’est l’heure des panels. Ça commence avec les mines et les hydrocarbures, suivi par le secteur Agricole, l’industrialisation, l’eau et l’énergie électrique. Les panélistes vante les potentiels du pays en matière agricole, pastorale et surtout l’immensité et la disponibilité des terres arables.

12h 30 min. Le président Mahamat Idriss Deby fait son entrée sans que la salle ne soit avertie par la fameuse phrase, « Mesdames, et monsieurs, M. le président de la République… ». Les participants se lèvent. Aussitôt après, projection d’une vidéo sur les Émirats arabes unis pour rappeler aux participants que les Émiratis viennent de loin et sont aujourd’hui loin. Mais c’est aussi, je pense, pour dire aux Tchadiens, « vous-êtes, vous aussi, capables avec un peu de sérieux ».

Le président commence son discours comme d’habitude en remerciant Allah le Tout puissant d’avoir permis cette rencontre. Les Émiratis, les participants sont remerciés. Le président affirme qu’il n’est pas venu pour vendre le pays mais pour partager une conviction, celle de faire du  Tchad un modèle de développement. « …ce qui est possible pour les Émirats est possible pour le Tchad… Le Tchad ne vous offre pas une aventure mais un partenariat stratégique et mutuellement bénéfique », dit-il. Il a promis aux investisseurs de leur faciliter les choses comme par exemple : leur assurer une sécurité juridique, la mise en place de e-visa, etc. Il a vanté les atouts du pays. Fin du discours. Les participants sont débout, ils applaudissent.

Au tour du président du Togo Faure Gnassingbé d’intervenir. Il affirme que ce que le Tchad a initié est inspirant et dépasse ses frontières. C’est au Premier ministre nigérien Ali Lamine Zeine de discourir, il vante l’approche de ce PND, donne quelques conseils et appelle les investisseurs à investir au pays. Les intervenants « gros calibre » sont tous passés. Les présidents quittent la salle...

Le vice-président régional de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre M. Ousmane Diagana est invité à prendre la parole. Il promet de soutenir le pays à hauteur de 2,5 million de dollars.

Les panels se succèdent. Il est presque 17h. C’est fini pour ce lundi. Le gros du PND est derrière. La salle se vide, les participants trainent, échangent, discute. Un dîner est offert le soir.

Le mardi matin, dit-on, c’est « be to be ». C’est quoi ce concept? Personne ne semble capable de me l’expliquer. En réalité, c’est l’acronyme anglais de B2B, qui signifie « business to business ». Je vais au dîner avec ce concept dans ma tête. Bouffes, danses traditionnelles du pays, accords et conventions sont signés. Je rentre à mon hôtel vidé.

Bello Bakary Mana

Je suis à Abu Dhabi comme journaliste pour vous faire vivre les moments clés du Programme national de Développement (PND). Ça se fera à ma manière à travers une chronique quotidienne. Déjà les derniers réglages sont en cours… Lundi 10 et mardi 11 novembre, le pays jouera sera au centre de regards.

Départ

N’Djamena, capitale tchadienne. Samedi 8 novembre. Il était 11h lorsque le commandant de bord donne les dernières consignes. L’avion roule sur la piste de l’aéroport international Hassan Djamouss. Et hop, il prend son envol. N’Djamena est sous nos pieds, les arbres, les maisons en « potopoto » ou en béton, les rues et des ruelles se font petites et disparaissent. Le fleuve Chari remplit à rebord serpentant la ville, se rétrécit et tarit comme par magie. Cap sur Abu Dhabi…

Arrivée

6h plus tard, nous sommes à Abu Dhabi, capitale des Émirats arabes unis. Il est 21h. Curieux je jette un coup d’œil à travers les hublots, la ville est scintillante de lumière.

Le lendemain 9 novembre. À 11h 30 min, je me dépêche avec des collègues pour aller repérer, voir, toucher du doigt les préparatifs de ce grand rendez-vous à l’hôtel Rixos Marina où l’avenir du plan national de développement économique se jouera.

Que contient ce plan?

Il contient pour l’instant beaucoup d’espoir. Selon le document  officiel du ministère des Finances, du Budget, de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale intitulé Plan national de Développement (PND) « Connexion 2030 », il incarne une vision audacieuse du développement du pays. Parce que le Tchad est un carrefour stratégique au cœur de l'Afrique. Le concept central de ce PND est la connexion.

Le mot « Connexion » est choisi et assumé. Que signifie-t-il? Le document répond : Connexion à la géographie du pays, un pays stratégique. Connexion à son héritage, berceau de l’humanité. Et connexion aux immenses potentiels du pays pour bâtir une économie diversifiée et inclusive.

Les attentes de ce PND sont immenses. La barre est placée très haut. Objectif à atteindre : des investissements sans précédent. Ils visent à augmenter le produit intérieur brut (PIB) de 60% afin de sortir 2,5 millions de Tchadiens de la pauvreté. Rien de moins.

Comment y arriver?

4 domaines d’intervention et 17 programmes de développement y figurent. 268 projets et reformes dont 133 projets structurants seront présentés et discuter.

En tout il faut trouver 30 milliards dollars pour transformer le pays pour projeter le pays dans un véritable développement. L’ambition est d’en faire un modèle de développement en Afrique. Un modèle qui allie ambition et pragmatisme pour les 19 millions d’âmes en majorité des jeunes vivant sur un territoire de 1 284 000 km2. Un pays connecté à 80% sur Internet.

Dire que ce PND est ambitieux est un euphémisme. En voici 2 exemples phares….

Éducation, Formation professionnelle, Jeunesse sport et emploi : 80% de taux de scolarisation dans le primaire, 60% pour le secondaire, 2,2 milliards USD d’investissements, 100% des enseignants diplômés d’ici 2030.

Le développement du numérique : 80% de couverture Internet prévue d’ici à 2030, 30% de taux de pénétration de haut débit mobile contre 16% en 2021, 2 fois moins cher pour les consommateurs, 1,5 milliard seront investis exclusivement dans le numérique.

Bello Bakary Mana

Je n’ai pas l’habitude de m’inspirer des réseaux sociaux (RS), ( Tiktok, Facebook, etc.). Je m’en méfie, mais ils m’ont inspiré cette chronique. Pas les RS en tant que RS mais l’intervention d’un compatriote. Il s’appelle Abgué Jonas comme indiqué sur son compte Tiktok. Ça doit être son nom. Admettons qu’il s’appelle ainsi. Il serait un parent d’élève. Je ne le connais pas. Il est très fâché. Son message est pertinent. Et la sainte colère avec laquelle il a livré son argumentaire fait du bien. Ça venait de ses tripes.

La raison de sa colère : la rentrée scolaire est officielle depuis quelques semaines, mais l’école publique tchadienne est fermée …  « et tout le monde s’en fout », dit-il.

C’est un crime, « on a un grand problème dans ce pays. Et tout le monde se tait », s’indigne M. Abgué. Je croyais, au début de son message qu’ il allait nous parler des futilités de la vie, des difficultés d’être Tchadien, de la crue du Chari, du prix des criquets grillés sur le marché, etc.

Non. M. Abgué parle à notre « conscience collective » de notre « inconscience collective ». De notre silence de voir les enfants de la République forcés de rester à la maison. Pas obligés d’aller à l’école de la République. Il plaide la cause des enseignants. La cause de l’école publique. Il est prêt à en payer le prix. Il soutient que personne, dans ce pays, ne reconnaît l’importance de l’enseignant, de l’enseignement. Il a rappelé une anecdote, le constat qu’une femme étrangère d’origine ouest-africaine a faite, une parole foudroyante sur notre pays. Elle a affirmé que « le Tchad n’est pas un pays ». Il lui donne raison. Oui tout le monde s’en « fout » de l’école publique.

Les médias s’en « foutent », ils en parlent du bout des lèvres.

Le gouvernement s’en « fout », il a d’autres chats à fouetter.

Le ministère de l’Éducation s’en « fout », il n’a pas de solution.

La primature s’en « fout », elle fait l’autruche.

La Présidence s’en « fout », elle est dans sa tour d’ivoire.

M. Abgué suggère une solution pour résoudre le problème : couper dans les salaires des députés, des ministres qui roulent dans de grosses onéreuses voitures V8. Ils sont nourris, blanchis par la République sans rien faire pour les enfants de cette République. « Vous êtes ce que vous êtes grâce aux enseignants. Donnez-leur à manger. Il faut que l’enseignant mange d’abord. Faites quelque chose. C’est un crime », dit-il.

J’ai l’habitude de dire que le Tchad est « un pays sans chapeau » comme le titre du livre de l’écrivain canadien d’origine haïtienne qui racontait les malheurs qui s’abattaient sur son île, Haïti. Il s’interrogeait, « ces malheurs sont-ils la volonté de Dieu? Comment être croyant et accepter une telle concentration de tragédie? »

Abandonner l’école publique n’est-il pas une tragédie? Une malédiction divine? C’est les deux à la fois.

Vous avez raison, M. Abgué. C’est un crime. Notre crime à tous. Le Tchad est un pays sans chapeau. Les élites l’ont abandonné. Les Tchadiens sont complices par leur silence. Au moins vous, vous, ne vous êtes pas tu. Dieu vous rendra grâce.

Bello Bakary Mana   

J’ai choisi la métaphore de la voiture et du garage pour mieux illustrer l’expression « révision technique ».

La nouvelle ancienne voiture du pays (la constitution) si tôt adoptée en décembre 2023 avec le score de 86% est si tôt envoyée au garage pour révision technique en à peine 2 ans.  

Pourquoi une révision technique à ce moment?

Pour rien. Il n’y a pas de vice caché dans la voiture. Comme il n’y a pas, il faut en trouver quoiqu’il en coûte. Pourtant l’odomètre du tableau de bord indiquait presque 0 kilomètre de distance parcouru. Mais les mécanos (députés et Sénateurs) de deux garages (Sénat et Assemblée nationale) ont procédé au remplacement de quelques pièces maîtresses. Certains d’entre eux disent que c’est à la demande du grand chauffeur du grand garage (la Présidence). D’autres affirment que c’est l’œuvre d’un des chefs mécaniciens de l’un de deux garages (Assemblée nationale ou Sénat).

La révision technique est achevée. 236 apprentis mécaniciens (députés) sur 239 ont mis la main dans les huiles du moteur, détaché des boulons, attaché des écrous, etc. Un d’entre-deux a même dit que la révision technique s’impose aux Tchadiens parce que c’est une volonté divine. Une obligation du Ciel en sommes. Pas le choix. C’est ainsi. Pas de referendum pour demander l’avis des Tchadiens malgré que la voiture soit une propriété appartenant à la communauté nationale. Pourtant la voiture est neuve. Elle pouvait circuler sans tomber en panne pendant 5 ans. Sans même remplacer aucune pièce, mais les mécanos ont tenu à faire plaisir au chef, sans grande gêne.

Révision emphytéotique?

La plus maîtresse des pièces maîtresses est l’article numéro 67. Elle disait « Le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans. Il est  rééligible  une seule fois pour un mandat consécutif. ». Donc il ne pouvait conduire la voiture Tchad que durant 10 ans. Ils ont remplacé cette pièce numéro 67 par une nouvelle pièce avec le même numéro, le 67  qui dit maintenant que « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour mandat de 7 ans. Il est rééligible ».

Révision emphytéotique? Oui c’est exact. La preuve : à la fin de la pièce 67, on peut y lire « …Il est rééligible ». Cette petite phrase autorise désormais le grand chauffeur à rouler avec la voiture autant des fois qu’il voudra. Sur autant des kilomètres jusqu’à exploser l’odomètre, défoncer le tableau de bord.  Et cela durant toute sa vie jusqu’à ce que mort s’en suive. Les mécanos partisans n’ont que cette phrase à la bouche « le pouvoir c’est Dieu qui donne » sous-entendu c’est à vie. Comme si Dieu leur a dicté cela. La République n’a rien à voir avec Dieu. Ils sont simplement pressés. Trop pressés. Ils pouvaient attendre la fin du contrat dans 5 ans pour changer les pièces. Et le faire par voie référendaire. Pas dans le coin du garage. Pas seulement entre eux. Sans référendum, ni l’onction des Tchadiens. Ils pouvaient mettre un peu de la forme, un peu de la classe et de la manière. Mais non, pourquoi y faire? De toute façon, les Tchadiens sont ailleurs et ne sentent pas, ne pensent pas que la voiture Tchad est un bien commun.

Bello Bakary Mana

Il y a quelques jours deux activistes tchadiens, Makaila N’Guébla ex-conseiller aux droits de l’Homme à la présidence du Tchad et Charfadine Galmaye animateur de la page Tchadone, proche de la principale rébellion armée le Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (FACT), ont été déchus de leur nationalité tchadienne.

À la lecture de cette décision, je me suis précité pour fouiller, pour lire, pour interroger le droit. Je me suis ensuite tourné pour consulter les juristes sur la légalité et la légitimité d’un tel acte. Peut-on refuser à un Tchadien née tchadien d’être tchadien pour quelques raisons que ça soit? Que dit le code? Est-ce légal? Est-ce légitime?

Le Code de nationalité, une ordonnance datant de 1962, en son titre 3 et chapitre 2 aborde la question de la déchéance de nationalité. Il est écrit à l’article 27, je vous le résume en vrac et en gros que « ..par décret pris sur rapport motivé du ministre de l’Intérieur, actuellement dénommé ministre de l’Administration du Territoire, les individus qui peuvent être déchus de leur nationalité sont : ceux ont obtenu leur naturalisation par fraude. Ceux qui sont condamnés pour acte de crime ou délit contre la sûreté intérieure de l’État. Ceux des citoyens qui travaillent au service d’un État étranger, dans une armée étrangère. Et enfin, les Tchadiens qui pratiquent des activités incompatibles avec la qualité de citoyen tchadien et préjudiciable aux intérêts de la République ». Les deux activistes sont frappés par l’une de ces mesures mais la décision n’a malheureusement pas été publiquement motivée et signifiée aux intéressés.

Donc, cette décision est-elle légale? En lisant le Code de nationalité de 1962, toujours en vigueur, je me suis aussi interrogé : est-il acceptable vu son ancienneté? Vu qu’il n’a jamais été toiletté depuis lors. Est-il en phase avec les réalités d’aujourd’hui? Le débat est ouvert. J’ai ma petite idée, mais avant cela, je voudrais examiner…

D’abord, la question de la légalité. C’est quoi la légalité? C’est ce qui est conforme à la loi écrite, ou ce qui est prévu et institué par la loi. C’est le droit positif comme disent les juristes qui se réfère aux règles et aux normes établies. Un acte légal est celui qui respecte le cadre juridique. Donc la décision de déchoir de la nationalité tchadienne Makaila et Charfadine est tout à fait légale.

Ensuite, cet acte est-il légitime? Qu’est-ce que la légitimité? C’est ce qui fondé sur la raison et conforme à celle-ci. Elle est juste et acceptable. C’est une notion qui va plus loin. Qui ratisse plus large que la simple légalité. Une chose peut-être légale, mais pas légitime ou légitime, mais pas légale. Donc cette décision qui frappe les deux activistes n’est pas légitime. Pourquoi? Parce qu’aucun Tchadien, né Tchadien qui qu’il soit ne peut pour des raisons politiques déchoir ses compatriotes, eux-mêmes nés Tchadiens, de la nationalité du pays qui les a vus naître.

Enfin, de manière pratico-pratique, cette décision est doublement contre-productive.

Un, parce que, depuis sa publication elle n’a fait que donner de la visibilité, de la popularité  aux deux activistes. Elle a même sorti des « boulamites »  l’ex-conseiller des droits de l’Homme.

Deux, parce que ces activistes vivent en exil. Cette décision n’aura donc aucun effet dissuasif sur eux. Elle ne les rendra pas apatrides parce qu’ils sont des réfugiés en France. Elle sera, comme disent les juristes, d’aucun effet. Ni politique. Ni juridique. Les blablas et les justificatifs des uns et des autres ne servent qu’à amuser la galerie. Bref, cette décision est certes légale, mais elle est illégitime.

Bello Bakary Mana

Vous l’avez vu et entendu comme moi. Le prétendant au titre du principal opposant, Succès Masra, président du parti Les Transformateurs a capitulé. Le mot capitulé n’est pas fort. Il s’est rendu avec armes et bagages, comme disent les Tchadiens au Maréchal du Tchad, le président Mahamat Idriss Deby. Il a annoncé la nouvelle hier soir en direct sur la page Facebook de son parti en affirmant reconnaître les institutions nées de la transition. Et les élections successives mêmes celles, indirectes, qui se tiendront dans quelques semaines, les sénatoriales. Il va même plus loin en soutenant, « je réaffirme ma confiance aux institutions et à Mahamat Idriss Deby pour faire avancer le pays (…) je réitère notre disponibilité en acceptant de travailler avec le président de la République pour la stabilité et le développement de notre pays ». Dit comme ça, il n’y a rien de mal à cela, mais il faut revenir en arrière pour comprendre que le leader des Transformateurs est un nouveau genre de politicien sans principes, si tôt en politique, si tôt inconstant.

Pourquoi Succès est-il un homme politique inconstant?

Hier en l’écoutant parler, j’ai donné raison au célèbre écrivain et parlementaire français Voltaire qui soutenait que « la politique est le moyen pour des gens sans principes de diriger des hommes sans mémoire ». Le chef des Transformateurs tombe dans cette catégorie, il en est l’incarnation au Tchad. Mais il s’est trompé d’époque. Les Tchadiens, ses admirateurs et ses militants sont passés depuis ses atermoiements à autre chose. J’avais écrit, lorsqu’il a signé les accords de Kinshasa, une chronique intitulée « La défaite de Succès, le succès de Mahamat » (https://ialtchad.com/index.php/ialtchad/ialtchad-chronique/item/3048-la-defaite-de-succes-le-succes-de-mahamat) un an et quelques mois plus tard, je titre cette chronique Succès Masra, jusqu’au bout de l’inconstance. Succès n’a finalement de succès que son inconstance. Pourtant la constance est une vertu en politique. Il a toujours fui les grands rendez-vous électoraux en les dénonçant, en refusant d’y participer et à la fin en s’introduisant par infraction pour voler la vedette et ravir une place de son choix.

Vous vous souvenez du Dialogue national inclusif et souverain? Il l’a boycotté pour ensuite valider toutes les recommandations et les décisions. Tout en faisant des « pieds et des mains » pour qu’à la fin des travaux qu’il soit désigné Premier ministre.

Vous vous rappelez des accords de Kinshasa? De son départ laissant derrière lui sang et larmes? Moi oui. Il était parti en se sauvant laissant plusieurs jeunes 4 mètres sous le sol. Il est revenu en échange du poste de Premier ministre pour quelque 4 mois. Il est resté en poste tout en étant candidat à l’élection présidentielle. Il s’est accroché mordicus à ce poste. Il a été presque remplacé de force. Il a tenté d’embarquer ses militants et les autres dans une autre cabale pour se rendre compte que la mayonnaise ne prenait plus. Elle ne faisait plus recette. Elle a un goût moisi et amer. L’amertume et le regret ont transformé Les Transformateurs. L’amertume est fiel. Le regret est stérile. Masra a déçu une bonne partie de ses militants, mais les irréductibles continuaient à donner une seconde chance au coureur d’Abena. Hier, il s’est définitivement enterré. Ses militants les plus dévoués le déserteront, ils iront vers celui qui saura les conduire vers leur Terre promise.

Vous vous remémorez des élections législatives, provinciales, municipales et sénatoriales? Masra et ses amis ont levé le nez, refusant de prendre part. Pourtant, c’était l’occasion de jauger leur vrai poids politique. Ce refus est une erreur qui l’a condamné à se rendre au Maréchal.

Qui avait dit, « vous pouvez tromper quelques personnes tout le temps. Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps. Mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps ». C’était, je crois, le 16e président des États-Unis, Abraham Lincoln. Bref, Succès Masra s’est révélé être un grand trompeur. Bien que la politique soit l’art de la tromperie mais pas à ce point. Et si vite.

Bello Bakary Mana

D’abord, l’attaque de la présidence de la République, le 9 janvier dernier, par un groupe d’inconnus tombe peu à peu dans les limbes de l’oubli médiatique.

Après la publication de la vidéo surveillance par les services de la présidence où on voit des individus s’en prendre aux soldats en faction. La vidéo a eu l’avantage de stopper nette les rumeurs complotistes qui avaient commencé à envahir le Net et faisait fleurir des théories loufoques les unes après les autres.

Après la sortie du président de la République Mahamat Idriss Deby qui affirmait que l’attaque visait à le « vitrifier ». Sans plus de détails.

Après, c’est l’attente de la suite… après plus rien.

Rien donc sur l’enquête. Rien sur la suite de l’enquête. La curiosité journalistique s’est, elle aussi, éteinte. La paresse a saisi le monde des médias. Aucun journaliste n’a cherché à comprendre et à savoir qui sont ces « pieds nickelés », comme l’a dit le ministre Koulamalla, après son show du pistolet à la hanche sur les réseaux sociaux, après ses sorties médias, lui aussi s’est tu. Il ne reste plus que des interrogations : comment ces jeunes gens ont pu croire prendre le pouvoir? Qui sont-ils? D’où proviennent-ils? Ont-ils un ou des commanditaires? Oui, j’en conviens je fais partie des journalistes. J’ai tenté d’en savoir plus, mais rien n’a filtré pour l’instant.  Je cherche toujours. Les propos du ministre Koulamallah disant qu’il proviendrait des quartiers sud de la capitale tchadienne, N’Djamena, a suscité un début de polémique vite emporté par d’autres nouvelles. Dans cette affaire, les autorités comme les journalistes semblent être eux aussi des « pieds nickelés » refusant de marcher pour l’information. Que sont devenus les quelques survivants? Pourquoi ne les fait-on pas parler? Silence. Personne n’en parle. Personne ne parle. Et pourtant l’acte est grave, très grave. Il visait à vitrifier le premier des Tchadiens, selon le premier des Tchadiens.

Ensuite, le Secrétaire général du parti au pouvoir le Mouvement patriotique du Salut (MPS) est de retour. Il est ressuscité le 13 janvier par un décret présidentiel qui l’amnistie. Cette mesure efface tout. Il est désormais un homme politique tout neuf. Il était considéré depuis sa disqualification des élections législatives comme un homme politique mort et enterré. J’avais souligné dans un portrait (https://ialtchad.com/index.php/details/item/3356-legislatives-zene-bada-le-combattant-combattu) que le combattant Zène Bada n’est pas encore politiquement mort. Il est donc de retour avec cette amnistie. Dans une entrevue accordée à Manara Tv, l’homme s’est dit heureux, mais le combattant semble avoir perdu un peu de sa faconde. Il me semble qu’il y a quelque chose en « Zembada » qui s’est cassée. Retrouvera-t-il sa verve politique d’antan? Sera-t-il le président du prochain Sénat? Ministre? Difficile de donner un avis éclairant tellement la vie politique tchadienne est trépidante et imprévisible. Déjà, la polémique enfle : est-ce que l’acte de l’amnistie relève du pouvoir législatif (l’Assemblée nationale) ou du pouvoir exécutif ( la présidence) ? Un bon débat à approfondir…

Enfin, l’insécurité se fait sentir un peu partout dans le pays. Dans la capitale de l’Est du pays, Abéché, des braqueurs ont sévi emportant des lingots d’or. À Larmanaye au sud du pays, des femmes ont manifesté torse nu pour dénoncer l’insécurité.

À N’Djamena, les N’Djamenois sont sonnés par le dernier braquage au quartier Mardjandaffack en plein jour, en plein centre-ville. Un cambiste a été tué, à bout portant, par des bandits. Des centaines des millions ont été emportés. Je connais le cambiste tué. C’était un homme affable, serviable et toujours disponible à aider les autres. Paix à son âme. Que les assassins soient localisés, arrêtés et châtiés avec toute la rigueur de la loi.  

Au moment de publier cette chronique, les brigands n’ont pas été arrêtés. Le frère d’un des bandits a été arrêté parce que sa moto est retrouvée entre les mains des braqueurs. Toujours est-il que le groupe de ces brigands est composé de quatre personnes. Ils se sont bien organisés pour exécuter leur forfait. Ils sont toujours dans la nature peut-être même hors du pays.

Bello Bakary Mana

 

Au moment où j’ai fini d’écrire ma chronique, un coup de force s’est produit dans la capitale tchadienne, N’Djamena, à la présidence de la République. Des individus armés ont tenté de s’introduire, ils ont visiblement été neutralisés. Le ministre des Affaires Étrangères Abdramane Koulamallah en direct sur sa page Facebook, pistolet à la hanche, rassure en affirmant que tout est sous contrôle face à une tentative de déstabilisation. Des images vidéo montrant des corps sans vie et quelques blessés circulent sur les réseaux sociaux. Les alentours de la présidence ont été bouclés. On n’en sait pas plus pour l’instant. Qui sont ces têtes brulées? Comment ont-ils pu pénétrer dans le lieu le plus gardé du pays? 2025 commence visiblement mal.

Retour à ma chronique, je disais qu’il est scindé en deux parties. La première partie concerne 2024, le départ des troupes françaises du pays, du bras de fer entre, nous l’association des médias en ligne du Tchad (AMET) et la Haute Autorité des médias audiovisuels (Hama). Un combat, gagné en référé par l’AMET, qui marque un tournant dans la vie médiatique du pays. Dans la deuxième partie, il s’agit de 2025 et de ses perspectives.    

Trois évènements ont marqué 2024…

L’armée française dehors

Bravo et merci M. le président Mahamat Idriss Deby. Je commence avec ces mots « bravo et merci » pour ma jouissance personnelle. Mais c’est plus que ça. Pourquoi? Parce que la décision a été surprenante et agréable. Un bon moment pour notre pays. Je dirais qu’enfin le président de la République a pris la bonne décision en abordant la « vraie affaire ». C’est quoi la « vraie affaire »? C’est le départ des troupes françaises du pays. Non pas parce qu’on aime détester nos amis militaires français, mais parce qu’il était temps. Le président a vu juste. Ses arguments sont non seulement recevables, mais…. D’ailleurs pourquoi j’emploie les mots « arguments et recevables »? Je ne sais pas. C’est sans doute les séquelles de l’esprit d’un colonisé, dans un pays pas vraiment souverain.

Je reprends… Cette décision du président Mahamat Idriss Deby est bonne. Elle relève de la souveraineté du pays, du fait d’être « maître chez soi », sans arrogance, ni chauvinisme encore moins par nationalisme. Le président français Emmanuel Macron ne semble pas l’accepter. Il a fait une sortie maladroite, mais dans la droite ligne d’un héritier de « l’esprit colon ». Il refuse de s’en départir en soutenant que c’est la France qui a décidé de partir tout en restant polie et en laissant au Sénégal et au Tchad, la primeur d’annoncer la nouvelle. Et, dit-il, ils ont oublié de nous dire « merci », « ingrats » qu’ils sont. La réplique du président tchadien n’a pas tardé. Elle est bien ciselée, polie et ferme rappelant à son homologue français que le temps des colonies est loin, très loin derrière nous. Les temps ont donc changé, il faudra s’y faire.

La Hama hors-sol

Le combat mené par l’AMET contre les prétentions injustes de la Hama a été  un évènement important pour la liberté de presse, d’expression, d’information et de diversité de sources d’information. L’AMET s’est tenue droite et a fait plier, en première partie, la HAMA.

Depuis un temps déjà la HAMA s’est investie d’une mission : tuer la presse en ligne en le faisant avec un sourire en coin. Son président Abdramane Barka Abdoulaye Doningar, s’est donné comme objectif de réduire les médias en ligne du pays au silence, sous le faux prétexte de « mettre de l’ordre ». Pour atteindre ce but, la Hama n’a cessé depuis quelques années de nos harceler, de nous intimider par toutes sortes de messages : téléphoniques, verbaux et même par l’intermédiaire de certains conseillers pourtant élus par les journalistes. Jour après jour ils ont créé, nourri et fait grandir un problème qui n’existe pas. Ils lui ont fabriqué des pieds, des mains et un cerveau. Ils se sont obstinés à vouloir avoir raison contre le gros bon sens. Je ne l’ai jamais accepté comme président de l’association. Tous les membres de l’AMET, ne l’avons jamais accepté. Le combat s’est alors engagé à la veille des élections législatives. Après presque 3 semaines de combat, nous avons remporté la première étape. J’espère que la Hama, surtout son président ne fera pas de sa défaite juridique une question d’orgueil. J’espère que les conseillers de la Hama auront comme premier objectif en 2025 l’annulation de cette décision inique, illégale et injuste. Le droit a été dit par la Cour Suprême. Une leçon à retenir : ne cédez jamais lorsqu’intimement vous croyez avoir raison. Là où le droit avance, la démocratie se renforce et la liberté de la presse s’enracine.

Des élections législatives hors micro

Les élections législatives se sont déroulées sans grande visibilité par la faute de cette décision hors du temps de la Hama. Elle a poussé les médias en ligne, les médias les plus dynamiques, à la grève, au silence. Le silence nous a été imposé par la Hama. Nous avons rangé nos claviers, nos appareils photo, nos caméras, ce qui a plongé la campagne législative dans le silence et le pays dans un trou noir informationnel. Résultat des courses : une campagne législative terne qui va fort probablement crée des « embrouilles politiciennes ». À qui la faute? À cette Hama hors-sol, hors-la-loi. Et qui de surcroît a failli, par ses fiches mensongères, engluer la présidence dans une affaire de liberté de presse. La campagne s’est achevée comme elle a commencé : terne. Les Tchadiens étaient sous informés. Conséquence, ils ne se sont pas déplacés en nombre le jour du vote. Conséquence : un taux de participation faible pour quelle perspective.

Perspective 2025

La  boucle de la transition est bouclée avec ces élections législatives, municipales et communales. Le Tchad est véritablement souverain avec le départ des forces étrangères du pays. Qu’est-ce que cela va donner? Beaucoup des nouvelles choses probablement…

Pour bien commencer, le président Mahamat Idriss Deby doit changer de méthode, changer de garde, faire table rase du passé. Il doit ramener tous les Tchadiens fâchés et armés au pays. Il ne doit plus accepter de se faire appeler « mon Maréchal » à tout bout de phrase, dans chaque discours courtisan, même s’il a accepté le titre.

Note au président Mahamat

Demain M. le président, les mêmes se battront pour vous faire « empereur », une coche au-dessus de celle du défunt maréchal père, Idriss Deby Itno. Ils en sont capables. Ma crainte ce que vous ne succombiez à leur discours envoûtant. Ils savent s’y prendre. Promettez-nous que vous ne succomberiez pas, faites cette promesse en ce début 2025.  Il paraît que vous refusez de vous faire appeler « Excellence », vous préférez simplement, dit-on, « Monsieur le président ». Il est modeste notre président? Il est humble? Beaucoup de personnes le disent. Beaucoup, beaucoup attendent de vrais changements pour 2025.

Bonne année

Bello Bakary Mana

Le Tchad a annoncé la rupture des accords de défense le liant à la France. Vous avez tous été surpris comme moi par cette annonce, tard dans la nuit dans, du communiqué du ministre des Affaires Étrangère tchadien Abdramane Koulamallah. Cette phrase dans le communiqué a attiré mon attention, « il est temps pour le pays d’affirmer sa souveraineté pleine et entière ». Si vraiment, c’est l’objectif, c’est une excellente nouvelle.

Après la surprise a suivi la confusion. Combien d’accords il y a? Quels sont les genres d’accords? Lesquels sont concernés? Quelles sont les différences ? Dans ma curiosité effrénée, je me suis tourné vers des experts pour différencier un accord  de coopération de défense d’un accord de défense tout court. Je vous explique en français facile, rapide et « gourloum »

Un accord de coopération de défense est un accord qui permet à des experts d’un État étranger de venir faire de la coopération en matière de défense. Il ne permet pas d’intervenir en cas d’agression contre l’État tchadien.

Un accord de défense entre deux pays. C’est un accord qui permet aux forces françaises d’intervenir en cas d’agression contre le Tchad. Le contraire est aussi vrai. Il permet aussi au Tchad d’intervenir si la France est agressée par un autre pays.

Maintenant, le communiqué du gouvernement tchadien ne précise pas de quel accord il s’agit? Concerne-t-il tous les accords? Les bases militaires françaises doivent-elles être démantelées? Ce qui continue a suscité beaucoup de confusions. Rien n’a été clair comme la sortie du président sénégalais Bassirou Djomaye Fall qui a clairement demandé le départ de l’armée française de son pays et la fermeture de ses bases militaires.

La France a dit prendre acte. Sans plus. Cette attitude s’explique par la crainte que la classe politique du pouvoir ou de l’opposition ne fassent de la « récupération politique » avec ce dossier. Et sciemment ou inconsciemment, ne pousse la rue tchadienne à s’enflammer. Mais entre les lignes du communiqué on peut décrypter que la France est ouverte à d’autres négociations pour un nouvel accord.

Il faut signaler deux choses importantes : le « timing » de cette sortie tchadienne et le contexte.

Le « timing », c’est après la visite du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot au pays. Y a-t-il eu des discussions qui n’ont pas fait plaisir aux autorités tchadiennes? Qu’est-ce qui a été discuté?

Le « contexte », le Tchad est convoité par des puissances rivales comme la Chine, la Russie et même la Turquie compte tenu de sa position stratégique au Sahel. Un Sahel qui bouge et fait bousculer avec lui intérêts et convoitises.

Alors je me permets d’évoquer quelques  hypothèses…

Première hypothèse : Fort probablement les autorités tchadiennes et françaises discutent sur comment renégocier, réadapter, adoptés, prolonger, rajouter, choisissez le mot qui vous convient pour parachever les accords militaires. Il faut rappeler que la France a bien annoncé son intention de réaménager en diminuant son dispositif militaire en Afrique. Le Tchad en fait partie. Dans les discussions et les explications entre pays, le Tchad n’est peut-être plus satisfait de la nouvelle reconfiguration. Et donc jugerait inutile voire gênant la présence militaire française au pays. Ou il y a eu, peut-être, une mésentente.

Deuxième hypothèse : Le conflit soudanais, ses répercussions et ses implications au Tchad pourraient avoir créé des divergences entre les deux partenaires.

Troisième hypothèse : Ce sont les possibilités d’offre le redimensionnement de la présence militaire française pour faire des accords avec d’autres puissances. Par exemple la Russie, la Turquie ou la Chine. Ou bien alors cette possibilité permet aux autorités tchadiennes de faire monter les enchères et obtenir de la France un plus « chouia ».

Les anglais disent, « it takes two to tango », ( ça prend deux personnes pour danser le tango). Je crois que c’est parti pour une longue danse de tango entre les deux pays. Et au moment de publier ma chronique, je crois que rien n’est encore joué.

Mon téléphone sonne, c’est un appel du service de la presse présidentielle m’invitant à assister à un point de presse du président de la République.

Dimanche soir, 1er décembre. Il est 20h 15 min lorsque le président de la République s’adresse à la nation. Il confirme la rupture de la coopération militaire entre la France et le Tchad au motif que le présent accord est désuet. Que les temps ont changé. Et que cet accord n’apporte aucune valeur ajoutée dans la lutte contre le terrorisme et la défense de la patrie.  La clarification que j’attendais n’est toujours pas au rendez-vous. Le président a été prudent. Il soutient qu’il ne s’agit pas de remplacer une puissance par une autre, mais que c’est une question de souveraineté. Je suis arrivé à la conclusion qu’il y aura fort probablement un nouvel accord dans les jours et les mois prochains entre les deux pays. Je suis toujours confus.

Bello Bakary Mana

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