La plupart des jeunes tchadiens accros à l’Internet et aux Réseaux sociaux (RS). Certains s’en servent pour se distraire, mais d’autres pour se former. C’est le cas du jeune Komengdi Richard qui s’est inspiré d’une vidéo sur YouTube pour devenir un fabricant des sacs en pagne. Reportage.
Quartier Atrone dans le 7e arrondissement de N’Djamena capitale tchadienne. Il est 16h, ce vendredi 16 juillet. Sous une fine pluie, on se renseigne et nous voilà enfin arrivés chez Richi Dior de son vrai nom Komengdi Richard. Il est étudiant en sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (STIC). Il suit aussi une formation de Mannequinat a l’agence APHODITE-Tchad Management. Un petit bonjour suffit pour émousser la convivialité. Curieux, nous rencontrons le jeune fabricant en pleine action. Au tour de lui, ses matériels de travail sont bien disposés. Il s’agit entre autres, des tissus de pagnes, des éponges, une bande de caoutchouc, ciseaux, l’aiguille, la dentelle, etc. Mais que fabriquez-vous? Richi Dior répond, « des sacs à base de pagne. »
Différents modèles sont proposés et confectionnés selon la commande. Contrairement à certains jeunes pour qui l’Internet et les réseaux sociaux constituent un moyen de distraction, Komengdi Richard s’en est servi comme une source d’inspiration. « Je regardais les vidéos sur YouTube je suis tombé sur une vidéo qui montrait comment fabriquer un sac à base de pagne. Toute de suite cela m’a plu et je m’en suis inspirée pour créer mes propres modèles », confie-t-il.
Pour fabriquer ses sacs, Richi Dior consacre 1 à 2 heures de temps. Malgré son temps partagé entre ses études universitaires et sa formation de Mannequinat, il s’arrange à disposer ce petit temps à son activité. Ce qui lui permet de fabriquer au moins un sac par jour. Beaucoup plus développer en Afrique de l’Ouest, la mode de sac en pagne est aussi visible désormais au Tchad. Les femmes et les jeunes filles, toutes s’arrachent ses modèles de sac. Pour lui le Tchad doit cesser d’importer les objets extérieurs et plutôt valoriser l’œuvre de ses artistes afin de développer les modes « Made in Tchad ».
Les pagnes attachés bout à bout pour cueillir ou ramasser les fruits sauvages couper les légumes à défaut de sacs dans la nuit de temps ne sont dorénavant que des souvenirs lointains, dit-il.
Les prix des sacs du jeune entrepreneur varient entre 2000 et 4000 FCFA selon les modèles. Pour la clientèle, le port massif de ces objets en pagne s’explique par le goût à la mode, la valorisation de l’art africain et plus spécifiquement tchadien. Selon toujours les clients, les sacs sont très jolis et le prix est abordable. « Quand c’est un ensemble avec les chaussures, les bracelets, les colliers ou avec l’habille et les boucles d’oreilles, cela va très bien », affirment-ils.
Les sacs en pagne made in Tchad fabriqué par Richi Dior n’aiguisent pas seulement le goût féminin, mais les hommes aussi. La demande semble supérieure à l’offre à moins d’une année d’activité. Richi Dior compte développer ses activités après ses études. Mais pour l’instant le métier nourrit son homme.
Koumassen Juste
La flambée de prix des denrées de première nécessité rend difficile les préparatifs de la fête de Tabaski. Beaucoup de fidèles musulmans modestes ne savent comment faire pour stopper la flambée des prix. Ils appellent les autorités à l’aide. Reportage.
A quelques jours de la fête de Tabaski, des populations se plaignent de la flambée de prix des denrées de première nécessité. On constate un manque d’engouement dans presque tous les marchés de la commune de N’Djamena, capitale tchadienne. Chaque année, à l’approche de la fête de Tabaski, les marchés se bondaient. Les marchandises étaient exposées çà et là, mais ils sont difficiles à aborder. Et les clients font de va-et-vient. Cette année, à cause de la flambée du prix, les préparatifs de la fête de Tabaski sont moroses. Pour cette dame rencontrée au marché Dembé, dans le 7e arrondissement, qui s’exprime sous couvert de l’anonymat, la situation est critique. Selon elle, ce n’est pas comme les années précédentes, tout a changé, on dirait qu’on n’est pas à N’Djamena. « Je suis deuxième femme, mon mari m’a donné 50.000 F CFA pour acheter les ingrédients de la cuisine, mais je suis surprise, je ne sais que faire. Les commerçants ont presque doublé les prix des ingrédients », se lamente cette jeune dame voilée. Selon elle, les années précédentes, avec 25.000 F CFA, l’on peut acheter de denrées, mais cette année, même avec 50.000 en main, elle ne peut rien faire.
Halimé Zara, vendeuse des bijoux au marché d’Abenna depuis 10 ans. Elle dit n’avoir jamais vécu cette situation. « Avant, nous, nous frottions les mains à l’approche de la fête de Tabaski, mais jusque-là, aucune femme ne s’est approchée de nous pour demander le prix des bijoux », se lamente-t-elle. Pour cette année dit-elle, les préparatifs de la fête de Tabaski semblent durs, surtout pour certaines familles modestes. Pour le gardien du centre social N°7, situé dans le 7e arrondissement, Moussa Barka, il faut attendre un miracle d’Allah, sinon les personnes âgées et démunies ne vont pas faire le rituel de sacrifice de mouton. Raison : l’augmentation de prix des marchandises. Selon M. Barka, père de 7 enfants si les autorités, ne viennent pas en aide aux familles beaucoup de fidèles musulmans, surtout les moins nantis ne vont pas bien fêter la Tabaski.
Pour soulager, les populations, certains couturiers installés à la rue de la grande mosquée Roi Fayçal, lancent une opération dénommée « opération coup de cœur ». Cette opération faut-il le préciser, a pour but de baisser le prix des frais de couture. « Chaque année, à l’approche de la fête de Tabaski, nous étions envahis par les clients, mais cette année, ce n’est pas le cas. A moins d’une semaine de la fête, les commandes se font rares », constatent-ils. Selon eux, cette opération va aussi permettre à certains qui n’ont pas de moyens de déposer leurs tissus.
Toutefois, les commerçants rencontrés dans certains marchés tentent de justifier la hausse du prix des denrées de première nécessité. Hassan Ali, commerçant, affirme que c’est un phénomène qui est général. Il rajoute que, ce sont les importateurs et les grossistes qui sont à l’origine de la flambée des prix. Les détaillants sont contraints de suivre le système. « Si le grossiste augmente le prix, le commerçant détaillant est obligé d’en rajouter, sinon, il n’a pas de bénéfice », précise M. Hassan Ali.
Au marché de Mouton de Karcandjié
Au marché karcandjié, un marché de mouton situé non loin du gouvernorat de N’Djamena, il y a de moutons à la bourse de toutes les couches sociales, du modeste au plus riche. Les prix varient de 35.000 pour les moutons moyens et 75.000F CFA pour les gros moutons. Malgré les prix relativement accessibles, les clients sont rares. Pour Mahamat Salleh, vendeur de moutons, les clients ne se bousculent pas. C’est inquiétant pour les vendeurs. Selon lui, les temps sont durs. « Avant, nous vendons les moutons à vil prix à l’approche de la fête de Tabaski, de nos jours les prix ont grimpé et c’est indépendamment de notre volonté », dit-il. Il précise que, ce qui handicape le commerce de moutons, c’est leur alimentation. C’est cela qui coute cher.
La fête de Tabaski, appelée communément fête de moutons est prévu pour le 20 ou le 21 juillet prochain. Les fidèles ont encore quelques jours devant eux pour préparer cette fête qui est l’une de grandes fêtes du calendrier musulman.
Jules Doukoundjé
Le secrétaire général de la Convention tchadienne pour la défense des droits de l’homme (CTDDH), Mahamat Nour Ibedou, a été entendu hier par la Police judiciaire sur plainte déposée par le ministère de la Sécurité publique.
C’est pour la énième fois que le secrétaire général de la Convention tchadienne pour la défense des droits de l’homme (CTDDH), Mahamat Nour Ibedou fait face à des ennuis judiciaires. Dans la journée du jeudi 15 juillet, il a été auditionné pendant de longues heures par la coordination de la Police judiciaire. Motif, diffamation. Et c’est le ministère de la Sécurité publique qui s’en est plaint.
Ce vendredi 16 juillet, c’est un Mahamat Nour Ibedou, posé et confiant qui nous reçoit. D’après lui, l’origine de ce énième ennui dont il fait face remonte à un entretien qu’il a accordé à la chaîne de télévision Tchad24 début juin. « Nous avions dénoncé les conditions de détention des prisonniers à la maison d’arrêt de Klessoum et nous avions mis l’accent sur celles des rebelles du FACT », a-t-il fait savoir. Mais les propos qui lui portent préjudice sont ceux qui évoquent la mort de deux chefs rebelles. « Nous avions établi formellement que cinq chefs rebelles ont été exfiltrés du groupe pour être gardés dans le secret. Et deux d’eux sont morts », rapporte le défenseur des droits de l’Homme. À l’audition, il lui a été demandé d’apporter les preuves. « Je leur ai dit non, je ne peux pas dévoiler mes sources. Si le ministère concerné pense que j’ai menti, il n’a qu’à prouver qu’ils soient vivants », répond-il.
Après l’audition, le secrétaire général de la CTDDH est reparti libre chez lui. L’affaire sera transmise au parquet. Quitte au procureur de la République d’en décider de la suite à donner. Mais pour Mahamat Nour Ibedou, c’est un acharnement contre sa personne. « C’est clair que c’est un acharnement. Si le lundi je suis placé sous mandat de dépôt, cela sera pour la 11e fois. Alors que voulez-vous que je dise ? », s’interroge-t-il. Pour lui, c’est une manière de casser la dynamique des futures marches. « C’est pour nous éviter de nous préparer pour organiser une autre marche qu’ils ont sorti ce dossier. Ils sont des spécialistes en matière de casser la dynamique », accuse-t-il. Mais Mahamat Nour Ibedou affirme que tout cela ne va pas affecter sa détermination à dénoncer les violations des droits de l’homme.
Christian Allahadjim
Depuis le déclenchement du recensement des retraités du Tchad par l’Inspection générale d’État (IGE), les retraités sont remontés. Pour eux, ce recensement n’est pas digne de nom et que l’IGE doit plier bagage. Le porte-parole du comité ad hoc des retraités du Tchad s’exprime sur cette situation. Reportage.
Selon le porte-parole du comité ad hoc des retraités du Tchad, Alladoumgar Tédengarti, le 8 mars 2021, le comité ad hoc des retraités du Tchad a essayé d’aiguiller les responsables de la Caisse nationale des retraités du Tchad (CNRT) pour qu’ils puissent payer régulièrement les pensions des retraités, mais malheureusement, cela a été interrompu par des situations administratives, notamment la suspension de l’ancien directeur, la nomination du nouveau directeur général, du directeur adjoint et de l’agent comptable. Tout ça a servi de subterfuge pour ignorer le payement des retraités jusqu’aujourd’hui, dit-il. « On dit que comparaison n’est pas raison, mais il y a une similitude entre la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), qui s’occupe du payement des retraités privés. La CNPS ne rencontre pas de problèmes parce qu’elle est prévoyante et sociale », explique Alladoumngar Tédengarti. Pour lui, le patronat qui est composé des sociétés, des entreprises respectent le versement de la part patronale et le versement de la part salariale régulièrement à la CNPS.
C’est pourquoi la CNPS n’a pas de problème. « Au niveau de la Caisse nationale des retraités du Tchad, on a de problème parce que notre patron, c’est le gouvernement, le ministère de finance, le trésor public, les banques. Et ces gens-là ont prestement torturé les retraités du Tchad. Comment on peut comprendre que les parts patronales sont versées chaque fin de mois, les parts salariales sont aussi versées chaque fin de mois et que la caisse des retraités soit vide », se demande le porte-parole du comité ad hoc des retraités du Tchad.
D’après lui, le problème des retraités n’est pas un problème où il faut casser la tête des retraités. « Un retraité est un retraité. Un ayant droit est un ayant droit. Un orphelin est un orphelin. C’est des situations où on doit examiner en conseil d’administration, au début et à la fin de chaque année. Si l’IGE veut faire un contrôle, il faut qu’elle le fasse au début ou à la fin de l’année, mais pas en plein milieu de l’année pour perturber les retraités », sollicite Alladoumngar Tédengarti.
Il indique qu’en cette période, l’IGE va dans les provinces pendant que certains retraités sont aux champs entrain de cultiver et comme l’Inspection générale d’Etat est passée en leur absence, ces retraités sont obligés de le suivre jusqu’à N’Djamena. « L’IGE devrait rendre service aux retraités en les écoutants et après les recenser s’ils ont besoin d’être recensés. Nous n’avons pas le problème avec l’IGE, mais il faut qu’on fasse des services qui puissent rendre service aux retraités et non des services qui vont perturber des retraités, qui souffrent déjà amèrement », déplore le porte-parole.
Alladoumngar Tédengarti propose à l’IGE de faire plutôt un contrôle de paye. « L’Inspection générale d’État doit attendre au moment de la paye pour vérifier si le retraité est en règle ou pas. S’il est en règle, il passe à la caisse pour retirer son argent. Comme ça, on aura recensé tout le monde et on aura également décelé les magouilles qui se font au niveau de la CRNT », suggère-t-il.
Blocus du problème des retraités
Le porte-parole du comité ad hoc des retraités du Tchad, de poursuivre que le problème du payement de la pension des retraités est au niveau du ministère de finances, du trésor public, des banques. Le décaissement, précise-t-il, est un problème. Et c’est depuis le mois de mars qu’ils sont en train de crier pour qu’on paye leur pension, mais jusque-là il n’y a rien. « On ne comprend pas pourquoi ils ont créé la caisse nationale des retraités. On aurait pu laisser ce service des retraités au niveau du trésor public et les retraités allaient se faire payer au trésor public », regrette-t-il.
Il interpelle le président du Conseil militaire de transition, le Premier ministre de la transition, le ministre de la Fonction publique, le ministre des Finances, le trésor public de tout faire pour que les versements soient réguliers et ininterrompues.
Allarassem Djimrangar
Orthom L’Or
Réunis en Assemblée générale (AG) ce vendredi, les opérateurs économiques menacent de paralyser la ville de N’Djamena à partir du 27 au 29 juillet. Ils protestent contre les nouvelles règles que la direction de la Douane a établies.
Leur AG prévue ce vendredi 16 juillet n’allait pas avoir lieu. En cause, la Police a investi les lieux et empêché systématiquement les membres des différentes corporations des opérateurs économiques. Finalement, ils ont été autorisés à se réunir vers la fin de la soirée.
À l’ordre du jour de cette rencontre, l’évaluation des 3 jours de préavis de grève et d’autres points de revendication. D’après le porte-parole de la plateforme des différents syndicats des opérateurs économiques, Moustapha Wano, rien n’a bougé quant à leurs revendications. « Au lieu de négocier, les autorités préfèrent nous intimider. Le président de la Chambre de commerce a, lui par exemple, décidé d’entrer en guerre contre nous », a fait-il savoir. Mais les opérateurs économiques n’entendent pas se laisser faire. « C’est nous les vrais patrons. C’est nous qui contribuons énormément aux recettes de l’État », commente le porte-parole de la plateforme. Comme résolution, les opérateurs économiques menacent de paralyser la ville de N’Djamena. « Nous accordons une semaine aux autorités pour accéder à nos doléances. Sinon nous allons appeler à une ville morte du 27 au 29 juillet », prévient Moustapha Wano. Le porte-parole de suggérer même à ses collègues de quitter le pays si les conditions d’un bon climat d’affaires ne sont pas garanties par les autorités.
Depuis le début juillet, un bras de fer oppose la direction de la Douane aux opérateurs économiques. En cause, de nouvelles règles prises par les autorités pour réglementer l’accès aux entrepôts de la Douane de Ngueli. Il est exigé des badges pour des commissionnaires agréés en Douane pour éviter des encombrements dans les locaux de la Douane. Selon le directeur général de la Douane, Abdélkerim Charfadine, cette mesure est conforme aux exigences de la CEMAC. Mais les opérateurs économiques n’entendent pas de cette oreille et accusent le directeur de la douane de pratiques tendant à faire traîner les affaires. « Le DG nous bloque dans la procédure de dédouanement en nous sortant les histoires de badge », crie la plateforme.
Déjà avec ce blocus qui perdure aux entrepôts de la douane à Ngueli, la population paye les pots cassés. Les prix ont grimpé d’un cran. Et les ménages commencent par crier « cherté de vie ». Si cette crise doit perdurer, les ménages seront d’ici peu à bout.
Le Premier ministre de transition, Pahimi Padacké Albert, a fait, le 13 juillet, une communication relative au futur Dialogue National Inclusif (DNI). Le politologue Évariste Ngarlem Toldé décrypte le message de cette sortie médiatique.
Selon le politologue, Dr Évariste Ngarlem Toldé, dans la communication du Premier ministre de transition, il a trois remarques à faire.
Première remarque. Pahimi Padacké Albert a dit que le dialogue national inclusif est la meilleure voie, sinon la seule voie pour terminer la transition en cours. Pour lui, ce DNI qu’il préfère appeler conférence nationale souveraine dont parle le PM ne peut pas être la fin de la transition. La période de transition ne commencera qu’avec la conférence nationale souveraine ou le dialogue national inclusif, dit-il.
Deuxième remarque. Le PM demande aux forces vives d’envoyer la liste de leurs représentants pour constituer le comité d’organisation. Mais le politologue s’interroge, « c’est de quelles forces vives parle le Premier ministre de transition ? Ce sont les forces vives de N’Djaména ou de l’ensemble du territoire national ? Et quels sont les moyens qui sont mis à la disposition de ces forces vives de s’organiser ou de se rencontrer ? Comment les syndicats, les leaders religieux, la société civile, les partis politiques, etc. peuvent-ils désigner leurs représentants sur l’ensemble du territoire en moins de 2 semaines. Et quels sont les mécanismes qui sont prévus pour que cela soit possible dans un laps de temps ». Sur le temps accordé pour la mise en place du comité, le politologue estime qu’il est insuffisant. « Les 15 jours donnés aux forces vives de la nation, les partis politiques, les leaders religieux pour envoyer la liste de leurs représentants sont insuffisants. Le Tchad compte combien d’associations, de partis politiques, de syndicats. Ce n’est pas facile de dire, mais c’est difficile de le faire. Car, on n’a pas de moyens », déclare Dr Évariste Ngarlem Toldé.
Troisième remarque. Le Tchad a une période de transition de 18 mois. D’après lui, les choses devront commencer par le dialogue national inclusif. « Voilà que nous avons écoulé trois mois, et c’est maintenant qu’on met en place un comité d’organisation, on demande aux gens de s’organiser. Tout cela fait que les Tchadiens ne se retrouvent pas dans cette préparation. Car c’est de cette préparation que dépendra la réussite de la tenue de cette conférence nationale souveraine ou de ce dialogue national inclusif », affirme l’ex-journaliste.
Le politologue soutient qu’on ne peut pas aller dans un dialogue national inclusif tant que la Charte de transition n’est pas amendée. Il souligne que la démarche qu’entreprend le gouvernement de transition ne peut pas aboutir à un vrai dialogue puisqu’il n’y avait pas eu au préalable de concertation, de consensus. Pour Dr Évariste Ngarlem Toldé, le gouvernement de transition devrait d’abord trouver un facilitateur. C’est le facilitateur qui essayera de préparer la conscience des parties, consolider les uns et les autres, suggère-t-il. « Quand vous voyez ce qui se passe, vous avez la rage. C’est ce qui se pousse les uns et les autres à se révolter. Et par rapport à cette situation, je peux dire que la réaction de la coordination des actions citoyennes Wakit Tama est légitime. Car, on ne concerte pas les gens et on veut leur imposer les choses », constate-t-il.
Il conseille au gouvernement de transition de considérer la coordination des actions citoyennes Wakit Tama comme un partenaire. « Si on le considérait comme un partenaire, peut-être que cette coordination pourra accompagner la transition en place à trouver les moyens pour l’organisation de ce dialogue national, à l’aider dans ses démarches », conclut-il.
Allarassem Djimrangar
Koumassen Juste
Les femmes balayeuses des grandes artères de la ville de N’Djamena rencontrent d’énormes difficultés dans l’exercice de leur métier. Elles appellent les autorités communales de les doter de matériels de qualité pour mener à bien leur travail. Elles demandent aussi aux usagers de routes de respecter leur travail. Reportage.
Vêtues des gilets roses, inscrits sur le dossard « N’Djamena Nadif » qui signifie en arabe local N’Djamena propre. Ces femmes menues de râteaux, des balais, des pelles et des brouettes, bravent chaque jour un soleil de plomb de la capitale tchadienne pour rendre propres les grandes artères des 10 arrondissements de la ville. Souvent inconsidérées, ces braves dames âgées de 25 à 56 ans font l’objet des injures et de mépris des motocyclistes et des automobilistes. Pour la chef d’équipe des femmes balayeuses de la commune du 3e arrondissement, Mme Rachel Meldé Nansangar, le travail de nettoyage des rues est un travail risqué, mais n’est pas respecté par les usagers. « Nous, nous levons à 6h du matin pour nettoyer les rues jusqu’à 12 h. notre tâche, c’est de rendre les rues de notre capitale propre, mais on ne nous aide pas à faire correctement notre travail », dit-elle. Cette veuve qui élève seule ses 5 enfants, affirme que ce n’est pas un travail facile, mais il faut s’accrocher. Selon elle, beaucoup de femmes qui font ce boulot le font par contrainte, parce qu’elles n’ont pas d’autre choix. Elle évoque aussi le cas des accidents dont les femmes balayeuses sont souvent victimes. « Nous travaillons pour la commune du 3e arrondissement depuis 2013, et depuis ce temps beaucoup des nôtres ont été victimes des accidents de circulations », explique Mme Rachel. Selon elle, les autorités communales devraient sensibiliser les usagers des voies publiques à respecter les femmes balayeuses des rues de la capitale.
À propos des équipements et des matériels de travail, les femmes balayeuses de la commune du 3e arrondissement demandent d’être dotées de matériels de qualités. Elles ajoutent que les balais ne sont pas de bonnes qualités et souhaitent que la mairie les dote des gants et des bottes pour se protéger contre les éventuelles infections. Toutefois, les femmes balayeuses vivent d’autres situations. Selon leur chef d’équipe qui s’exprime sous l’anonymat, les balayeuses du 6e arrondissement ont un manque criant du matériel de travail. « Nous avons plusieurs fois exprimé les besoins des matériels pour bien faire notre travail, mais les autorités de notre commune nous traînent de rendez-vous en rendez-vous. Nous sommes manqués de tout, pas assez de brouettes et de pelles-bêches, pas de gants et de panneaux de signalisation pour nous protéger contre les automobilistes », remarque la chef d’équipe. Pour ce qui concerne les salaires, elle souligne que « ce qui est aberrant, nous n’avons pas un salaire fixe, tantôt, on nous paye 55.000F CFCA, tantôt 60.000 F CFA ».
Pour avoir le cœur net, ces dames se sont approchées des autorités de leur commune pour des explications sur leur salaire, mais en vain. Le nettoyage des voies publiques est considéré par beaucoup de Tchadiens comme un sot métier et surtout celles et ceux qui s’y adonnent sont mal vus. Pour les rares hommes qui font ce travail avec les femmes, c’est n’est pas facile. Dans la société tchadienne, voir un homme se mettre à côté d’une femme pour balayer est considéré comme une bassesse. « Je suis un infographiste de formation, j’ai obtenu mon BTS en infographie depuis 2015, j’ai cherché du travail, mais en vain et c’est ma cousine qui m’a proposé de déposer mes dossiers pour être balayeur », déclare Mbïro Joël. M. Mbaïro note qu’au début, ça n’a pas été facile pour lui d’être le seul homme parmi des femmes, mais avec le temps, il a fini par s’adapter. Toutefois, il conseille aux Tchadiens de considérer ces femmes et hommes qui se battent tous les matins avec abnégation pour rendre propres et belles les rues. En s’adressant aux autorités communales, ce dernier appelle celles-ci à réprimer certains usagers des voies publiques, surtout les motocyclistes qui sont à l’origine de beaucoup d’accidents. Sur la question de rémunération, les femmes balayeuses affirment d’une manière unanime que leurs salaires varient de 55.000 à 61.000 F CFA. Pour le recrutement, les autorités communales font une enquête auprès des délégués et des chefs de quartiers. L’administration communale s’intéresse particulièrement aux femmes veuves démunies, des filles mères et quelquefois les chômeurs.
Jules Doukoundjé
Il existe peu d’autres régions du monde où l’Italie a renforcé sa présence de manière aussi intensive que ces dernières années au Sahel. La récente nomination d’Emanuela Del Re en tant que nouveau représentant spécial de l’UE pour le Sahel, première femme et première italienne à occuper cette fonction prestigieuse, représente une importante reconnaissance à ce propos.
L’Afrique et la Méditerranée élargie sont au centre de notre politique extérieure et sont à la base de notre engagement dans le Sahel. Nous sommes, en effet, convaincus qu’il existe une interdépendance étroite entre la stabilité de la région et la sécurité de toute l’Europe, une interdépendance qui ne peut que s’accroître face aux défis communs que représentent la menace djihadiste, les changements climatiques et les pandémies. D’un point de vue économique, il existe une marge énorme pour une coopération renforcée et mutuellement avantageuse.
L’Italie a construit sa présence dans la région en suivant une approche multidimensionnelle, en misant sur l’intensification du dialogue politique, l’augmentation de sa contribution à la sécurité, le renforcement des institutions étatiques et le développement durable.
La pierre angulaire de cet effort est avant tout le renforcement de notre réseau diplomatique. Au cours des quatre dernières années, nous avons ouvert de nouvelles ambassades au Niger et au Burkina Faso, auxquelles s’ajouteront, dès que les conditions politiques et de sécurité le permettront, le Mali et le Tchad. En 2018, nous avons entamé notre première mission de formation et d’assistance militaire au Niger (MISIN), en vue de former environ cinq mille membres des forces armées nigériennes pour lutter contre le terrorisme et contrôler les frontières. Lors de ma récente mission à Niamey, les autorités nigériennes ont démontré qu’elles appréciaient beaucoup cette initiative et nous ont demandé de la renforcer.
L’Italie participe activement à toutes les missions européennes d’instruction, de formation et de développement dans la région - EUTM et EUCAP - et à la mission de maintien de la paix des Nations Unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA). Depuis l’année dernière, notre pays est également devenu membre de la Coalition pour le Sahel, un organisme international dont l'objectif est de renforcer la coordination entre les activités des nombreux partenaires internationaux au profit des pays du G5 Sahel (Mauritanie, Niger, Mali, Burkina Faso et Tchad). Dans ce contexte, nous avons également décidé, de concert avec le Ministre de la Défense, Lorenzo Guerini, de contribuer à la Task Force Takuba, la mission spéciale européenne qui soutient les forces de sécurité locales dans la lutte contre le terrorisme.
Afin de concrétiser davantage notre présence, nous avons ensuite créé le Fonds pour les migrations qui, depuis 2017, finance des projets d’aide aux réfugiés, des activités de rapatriement volontaire, le contrôle des frontières et la lutte contre les motifs profonds des migrations, et dans lequel 110 millions d’euros ont été versés en faveur de la région. Le Fonds pour les migrations s’est ensuite avéré particulièrement efficace pour aider à gérer le phénomène migratoire et soutenir les institutions et les communautés locales.
Parallèlement à cet instrument, se poursuit l’action traditionnelle et continuelle de la Coopération italienne qui, en étroite collaboration avec les autorités locales, travaille sans relâche en faveur d’une croissance économique inclusive et durable dans toute la région, avec un engagement total qui s’élève actuellement à environ 150 millions d'euros.
Notre pays se trouve également au premier plan en ce qui concerne la promotion de la centralité du Sahel au niveau multilatéral. Lors de la réunion ministérielle des pays membres de la coalition anti-Daesh, que j’ai coprésidée à Rome le 28 juin avec le secrétaire d’État américain Antony Blinken, nous avons proposé de constituer un groupe de travail ou une plateforme consacré aux situations de crises en Afrique, en particulier en Sahel et au Mozambique.
Lors du G20 de Matera, nous avons également voulu consacrer la réunion des ministres des affaires étrangères et du développement aux défis de l’Afrique et du Sahel. La “Déclaration de Matera” sur la sécurité alimentaire, la nutrition et les systèmes alimentaires représente un “appel à l'action” pour l’ensemble de la communauté internationale, basé sur deux principes politiques fondamentaux: le maintien de la sécurité alimentaire et de la nutrition parmi les priorités de l’agenda politique international et la concentration des efforts sur les politiques et les investissements qui produiront des effets stables également à moyen et long terme. Cela est particulièrement valable pour le continent africain et pour le Sahel, où les implications sanitaires et financières du Covid sont préoccupantes. Nous sommes convaincus que le G20 a le devoir d’aider le continent africain à sortir de cette période difficile et à retrouver une croissance soutenue et, surtout, durable. Nous devons agir ensemble pour libérer l'énorme potentiel de croissance de l'Afrique, parce que toutes les améliorations apportées aux conditions de vie des populations et à la lutte contre la pauvreté, entraîneront des conséquences positives immédiates des deux côtés de la Méditerranée et, plus globalement, sur toute la planète.
Nous aborderons à nouveau ces thèmes au début du mois d’octobre, lorsque nous accueillerons à Rome “Rencontres avec l’Afrique”, une réunion ministérielle consacrée à la transition écologique et énergétique dans le cadre de la coprésidence italienne de la COP26. Des thèmes décisifs pour le futur du continent africain et qui exigent de recevoir une réponse commune, basée sur les valeurs d’un multilatéralisme efficace pour lequel l’Italie joue, cette année, un rôle de premier plan.
Notre propension géopolitique et la conscience du rôle que nous pouvons jouer, démontrent clairement que l’Italie est un train d’effectuer un investissement stratégique à moyen et long terme au Sahel. Nous continuerons à être à vos côtés, tant sur le plan bilatéral que dans les grandes assemblées internationales, afin d’assurer un futur stable, un développement durable et une augmentation du bien-être au sein de cette merveilleuse région.
Luigi Di Maio
Ministre des Affaires Étrangères de la République Italienne







