jeudi 22 octobre 2026

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Depuis l’annonce du décès du président tchadien Idriss Deby Itno de suite de ses blessures, l'angoisse a gagné la capitale tchadienne. 72 heures après, les N’Djamenois vivent toujours avec l’inquiétude d’une brusque escalade militaire. Reportage.

Jeudi 22 avril, voilà 72 heures que le président tchadien Idriss Deby Itno est mort, de suite des blessures reçues au champ de combat. Le 20 avril, lorsque la nouvelle de sa mort s’est répandue, la psychose s’est emparée de N’Djamena, la capitale. Dans la foulée, marchés, écoles, alimentations, stations-service, administration etc. ont fermé. La ville ressemblait à une ville fantôme. Trois jours après, N’Djamena tente de reprendre vie. Mais la peur est toujours présente dans les esprits de ces habitants malgré l’assurance des autorités de transition.

9h du matin. Avenue Charles De Gaule jusqu’au rond-point du marché de Dembé, la circulation est fluide. Tout comme sur l’avenue Jacques Nadingar jusqu’à l’avenue Mobutu. Pas de bousculade. Peu d’embouteillage. Quelques commerces sont ouverts. Le transport en commun reprend. Les marchés sont encore moins peuplés. L’inquiétude est encore lisible sur les visages. L’après maréchal et les circonstances de sa mort sont au centre de toutes les discussions.

Deudibé Martin est moto taximan. Il n’a connu que Deby comme président. La mort de celui l’a attristé : « Je suis surpris et déçu. Je suis vraiment choqué. » Pour beaucoup de N’Djamenois, le décès du président Deby est un coup dur. « C’est trop dur à supporter puisqu’il a été pour beaucoup pour notre pays », dit Dieudonné, élève en classe de 1ère. D’autres font leur deuil. « En tant que Tchadien, je suis en deuil », déclare Allasra Smarty, gérant d’une boutique à Moursal.

La question qui préoccupe les N’Djamenois est la sécurité. La situation politico-militaire les plonge dans une incertitude. Entre la menace des rebelles de marcher sur N’Djamena, les rumeurs sur les réseaux sociaux et la succession du président les N’Djamenois sont perdus. Par mesure de prudence, des écoles privées et publiques et certains commerces sont restés toujours fermés malgré l’appel de la commune de N’Djamena à la reprise des activités. « La situation est encore incertaine. Si  les boutiques sont restées toujours fermée, c’est par prudence », dit un jeune.

A l’université de N’Djamena, les cours continuent. Très peu d’étudiants ont répondu présents ce jeudi dans les différentes facultés d’Ardep-djoumbal. Trois d’entre eux expliquent cette absence par la peur. « Ce jour du 20 avril, nous avons paniqué. Il y avait une peur terrible », se souvient cet étudiant en Sciences de l’éducation. L’inquiétude, toujours présente, empêche les autres étudiants de se rendre dans leurs facultés. « Nous n’étions pas 100 étudiants alors que nous sommes presque 1 000 », a-t-il constaté.

La succession du président fait jaser. A sa mort, un groupe de généraux s’est emparé du pouvoir en mettant en place un Comité militaire de transition avec à sa tête le fils du défunt président.  « Je suis inquiet compte tenu de la succession qui commence par poser problème », déclare Deudibé Martin. Son avis est partagé par Allas ra Smarty qui explique que le défunt président Idriss Deby Itno n’a pas pensé à préparer sa succession. Et cela, dit-il, va rendre difficile la transition.

Et là déjà des voix se lèvent pour contester la mise en place de ce conseil militaire de transition dirigé par Mahamat Idriss Deby. Société civile et partis de l’opposition dénoncent un coup d’Etat. La population, elle, n’a point confiance, « avec les militaires, il n’y a pas de confiance. On ne sait jamais avec eux », insiste Bienvenue Tog-yanuba, rencontré au marché central. Certaines accusent le président du CMT de manœuvres dilatoires pour s’accrocher au pouvoir. « Avec son père, c’était ainsi au début. La suite nous la connaissons. Et là lui aussi veut reprendre le même manège », s’insurge Allasra Smarty. D’autres ne souhaitent que la paix que ce soit avec une transition militaire ou civile. «Tout ce qu’on veut, c’est la paix. Celle-ci nous permettra de vaquer normalement à nos occupations et assurer notre survie. Nous sommes en Ramadan, un mois saint, nous orientons plus nos pétitions auprès d’Allah pour la paix au Tchad», confie un anonyme.

Christian Allahadjim
Moyalbaye Nadjasna

Le Conseil militaire de transition, mis en place après la mort du président Idriss Deby Itno, a promulgué la Charte qui doit régir le Tchad pour les 18 mois à venir. Elle a été publiée sur le site de la présidence pendant quelques heures avant d’être retirée pour publication de mauvaise version, disent nos sources. Voici la quintessence.  

La Charte de la Transition est calquée sur la Constitution du 4 mai 2021. La nouveauté est dans la création de nouvelles instances qui feront office de la présidence, de parlement et de gouvernement. Il s’agit du Conseil Militaire de Transition (CMT), du Conseil National de Transition (CNT) et du Gouvernement de Transition (GT).

Le Conseil militaire de transition

Selon l’article 36 de la Charte, le Conseil militaire de transition (CMT) est un organe de définition et d’orientation des questions de paix, de stabilité et de sécurité nationale. Il est dirigé par un président qui exerce les fonctions de président de la République, de chef de l’État et de chef suprême des armées. En tant que chef de l’administration, il assure la continuité de l’Etat. Composé de 15 généraux, le CMT est présidé le général de corps d’armées Mahamat Idriss Déby.

Un point important : le président du CMT dispose du droit de grâce et confère les décorations de la République (article 42).

Le gouvernement de transition

Le gouvernement de transition renferme l’exécutif. Il conduit et exécute la politique de la nation (article 52). A cet effet, il dispose de l’administration, des forces armées et de sécurité.  Ses membres sont nommés et révoqués par le président du CMT. Son secrétaire général est placé sous l’autorité du président du CMT pour la coordination du travail gouvernemental.

Des tractations sont en cours pour la formation de ce gouvernement.

Le conseil national de transition

Il fait office d’Assemblée nationale. Le conseil national de transition, composé de 69 membres, a pour mission de :

  • suivre et contrôler l’exécution, par le Gouvernement, des décisions et orientations du Conseil Militaire de Transition ;
  • exercer la fonction législative ;
  • veiller à la défense et à la promotion des droits de l’homme et des libertés ;
  • examiner et d’adopter le projet de Constitution et les textes législatifs (article 59).

Ces membres, appelés conseillers, sont désignés par le président du CMT. Ils jouissent des mêmes privilèges que des députés (indemnités, immunité…)

Bon à savoir, la durée de la transition prévue par la Charte est de 18 mois. Toutefois, elle peut être renouvelée une seule fois par le CMT.  Des élections en vue d’élire un nouveau président de la République et des députés mettront fin à la transition. Déjà le CMT est boudé par la société civile et les partis politiques qui réclament une transition civile, dans l’ordre constitutionnel.

Christian Allahadjim

Plusieurs membres de l’opposition démocratique se sont réunis ce mercredi, 21 avril à N’Djamena, capitale tchadienne. Objectif :  faire le point sur la question de la transition après la mort du président tchadien  le 20 avril dernier. Quelques leaders de l’opposition se sont également prononcés à titre personnel sur cette situation militaire au Tchad. Reportage.

Dans une déclaration, ce 21 avril, les partis politiques de l’opposition démocratique, condamnent avec ce qu’elle appelle coup d’État constitutionnel opéré par les généraux après la mort du président Idriss Deby Itno. Ils rejettent toute dévolution monarchique du pouvoir au Tchad. Les leaders d’opposition appellent à l’instauration d’une transition dirigée par les civils dans le respect de l’ordre républicain à travers un dialogue inclusif. Ils mettent en garde les autorités françaises, notamment, le président français Emanuel Macron, le ministre des Affaires Etrangères Jean Yves Le Drian et les généraux de l’armée française de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures du Tchad. Ils appellent la population à ne pas obéir aux décisions illégales, illégitimes et irrégulières prises par le Conseil Militaire de la Transition (CMT). «La charte de la transition, le couvre-feu, la fermeture des frontières etc. et à demeurer vigilant contre toute forme de prise de pouvoir ou de sa confiscation par la force», indiquent-ils. D’après eux, toutes les parties en conflit doivent faire taire les armes au plus vite et à s’assoir pour une solution pacifique et salutaire pour le Tchad. Aussi demandent-ils, à la communauté internationale  d’accompagner le peuple tchadien dans la restauration de l’Etat de droit et de la démocratie. «Le non-respect de ces points pourrait amener les signataires de ces déclarations à appeler la population à un soulèvement populaire», concluent-ils. Signé par le porte-parole Mahamat Bichara.

Un coup d’État ne promet jamais un avenir radieux …

Selon Masra Succès, président du parti Les Transformateurs, trois choses sont à relever par rapport à la mise sur pied du CMT. La première chose, dit-il, c’est que les tchadiens ont demandé un dialogue. «Un dialogue entre tous les tchadiens qui doit permettre de mettre sur pied des institutions de transition. Ce qui est fondamental. Nous l’avons déjà fait en 1993 et personne n’était déçu. Ce qui va être une conférence inclusive et représentative de tous les tchadiens», signifie-t-il. Pour lui, c’est ce dont le peuple tchadien attend. D’après lui, il faut faire en sorte que les acteurs qui sont les politico-militaires, les gens de la diaspora doivent se retrouvent ensemble et déterminer les organes de la transition, les modalités de la transition. «Ce qui serait une transition collective et la meilleure manière de garantir la stabilité du Tchad», précise le président des Transformateurs.  La 2ème chose, a poursuivi Masra Succès, c’est le minimum à partir duquel on doit aller.  Ce minimum déclare-t-il,  c’est le respect de la constitution actuelle.  «Ce qui va permettre ainsi, à ceux qui pourront être responsabilisés soient à même de convoquer l’organisation de ce dialogue. Ce nous permettra d’y ajouter les éléments qui manquent à cette constitution et aller de l’avant. Ce, dans une collégialité et une diversification de toutes les forces», explique-t-il.

En fin, le jeune leader politique relève que les tchadiens ne veulent pas une transition directe du pouvoir. « Ils ont d’ailleurs dit qu’ils ne veulent le système du pouvoir de Deby, et l’ont exprimé à maintes reprises. On ne peut pas commencer par un coup d’Etat et promettre un avenir radieux, ce n’est pas possible », martèle-t-il. Selon lui, la Charte de la Transition a été fabriquée dans la nuit et c’est une obscurité sans fin. «Cette charte ne prévoit pas seulement 18 mois mais 18 mois fois deux donc au minimum 3 ans. Et il n’y a pas de garantie d’une fin. On va créer toujours une situation pour le prolonger», démontre Masra Succès.  Les tchadiens n’acceptent pas la confiscation du pouvoir militaire au détriment de la volonté du peuple, a-t-il terminé son propos.

Mahamat Allabo, est  SG du Parti pour la Liberté et de la Démocratie(PLD). Il estime que l’opposition démocratique a déjà donné sa position. « Nous sommes contre la mise en place d’un Conseil militaire transitoire. Il s’agit pour nous d’un coup d’État. La constitution prévoit que c’est le président de l’Assemblée nationale qui assure l’intérim ». Pour lui, ce que les militaires ont fait est contraire à l’ordre constitutionnel. Selon lui, si le président de l’Assemblée nationale refuse, il a son vice-président qui peut le faire. C’est une question d’institutions et non des hommes qui vont toujours passer, clame-t-il. « On n’est pas d’accord que les militaires et les enfants Deby se mettent devant et prennent encore le pouvoir. Ce qui se passe s’appelle une succession monarchique».

Moyalbaye Nadjasna

Donc le président Deby Itno est mort. Il est mort, peut-être, comme il le désirait : sur-le-champ de combats. Paix à l’âme de ce fils du pays. Ialtchad Presse salue ici le chef qu’il a été bien que la rédaction n’a pas toujours été d’accord avec sa méthode de gouvernance. Nos traditions tchadiennes nous obligent à jeter à la rivière les divergences après la disparition d’un compatriote. Les mêmes traditions nous obligent aussi à se tenir silencieux durant la période de deuil, mais la situation du pays oblige la rédaction à exprimer son désaccord.

Le chemin emprunté pour assurer la transition n’est pas le bon chemin. Suspension de la constitution, dissolution de l’assemblée nationale et du gouvernement. En lieu et place, les Tchadiens, surpris, ont désormais un Conseil Militaire de Transition composé uniquement des généraux. Durée :18 mois. Pourquoi ce schéma n’est pas bon pour le pays? Pourquoi la France est à la manette? Pourquoi? Pourquoi?

D’abord le rôle complice de la France dans cette boiteuse transition. On attendait que la France républicaine rappelle clairement à ceux qui tentent de garder le pouvoir de respecter la Constitution tchadienne. Non. Les Tchadiens constatent que la « France francafrique » s’embarque dans ses vilaines pratiques et s’autorise à parler pour les Tchadiens. On entend des analyses bidon sur les médias français jouer aux antennes propagandistes : alliés, partenaires, etc. Et cerise sur le gâteau, un communiqué de presse dit en substance « l’attachement de la France à la stabilité et à l’intégrité du territoire tchadien ». Dans le même communiqué, cette maladroite France dit prendre acte de la mise en place du Conseil Militaire de Transition (CMT). En quoi la France est-elle concernée dans le destin du Tchad? Dans cette sortie, la France cautionne non seulement un coup d’État du CMT, mais elle veut imposer aux Tchadiens les mêmes personnes, le même système qui durant plus de 30 ans a asservi le Tchad. Pire, ce CMT n’a aucune légitimité, aucune légalité. Il n’est pas créé et mis en place pour les intérêts des Tchadiens. Il est mis en place pour les intérêts de la France, du clan au pouvoir et de ses obligés. Ce CMT n’est qu’une machine à déclencher la guerre civile. Une guerre civile qui sera dévastatrice. Une guerre civile dont la France sera responsable.

Ensuite le CMT est une mauvaise idée. Les Tchadiens observent toutes ces manigances avec beaucoup de flegme, mais cela n’est que trompe-œil. Déjà les tensions sont constatées ici et là dans les casernes. Et surtout, une chevauchée de l’opposition armée n’est pas à exclure, si le CMT insiste ou persiste à vouloir confisquer le pouvoir. On entend les spécialistes d’un jour parler de l’armée tchadienne, mais les Tchadiens savent entre eux qu’il n’y a pas une armée tchadienne structurée qui pourra jouer son rôle d’arbitre en protégeant la République. Il y a plutôt une bande de guerriers habituée à protéger un système clanique sous les radars de la France. Une armée qui au fil du temps est devenue un supplétif de l’armée française. Tout cela, les Tchadiens en sont conscients. Ils ne veulent plus qu’on leur confisque leur destin par toutes sortes d’entourloupes.

Aussi, ce qu’il faut aux Tchadiens est simple. C’est premièrement que le CMT fasse marche en arrière en permettant un retour à l’ordre constitutionnel. Deuxièmement, former un gouvernement d’union nationale composé des Tchadiens compétents et dévoués à assurer la transition avec pour seule mission la réussite de cette transition. Troisièmement, cette transition convoquera une grande conférence de vérité où tous les Tchadiens viendront discuter de leur avenir. Cette transition aura aussi la responsabilité d’accoucher une nouvelle constitution et d’organiser des élections libres et transparentes. Une des règles de cette constitution consistera à bannir la lutte armée. À sacraliser la démocratie comme seul moyen d’accéder au pouvoir. À protéger la Presse et la consacrer comme chienne de garde de la démocratie. À limiter le nombre des partis à 4 grandes familles politiques, selon les valeurs dominantes socioculturelles du pays. Cela pour éviter l’héritage des myriades des partis politiques qui ne sont des partis que de nom. Et qui n’existent que pour pervertir les mœurs politiques.

Enfin, quelle honte! On entend les « petits caciques » du moribond parti au pouvoir le Mouvement Patriotique du Salut (MPS) les Zen Bada et les Padaré de ce monde nous sortir la chansonnette de défense de la patrie,  de l’intégrité du territoire pour justifier le coup d’État du fumeux CMT. Le MPS est mort avec son président fondateur, cela il faudra que les dirigeants de cet ex-parti le comprennent, l’assimilent et l’acceptent.

Aux dernières nouvelles, le CMT propose dans sa Charte de transition la mise en place deux organes dénommés : Conseil National de Transition (CNT) qui jouera le rôle du parlement et un gouvernement de transition qui s’occupera des affaires courantes. Une autre manigance de taille est glissée dans l’article 89 de cette charte. Elle dit que la durée initiale de 18 mois peut être prorogée une seule. Bref, 18 mois de plus. Donc, offrir la possibilité au CMT de durer 3 ans.  La majorité des Tchadiens ne veut pas de ces combines qui mèneront le pays dans une aventure sans lendemain. Le Tchad de demain se fera sans ceux-là mêmes qui ont mené ce pays dans le gouffre. À moins d’être entendus et pardonné. Et la France n’imposera rien au pays des hommes libres et fiers.

Bello Bakary Mana

Un des premiers décrets est signé ce 20 avril 2021 par le nouvel homme fort de N’Djamena, le Général de corps d’armée, fils du défunt président Idriss Deby Itno et président du Conseil militaire de transition (CMT) Mahamat Idriss Deby est composé de 15 membres.

Général de Corps d’armée, Mahamat Idriss Deby
Général de Division, Djimadoum Tiraina
Général de Corps d’armée, Bichara Issa Djadalla
Général de Corps d’armée, Oki Mahamat Yaya Dagache
Générale de Corps d’armée, Mahamat Ismaël Chaibo
Générale de Division, Souleymane Abakar Adoum
Général de Corps d’armée, Tahir Erda Tairo
Général de Brigade, Azem Bermandoa
Général de Brigade, Amine Ahmat Idriss
Général de Brigade, Gamané Moukhtar
Général de Division, Saleh Ben Haliki
Général de Corps d’armée, Abakar Abdelkerim Daoud
Général de Corps d’armée Ahmat Youssouf Mahamat Itno
Général de Corps d’armée, Mahamat Nour Abdelkerim
Général de Brigade, Gueilé Hemchi

Blessé lors de la contre-offensive des rebelles du Front pour l’alternance et la Concorde au Tchad (Fact), le Maréchal Idriss Deby Itno est décédé dans la nuit du 19 avril. Retour sur les circonstances de sa mort.

Lundi 19 avril. Selon nos sources les rebelles du FACT informés de la présence du président Idriss Deby Itno sur la base de repli de l’armée tchadienne aux alentours de Nokou, a lancé une contre-offensive au lever du jour vers 5h du matin. C’est lors de cette attaque-surprise que le président Deby Itno est blessé, au front (partie de la tête) entre 7h et 8 heures. Il est évacué dare-dare par hélicoptère sur la capitale N’Djamena, vers 12 heures. Le même jour, dans la soirée, alors que la Céni le proclame vainqueur pour un sixième mandat avec un score de 79,32%, Idriss Deby Itno serait décédé quelques heures plus tard. La nouvelle de son décès est rendue publique aujourd’hui le mardi 20 avril aux environs de 11 heures, heure locale.

Dimanche 18 avril. Les combats entre les rebelles et l’armée tchadienne ont été très violents. Plusieurs sont morts. Un combat qui a duré 6h de temps, pas de vainqueur ni de vaincu. Les belligérants se sont repliés, chacun de son côté à la tombée de la nuit. Le Président Deby Itno vient nuitamment aux nouvelles à la base de repli de son armée. C’est là où il sera blessé.

Un jour avant. On est samedi 17 avril. L’armée tchadienne neutralise l’équipe de logistique des rebelles. La colonne a été complètement détruite. Plus d’une trentaine de morts, une cinquantaine de prisonniers.

Il faut le rappeler, la rébellion du FACT venant de la Libye, a fait une incursion sur le territoire tchadien le 11 avril. Ils ont progressé en direction de la capitale, N’Djamena. L’armée est entrée en action pour stopper les rebelles à Ziguey dans le Kanem.

Ce mardi, une équipe de généraux de l’armée tchadienne annonce la mort du président. La constitution est suspendue. L’Assemblée nationale et le gouvernement sont dissous. Deux semaines de deuil sont décrétées sur l’ensemble du territoire national. Une charte de transition signée est proclamée pour une durée de 18 mois. Des élections seront organisées.

Aux dernières nouvelles, les obsèques du défunt président Deby Itno auront lieu le vendredi 23 avril à Amdjarass après une cérémonie officielle à N’Djaména, capitale tchadienne.

Le Président de la République Idriss Deby Itno, est mort tard dans la nuit d’hier lundi 19 avril 2021. Ialtchad presse a recueilli les impressions de quelques citoyens. Vox pop.

« Je viens d’apprendre comme tout le monde la mort de notre Président de la République.  C’est triste pour chaque mort, paix à son âme. Une page vient de se tourner. Il appartient à tous les Tchadiens de maintenir la stabilité. Mes condoléances à tous les Tchadiens et particulièrement à sa famille. »

« C’est triste, Deby est mort. Je crains que le pays sombre dans le chaos. Il faut rapidement une transition inclusive avec l’opposition civile, les militaires et la société civile. Condoléances. »

« L’homme est mortel. Je ne suis pas surpris. Maintenant, il faut une transition et organiser rapidement des élections libres et transparentes. C’est le chemin de tous. Condoléances à sa famille et au peuple tchadien. »

« J’attends une transition avec les civiles et non des militaires. Et puis il nous faut une période claire pour la transition. Courage à sa famille et condoléances à tous. »

« La mort est un droit. Il est mort comme il a vécu, c’est à dire dans la violence et par la violence. Sans hypocrisie, le Tchad doit repartir sur une nouvelle base, plus saine. C’est une chance à saisir. Qu’ Allah le pardonne. »

Le président tchadien Idriss Deby Itno est décédé ce mardi 20 avril de suite des blessures infligées à la veille par les rebelles aux alentours de la ville de Nockou au nord de la province Kanem. Retour sur la vie de cet officier rusé et violent qui a marqué l’histoire de son pays.

Naissance en 1952 à Berdoba, un puit pour certains, un hameau pour d’autres situé au sud Est de  la ville de Fada au nord du Tchad. Idriss Deby Itno est un enfant du désert. Ses études le mènent au lycée franco-anglais d’Abéché puis au lycée Jacques Moudeina de Bongor où il décroche un baccalauréat scientifique. Il intègre l’école des officiers active de N’Djamena en 1975. En 1976, il décroche une licence de pilote professionnel (spécialité transport des troupes) à l’Institut aéronautique Amaury de la Grange (France).

Fidèle lieutenant de l’ancien président Hissein Habré

Il aime le métier des armes. Il aime le terrain. Il est mort comme il le voulait nous affirme un ex-compagnon. A notre question comment ? Il racle sa gorge, prend son souffle et dit « sur le terrain de combat ». 1979 marque le début de son ascension militaire. 1990 c’est celle de sa montée politique. L’année de la guerre civile. Idriss Déby collabore avec Hissein Habré, entré en rébellion en 1980 contre Goukouni Weddeye. Habré le nomme commandant en chef  des Forces armées du nord (FAN). En 1982, Habré, aidé par Deby, renverse le régime tenu par Goukouni. Sa loyauté est gratifiée par le grade de colonel. Idriss Deby reprend le chemin de l’école. Direction France où il suit les cours à l’École de guerre interarmées. Il revient au pays en 1986 et est nommé conseiller de Hissein Habré pour la défense et la sécurité.

1989. Les relations entre l’homme fort de N’Djamena et son bras droit ne sont pas au beau fixe. Après une tentative de coup d’État le 1er avril 1989, Idriss Déby s’enfuit au Soudan avec quelques frères d’arme. Certains de ses compagnons trouvent la mort. Hassan Djamous, blessé est capturé. Idriss Deby réussit à gagner le Soudan puis la Libye. Il fonde le 11 mars 1990, le Mouvement patriotique du salut (MPS), un mouvement politico-militaire qui chasse Hissein Habré du pouvoir le 1er décembre de la même année.

De la rébellion à la présidence de la République

Le coup d’État réussi, Deby est porté à la présidence du Conseil d’État le 4 décembre. Il sera désigné président de la République par son mouvement devenu parti politique début 91. En 1996, une Constitution est promulguée. Le pays organise les premières élections pluralistes. 14 candidats étaient en lice. Idriss Deby est élu pour un premier mandat de cinq ans en 1996, (il recueille 43,82% au premier tour et bat Wadal Abdelkader Kamougué au second tour par 69,09%). En mai 2001, Idriss Déby brigue son second mandat. Il est réélu dès le premier tour avec 63,17% des voix.

La nouvelle constitution et la présidence ad vitam

Alors que son second mandat tendait à sa fin, le gouvernement fait modifier la Constitution de 1996 qui limitait le nombre du mandat à deux. La nouvelle Constitution promulguée en 2006 saute le verrou de la limitation des mandats. Le président est réélu autant de fois que le peuple le voudra. Ce qui permet à Idriss Déby Itno de rempiler pour un troisième mandat en 2006. Les pontes de l’opposition ont boycotté le scrutin. Deby se fait réélire aisément avec 64, 67% au premier tour.

Vers la fin de son deuxième mandat, Idriss Deby a failli perdre son fauteuil. Le 13 avril 2006, les rebelles du Front uni pour le changement (FUC) ont réussi à atteindre N’Djamena. Mais celui qui se réclame toujours soldat a réussi à les défaire. « Ce sont des enfants qui ne connaissent pas N’Djamena. Ils vont tomber dans leur propre piège », avait-il déclaré en son temps. En février 2008, au cours de son troisième mandat, les rebelles regroupés au sein du Commandement militaire unifié (CMU) ont encore failli de peu renverser son régime. Après deux jours de combats acharnés en pleine capitale, la situation se retourne en faveur du président Déby alors que tout le monde le croyait sur le départ. Le gouvernement pointe du doigt le régime de Khartoum, dirigé par Omar Hassan El-Béchir d’être derrière cette tentative de déstabilisation.

Le gendarme du Sahel

2013. Le nord Mali est envahi par des terroristes. Bamako et Paris sollicitent N’Djamena. Le président déploie 2 000 soldats avec à leur tête le général Oumar Bikimo. En 2014, il enchaine avec un déploiement au Cameroun puis au Nigeria et au Niger dans le cadre de la lutte contre le terrorisme dans le Lac Tchad. Le président Deby est auréolé et s’impose comme un partenaire incontournable de la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme. Sur le plan régional, il est vu comme un panafricaniste et le gendarme du Sahel.

2016. Le MPS investit le président sortant Idriss Déby Itno pour un cinquième mandat. Le candidat de l’émergence fait face aux candidats de l’alternance issus de l’opposition. Les grosses pointures de l’opposition à savoir Saleh Kebzabo, Mahamat Ahmat Alhabo, Laoukein Kourayo Médard, et l’ex-mpiste Joseph Djimrangar Dadnadji sont alignées contre Déby. Face à leurs stratégies qui consistaient à l’amener à un second tour et le battre, Idriss Déby Itno sort le fameux concept « un coup K.O ». Et effectivement le coup K.O au premier tour a réussi : le candidat du MPS est réélu avec 59,92% de voix. Son mandat qu’il consacre toujours au monde rural sera marqué par la censure des réseaux sociaux, les mesures d’austérité, les crises sociales marquées par les grèves et des manifestations, la réforme des institutions avec le fameux forum national inclusif 1 et 2. Avec le forum 1, une nouvelle Constitution instaurant la 4e République a été promulguée le 4 mai 2018. Le verrou de la limitation des mandats est remis. Mais cette fois, le mandat passe de cinq à six ans. Un an plus tard, un poste de vice-président et le sénat sont créés.

Le Maréchal du Tchad

2020. Le président de la République, chef suprême des armées Idriss Déby Itno retourne ses djellaba et vestes pour porter de nouveau la tenue militaire. Il dirige en personne l’opération « colère Bohoma » qu’il lance le 31 mars après la sanglante attaque des terroristes appartenant à Boko Haram contre une base de l’armée tchadienne dans le lac Tchad. L’armée perd près de 100 soldats lors de cette attaque. Un affront que le général cinq étoiles a décidé de laver. « Je refuse cette défaite et la réplique doit être foudroyante », avait-il martelé. Du 31 mars au 8 avril, le chef suprême des armées supervise les opérations depuis son quartier général qu’il a installé  sur l’île de Kaiga Kindjiria. Résultat, la péninsule est nettoyée de tous les éléments terroristes. En juin, l’Assemblée nationale prend une résolution pour récompenser le soldat de toujours Idriss Déby Itno. La représentation nationale l’élève à la dignité de Maréchal pour « services rendus » à la nation. Le 11 août, date anniversaire d’indépendance du Tchad, il reçoit ses insignes et sa tenue de Maréchal.

Le 6 février 2021, le MPS investit pour la sixième fois Idriss Déby Itno, 69 ans, 30 ans au pouvoir pour un nouveau mandat, cette fois de six ans. Sa candidature est objet à contestation. Pour l’opposition, c’est un mandat de trop et réclame l’alternance. Pour la majorité présidentielle, leur candidat est l’homme qui peut garantir la stabilité et la paix. Sa candidature est déposée par sa formation politique auprès de la cour suprême. Le 2 mars, le domicile de Yaya Dillo, candidat déclaré et proche parent du président-candidat, a été attaqué par la garde présidentielle. La nouvelle a fait un boum que trois candidats déclarés à la présidentielle se retirent.  Les appels au report de l’élection se multiplient sur le plan national. Le 13 mars, le Maréchal président-candidat lance sa campagne électorale contre vents et marées. Et là encore il promet un coup K.O au premier tour à ses six adversaires restés en lice. Selon les observateurs avertis de la scène politique tchadienne, sa victoire ne fera pas de doute. Si cela se confirme, le Tchad aura à sa tête Idriss Déby Itno, pour au moins jusqu’en 2027 sinon plus. Car, selon la Constitution du 4 mai 2018, il peut se représenter en 2027, pour un autre mandat de six ans.

Malheureusement le destin en a décidé autrement pour le président Déby. Il est décédé ce mardi 20 avril 2021 alors que la Céni l’a proclamé, la veille, vainqueur de l’élection présidentielle avec 79, 32%. En bon soldat, Idriss Déby Itno est allé mourir là où tout a commencé : le champ d’honneur, le front arme à la main. « Le Maréchal du Tchad, président de la République, chef de l’Etat, chef suprême des armées, Idriss Déby Itno vient de donner son dernier souffle au front », a annoncé le porte-parole de l’armée, le général Azema Bermadoa à la télévision nationale. Le Maréchal est allé combattre au nord Kanem les rebelles du Front pour l’alternance et le changement au Tchad (FACT) dirigé par Mahamat Mahdi Ali. Blessé, il est évacué d’urgence à N’Djamena pour des soins. Il succombe de suite de ses blessures. Un conseil militaire de transition dirigé par son fils Mahamat Déby Itno est mis en place pour 18 mois. Un couvre-feu est instauré à partir de 18 heures.

Christian Allahadjim

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