jeudi 22 octobre 2026

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Le collectif  des lauréats des écoles professionnelles de l’éducation nationale, en instance d’intégration à la Fonction publique, a tenu une réunion ce 24 juin, à la Bourse du travail, pour donner des orientations au sujet de leur départ pour l’exil. En chemin, ils ont été dispersés par les forces de l’ordre et de sécurité à coup de grenades lacrymogènes. Reportage.

Plusieurs prenaient leur menace de quitter le Tchad comme de la plaisanterie. Mais eux sont bien déterminés à le faire. La preuve, ce jeudi 24 juin, ils sont décidés de partir en exil. C’est une première fois dans l’histoire du Tchad que des diplômés réclamant l’intégration à la Fonction publique décident de s’exiler.

Bourse du travail, dans le 3e arrondissement de N’Djamena. Il est 8 heures 30 min. Le climat est calme et l’ambiance était bon enfant. La cour est pleine à craquer. Les lauréats des écoles professionnelles de l’Éducation nationale en instance d’intégration à la Fonction publique s’activent à régler des derniers détails de leur objectif.

Sac à dos, sac à main, valise, nattes, marmites et autres ustensiles de cuisine, sont entre les objets visibles qu’ils ont apportés. On peut lire sur leur visage la joie, la motivation, la détermination. Les derniers arrivés se font enregistrer en fournissant la copie de leurs diplômes et leurs photos d’identité auprès du collectif. « C’est une fierté que le Tchad perde cette jeunesse, ces mains d’œuvres », ironise Emmanuel, un membre du collectif.

Pabamé Deuzoumbé fait partie de ces mécontents qui veulent s’exiler. Il est lauréat de l’École nationale des instituteurs-bacheliers. Diplôme en poche depuis 10 ans, il se débrouille comme contractuels dans un établissement privé. Ce qui le démotive vraiment est le traitement salarial. « J’ai une activité, mais cela ne paie pas bien. Pour le mois, tu as 40 000F. Ce revenu ne couvre pas mes charges », explique-t-il. Là où le bât blesse, est que le paiement n’est pas régulier. « À compter des mois d’avril et mai, c’est hypothétique qu’on nous paie dans ces établissements privés », fait-il savoir. Aujourd’hui, il dit être content de quitter ce pays même si le lendemain en exil est incertain. Mais il compte bien continuer à enseigner dans son pays d’accueil. « On part pour revenir et non pas pour leur laisser ce pays pour lequel on a tant souffert », dit-il.

8 heures 30 min, la cérémonie d’au revoir a commencé. L’hymne national est entonné. Après, place aux discours.

Selon le coordonnateur du collectif des lauréats des écoles professionnelles de l’éducation nationale, en instance d’intégration à la Fonction publique, Nanga Thierry, l’heure n’est plus au dialogue, mais à la concrétisation. Pour lui, ils ne vont pas accepter d’être esclaves dans leur propre pays. « Nous n’accepterons pas de voir souffrir nos familles à côté parce qu’on est impuissant de les secourir », dit-il.

Nanga Thierry affirme que dans le passé nos aïeuls ont toujours vécu en harmonie et dans la concorde nationale sans distinction d’ethnie, de religion moins encore d’appartenance géographique. Aujourd’hui, le Tchad est pris en otage par un groupe d’individu sans foi ni loi, qui rende la vie difficile à leurs concitoyens et à leurs enfants, déplore-t-il. « Mon cher pays le Tchad, ces groupes d’individus nous imposent une discrimination, le népotisme, l’arbitraire et le vol au détriment de la Justice, de l’équité et du mérite. Ce mode de vie unique au monde est insupportable. Il nous astreint et nous contraint à quitter malheureusement notre cher et beau pays », dit le coordonnateur du collectif.

Nanga Thierry affirme que les hommes sont éphémères, le Tchad est éternel et la vérité et le bien sont aussi éternels. « Le moment viendra où la justice réapparaîtra au Tchad où nous essayerons ensemble autour de la table à discuter. A Dieu nos familles, à Dieu notre pays et à Dieu la jeunesse tchadienne », conclut-il.

Le porte-parole du collectif, Neuzilka Emmanuel a pour sa part indiqué qu’ils ont mené des démarches pour avoir le visa collectif, mais les autorités tchadiennes le leur ont refusé. D’après lui, leurs partenaires, notamment certaines chancelleries ont répondu favorablement. Ils sont déjà prêts à les accompagner. « Nous quittons simplement ce pays de merde vers là où les droits de l’homme sont respectés et la valeur de l’enseignant est connue. Selon leur condition de vulnérabilité de ces ambassades, elles ne peuvent pas intervenir en notre faveur du moment où nous n’avons pas obtenu le visa collectif », affirme-t-il. Selon lui, ces partenaires les attendent juste à la frontière.

Pour le coordinateur de la plateforme Wakit Tama, Me Max Loalngar, tous ces diplômés réunis dans la cour de la Bourse du travail est un symbole fort. « Le Tchad aura noté qu’en cette date du 24 juin 2021, un millier des jeunes tchadiens se sont réunis dans la cour de la Bourse du travail pour exprimer leur dégoût d’un système qui devrait mourir de sa propre mort », lâche le coordinateur de Wakit Tama.  D’après lui, aller en exil, comme le collectif des lauréats le souhaite, c’est aussi une façon de lutter. Cependant, l’exil est très compliqué. « L’exil est amer et l’exil a ses réalités. Tant que vous n’avez pas encore franchi les frontières de votre pays, vous ne pouvez même pas savoir quelles sont les réalités qui sont de l’autre côté », prévient-il.

9H32mn, c’est le départ. En rang de trois rangées, les diplômés, mécontents, quittent la bourse de travail. Sur la banderole qu’ils brandissent, on peut lire : « Ce n’est pas par gaieté de cœur que nous quittons notre pays, ce sont nos autorités sans foi ni loi qui nous y contraignent » ou encore « nous ne fuyons pas notre pays, nous fuyons l’injustice, la discrimination, l’arbitraire, le népotisme… », « Adieu le Tchad, adieu nos familles, adieu la jeunesse tchadienne ». Tous joyeux, ils font chemin vers la frontière camerounaise, où leurs partenaires les attendent pour les récupérer. Mais c’était sans compter sur les autorités policières.

À peine 100m parcourus sur l’avenue Bokassa, la Police en embuscade. 9H47mn, une pluie de gaz lacrymogènes s’abat sur les mécontents en partance pour l’exil. C’était la débandade. Par les ruelles du quartier Kabalaye, les diplômés rallient à nouveau la bourse de travail. Les autorités ont contacté les leaders pour une concertation. Le Conseil national consultatif de la jeunesse est impliqué. Le collectif a accepté le dialogue. Deux des leaders partent pour négocier le sort de leurs compagnons de misère. Une consigne a été donnée , «  personne ne rentre chez lui. Restez sur place. Si à l’issue de notre rencontre, il n’y a rien de promettant, nous allons partir », a déclaré Nanga Thierry, le coordonnateur du collectif. Les négociations sont en cours. Partiront ? Ne partiront pas ? Le suspense reste entier. Au moment de publier cet article, les membres du Collectifpassent la nuit à la bourse de travail. Les tractations continuent.

Christian Allahadjim
Allarassem Djimrangar

Les obsèques de feu Hamed Mahamat Hamba, procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance d’Oum-Hadja assassiné en plein exercice, ce 23 juin 2021, se sont déroulées dans la concession familiale au quartier Ridina II, dans le 5e Arrondissement de la ville de N’Djamena, capitale tchadienne.

Collègues de service judiciaire, parents, voisins de quartier sont venus nombreux dire leurs adieux au dépositaire de la loi feu Hamed Mahamat Hamba. Le ministre de la Justice Garde des Sceaux, Ahmat Mahamat Alabo est allé présenter aussi ses condoléances aux parents du feu procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance d’Oum-Hadjar. Après la prière collective et tout protocole observé, le cortège funèbre s’est ébranlé vers le cimetière musulman de Lamadji, dans le 10e arrondissement à la sortie nord de la capitale.

Qui est feu Hamed Mahamat Hamba? Il est né le 10 avril 1976 à Pala, 2e enfant de Mahamat Hamba et de Khadîdja. C’est une famille d’une vingtaine d’enfants. Il a fait ses études primaires à l’école officielle de Moursal à Ndjamena (1984-1990), secondaire de 1991-1996 au collège d’Enseignement général de Mani puis au Lycée Félix Éboué de Ndjamena de 1997-2001. 2002-2003, formation militaire au groupement des écoles militaires interarmées (GEMIA). 2002-2004, formation à l’École nationale d’administration et de la Magistrature, 2005-2008, Université Adam Barka d’Abéché (faculté Cheik Zaid, Sciences juridiques et politiques). Ses diplômes obtenus sont entre autres : Diplôme en Magistrature obtenu en 2015 délivré par l’École Nationale de la formation judiciaire, licence en droit public, Diplôme d’études générales DEUG, le baccalauréat, le BEPCT, le CEPET.

Il entama la carrière judiciaire comme greffier civil à Abéché de 2005-2006-2012, il devient greffier en chef, notaire toujours à Abéché. 27 mars au 10 mai 2012, greffier à la Cour Suprême, section judiciaire chambre civile chargée du traitement des procédures au fond. 2016-2019 président du Tribunal de Grandes Instances de Bol. Brillant dans sa carrière, il fut nommé par un décret le 30 juillet 2019 comme président du Tribunal de Commerce de Bongor. Le 17 mars 2020, il est affecté comme juge de siège au Tribunal de Grande Instance de Sarh. Le 04 mars 2021, il est nommé procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance d’Oum-Hajar, poste occupé jusqu’à sa mort, ce 23 juin 2021.

Feu Hamed Mahamat Hamba laisse derrière lui une veuve et 6 enfants, dont 5 filles et 1 garçon.

Moyalbaye Nadjasna

La Commune de Sarh, chef-lieu de la province du Moyen Chari, située à l’extrême sud du Tchad fait frontière à la République centrafricaine. Depuis un certain temps, cette commune éprouve d’énormes difficultés liées à son fonctionnement. Ialtchad Presse a séjourné à Sarh et s’est imprégnée de la situation de cette ville. Et vous livre une série de reportages..

La commune de Sarh compte plus de 200 000 habitants. La ville est grande, elle était en moyenne de 2000 hectares il y a quelques années, mais aujourd’hui, nous sommes à plus de 3000 hectares avec une forte densité de la population. Sarh compte en tout 29 quartiers. Elle regroupe une population cosmopolite.  Au cœur de la ville, la plupart des bâtiments administratifs n’ont pas changé leur aspect colonial, pour les connaisseurs de Fort Archambault, l’ancienne appellation.

Selon le Directeur technique de la Mairie de Sarh M. Mando Gali, pour satisfaire à tous les besoins d’entretien de la ville, la mairie fait face à de nombreuses difficultés. « Vous voyez que tous nos moyens roulants et techniques sont au garage. Les tractopelles, les chargeurs, les Benz sont en pannes. Nous travaillons seulement avec 2 Benz et cela est insignifiant pour une ville d’une superficie de 3000 hectares », dit-il. Le Technicien note que la mairie loue des Benz supplémentaires dans les quartiers avec beaucoup de peine compte tenu des moyens financiers très limités. D’après lui, c’est la Compagnie sucrière du Tchad (CST) qui leur prête son chargeur chaque fois qu’ils éprouvent des besoins d’entretien de la ville. « Qui dit forte densité de population dit de tonnes de déchets ménagers. Vous constaterez qu’en ville certains dépotoirs sont pleins et les ordures débordent. Cela est dû à ces difficultés financières, mais nous ferons toujours de notre mieux. La première vague de ramassage est finie. Nous entamerons la seconde vague avec le concours de notre partenaire, la CST », affirme-t-il.  Pour lui, même si c’est avec beaucoup de gymnastiques que la mairie obtient l’aide de matériels techniques de la CST pour l’assainissement de la ville, c’est pour une bonne cause. « Toutefois nous sommes reconnaissants, ils nous aident énormément », mentionne Mando Gali.

Allaramadji Touroundjita Claude, habite le quartier Blabline, « Sarh, la verte est une très belle ville. Seulement, ce dernier temps la marie semble rencontré de difficultés et gère difficilement les ordures ménagères. Au dépotoir du quartier Paris-Congo par exemple, c’est plein et ça se déverse dans la rue qui se rétrécit. Je trouve cela dangereux avec la vitesse que font les motocyclistes. Sinon la mairie fait de son mieux. »

Difficile de collecter 20 millions qui représentent la masse salariale par mois

Le Technicien de la Commune de Sarh estime que les gens les accusent de ne rien faire tout en ignorant la crise que traverse la mairie. Selon lui, les employés sont restés trois ans sans salaires. « Depuis 3 ans, nous n’avons rien reçu de l’État. On nous demande de faire de notre mieux avec les petites collectes c’est vraiment insuffisant. Au début on était à plus de 400 personnels à la commune, nous en avions diminué jusqu’à 200 voire moins. La masse salariale est de 20 millions par mois. Pour recouvrir cette somme sur le marché, c’est un problème. On tire le Diable par la queue. Sur 5 mois, on ne paye qu’une seule fois », affirme le Directeur technique de la Commune. Il demande au gouvernement de leur venir en aide tout en rappelant les promesses non tenues des hommes politiques.

Alhadji Moussa, lui, vit au quartier Baguirmi. « En toute franchise, la ville de Sarh est une très belle ville. Les autorités communales font de leur mieux même si beaucoup des efforts restent à consentir. Ils disent souvent qu’ils n’ont pas de matériels. Comment une grande commune comme celle de Sarh doit continuer a demandé de matériels d’une société pour entretenir la ville. Ce n’est pas normal à mon avis, l’État doit faire quelque chose sinon c’est incohérent », confie-t-il.

Pour Mando Gali, la Mairie dispose de 29 comités d’assainissement dans 29 quartiers que compte la ville en guise de relais. Il renchérit que, ceux-ci font le travail de ramassage des déchets ménagers de porte en porte. « Les ordures sont déposées dans des endroits bien spécifiés et nous nous assurons le transport et l’évacuation globaux. C’est ce qui se fait en ce moment », dit-il. Il poursuit en précisant qu’ils ont équipé ces comités de moyens techniques et financiers grâce aux partenaires tels que la ville de Sherborne et d’autres ONG. « Cela a marché au début, mais actuellement ça va clopin-clopant. Il y en a qui marchent d’autres sont aux arrêts. Nous sommes déjà en saison des pluies et nous sommes en train de faire de notre mieux pour évacuer le plus tôt possible certains dépotoirs remplis afin d’éviter des maladies », conclut-il.

Moyalbaye Nadjasna

Le président du Front nouveau pour le changement « FNC », Yaya Dillo, a tenté une visite ce 22 juin, à la maison d’arrêt de Kléssoum, pour s’enquérir de la situation de quelques prisonniers de guerre supposés être exécutés selon les nouvelles qui circulent sur la toile. Cependant, il s’est posé le problème de procédures et d’autorisation préalable. Chronologie de sa visite avec Ialtchad Presse.

10 heures, une équipe des journalistes du journal Ialtchad presse débarque au domicile de M. Yaya Dillo Djerou Betchi, président du Front nouveau pour le changement (FNC). Accueillis et conduits sous le hangar, où est installé M. Dillo, très convivial, entouré de ses proches l’opposant est déterminé. Calme, nous échangeons un tant soit peu. Il est 13h moins lorsque nous roulons vers la maison d’arrêt de Kléssoum. Une demi-heure de route après, le cortège s’immobilise à 13 heures 38 min devant les gendarmes assis sous les arbres en face du pénitencier. Pour cette visite, Yaya Dillo n’était pas seul. Il était accompagné de quelques membres de son association. À quelques mètres de l’entrée principale de la prison, un agent de sécurité interpelle le véhicule. « S’il vous plaît, pourriez-vous garer vos véhicules de l’autre côté ? », demande le policier. Le président du parti FNC se présente, « Je m’appelle Yaya Dillo, je viens rendre visite à quelques prisonniers de guerre ». Le policier lui rétorque « l’accès pour rendre visite aux prisonniers de guerre est interdit ». Il appelle ensuite, son chef, le commandant 1er adjoint de la Maison d’arrêt de Kléssoum se précipite vers nous. Il demande à Dillo, « Président, qu’est-ce qu’on peut faire pour vous ? ». Yaya Dillo, répond qu’il est venu pour visiter quelques prisonniers de guerre s’ils sont en vie. Le commandant reprend la parole et dit : « il n’est pas permis de venir rendre visite aux prisonniers de guerre sans une autorisation. Je n’ai pas été informé par ma hiérarchie.  Il faut aller voir le Procureur de la République. » 

Aussitôt, le président du FNC, sort son téléphone. Il appelle le Procureur de la République. Ce procureur qui n’était pas en réalité le vrai en la personne de Youssouf Tom. Il échange avec Yaya Dillo avant d’échanger aussi avec le commandant 1er adjoint de la Maison d’arrêt de Kléssoum. Lors de leur échange, ils ne se sont pas du tout entendus puisque selon les instructions données par la hiérarchie, toute personne qui désire rendre visite aux prisonniers de guerre à la Maison d’arrêt de Kléssoum doit impérativement présenter son autorisation délivrée par les autorités compétentes.

13 heures 30 min, M. Yaya Dillo décide repartir à Ndjamena. Cape est mis vers le Palais de Justice, précisément vers le parquet de Grande Instance de N’Djamena. Objectif : rencontrer le procureur de la République, Youssouf Tom, pour avoir une autorisation.

« Un réquisitoire est en instruction, attendre la fin de la procédure judiciaire… »

À 14h 50 min. Nous arrivons au Palais de Justice. Nous nous dirigeons vers le bureau du Procureur de la République. À quelques mètres de la porte du président,  un agent de police judiciaire nous interpelle et nous demande de patienter, car le Procureur de la République a encore une visite. Après quelques minutes d’attente, le procureur nous reçoit dans son bureau. Il demande à Yaya Dillo, qu’est-ce qu’il peut faire pour lui. Dillo, « je suis allé pour rendre visite aux prisonniers de guerre, mais les forces de l’ordre en faction m’ont empêché d’y entrer. Alors est-ce que le PR détient-il la liste des prisonniers de guerre? Si oui, est-ce que Dr Ali Brahim et Saleh Ali Assabala sont vivants ou pas ? » Le procureur de la République M Youssouf Tom répond, « nous avons enregistré un réquisitoire de 224 personnes. Je l’ai envoyé au cabinet d’instruction n°3. Ce sont des dossiers qui sont restés pendants et en aucun cas je ne peux me prononcer sur cette question. »

M. Dillo, insiste sur le cas du Dr Ali Brahim et M. Saleh Ali Assabala pour savoir s’ils sont morts ou vivants. Il déclare des informations sur les réseaux sociaux affirment qu’ils ont été exécutés sommaires. Le Procureur de la République relève n’avoir aucune information à ce sujet et conseille M Yaya Dillo de prendre son mal en patience et attendre la fin de procédure judiciaire pour voir si la lumière sera faite ou pas sur cette affaire. Le président du FNC persiste et demande au PR s’il peut voir le juge d’instruction en charge des dossiers des prisonniers de guerre. Après avoir quitté le bureau du procureur, Yaya Dillo n’est toujours pas fatigué. Il est 16 heures passées. Il se renseigne et décide d’aller voir le juge d’instruction au cabinet n°3. Le juge d’instruction est absent, son greffier  est présent, mais refuse de se prononcer sur cette affaire. À suivre…

Moyalbaye Nadjasna
Allarassem Djimrangar

Le procureur de la République près du tribunal de grande instance d’Oum Hadjer, Ahmat Mahamat Hamba est assassiné ce mercredi au sein du palais de justice par un individu armé.

Le corps judiciaire est en deuil. Le procureur de la République près du tribunal de grande instance d’Oum Hadjer dans le Batha, Ahmat Mahamat Hamba a été tué ce mercredi en matinée au sein du palais de Justice, à coup de couteau. Selon des informations recoupées, son assassin, un adepte des stupéfiants, est parent à un prisonnier mort en détention. Celui-ci réclamerait le prix du sang. Les agents de sécurité, en poste au palais de Justice, l’ont aussitôt abattu. Car il s’en prenait aussi à eux. Un gendarme a été blessé, un civil se trouvant là a reçu une balle perdue.

La nouvelle a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Des réactions fusent de partout condamnant un acte ignoble. De son côté, le syndicat des magistrats du Tchad (SMT) et le syndicat des magistrats autonomes du Tchad (symat), dans un communiqué, se disent traumatisés par cet incident qui vient rappeler l’insécurité dans laquelle le corps judiciaire travaille. Pour protester contre ces conditions, ces deux syndicats ont appelé leurs membres à « un arrêt de travail de trois jours, avec effet immédiat sur toute l’étendue du territoire ». Le ministre de la Justice, Mahamat Ahmat Alhabo, dans un post Facebook, « condamne au nom de la Chancellerie cet acte ignoble ».

Rappelons que ce n’est pas pour la première fois que le corps judiciaire subi de  violences. En 2019, le procureur d’Iriba, à l’est, a été lui aussi assassiné par des hommes en arme. Ou l’agression en 2020 d’un magistrat à N’Djamena par un général de l’armée alors qu’il était en service recommandé. Ou encore la violation du palais de Justice de N’Djamena en 2020 par un groupe de personnes venu extirper manu militari un colonel qui venait d’être condamné.

Christian Allahadjim

Donc cela fait deux mois jour pour jour depuis que le Conseil Militaire de Transition (CMT) a pris le pouvoir par la baïonnette. Cela s’est passé vite. Trop vite comme le clignement des yeux. Le CMT a fait semblant de faire passer à la trappe toutes les institutions. Quelques jours après, il rétropédale en maintenant certaines institutions, par exemple l’Assemblée nationale (AN). Quelques idées ont été lancées comme des ballons d’essai. Un Premier ministre est désigné. Un gouvernement est formé. Depuis lors beaucoup de bruit. Beaucoup de futilités. Beaucoup de paroles. Finalement très peu d’actions concrètes pour faire tourner la transition à plein régime. Cette nonchalance voulue ou pas, fait tourner la transition en rond. 

D’abord le CMT s’ennuie à force de ne pas avancer. Pour s’occuper, la junte n’a rien trouvé de mieux que de convoquer le public à travers le communiqué de la direction du protocole d’État de la présidence (DGPEP) qui dit informer les Tchadiens sur les formules d’appellation du président de la transition. Les Tchadiens attendent le démarrage du processus de la réconciliation, la feuille de route du gouvernement, etc. Au lieu de cela, le président de la transition Mahamat Kaka s’occupe de ses titres. Il a décidé par le truchement de la DGPEP que tout citoyen ou ses collaborateurs qui veulent lui écrire ou lui parler doivent dans une correspondance l’appeler : Général de Corps d’Armée, Président du Conseil Militaire de Transition, Président de la République, Chef de l’État. 

Ou : Général de Corps d’Armée, Président du Conseil Militaire de Transition, Chef de l’État 

Ou encore : Président du Conseil Militaire de Transition, Président de la République, Chef de l’État, Chef suprême des Armées. Le dernier titre est semble-t-il réservé aux militaires. 

A l’oral, il faudra dire : Excellence. 

La priorité de la junte ne semble pas être le démarrage de la transition. La DGPEP rappelle à l’ordre certains qui prennent un peu trop leurs aises en appelant le président de la transition Mahamat Kaka. Surtout les journalistes. Seulement la DGPEP fait dans le zèle en octroyant le titre de président de la République au chef de la junte. Le président de la transition peut s’octroyer les titres qu’il veut sauf celui de Président de la République. Mahamat Kaka ne pourra l’être que s’il décide de se présenter aux suffrages des Tchadiens. Et qu’il les gagne. Pas avant. 

Ensuite, le gouvernement. Il ne semble pas avoir le volant du gouvernail de cette transition. Rien ne se passe comme il se doit. Tout se décide à la présidence. Le Premier ministre Pahimi Padacké Albert (PPA) est semble-t-il trop contrarié, trop à l’étroit.  Le peu d’initiative qu’il entreprend est contrecarré à la présidence. L’entourage du président de la Transition s’amuse à lui faire la leçon. Les conseils de ministres sont devenus fades. PPA avale beaucoup de couleuvres. Le ministère de la Réconciliation et du Dialogue qui est censé impulser la feuille de route n’a toujours pas, deux mois après, ses locaux. Acheik Ibni Oumar et son embryonnaire équipe squattent toujours les suites de l’hôtel Radisson Blu. L’équipe du Premier ministre fait pareil aux villas des hôtes ou à l’hôtel du Chari, on ne sait plus. Comment peuvent-ils travailler efficacement? Quand vont-ils s’installer aux bonnes adresses? Comment? Comment?

Enfin, le Conseil National de Transition (CNT) est sur toutes les lèvres. Et dans tous les esprits. Un comité ad hoc est mis en place. Ses membres sont désignés. Tout le Tchad attend l’annonce de la liste des cooptés. Tout le pays veut en faire partie, mais il n’y a que 93 places. Ça joue des coudes au portillon. Il semble que le président de la Transition exige qu’il faille être lettré et de bonne moralité pour en faire partie. Il veut aussi du sang neuf. Et un Conseil ouvert sans politique « politicienne ». C’est une bonne chose, mais le jeu politique à ses propres codes, ses propres règles, ses propres réalités et sa propre raison. La tentation est grande de continuer à faire de la petite politique avec cet organe. D’ici à voir plus clair, le CMT et le gouvernement piétinent. Le risque de l’enlisement est sérieux. Très sérieux. 

Bello Bakary Mana

21 juin, c’est la fête qui commémore la musique à travers le monde. Les artistes et musiciens tchadiens ne dérogent pas à la règle. Un plan et plus, la covid-19 les avait privés de vivre de leur art alors qu’ils vivaient déjà une situation de précarité. Reportage

Les artistes tchadiens particulièrement les musiciens sont en fête ce 21 juin 2021. Ils célèbrent la Musique d’une manière spéciale ce matin au centre culturel Baba Moustapha. Ils ont échangé avec la Haute Autorité des Media Audiovisuels (HAMA). Artistes musiciens, les plasticiens, des comédiens entre autres se sont exprimés.

Dounia Togyangar, est artiste plasticien, comédien et écrivain. Pour lui, au temps de l’Égypte pharaonique, ce sont les plasticiens qui ont construit la pyramide et y ont mis l’information transmise jusqu’aujourd’hui. « Pour la promotion de la paix par les arts, je vous renvoie au rond-point de l’armée appelé rond-point cheval. Le cavalier qui a une lance à la main au bout de cette lance se trouve un pigeon, symbole de la paix. C’est une œuvre plastique qui appelle les gens au jour le jour à la paix. Au rond-point de la mairie, j’interpelle le ministère de la Culture, celui de la communication et la HAMA qui parle de ce pays. Le lion symbolise le roi de la forêt, le symbole de la puissance de l’Afrique qui est devenu le nage queue des dauphins, un animal marin dans un pays enclavé », s’insurge-t-il. Selon lui, chaque jour, les œuvres plastiques passent dans les films et les télévisions, mais s’il s’agit des forfaits donnés par l’ONAMA aux artistes, l’art plastique est écarté. Il trouve cela injuste et plaide que cette situation soit revue.

Un autre artiste Allamine Kader déplore le fait que les artistes soient considérés comme des « amuseurs publics ». D’après lui, ils ont un rôle important à jouer aussi bien dans la société que pour la promotion de la culture. Pour lui, les artistes portent en eux de message de paix et du vivre ensemble.  « Les hautes autorités de la culture tchadienne ne prennent rien au sérieux, pire encore les Tchadiens. Les médias nous abandonnent parce qu’on n’a pas de jetons à donner aux journalistes. Ce que nous apportons n’est pas forcément des finances. C’est ce que nous ressentons dans notre for intérieur que nous exprimons. Le secteur des arts est abandonné », dit-il. Pour cet artiste, l’art ne concerne pas seulement les artistes, mais aussi les journalistes culturels, les promoteurs culturels, etc. Il plaide pour que les Tchadiens consomment locale. Il s’interroge pour savoir s’il faut prendre d’autres mesures pour imposer cela ? « S’il faut réellement payer les droits d’auteurs, nous allons renvoyer tout l’argent que l’État donne aux pays étrangers. Car les accords de réciprocités ne sont pas encore signés ». Tous les pays qui ont les droits d’auteur note-t-il, ont fait la promotion de leurs artistes locaux. Il cite l’exemple du Cameroun voisin. « Il n’y a pas de raisons qui justifient le rejet de la musique tchadienne par les Tchadiens. En effet, nous sommes conscients de ce que nous faisons, nous faisons peut-être même plus que les autres parfois. Il faudrait que les droits soient pris en compte tel qu’il est stipulé dans les textes », indique-t-il. Aider les artistes à vivre aussi de leurs arts, un an et demi de covid-19 a rendu difficile leur vie, souligne-t-il.

« Les journalistes doivent critiquer les prestations des artistes… »

Un tiers défenseur des œuvres artistique relève que les artistes tchadiens par rapport aux autres sont dans une précarité totale. « Ils ne vivent pas de leur art. En d’autres termes, l’on contribue à une mort lente de la culture tchadienne. Les Bars, les hôtels et bien d’autres qui utilisent les œuvres des artistes sans rien verser doivent être interpellés », dénonce-t-il.

Un autre artiste, Masra. « Les textes de la HAMA sont caducs, ils doivent être adaptés à l’évolution du temps », déclare-t-il.

Aimé Palyo accuse les journalistes de ne pas faire de bonne analyse sur les œuvres artistiques. Selon lui, les musiciens sont des analphabètes. « Ils ne cherchent pas à évoluer et restent carrés dans leur genre musical. Le peu de revenus c’est pour le dépenser dans l’alcool et les femmes. Les musiciens ne font pas des efforts dans les compositions, ils prennent les chansons du terroir pour le mettre sur la guitare mal accordée et signent de leur nom », dit-il.

Les questions de budgets de productions culturelles, d’assistance de la HAMA aux artistes et de leur faible représentativité dans cette institution ont été également soulevées.

Moyalbaye Nadjasna
Allarassem Djimrangar

Autorisée par le ministère de la Sécurité, la marche du consortium des associations féminines a eu lieu ce lundi. Objectif, dénoncer les violences faites aux femmes et l’impunité qui y va avec. Reportage.

Le rendez-vous est pris à 9 heures, devant le palais de Justice de N’Djamena. C’est de là que doit partir le cortège de la marche contre les violences faites aux femmes. Selon Epiphanie Dionrang, présidente de la Ligue tchadienne de défense des droits de la femme, le choix du lieu de départ est symbolique, « c’est la Justice qui doit condamner les violeurs. Malheureusement ce n’est pas le cas. Nous sommes ici pour dire non à l’impunité. »

11 heures, des consignes sur la marche sont données. Top départ. La Police prend ses dispositions. Près d’une soixantaine de femmes, habillées en noir « signe de deuil » et en orange « symbole de la lutte contre les violences basées sur le genre » se mettent en rang. Pancartes en mains, des papiers collés sur des poitrines, sifflets à la bouche, la marche peut commencer. L’hymne national est entonné. Et la manifestation prend son envol. « Pas des violences », entonne Nguemta Patricia, secrétaire de l’association Femme aussi. « Faites aux femmes », reprennent en chœur les autres manifestantes durant tout le trajet de la marche qui va du palais de Justice au palais du 15 janvier.

C’est une première fois qu’une marche en faveur des droits de la femme est autorisée. Et les manifestantes en sont ravies. « C’est ma première fois de marcher pour cette cause et je me sens vraiment motivée », déclare Nguemta Patricia. « Moi je me sens libérée. Je croyais que ça n’allait pas être possible mais on nous a laissées cette opportunité », se réjouit Constance Nérolel, leader d’une association féminine.

Des messages tels que « brise le silence », « respectez mon vagin », « je ne suis une femme pas un objet », « arrêtez d’utiliser vos pénis comme des gaz qui nous explosent », « ma famille le sait mais personne n’en parle » sont lisibles sur des pancartes et autres moyens utilisés par les manifestantes.

Une quarantaine de minutes de marche sous un soleil de plomb. Au rythme des coups de sifflet couplé à l’hymne national, les manifestantes atteignent le palais du 15 janvier, point d’arrivée. Sur place, des messages sur le mobile de la marche ont été adressés en français, en arabe local et en ngambaye. Puis des recommandations ont été faites aux autorités en charge de la Justice. « Garantir une protection des droits de femme, rendre indépendantes les institutions judiciaires, créer une unité spéciale de gestion des cas de violences faites aux femmes et assurer une répression rigoureuse et conforme aux textes des auteurs de violences faites aux femmes », telles sont ces recommandations.

Si la mobilisation à cette marche n’a pas été de taille, néanmoins l’organisation a été une réussite. Et les initiatrices s’en félicitent. « L’organiser est déjà une réussite. Car, c’est pour la première fois que les autorités ont donné leur aval pour une telle marche. On a fait un pas », dit Madtoingué Djemilla Carole, artiste musicienne. Même sentiment de la part d’Epiphanie Dionrang : « je peux dormir aujourd’hui mais pas profondément », exprime-t-elle sa joie, avec réserve. Pour elle, la satisfaction sera totale lorsque les autorités prendront en compte leurs différentes recommandations.  « Tant que celles-ci ne sont pas prises en compte par les autorités, la lutte continue », prévient-elle.

Le travail qui reste à faire d’accentuer la sensibilisation pour aider les femmes à sortir de leur silence, continuer à dénoncer, à dire non. « Nos violeurs sont souvent à la maison, à nos lieux de service. Ils nous terrorisent après leurs actes. Mais il faut que la peur change de camp », raisonne Nguemta Patricia. « Il faut que la Justice tienne compte des douleurs des victimes. Il ne faut pas qu’on traite les violeurs selon la catégorie sociale ou professionnelle », renchérit Constance Nérolel.

La marche initiée par le consortium des associations féminines devrait avoir lieu en 2020, dans le cadre des 16 jours d’activisme. Elle n’a pu être organisée ce 21 juin 2021. D’après les initiatrices, d’autres actions seront menées pour défendre les droits de la femme. « Dès l’instant que j’entends qu’une femme a été violée ou violentée, je reprendrai la lutte », affirme Epiphanie Dionrang. Il faut signaler que quelques hommes sont venus manifester leur soutien à ces marcheuses pour le respect de la dignité de la femme et la Justice.

Christian Allahadjim
Orthom L’Or

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