Les magistrats suspendent pour une durée de 3 semaines leur grève illimitée lancée, le 28 juin dernier. La décision est prise hier vendredi 09 juillet à l’issue d’une Assemblée générale (AG) évaluative au palais de Justice de N’Djamena.
« Il y a un début d’exécution par les autorités par rapport à nos revendications. L’AG a décidé de suspendre la grève pour 3 semaines à condition de s’assurer que nos points de revendications soient satisfaits totalement », a déclaré Moussa Wadé Djibrine, président du Syndicat des Magistrats du Tchad.
Taoka Bruno, président du Syndicat autonome des Magistrats du Tchad(SAMT), ne dit pas le contraire. Pour renchérit ce qu’a dit son collègue, en précisant que c’est une décision unanime prise au cours de leur Assemblée générale. Selon lui, d’ici vendredi prochain, ils vont encore se rencontrer pour une autre évaluation. « Nos revendications ont eu de satisfaction donc nous ne pouvons maintenir la grève », dit-il.
Concernant les débuts de satisfaction de leurs récriminations, Taoka Bruno cite quelques exemples. Il s’agit entre autres : du renforcement de l’effectif des gendarmes en protection dans chaque tribunal, la poursuite de la ministre de l’urbanisme, dossier déjà entre les mains de la police judiciaire, et qui sera publié la semaine prochaine, la procédure de la poursuite des éléments de la police qui ont outragé les magistrats, est en cours, une enquête sur le meurtre du procureur de la République d’Oum-Hadjar en cours pour situer les responsabilités.
Rappelons que les magistrats dans leur première AG dénonçaient, l’insécurité en milieux judiciaires, la confiscation de procédure judiciaire par la ministre de l’Urbanisme et l’outrage aux magistrats par les éléments de la police nationale. Cette grève a eu beaucoup de répercussions sur le fonctionnement quotidien de la justice et des dossiers en instance de jugement. Les citoyens sont privés de casiers judiciaires, pas d’auditions des personnes gardées à vue, pas de procès. La Justice est une chaîne, cette grève a perturbé sérieusement les activités notamment celles des avocats, des huissiers voire des notaires.
Le groupe de réflexion et d’action (GRA) pour l’appel du 1er juin a fait un point de presse jeudi 8 juillet sur l’urgente nécessité d’un redressement du processus de transition au Tchad.
L’Appel du 1er juin 2021 à un double objectif dit le communiqué. Il s’agit d’abord de favoriser une transition apaisée conduisant à des élections libres, transparentes et démocratiques, qui permettront enfin aux Tchadiens de choisir librement les dirigeants de leur pays. Ensuite, de contribuer à l’instauration d’une vraie paix et d’une vraie stabilité afin de trouver le chemin de la prospérité.
Selon le président du GRA-Appel, « il faut une conférence nationale souveraine et inclusive où toutes les forces vives de la société tchadienne, sans exclusion, se retrouvent pour dialoguer au cours de celle-ci et décider ensemble de leur avenir, dans le cadre d’une légitimité consensuelle.... »
M. Bedoumra Kordjé affirme, « la voie actuellement choisie par le Conseil Militaire de Transition (CMT), de nommer seul les membres du Conseil National de Transition (CNT) et les membres du Comité chargé de conduire le dialogue national, n’est pas une solution qui peut ramener la paix au Tchad ». D’après lui « L’actuel Gouvernement dont les membres sont nommés et révocable par la seule volonté du Président du CMT ne dispose d’aucune marge de manœuvre pour faire des propositions contraires à la volonté du Président du CMT. Il en sera de même du CNT en gestation qui ne pourra que favoriser l’élaboration et l’adoption d’une constitution et des lois électorales taillées sur mesure, pouvant alors permettre l’organisation des élections frauduleuses aux résultats connus d’avance ».
L’ex-ministre Bedoumra Kordjé soutient qu’ après des décennies de gabegie, de népotisme, de clanisme et d’injustice, le peuple tchadien ne veut plus de cette démocratie de façade et n’acceptera plus les tripatouillages électoraux. « Le dialogue tel que voulu par le CMT que l’on se prépare à servir par la force aux Tchadiens ne sera inclusif que de nom, et certainement pas souverain. Ce qui se dessine est un remake des foras sans lendemain de 2018 et 2020... ».
La seule légitimité dont jouit le CMT est celle des armes et de ses appuis extérieurs affirme le président du groupe de réflexion et d’action pour l’appel du 1er juin. D’après lui, « les Tchadiens veulent tourner la page de cette forme de légitimité qui fait de leur pays l’un des plus pauvres du monde. Tous les Chefs d’État qui ont présidé aux destinées du Tchad ont soit été assassinés, soit ont connu l’exil. » Pour rompre avec ce mode infernal de dévolution du pouvoir au Tchad, le président du GRA-Appel estime que la seule voie de salut réside dans l’organisation d’une Conférence Nationale Inclusive et Souveraine (CNIS). « L’organisation réussie de la CNSI est d’une nécessité absolue et est faisable dans un délai raisonnable n’excédant pas trois mois » dit l’ex-dirigeant de la Banque africaine du Développement (BAD). Il fait signifier que le Groupe de Réflexion et d’Action pour l’Appel du 1er juin 2021 a élaboré un projet de feuille de route qui déroule les différentes étapes et activités du processus conduisant à la CNIS.
Pour finir, M. Bedoumra Kordjé dit qu’ « il est plus qu’urgent pour le CMT de s’engager dans la voie de l’apaisement et de l’espoir pour laisser une trace positive dans l’histoire du Tchad, en suspendant la mise en place du CNT et le Comité chargé du dialogue national, en incluant clairement dans la Charte actuelle la CNIS, Charte dont la révision acceptable est revendiquée et attendue par la plupart des acteurs tchadiens et partenaires, y compris l’Union Africaine ».
Orthom L’Or
La Justice ne fonctionne pas sans ses auxiliaires notamment les avocats, les huissiers et les notaires. La grève illimitée lancée des magistrats lundi ne laisse aucun acteur judiciaire indifférent. Les auxiliaires pensent que les plus hautes autorités doivent s’assumer entièrement pour établir un climat serein de travail pour tous. Reportage.
11 heures, nous franchissons la cour du ministère de la Justice tchadienne sis à Diguel, dans le 8e arrondissement de N’Djamena, capitale tchadienne. Derrière le bâtiment se trouve un joyau isolé. C’est le bureau du Bâtonnier Me Dionro Djerandi Laguerre. Très courtois, le Bâtonnier nous reçoit. Quelques minutes de familiarité, nous échangeons ensuite sur la colère des acteurs judiciaires après l’assassinat du procureur de la République du Tribunal de Grande Instance (TGI) d’Oum-Hadjar. « C’est une perte et c’est bien déplorable. En principe la vie humaine est sacrée. Elle ne devrait pas être ôtée. Vous voyez qu’il est assassiné dans l’exercice de sa fonction. C’est bien dommage. Cela rejoint les multiples cas d’insécurité constatés dans le milieu judiciaire que nous avons toujours dénoncé dans le passé », lance Me Dionro Djerandi Laguerre. Selon lui, ils ont toujours appelé les autorités à assumer leur responsabilité en assurant la sécurité des acteurs judiciaires dans leur ensemble.
Pour le Bâtonnier, le problème d’insécurité au Tchad est d’abord général. D’après l’avocat, déjà l’entrée au palais de justice de N’Djamena laisse à désirer. « Elle n’est pas normalement contrôlée. Les gendarmes se retrouvent-là sans minutions. Ils ne sont pas remplacés régulièrement. Ils sont les mêmes. Ils finissent par s’habituer au public ou aux justiciables qui viennent. Mais tous ceux qui y entrent ne sont pas forcément de justiciables qui ont un dossier au palais », dit-il. Me Laguerre démontre le phénomène en citant l’exemple des démarcheurs et des vendeurs ambulants et beaucoup de gens qui viennent pour d’autres intérêts. Il déplore la persistance de ces habitudes parfois cautionnées par eux-mêmes les acteurs judiciaires. « Il faut que je le dise pour le déplorer. Et s’il y a des démarcheurs, ils font du démarchage auprès de qui ? Est-ce auprès des avocats, des magistrats ou des greffiers etc. ? mais si c’est cela, et bien c’est déplorable. Il faut que cela change », dit-il.
Le Bâtonnier estime qu’il faut un climat serein de travail pour les acteurs judiciaires afin que les magistrats rendent des décisions dans de conditions de sécurité. « Imaginez qu’on abat lâchement comme ça un président de tribunal. Demain ça sera le tour d’un avocat, greffier, huissier ou notaire. Nous avons vu dans le passé les avocats et les huissiers être menacés. Nous appelons les autorités à plus de responsabilités et a créé des conditions de sécurité au palais de justice », confie Me Laguerre. Selon lui, l’État doit être construit un palais de Justice digne de ce nom avec de conditions normales de sécurité afin qu’il y ait un tri à l’entrée. « Aujourd’hui, les gens entrent avec des armes à feu et de couteaux sans être inquiétés, ce qui leur permet de faire ce qu’ils veulent et repartir en toute impunité. Quelquefois, ils sont arrêtés poursuivis et jugés et mis à la maison d’arrêt. Au bout de quelques jours, ils sont dehors pour narguer encore leurs victimes », affirme le Bâtonnier.
« Investiguer et dénicher les complices d’assassin du PR d’Oum-Hajar …»
L’avocat propose une investigation pour découvrir ce qui se cache derrière l’assassinat du PR d’Oum-Hajar. Pour lui, le phénomène de la corruption est réel dans le milieu judiciaire, il faut être inconséquent pour ne pas le reconnaître. « Cela touche tous les acteurs judiciaires. Nous travaillons à combattre cette pratique. C’est dans cette optique que j’inscris mon mandat en tant que Bâtonnier. Mais cela ne justifie en rien qu’un acteur judiciaire soit lâchement abattu. Il y a d’autres voies judiciaires pour la poursuite les corrupteurs et les corrompus qu’ils soient magistrats ou avocats ». D’après Me Laguerre, les acteurs judiciaires en leur sein doivent s’amender. Ils doivent revoir leur méthode de travail, de gestion des affaires judiciaires, pour plus de sécurité juridique et judiciaire. « Nos concitoyens doivent comprendre qu’il n’y a aucune raison pour qu’on puisse porter atteinte à la vie d’un être humain de façon générale d’un magistrat ou pour le cas particulier d’un autre acteur judiciaire », a-t-il ainsi terminé.
Me Djomia Germain est le Président de la Chambre Nationale des Notaires du Tchad. « C’est avec une grande consternation et beaucoup d’indignation que nous avons appris l’odieux assassinat du Procureur d'Oum-Hadjer. C’ est le symbole de la force de l’État qui est nié. Et qu’il soit assassiné en service, au sein du palais de la Justice, on a l’impression que le contrat social est rompu », dit-il.
Selon lui, les notaires, officiers publics, auxiliaires de la Justice, sont également victimes d’agression. Il rajoute qu’un sérieux problème existe. « Je suis sidéré d’écouter certains compatriotes dire que les magistrats sont victimes de leurs propres turpitudes. Ce n'est pas sérieux. Il y a des magistrats très intègres qui font leur travail avec probité. Hamba qui vient d'être assassiné, son honnêteté et sa compétence sont de notoriété publique », s’insurge-t-il. Me Djomia Germain souligne que, même parmi les tomates pourries, on trie celles qui sont en bon état. Pour lui, il serait très aventureux de généraliser la corruption à tous les magistrats. « Et même là, quand un justiciable se sent lésé par une décision de justice, la loi lui offre des voies de recours : appel et pourvoi. Quant à se rendre Justice soit même en éliminant un magistrat, cela relève d’une sauvagerie inouïe ».
Moyalbaye Nadjasna
La coordination des actions citoyennes Wakit Tama se dit inquiète des prises de décisions unilatérales du Comité Militaire de Transition (CMT) dirigé par le fils du Président défunt Mahamat Idriss Déby. Elle appelle l’UA, l’ONU et la France à mettre fin à cette dérive. Aussi, elle demande aux Tchadiens de s’opposer par tous les moyens à cette grave atteinte à leur liberté et aspiration légitime.
La coordination des actions citoyennes Wakit Tama dénonce le décret signé par le Président du CMT le 2 juillet dernier, mettant en place une commission chargée de l’organisation du dialogue inclusif attendu par tous les Tchadiens. Dans un communiqué reçu à la rédaction du journal Ialtchad Presse, la coordination des actions citoyennes fait remarquer que le CMT procède par une démarche exclusive et unilatérale. Elle précise que le dialogue inclusif doit être régi par une démarche consensuelle. Selon le document, le CMT a obtenu l’aval de la communauté internationale, à la condition qu’un mécanisme de dialogue et de suivi de l’Union Africaine (UA) s’installe à N’Djamena, la capitale tchadienne. Cela suppose que le processus inclut dans son déroulé la non-objection de ce mécanisme. Pour le coordonnateur de Wakit Tama, Me Max Loalngar, le CMT n’a pas respecté cet engagement et opère en opposition avec l’UA. Me Loalngar estime que le lancement du processus de manière exclusive est une défiance à l’ensemble de l’opposition armée et un discrédit au processus de dialogue inclusif. Il souligne par ailleurs que le CMT est dans un processus de réarmement et de militarisation basé sur des considérations ethniques. Ce dernier ajoute que le CMT privilégie la voie des armes tout en maintenant l’option d’un dialogue politique. « La mauvaise foi du CMT est établie. Ceci ne présage nullement d’un dialogue inclusif, encore moins d’un dialogue sincère », affirme-t-il.
Selon le communiqué, la France qui a fortement soutenu « le coup d’État » garde un silence complice. Wakit Tama affirme que la junte accumule les conditions d’une crise encore plus grave qui justifierait la prolongation de la transition. Elle appelle l’UA à prendre ses responsabilités, la commission paix et sécurité de l’UA en particulier et les États membres en général afin qu’on mette fin à cette dérive sans délai dit le communiqué. La coalition appelle aussi la France à se rendre à l’évidence que son soutien inconditionnel au CMT ne peut pas conduire la transition aux résultats attendus par les Tchadiens. Elle regrette l’indifférence de l’ONU et souhaite qu’elle s’autosaisisse du cas tchadien.
Depuis la disparition du Président Idriss Deby Itno, des réunions ont eu lieu plusieurs fois au Togo avec les groupes rebelles tchadiens pour préparer un dialogue national avec le CMT. Pour l’instant, la position de ces groupes rebelles semble inconciliable avec celle des autorités. Ils réclament une amnistie générale, la libération des prisonniers de guerre des prisonniers politiques, mais ils refusent en bloc de reconnaître le CMT. La junte au pouvoir refuse de considérer les groupes rebelles comme le Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (Fact) mouvement rebelle qui ont mené des attaques en avril passé. C’est lors de ces affrontements que le président Idriss Deby Itno est mort.
Jules Doukoundjé
Le film « Lingui » du cinéaste tchadien, Mahamat Saleh Haroun a été retenu pour la 74e édition du Festival de Cannes du 6 au 17 juillet 2021. Le long-métrage sorti en 2020 a été retenu parmi les 24 films en lice pour la Palme d’Or et la sélection officielle. Retour sur ce film avec Ialtchad Presse.
« Lingui, les liens sacrés », est un film qui raconte l’histoire d’Amina, mère d’une adolescente, nommée Maria. Celle-ci, âgée d’une dizaine d’années est tombée enceinte précocement. Dans les faubourgs de N’Djamena au Tchad, Amina vit seule avec Maria, sa fille unique de 15 ans. Son monde déjà fragile s’écroule le jour où elle découvre que sa fille est enceinte. Cette grossesse, l'adolescente n’en veut pas. Dans un pays où l'avortement est non seulement condamné par la religion, mais aussi par la loi, Amina se retrouve face à un combat qui semble perdu d’avance.
Dans ce film, on retrouve l’acteur fétiche du cinéaste, Youssouf Djaouro avec qui il a remporté la Palme d’Or ainsi que, Achouackh Abakar, Rihane Khalil Alio. Le film sera dans les salles en janvier 2022.
Qui est Mahamat Saleh Haroun ?
Mahamat Saleh Haroun est un réalisateur tchadien, le tout premier, vivant à Paris en France depuis 1982. Il est né en 1961 à Abéché, dans la province du Ouaddaï. Mahamat Saleh Haroun a fait des études de cinéma à Paris au Conservatoire libre du cinéma français. Il a aussi une formation en journalisme à l’Institut universitaire de Technologie (IUT) de Bordeaux. Ce qui lui a permis de travailler pour plusieurs quotidiens régionaux de France. En 1991, il réalise son premier court-métrage « Tan Koul », mais c’est son second film « Maral Tanié » réalisé en 1994 qui le révèle au monde. Ce film raconte l’histoire du mariage forcé de la jeune Halimé avec un homme d’une cinquantaine d’années. Contrainte par ses parents au mariage, la jeune femme se refuse à son mari. Mahamat Saleh Haroun réalise son premier long-métrage « Bye Bye Africa » en 1999.
En 2001, il réalise « Letter from New York City », un court-métrage avec lequel il obtient la même année le prix de la meilleure vidéo au 11e Festival du cinéma africain de Milan. Le second long-métrage « Abouna », en 2002 a remporté le prix de la meilleure image au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO).
Le cinéaste tourne ensuite un documentaire « Kalala ». Ce film est le portrait intime d’Hissein Djibrine, un proche du réalisateur décédé en 2003 du Sida. Hissein Djibrine avait produit les deux premiers longs-métrages du cinéaste, et Mahamat Saleh Haroun est profondément touché par cette disparition.
En 2007, il réalise « Daratt » l’histoire du jeune Akim, âgé de 16 ans qui quitte son village pour N’Djamena, dans le but de venger son père. Ce film remporte, l’étalon de bronze de Yennenga, ainsi que le prix de la meilleure image au Fespaco. En 2008, il reçoit le titre de chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.
Son quatrième long-métrage réalisé en 2010 s’intitule « Un homme qui crie ». Le film est sélectionné en compétition officielle lors du Festival de cannes et remporte le prix du jury. Ce long-métrage raconte l’histoire tragique d’un homme et de son fils que la guerre civile au Tchad va séparer. Pour ce film, Mahamat Saleh Haroun reçoit le prix Robert-Bresson à la Mostra de Venise. Ce prix récompense les cinéastes ayant une œuvre significative par sa sincérité et son intensité en faveur de la recherche du sens spirituel de notre vie. En 2016, il est à nouveau à Cannes pour présenter son film de témoignages « Hissein Habré, une tragédie tchadienne » qui donne la parole aux victimes du régime d’Hissein Habré, président de la République du Tchad de 1982 à 1990.
Mahamat Saleh Haroun a été ministre du Développement touristique de la culture et de l’Artisanat du Tchad du 5 février 2017 au 8 février 2018. Le mois du livre et de la lecture est à mettre à son actif. Tout le mois du novembre est dédié à la lecture. Il a écrit son premier roman « Djibril ou les ombres portées » publié en 2017 chez Gallimard.
Allarassem Djimrangar
Une délégation de l’Union africaine (UA) conduite par le président de la commission Justice, Paix et Sécurité séjourne dans la capitale tchadienne, N’Djamena. La mission a été reçue par le ministre des Affaires étrangères ce jeudi.
À défaut de l’arrivée du Haut représentant de l’UA, Ibrahima Fall, c’est une délégation de la commission Justice, Paix et Sécurité de l’UA qui est arrivée ce. Elle est conduite par l’ambassadeur Bankolé Adoeye, et a été reçue par le ministre des Affaires étrangères, Chérif Mahamat Zene ce vendredi 8 juillet. Au menu des discussions, le processus d’accompagnement de l’UA à la transition en cours au pays.
Le président de la commission Justice, Paix et Sécurité, Bankolé Adoeye a réaffirmé la volonté de l’UA à épauler le Tchad en cette période difficile. La rencontre était à huis clos, personne ne sait pas si la question du Pr Ibrahima Fall a été évoquée lors de cette rencontre. Celui qui a pour mission d’assister la transition en cours au Tchad attend toujours le feu vert de N’Djamena pour venir prendre contact avec les autorités de la transition.
Le 25 juin, ce haut représentant de l’UA devait séjourner au Tchad. Mais N’Djamena a présenté une fin de non-recevoir à sa demande arguant qu’il n’a pas été consulté sur ce choix. Les rapports se sont refroidis ces derniers jours entre la commission de l’UA et les autorités de N’Djamena. Pour le ministre tchadien des Affaires étrangères, il n’y a aucun problème entre l’institution panafricaine et le pays de Toumai ni même avec la personne d’Ibrahima Fall. « Il est question de préalable », a-t-il indiqué au micro de la Deutch Wellen. Apparemment la venue de cette délégation est de nature à apaiser la tension.
La cohabitation semble difficile entre les chefs de carrés 14 et 35 du quartier Ngone Baah village, situé derrière le cimetière chrétien de Toukra, dans le 9e arrondissement de la ville de N’Djamena. Raison de leur litige : un terrain appartenant à une tierce personne sous-loué à un commerçant entrepreneur, vendeur du sable et de remblais. Reportage.
Les chefs des carrés 14 et 35 du village Ngone Baah, dans la commune du 9e arrondissement de la ville de N’Djamena, sont à couteau tiré. La pomme de la discordance : un terrain appartenant à une dame, utilisé par un entrepreneur pour stocker du sable et de remblais. Pendant des années, ce terrain privé était utilisé par les jeunes du quartier pour jouer au football. Mais cette année, avec l’approche de la saison des pluies, un commerçant entrepreneur s’est approché du chef de carré 14 pour lui demander l’autorisation de stocker sa marchandise. Ce dernier obtient l’aval du chef carré, mais l’autorisation est aussitôt contestée par le chef de carré 35. Pour le chef de carré 14, le commerçant qui cherchait un terrain vide s’est approché de lui pour avoir l’autorisation d’utiliser le terrain pendant cette saison de pluie en contrepartie d’une somme d’argent ou de remblais. « Le terrain appartient à une femme, c’est son mari qui le lui a acheté. Le commerçant était venu me demander l’autorisation pour stocker son sable, j’ai appelé la dame pour l’informer et elle a accepté », explique le chef de carré 14, monsieur Bételem Jérémie Béssingar.
Monsieur Béssingar se dit surpris du comportement de son collègue, du carré 35. « C’est la propriétaire du terrain qui a donné l’ordre au commerçant pour utiliser le terrain, ce n’est pas moi », précise ce dernier, avant d’ajouter que ce n’est pas un terrain de l’État. Le chef de carré 14 balaie du revers de la main les allégations de son collègue du carré 35. Au sujet de l’insécurité que ce tas de sable pourrait éventuellement constituer, monsieur Bételem Jérémie Béssingar, affirme que le stockage du sable ne constitue pas un danger pour les habitants du quartier. « Pour tirer au clair la situation, j’ai demandé au délégué du quartier de venir faire le constat, et c’est fait. Le délégué lui a intimé l’ordre de cesser de perturber les gens », explique-t-il. Les habitants de Ngone Baah, surtout ceux du carré 14 et 35 ont toujours vécu en harmonie pendant des années, mais avec le stockage du sable et de remblais, la mal-compréhension semble opposer leurs deux chefs.
« Je cherche une collaboration pacifique avec les autres chefs de carrés du village Ngone Baah, c’est moi-même qui ai proposé au délégué le jeune frère pour être le chef de carré 35. Jusqu’à présent, il n’a pas encore obtenu le document, mais il agit dans l’illégalité », s’offusque-t-il. Monsieur Béssingar indique que le chef de carré 35 a une mauvaise réputation dans le village Ngone Baah, et que le délégué du quartier se plaint tout le temps de son écart de comportement. Selon lui, sur les 12 chefs de carrés que compte le quartier Ngone Baah, le chef de carré 35 est le seul type qui a un écart de comportement et cela lui a valu le sobriquet de « mal garé ».
Pour le gardien et beau-frère de la propriétaire du terrain qui est à l’origine du différend entre les deux chefs de carrés, c’est un problème de manque de communication. Il estime que le chef de carré 35 n’a pas cherché à se renseigner avant de mobiliser les gens. « Ce terrain est acheté depuis 1988, c’était la brousse, c’est moi qui utilisais pour labourer avant que les services cadastraux ne viennent tracer les routes » dit le gardien monsieur Mbaihamné Christoph. Ce dernier relate que le commerçant et la propriétaire se sont entendu avant que les camions Benz ne viennent déposer le sable. « Le commerçant et ma belle-sœur se sont entendu et qu’en contrepartie, le commerçant doit déposer trois Benz de terre d’une valeur de 105.000F CFA. » précise-t-il. Monsieur Mbaïhamné souligne que c’est lui-même qui a montré les limites du terrain au chauffeur, tout en lui disant de les respecter.
Le contre-pied du chef de carré 35
Le chef de carré 35 M. Mbaïro Kiramian prend le contre-pied en indiquant que le stockage dans un quartier qui n’a pas de canalisation ne doit pas être géré par les chefs de carrés. « C’est la mairie du 9e arrondissement qui doit donner l’autorisation et non un chef de carré, moins encore un individu », rétorque-t-il. Selon lui, c’est un stockage anarchique qui pourrait avoir des conséquences fâcheuses pour les populations dans les jours à venir. Monsieur Mbaïro a par ailleurs précisé que, la démarche entreprise va certainement léser les riverains si l’on ne se dépêche pas de creuser une canalisation pour permettre à l’eau de pluie de circuler normalement. Toutefois, il faut préciser que les reporters du journal ialtchad ont constaté que le stockage n’a pas obstrué la voie publique.
Le village Ngone Baah, un quartier de la commune du 9e arrondissement de la ville de N’Djamena, serait créé en 1930 par les pêcheurs Ngambaye venant des villages de Béladja et de Mbaouroï dans le Logone Occidental. Ngone Baah qui signifie petit fleuve en Ngambaye. C’était le bras du Chari qui s’est asséché et devenu une carrière derrière le quartier Ngone Baah village.
Jules Doukoundjé
Nommé le 2 juin haut représentant de l’Union africaine (UA) auprès du Tchad, Pr Ibrahima Fall s’est vu refuser d’accès au Tchad. Motif, les autorités de N’Djamena arguent que l’UA ne les a pas officiellement notifiés sa nomination. Qui est ce diplomate sénégalais qui semble faire peur aux autorités de la transition ? Portrait.
Il a pour mission « d’accompagner la transition au Tchad ». Pour cela, il devrait être « les oreilles et les yeux de l’UA ». Mais cela semble être compromis par le refus de N’Djamena de le voir fouler son sol.
Ibrahima Fall, diplomate sénégalais, a été nommé le 2 juin, haut représentant de l’Union africaine auprès des autorités de la transition au Tchad par le président de la Commission de l’UA Moussa Faki Mahamat. Le 25 juin, il a prévu se rendre au Tchad pour une prise de contact avec les autorités de la transition. Mais celles-ci lui ont refusé l’entrée, le déclarant ainsi persona non grata. Officiellement, N’Djamena brandit comme argument qu’il ne lui a pas été notifié la nomination de ce haut représentant par la présidence de la Commission de l’UA. Un bras de fer s’engage sur fond de suspicion.
Diplomate de carrière
Ibrahima Fall est un diplomate chevronné. Il est né en 1942 dans la région de Thiès. Il trimbale une riche carrière. Sous-secrétaire général des Nations-Unies aux droits de l’Homme puis aux affaires politiques chargé de l’Afrique, représentant spécial des Nations-Unies et de l’UA pour la Région des Grands Lacs, envoyé spécial de l’UA en Guinée, ministre des Affaires étrangères du Sénégal sous Diouf, Pr Ibrahima Fall a tant servi à l’international que dans son Sénégal natal. Cette riche carrière, il la doit à ses études en Droit effectuées au Sénégal et en France et au Pays-Bas.
Licence en Droit à l’université de Dakar (1964), diplôme d’études supérieures (DES) de droit public de l’Université de Paris I Panthéon (Sorbonne), puis, en 1969, diplôme d’études supérieures (DES) en Sciences politiques, de la même institution académique. En 1970, il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, avec une spécialisation en relations internationales. De 1972 à 1974, il obtient un doctorat d’État en droit public (Université de Paris I Panthéon–Sorbonne), puis le diplôme de l’Académie de droit international de La Haye (Pays-Bas) et l’agrégation de droit public et sciences politiques des universités françaises, à Paris.
Pr Ibrahima Fall a été le corédacteur de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, coauteur de l’hymne de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), devenue Union Africaine, coordonnateur et porte-parole de l’Afrique à la session spéciale des Nations-Unies consacrée à la situation économique critique de l’Afrique (1986), coordonnateur du projet de rapport du secrétaire général des Nations-Unies sur les causes des conflits et la promotion d’une paix et d’un développement durables en Afrique. Il s’est aussi essayé en politique en se présentant en 2012 à l’élection présidentielle qui a vu la victoire de Macky Sall.
C’est sur cet homme au parcours imposant que la Commission de l’UA a porté son choix pour cette mission au Tchad conformément à la décision du Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA lors de sa 996e réunion.
Christian Allahadjim







