La devanture du Lycée Felix Éboué de N’Djamena est réputée être le quartier général des fabricants des lits à fil localement appelé « lit picot ». Hassan Abakar fait partie de ceux-là. Il se réclame même « précurseur » de ce secteur d’activité. Ialtchad Presse est allé à la rencontre de cet artisan et du « lit picot ». Reportage.
Jeudi 11 mai. Il est 10 heures passées de 22 minutes. Sur l’avenue Mobutu, la circulation est moins dense. Les fonctionnaires ont déjà regagné leurs différents bureaux au centre-ville. Devant le lycée Felix Éboué, Haroun Abakar, artisan s’est installé, avec son apprenti-artisan. Il est fabricant des lits à fil appelés généralement « lit picot ». La devanture de ce grand Lycée historique est connue pour être le quartier général des fabricants de lits picots.
Haroun Abakar, la quarantaine entamée, est un vétéran en la matière. Il exerce ce métier depuis plus de 20 ans. Et c’est depuis 10 ans qu’il a pris place devant le lycée Felix Éboué. Sous sa supervision, son aide dresse un lit picot commandé.
La fabrication des lits picots, Haroun Abakar l’a apprise au Soudan dans les années 2000. Installé au Tchad, il a d’abord ouvert son atelier Petro Tchad à côté du canal de drainage des eaux du quartier Paris-Congo. Il y demeure à cet endroit pendant au moins 10 ans avant de se fixer définitivement devant le lycée Félix Eboué en 2010. Haroun Abakar a formé près d’une centaine d’apprentis qui évoluent à leurs propres comptes. « Tous ceux que vous voyez dresser ces lits devant ce lycée ont été mes apprentis. D’autres sont dans des provinces », dit Haroun Abakar.
Pour fabriquer un lit picot, Haroun Abakar utilise principalement deux matériaux : les tuyaux en fer et du fil plastique. Et éventuellement de la peinture. « Il faut d’abord couper ces tuyaux et les souder au format à l’atelier de soudure avant de commencer à tresser les fils », indique-t-il. Pour cela, Haroun Abakar a au moins 17 personnes qui travaillent avec lui. « C’est un travail à la chaîne », commente-t-il.
Des lits picots, il en existe des cadres originaux français et chinois, dit Haroun Abakar. Mais dans son atelier, il procède à la modification de ces cadres, pour les rendre plus confortables. Ainsi, Haroun fabrique des picots avec un modèle réglable à trois niveaux avec la pose tête. Et la clientèle ne manque pas, « les gens aiment vraiment nos fabrications artisanales. Surtout les militaires, ils adorent les lits picots. Ils achètent beaucoup », dit l’artisan. Ces lits fabriqués de manière artisanale, dit Haroun, peuvent durer aussi longtemps que possible si la conservation est bien faite. « Ce lit ne veut pas être exposé au soleil », affirme-t-il.
Ces lits mesurent généralement deux mètres de longueur et 80 cm de largeur. Il y a aussi ceux de 50 à 60 cm de largeur. « C’est selon la commande », fait savoir l’artisan. Et par jour, il peut fabriquer 10 à 20 lits. Le prix varie de 20 000 à 27 500F. « Sur un lit, je fais des bénéfices de 2 000 à 3 000F », dit Haroun Abakar. Pour se conformer à la législation, l’artisan dit qu’il paie des taxes à la Mairie chaque mois à hauteur de 3 000F, aux impôts 32 500F l’année.
Depuis quelques années, Haroun dit rencontrer d’énormes difficultés. Financières surtout. Après le démantèlement de son atelier PetroTchad, le maître des lits picots n’a plus les mains sur le picot. « Avant j’étais bien organisé. Mais maintenant c’est difficile », avoue l’artisan. Difficile parce que la concurrence est là. Mais là n’est pas le problème, d’après lui. « Les aides du côté de l’État manquent vraiment dans ce secteur », dit-il déçu. Il affirme avoir déposé plusieurs fois son projet de création d’un atelier dans des institutions comme FONAP, FONAJ, ministère en charge des Petits métiers mais sans succès, « mon objectif est de créer un atelier digne de ce nom, former des jeunes pour pérenniser ce savoir-faire ».
En attendant, des jours meilleurs, Hassan Abakar et ses 17 apprentis travaillent pour le plaisir de leurs compatriotes. Car, le lit est un endroit par excellence où l’homme passe le plus de son temps. Et le lit picot est plus sollicité pour des temps de repos courts.
Christian Allahadjim
Allarassem Djimrangar

Depuis la prise de pouvoir par le Conseil Militaire de Transition (CMT), le 20 avril, N’Djamena vit au rythme des tensions. Différentes manifestations ont été organisées. Et une répression aveugle s’en est suivi. Les victimes témoignent.
Quartier Chagoua dans le 7e arrondissement de la ville de N’Djamena. Il est 10h47mn ce 13 mai. Raïs Kim, artiste rappeur, nous reçoit chez lui. Sa maison n’a pas d’électricité depuis 2 jours. C’est dans un salon bien chaud qu’il nous accorde l’entretien.
Depuis l’officialisation de la candidature de feu Idriss Déby Itno à la présidentielle d’avril 2021 pour un sixième mandat, Raïs Kim, artiste-rappeur, s’est mobilisé contre ce mandat qu’il qualifie de trop. Il a participé à plusieurs marches pacifiques. Des marches qui ont toujours dégénéré.
Le 27 avril dernier, il est sorti encore manifesté. Cette fois, pour dire non à la prise de pouvoir par le CMT après l’annonce de la mort du président Deby Itno le 20 avril passé. Mais ce jour, les choses ont mal tourné pour celui qui est considéré comme un artiste engagé et grand mobilisateur.
Ce 27 avril, Raïs Kim, aux côtés des autres manifestants, entame la marche devant le Lycée Jimmy Carter sur l’avenue Pascal Yoadimnadji. Direction, l’espace Fest’Africa. « Sur le chemin, on a été intercepté premièrement par les forces de l’ordre. Ils ont essayé de nous disperser à coups de gaz lacrymogènes. Nous avons résisté pour continuer notre marche », raconte-t-il. Arrivée sur le croisement de l’axe CA7, poursuit-il, son équipe est prise en tenailles par trois (3) groupes de forces de l’ordre. « Mais on a toujours résisté. Et là, il y a eu des tirs de sommation », dit l’artiste. Coincés, Raïs Kim et son équipe prennent le large du côté du fleuve Chari. C’est là où il a été la cible d’un tir à bout portant. « L’agent a pris l’arme de son ami qui avait tiré deux balles de sommation. Il s’est mis à genou et il a dirigé son arme vers moi », dit la victime. Il enchaîne : « je pensais que c’était les gaz lacrymogènes qu’il allait tirer donc j’étais serein. Du coup, je me rends compte que je saigne au niveau de ma cuisse. Les amis ont constaté automatiquement que c’était une balle réelle qui a transpercé ma cuisse. » Grâce à ses compagnons, il a été transporté au centre de santé d’Habbena où il a reçu les premiers soins. Son malheur ne s’est pas arrêté là.
L’artiste affirme qu’il a été contraint de vivre caché pendant 2 jours avant de regagner son domicile. Car, dit-il, des agents (il ignore leur corps d’appartenance) le traquaient. Aujourd’hui, Raïs Kim se porte bien, sa plaie est cicatrisée. « J’ai le moral haut et je suis encore doublement engagé et prêt parce que même le 8 mai dernier, j’étais sorti pour la marche de Wakit Tama ». Il annonce en même temps que le 19 mai, il sera encore dans les rues. Ce, « jusqu’à ce que nos revendications puissent avoir un écho favorable ».
Au quartier N’guéli dans le 9e arrondissement, c’est Madjirébaye Hervé, enseignant de philosophie et écrivain qui nous accueille. Lui aussi a été victime de violences policières et militaires. Sous un arbre et dans un calme pesant, il nous raconte son calvaire.
« C’était le samedi 8 mai, le jour de la manifestation. Mais je n’étais pas parmi les manifestants », dit-il. Vers 17heures, Hervé, après une visite à la maison familiale au quartier Chagoua, rentrait tranquillement chez lui à N’guéli. Arrivé à la hauteur de l’ambassade des États-Unis, il est interpellé par un de ses cousins. « Donc j’ai dû ralentir. Je roulais à 15-20Km heure. Le policier qui était en faction à cet endroit pensait que je voulais m’arrêter. Il m’a demandé de faire demi-tour pour aller voir mon cousin avec qui je causais tout en avançant. Je lui ai répondu que la voie est à sens unique donc je ne peux pas faire demi-tour. Il me dit dans ce cas il ne faut pas non plus que je m’arrête. Je lui ai répondu que je ne suis pas en train de m’arrêter », relate-t-il.
Chemin faisant, il tombe sur un deuxième policier qui, cette fois, l’arrête et coupe le moteur de sa moto avant de le lui retirer la clé de contact. Celui-ci l’accuse d’avoir injurié son collègue. « Je lui ai dit non je n’ai pas insulté votre collègue », lui rétorque Hervé. La victime croyait qu’il y a eu malentendu, « parce que je parlais au même moment avec mon cousin et avec le policier. Donc mes paroles et mes gestes à l’endroit de mon cousin, il les prenait pour son collègue », analyse-t-il.
Le ton monte. Selon la victime, le policier a commencé par la bousculer sur la moto. Et lorsqu’il est descendu, celui-ci lui braque son arme. Réflexe, Hervé lui saute dessus pour éviter qu’il ne lui tire dessus. Car, justifie-t-il, dans la plupart des cas où des agents de force de l’ordre déployés devant des institutions braquent leurs fusils sur des civils se sont soldés par mort d’hommes. « J’ai appelé au secours et leur chef est arrivé », indique-t-il. Et c’est là que son calvaire a commencé. « Ils m’ont pris pour m’amener au kiosque leur servant de poste. Ils ont commencé par me bastonner. Ils voulaient absolument m’atteindre à la tête. Heureusement j’avais mon casque bien attaché à la tête », affirme-t-il. Mais d’après lui, ses bourreaux ont voulu lui retirer son casque pour continuer leur sale besogne. « De là j’ai profité pour leur dire qu’il y a des caméras installées qui filment tout ce qu’ils font. Ils ont pris peur et m’ont laissé dans le kiosque. Ils ont fait appel à la base du GMIP et un véhicule est venu me chercher quelques minutes plus tard »,
À la base du GMIP, il sera gardé dans une cellule de deux mètres et demi sur deux, pendant quatre jours. Durant ces jours de détention, la victime avoue qu’elle a été bien traitée. « J’ai trouvé des agents qui m’ont traité de façon correcte. Tous ceux qui se sont relayés ont pris le temps de m’écouter. C’est ce que j’ai vraiment apprécié », dit Hervé. Entre temps les commandants refusent de l’écouter détailler sa version. « Pour eux je suis un terroriste, un point un trait. Un des policiers m’a clairement dit que mon dossier est déjà préparé pour qu’on me transfère au bagne de Koro-Toro ».
Au quatrième jour, Hervé a été transféré au commissariat central. Présenté à un directeur de service, il a été relâché après que son passeport n’ait été réclamé. Mais pour Hervé, l’inquiétude demeure. « J’ai été accusé de terrorisme, de rébellion. Je ne sais pas si je serai fiché ou encore suivi par des services spéciaux », lâche-t-il.
Il n’y a pas que ces deux. Des centaines de personnes ont été victimes de la bavure policière durant cette série de manifestations. Les marches pacifiques donnent lieu souvent à des répressions disproportionnées. Celle du 27 avril par exemple s’est soldée par la mort de 15 personnes selon les organisateurs et 6 selon les autorités de la transition.
Depuis le mois de mars, les amphis théâtre de l’université Polytechnique de Mongo sont fermés. L’Union Nationale des étudiants du Tchad (UNET) section de Mongo a suspendu les cours et réclame la prolongation de la date d’inscription et de réinscription et surtout la réintégration de 4 étudiants exclus par le Conseil de discipline de l’UPM.
Joint au téléphone Mahamat Abdramane Abdel-Djabar, le secrétaire général de l’Union des étudiants du Tchad section de Mongo explique que tout a commencé le 16 mars 2021. Le Bureau Exécutif de l’UNET-Mongo dit-il, a été surpris de voir les étudiants du département de Génie Géologie en pleine révolte. « Nous avons automatiquement pris l’affaire en main. Nous avons urgemment réuni les délégués et nous avons contacté le Président de l’Université au même moment», explique-t-il. D’après lui, les délégués des étudiants ont indiqué que le plus important des points leurs revendications sont : la prolongation de la date des inscriptions afin d’éviter être évincés. Pour les étudiants, explique le SG de l’UNET, « un compromis de deux semaines a été trouvé et l’administration a demandé que cela soit effectué tranche par tranche».
Pour l’UNET de Mongo cela signifie que tout est fini. Un de ces quatre matins, une autre révolte s’est signalée. Cette fois, ce sont les étudiants en Génie mécanique, dit Mahamat Abramane Abdel-Djabar. « Nous leur avons dit que s’il surgit un problème, les étudiants ne doivent d’abord contacté l’Unet. Elle seule, est habilitée à défendre leurs intérêts. Malheureusement, à travers cette révolte, l’administration a ciblé quelques-uns. Ils étaient convoqués au conseil de discipline et quatre d’entre eux, des étudiants en licence3, étaient exclus et d’autres avertis », indique le SG. Selon lui, l’UNET UPM n’a pas apprécié cette exclusion et a demandé que leurs amis exclus soient réhabilités. C’est ainsi, rajoute-t-il, que le 31 mars 2021, l’ l’UNET UPM a décidé de suspendre les cours jusqu’à nouvel ordre. «L’Affaire est en cours et l’administration va se pencher sur la question demain à Ndjamena. Nous avons confié la suite de l’affaire à l’Unet nationale maintenant», dit Mahamat Abdramane Abdel-Djabar.
Pour Pr. Abakar Mahamat Tahir, président de l’UPM avec qui nous avons échangé au Téléphone, le service de la scolarité et des examens a fixé une date pour les inscriptions et le délai a couru. Selon lui, le contenu de la décision de la scolarité relève que les étudiants non inscrits n’ont pas le droit de passer les examens. « Certains étudiants ont fait de troubles et le conseil de discipline a interpellé certains qui sont exclus », affirme-t-il. Pour lui, tout problème à une solution, l’affaire est sur la table de réflexion. Cela aboutira bientôt à une reprise des cours à l’UPM.
A suivre…
Moyalbaye Nadjasna
Donc, Mahamat Kaka, le nouveau prince, tente de s’asseoir temporairement sur le fauteuil présidentiel. Il est à peine assis que, les mêmes avec leurs cortèges de « motions de soutien », « bureau de soutien », accourent, s’agitent pour lui signifier qu’ils l’aideront à s’éterniser sur ce fauteuil. Pour cela, ils sont montrés dans les médias publics. Leurs messages sont diffusés, et commentés par notre paresseuse presse publique qui rabâche les oreilles des Tchadiens avec des reportages creux. Et des commentaires sans consistance, oubliant que l’heure est grave. Les temps ont changé. Les Tchadiens aussi. Le Tchad de demain ne sera pas celui d’un clan ou d’un autre. Il sera celui de tous ou de rien. Les premiers signaux envoyés par le jeune prince ne sont pas satisfaisants. Pourquoi?
D’abord parce que voyager au Niger, au Nigeria, c’est bien. Ce sont des voisins immédiats. Il est important d’avoir des bons rapports de voisinages. Mais il semble que le président de la transition est allé pour démanteler les ramifications de la rébellion dans ces pays. Il serait obnubilé par l’idée de combattre les autres Tchadiens qui ont pris les armes. Pourtant, il faut privilégier le dialogue. Aucun camp ne sortira vainqueur de ce face à face morbide. Surtout qu’il y a désormais un ministère de la Réconciliation et du Dialogue. Il faut laisser le patron de ce département agir. Lui donner les moyens de le faire. Et veiller à ce qu’il ait les mains libres et l’écoute du palais. La réconciliation doit concerner tous les Tchadiens en armes ou pas.
Ensuite, la tournée de l’autre frère cadet dans certains pays africains. Cette tournée n’a pas lieu d’être. Il faudra changer de pratique. Il y a un ministre des Affaires Étrangères, c’est à lui de s’occuper de cette tournée d’explication. Les mauvaises habitudes ont la vie dure, mais il faudra s’en débarrasser le plus rapidement possible pour ne pas piéger la transition dans les réflexes claniques. C’est aussi pour cela qu’il faudra éviter les nominations claniques en faisant comme si rien n’a changé dans le pays. Oui le régime a changé. L’ancien régime n’est plus. L’actuel régime est bien un régime de transition. Cela signifie vers un autre régime que les Tchadiens choisiront librement avec l’aide de la communauté internationale. Aucun Tchadien n’a l’intention de se laisser faire.
Aussi, le Premier ministre de transition Pahimi Padaké Albert (PPA) a présenté son programme politique. Un programme en 9 points. Objectif : parachever l’œuvre de développement de la paix entamé par le défunt Marechal. Encore le Maréchal. PPA et son équipe sont incapables de comprendre que le Maréchal est parti vers la destination finale. Il ne reviendra plus. Il faudra tourner la page pour en écrire une autre. Personne n’avancera en citant le défunt Maréchal partout et pour rien. Bref, la transition n’a pas besoin d’un programme politique, mais plutôt d’une feuille de route
Enfin, les Tchadiens ont soif d’avancer dans la vérité. Ils tendent l’oreille vers Addis-Abeba où l’Union Africaine (UA). Ils attendent le fameux Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) qui après ses atermoiements va décider, selon plusieurs sources, d’accompagner le Tchad. Autrement dit pas de sanctions malgré le coup d’État militaire du fils, malgré la répression des manifestants, malgré que tout cela va à l’encontre des principes et des règles de l’UA. L’ex-président Laurent Gbagbo a raison de dire, « le problème des africains, ce qu’ils ne respectent pas les textes qu’ils se donnent. Comment voulez-vous qu’on les respecte? ».
Pire, l’UA parle de situation particulière et mettra des conditions particulières pour cela. On sait que l’armée tchadienne est devenue quasiment le supplétif de l’armée française. Pour les ouest-africains, les Tchadiens sont leurs protecteurs. Ils doivent mourir pour leur région, leurs pays, mais n’ont pas droit à la démocratie et ses bienfaits. Ils ferraillent durs dans les instances pour que rien ne change. Que la junte qui a mis le fils contre toutes les lois républicaines ait toujours la haute main sur le pays. Ils servent tout le baratin sur la stabilité, la sécurité aux Tchadiens pour faire semblant de faire quelque chose sans rien faire. Ce piège dans lequel est tombé l’UA donne l’impression que les Maliens, défendus et protégés en grande partie par l’armée tchadienne méritent un président civil et beaucoup d’indulgences que le Tchad. C’est injuste. Les Tchadiens attendent de voir les arguments, les garde-fous que le CPS mettra pour empêcher la junte de croire qu’elle a les mains libres. Et qu’elle n’est que la continuité de la politique du défunt Maréchal et de ses amis politiques.
Bello Bakary Mana
Les fidèles musulmans célèbrent ce jeudi la fête de l’Aid-El-fitr El-Moubarak marquant la fin du mois saint du Ramadan. A N’Djamena, l’ambiance est moins festive que les années précédentes.
C’est un moment de convivialité, de pardon et de réjouissance, la fête marquant la fin du mois saint du Ramadan est le plus souvent célébrée en grande pompe. Habituellement, la fête commence après la grande prière à la mosquée pour finir avec des visites familiales. A N’Djamena, la capitale tchadienne, la fête de l’Aid-El-Fitr-El-Moubarak n’est pas célébrée avec faste ce jeudi 13 mai.
Dans les quartiers Sud tels que Walia, N'gueli, Abena, Chagoua, Moursal, Dembé, pour ne citer que ceux-là, le constat est identique. Ces quartiers ne grouillent pas de fêtards. L’ambiance est morose. Pas de fanani (musique), poussé à fond. La circulation est presque fluide. Après la prière à la mosquée, les musulmans ont regagné leurs domiciles.
Dans les quartiers du Centre et du Nord où il y a une forte présence musulmane, la fête se sent. Des enfants, en petits groupes, sillonnent les avenues pour rendre visite. Et recevoir des gâteaux et quelques pièces de monnaie. Les adultes, sur des motos, paradent de fois à vive allure sur les grandes artères. D’autres en familles s’entassent dans des véhicules particuliers pour des rondes de visites familiales. Les grandes artères de ces quartiers sont presque désertes. L’avenue El-Nimery ou la rue de 40m qui est toujours engorgée est en ce jour désengorgée.
Toutefois, dans les familles, la fête se passe joyeusement. « Cette année, ma famille et moi avions décidé de fêter l’Aid-El-fitr-El-Moubarak chez mes beaux-parents. Donc, je peux vous dire que la fête se passe à merveille », dit Mahamat Saleh, un père de famille rencontré sur l’avenue El Nimery. Selon lui, l’année dernière avec la pandémie du Covid-19, les fidèles musulmans n’ont pas fêté comme il se le doit. « Il n’y avait pas le côté festif. Nous avons fêté à la maison et en famille. Dieu merci, cette année, il y a un peu le côté festif », dit-il. Abdramane renchérit pour sa part que malgré qu’il y ait le côté festif de la fête du Ramadan, elle est toutefois timide. « Comme vous pouvez le constater avec moi, on ne ressent pas vraiment la fête sur les avenues, artères de la capitale. La ville est calme », déclare-t-il. La situation politico-militaire qui règne actuellement en dit long.
La fête est un moment de joie. Cependant, avec la fête de Ramadan, certains ménages sont privés de certains produits de première nécessité. Et l’économie aussi prend un coup. Dans les quartiers, les boutiques sont fermées. Les marchés sont presque vides. Le cas du marché à mil et du grand marché qui généralement sont bondés de monde sont aujourd’hui déserts. Car c’est la fête. Étant donné que les boutiques et magasins sont détenus en grande partie par des commerçants musulmans.
Allarassem Djimrangar
Christian Allahadjim
Le jeûne marquant le Ramadan entamé depuis le 13 avril s’est achevé hier 12 mai tard dans la nuit. Ce jeudi 13 mai, une prière commune a été dirigée par Cheick Ahamat Annour Mahamat Alhélou, imam de la grande mosquée de N’Djamena. C’était en présence du président du Conseil Militaire de la Transition (CMT), Mahamat Idriss Deby. Reportage.
Dès 6h du matin, l’ambiance autour de la grande mosquée de la capitale tchadienne grouillait de monde. Les fidèles musulmans s’empressaient pour ne pas rater la grande prière de reconnaissance et de bénédiction après un mois d’humilité devant Allah le Tout puissant. Les dispositifs sécuritaires sont aussi déployés pour assurer la sécurité du président du CMT invité à participer à cette prière. La grande mosquée de N’Djamena se trouve coincé entre le grand marché, le commissariat de police du 3e arrondissement, l’Avenue Maldom Bada et le vieux quartier Mardjandaffack. Avant la cérémonie, dans la salle sacrée certains fidèles, très concentrés, font déjà leur dévotion. Le sultan de la ville de N’Djamena est venu plus tôt que prévu. Sont aussi présents, les dignitaires musulmans , quelques ministres et autres personnalité comme le maire de la ville Ali Haroun.
Autres choses : on voit des jeunes formant une haie qui accueillent et orientent les fidèles, mais aussi les dignitaires qui ont accueilli de façon conviviale le président du CMT habillé en civile. Coronavirus oblige, on ne se serre plus les mains, pas d’accolades non plus, mais la salutation par coude ou « salutation corona » comme disent les N’Djamenois. Lorsque le président du CMT entre dans la salle de prière, tout le monde se lève pour l’honorer.
Aussitôt, la grande prière commence sous la direction de l’imam Cheick Ahamat Annour Mahamat Alhélou. À la fin de la prière, l’imam passe un message de paix et de bénédiction dans la vie de tous les fidèles musulmans qui ont observé avec beaucoup de piété le jeûne de 30 jours du mois saint de Ramadan. Il appelle les musulmans, mais tous les Tchadiens à l’unité, à la solidarité et au pardon pour un Tchad prospère. Car selon lui, celui qui garde la haine n’a pas la paix avec lui-même. Cheick Ahamat Annour Mahamat Alhélou, rajouter qu’il n’y a pas de solutions à nos problèmes si nous ne sommes pas unis. « Il faut éviter à tout prix la division », dit-il. Selon lui, Dieu nous demande de nous pardonner, et il faut que les Tchadiens s’acceptent. Nous devons être fidèles pour réparer notre pays, le construire dans le dialogue et la non-violence. Notre différence doit être plutôt notre force et non la faiblesse. Soyons soudés comme les cinq doigts de la main, conseille-t-il à tous.
L’imam de la grande mosquée de N’Djamena exhorte les Tchadiens a une cohabitation pacifique, au vivre ensemble, car ce pays nous appartient tous. D’après lui, le développement du Tchad doit se faire par tous ses filles et fils. Il demande à l’ensemble de la communauté internationale de nous guider vers une bonne voie. Cheick Ahamat Annour Mahamat Alhélou, note qu’il prie afin que Dieu guide les nouvelles autorités a mené a bien la destinée du Tchad dans la paix et la justice.
Ali Haroun, maire de la ville de N’Djamena, interrogé appelle, les Tchadiens au retenu. Selon lui, les musulmans ont profité de ce moment de jeûne de 30 jours pour implorer la grâce de Dieu pour la paix et la stabilité de notre pays.
Moyalbaye Nadjasna
Les retraités de la Fonction publique s’indignent de l’arrêt non justifié du paiement de leurs pensions déclenché le 18 avril 2021. Réuni ce 11 mai à la bourse de travail, ils décident d’exprimer leur mécontentement devant la Caisse nationale des retraités du Tchad (CNRT) ce 12 mai. Ialtchad s’est intéressé à la question de ces retraités. La CNRT promet poursuivre le paiement enclenché. Reportage.
Un set in prévu pour 6h du matin, c’est plutôt aux environs de 7h, une heure plus tard que les retraités ont pu se retrouver. Selon Alladoum Tedengarti, Président du Comité Adohc, des retraités, de sitôt réunis, la direction générale de la Caisse nationale des retraités du Tchad a dépêché un de ses représentants pour échanger avec eux. Au cours des échanges d’après lui, la CNRT a affirmé que l’arrêt du paiement est dû à une erreur technique que la Banque Commerciale du Chari (BCC). Elle devait alimenter les autres banques a débité le paiement avec les retraités de son institution. La CNRT promet que ce même jour, elle va se battre pour que toutes les banques soient servies. Pour le président des retraités, ils vont vérifier et s’il se trouve qu’il n’y a rien ils repartiront pour des explications.
« Le mobile de notre mécontentement est les paiements des pensions, les arriérés, les primes de départ, les primes de transport des années 2016-2019. On a beau revendiquer, ils sont là à tergiverser », dit M. Alladoum Tedengarti. Pour clarifier leur intention, il rappelle qu’ils s’étaient retrouvés le 15 avril passé avec le directeur général de la CNRT. Il les avait rassurés que leurs pensions soient payées le 18 avril, le billetage simultanément avec le virement. « Le billetage a commencé très timidement vers le 19 avril. Pas pour le virement sans une justification. Or, le ministre de Finances et du Budget est resté il connaît le dossier, et l’Administration est une continuité. Si c’était un autre ministre on aurait compris que les passations de service aurait fait de retard», dit-il. Président du Comité Adohc, des retraités affirment que les pensions des retraités proviennent de leurs cotisations versées dans une caisse appelée CNPS ou CNRT lorsqu’ils étaient actifs. La CNPS, dit-il, agit bien avec les retraités du privé, mais au niveau de l’État, la caisse est toujours vide. « Qu’est-ce qu’on fait avec les cotisations des fonctionnaires qu’on retire chaque fin du mois. Ou est-ce qu’on les verse ? Et qu’est-ce qu’on en fait? » , s’est-il interrogé. Pour lui, en principe les retraités ne devaient pas avoir de problèmes de pensions.
Ce sont des gens qui survivent toujours malades coucher, d’autres morts, des veuves abandonnées à leur triste sort, fait-il savoir. «Tout simplement parce que les retraités n’arrivent pas à se nourrir ou se soigner. Nous avons nos enfants sur les bras lorsqu’on a investi pour leur formation, ils deviennent des diplômés sans emploi qu’on doit encore s’occuper d’eux de leurs enfants et leur femme», a soutenu M. Alladoum Tedengarti. Selon lui, les fonctionnaires qui sont des potentiels retraités se fichent d’eux. D’après lui, ils ont patienté du 18 avril jusqu’au 12 mai. Cela fait pratiquement un mois déjà. «Un paiement qui traine un mois c’est quelle sorte de paiement? Ça ne se passe nulle part dans le monde. Un paiement c’est un paiement, à l’instant T, tout le monde doit avoir son argent. Il faut trouver un mode de paiement qui puisse satisfaire tout le monde», déplore-t-il tout en demandant que cette façon change.
À noter que dans les provinces, la situation des retraités de la CNRT est pire. Plusieurs coupons ne sont pas payés jusqu’à l’heure actuelle à l’exemple, des retraités de la ville de Sarh, province du Moyen-Chari d’après une source de la localité.
Alladoum Tedengarti, informe que le comité Adohc des retraités a été créé le 02 octobre 2020. Il regroupe en son sein, les retraités de 2016, 2017, 2019 et 2020, note-t-il. «L’Assemblée générale du 11 mai à la bourse de travail, beaucoup de retraités nous ont plébiscités de defender leurs causes», conclut-il.
Moyalbaye Nadjasna
La marche pacifique de la plateforme dénommée « Vision nouvelle » autorisée par le ministère de la Sécurité publique a lieu ce 12 mai. Pour la première fois, une marche est encadrée par les forces de l’ordre. Ialtchad Presse a fait réagir quelques participants.
Youssouf Nassour Kossi est étudiant. Il a pris part à la marche organisée par la plateforme Vision nouvelle. Pour lui, les choses commencent par changer positivement. « Parce que c’est pour la première fois dans notre histoire qu’une manifestation est autorisée et encadrée par les forces de l’ordre », déclare-t-il. Son souhait est que les autorités continuent dans ce sens en accordant des autorisations pour la tenue des manifestations contre-pouvoir. Il dit soutenir le Conseil militaire de Transition (CMT) pour éviter que le pays ne tombe dans le chaos. « Soutenir le CMT est un choix personnel. De prime à bord, parce qu’il a mis en place un gouvernement de transition composé de la société civile, de l’opposition et de la majorité. Ensuite, parce que le CMT promet de mettre en place très bientôt le Conseil National de Transition (CNT) qui sera le 3e organe de transition. Enfin, parce que les élections prochaines seront libres, transparentes et crédibles ».
Mahamat Thibaut, agent d’encadrement de la marche partage le même sentiment que Youssouf Nassour Kossi. Il explique qu’il ne s’attendait pas à ce que les autorités autorisent cette marche vu le contexte. « Avec le désordre qui est installé dans la capitale tchadienne, il est vraiment difficile d’organiser une marche moins encore qu’on vous l’autorise. Mais Dieu merci, le CMT a compris l’essence du dialogue social et de la paix en nous autorisant de marcher. Nous sommes vraiment très ravis et très émus par rapport à ce geste », avoue-t-il. Pour le soutien qu’il apporte au CMT en participant à cette marche, Mahamat Thibaut donne ses raisons : « Je soutiens le CMT parce qu’il prône le dialogue social et sans le dialogue social, on ne peut pas construire un Tchad nouveau ».
C’est pourquoi nous apportons notre soutien au CMT pour la préservation de la paix et pour la stabilisation du pays. Nous soutenons le Conseil Militaire de Transition pour la paix, rien que pour la paix. Étant un citoyen lambda qui n’a pas une réserve d’alimentation, si nous cautionnant le désordre et si la guerre s’installe, ça serait de la catastrophe. Le dialogue est plus important que la violence, car il permet de construire un pays »
Mahamat Nasser Adoum, agent de sécurité. Il soutient le CMT pour la stabilité, la sécurité et la paix qui règnent à N’Djamena après les attaques rebelles qui ont coûté la vie au président Deby Itno. « Je dis non à la guerre et à la division que prônent certains. Le Tchad a connu des évènements les plus tragiques de son histoire, notamment les évènements de 2 février, 13 avril, pour ne citer que ceux-là », retrace-t-il. D’après lui, il faut éviter de replonger les Tchadiens dans ces années âpres. Et la solution est le CMT. « Je ne pensais pas qu’après la mort du Maréchal Idriss Deby Itno, le Tchad resterait debout. Dès que les militaires ont pris les commandements de choses, N’Djamena, la capitale tchadienne, est stable. L’armée a aussi ratissé les colonnes des terroristes du Tibesti et du Kanem. ».
Propos recueillis par Allarassem Djimrangar
Pendant que la coordination des actions citoyennes « Wakit Tama » cherche une marche contre la junte militaire, un mouvement dénommé « Plateforme nouvelle vision » organise une marche en soutien au Conseil Militaire de transition (CMT). Reportage.
Créée il y a 20 jours, la plateforme nouvelle vision est composée, selon ses fondateurs, de 42 partis politiques de l’opposition et plus de 150 sociétés civiles et de droits de l’homme, avec à sa tête Mahamat Adoum, président de l’organisation. La plateforme n’a drainé que 150 à 200 personnes ce matin pour une marche de soutien au CMT. Autorisée par un arrêté officiel du ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration le 10 mai, la marche en soutient à la junte militaire, dit la marche pour la paix, était encadrée par les forces de l’ordre. Les manifestants exprimaient leurs sentiments. L’on peut lire sur les pancartes et scander par les marcheurs ceci : « on veut la paix, la stabilité. Non à la guerre. Oui à la paix. » Pour eux, le CMT incarne la cohabitation pacifique.
« Je n’empêche personne d’interpréter cette marche comme bon lui semble », déclare le président de la plateforme nouvelle à l’arrivée du cortège au palais de 15 janvier. Pour lui le comité militaire dans sa charte, a reconnu la marche donc il faut suivre les conditions posées par la loi. « Il ne sert à rien de faire de la casse, de se battre l’ère est à l’unification et au dialogue national inclusif », laisse-t-il entendre. Selon M. Mahamat Adoum, la plateforme, est dans sa logique et respecte les lois de la République. « Briguée les élections prochaines sont notre objectif », dit-il. Selon eux, le Tchad vient de perdre son président. L’ère n’est pas à la guerre, mais à la paix. « Nous, sommes une organisation pacifique et nous revendiquons la paix et le CMT a tout notre soutien, car, chaque organisation a le droit de revendiquer ce qui est de mieux, mais nous veut la paix et rien que la paix », nous confie un manifestant.
Il faut signaler que le coordonnateur de la coalition du mouvement citoyen Wakit Tama Me Max Loalngar qualifie cette marche de plaisanterie. Et lâche, « la vraie marche c’est pour le mercredi prochain », dit-il.
Djilel-tong Djimrangué
La politique française au Tchad semble prendre un coup ces dernières heures au Tchad. La haine contre la France et ses intérêts est remarquée à travers les actes et les paroles de certains Tchadiens qui se disent exaspérés par le soutien français à la junte militaire. Plusieurs Tchadiens pensent que la France a abandonné le peuple tchadien pour ses intérêts personnels. Ialtchad Presse vous propose des réactions des Tchadiens et l’analyse du politologue Dr Évariste Ngarlem Toldé.
Difficile d’aborder la question de la politique française au Tchad sans que les réactions des Tchadiens ne soient vives. Yacoub Saleh est habitant du 3e arrondissement de N’Djamena, capitale tchadienne. « Ne me parlez pas de la France. Même le nom me fait vomir. Ils sont mauvais ces Français-là. Jamais la France ne veut nous coller la paix, mais Dieu les voit. Elle rendra un jour compte pour ses ego envers le peuple tchadien» déclare ce jeune homme de 28 ans, très fâché.
Nous sommes au quartier Moursal, dans le 6e arrondissement. Nous rencontrons M. Nouba-asra Tarasdé. Selon lui, il n'y a rien à cirer avec la France. «La France continue à nous enterrer, mais toute la malédiction de Dieu sera sur eux. Ce sont des gens très mauvais, les Français», a clamé ce monsieur d’environ 58 ans.
Pour Dr Evariste Ngarlem Toldé, Politologue, enseignant chercheur à l’Université de N’Djamena, si la France est indexée c’est parce que les Tchadiens voient sa main dans ce qui se passe dans leur pays. «Vous savez, l’impression qu’on a c’est comme si, la France a cautionné le changement du régime sinon sa continuité qui n’est autre que monarchique, dès l’instant ou le fils prend la place du père. C’est ce qui a fait que les Tchadiens portent un autre regard sur la France», dit-il.
Pour le politologue, tout le monde sait le rôle joué par la France depuis l’indépendance du Tchad jusqu’aujourd’hui. L’enseignant chercheur précise que ce dernier temps, il y a une rude concurrence en Afrique avec la présence des Chinois, les Turques, les Américains, mais aussi de la Russie. «La France veille à sa chasse gardée qu’est le Tchad. Un pays stratégique et un allié dans la lutte antiterroriste», dit-il. D’après Dr Évariste, la France joue ce jeu et les Tchadiens la considèrent comme soutenant ce régime anticonstitutionnel. Il rajoute en rappelant que la France a joué la complice dans la mort ou le départ du président Tombalbaye. En 1978-1979 poursuit-il, la force française dirigée par le Général Forest à l’époque et le gouverneur qui assurait le service de renseignement avait laissé les rebelles entrés dans la capitale et créer une guerre civile pour chasser le président Félix Malloum du pouvoir. Et «ceux-ci ont plié bagages et ont laissé les Tchadiens dans le désarroi», affirme-t-il. Le politologue rappelle encore que même en 1990, la France a fermé les yeux pour que Hissène Habré soit battu à plate couture par la rébellion du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) en ne fournissant aucun renseignement aux forces gouvernementales.
Dr Évariste note également que la France donne l’impression encore d’un soutien actif au Conseil Militaire de Transition (CMT). Elle le fait simplement parce que le fils prend la place du père à un moment ou tout le monde appelle à un retour à la constitution avec une transition civile. « C’est trop pour les Tchadiens qui ont vu la France faire toujours des coups bas dans ce pays. Elle fait du Tchad un terrain ou elle pratique son sport favori, utiliser les gens qu’elle veut», analyse-t-il.
Aujourd’hui, affirme-t-il, les Tchadiens ont compris cela et personne n’est dupe. « Il vous souviendra il y a quelques années, la France est intervenue pour bombarder une colonne rebelle qui fonçait sur N’Djamena, la capitale. C’est tout récent en 2008, en 2006. La France sait ce qu’elle veut au Tchad : préserver ses intérêts», argumente Dr Évariste. Le Tchad précise le politologue, reste un territoire stratégique pour la France et elle n’est pas prête à lâcher prise. D’après lui, la France ne pourrait que placer ses alliés fiables à la tête de ce pays. Le clan Deby Itno semble encore être dans leur viseur pour continuer l’œuvre de lutte contre le terrorisme dont le Tchad est un pivot. « C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la haine que les Tchadiens manifestent contre les intérêts français», explique-t-il.
«L’UA divisée sur la question du Tchad, risque une sortie très affaiblie...»
Pour le politologue, au sein de l’UA, la question a surgi au premier jour et la difficulté était prévisible. Selon lui, les textes fondateurs de l’UA disaient que, dès l’instant qu’un régime arrive au pouvoir par des voies inconstitutionnelles, il est tout de suite condamné et sanctionné. Or, évoque-t-il, l’UA n’a pas condamné ni suspendu le Tchad parce que le président Deby Itno avait joué un rôle important dans la lutte contre le terrorisme et s’est fait de nombreux amis dans les pays francophones. « Les anglophones et les Lusophones pensent qu’il faut mettre le Tchad sur le banc des accusés en attendant les éventuelles négociations », indique l’enseignant chercheur. Les textes fondateurs disent clairement que ce qui se passe au Tchad est un coup d’État et la décision inhérente c’est la condamnation, estime Dr Évariste. D’après lui, l’UA a joué à la prolongation en envoyant une mission d’enquête, mais c’était sans compter l’abnégation des anglophones et Lusophones. D’autres pensent que si on condamne le Tchad, ils n’auront pas un partenaire fiable ni dans le G5 Sahel ni dans la lutte contre le terrorisme. Ainsi l’UA se retrouve divisée sur la question de la situation qui prévaut au Tchad, dit le politologue. « Si l’UA n’utilise pas la sagesse dans sa décision et soutient le CMT au-delà de tout, elle en sortira très affaiblie », conclut Dr Évariste Ngarlem Toldé.
Moyalbaye Nadjasna







