jeudi 22 octobre 2026

La manifestation du 20 Octobre, lancée par une partie de l’opposition et les organisations de la société civile contre la prolongation de la transition est mal interprétée par les manifestants à Moundou dans la province du Logone occidental. Les hommes de médias au terrain, leader de droits humains et les victimes que nous avons interrogé expliquent comment les choses se sont déroulées à Moundou. Reportage.

Pour Mbaiwanodji  Adrien journaliste reporter à la radio Nada FM et correspond de la radio FM liberté c’est  pour la 1ère fois que Moundou connaît de tél problème. « Les jeunes sont sortis, il y a eu 25 morts d’après  les sources hospitalières sans compter ceux qui sont tombés aux quartiers suite aux balles perdues, 127 blessés sont abandonnés après les premiers soins d’urgence sans prise en charge. Et c’est  avec l’appui  de la plateforme de la société civile et les pompes-funèbres que  les gens ont pu enterrer leurs morts », dit-t-il.

Selon notre confrère, la manifestation a été très mal interprétée à Moundou, « on était aux premières heures quand les manifestants de doumbeur étaient sortis. Certains se sont violemment pris aux biens privés. Ils ont saccagé une boutique au quartier doumbeur, une boulangerie a été incendiée au quartier Gueldjeme et bien d’autres dégâts », explique-t-il.

Il poursuit que les manifestants ont pris en otage une boulangerie, « la première vague est allée prendre du pains et quelques bouteilles de jus et est parti. Un autre groupe est arrivée, c’est à ce moment que le propriétaire a cherché à défendre ses marchandises. Il a d’abord tiré trois balles en l’air et ça dégénéré ». Il ajoute qu’une autre équipe de manifestants est allée à Doyon pour saccager le marché, il y a eu de la résistance qui a causé 3 morts. « Mais le fait de dire que cette manifestation a pris une tournure communautaire, c’est  les dire des gens. Certes, il y a des messages de haines sur les réseaux sociaux qui appellent les uns à se soulever contre les autres » dit-il. Il assure que la mauvaise interprétation de la marche est à l’origine des débordements mais vite le calme est revenu. « A l’heure  où je vous parle les musulmans et chrétiens sont tous au marché » conclut-il.

Djikoloum Ngardinguina coordinateur de la LTDH du Logone et Tandjilé affirme « les gens ont profité de la situation pour agresser les autres parce qu’il y avait des gens qui se sont habillés en civile pour tirer sur les manifestants, cela a causé une confusion totale. Sinon il n’y a pas une guerre dirigée contre une communauté » martèle -t-il. Il ajoute que la manière dont les gens se comporte qui laisse les autres croire que les gens préparent quelques choses les uns contre les autres. « Les hommes politiques donnent de enflures aux choses, ils veulent tout simplement détourner  et diviser les gens », dit-il. Cette manifestation concerne tout le monde. Elle n’est  pas dirigée vers une communauté. Pour le moment, les boutiques sont ouvertes, les marchés aussi ouverts, il n’y a pas de tension. Le calme est revenu, conclut-il.

Nasradine Ahmat responsable de la boulangerie Nanou. Il explique comment les choses se sont déroulés « pour nous, cette manifestation est comme les  manifestations. Nous n’avons  pas pensé que les manifestants ont une autre idée derrière la tête. Nous avons ouvert nos portes comme d’habitude et à notre grande surprise un groupe des manifestants a pris d’assaut  notre boulangerie. Ils ont tout saccagé, tout brûlé » , explique-t-il. Selon M. Nasradine, la boulangerie est partie en fumée avec les matériels de travail : groupe électrogène, une voiture et quelques motos. « Une boutique à côté de nous est aussi partie en fumée. Si  forces de l’ordre  n’avaient pas vite intervenue, nous allons aussi enregistrer des pertes des vies humaines » explique-t-il.  Les manifestants ont demandé, semble-t-il, à leur frère chrétiens qui travaillent dans boulangerie de sortir pour éviter d’être  brûlés et ils ont refusé de sortir. « Je me demande si cette manifestation est antimusulmane ? Ils attaquent les musulmans et leurs biens pourtant tout le monde est concerné, ils ont tout saccagé mais ce n’est pas grave, Dieu est grand. Nous allons nous en sortir » se lamente-t-il-t-il.

Haoua Adoum Ibeth

Au lendemain de la manifestation du lieu jeudi 20 octobre dernier appelé encore «jeudi noir» par les militants de la société civile et des partis politiques.  Plusieurs personnes ont été arrêtées et déportées, d’autres sont portés-disparues. Les arrestations se multiplient chaque jour dans la capitale tchadienne et dans d'autres villes de province. Selon les Associations des Droits de l'Homme, certains sont placés dans des commissariats de la ville de N'Djamena, pendant d’autres sont déférés à la maison d'arrêt de Moussoro. Ces arrestations se déroulent souvent dans la soirée et dans la nuit semant la peur chez les habitants de certains quartiers précisent les mêmes associations. Reportage.

Après la manifestation de jeudi 20 octobre dernier, les forces de l'ordre ont procédé à des arrestations des manifestants en faisant du porte-à-porte, dans les quartiers sud, pour arrêter des individus. Les condamnations viennent des certaines Associations des Droits de l'Homme. 72 heures après,  c’est la chasse à l'homme ou  « la chasse à la sorcière sans pitié », clament les associations. Cheikh Saïd Secrétaire Général National de l'Alliance Tchadienne Universelle pour la Défense des Droits de l'Homme (ATUDDH) se dit horrifié par les violences extrêmes survenues lors des manifestations du 20 octobre. Il s'indigne devant le nombre élevé de pertes en vies humaines et des blessés qui ne se justifient nullement même si ces manifestations ne sont pas autorisées. L'ATUDDH dénonce les brutalités et l'usage inacceptable des armes de tout genre lors des manifestations supposées être pacifiques. L'ATUDDH affirme qu'elle suit de près l'évolution de la situation et l'instauration de l'état d'urgence et les résultats de l'enquête annoncée par le gouvernement.

La Commission Nationale des Droits de l'Homme (CNDH), elle aussi se dit préoccupée par la mort de plus de 50 Personnes, plusieurs blessées aussi bien à N'Djamena que dans d'autres villes du Tchad. Elle déplore que certains manifestants aient succombé à des blessures causées par des tirs à balles réelles provenant des forces de l'ordre et principalement de civils à bord de véhicules aux vitres fumées et sans plaques d'immatriculation. La CNDH exige du gouvernement la mise en place d'une commission d'enquête indépendante et crédible en vue de situer les responsabilités, de démasquer, d'arrêter, de juger et de condamner les auteurs de ces crimes odieux et inacceptables qui ont endeuillé des familles tchadiennes. Le président de la CNDH Mahamat Nour Ahmed Ibedou demande aux hautes autorités en charge de la sécurité de veuillez à interdire formellement aux agents des forces de l'ordre de porter des armes létales dans leur mission de maintien de l'ordre. Il exige également l'arrêt immédiat des arrestations des jeunes traqués dans leurs maisons et qui sont pour la plupart des innocents. Compte tenu de la situation, la CNDH entend diligenter  elle-même une enquête en vue de situer les responsabilités, a-t-il conclu.

Noël Adoum

La manifestation du 20 octobre qualifiée par le gouvernement de transition d'insurrection populaire armée n'a pas seulement causé des dégâts matériels, humains, mais aussi et surtout a remis en cause la liberté de Presse. Depuis ce jour plusieurs journalistes ont été arrêtés, d'autres torturés et un cas de décès signalé. L'équipe d'Ialtchad Presse a baladé son micro chez quelques professionnels du métier ce 24 octobre. Reportage.

Le 20 octobre dernier, une manifestation a été sévèrement réprimée par les forces de l'ordre. Certains partis politiques, des ADH et autres déplorent plus d'une centaine de morts, dont un journaliste, Orédjé Narcisse. Depuis lors, plusieurs journalistes ont été victimes de violence dans l’exercice de leur métier.

Yo-Hounkillam Jules Daniel, Directeur de Publication du journal Le Libérateur affirme qu'il a été victime de torture le samedi 22 octobre à 17h sous le viaduc de Chagoua, à quelques mètres de l'Ambassade des États-Unis. Il souligne qu'il partait voir son neveu fauché par balle réelle à l'hôpital. Toujours selon lui, à sa grande surprise, des policiers lui obstruent la route. ‹‹ Je me suis arrêté, avant que je me présente, des policiers appartenant au GMIP ont commencé à me tabasser ››, a-t-il déclaré. Il ajoute, ‹‹ c'est grâce à l'intervention d’un autre élément du GMIP qui était descendu du véhicule que j'ai eu la vie sauve », dit-il. M. Jules laisse soutient qu'après être sauvé, il a voulu s'arrêter, mais son sauveur lui a demandé de quitter les lieux sinon, ces policiers pourraient lui tirer déçu, a-t-il confié avec une voix fatiguée et un visage rempli de frustration. Le cas de Jules n'est pas le seul. Le Réseau des Journalistes Reporters tchadiens (RJRT) dénombre un nombre plusieurs cas des journalistes arrêtés, torturés, menacés ou encore tués.

Pour Leubnoudji Tah Nathan est Secrétaire Exécutif du RJRT, il dénonce le fait que les journalistes sont devenus la cible privilégiée des forces de l'ordre à chaque manifestation. Tout d'abord, le Secrétaire Exécutif du RJRT déplore l'assassinat du journaliste Orédjé Narcisse de FM CEFOD. Selon lui, Orédjé a été tué par balle qu'il suppose être délibérément tiré. ‹‹ Nous ne pouvons pas comprendre que ce soit une balle perdue dans la mesure où il en a reçu deux ››, a-t-il lâché. Il poursuit, ‹‹ dans ce cas, tout porte à croire que ce n'est pas une balle perdue, mais délibérément tirée par des gens qui l'ont visé et atteint ›› .  Le Secrétaire Exécutif du RJRT dénonce également l'arrestation d'un journaliste du journal Le Pays. Il affirme, ‹‹ Ayi Nathan a été arrêté alors qu'il observait la manifestation dans son secteur ››, a-t-il confié. Toujours selon lui, Ayi avait présenté ses pièces, mais les forces de l'ordre l'ont torturé. ‹‹ Il a été obligé de ramper sur des cailloux ›› précise-t-il. M. Nathan dénonce aussi l'arrestation de Ousmane Azarag, journaliste de Le Progrès. Il a été arrêté, torturé avant d'être relâché, dit M. Nathan. En province, M. Leubnoudji dénonce l'arrestation et la torture de deux confrères. L'une de la radio Lotico et l'autre de l'ONAMA. Selon le Secrétaire Exécutif du RJRT, plus de 10 journalistes ont été torturés. Il lance un appel aux autorités, qui doivent selon lui, prêcher l'apaisement, la retenue et le respect de la liberté de Presse et des hommes et des femmes de presse.

Signalons que malgré la dérogation spéciale accordée aux journalistes, ils sont toujours exposés à des maltraitances ou à des violations de leur droit depuis les évènements tragiques du jeudi 20 octobre.

Abderamane Moussa Amadaye

Le débordement des fleuves Chari et Logone n’ont pas épargné le quartier Farcha Milezi. Un site des sinistrés, les réfugiés des eaux est établi dans la forêt de Melezi depuis quelques jours. La rédaction s’est rendue sur les lieux ce samedi 22 octobre 2022. Reportage

C’est dans une ambiance bruyante, pointée de cris, très animée au cœur de la forêt urbaine où sont installés les réfugiés. Au milieu des hangars fabriqués à l’aide des morceaux de tissus et de fouloir attaché des unes aux autres que l'équipe des volontaires enregistre les sinistrés. Certains se font photographier, d’autres, des femmes sont couchées à même le sol. La croix rouge s'active, ses volontaires sont mobilisés pour encadrer les sinistrés.

Maman Azamto Solange, sinistré, expliques, « nous sommes arrivés avec mes enfants et mes petits-fils ici il y a 6 jours à cause du débordement du fleuve qui a atteint nos maisons. Elles sont détruites, nos moutons et nos chèvres sont emportés. Nous sommes chassés par ce phénomène naturel pour venir habiter dans cette forêt qui plein d’excréments. Nous sommes sous le soleil et nous avons faim avec nos enfants. Nous n’avons rien du tout ».

Une autre Tchikemi Eve dit avoir 5 enfants, « je suis ici depuis 5 jours, mais l'équipe d'enregistrement refuse de m'enregistrer alors que nous sommes des vrais sinistrés. Certains amènent leur famille pour les faire enregistrer, ils font semblant alors qu'ils ont des bonnes maisons viennent se faire photographier ».

Mme Haoua Mahamat Abakar chargée de la protection de l'enfance au site de Melezi donne les chiffres, « nous avons enregistré 4872 enfants en totalité répartie en genre 2000 garçons et 2872 filles en quatre tranches d'âge de 0 à 3 mois 1000 enfants. De 3 mois à 5 ans, ils sont à 172, de 6 à 11 ans ils sont à 1400 et de 12 à 17 ans sont 1300. L'enregistrement continue pour les nouveaux sinistrés. Deux espaces dénommés ami des enfants ont été créés pour prendre en compte le volet préscolaire. Pour Mme Amné Ahmat la Coordonnatrice adjointe, affirme que les activités sur le site consistent d’abord à d'identifier les sinistrés, ensuite les enregistrer et enfin leur distribuer les cartes.

Les réfugiés ont commencé à venir depuis le jeudi 13 octobre « jusqu’à présent nous avons enregistré 1173 ménages. Les bailleurs sont en train de construire les tentes ». Après cela les responsables du site logeront chaque ménage dans une tente. Dr Jules Gabrigo chargé des urgences au Médecin sans frontières indique MSF s’occupe du volet médical et d'assainissement. « Au niveau du site, nous avons une équipe sur place chargée de la consultation. Pour la journée d'hier, nous avons consulté 1116 patients parmi lesquels 44 cas positifs au paludisme, puis nous avons implanté 8 points d'eau et envisageons construire 32 toilettes et 32 douches. Nous avons distribué le nécessaire comme les nattes, moustiquaires, savons ».

Ousmane Bello Daoudou

La crue des eaux de Logone et Chari ne cessent de gagner de terrain dans certains arrondissements de la capitale tchadienne. Le 9e et 7e sont les plus confrontés par les inondations. Face à l'inefficacité de la mairie et les lourdes conséquences, le Président de la transition a décrété l'état d'urgence de catastrophe naturel en République du Tchad. Pour faire face la Direction Général de Génie Militaire (DGGM) est déployée pour secourir les sinistrés. L'équipe d'Ialtchad Presse était ce 22 octobre dans leur QG et quelques sites aménagés pour le constat. Reportage.

Il est 11h passé quand l'équipe d'Ialtchad est arrivée au Quartier Général du génie militaire installé à Walia, à une centaine de mètres du cimetière Ngondba aux abords de l'axe n°1 non loin du Campus Toukra. Un mini digue a été construit tout autour formant une île campant le QG. Des gros engins notamment des poclains et des chargeuses, des gros camions y sont mobilisés. Certains sont aux arrêts, d'autre par contre font des navettes. Des camions de sapeurs-pompiers du DGGM acheminent de l'eau potable dans les sites aménagés. Les camions font des voyages vers la population sinistrée afin de leurs aidés à déménager. Weré Stéphanie, une sinistrée (enceinte) de Walia Djigingali, résidente au camp de Toukra relève qu'elle est reconnaissante envers le génie militaire qui n'ont ménagé aucun effort pour la sauver des eaux. Elle souligne aussi que c'est grâce à eux qu'elle a trouvé les premiers soins, de l'eau potable etc. Toutefois, Stéphanie explique qu'il y'a des insuffisances tant sur le plan alimentaire, sanitaire que social. Elle invite les personnes de bonne volonté à leur venir en aide, a-t-elle laissé entendre. Un autre, éleveur occupant l'espace forêt, devant le cimetière Ngondba, durablement touché par les eaux affirme qu'ils manquent de tout. Selon lui, n'eût été l'intervention du génie militaire, personne d'eux ne sortira avec quelque chose de ses eaux.

Pour le Colonel Guerdi Abakar Adoum, Directeur Général de Génie Militaire, son équipe a été déployée depuis le 13 octobre dans le but d'assister les sinistrés. Il souligne qu'ils sont instruits par les plus hautes autorités du pays pour venir en aide aux vulnérables. Selon le Colonel, chaque jour, son équipe fait déménager des ménages des zones inondées vers le site aménagé. A l'heure actuelle, le Directeur Général de la DGGM affirme qu'il y'a plus de 60 000 personnes déplacées à cause des débordements de deux fleuves. Il soutient que malgré les travaux d'envergures entamés, le Chari et le Logone ne cessent de gagner de terrain. Il n'a pas oublié de souligner quelques difficultés, entre autres, des matériaux adéquats et des engins. Le Colonel Guerdi Abakar Adoum soutient aussi que la population est sous informée et le convaincre à quitter les zones de risque n'est pas chose facile, a-t-il indiqué.

Rappelons que les eaux de Logone et Chari ne cessent de prendre de volume importante. Chaque jour que Dieu fait, elles ne cessent de gagner de terrain malgré l'action gouvernementale. La quasi-totalité des digues ont lâché. Tous les quartiers situant entre le croisement de deux fleuves ne sont pas épargnés d'une éventuelle inondation générale, dont les conséquences seront fâcheuses.

Abderamane Moussa Amadaye

Au lendemain de la manifestation qualifiée par le gouvernement d'insurrection populaire armée, un calme précaire est revenu dans la capitale tchadienne. De Chagoua à Walia, d’Abena à Kambda en passant par Amtoukouin, les routes sont barricadées par les briquaillons, du cendre des pneus et quelques autres objets. Ialtchad Presse a fait un tour dans les différents quartiers de N'Djamena. Reportage.

Ce matin, vendredi 21 octobre, les forces de l'ordre confondues composées de militaires, des gendarmes, des nomades, de la police GMIP et de la mairie ont occupé tous les grands carrefours, les ronds-points ainsi que les coins et les recoins des quartiers sud de N'Djamena, capitale tchadienne. Ces forces lourdement armées sont en position de tires. La peur se lit sur les visages de la population. Les écoles, certains boutiques, marchés et restaurants sont fermés. Du siège de Parti Socialiste sans Frontière (PSF) en passant par l'ancien pont, la voie était dégagée et nettoyée par la mairie. L'on constate les navettes des véhicules de la police et des militaires toutes les 5 minutes. Une autre unité de l'armée est stationnée sur le terrain Festa Africa.  

De quartier Abena en passant par Walia, des barricades avec des dalles sont érigées, des cabines des parieurs, des pneus brûlés, des bricaillons au bord de la voie bitumée barrant les voies et obstruant la circulation des engins sur les voies publiques.  Plusieurs édifices et biens privés ont été saccagés, brûlés et réduits en cendre en l'occurrence le pont à péage et un bar à Walia. Au siège de RNDT le Réveil, les manifestants ont saccagé le lieu, cassé le mur et les portes, des documents sont consumés par le feu. Dans le siège de l'UNDR (l'Union Nationale Démocratique et de Renouveau) au quartier Abena, les manifestants ont brûlé le local, plus d'une dizaine de chaises et des nattes, certains bureaux ont changé de couleur après avoir été consumés par la fumée.

A l'hôpital le bon Samaritain de Walia plus précisément à la chirurgie, le constat est lourd, les victimes des tirs à balles ont occupé pratiquement toute la salle. Selon l'infirmier chargé aux urgences Klarangué Christophe, «parmi ces manifestants, notre hôpital a accueilli 46 manifestants blessés, dont 8 cas de décès», déplore-t-il. Il ajoute que «l'hôpital a pris tous les dispositifs nécessaires pour accompagner les blessés». Au quartier Abena, la cité est silencieuse comme morte où les populations sont en deuil. Le siège des Transformateurs est quadrillé par des militaires, cette zone est devenue quasiment inaccessible pour les civils.

La manifestation d'hier 20 octobre a laissé les traces sur les routes, dans les hôpitaux, personne n'est épargné. 24h après, un calme précaire règne sur la capitale, N’Djamena.

Noël Adoum

Après 24h de la manifestation du jeudi violemment réprimé par les forces de l'ordre, l'équipe de IalTchad Presse s’est rendu dans le quartier Moursal et Dembé pour constater l'ambiance d’après manifestation Reportage.

Il est 11h passé, ici le siège du Parti socialiste sans Frontière (PSF), les portes sont ouvertes un silence de mort y règne. Tout est calme. A l’intérieur tous les bureaux sont grands ouverts, les matériels sont saccagés, tout est à terre : matériels informatiques, documents déchirés, objets cassés traînent sur le sol. Aucune présence humaine sur les lieux sauf des cris des oiseaux animent les lieux. Après le bureau du PSF nous continuions, quelques personnes vont et viennent. Les camions Toyota remplis des militaires bien armés circulent, certains passants observent. Le service d'assainissement de la mairie de commune du 7e arrondissement est à pied d'œuvre pour le nettoyage des restants de pneus brûlés.

Dans le quartier un sentiment de frustration, de douleur sévit « nous avons perdu des amis, ils continuent toujours à nous massacrer, mais nous cherchons seulement la justice et l'égalité. Nous avons encore le temps de pleurer nos morts, soigner les blessés », disent les résidents. Pour eux, la suspension des partis et des organisations de la société civile n'attendent pas moins. Selon les habitants du quartier, le nouveau Premier ministre Saleh Kebzabo n’est qu’une marionnette, peu importe sa décision. « Nous avons pris conscience, il y a une lieur d'espoir qui vient de voir jour. Si les anciens ont failli, il faut se remettre en ordre de bataille. « Nous sommes dans la tristesse, les gens sont endeuillés, la manifestation est légale et autorisée par la charte de transition, nous ne voulons pas des assassins à la tête du pays », disent-ils. Ils poursuivent en soutenant que la déclaration du Premier ministre est une déclaration de guerre. « Nous manifestons pour une cause juste. Ce n'est pas pour le plaisir de manifester. Ce que nous avons fait est une introduction. Les gens sont morts ne sont pas morts gratuits ».

Du côté des commerçants et des vendeurs, « nous ne sommes pas de manifestants, mais hier il y avait un bouleversement sur nos activités à cause de manifestations », disent-ils. Selon eux, les autorités devaient sécuriser la manifestation, mais ce n'est pas le cas. Les forces de l'ordre ont maltraité et tué des simples manifestants à main nue, « nous ne sommes pas d'accord avec cette manière de faire » affirment-ils. Les commerçants dénoncent le couvre-feu. « Par ici nous sommes inondés, par là ils nous tuent ». Alors nous allons faire comment ? Pour cette vendeuse hier était douloureux, c'était très difficile. Nous avons enregistré des pertes, une grande partie est pourrie puisque nous sommes de débrouillard. Pour aujourd'hui il n'y a pas d'engouement comme avant, les gens ont peur de venir au marché. Si les clients ne viennent pas pour acheter, c'est compliqué pour nous, racontent-ils.

Ousmane Bello Daoudou

Après les  manifestations dans la capitale tchadienne et dans certaines provinces au sud du pays violemment réprimées par les forces de l'ordre, le Premier ministre du GUN, Saleh Kebzabo accompagné de quelques autres ministres ont animé cet après-midi une conférence de presse au cours de laquelle, le Chef du gouvernement qualifie la manifestation d'insurrection populaire armée et annonce quelques mesures. Reportage.

Démarré avec un léger retard, le point de presse du Premier ministre, Saleh a été transformé en une conférence de presse. Pour lui, cette situation exceptionnelle leur a été imposée à la suite des événements graves qui ont eu lieu ce 20 octobre. Le nouveau chef du GUN rejette en bloc les contestations des organisateurs de cette marche et le qualifie de coup d'État.

Saleh Kebzabo a qualifié les leaders de ce qu’il appelle « insurrection armée » des assoiffés du pouvoir. « Pour eux, seuls eux sont qualifiés pour assumer le pouvoir, même aux prix d'une rivière de sang de leurs compatriotes », a-t-il dit.  Toujours selon le Premier ministre, les organisateurs de cette manifestation ne sont jamais mis d'accord sur une marche pacifique et ont passé par un parti politique quasiment inconnu pour demander une autorisation, mais la réponse fut non, déclare-t-il. Il souligne que les manifestants dispersés en sous-groupes ont des gourdins, des machettes, des lance-pierres et autres. Il ajoute que certains disposaient même d'armes à feu, « utilisées pour en porter la responsabilité aux forces de l'ordre », a-t-il lâché froidement. Il souligne que ces insurgés ont fait plus d'une cinquantaine de morts et de près de 309 blessés surtout à N'Djamena, mais aussi à Moundou, Doba et Koumra.

Selon lui, il y a des morts de trop pour assouvir la soif de pouvoir des MM. Succès Masra et Yaya Dillo, a-t-il affirmé. Entouré du nouveau ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement Aziz Mahamat Saleh, celui de la Justice, Alhabo, etc.

Le Premier ministre a déclaré très clairement que le gouvernement ne laissera plus des individus de ce genre mettre à mal la sécurité des citoyens ou porter atteinte aux institutions. Il a annoncé deux mesures : l'instauration d'un couvre-feu de 18h à 6h du matin jusqu'au rétablissement de l'ordre à N'Djamena, Moundou, Doba et enfin Koumra. M. Kebzabo a d'une manière inattendue annoncé la suspension de toute activité politique du parti Les Transformateurs, le Parti socialiste sans Frontière (PSF), parti Al Takadum et la coalition citoyenne Wakit Tamma. Il a également parler d'éventuelles poursuites qui seront engagées suite aux cas de décès, vols d'armes de guerre et enfin la destruction des biens publics et privés, a-t-il confié. Il conclut que son gouvernement mettra de l'ordre sur l'ensemble du territoire et qu'il ne toléra plus aucune dérive d'où qu'elle vienne.

Abderamane Moussa Amadaye

Prévu pour ce jeudi 20 octobre et interdite par le ministère de la Sécurité et d'immatriculation des centaines des Tchadiens ont manifesté dans plusieurs quartiers de la capitale tchadienne, N’Djamena. Reportage.

C'est dans une ambiance animée par le chant de l'hymne national et des coups de sifflet que les manifestants ont envahi les rues des quartiers Chagoua Taradona en passant par Chagoua FDAR que des jeunes munis des morceaux de pierres, des pneus, des lances, des bâtons et autres ont déferlé dans la zone. Ils ont continué à tenir tête aux forces de l’ordre jusqu'aux environs de 12h.

Les manifestations disent réclamer justice et égalité. « Notre objectif n'est pas de faire du mal ni encore contre une communauté, nous ne cherchons pas le pouvoir. Nous démontrons notre colère aujourd'hui, nous ne voulons plus que ce régime reste au pouvoir. Cela fait 30 ans que nous souffrons, nous sacrifions nos vies aujourd'hui ». Les jeunes manifestants soutiennent être fatigués de la maltraitance de la France et du Conseil Militaire de Transition. « Nous sommes des diplômés sans emploi », disent-ils. Ils affirment être contre ce système installé au Tchad. « Notre but est de changer le système de gouvernance. Nous voulons la paix totale, c'est difficile, mais nous sommes déterminés à aller jusqu'au changement. Nous résistons », soutiennent-ils. Le calme est revenu en début d’après-midi.

Des affrontements ont eu lieu par la suite. La police et l’armée tirent à balles réelles sur les manifestants. Pas de bilan complet pour l’instant. En recoupant les différentes sources on se retrouve à plus de 60 morts et plus de 500 blessés. Beaucoup des arrestations sont rapportées. On commence à parler de massacre, il y aurait plus de 100 morts selon certaines sources qui parlent de documentation en cour. Des vidéos et des images des civils armés tirant sur des manifestants circulent également sur les réseaux sociaux. Un 20 octobre très rouge et sans précèdent.

Ousmane Bello Daouda

Il y a quelque chose de bizarre dans l’action politique. Tout tourne autour des alliances factices entre  « le moi », « le mon allié », « le mon ami ». Et ces alliances politiques et ces amitiés mènent fatalement à des déchirures, à des séparations et des retournements spectaculaires. En observant les retournements des alliances au Tchad, la tentation de dire que la vie politique tchadienne est une symphonie d’ironie est fort juste. Le dialogue vient de s’achever. Le gouvernement d’union nationale (GUN) est formé. Alors la refondation de ce pays aura-t-elle lieu?

D’abord, la parfaite illustration de l’ironie politique de l’année est immortalisée par la lecture en direct à la télévision par l’ex-président du présidium Gali Gata Ngothé (GGN) lisant le décret de nomination de son ami de toujours Saleh Kebzabo (SK), son adversaire éphémère et son allié du jour pour la refondation.

Beaucoup des Tchadiens ont souri, se rappelant les salves épistolaires entre les deux avec: Les  « Saleh et cher ami », « …tes militants, tes camarades, sympathisants et amis qui ne sont pas du parti sont-ils aussi ta propriété? », « …le gain ne doit pas s’éloigner de toi », Gali reprochant à SK l’entrée de ses partisans au gouvernement, sa disponibilité personnelle à appuyer le défunt Conseil militaire de transition (CMT), etc.

L’opinion publique se rappelle aussi de la réponse sarcastique et inoubliable de SK, avec la célèbre expression « Tu quoque filli » ». Et les interrogations alignées les unes après les autres.  « Toi aussi? », « Oui mon fils », « Une mouche t’aurait-elle piqué ou un méchant chien mordu? », «  Car entre nous, c’est du béton », « …la phase tragi-comique du phacochère », etc.

Les Tchadiens ont raison d’avoir de la misère à croire aux hommes et aux femmes politiques. La subite précipitation de Gali à se fondre dans le futur projet de refondation et l’arrivée de SK à la primature a sonné les Tchadiens. Nombreux n’ont que ces phrases en bouche, « dounia, Gali à la présidence? Et Kebzabo à la primature? C’est vrai que Maréchal du Tchad n’est plus ». Bref, dans cette histoire SK a été cohérent avec lui-même. Pas Gali.

Ensuite, le dialogue national inclusif et souverain (DNIS) est désormais derrière nous. Il a été un grand moment qu’on le veuille ou non. Il n’a malheureuse pas été totalement inclusif, ni à 100% souverain. Des sujets majeurs ont été effleurés comme la réforme de l’armée. Des sujets incontournables ont été contournés comme la Justice. Seul, le Président de transition est sorti gagnant. Il a tous les pouvoirs. Plus que Deby père à la sortie de la Conférence nationale souveraine (CNS) de 1993. Tout compte fait le nouveau Premier ministre de transition (PMT) SK) a la carrure et la tempérament pour le poste mais aura-t-il les coudés franches pour peser sur les prochaines étapes? Il semble devenu aux yeux de plusieurs Tchadiens « un accompagnateur professionnel » de la transition. Et s’accommodera des ordres du palais rose qui lui imposeront la conduite à tenir en dehors des recommandations et des résolutions du cahier de charge.

Aussi, ce gouvernement d’union nationale (GUN) rappelle, pour les plus vieux, GUNT 1, GUNT 2 dans l’histoire politique tumultueuse du pays.

Première observation de forme : c’est un gouvernement gérontocratique rempli d’anciens, des politiques en fin de parcours. Pourront-ils ou auront-ils l’énergie suffisant pour faire traverser au pays les futures secousses politiques et les intrigues  qui ne manqueront pas?

Deuxième observation de fond : c’est la seconde phase de la transition avec ses menaces politiques internes : la bataille des positionnements, le referendum sur la forme de l’État, etc.
Les menaces externes aussi sont présentes. Il s’agit entre autres : des possibles sanctions de la communauté internationale, des menaces de deux mouvements rebelles et l’opposition incarnée par Les Transformateurs et Wakit Tamma qui ont lancé un appel à la manifestation aujourd’hui mais déjà interdite.

Enfin, troisième observation de fond : l’absence des arabophones de l’opposition démocratique. Ils sont les grands oubliés. Ce gouvernement d’union est régionalement mal reparti. Il ne reflète pas les équilibres politiques et démographiques. Les jeunes sont également sous ou mal représentés. Et le cas flagrant c’est celui des femmes qui sont, la plupart, reléguées au poste de ministre secrétaire d’État. Ce GUN ne semble pas être l’œuvre du PM SK. Sa touche n’apparaît nulle part. On peut reprocher beaucoup de choses à SK mais on ne peut pas lui reprocher de ne pas être un homme intelligent et un fin politique. La composition de ce GUN semble lui avoir échappé. Et a échappé à la rupture attendue par les Tchadiens.

Bello Bakary Mana

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