Le président sortant Idriss Deby Itno a voté ce dimanche, 11 avril 2021 pour briguer un sixième mandat. Il a voté au bureau de vote N°4, au quartier Djambal-Ngato dans le 2e arrondissement de N’Djamena, capitale tchadienne. Certains candidats ont choisi voter en province.
Il est 8h lorsque le président sortant et son épouse arrivent au bureau de vote n°4, quartier Djambal-Ngato dans le 2e arrondissement de N’Djamena. Dès 6h avant leur arrivée, le bureau grouillait du monde. Presse nationale et internationale s’entremêlent, les observateurs de différentes organisations et institutions sont présents. Des électeurs curieux se sont précipités sur le lieu du vote. Tout est allé vite, le couple présidentiel s’est présenté. Le candidat Deby Itno s’isole en premier, la première dame suit. Aussitôt fait, le président sortant se tourne vers la presse. « Je suis venu accomplir mon devoir citoyen. Je demande aux Tchadiens de sortir massivement exercer leurs droits et devoirs civiques. Choisir le candidat qui va conduire la destinée du Tchad durant les 6 prochaines années », dit-il. À ceux qui appellent au boycott, Idriss Deby estime que la presse est sur le terrain et constatera. Le bureau de vote n°4 du 2e arrondissement a 546 électeurs.
Joint au téléphone, le candidat de la Plateforme Alternance 21et chef de file de l’opposition Romadoumgar Nialbé a bonne impression du déroulement de ce jour de vote. « Mes impressions sont bonnes. Je suis allé en compagnie de mon épouse, mon directeur de campagne et quelques membres du Bureau exécutif, voter au quartier Moursal dans le 6e arrondissement ». Selon lui, tout est calme et il y a affluence dans son bureau de vote. Il estime que le boycott n’est pas la bonne approche quand on veut démanteler le système, il faut aller voter pour l’opposition au lieu de rester à la maison. « Ceux qui boycottent apportent un soutien très intelligent au MPS. Cela joue contre l’opposition », a conclu Romadoumgar Nialbé Félix.
Lydie Beassemda, candidate du PDI, a voté au Sud du pays précisément à Moundou, Province du Logone Occidental. Joint par message texte, elle livre ses sentiments. « Je suis fière d’avoir accompli mon devoir de citoyen. J’éprouve un sentiment de paix intérieur en observant les moundoulais sortir voter. Je souhaite que notre pays respire la paix parce que les jeunes et les femmes ont compris que l’enjeu de ce vote c’est de participer et d’exprimer leurs revendications à travers les urnes », dit Mme Lydie Beassemda, seule femme et première dans l’histoire du pays.
Le candidat du parti le Coq Blanc, RNDT-Le-Réveil, Pahimi Padacké Albert, a voté à Gouin, son village natal. Joint par la rédaction, il affirme que le vote se déroule relativement bien malgré dit-il les ratés logistiques et administratifs de la Commission Électorale Nationale Indépendante (Ceni). « Espérons que le choix du peuple dans les urnes sera respecté », dit-il en terminant.
Moyalbaye Nadjasna
Ce 11 avril 2021, les Tchadiens vont aux urnes pour élire leur président de la République. Un vote où l’enjeu reste reste le taux de participation. Cette élection est boycottée par une partie de l’opposition. Le président sortant Idriss Deby Itno au pouvoir depuis plus de 30 ans, rempile pour un 6e mandat.
Qui sera le nouveau président de la République du Tchad ? Le choix sera connu à l’issue de l’élection présidentielle qui a lieu ce dimanche 11 avril 2021. Le président sortant Idriss Deby Itno est allé voter à 8h au quartier Djamball-Ngatto, bureau de vote numéro 4. À N’Djamena, la capitale tchadienne, les bureaux de vote ont ouvert à 7h00 et vont fermer à 17h00. Mais à 12h locale le constat fait sur le terrain montre qu’il n’y a pas affluence. Dans plusieurs bureaux de vote, les électeurs se comptent au bout des doigts bien que les marchés et commerces sont fermés officiellement. Ils arrivent à compte-gouttes, seuls ou en petit groupe de 2 à 3 personnes. Si cette tendance se maintient, le président sortant et ses alliés auront de la difficulté à atteindre un taux de participation satisfaisant, nous confie un observateur sous le sceau de l’anonymat.
Rappelons que cette élection se passe dans un contexte politique tendu. Sur toute l’étendue du territoire national, des Tchadiens sont appelés à choisir entre dix candidats en lice, dont le président sortant Idriss Deby Itno. Cependant, trois figures de l’opposition se sont retirées de la course pour fustiger le climat dans lequel cette élection est organisée.
Le candidat du consensus Idriss Deby Itno a clôturé sa campagne en tenant un meeting au stade Idriss Mahamat Ouya ce vendredi. Ialtchad Presse vous propose le film de ce meeting. Reportage.
15h00. Le stade Idriss Mahamat Ouya est plein à craquer comme au jour du lancement de la campagne électorale du candidat du consensus Idriss Deby Itno. Ce vendredi 9 avril, la mobilisation a commencé dès les premières de la matinée. Aux alentours du stade Idriss Mahamat Ouya, la circulation était difficile.
Dans l’enceinte du stade, les partisans du candidat, venu nombreux, ont démontré leur détermination et leur engagement en supportant la chaleur. Sous les couleurs des différents bureaux de soutien, les militants du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) et ceux des 113 partis alliés se sont massés sur les gradins et la pelouse du stade. Le stade bruissait de toutes sortes de sonorités : orchestre, musique, youyou, vuvuzela, etc. L’ambiance était bon enfant avant l’arrivée du président candidat.
Youssouf Adoum est fils d’un militaire qui a fait la guerre avec le président Idriss Deby Itno. Il est du bureau de soutien notre Espoir dans le quartier Walia dans le 9e arrondissement. Il était au stade depuis 6 heures du matin. Malgré la chaleur, il est déterminé. Avec ses compagnons, ils ne font que danser au rythme de la musique que leur joue le Disc-jockey (DJ). Pour lui, le président sortant doit gagner cette élection pour garantir la sécurité à la population tchadienne, « je veux que le Maréchal du Tchad gagne cette élection parce que je ne veux pas de désordre comme en Libye », soutient-il Annouan Ganou est son compagnon. Il a passé la nuit au stade Idriss Mahamat Ouya. « Je suis ici depuis hier nuit donc j’ai veillé sur place », nous dit-il. Leur déplacement et leur subsistance, assure-t-il, sont financés par les jeunes eux-mêmes. « Nous avons cotisé nous-même pour investir dans cette campagne. Nous continuons à le faire parce que nous nous sommes dits, c’est notre devoir », nous fait-il savoir. Ce que confirme le coordonnateur du bureau notre Espoir Zanga Jean-Baptiste.
Barka, la vingtaine, visiblement fatigué, a la voix cassée à force de souffler dans sa vuvuzela. Il estime pour sa part que sa coordination s’est bien organisée pour la circonstance. De l’eau et de la bouffe leur ont été assurées. Cependant, dans d’autres bureaux de soutien, des plaintes sont enregistrées. Certains militants sont obligés d’étancher leur soif avec de l’eau du camion-citerne des sapeurs-pompiers affecté pour arroser le sol.
16h07mn. Le président candidat fait son entrée au stade. Le public s’enflamme. Il est accueilli sous les youyous. Comme au premier jour, le candidat du consensus Idriss Deby Itno a fait le tour du stade pour saluer du haut de son véhicule, ses partisans.
16h20mn, la cérémonie commence. Dans son intervention, le directeur national de campagne Mahamat Zen Bada dit que leur candidat est l’homme qu’il faut pour le Tchad. « Voyez la Libye. Nous ne voulons pas ça dans notre pays. Pour éviter ce désordre, le Maréchal du Tchad est celui qu’il nous faut », lance-t-il aux militants. L’occasion pour lui de critiquer les actions des partis de l’opposition et de la société qui sont de nature à « saper les efforts du gouvernement ». « Il y a des plaisantins qui pensent prendre le pouvoir par la rue. Ils se trompent. Le peuple est avec nous », réclame-t-il, ovationné par les chefs des 113 partis alliés.
Le meeting a pris fin à 17h20 sur « la danse du Maréchal », morceau dédié par le groupe Tchado-stars au candidat du consensus Idriss Deby Itno. Il faut souligner que pendant le discours du candidat, un avion a survolé le stade en déversant des flyers à l’effigie du candidat. Au début, le public croyait que c’était de l’argent. Malheureusement pour eux, c’était plutôt des messages de propagande d’un bureau de soutien. Quelques personnes ont fait des malaises et assistées d’urgence par l’équipe de la Croix-Rouge du Tchad. Selon un secouriste interrogé, les causes de ces malaises sont l’étouffement dû à la chaleur et la déshydratation.
Christian Allahdjim
Le candidat du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), Idriss Deby Itno a tenu son dernier grand meeting, vendredi 09 avril au stade Idriss Mahamat Ouya de N’Djamena, capitale tchadienne. Après avoir demandé pardon aux Tchadiens, il demande la libération immédiate des chefs des partis politiques arrêtés pour tentative de terrorisme. Malgré la fin de campagne, le ton envers l’opposition externe est resté acrimonieux. Reportage
« Je parle à tous les Tchadiens qui se disent de l’opposition, transformés en mercenaires ou qui partent en Europe pour prendre le RMI (revenu minimum d’intégration) de rentrer au Tchad. Je voudrais un Tchad sans opposant à l’extérieur. Je pardonne à tous et à toutes », dit Idriss Deby Itno. Selon lui, ils doivent revenir dans leur pays pour contribuer à l’édification de la nation. « Il faut que les Tchadiens apprennent à se pardonner. Mon arme le plus efficace a été toujours le pardon », dit-il.
« Libérez-les qu’ils partent. Ils ne peuvent rien détruire »
Au sujet des certains chefs de partis politiques et des dirigeants des organisations de la société civile arrêtés jeudi après-midi, le président sortant demande qu’ils soient libérés immédiatement. Il affirme n’avoir pas encore vérifié si c’est vrai ou faux, mais ces détenus ont, dit-il, voulu saccager le siège de la Commission Électorale Nationale Indépendante (Ceni). « Ils ne peuvent rien détruire contre la volonté du peuple. Le pouvoir est entre les mains du peuple et non entre celles d’un individu, d’un parti politique ou d’une association », dit-il. Le candidat du MPS appelle les Tchadiens à sortir massivement le 11 avril. Nous allons gagner au premier tour et c’est mon vœu, clame-t-il.
Bien avant de lancer ses attaques, le président sortant dit, « merci, merci, merci ! Il n’y a pas un mot plus fort que le merci à vous adresser, toute ma reconnaissance à toutes et tous » à ses partisans. Il affirme être sûr de gagner dès le 1er tour grâce à leur mobilisation jours et nuits dans une campagne de proximité. Le candidat Deby Itno rassure la jeunesse tchadienne de son amabilité et pour la confiance qu’elle lui a faite. « J’ai été au service du peuple tchadien et je vais être toujours au service de ce peuple », dit-il. Pour lui, ses militantes et militants sont guidés dans leurs convictions par l’amour du pays, l’amour de la paix et de la cohésion nationale.
Selon lui, pendant 5 jours, il a fait le tour des 10 arrondissements de la ville en portant le même message, « les Tchadiens de N’Djamena comme ceux des provinces m’ont écouté, m’ont cru et m’ont promis leur confiance pour les 6 années à venir. Nous allons faire des bonnes choses », rajoute-t-il. Le candidat du MPS déclare que ses adversaires sont chaos. Il se dit réconforté du fait que ses camarades sont vigilants, unis et soudés et que la victoire au 1er tour est acquise. L’idéal de notre projet de société, dit-il, c’est un Tchad meilleur. Un Tchad de solidarité, qui avance au cœur du continent africain.
Pour le dossier jeunesse, le candidat du consensus attire l’attention des jeunes, « vous mes enfants, vous mes filles, le Tchad de demain reposera sur vos épaules. Vous devez être préparés pour la relève dans l’amour, dans l’unité, la paix, la stabilité. La souffrance et les manquements existent à tous les niveaux, mais le plus important c’est d’avoir un objectif. Construisez votre avenir et celui du Tchad ». A l’endroit de la femme, il affirme qu’elle est la cheville ouvrière de la nation. Elle n’est jamais en marge de la société, « tant pis à ceux qui croient encore à l’ancienne tradition, mais nous allons donner à la femme sa place. Égale à l’homme, cette parité est une recommandation constitutionnelle », dit-il. Il conseille aux diplômés chômeurs de ne pas perdre l’espoir. Selon lui, il y a de l’espoir, « nous allons travailler ensemble pour que chacun apporte sa contribution pour l’édification de la nation tchadienne ».
Pour conclure son meeting, Deby Itno s’est transformé en nationaliste et panafricaniste, « la souveraineté ne se marchande pas, mais ça s’arrache ». Il demande au peuple tchadien d’aimer son pays, mais aussi le continent africain. « Nous appartenons à cet ensemble noir. Le Tchad sans les autres 53 pays africains ne représente pas grand-chose. Nous ne serons libres que le jour où les Africains prendront leur destin en main », c’est pourquoi, rajoute-t-il, que la jeunesse doit se préparer à prendre et le destin du Tchad et celui de l’Afrique en main. D’après lui, les aînés doivent conduire les jeunes africains vers la souveraineté de ce continent. Et reprendre tout ce qui revient de droit en Afrique de la main de ceux qui l’ont pillé et tenu en esclavage.
Moyalbaye Nadjasna
Plus que quelques heures, quelques jours…puis c’est fini. La campagne électorale sera bouclée. Les Tchadiens iront aux urnes faire leur choix. La campagne était tellement terne que j’avais eu la peur de la page blanche. Heureusement que le Maréchal candidat était là. Il trouvait toujours une manière de faire parler de lui même si ce n’était pas de la bonne façon. Ma peur de la feuille blanche s’est donc envolée. Je ne me suis pas efforcé pour résumer et commenter les sorties agressives presque vaniteuses du candidat Deby Itno. Je m’interroge au moment d’écrire cette chronique. Que cache la nervosité du Maréchal ? Deux célèbres journalistes, sous d’autres cieux, avaient écrit un livre. Et l’avait titré : Un président ne devrait pas dire ça.
J’ai choisi de m’inspirer du titre de leur ouvrage pour intituler ma modeste chronique : Un président sortant ne devrait pas dire ça.
Récapitulatifs et commentaires…
Le 13 mars passé, c’était le jour du grand meeting tenu au stade Idriss Mahamat Ouya à N’Djamena, capitale tchadienne. La vedette était le candidat du Mouvement patriotique du Salut (MPS), parti au pouvoir, Idriss Deby Itno. Il s’était lancé dans un long discours dans un stade rempli à craquer, devant un public acquis à sa cause, il avait, plus d’une heure, fait le show. Il ne s’est attardé sur son bilan et son programme politique, le Maréchal a jeté tout par-dessus le mur du stade. Il s’en est pris violemment à ses opposants qui se sont retirés de la course et aux activistes. « N’en déplaise à ces illuminés, à ces officines extérieures… » jusqu’à là c’est la campagne électorale et c’est compréhensible. Mais tout a dérapé lorsqu’il a rajouté... « je leur dis ‘damboula hanakoum’ ».
L’expression « Damboula », en arabe tchadien, est une vulgaire insulte. Ces propos injurieux ont enflammé la campagne et les réseaux sociaux. Certains opposants ont appelé à sa démission immédiate. D’autres ont interpellé le procureur à s’autosaisir. Le Maréchal, Président peut-il dire cela ? Le débat faisait rage que….
Entre temps, le Maréchal est déjà dans le Tchad profond. Précisément à Amtimane et à Mongo, deux villes du centre du pays. Il bat campagne. Il se montre dans ses beaux jours à Mongo. Il est magnanime, miséricordieux. Il a accordé son pardon public à un compagnon récalcitrant. Un général qui quelques mois avant a été radié de l’armée pour avoir adressé une lettre critique au président. Il est bienfaisant le président. A Amtimane, le Maréchal était dans ses mauvais jours. Il était véhément. Il rappelle aux électeurs tchadiens le cadeau qu’il leur a apporté au prix du sang et des larmes : la liberté et la démocratie. Et précise, « la démocratie n’est pas venue en avion ni en autobus. Nous l’avons amenée par le combat, par le prix du sang ». Ces propos font réfléchir. Qu’a voulu dire le président ? Veut-il dire que le vote des Tchadiens n’a aucune importance ? Veut-il dire que seules les armes sont les moyens d’imposer une alternance? Un Maréchal ne devrait pas dire ça...
Quelques jours plus tard, le président sortant est dans la ville de Bongor. Il connaît bien celle-ci pour avoir été lycéen. Il était heureux comme tout, esquissant même quelques pas de danse Gourna avant de monter sur le podium. Il a fait des promesses pour tous et pour chacun. Et puis le naturel est vite revenu au galop, « celui qui tentera de perturber cette élection me trouvera sur son chemin ». Et oh surprise, le président avait un cadeau pour ses partisans. Abdelkader Mahamat dit Baba Ladé est présenté, béni et adoubé. Baba Ladé ? Enfin un cadeau grec au bongorois. Baba Laddé ne représente pas la région. Déjà qu’il peine à se représenter lui-même. Il n’a pas bonne presse dans ce coin du pays. Un président sortant n’a pas besoin d’un appui pareil.
5 avril, retour dans la capitale. Le candidat du consensus est dans le 2er arrondissement de la ville. Il prend la parole. Il s’enflamme. Il lâche des coups durs d’un ton guerrier, « qui peut empêcher ces élections ? Je jure, ces chiens errants…tout chien errant…ces chacals… qui tenteront d’empêcher le 11 avril prochain me trouveront sur leur chemin ». Menaces ? Frustration ? Simple provocation ? Le Maréchal a pris goût au buzz. Peut-être parce qu’en face, il n’y a pas de poids lourd politique. Ce pamphlet vise encore les opposants et les activistes qui veulent manifester le 11 avril, jour du vote. Les réseaux sociaux s’enflamment encore. Cette sortie rappelle celle du guide libyen Mouamar Kadafi, en son temps, lorsqu’il traitait ses opposants de « chiens errants, de chacal ».
Aux dernières nouvelles plusieurs opposants et acteurs de la société civile sont arrêtés. On les soupçonne de terrorisme selon le ministère de la Sécurité publique. Un candidat ne doit pas faire ça.
J’ai fini ma chronique, mais je n’ai toujours pas trouvé réponse à mon interrogation. Que nous cache le candidat président Maréchal Deby Itno ? Un Maréchal ne devrait rien cacher.
Bello Bakary Mana
Dans quelques jours, les Tchadiens iront aux urnes pour élire l’homme ou la femme qui va présider à la destinée de leur pays. Il ou elle jouira d’un mandat de 6 ans renouvelable. Le dernier virage est entamé. La campagne malgré sa morosité continue avec plusieurs activités de formation des observateurs, des membres des bureaux de vote et les derniers meetings des candidats. Reportage.
Plus que quelque 2 à 3 jours pour que le Tchad vote un nouveau Président de la République. C’est le dernier virage. Les organisateurs, les militants et les candidats s’agitent. C’est aussi la phase de formation des membres des bureaux de vote et des délégués des partis politiques en courses, des observateurs nationaux, etc. Certains candidats en course se préparent également pour des meetings de fin des campagnes électorales. Pour Adoum Mahamat Adoum, président de la sous-commission de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) du 5e arrondissement de la ville de N’Djamena, vient de lancer la formation des membres des bureaux de vote sous son autorité. Il affirme qu’une cérémonie officielle cumulée avec la formation des membres des bureaux de vote du 3e arrondissement s’est déroulée le 6 avril dernier au centre culturel Almouna. « On ne peut pas prendre des gens sans leur donner une petite notion sur les élections et les mettre dans les bureaux de vote. Autrement ça va être de la catastrophe », dit-il. Selon lui, la première étape consiste à former les présidents, les vice-présidents et les rapporteurs des bureaux de vote. « Ce sont des jeunes d‘un certain niveau. On les forme afin de remplir les conditions requises pour bien faire le travail » a rajouté l’intéressé. Il précise que son arrondissement compte 277 bureaux de vote et les membres en formation sont 831 personnes dont 277 présidents 277 vice-présidents et 277 rapporteurs. Les modules de formation concernent : l’emplacement des bureaux de vote, l’accueil des électeurs, la présentation des urnes vides aux électeurs, la tenue des procès-verbaux, du suffrage exprimé, entre autres.
Les candidats en course se démènent aussi pour faire valoir leur présence à cette élection. Le candidat du MPS Idriss Deby Itno a fait un meeting il y a 72 heures à Farcha, 1er arrondissement de N’Djamena. La Plateforme Alternance 21-URD, forme depuis hier ses délégués au CEFOD (centre d’étude et formation au développement). Selon eux, un dernier meeting est programmé pour le 09 avril à N’Djamena. L’ambiance au QG de l’URD de Romadoumgar Nialbé Félix est morose. La plupart des militants sont en campagne disent-ils. « Après le sud du pays, le cap est mis sur l’Est et le Nord », ont-ils rajouté. Au QG d’UTPC (Union des travaillistes pour le Progrès et la Cohésion), du candidat Yopombé, une animation musicale tente de maintenir une ambiance de campagne, mais le cœur n’y est pas. Selon des sources proches du parti, leur candidat a fait ce qu’il doit faire grâce aux mains tendues de ses militantes et militants. Une autre nous affirme clairement que les moyens financiers font cruellement défaut.
Retirer sa carte électorale, un acte citoyen
Au QG du parti, RNDT-Le-Réveil, le coordonnateur de la permanence Voulssou Dogsala Finé, affirme que le parti a fait le maximum possible et se réjouit du retour terrain de la campagne. Selon lui, leur candidat n’est pas inquiet parce que leur victoire au 1er tour est assurée. « J’appelle la population à sortir massivement retirer les cartes électorales pour être juge le 11 avril. Le fait de se résigner en refusant de retirer sa carte, c’est jouer contre l’avenir du pays ». Malgré les appels lancés par la CENI, certaines organisations de la société civile et des partis politiques un nombre effarant d’électeurs n’ont toujours pas retiré leurs cartes d’électeur.
Rappelons qu’après la révision des fichiers électoraux le 30 octobre 2020, la CENI a publié le 12 février 2021 un total de 7.03 880 348 électeurs dont 49,24% hommes et 50,76% femmes (3.699.775) ainsi que 45.276 des Tchadiens de la Diaspora.
Moyalbaye Nadjasna
Donc le Mouvement Patriotique du Salut (MPS), parti au pouvoir, a fait le plus difficile : renverser une dictature féroce. Et n’arrive pas à faire le moins difficile : être un grand parti d’idées. Pourquoi?
D’abord, l’animation de la vie politique. Le MPS devait s'en occuper comme les prunelles de ses yeux. Hélas, le constat est plus qu’amer. C’est le désert politique. Ce mouvement qui s’est défini comme le Salut du pays n’a pas réussi à se transformer en un véritable parti politique porteur de grandes idées révolutionnaires. Il n’a pas non plus réussi à tirer vers le haut l’opposition. Depuis trois décennies ce parti n’a pas su ou pu conquérir les esprits. Le président Deby Itno et ses amis se sont contentés du pouvoir. Ils n’ont pas mis leur mouvement à l’abri de l’histoire. Pourtant, ce mouvement a une belle histoire. Pour rappel : tout a commencé avec le mouvement du 1er avril 1989, œuvre de quelques officiers à leur tête l’actuel président Deby Itno. C’est une histoire réelle mais qui avait un côté romanesque tellement le régime Habré semblait invincible. Ces jeunes officiers prennent le maquis. Un an plus tard, ils arrivent au pouvoir en chassant une dictature qui a fait 40 000 morts. Ils proposent à leurs compatriotes : la liberté et la démocratie. Ils avaient tout pour réussir. Ils ont tout fait pour échouer. Aujourd’hui la belle histoire a tourné en fiasco. Le MPS n’est plus que l’ombre de lui-même.
Ensuite, vu de l’intérieur, le MPS est un vrai « souk ». Sa structure administrative, sa hiérarchie, l’engagement militant sont vidés de leur sens. Un indescriptible désordre y règne. Le Secrétariat général du parti n’a aucune initiative sauf celle que le Palais Rose veuille bien le lui laisser. Il est réduit à gérer les batailles de tranchées des différents groupes d’intérêts. Pas de place pour des courants de pensée. Des clans sévissent les uns, les autres, se coltinent pour un oui ou pour un non. Une sorte de mêlée générale où les cancans des militants et des commerçants-militants a remplacé les idées. Il n’y a pas des visages porteurs d’idées. Ceux qui ont essayé d’implanter la culture de débats d’idées ont tous échoué. Au MPS on n’aime pas les idées. On déteste les intellectuels. On aime le folklore. La culture du « bling-bling » et du brouhaha stérile s’est incrustée au plus profond des entrailles du parti
Conséquences : le MPS est une maison vide. Pour comprendre cela, il suffit de suivre la présente campagne présidentielle. Aucune idée neuve. Aucun débat nouveau. Pourtant les sujets ne manquent pas comme par exemple le nouveau régime appelé avec pompes et sirènes « présidentiel intégral ». Il est en soi un sujet de débat. Les cadres du ce parti sont incapables de meubler leur maison fondée depuis plus de 30 ans.
Aussi, on n’entend ni le parti, ni le candidat, ni ses alliés aborder les problèmes du quotidien des Tchadiens. Par exemple les délestages intempestifs d’électricité. D’ailleurs, ils ont repris de plus belle en cette période de chaleur intense. Le mois de ramadan approche à grands pas, mais aucune solution ne pointe à l’horizon. Le parti du Maréchal candidat mène campagne en faisant fi de ce problème. Pas un mot, pas une seule idée pour amorcer un début de solution à un problème de plus de 15 ans. Fatigués, des citoyens se sont organisés pour dénoncer l’incapacité de la Société Nationale d’Électricité (SNE) à fournir l’électricité à ses clients. Une pétition pour une répartition équitable et permanente de l’électricité à N’Djamena circule sur le Net (secure.avaaz.org). Les Tchadiens veulent que le candidat du MPS parle de leurs difficultés : l’eau potable, l’électricité, la lutte contre le paludisme, la cherté de la vie, la santé pour tous, etc. Le Maréchal est muet sur ces sujets concrets.
Enfin, au lieu de parler des difficultés de ses compatriotes, le Maréchal et ses amis se perdent dans des bravades stériles. L’une de dernière sortie du président candidat est de clamer publiquement que la démocratie n’est pas le désordre. Oui mais la démocratie c’est aussi la liberté de manifester pacifiquement. Une sortie en chasse une autre, la toute fraiche trouvaille du Maréchal est de dire publiquement lors de son meeting dans la ville d’ Amtimane ceci : « la démocratie nous ne l’avons pas apporté par avion ni par bus. Nous l’avons apporté par le sang et les combats ». Il faut se rappeler comment le Maréchal débarqua, à l’époque, l’ancien Premier Ministre issu de la Conférence Nationale Souveraine, Fidel Moungar. Il avait employé la même formule « M. le Premier Ministre, je ne suis pas venu au pouvoir par un vol Air Afrique ». Cette phrase rappelle des mauvais souvenirs. Elle retentie dans un Tchad sans espoir. Et au milieu duquel traîne une maison vide, le MPS. A l’intérieur de cette maison le maître des lieux croit dure comme fer que c’est lui ou le chaos. Certains copropriétaires préfèrent le garder pour éviter ce chaos. D’autres veulent l’éjecter en créant le chaos. Un dilemme cornélien.
Bello Bakary Mana
Depuis l’amorce de la période la chaleur, les délestages intempestifs de la SNE fâchent les N’Djamenois qui se demandent ce qui se passe. Mahamat Adoum Ismaël, Directeur général (DG) de la SNE (Société Nationale d’Électricité) a donné des explications au cours d’une sortie médiatique le 3 avril passé, à la Direction de production au quartier Farcha. Reportage.
« En cette période de chaleur intense, les usagers de la SNE subissent des délestages continus à cause d’insuffisance de la production à laquelle se rajoutent des défauts sur les lignes et des pannes dans les postes », dit Mahamat Adoum Ismaël, DG de la SNE. Il s’est ensuite, excusé pour les désagréments causés. Selon lui, les informations inexactes et des rumeurs fantaisistes circulent et embrouillent les citoyens. « Nous voulons apporter des éléments d’informations de la source, pour contrecarrer ses rumeurs ». Pour lui, l’électricité est un important levier de développement d’un État qu’on ne peut au 21e siècle, s’en passer. D’après lui, la SNE fait de son mieux pour remplir sa mission de service public, fournir l’énergie électrique à tous ses abonnés. Il reconnaît les soutiens et les efforts de la plus haute autorité du pays pour enrayer la crise énergétique du Tchad.
Le DG affirme que 7 groupes électroniques sur 14 qu’utilise la SNE étaient aux arrêts. Il n’y a plus que 5 groupes qui fonctionnent 24h sur 24h. Et sur ces 5 groupes, il faudra tenir compte des travaux de révision, de maintenance et d’entretiens continus et l’attente des pièces de rechange, explique-t-il. M. Mahamat Adoum Ismaël soutient que la SNE a réceptionné un nouveau moteur MBH en provenance d’Allemagne d’une puissance de production de 4MW. Un autre générateur sera disponible bientôt, rajoute-t-il. « La puissance disponible actuelle est de 80 MW. Elle est supérieure à celle annoncée en septembre 2020 qui était de 70MW. La température ambiante est de 45°C et monte à presque 70°C dans la salle des machines. Cela impacte fortement le rendement des moteurs », justifie-t-il.
Le DG note également qu’en cette période de forte chaleur, le besoin en énergie de la ville est très élevé. Ce besoin annule les améliorations et fait que le consommateur ne ressent aucun changement. Pour le directeur général, près de 10 MW se sont ajoutés. Si c’était en décembre ou janvier, cette amélioration serait ressentie. Il indique que la capacité de production de la SNE est de 80 MW. « Nous alimentons moins de la moitié de la ville, mais nous poursuivons nos efforts dans l’achèvement des travaux en cours sur les trois autres moteurs qui seront remis en marche d’ici à la fin avril ou début mai. Cela va porter notre puissance à 95MW », dit Mahamat Adoum Ismaël.
« Cesser les agressions à l’encontre des agents de la SNE »
Le directeur général de la SNE estime que les techniciens de la SNE sont quotidiennement victimes des agressions physiques. Selon lui, son personnel brave la chaleur et travaille à des heures tardives pour satisfaire ses abonnés. Il demande que ces agissements malveillants cessent. Il en appelle à la responsabilité de chacun. Il soutient aussi que plus d’un tiers de personnes s’alimentent au mépris des règles élémentaires établies par la SNE. D’après lui, cette délinquance prive la société de ses ressources et menace la pérennité de l’entreprise SNE. En filigrane, il impute la responsabilité de délestages intempestifs aux fraudeurs et autres trafiquants. « La stratégie d’électrification dans le court, moyen et long terme adopté par le gouvernement à travers le Plan d’Urgence d’Accès à l’Électricité (PUAE) 2021-2023 répond à cette préoccupation », lance-t-il. Par rapport à ce vaste programme, le taux d’électrification va passer de 6,4% à 38,12%, dit le DG de la SNE.
Moyalbaye Nadjasna







