jeudi 22 octobre 2026

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Sur invitation du président français, Emmanuel Macron, le président du Conseil militaire de transition, Mahamat Idriss Deby, a effectué du 4 au 5 juillet, une première visite d’amitié et de travail à Paris en France. Plusieurs sujets ont été abordés au cours de cette rencontre. Retour sur cette visite avec Ialtchad Presse.

Coopération bilatérale, transition en cours au Tchad et lutte contre le terrorisme dans le Sahel constituent le mobile de la visite d’amitié et de travail du président du Conseil militaire de transition (CMT), Mahamat Idriss Deby Itno à Paris en France.

Dans leur communiqué conjoint, la France a rappelé son attachement à l’intégrité territoriale du Tchad et sa présence aux côtés du peuple tchadien dans cette période sensible.

Le président du CMT, Mahamat Idriss Deby a salué la promesse des efforts financiers que la France va consentir au bénéfice du Tchad. Le président Macron a réitéré son soutien à la transition et annoncé la mise en œuvre, à échéance rapprochée, d’une nouvelle aide budgétaire. Les deux présidents ont appelé à un traitement rapide de la dette tchadienne, au sein du cadre commun de la dette.

M. Macron a précisé les objectifs de la transformation du dispositif militaire français au Sahel. Il a salué le maintien par le Tchad de ses engagements internationaux, en particulier dans le cadre du G5 Sahel. Le président du CMT a salué l’engagement réaffirmé de la France de rester aux côtés des armées sahéliennes pour poursuivre la lutte contre les groupes terroristes, en les accompagnant tant sur le plan bilatéral que dans le cadre d’engagements multilatéraux via les missions PSDC de l’Union européenne et la Task Force Takuba.

Le président du conseil militaire de transition et le président de la République française ont souligné la nécessité de doter la force conjointe du G5 Sahel (FC-G5S) d’un financement pérenne et prévisible. Ils ont aussi réaffirmé leur soutien à la demande des pays du G5 Sahel de passage de cette force sous le chapitre VII (7) de la charte des Nations Unies.

Face à l’expansion de la menace terroriste dans le bassin du Lac Tchad, le président du CMT a souligné l’urgence d’intégrer la problématique sécurité du Lac Tchad dans une approche globale sahélienne. Le président du CMT et le président français ont réaffirmé leur condamnation de l’attaque perpétrée contre le poste-frontière de Sourou en territoire tchadien, non loin de la frontière centrafricaine. Notant l’impact de la crise libyenne sur l’ensemble du Sahel, ils ont appelé à un encadrement du départ de Libye des bandes armées incontrôlées et des mercenaires pour éviter toute déstabilisation des pays voisins.

Il faut noter qu’en marge de cette visite en terre parisienne, le président du CMT, Mahamat Idriss Deby s’est entretenu avec  le ministre français  de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian et une délégation du groupe français SOGEA-SATOM, conduites par son président, Jean-Michel Guelaud. La coopération bilatérale et les différents chantiers exécutés au Tchad par cette entreprise française étaient au menu de cet échange.

Le président du CMT, Mahamat Idriss Deby s’est aussi rendu au siège de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) pour discuter avec la secrétaire générale de l’OIF, Mme Louise Mushikiwabo sur le processus de la transition au Tchad et a sollicité l’appui de cette institution.

Allarassem Djimrangar
Orthom L’Or

Les victimes du régime de l’ancien Président Hissène Habré menacent d’aller camper dans les jours à venir devant la Présidence de la République si le gouvernement ne répond pas à leurs doléances. Ils réclament le paiement de leurs indemnisations estimées à plus 75 milliards de francs CFA. Reportage.

Les femmes victimes du régime de l’ancien président Hissène Habré ne supportent plus qu’on les traîne. Elles menacent de camper à la Place de la Nation si les autorités de transition ne les satisfont pas. La Secrétaire générale (SG) des victimes du régime de Hissein Habré, madame Ginette Ngarbaye, estime que le silence des autorités tchadiennes et de l’Union africaine (UA) est une violation des droits humains. Selon la SG, les indemnisations réclamées ne sont pas une mendicité, c’est un droit. « Nous avons gagné les deux procès de N’Djamena et de Dakar depuis 6 ans et les autorités tardent à nous rétablir dans nos droits. Cela ressemble à de la mauvaise foi », affirme-t-elle. Toujours selon Mme Ngarbaye, il n’y a pas de raisons pour retarder l’indemnisation des victimes qui sont toutes des personnes du troisième âge.

Pour cette dernière, l’état serait en train d’organiser une mort lente et à petit feu des femmes veuves et victimes du régime de l’ancien président Hissène Habré. Cet avis est partagé par la plupart des femmes rencontrées au siège de leur association située au quartier chagoua dans le 7e arrondissement de la ville de N’Djamena. Sarah NDotta, veuve et victime se dit déçue du comportement des autorités tchadiennes. Mme Ndotta s’exprimait avec colère, elle souligne que le comportement des dirigeants actuels lui rappelle les moments douloureux du temps de l’ancien régime Habré.

 Sarah Ndota qui faisait partie des jeunes lycéennes enlevées par les éléments de la DDS explique que «il a fallu plus de 25 ans de lutte pour arriver au bout du tunnel, mais les autorités tchadiennes et l’UA cherchent à confisquer leur victoire ». Ce retard serait la cause de la mort de beaucoup de leurs compagnons de lutte. Toutefois, elle précise que si rien n’est fait, aucune victime ne pourrait recevoir son indemnisation. Pour Mme Fatimé Mahamat Seide Bani, il faut passer à la vitesse supérieure en organisant tous les jours les manifestations. « Nous avons trop patienté, mais les autorités refusent de nous comprendre. La Seule manière de nous faire entendre est de camper tous les jours à la Place de la Nation », déclare la cinquantenaire bien voilée. Fatimé Mahamat Seide Bani, victime  indirecte du régime de l’ancien Président Hissène Habré avait perdu ses parents pendant le règne de plomb du Président Hissène Habré. Elle se dit soulagée par les deux procès, avant de préciser que le manque de volonté du gouvernement est une injure à leur égard. L’indemnisation des victimes du régime de l’ancien Président Hissène Habré est estimée à une somme de 75 milliards de FCFA. 

Hissène Habré, 74 ans, a été condamné le 30 mai 2016 pour « crimes de guerre », « crimes contre l’humanité », « tortures » et « viols » par les Chambres africaines extraordinaires (CAE), créées en vertu d’un accord entre l’UA et le Sénégal, où il s’était réfugié après avoir été renversé en décembre 1990 par le défunt président tchadien Idriss Deby Itno.

Jules Doukoundjé

Les autorités tchadiennes ont refusé de recevoir l’envoyé spécial de l’UA le Sénégalais Ibrahima Fall. Cette décision a provoqué un incident diplomatique. Pour un éclairage de la situation, Ialtchad Presse a rencontré Dr Maoundonodji Gilbert, constitutionnaliste, enseignant chercheur à l’université de Ndjamena.

Suite au refus du Conseil Militaire de Transition (CMT) de recevoir l’envoyé spécial de l’UA qui devait accompagner la transition, le sénégalais Ibrahima Fall, beaucoup s’interrogent sur la bonne foi de la junte au pouvoir. Le processus du dialogue national inclusif qui doit aboutir à des élections libres et transparentes d’ici 18 mois sera-t-il respecté?

Pour l’enseignant chercheur, le Dr Maoundonodji Gilbert, la guéguerre entre le CMT et l’UA n’augure pas bien. L’universitaire estime qu’on ne peut pas dire que le gouvernement n’est pas au courant de la nomination d’un Haut représentant (HR), notant que cela frise même la mauvaise foi. Le constitutionnaliste explique que lors de la mission de la délégation du Conseil de Paix et de sécurité (CPS) de l’UA  à N’Djamena, capitale tchadienne, « à la fin de cette mission, la délégation de l’UA a produit un rapport avec les recommandations qui ont été adoptées par le CPS », indique le Dr Maoundonodji Gilbert. Selon lui, avant l’adoption, le rapport a été soumis aux autorités tchadiennes pour faire leurs observations, soulignant que dans ce rapport, il a été clairement mentionné la nomination d’un haut représentant de l’UA. D’après lui, ce HR sera chargé d’accompagner le processus de transition, de veiller aux respects des mesures prises, puis rendre responsable ceux qui constitueraient les obstacles à la mise en œuvre des recommandations. Toutefois, il précise qu’en plus du HR de l’UA, le président en exercice de l’UA nomme un autre représentant spécial pour renforcer le bureau de liaison.

Le constitutionnaliste estime que le fait que les autorités du CMT disent qu’ils ne sont pas informes est un faux - fuyant.  « Ils se rendent compte que l’encadrement de processus de dialogue inclusif de transition par des acteurs comme l’UA restreint leur marge de manœuvre. Ils ne pourront pas faire tout ce qu’ils veulent », lance-t-il. Le professeur rajoute, « ils font du dilatoire ». Il renchérit que la communauté internationale a été très claire, même si l’UA a fait exception au Tchad par rapport à l’application des dispositions de la charte africaine sur la bonne gouvernance et les élections démocratiques. « Il faudra espérer que le président Macron va réitérer et réaffirmer au Président du CMT que l’équipe de transition est là pour stabiliser la situation et créer les conditions adéquates pour le dialogue national inclusif qui aboutira à des élections libres et transparentes dans un délai de 18 mois », souligne-t-il.

D’après le constitutionnaliste, il faudra utiliser les canaux diplomatiques pour régler cette situation, ajoutant que même si l’on a des signaux négatifs, il ne faut pas que les gens se trompent d’époque. « Il faut que cette situation permette à ce que les Tchadiens fassent véritablement la paix. Il ne faut pas faire dans le dilatoire et jouer avec les Tchadiens. Ce n’est plus l’époque », dit-il.

Jules Doukoundjé

L’Union des syndicats du Tchad (UST) a célébré ce 4 juillet en différé la fête internationale du travail. Occasion pour les travailleurs et travailleuses de faire de doléances au gouvernement, au patronat et aux entreprises privées.

Les travailleurs et travailleuses de l’Union des syndicats du Tchad (UST) recommandent au gouvernement ce qui suit :

  • de respecter strictement les conventions fondamentales de l’organisation internationale du travail ratifiées par le Tchad, et accélérer le processus de ratification des conventions ;
  • de respecter les textes et lois de la République pour une justice saine et équitable entre tous les Tchadiens ;
  • d’octroyer la subvention selon le taux de représentativité des centrales syndicales partant la subvention et autres représentations dans les institutions à gestion tripartite comme l’exige l’article 310 de la loi 38 portant code du travail ;
  • de publier les résultats des élections de délégués du personnel chaque année avec désignation des centrales représentatives conformément au code de travail ;
  • d’accélérer le processus de révision du code de travail ;
  • d’accélérer le processus d’adoption du code de la sécurité sociale des travailleurs ;
  • de rembourser sans condition les indemnités des fonctionnaires imputées injustement par le décret nº687/PR/PM/MFB/2016 du 31 octobre 2016 créant ainsi des crises sociales dans les foyers des travailleurs ;
  • de garantir la protection des leaders syndicaux conformément aux conventions nº87 et 98 de l’OIT ;
  • d’éviter l’affectation des responsables syndicaux sous mandat électif ;
  • de délivrer le passeport diplomatique aux présidents et secrétaires généraux des centrales syndicales et un passeport de service aux autres membres des bureaux exécutifs ;
  • d’attribuer des terrains aux centrales et leurs syndicats affiliés pour la construction de leurs sièges ;
  • de revoir à la hausse l’assistance ou subvention accordée aux centrales en tenant compte de la représentativité ;
  • de régulariser la situation administrative des fonctionnaires de la poste, conformément à l’atelier tenu en mai 2010, relisant le décret 901 dont les résultats sont détenus en souffrance au ministère de la Fonction publique ;
  • de mettre fin aux violations répétitives des locaux de la bourse de travail par les forces de l’ordre ;
  • de cesser immédiatement avec les arrestations systématiques et arbitraires des leaders syndicaux en particulier et de la société civile en général ;
  • de revaloriser les pensions des retraités, les bancariser et les payer mensuellement tout en apurant les arriérés, revaloriser les pensions inférieures au SMIG et aligner les retraités à 115 de point d’indice ;
  • de mettre un terme aux nominations des stagiaires, des agents non expérimentés et ceux étrangers au département et au détriment des fonctionnaires expérimentés et titularisés.

Aux patronats et aux entreprises privées, l’Union des syndicats du Tchad (UST) recommande :

  • d’appliquer dans toutes ses dispositions le décret nº1111 de 2012 dans toutes les entreprises exerçant en République du Tchad ;
  • de déclarer sans complaisance les agents contractuels et décisionnaires à la CNPS ;
  • de cesser avec les licenciements abusifs sous prétexte des raisons économiques ;
  • de s’impliquer effectivement pour la résolution des problèmes de cherté de vie ;
  • d’encourager la création des mutuelles des travailleuses et travailleurs dans toutes les entreprises privées et paraétatiques ;
  • de respecter la législation de travail en vigueur en République du Tchad.

Entre autres parmi leurs revendications de 77 points au gouvernement, figurent la levée de la censure des activités syndicales dans les médias publics, le respect de l’indépendance de la justice, condamner la prise de pouvoir par les armes et la conservation du pouvoir par les armes, la levée de la suspension d’octroi de l’autorisation de formation des agents de l’État, etc.

Allarassem Djimrangar

Les travailleurs et travailleuses de l’Union des syndicats du Tchad ont commémoré ce 4 juillet, à la place de la Nation au quartier Bololo, dans le 2e arrondissement, la fête internationale du travail, placée sous le thème « La Covid-19, les situations socio-économiques et politiques sont les défis des travailleuses et travailleurs du Tchad ». Ialtchad Presse est allé rencontrer le Secrétaire Général de l’UST. Reportage !

Selon le secrétaire général de l’Union des syndicats du Tchad (UST), Gounoug Vaima Gan-faré, la fête internationale du travail le 1er mai 2021, fêtée en différé ce 4 juillet, à la place de la Nation, a été pour les travailleurs et travailleuses une grande réussite malgré quelques déboires observés au début de la cérémonie. Pour lui, ce qui s’est déroulé de la bourse du travail à la place de la nation n’est pas une manifestation. C’est un défilé, dit-il.

D’après lui, chaque année, l’Union des syndicats du Tchad demande la place de la nation pour célébrer la fête internationale du travail, mais le gouvernement trouve toujours des alibis pour les refuser l’endroit. « La place de la nation est un lieu de cérémonie pour tout le monde. Raison pour laquelle nous avons décidé de célébrer cette journée à la place de la nation. Il n’avait pas d’autres calculs sur cet endroit », indique le SG de l’UST.

Gounoung Vaima Gan-faré affirme qu’ils ont décalé la fête du 1er mai 2021 à cause du deuil national du Maréchal Idriss Deby Itno. « Le 20 avril 2021, nous avons déclenché un deuil national de 14 jours. Ce deuil national a pris fin le 4 mai 2021. Donc, nous avons préféré le décaler pour le 4 juillet », précise-t-il.

Toujours selon lui, la fête internationale du travail est l’occasion pour les travailleurs de s’exprimer, de discuter ensemble parce que durant toute l’année, ils sont confinés au bureau et ils ne se côtoient pas. « Nous n’avons pas pu fêter le 1er mai de 2020 à cause de la Covid-19. Mais cette année, nous avons voulu donner l’occasion aux travailleurs et travailleuses de l’UST de s’exprimer, de se défouler à travers cette célébration en différé ».

M. Vaima Gan-faré souligne que chaque année, l’État subventionne cette fête, mais pour cette année, l’UST l’a organisé sur ses propres fonds. « Le message que nous voudrions envoyer à travers cette célébration est de faire comprendre à l’opinion nationale et internationale les conditions de travail et de dénoncer les maux qui minent le milieu syndical. C’est aussi une manière pour l’UST de dire au gouvernement de bien se comporter », dit-il.

Rappelons que lors du défilé des travailleurs, les lauréats des écoles professionnelles appelés diplômés sans emploi se sont joints à la marche. Les forces de l’ordre ne sont pas fait prier pour asperger la foule des marcheurs de gaz lacrymogène. Il y a eu selon les organisateurs 4 blessés et un cas d’évanouissement.

Allarassem Djimrangar

Donc le président du Conseil National de Transition (PCMT) Mahamat Idriss Deby Itno vient d’accorder sa première grande entrevue à l’hebdomadaire Jeune Afrique (JA). Et JA, comme à ses habitudes, a servi au public une entrevue entre polissage d’image, flatteries, glorioles et mise en garde. Bref dans cet échange on apprend une chose : Mahamat Kaka se rebiffe. Prend-il de l’assurance en lui? Cette interrogation est une mauvaise nouvelle pour ses conseillers, ses alliés, les partenaires du pays et les Tchadiens qui aspirent au changement. Pourquoi? 

D’abord en début d’entrevue le PCMT fait le gentil garçon. Il plaide qu’il n’avait pas fait un coup d’État. Qu’il n’a jamais voulu le pouvoir. Qu’il n’a jamais été préparé par son défunt Papa de Maréchal à l’exercice du pouvoir pour lui succéder. Qu’il a été imposé par les généraux. Que le Président de l’Assemblée nationale (PAN) Haroun Kabadi a refusé d’assumer ses responsabilités. C’est pourquoi il a été forcé de devenir président de la transition. Il a aligné les raisons les unes après les autres pour faire étalage de sa bonne foi. Il apprend vite Deby fils. Il en a surpris plus d’un. Surtout ceux qui s’évertuaient, il y a quelques jours, à dire qu’il respectera sa mission de transition. Et qu’il se retirera sans armes ni bagages quelque part dans une caserne désinfectée où il vivra reclus, heureux et inoffensif. Voilà pour le côté cool et gentil du jeune général, président de la transition. 

Ensuite, c’est le méchant militaire ambitieux qui apparaît au fil de l’entrevue. 37 ans. Jeune général, né avec une cuillère d’or dans la bouche. Il a le pouvoir. Il concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Plus que son défunt père. Il n’a plus qu’à égrainer les conditions qui consolideront son maintien au pouvoir. Le pouvoir vient en l’exerçant. C’est pire que l’appétit qui vient en mangeant. Il met les petites conditions dans les grandes. 

Première condition : le délai de 18 mois (non, il ne reste plus que 16 mois) est lié à l’aide des partenaires. Il ne demande pas. Il impose. Une aide qui doit couler à volonté sinon pas de respect de la parole donnée. Par ricochet, pas de transition. Elle s’arrêtera. Lui, Mahamat Kaka sera toujours président. Plus président de la transition, mais président tout court. Président de la République. Il a déjà pris la mesure sans en avoir droit. Et tant pis pour les millions des Tchadiens qui veulent que cela change. Le Général de corps d’armée en a décidé autrement. Le destin du pays, c’est lui. Le pays c’est lui. Après le Maréchal, c’est Maréchal fils. Plus ça change, plus c’est pareil. 

Deuxième condition : Il suggère aux Tchadiens d’être unanime. Cette condition est passée presque inaperçue. In extenso il dit, sans sourciller, « La première est que nous, Tchadiens, soyons capables de nous entendre pour avancer au rythme prévu. ». Le président de la transition réclame-t-il l’unanimité sur la forme et le fond du Forum de dialogue national? Pourquoi l’unanimité ? 

Aussi, le président du CMT s’est inscrit à travers cette entrevue dans la droite ligne de l’ex-régime. Il fait et fera à l’avenir du « Débyisme ». Une méthode qui consiste à promettre monts et merveilles à tous. À accepter toutes les conditions préalables. À donner sa parole dans le seul but d’obtenir un avantage. Et une fois cet avantage acquis, changer de langage. Puis rajouter d’autres conditions verbales pour en rejeter tout à la fin. Tout bloquer. Mahamat Kaka prouve qu’il a bien été préparé pour exercer le pouvoir comme le Maréchal de son vivant. Il a bien été à l’école de l’ancien président. 

Enfin, il vient de déclencher un bras de fer avec l’Union africaine. Le CMT rejette la nomination du Sénégalais Ibrahima Fall comme Haut représentant de l’Union Africaine (UA) pour accompagner la junte au pouvoir. Une transition que l’UA a validé aux mépris de ses principes arguant du « contexte exceptionnel » du pays. Mahamat Kaka a visiblement oublié ce « contexte exceptionnel » qui a fait de lui président de la transition. On a envie de gratifier le jeune chef de la junte d’une tape dans le dos. Et lui souffler à l’oreille « bravo, bien joué ». Bientôt, peut-être, cela sera le cas de tous ceux qui ont joué aux « Échecs » avec le chef militaire. Ils seront bientôt « mat » . Ou comme disent les hockeyeurs canadiens-français, les Kebzabo, Acheikh, Alhabo et bien d’autres alliés de circonstance seront aussi mis en « échec ». S’ils ne le sont pas déjà. Ils expliqueront alors aux Tchadiens pourquoi le si docile jeune président de la transition s’est brusquement rebiffé. 

Bello Bakary Mana

Il est dans la lutte pour l’intégration des diplômés sans emploi depuis huit ans. Il est aujourd’hui le coordinateur du collectif des lauréats des écoles professionnelles en instance d’intégration. Qui est Nanga Thierry, ce leader engagé pour la cause de ses camarades ? Portrait.

Crâne rasé, lunette de vue claire toujours aux yeux, Nanga Thierry préside pour la énième fois la réunion du collectif des lauréats des écoles professionnelles en instance d’intégration. Voix pédagogique, d’un charisme et d’une éloquence remarquables, il coordonne les actions de ce collectif depuis 2019.

Titulaire d’un CAP/CEG obtenu à l’ex ISSED en 2010, Nanga Thierry attend toujours d’être intégré à la Fonction publique, malgré son âge. Il en a 42.  Dès l’année de l’obtention de son diplôme, l’Historien a déposé son dossier au ministère en charge de la Fonction publique. « Logiquement, le lauréat d’une école professionnelle n’a pas besoin de constituer son dossier pour l’intégration. C’est le procès-verbal et l’arrêté d’admission qu’on envoie à la Fonction publique et c’est tout », affirme sur ton posé Nanga Thierry. Malheureusement, dit-il, ce n’est plus le cas. Les lauréats déposent individuellement leurs dossiers. Et lui, il en a déposé jusqu’à six. Ce, à cause de « la négligence des bureaucrates de la Fonction publique qui perdent la trace des dossiers à tout temps », fait-il savoir.

L’intégration tarde à se concrétiser. Pour se prendre en charge, ce père de famille de trois enfants se rabat sur la vacation dans les établissements privés. « Là même c’est du pur esclavagisme », crie-t-il. Selon ses explications, les rémunérations dans ces établissements ne permettent pas de mener une vie digne. « Imagine on te paye 500F l’heure pour plus ou moins dix heures par semaine. À la fin du mois, tu te retrouves avec ce qui te permet de payer juste le loyer », dit-il, ému. Pour lui, dans ces conditions, ce n’est plus une vie, mais « une survie ». Pendant les vacances, il dépose les craies et prend la truelle. Nanga est aussi ouvrier dans le chantier de construction. Pendant cette période morte, il part à la recherche des travaux de construction. « Voilà comment je fais pour nourrir ma famille depuis 2010. C’est ça la vie que je mène », conclut-il, dans un demi-sourire.

En 2013, il s’engage dans la lutte pour l’intégration des diplômés en instance d’intégration. Il dirige un premier bureau. Puis un deuxième. Maintenant il en est à son quatrième. « Au départ c’était pour la cause de tous les diplômés. Mais les camarades se laissaient faire. C’est ainsi que je me suis retiré pour créer un autre collectif pour défendre la cause des lauréats des écoles professionnelles en 2016 », rapporte-t-il.

Dès lors, c’est un sacrifice. Pression sur pression, Thierry tient toujours. Certains de ses camarades de lutte sont intégrés. Mais pas lui. Aujourd’hui il a dépassé l’âge limite pour une intégration régulière. Il lui faut une intégration à titre exceptionnel. « Je suis juste une victime de mon engagement », estime-t-il. Car, soutient-il, les autorités avec lesquelles il était confronté savent qu’il est un « dur à cuir ». Et elles ont décidé de « me brimer », lâche-t-il.

Malgré tout, Nanga Thierry se dit fier du combat qu’il mène. « Grâce aux actions des bureaux que j’ai dirigés, certains camarades sont intégrés. Même si moi je suis toujours écarté, je suis fier », exprime-t-il. Son dernier combat qu’il veut mener s’il arrive à être intégré, c’est de poursuivre l’État en Justice. « Je vais tenter de le faire pour l’injustice qu’il m’a fait subir », laisse-t-il entendre.

Christian Allahadjim

Alors qu’ils ont annoncé la reconduction, probable, de leur grève de faim, les lauréats des écoles professionnelles y ont renoncé au détriment d’autres actions. Reportage.

Dernier jour de grève de faim pour les lauréats des écoles professionnelles en instance d’intégration. Visages tristes, affaiblis, nerveux, les grévistes évaluent ce vendredi 2 juillet, la grève de faim qu’ils ont entamée depuis le 30 juin. « Je sais que c’est dur, mais soyons endurants. Il ne reste que quelques heures », dit Neuzilka Emmanuel, porte-parole du collectif, motivant ses amis grévistes. Tout en annonçant en même temps que cette action ne sera pas reconduite compte tenu du mutisme du gouvernement. « Nous n’allons pas continuer à nous priver de manger et de boire. D’autres actions sont envisagées », prévient-il.  

Dans la présentation faite par le porte-parole du collectif, deux propositions sont sur la table. La première est l’organisation des manifestations sporadiques et spontanées ; la seconde à quitter le pays. Le débat est ouvert. Dans les interventions des uns et des autres, l’idée d’aller manifester mains sur la tête devant la présidence de la République ou à la place de la nation ou encore à la Fonction publique est écartée au détriment des actions dans des arrondissements. « Nous sommes des intellectuels, nous n’allons pas faire la casse », conseille un lauréat. Cependant la base a ajouté un troisième point qui est celui de demander la démission du conseil militaire de transition et son gouvernement lors des actions qui seront menées.

Dans la synthèse présentée par Nanga Thierry, coordonnateur du collectif, un point a été retenu.  « Une action de grande envergure sans précédent sera organisée à l’issue de cette grève de faim jusqu’à satisfaction totale », déclare le patron du collectif. D’après lui, le bureau qu’il dirige n’est plus à mesure de contenir la rage de ses membres à partir de ce jour. « Nous n’avons plus de mot pour les convaincre », argumente-t-il. Cependant, le collectif accorde 48heures au gouvernement pour trouver une solution. Et selon Nanga Thierry, c’est « la signature de leur arrêté d’intégration ».

Toujours selon lui, cette conclusion est le résultat de la mauvaise foi du gouvernement. « Durant tout ce temps que nous avons passé ici, aucun membre du gouvernement n’est venu nous réconforter ni n’a pris attache avec nous », a fait-il savoir. Le coordonnateur du collectif accuse le gouvernement de vouloir résoudre leur situation par la violence : « nous avons en face de nous des inhumains,  des sanguinaires qui n’entendent plus les cris et préfèrent la violence. »

En attendant l’enclenchement de ces actions, le collectif des lauréats des écoles professionnelles en instance d’intégration dit se joindre à toutes les forces vives de la nation pour libérer le Tchad, quel que soit le prix à payer.

En rappel, le jeudi 24 juin, les lauréats des écoles professionnelles (ENIB, ISSED, ENS) en instance d’intégration depuis une décennie ont tenté de quitter le pays en masse. Leur action a été vouée à l’échec avec l’intervention des forces de l’ordre qui les ont dispersés à coup de grenade lacrymogène. Le 30 juin, ils ont changé de stratégie pour entrer en grève de faim de trois jours. La grève est terminée au soir de vendredi 2 juillet. Elle n’a pas fait de victime. « Mais beaucoup ont de problème de maux de ventre », soutient Nanga Thierry.

Christian Allahadjim

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