jeudi 22 octobre 2026

Une réunion des chefs des partis politiques, convoquée par le ministère d’État chargé de la réconciliation nationale et du dialogue Acheikh Ibni Oumar,  a failli tourner en ring de boxe. Il a fallu l’intervention du ministre d’État pour calmer les esprits. Retour sur la réunion avec Ialtchad Presse.

Remarques, motions, questions, opinions et propositions ont constitué les temps forts de cette rencontre entre les responsables des partis politiques et le ministère d’État chargé de la réconciliation nationale et du dialogue. L’objet de la rencontre de ce jeudi 22 juillet est d’adopter les modalités de désignation des représentants des partis politiques au sein du comité d’organisation du dialogue national inclusif. Mais très vite, la réunion s’est transformée en une immense cacophonie.

La plupart des présidents et secrétaires généraux des partis politiques qui ont répondu présents et qui ont pris la parole ont relevé que le quota donné aux partis politiques est insignifiant et qu’il faut  au moins 50 places pour les représentants des partis politiques. Selon la présidente du Rassemblement pour le Progrès et la Justice Sociale (RPJS), Mme Louise Ngaradoumri, la situation actuelle est purement politique et non technique. Donc, il ne faut pas les repousser en arrière pour dire que cela ne regarde pas les partis politiques, ça regarde que les techniciens. Pour elle, le dialogue national inclusif représente à peu près la conférence nationale souveraine donc, il faut inclure tout le monde. « Est-ce que vous voulez qu’on fasse ce dialogue politique semblable au deuxième forum national ? », demande la présidente du RPJS.

Le président du parti Mouvement pour l’Égalité et le Rassemblement des Citoyens (MERCI), quant à lui, trouve anormal qu’on donne cinq (5) places aux membres du Conseil militaire de transition (CMT). On ne comprend pas pourquoi donner 5 places aux militaires, s’interroge-t-il.  D’après lui, le Conseil militaire de transition est égal au militaire. Donc, il faut qu’on augmente le quota pour les partis politiques à 50 places. Pour lui, il ne faut pas exclure les partis qui n’ont pas de représentation à l’Assemblée nationale. Il faut tenir compte de regroupement de chacun ou des partis politiques, suggère-t-il. « Monsieur le ministre en tant que garant de la paix, cette fourchette on vous a donné et vous savez parfaitement la situation du pays, je voudrai que vous soyez sage quand on vous envoie la liste de nos représentants, même si cette liste est individuelle. Tenez compte des propositions faites par les uns et autres », demande-t-il.

Étant donné que la plupart des interventions étaient des opinions et questions, le ministre d’État chargé de la réconciliation nationale et du dialogue, M. Acheikh Ibn-Oumar a tout d’abord signifié qu’ils ne sont pas là pour régler les problèmes des partis politiques, ni en train d’organiser la conférence nationale souveraine. « L’objet de notre rencontre est très clair. C’est la concertation pour trouver les modalités afin de mettre en place le comité d’organisation du dialogue national inclusif. Moi en tant que ministre de la réconciliation, je n’ai pas la légitimité pour trancher certaines affaires. J’ai une mission très précise » a-t-il affirmé.

Le débat est tellement vif que la salle allait être transformée en ring. Certains chefs des partis étaient prêts à s’échanger des coups de poing. « Je n’ai peur de personne moi », lance un chef de parti à son collègue qui a pris le contrepied de son intervention. Comportement que le ministre d’État chargé de la réconciliation nationale et du dialogue a déploré et qualifié d’indigne des présidents de partis politiques. « On a donné une mauvaise image à la classe politique tchadienne parce que si le public apprend cette nouvelle, il va dire que les présidents des partis politiques se sont réunis et ils se sont chamaillés », regrette M. Acheikh Ibn-Oumar.

La rencontre s’est achevée en queue de poisson. Les présidents des partis n’étant pas à mesure de s’accorder sur les modalités de désignation ont fini par se remettre au ministère en charge de la Réconciliation.  En conclusion, les présidents et secrétaires généraux de partis politiques ont jusqu’au lundi 26 juillet pour faire parvenir leurs propositions ou la liste de leurs représentants au sein du comité d’organisation du dialogue national en vue. « Les partis politiques doivent nous envoyer leurs candidats individuellement. Une fois la liste envoyée, on va l’étudier pour tirer une conclusion », a dit M. Acheik Ibn-Oumar.

Il faut rappeler que lors de l’allocution du secrétaire d’État chargé de la réconciliation nationale et du dialogue, Djimadjibaye Kantangar Aimé, le président d’honneur du Front nouveau pour le changement (FNC), Yaya Dillo Djérou Bétchi et ses éléments ont claqué la porte.

Allarassem Djimrangar

La déclaration du ministre de la Fonction publique Brah Mahamat « la Fonction publique est saturée » continue par mécontenter les diplômés sans emploi. Ce jeudi, le collectif des lauréats des écoles professionnelles a organisé une manifestation pacifique dans les locaux de cette institution. Reportage.

10h00mn ce jeudi 22 juillet 2021. A N’Djamena, la capitale tchadienne une grosse averse s’abat sur la ville. Dans les bureaux du ministère de la Fonction publique, logé à Farcha, les fonctionnaires vaquent à leurs occupations.  Aux abords du ministère, des lauréats des écoles professionnelles en instance d’intégration s’impatientent. Ils sont venus pour exprimer leur colère. Ils sont mécontents de la déclaration du chef de ce département, Brah Mahamat qui affirmait que « la Fonction publique est saturée ». 

À 11h 20, les lauréats des écoles professionnelles décident de braver la pluie. Il ne tombe que des gouttelettes. Papiers imprimés en noir sur blanc sur lesquels les textes « non au clientélisme, non au népotisme, nous sommes fatigués de vos promesses masquées, fonction publique égale fonction parent, fonction publique saturée, Brah dégage » en mains, les mécontents avancent à l’entrée de la Fonction publique.  L'hymne national « la Tchadienne » est entonné.  Regroupés sous le hall central de l’institution, les manifestants ont commencé par faire leur show, sans violence. L’air triste, ils entonnent leur chant de détresse : " nous sommes les professionnels, nous sommes formés par l'État suite à un besoin, nous sommes la réalité du pays, nous sommes les enfants des pauvres, nous avons aussi les diplômes, nous voulons notre intégration, nous n'avons pas l'argent pour négocier, nous sommes aussi Tchadiens, nous sommes abandonnés, la Fonction publique n'est pas saturée, nous avons aussi droit, nous sommes humiliés pendant 15 ans, nous sommes maltraités pendant 15 ans et aujourd'hui la Fonction publique est saturée, non à discrimination, trop c'est trop." Ce chant est repris en chœur durant tout le temps qu’a duré la manifestation.

Selon le porte-parole du collectif, Neuzilka Emmanuel, cette manifestation est motivée par la cause pour laquelle ils sont engagés depuis 2019, l’insertion socioprofessionnelle. « Nous ne revendiquons que notre intégration, car nous le méritons aussi », a-t-il réaffirmé. Nouvelle exigence, le collectif demande la démission du chef de département de la Fonction publique.

12h. Les éléments de la police antiémeute surgissent par surprise dans la cour de la Fonction publique. Des grenades lacrymogènes fusent de partout. Aucune arrestation n’est signalée sauf deux cas de blessures et des vitres des véhicules parties en éclat, établit Neuzilka Emmanuel.

Le collectif d’indiquer que des actions seront organisées en continu jusqu’à satisfaction de leur revendication.

L’Or Orthom
Christian Allahadjim

Sur l’étendue du territoire du Tchad, 106 988 candidats dont 36940 filles entament ce 21 juillet 2021, les épreuves écrites du Brevet d’Enseignement Fondamental (BEF). N’Djamena, la capitale tchadienne elle seule compte 34 000 candidats. Ialtchad Presse s’était rendu dans deux établissements de la ville. Reportage.  

Ce matin, dès 7 heures du matin, les candidats au Brevet d’Enseignement Fondamental (BEF) pour la ville de N’Djamena ont répondu présents dans leur centre de composition respectif.  Ils sont 34 000 Candidats répartis dans 72 centres d’examen avec au moins 3500 membres de jury.

12 heures et demie, nous arrivons au centre du lycée Felix Éboué. Ce centre regroupe trois collèges notamment les deux collèges du Lycée Éboué et celui de l’Assemblee Chrétienne. Dès notre arrivée nous rencontrons les élèves qui viennent de finir les épreuves de la rédaction et de la mathématique. Un petit temps leur permet de souffler avant d’entamer la dernière épreuve, le civisme. Juste à notre côté se trouve un garçon et une fille, tous candidats des collèges du Lycée Éboué. Pour le garçon, « les épreuves sont abordables, je suis sûr que je m’en sortirai par la grâce de Dieu », confie-t-il. Pour la jeune fille, « l’épreuve de la rédaction parlait des élections qu’il fallait expliquer. C’est une surprise pour moi, mais je me suis bien débrouillée. J’ai confiance, je suis tranquille », dit-elle.

Nous marchons vers la direction, à l’entrée du bâtiment une infirmière est en poste avec des médicaments pour prévenir toute éventuelle crise. Tout semble organisé ici. Dans un bureau Mme Seid Farah Madjé, présidente du centre CEG lycée Felix Éboué est assise. Pour elle, il n’y a rien de grave, les premières épreuves étaient la rédaction et les mathématiques. Elle rajoute que, pour cette première journée, la dernière épreuve est le civisme. « Nous avons 499 candidats. Nous faisons un travail simultané, une équipe de correction est bien en place. Au fur et à mesure qu’une épreuve finie, les copies sont déposées pour la correction », dit-elle.

Au Collège du lycée Sacré-Cœur, c’est un centre d’examen. Nous avons en face de nous Allarangué Abel, il est le vice-président du centre. Selon lui, tout se passe bien, tout le monde est venu très trop notamment les candidats tout comme les surveillants. Il affirme aussi que toutes les conditions sont réunies, même les épreuves sont arrivées à temps. Nous avons 270 candidats, nous sommes un centre principal, au collège Évangélique il y a un centre secondaire avec 183 candidats. Leurs copies vont être convoyées vers nous. Actuellement la correction des deux premières épreuves est en marche. Le collège du Sacré-Cœur compte 183 filles.

« Cet effectif élevé des filles montre aujourd’hui, les filles sont aux études et c’est vraiment à encourager. Nous demandons aux parents d’encourager davantage leurs filles à étudier, car elles sont capables et peuvent bien réussir comme les garçons », souligne monsieur Allarangué Abel.

Nous avons rattrapé Elvira Ratomte, candidate au collège du Sacré-Cœur avant qu’elle n’entre en salle pour la dernière épreuve pour la journée. « J’ai bien entamé la journée. Vous savez, l’examen quand on le prépare on ne se fait pas de soucis. Je n’ai pas de raisons de m’inquiéter, ça ira », déclare-t-elle d’un air rassurant.

Pour l’ensemble du territoire national, une source du ministère de l’Éducation nationale et de la promotion civique note, 106 988 dont 36940 filles. Les épreuves écrites vont durer 3 jours pour les francophones et 4 jours pour les arabophones.

Moyalbaye Nadjasna

Pour réclamer leur pension de 3 trimestres, les retraités ont manifesté pour exprimer leur ras-le-bol. C'est ce 21juillet au siège de la Caisse nationale des retraités du Tchad (CNRT). Reportage.

Les retraités du Tchad, section de N’Djamena, ont encore fait parler d’eux. Dans la matinée de ce mercredi 21 juillet, ils ont manifesté devant le siège de la Caisse nationale des retraités du Tchad (CNRT) au quartier Dembé dans le 6e arrondissement.

Il était 10 heures. En face du siège de la CNRT, la circulation est bloquée. Des retraités en petits groupes se sont installés sur des chaises en plein milieu de la chaussée. « Nous ne réclamons que nos droits », récite en solo un retraité âgé.  « Il faut qu’on nous paie seulement », chante un autre.

Selon le président du comité de crise, Blagué Jean, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase est la promesse du directeur de la CNRT d’enclencher la paie dès ce mercredi 21 juillet. « Il nous a promis de nous payer aujourd’hui et quand nous nous sommes présentés, il n’y a rien », rapporte-t-il, avec véhémence. D’après lui, ça fait 3 trimestres que les retraités n’ont rien perçu. « Nous demandons à la France de nous trouver la solution avec le pouvoir qu’il a nommé au Tchad », supplie Blagué Jean.

Assis ou debout, des retraités crient de partout. Et Blagué Jean, comme un directeur de la chorale, les harangue. « Nous allons mourir pour notre argent », « c’est mieux de se faire tuer que de mourir de faim », scandent-ils. La circulation est aussitôt déviée. Les éléments de la Police antiémeute interviennent. Débute la négociation. En vain. La Police tente de dégager les occupants du lieu, mais elle est confrontée à une résistance. Les gaz lacrymogènes pleuvent. Et c’est le sauve-qui-peut. La situation est rétablie. La circulation reprend.

Parmi les victimes de l’intervention policière, un élève de la classe de 3e. Il rentrait après le premier jour de composition du BEF. Il a reçu une grenade lacrymogène en plein œil. Il est évacué à l’hôpital par le président du comité de crise, Blagué Jean.

Dispersés, mais pas anéantis, disent-ils. Ils promettent de revenir pour fermer les locaux de la CNRT dans les jours avenirs si rien de concret n’est fait.

Koumassen Juste

Les habitants du carré 48 du quartier Ngonba situé dans le 9e arrondissement de la ville de N’Djamena n’attendent plus les autorités communales. Ils décident eux-mêmes de s’organiser pour aménager leurs routes. Pour désenclaver leur quartier pendant cette période des pluies, ils cotisent de l’argent pour acheter des Benz de remblais et louer la niveleuse pour aménager une autre route pour éviter de traverser l’ancien cimetière en roulant sur les tombes. Reportage.

En saison de pluies, beaucoup de quartiers de la ville de N’Djamena s’organisent pour lutter contre les inondations. C’est le cas des habitants du carré 48 du quartier Ngonba, l’un des carrés le plus enclavé de la commune du 9e arrondissement. Pour éviter de traverser l’ancien cimetière, ils décident de cotiser de l’argent pour aménager une autre route qui leur permet de contourner le cimetière et de désenclaver le quartier. Pour l’initiateur du projet de désenclavement du carré 48 du quartier Ngonba, M. Agouzoum Dar Noel, il ne faut pas attendre tout de l’État, il faut s’organiser pour désenclaver le carré. « Nous avons beaucoup de difficultés pendant la saison pluvieuse pour sortir. Notre quartier et surtout notre carré sont enclavé pendant la saison des pluies », explique M. Agouzoum.

Ce jeune ingénieur qui est l’auteur du projet de désenclavement a loué un gradeur d’une somme de 250.000 F FCA pour aménager la route qui permet d’accéder à l’axe principal sans traverser l’ancien cimetière chrétien de Ngonba. « J’ai demandé aux voisins qu’on peut s’organiser nous-mêmes pour aménager une voie de sortie, mais ils n’ont pas cru à ma proposition. J’ai donc moi-même loué un gradeur et quand le gradeur se mettait à niveler la route, tout le carré s’est mis à cotiser », précise-t-il. Ce dernier se dit ému de l’engagement des habitants du carré 48 qui ont accepté unanimement de cotiser une somme de plus de 200.000F CFA pour acheter de remblais. Le jeune topographe estime que l’engagement des habitants du carré 48 du quartier Ngonba va servir de déclencheur aux autres quartiers de la commune de N’Djamena. Abondant dans le même sens, Gaksou Issakar, jeune du carré qui a participé au nivellement de la voie de désenclavement, souligne durant cette saison de pluie, leur carré va être soulagé. Selon lui, si les autorités communales leur donnent quelques Benz de remblais, la rue sera bien aménagée et les camions Benz ne vont plus traverser l’ancien cimetière.

Toutefois, M. Agouzoum Dar Noel lance un appel aux autorités de la commune du 9e arrondissement, de les doter des Benz de remblais pour bien aménager cette rue. Selon lui, les jeunes du quartier sont déterminés à aménager cette unique voie mais il leur faut de remblais. Concernant les camions Benz qui traversent l’ancien cimetière chrétien de Ngonba, il affirme que ce n’est pas normal que les camions roulent sur les tombes, et qu’il serait judicieux de respecter les morts, avant d’ajouter « les gens respectent les morts, mais ce qui se passe dans son quartier est inadmissible ».

Cette rue aménagée par les habitants du carré 48 a permis aux camions Benz qui transportent du sable et de remblais, de ne pas traverser l’ancien cimetière de Ngonba. Mais quand on demande à ces derniers de contribuer avec des voyages de remblais pour bien aménager cette voie, ils refusent de mettre la main dans… le remblais.

Jules Doukoundjé

 

La saison de pluie tarde à s’installer dans la capitale tchadienne, N’Djamena et ses environs. À Toukra, dans le 9e arrondissement, les paysans sont désespérés. Reportage.

Mercredi 21 juillet 2021. Il est 11 heures passées. Et le mois de juillet tend vers sa fin sans qu’une grosse pluie tombe sur N’Djamena et ses environs. Ce qui inquiète les cultivateurs.

Sur les espaces rizicoles de Toukra, un quartier de la commune du 9e arrondissement de N’Djamena, le sol est bien sec. Normalement, en cette période, la nature devrait être verdoyante. C’est tout le contraire ; aucune herbe n’a poussé. Conséquence d’une absence de pluie abondante. Malgré cela, certains cultivateurs s’activent. Le cas de Matchanga Hervé. Élève en terminale, il laboure du riz depuis trois saisons. Avec son cousin, ils préparent le champ en espérant la tombée éventuelle de la pluie. D’après lui, cette année, la pluie traîne. « On est vraiment en retard cette année. D’habitude en mai et juin, on prépare le champ. Et dès juillet, on commence avec le repiquage », fait-il savoir. Mais force est de constater que la plupart des cultivateurs sont encore à la première phase, la préparation du champ. « Ceux qui ont des moyens utilisent des motopompes pour irriguer leurs champs », dit Matchanga Hervé.

Sur les zones rizicoles près du fleuve, la culture contre saison est au rendez-vous. Grâce à des motopompes, l’eau est drainée pour alimenter les champs. Avocksouma André arrose ses pépinières. Il déplore le retard que connaît la saison pluvieuse de cette campagne agricole. « Logiquement en cette période, on devrait repiquer avec les eaux de pluie. Mais là on le fait avec l’eau du fleuve. Aussi ça devrait être la période de sarclage. Mais on est là encore avec le repiquage », fait-il la remarque. Dans leur secteur, il y a un groupement qui est mis sur pied. Mais le problème que relève Avocksouma André est le nombre des motopompes que compte le groupement. « Il n’y a qu’une motopompe pour 100 carrés. Et le programme n’est jamais respecté. Cela pose tous les jours des problèmes ».

Ibrahim Nangasou et ses copains sont en pleine opération de repiquage. Ils donnent un coup de main à un membre de leur chorale. Dans une ambiance bon enfant, ils piétinent la boue çà et là. Ils plongent les mains sous les eaux retenues par une petite digue pour repiquer les pépinières. Soudain, un serpent. Il est rapidement mis hors état de nuire. « C’est ça aussi les risques que nous courons », lâche Ibrahim.

« Il nous faut de la pluie sinon la récolte de cette année ne sera pas comme celle de l’année passée », soutient Matchanga. Il s’inquiète que la famine ne sévisse cette année. Toutefois, rassure le jeune agriculteur, « si en août la pluie tombe régulièrement, il n’y aura pas de problème. »

Le riz est le céréale la plus cultivée dans cette zone. Il joue un rôle non négligeable dans l’alimentation et le revenu des milliers des Tchadiens. « Grâce à la culture du riz, je paie ma scolarité. Beaucoup de familles s’en sortent grâce au riz. Sans cette culture, la vie nous sera difficile », dit Lassou Grégoire, un élève de la Seconde au Lycée de Malo, localité qui jouxte le quartier Toukra.

Christian Allahadjim

Le samedi 10 juillet dernier, les habitants du quartier Amtoukouin Roma dans le 8e arrondissement ont crié seuls leur désarroi. En quelques heures leurs maisons sont réduites en poussière par le Poquelin, l’engin bélier de la mairie de la ville de N’Djamena. Une opération baptisée « harmattan » sous la sécurité d’une force mixte. Reportage.

L’opération de déguerpissement du quartier Roma, une partie du quartier Amtoukouin dans le 8e arrondissement de la capitale tchadienne, N’Djamena, se poursuit. Baptisée « harmattan », le vent chaud à soufflé très fort ce mercredi 14 juillet et a emporté tout sur son passage. Jusqu’à 13h, les chenilles appelées Poquelin, maîtres du terrain roulaient dans le creux de la vallée du bassin de rétention et remontent en surface pour casser les habitations riveraines. Les maisons cassées s’étalent à perte de vue. Les victimes, femmes, enfants, négocient l’ombre de quelques arbustes pour s’abriter. Sous leurs regards impuissants, leurs maisons sont réduites en poussière. L’ambiance est désolante, les visages sont tristes. Certains observaient les larmes aux visages les toits de leurs habitations enlever comme du papier à mâcher. D’autres louent les véhiculent pour ramasser quelques matériels nécessaires récupérés. D’autres encore, désemparés méditent leur sort, les mains sous le menton.

L’objectif de cette opération est de dénicher les brigands. Car ils constituaient, selon plusieurs responsables parlant sous le sceau de l’anonymat, un danger pour les paisibles citoyens. Selon toujours les mêmes sources, ce déguerpissement musclé visait, la plupart, des brigands qui poursuivis par la police y trouvent refuge et se feraient protéger par les résidents. L’ultime but de l’opération harmattan est de lutter contre la criminalité apparente, les vols à main armée et les braquages entre autres, dans la ville de N’Djamena. C’est ce que soutiennent hors microphone les responsables municipaux.

Moyalbaye Nadjasna

Donc l’insécurité dans le pays n’est plus une histoire de « il paraît que », « il semblerait que », ce n’est plus les « on-dit ». C’est la réalité. Un procureur dans l’exercice de ses fonctions est assassiné au Palais de Justice. Un directeur des renseignements généraux abat froidement son adjoint de 17 coups de balles. Un jeune homme est tué en plein jour sur l’avenue El Nimery, l’artère la plus fréquentée de la capitale, N’Djamena. L’insécurité tout le monde en parle. Tout le monde la voit partout. La période de transition qui piétine n’aide pas. À cela il faut rajouter les réseaux sociaux et ses autoproclamés activistes, journalistes qui abordent le sujet sans retenu, ni filtre. Ils voient des complots partout. Cette ambiance instaure un climat de peur. Presque de psychose. Question : que fait le Conseil militaire de transition (CMT)? 

Il prend quelques mesures…
Un, intensifier l’opération de désarmement partout au Tchad.
Deux, le président du CMT Mahamat Kaka tiendra une réunion mensuelle et une autre hebdomadaire.
Trois, interdire la délivrance abusive du permis de port d’armes.
Quatre, redonner à la Justice son pouvoir et sa noblesse.
Cinq, lever les barrières anarchiques qui entravent la circulation interne.
Six, garantir l’autorité de l’État en appliquant la loi.
Sept, les responsables militaires doivent changer de région tous les 3 ans
Etc. 

Ces mesures a priori pas mauvaises sont du déjà-vu. Du déjà vécu. Et qui ne semblent pas avoir jugulé l’insécurité. Le sentiment d’impunité voulu ou pas. Entretenu ou pas. 

Il faudra que le CMT, dans cette période de transition, s’occupe de cette question avec plus de vigueur. Plus de sérieux. Et surtout avec une méthode bien définie. Il ne suffit pas d’aligner des mesures pour que celles-ci s’appliquent. Il faudra aussi que les autorités expliquent comment elles entendent le faire. Écrire une litanie de bonnes intentions comme : « redonner à la Justice ses lettres de noblesse en combattant la corruption et en assurant l’exécution des décisions judiciaires », est une bonne chose. Il faut maintenant dire comment y arriver. Déjà, les Tchadiens se rappellent de la première sortie du ministre de la Justice Mahamat Ahmat Alhabbo lors de la passation de service. 

Une déclaration à hauteur du ministre et de l’ampleur de sa mission. Cette sortie appréciée par presque tous ses compatriotes a été mal accueillie par le gouvernement et le président de la Transition. Et pourtant dans cette déclaration il n’y avait que la vérité, rien que la vérité. Bref, les Tchadiens ont le sentiment que le CMT à deux bouches. Une pour bien parlé. Une autre pour souffler en haut lieu et dans les institutions de trainer les pieds, d’attendre un peu pour mieux voir. Alors que le temps file. Et l’insécurité galope. 

Enfin, il est temps d’agir par des mesures concrètes pour trouver une solution à l’insécurité afin de rassurer les Tchadiens. Comment faire? Quels actes faudrait-il poser? 

D’abord, laisser la Justice faire son travail. La justice, depuis 1990, n’a jamais joué son rôle d’équilibre. Elle n’a jamais fonctionné. Pis dégager tous les militaires de la gestion de l’administration publique. Et remettre à leur place des vrais administrateurs du service public. Ensuite, laisser la société civile faire son travail de groupe de pression. Elle est la chienne de garde de la démocratie. Elle est aussi la soupape où s’exprime toutes les frustrations, toutes les colères.

Il est vrai qu’en cette période de transition, le CMT et le gouvernement doivent s’occuper presque exclusivement du bon déroulement de la transition. Seulement, la sécurité est une condition vitale à la réussite de cette transition. Et pour la réussir, il faudra revenir au fondamental : la Justice, la Justice et la Justice.

Bello Bakary Mana

La flambée de prix des denrées de première nécessité rend difficile les préparatifs de la fête de Tabaski. Beaucoup de fidèles musulmans modestes ne savent comment faire pour stopper la flambée des prix. Ils appellent les autorités à l’aide. Reportage.

A quelques jours de la fête de Tabaski, des populations se plaignent de la flambée de prix des denrées de première nécessité. On constate un manque d’engouement dans presque tous les marchés de la commune de N’Djamena, capitale tchadienne. Chaque année, à l’approche de la fête de Tabaski, les marchés se bondaient. Les marchandises étaient exposées çà et là, mais ils sont difficiles à aborder. Et les clients font de va-et-vient. Cette année, à cause de la flambée du prix, les préparatifs de la fête de Tabaski sont moroses. Pour cette dame rencontrée au marché Dembé, dans le 7e arrondissement, qui s’exprime sous couvert de l’anonymat, la situation est critique. Selon elle, ce n’est pas comme les années précédentes, tout a changé, on dirait qu’on n’est pas à N’Djamena. « Je suis deuxième femme, mon mari m’a donné 50.000 F CFA pour acheter les ingrédients de la cuisine, mais je suis surprise, je ne sais que faire. Les commerçants ont presque doublé les prix des ingrédients », se lamente cette jeune dame voilée. Selon elle, les années précédentes, avec 25.000 F CFA, l’on peut acheter de denrées, mais cette année, même avec 50.000 en main, elle ne peut rien faire.

Halimé Zara, vendeuse des bijoux au marché d’Abenna depuis 10 ans. Elle dit n’avoir jamais vécu cette situation. « Avant, nous, nous frottions les mains à l’approche de la fête de Tabaski, mais jusque-là, aucune femme ne s’est approchée de nous pour demander le prix des bijoux », se lamente-t-elle. Pour cette année dit-elle, les préparatifs de la fête de Tabaski semblent durs, surtout pour certaines familles modestes. Pour le gardien du centre social N°7, situé dans le 7e arrondissement, Moussa Barka, il faut attendre un miracle d’Allah, sinon les personnes âgées et démunies ne vont pas faire le rituel de sacrifice de mouton. Raison : l’augmentation de prix des marchandises. Selon M. Barka, père de 7 enfants si les autorités, ne viennent pas en aide aux familles beaucoup de fidèles musulmans, surtout les moins nantis ne vont pas bien fêter la Tabaski.

Pour soulager, les populations, certains couturiers installés à la rue de la grande mosquée Roi Fayçal, lancent une opération dénommée « opération coup de cœur ». Cette opération faut-il le préciser, a pour but de baisser le prix des frais de couture. « Chaque année, à l’approche de la fête de Tabaski, nous étions envahis par les clients, mais cette année, ce n’est pas le cas. A moins d’une semaine de la fête, les commandes se font rares », constatent-ils. Selon eux, cette opération va aussi permettre à certains qui n’ont pas de moyens de déposer leurs tissus.

Toutefois, les commerçants rencontrés dans certains marchés tentent de justifier la hausse du prix des denrées de première nécessité. Hassan Ali, commerçant, affirme que c’est un phénomène qui est général. Il rajoute que, ce sont les importateurs et les grossistes qui sont à l’origine de la flambée des prix. Les détaillants sont contraints de suivre le système. « Si le grossiste augmente le prix, le commerçant détaillant est obligé d’en rajouter, sinon, il n’a pas de bénéfice », précise M. Hassan Ali.

Au marché de Mouton de Karcandjié

Au marché karcandjié, un marché de mouton situé non loin du gouvernorat de N’Djamena, il y a de moutons à la bourse de toutes les couches sociales, du modeste au plus riche. Les prix varient de 35.000 pour les moutons moyens et 75.000F CFA pour les gros moutons.  Malgré les prix relativement accessibles, les clients sont rares. Pour Mahamat Salleh, vendeur de moutons, les clients ne se bousculent pas. C’est inquiétant pour les vendeurs. Selon lui, les temps sont durs. « Avant, nous vendons les moutons à vil prix à l’approche de la fête de Tabaski, de nos jours les prix ont grimpé et c’est indépendamment de notre volonté », dit-il.  Il précise que, ce qui handicape le commerce de moutons, c’est leur alimentation. C’est cela qui coute cher.

La fête de Tabaski, appelée communément fête de moutons est prévu pour le 20 ou le 21 juillet prochain. Les fidèles ont encore quelques jours devant eux pour préparer cette fête qui est l’une de grandes fêtes du calendrier musulman.

Jules Doukoundjé

Depuis le déclenchement du recensement des retraités du Tchad par l’Inspection générale d’État (IGE), les retraités sont remontés. Pour eux, ce recensement n’est pas digne de nom et que l’IGE doit plier bagage. Le porte-parole du comité ad hoc des retraités du Tchad s’exprime sur cette situation. Reportage.

Selon le porte-parole du comité ad hoc des retraités du Tchad, Alladoumgar Tédengarti, le 8 mars 2021, le comité ad hoc des retraités du Tchad a essayé d’aiguiller les responsables de la Caisse nationale des retraités du Tchad (CNRT) pour qu’ils puissent payer régulièrement les pensions des retraités, mais malheureusement, cela a été interrompu par des situations administratives, notamment la suspension de l’ancien directeur, la nomination du nouveau directeur général, du directeur adjoint et de l’agent comptable. Tout ça a servi de subterfuge pour ignorer le payement des retraités jusqu’aujourd’hui, dit-il. « On dit que comparaison n’est pas raison, mais il y a une similitude entre la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), qui s’occupe du payement des retraités privés. La CNPS ne rencontre pas de problèmes parce qu’elle est prévoyante et sociale », explique Alladoumngar Tédengarti. Pour lui, le patronat qui est composé des sociétés, des entreprises respectent le versement de la part patronale et le versement de la part salariale régulièrement à la CNPS. 

C’est pourquoi la CNPS n’a pas de problème. « Au niveau de la Caisse nationale des retraités du Tchad, on a de problème parce que notre patron, c’est le gouvernement, le ministère de finance, le trésor public, les banques. Et ces gens-là ont prestement torturé les retraités du Tchad. Comment on peut comprendre que les parts patronales sont versées chaque fin de mois, les parts salariales sont aussi versées chaque fin de mois et que la caisse des retraités soit vide », se demande le porte-parole du comité ad hoc des retraités du Tchad.

D’après lui, le problème des retraités n’est pas un problème où il faut casser la tête des retraités. « Un retraité est un retraité. Un ayant droit est un ayant droit. Un orphelin est un orphelin. C’est des situations où on doit examiner en conseil d’administration, au début et à la fin de chaque année. Si l’IGE veut faire un contrôle, il faut qu’elle le fasse au début ou à la fin de l’année, mais pas en plein milieu de l’année pour perturber les retraités », sollicite Alladoumngar Tédengarti.

Il indique qu’en cette période, l’IGE va dans les provinces pendant que certains retraités sont aux champs entrain de cultiver et comme l’Inspection générale d’Etat est passée en leur absence, ces retraités sont obligés de le suivre jusqu’à N’Djamena. « L’IGE devrait rendre service aux retraités en les écoutants et après les recenser s’ils ont besoin d’être recensés. Nous n’avons pas le problème avec l’IGE, mais il faut qu’on fasse des services qui puissent rendre service aux retraités et non des services qui vont perturber des retraités, qui souffrent déjà amèrement », déplore le porte-parole.

Alladoumngar Tédengarti propose à l’IGE de faire plutôt un contrôle de paye. « L’Inspection générale d’État doit attendre au moment de la paye pour vérifier si le retraité est en règle ou pas. S’il est en règle, il passe à la caisse pour retirer son argent. Comme ça, on aura recensé tout le monde et on aura également décelé les magouilles qui se font au niveau de la CRNT », suggère-t-il.

Blocus du problème des retraités

Le porte-parole du comité ad hoc des retraités du Tchad, de poursuivre que le problème du payement de la pension des retraités est au niveau du ministère de finances, du trésor public, des banques. Le décaissement, précise-t-il, est un problème. Et c’est depuis le mois de mars qu’ils sont en train de crier pour qu’on paye leur pension, mais jusque-là il n’y a rien. « On ne comprend pas pourquoi ils ont créé la caisse nationale des retraités. On aurait pu laisser ce service des retraités au niveau du trésor public et les retraités allaient se faire payer au trésor public », regrette-t-il.

Il interpelle le président du Conseil militaire de transition, le Premier ministre de la transition, le ministre de la Fonction publique, le ministre des Finances, le trésor public de tout faire pour que les versements soient réguliers et ininterrompues.         

Allarassem Djimrangar
Orthom L’Or

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